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Parlez donc d’une base « secrète » : un bouquin l’avait décrite en détail en… il y a plus de 50 ans !

Je vais finir par croire que les médias dits « mainstream« , comme on le dit, se font embarquer de plus en plus par les conspirationnistes  et leurs façons tortueuses de présenter les choses.  Les deux étant à la recherche du « scoop » qui va attirer le chalant; au final. Le « grand public », tenté par les histoires surprenantes ne peut qu’être attiré par ces titres évoquant des « révélations » (les « conspis » disent « disclosure« ).  Chez les pires, on le sait, traînent depuis des lustres, en provenance d’auteurs sulfureux comme Jan Van Helsing (Jan Udo Holey) des racontars sur des prétendues « bases antarctiques nazies (1)« , qui, en prime abriteraient à la fois des soucoupes volantes et même des extraterrestres avec qui on aurait « pactisé ».  Tant qu’à faire, autant faire un lot, allons-donc !  Bref, du complet délire, de la folie furieuse !  Ces histoires idiotes sans aucun fondement semblent avoir dépeint récemment sur la presse traditionnelle, à lire les titres inquiétants apparus il y a peu sur la découverte « d’une base secrète américaine au Gröenland« .  Or cette base n’a jamais rien eu de secrète…

… elle a été décrite dès 1955 par un des ingénieurs qui l’avaient construite, et qui l’avait largement documentée, puisqu’on retrouve facilement les vidéos de sa visite (ici en noir et blanc) rediffusées en version restaurées (en couleur) en 2012.  Si elle avait de quoi inquiéter, à l’époque, c’est pour une toute autre chose, comme on va le voir… mais ça, ne demandez pas aux fans des bases nazies sous la glace de vous l’expliquer.  Il ne savent rien de ce qu’on a pu faire à cet endroit… en toute impunité.  A en finir par croire que leurs nuages de fumées obsédantes permet surtout de ne pas parler des choses qui fâchent vraiment…

Le « front météo » de la banquise

kurt-28c76Les américains n’étaient pas les premiers à avoir voulu s’installer dans cette contrée.  Les allemands, pendant la guerre, avaient aussi été tentés de s’installer en divers endroits dans le cercle arctique, mais c’était pour une toute autre raison expliquée ici.  C’était en fait pour y déposer et mettre en service de stations météo entièrement automatiques, nécessaire à l’établissement de cartes précises sur le climat de la région, pour mieux pouvoir anticiper les passages de convois de cargos US remontant vers le Spitzberg et vers Mourmansk pour aller alimenter les russes en armes et en provisions.  La première station avait été déposée au Canada, à Martin Bay, au Labrador, en 1943, par l’U-boot U-537.  Une autre pour surveiller la mer de Barents, sera déposée près de Mys Pinegina, à l’ouest de Zaliv Inostrantszeva, au bord de la mer de Kara.  Le 22 août, c’est l’U-Boot « 703“ qui avait déposé cette station.  D’autres, telle la station du fjord Liefdel ou celle de l’île Coldewey ou à Nordostland, au Spitzberg, seront installées encore, et toutes traquées  et anéanties une par une  par l’US Navy. Les vestiges de ces éphémères nations n’ont été redécouverts que vers 1990, grâce au travail de l’historien Janus Piekalkiewicz et son livre « Les grandes réussites de l’espionnage« , et à son chapitre spécial intitulé « Front Météo » et à « Great World War II Battles in the Arctic » de Mark Llewellyn Evans. Des allemands y étaient, donc, mais aussi des russes et ce, depuis avant même le début de la guerre.

