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Ombelix au pays des Chim?res

? la fin du XX?me si?cle, l’Am?rique au nord du Rio Grande est tout enti?re soumise ? l’h?g?monie anglo-saxonne, ? l’exception, au Nord-est, d’une vaste ta?ga, peupl?e de caribous, d’autochtones, d’une myriade de m?t?ques et de deux peuples fondateurs, dont « nous-z’autres », qui ne nous en tirerions pas mal, si nous n’avions pas ? porter continuellement sur le pavois deux clans d’irr?pressibles totons, les Peurdurix et les Ombelix.

Les Peurdurix se sentent tout petits. Ils peuvent avoir le cheveu plat ? la Bourassa, ou boucl? ? la Charest, ils peuvent ?tre riches – style « Conseil du Patronat » – ou mis?rabilistes, genre « ma pension de vieillesse et rien d’autre », mais leur caract?ristique essentielle est d’avoir peur. Le plus grand nombre d’entre eux ont surtout peur que l’ind?pendance leur tombe sur la t?te, mais il y a aussi des Peurdurix dont la seule phobie est l’inflation et une minorit? non n?gligeable d’entre eux qui ont peur de parler anglais. Leurs p?res ont vot? « non » ? la conscription puis se sont enr?l?s volontaires, ont ?t? pour les cur?s sous Duplessis… puis pour la r?volution pour autant qu’elle soit « tranquille ».

Le mot d’ordre des Peurdurix est de passer le risque, la responsabilit? et le bl?me ?ventuel aux autres, parce qu’ils ont surtout peur d’eux-m?mes. La majorit? d’entre eux sont f?d?ralistes parce que c’est rassurant, mais il y en a beaucoup au contraire qui sont souverainistes – mais avec association, bien s?r et en souhaitant au fond que ?a n’arrive pas – parce qu’ils ont encore plus besoin d’avoir Ottawa comme bouc ?missaire que comme parapluie. Les Peurdurix sont f?rocement oppos?s au changement parce que le changement est un risque et qu’ils se sentent trop petits pour courir des risques.

Les Ombelix sont tr?s gros. Ou plut?t, regardant sans cesse leur nombril