Un rapport précis sur la construction de la base

rapportLe rapport sur la construction de la base américaine est là (ici à gauche), écrit en octobre 1965, disponible au complet sur le net avec ses 62 pages, dont pas mal d’illustrations en noir et blanc.  Il est signé Elmer F. Clark, qui n’est autre qu’un des ingénieurs qui a conçu et réalisé la fameuse base arctique au Groenland.  La Guerre Froide portait bien son nom à cette époque, puisque les soviétiques aussi avaient été tentés de faire la même chose au Pôle Nord (j’y reviendrai si vous le voulez bien, car là aussi le sujet est bien documenté). La base porte d’emblée son nom de « Camp du siècle » (Camp Century), et elle est située à 240 km de sa consœur de Thué, une base aérienne servant on le sait de relais aux B-52 qui à l’époque sont constamment en l’air, selon les directives de Curtis Lemay de 1958 (opérations Head Start puis Round Robin) .  Cette nouvelle base (Thulé ayant été construite en 1941, pendant la seconde guerre mondiale) se présente comme un lieu de recherches scientifiques, même si on n’y aperçoit que des militaires… On  y apprend en introduction que « le lieutenant-colonel Elmer F. Clark, l’auteur, avant de pendre  sa retraite du service actif dans l’Armée, était le commandant de l’US Army Engineer Task Force de l’Arctique au Groenland et du programme de R & D de 1955 à 1957. À ce titre, il a été intimement impliqué dans les efforts de recherche et a été informé du développement des concepts qui ont conduit à la construction de Camp Century ».

Une base… pour 600 missiles !

En fait, le secret pas trop bien gardé entre le Danemark et les USA, c’est que cet endroit était destinée à recevoir des dizaines de missiles nucléaires qui devaient y être entreposés tout le long d’un vaste réseau de tunnels sous la glace censée les protéger. C’est le projet « Iceworm« .  Le projet est en fait immense : ce sont près de 4000 km de galeries qui devaient être prévues au final, et pas moins de 600 engins nucléaires qui auraient dû y être déployés !  Sur la vidéo, une vue montre un plan, qui révèle une architecture de… ville américaine sous-terraine, avec une grande allée principale et des allées perpendiculaires attenantes. A la romaine ! Comme l’explique ici « Damn Interesting« : 38-camp-century-construction« les plans pour le camp avaient été développé des mois à l’avance. Le concept de base était simple: un système de 23 tranchées serait coupé dans la calotte de glace, puis couvert avec des arches d’acier et de la neige. A la bifurcation de la tranchée communication principale, il y aurait une série de tranchées latérales pour des logement complets, des installations de laboratoire, et d’essais, des quartiers modernes de vie, des aires de loisirs et un complexe d’installations de soutien. Le film montre les ingénieurs de l’armée assemblant des constructions préfabriquées, enfoncées profondément dans la glace : regardez comment les chambres de glace ressemblent exactement à la base rebelle sur Hoth. (dans Star Wars, voir aussi ici) Quand chaque tunnel était terminé, le bout de celui-ci est entourée de murs en briques de neige.  » « Le projet émanait de la Planning Studies Division of the US Army Engineer Studies Center l’équivalent pour l’armée de RAND Corporation, le think tank de l’US Air Force ».

iceworm

Un film de propagande bien emballé

camp-centuryLe plan d’implantation des lanceurs de fusée – des Nike, visiblement sur le dessin, car ceux-là n’étaient que de défense, alors que le véritable projet annonçait des Iceman, une variante adhoc du célèbre Minuteman, – transportable par camion – ici sa double tête de rentrée et là le plan de son équipement souterrain – fait énormément penser aux bunkers du Pas-de-Calais… comme celui d’Eperlecques, qui devait accueillir les V2 et les lancer. Les allemands de l’opération PaperClip semblent avoir exercé une influence sur ce design bien particulier (ici une vidéo sur le Minuteman, missile à carburant solide, et là une version plus récente LGM-30). Tout avait été calculé, même la résistance à une pression de 30 atmosphères octroyée par la grande épaisseur de neige. C’est en fait un projet pharaonique, le béton du blockhaus d’Eperlecques étant remplacé par l’épaisseur de la calotte polaire… L’éparpillement des galeries jouait aussi en sa faveur. « La protection de 30 psi des sites de lancement serait inférieur à 300 psi des premiers silos Minuteman (ici à droite dans son silo de lancement), mais la véritable armure des missiles serait Leur invisibilité sous la calotte glaciaire. Les Russes auraient besoin de 3 500 ogives de huit mégatonnes pour détruire le système après sa construction – ou, si la distance entre les sites de lancement était augmenté à 15 km, de 55o ogives de 100 mégatonnes. Non seulement cela, mais la nouvelle excavation pourrait être maintenue constamment agrandie, s’étendant à 2 100 points de lancement dans les cinq ans après le début du déploiement. » silo-minutemanEt tout ça avait été mené au su de tous, ou presque, via une propagande rondement menée.. qui n’avait oublié qu’une seule chose : de parler des missiles !!! En 1962, l’émission « The Big Picture » avait en effet révélé l’existence de la base, mais sans évoquer du tout la présence future de missiles à l’intérieur.  C’est le fameux film en version noir et blanc déjà cité.  L’émission était en fait une série de propagande produit par l’United States Army Signal Corps Army Pictorial Service.  La série avait été conçue par David Burkey, un ancien producteur de télévision qui avait servi avec le Signal Corps pendant la guerre de Corée.  L’homme s’était aperçu que les monceaux de films réalisés par les services de l’Army Pictorial, n’était le plus souvent pas exploités, et qu’un simple relookage de présentation pouvait les rendre plus intéressants.  Ici, on peut voir un tournage en 1961 d’un épisode en plein Paris ayant pour sujet les événements du mur de Berlin en construction.  La première série de 13 épisodes a été diffusée sur CBS à la fin de 1951, avec dans chaque épisode un aspect de la guerre de Corée.  Comme cela a été bien reçu par le public, d’autres films avaient été tournés avec toujours cette constante de rendre les sujets attrayants. Le programme d’une demi-heure par semaine était réalisé dans les studios Astoria, maintenant Kaufman Astoria Studios  un studio de cinéma historique situé dans le Queens.  Comme commentateurs, on trouvera entre autres  Audie Murphy, Robert Mitchum, Walter Cronkite, Raymond Massey ou même… Ronald Reagan. La série, persistante, a été diffusée sur 366 chaînes de télévision et a finalement connu  828 épisodes !!! Sur les réseaux de CBS,  d’ABC et ou de DuMont, on a la voir jusqu’en 1971 ! Nota : la version « spéciale du Minuteman fort peu documentée, n’a pas eu de représentation : mais son système de lancement devait être le même que son aîné, avec un local enterré pour le contrôler, comme celui-ci, aisément transposable sous la glace (le système du silo du missile étant visible ici) :

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En 1968, découverte de l’accord secret

construction-of-camp-century-1Jusqu’ici, donc, à la fin des années 60, on savait donc qu’une base géante avait été construite, mais on ignorait qu’elle devait abriter autant de missiles.  Personne n’était au courant, sauf les militaires US et certains responsables danois.  Mais huit ans plus tard, tout change.  A Thulé, le Le , un B-52 en difficulté s’écrase et contamine toute la  banquise où il est tombé, avec sa bombe nucléaire qui heureusement n’a pas explosé.  Les danois n’apprécient pas plus que les Inuits, on s’en doute.  Et ils s’interrogent sur ce qu’on leur a présenté, ou ce qu’on leur a promis.  Non seulement à Thulé… mais aussi à 240 km de là… ou en fait tout est déjà terminé en 1968 : la base géante a déjà  été fermée et remballée !!! Le film de propagande avait donc permis de masquer aux danois et aux groenlandais le vrai but de cette fameuse station : « au cours de l’enquête qui a suivi, on a découvert un autre document des fonctionnaires danois, récemment déclassifié : un rapport de 1960 intitulé « Valeur stratégique de la calotte glaciaire du Groenland. ». C’était une disposition pour une base tout à fait différente de celle des films de propagande affichés. Les informations contenues dans document précisait ce que devait être Camp Century. Ce n’était pas la science  pour la survie de l’humanité et un projet épris de paix qui avait été fait. C’était plutôt pour couvrir le fonctionnement d’un effort beaucoup plus ambitieux connu en interne comme provenant du War Office. construction-of-camp-century-2L’objectif du Camp Century était de tester comment creuser des galeries verticales profondes, permanentes, dans la glace du Groenland. Le but de ces galeries serait de cacher une vaste gamme de missiles nucléaires de moyenne portée (…) . Le projet de documentation d’Iceworm proposait un complexe de six cents sites de lancement nucléaires, cachés autour du Groenland, étalés sur une superficie de 134 km carrés. Le nouvel « Ice Man » comme missile nucléaire, une variante de portée plus courte du Minute Man, habiterait ces silos de glace dissimulés. Ces documents déclassifiés ont révélé que les ingénieurs de l’armée ont expérimenté d’abord les techniques de construction de la glace sur un site secret du Groenland connu sous le nom de projet Fistclench. Puis ils se sont mis à construire Camp Century pour prouver plus loin leurs théories nucléaires. Des conceptions complexes sous le couvert d’activités scientifiques. De toute évidence, «Le Rapport du Projet n ° 6″ était une fiction destinée  à tromper les Soviétiques et les Danois et de ne pas les mettre au parfum. Les rapports d’étape un à cinq ne semblent même pas exister. » A Thulé, on avait tout aussi menti : une des bombes sur les quatre bombes à hydrogène B28FI de 1,1 mégatonne n’a jamais été retrouvée et elle a très certainement contaminé l’eau dans laquelle elle est tombée… cela, on ne le découvrira qu’en 2008… !!!

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Le premier pas discret sous la glace à l’aide de machines… suisses 

miller-machinearches-neigeQuand les ingénieurs entreprennent la construction de Camp Century, cela fait plusieurs années qu’ils y songeaient en secret, en effet. L ‘armée américaine avait en effet lancé un programme de recherche et de développement en vue de faciliter les opérations militaires dans l’extrême nord dès 1953 et avait même déjà testé toutes les techniques pour construire la gigantesque base. « En 1953, une équipe de scientifiques de l’armée avait  visité le Groenland pour chercher les zones spécifiques pour la construction de camps sur la calotte glaciaire.  Ces problèmes comprenaient l’utilisation de la neige comme matériau de construction, celui des fondations sur la neige, mais aussi le contrôle de la glace, les questions d’approvisionnement en eau et la gestion des eaux usées. » Des enquêtes de terrain ont commencé en 1954 sur Site II (désigné « Fistclench »), situé à 350 km à l’est de  la base aérienne de Thule, à une altitude de 2000 m au dessus de la calotte glaciaire. ploughsnowL’enquête a examiné la possibilité d’utiliser une machine de déneigement suisse (une déneigeuse Peter Miller, comme ici en toute à gauche) pour creuser la calotte glaciaire. Le problème étant de comment faire des tranchées dans la neige, ce que montre là aussi ce rapport précis de 1960, mais aussi comment faire ensuite des tunnels à arches faites de neige compactée en enlevant les tôles ondulées une fois la neige remise dessus. « Le succès de l’effort a conduit à la mise en place d’un camp souterrain, appelé « Camp Fistclench » en 1957. Un dossier fort précis signé de l’ingénieur R.W. Warerhouse, du Corps des Ingénieurs, explique comment faire les tunnels en neige compactée, il est lisible ici. Rien de secret là encore, même si ce document là n’a pas été montré à l’époque à tout le monde. « La plus grande des cinq tranchées, faisait 1500 mètres de long, pour contenir les quartiers d’habitation et les services publics, elle faisait 6 mètres de large et 2,4 mètres de haut. Des bâtiments préfabriqués ont été installés à l’intérieur, sous les arches en acier ondulé couvrant le plafond, et la neige a été soufflé au dessus sur les tranchées pour former le toit. rapportDes cabanes Jamesway (voir ici leur forme, elles étaient en bois) ont été utilisées  comme abris supplémentaires au-dessus et en dessous de la glace. Deux générateurs diesel fournissaient le courant. Comme opération d’essai, Fistclench n’a pas été utilisé pour l’hivernage des troupes, mais il en abrité plusieurs dizaines au cours de l’été. Lorsque le camp plus grand a été construit, Fistclench a été abandonné ». Pour donner le change, ou pour brouiller la piste militaire, en 1957, un groupe de scientifiques était venu à Camp Fistclench pour observer l’activité des taches solaires dans le cadre des études Année géophysique internationale. Une visite bien suive par les médias, bien entendu ! Le précurseur de Camp Century jouait alors les stations de recherche arctique civiles !

Le second « secret » de la base : une centrale nucléaire !

camionUne station aux allures civiles (ici son pompage de l’eau), certes, mais qui voit arriver une drôle de remorque au milieu de sa construction : un énorme semi-remorque portant un cylindre blanc. Un cylindre à 8,2 millions de dollars transporté par navire puis par camion, un cylindre hermétiquement fermé signé Alco, qui pourrait fournir de l’électricité pour tout le camp, à la place des 3,2 millions de litres de carburant qu’auraient consommé des générateurs classique. Le bidule de 20 tonnes porte un nom c’est le réacteur nucléaire PM-2A/« PM-2A: 2 MW éleechangeurctriques, plus le chauffage. Camp Century, Groenland. Mis en divergence  initiale le 3 Octobre 1960. Le premier réacteur nucléaire « portable ». Apporté au Groenland dans les parties, assemblé, utilisé, démonté, expédié par le CONUS. Le PM-2A du camp Century au Groenland, a été conçu par l’American Locomotive Company pour démontrer la capacité d’assembler à distance une centrale nucléaire à partir de composants préfabriqués dans un endroit froid. Le récipient sous pression a ensuite été utilisé pour étudier les neutrons dans la fragilisation de l’acier au carbone. Cette usine a été fermée entre 1963 et 1964. Le PM-2A fonctionnait à l’uranium-235 enrichi à 93 pour cent. »  Un second camion apporte en caisse le gigantesque  échangeur de chaleur, installé à même une galerie souterraine ou plutôt sous la glace (photo ci-dessus à droite). Oui vous avez bien compris : au cœur de la base, on avait amené en toute discrétion un réacteur nucléaire !  reacteurLes avis divergent sur la connaissance qu’avaient les danois de la présence de ce réacteur nucléaire à cet endroit. La communauté internationale n’avait pas davantage réagi, d’ailleurs, à celui installé à l’autre bout de la Terre, en Antarctique (ici le débarquement du container contenant le réacteur) : « le PM-3A (, moyenne puissance portable, 3ème génération), installé pour alimenter la base de McMurdo en Antarctique. mac-murdo-reactorAu cours de 1970-1971, il a atteint une puissance devenue record du monde. Le PM-3A n’a pas été utilisé par l’armée, mais était sous la direction des « Sea Bees » du Naval Facilities Ingénierie Commande) NAVFAC, L’usine était refroidi par air, munie de ventilateurs et de de condenseurs fonctionnant au glycol. La chaleur résiduelle était utilisée pour le dessalement. Le réacteur a été installé dans des réservoirs enterrés dans le sol. Après sa mise hors service, l’usine a été découpée en morceaux et transportée aux États-Unis pour y être enterré. Le sol entourant les réservoirs étant devenu radioactif, il a été enlevé et transporté également à la base navale de Port Huenem, en Californie, où il a été incorporé dans de l’asphalte ». « Des terrains contaminés »  ? On semble avoir oublié les dégâts collatéraux de ses installations à une époque où le nucléaire était loin d’être totalement dominé : dans le fameux film sur la base de Camp Century, on voit des ouvriers déballer à mains nues (ou seulement gantés de coton, sans port de de masque ou de tenues anti-radiations les barres radioactives qui vont être ensuite descendues au fond du réacteur, sous une couche d’eau:

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Les américains avaient trompé tout le monde

haveuse« Cette «ville sous la glace » (où il y avait même un aumônier  et une église, l’éternelle alliance du sabre et du goupillon, voir photo ci-dessous à gauche) n’était pas un secret; Walter Cronkite l’a visitée en 1961. Mais son véritable but était d’abriter des armes nucléaires, était. En réalité, Camp Century a été conçu comme une opération de couverture de construction d’habitations et d »équipements, ce que l’armée avait désigné comme étant le « Project Iceworm.. » haveuse-bisA gauche, pour agrandir les galeries, les ingénieurs avaient fait venir une haveuse, comme celle utilisée dans les mines de charbon, dans le Nord de la France, ou dans les mines de sel (ici la photo en lien est celle située sous le Lac Erie). « Même les autorités danoises n’avaient aucune idée de ce qui se passait réellement dans leur territoire . Cela  semblait si farfelu, que j’ai demandé s’il fallait le croire ou pas», dit Jeff Colgan un expert en politique internationale, de sa propre réaction après avoir été approché par un glaciologue de l’Université York pour étudier les vestiges de Camp Century ». aumonierFarfelu » n’est peut-être pas le mot : pour l’Antarctique, le traité de l’ONU du même nom interdisait tout bonnement de le faire !  « Le Traité sur l’Antarctique, signé le 1er décembre 1959, est entré en vigueur le 23 juin 1961. Le Traité peut être modifié ou amendé par accord unanime entre les parties contractantes.  Le Traité sur l’Antarctique compte aujourd’hui 42 États parties; le Gouvernement américain est le gouvernement dépositaire.  Cet instrument interdit le déploiement et les essais d’armes de toutes sortes, y compris d’armes nucléaires, dans l’Antarctique. Sont également interdites toutes mesures de caractère militaire comme l’établissement de bases militaires, ainsi que toute explosion nucléaire et l’élimination de déchets radioactifs dans cette région. Des inspections permettent de vérifier que les dispositions du Traité sur l’Antarctique sont respectées. Toutes les régions de l’Antarctique, y compris les stations, les installations, le matériel s’y trouvant, ainsi que les navires et aéronefs aux points de débarquement et d’embarquement de fret ou de personnel seront accessibles à tout moment à l’inspection aérienne ou sur place » peut-on lire sur le site même de l’ONU. L’ONU aurait il failli dans sa mission de surveillance ? La base n’est pas restée secrète, certes, mais son équipement si !!!

Les ingénieurs avaient oublié une seule chose…

actuelleAucun missile n’a été déployé, pourtant, à Camp Century. Pour une raison simple : les fameux ingénieurs de l’armée américaine avaient beau avoir presque tout prévu dès 1953, ils avaient oublié un impondérable… de poids. Celui de la glace, et surtout de son déplacement. L’Inlandsis du Groenland n’est pas une couche de glace fixe. C’est un glacier, qui avance et se répand dans la mer… pour fabriquer des icebergs géants. « Les glaciers et la couche de glace s’écoulent vers la mer avec une certaine élasticité, mais les mouvements différenciés et périodiques (rythme saisonnier marqué) de coulées de glace provoquent aussi de brutales cassures et des craquements dont les ondes élastiques se propagent en générant de petits tremblements de terre. stocksCes derniers sont enregistrés par des sismographes loin du pôle à travers le mondeavec une forte saisonnalité. » note Wikipedia. Et ça, ils l’avaient effectivement oublié !  Résultats, après plusieurs galeries effondrées, et ce en fort peu de temps, le rêve de la cité sous les glaces pour lancer des fusées s’effondre… les baraquements de bois se font écraser au fond des galeries. Dès 1964, la ville souterraine n’est plus occupée que l’été, et dès 1966, elle est totalement abandonnée (ici les stocks en 1962, une image très « Aventuriers de l’Arche Perdue IV !).  On évacue ce qui est à évacuer, mais on laisse derrière des tas de choses enfouies. broye Ça ne se verra pas pense-t-on. « Une équipe de l’armée a visité Camp Century durant l’été 1969. De graves dommages à la ville souterraine ont été documentés à ce moment. Ont été observés le flambage des arcs métalliques,  des poutres en acier cassées ou tordus, des bois de soutien cassé, et les bâtiments encore meublés et d’autres équipements étant écrasés lentement sous la pression extrême de la neige envahissante. Aujourd’hui, il est probable que la plupart de Camp Century a été récupéré de la glace. Son épave torsadée est un mémorial gelé en permanence du désir de l’homme d’explorer même les endroits les plus hostiles de la Terre » note ici « Science Leads the Way« .

Une terrible pollution

La nature avait vite repris le dessus sur ce projet insensé. Mais aujourd’hui, on découvre pire encore. Avant de partir définitivement en 1966, l’armée américaine ne s’est pas vraiment embarrassée. Si elle a bien repris le réacteur nucléaire apporté sur place, elle a laissé derrière elle… ses déchets, et d’autres encore. Enfouis dans la neige… alors qu’aujourd’hui, il n’y en a plus de neige ou presque ! D’où les titres vus récemment dans la presse. On avait fait dans le rassurant il y a peu de temps encore  : « il n’y a toutefois pas urgence, les déchets sont pour l’instant encore enfouis sous une couche de glace atteignant par endroits 35 mètres, notent les chercheurs. Selon eux, ils se composent d’environ 200 000 litres de diesel, 240 000 litres d’eaux usées, dont une partie, faiblement radioactive, provient du réacteur nucléaire de la base, ainsi que de matériaux de construction usuels à l’époque contenant des polychlorobiphényles (PCB). » « Faiblement radioactive « … alors que les photos les plus récentes montrent les tunnels recouverts d’acier… émergeant largement de leur ancienne gangue de neige ? Et si seulement c’était le seul cas !!

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Blue East Two (Ikateq); base mineure et dégâts majeurs ?

ikateq2Car comme un malheur n’arrive jamais seul, voici qu’émergent les effarantes photos de Ken Bower prises en 2013 sur le site d’Angmagssalik (aujourd’hui Tasiilaq) une toute petite base créée en 1941… pour observer la météo au départ et bâtir une piste pour B-17, L’installation de 11 personnes seulement, sur une base appelée BE-2 (Blue East Two), dirigées par  un vétéran de Antarctique, le Lt Frederick E. Crockett. Leur but était de construire une piste d’aviation… pour aller bombarder ls stations météos allemandes (on y revient) ! Un petit Norseman servait d’avion de liaison à la base. « Blue East Two n’a jamais atteint l’importance du trafic aérien transatlantique prévu à l’origine, mais il a très bien servi de terrain d’aviation de secours, pour la météorologie et la navigation, et aux capacités de soutien de recherche et de sauvetage. En 1943, le colonel Bernt Balchen a utilisé le terrain pour un raid de bombardement sur la station météorologique allemande contre l’île Sabine, à 600 miles au nord. Le raid a échoué en raison de la météo, et Balchen a terminé le raid à Reykjavik. Balchen et Crockett ont également utilisésikateq1 BE-2 pour le soutien des opérations de sauvetage épiques sur la calotte glaciaire de 1942 à 1943. L’endroit a été réapprovisionné saisonnièrement par la Garde côtière des Etats-Unis, et a reçu un apport aérien régulier par parachutage lorsque la pistent pouvait pas être utlisée. Après 1945, le domaine a perdu de l’importance, et il a été évacué à la fin de 1947, ainsi que de nombreuses autres stations américaines au Groenland. » Une si petite base avec autant de déchets (les fûts de kérosène vides – ou d’huile notamment) ? Mais que découvrira-t-on donc à Camp Century alors ?

A qui de nettoyer ?

1470335377841904Le vilain secret était donc là, n’en déplaise aux illuminés qui sont toujours en train de chercher leur entrée de base « nazie-extrarterrestre » à cet endroit aussi (ou en Antarctique, lire ici le personnage). Il n’y a eu que des êtres humains, pour autant tromper les gens et faire de pareils ravages. Devant l’ampleur des dégâts à venir, si on ne faisait rien, le débat à commencé pour savoir qui allait se charger de ce nettoyage obligatoire, pour que la région n’en subisse les conséquences. Et là, le vieux problème de la responsabilité partagée réapparaît, lié à celui de la connaissance exacte qu’avaient les danois de ce que faisaient sur place les américains (à l’insu de leur plein gré ? », pour paraphraser un autre tricheur) « Le ministre des Affaires étrangères du Groenland, Vittus Qujaukitsoq, se dit « préoccupé » par ce sujet et déterminé à établir les responsabilités. Le Pentagone a, de son côté, assuré « reconnaître la réalité du changement climatique et les risques qu’il pose » dans cette affaire et promet de « continuer à œuvrer avec le gouvernement danois et les autorités groenlandaises pour régler les questions de sécurité communes ». Il y en a bien deux de concernés en effet : « Kristian Hvidtfelt Nielsen, chercheur en histoire des sciences à l’université d’Aarhus, au Danemark, estime que Washington et Copenhague devraient partager ces responsabilités. « D’un point de vue moral, je crois que le Danemark et les Etats-Unis ont tous deux le devoir de nettoyer. Ce sont les Américains qui ont construit la base, et ce sont les Danois qui leur ont donné l’autorisation de le faire », plaide-t-il. Un chercheur qui parle de « morale »chez des militaires, quel effronté, n’est-ce pas ! Et encore , je n’ai même pas évoqué ici un autre futur catastrophique, auquel le « Président des pingouins » avait mis en garde, avant de disparaître : « d’autre part, le changement climatique rend praticables des eaux et des terres qui ne l’étaient pas depuis six mille ans, avec l’ouverture au Nord de nouvelles routes navales : d’ici trente ans, la moitié du commerce mondial pourrait y transiter ! Et en termes d’hydrocarbures, l’Arctique ressemble à un deuxième Moyen-Orient : si une marée noire s’y produit, on en a pour un siècle… »

Mais il y a encore à dire, à ce sujet, et ça, se sera pour très bientôt, ici même.

(1) là je ne résiste pas à cette prose hilarante, lisible ici : « Saviez vous que pour ce qui concerne la base de Camp Century, les premiers forages profonds ont été entrepris au Groenland à Camp Century en 1966, sous pretexte d’études sur le climat, les chercheurs sont remontés plus de 100 000 ans en arrière sous les glaces, et ont trouvés selon certaines sources, des vaisseaux aliens, des corps aliens, des technologies alien très avancées, et des constructions de cités inconnues, informations non confirmées bien entendu ! ».  Il poursuit même plus loin : « saviez vous que les gentils Z’américains avaient procédés à des explosions nucléaires au pôle ? Pour la recherche de pétrole selon la version officielle ! Mais officieusement il en est tout autrement, puisque cela était fait dans le but de tenter de  ‘’ forcer ‘’ cette ouverture qui nous est interdite et qui est bloquée par quelques systèmes qui nous sont totalement inconnus, mais tellement éfficace par contre ! Nous parlons la bien entendu d’une sorte de « bouclier » qui rend l’ouverture au pôle complétement invisible depuis l’espace, et totalement impénétrable pour qui n’y est pas « invité » ! » C’est à se tordre de rire ! C’est le même individu qui vous parle en même temps de ça… ou de ça ?

reacteur-murdoDocuments :

http://www.smithsonianmag.com/science-nature/radioactive-cold-war-military-base-will-soon-emerge-greenlands-melting-ice-180960036/?no-ist

http://www.dtic.mil/dtic/tr/fulltext/u2/477706.pdf

`http://www.thuleforum.dk/ray/

http://motherboard.vice.com/fr/read/des-photos-incroyables-dune-base-militaire-abandonnee-qui-pollue-le-groenland

https://www.youtube.com/watch?v=g8HrvNMcgrQ

Ici le reportage sur la base en Antarctique : on notera que le procédé pour faire des galeries sous la glace est le même qu’à Camp Century (les chasse-neige sont aussi les suisses déjà cités). Et rien sur le réacteur nucléaire ! Celui-ci évoque fièrement le réacteur :  rendez-vous à la minute 23 et 13 secondes pour voir avec quelle illustration on a choisi de mettre en valeur la mise en lumière de la station… : sidérant !

On peut aussi pur compléter regarder ce bon documentaire sur les ICBM :

https://www.youtube.com/watch?v=cZb24X92BJ0

 

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A propos de ghostofmomo

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2 Commentaire

  1. avatar

    Puissant vomitif tout ça. J’hésitais entre hurler et hurler.

    Effectivement, les sites conventionnels sombrent de plus en plus dans les scénarios abracadabrants. Parfois l’info est tout à fait ordinaire et c’est le titre de l’article qui joue les racoleurs. On dirait un sac de croustilles: quand on l’ouvre, on réalise que le contenu du sac ne correspondait pas aux attentes.

    Ces façons malhonnêtes d’attirer l’attention ont bien sûr des impératifs financiers, ce qui ne les rend pas forcément légitimes. Si on ajoute le fait que cette accumulation d’informations biaisées contribue à l’ignorance, on a toutes les raisons de sonner l’alarme.

    En regardant la vidéo, je n’ai pas pu m’empêcher de rire, même si c’était plutôt pathétique: le commentateur décrit avec enthousiasme tout ce monde nouveau et les possibilités qu’il offre et s’exclame à la vue d’une baleine: quel animal magnifique! Au même moment on trucide la baleine quasi à coup de canon:) Aussitôt vue… aussitôt tuée. Quelle approche d’un monde nouveau! Visiblement les montages vidéos n’étaient pas encore au point:) Reste que déjà ça augurait du peu de soin qu’on allait apporter au reste.

    Merci pour ce texte.

  2. avatar

    « On dirait un sac de croustilles: quand on l’ouvre, on réalise que le contenu du sac ne correspondait pas aux attentes. »

    excellent !!!

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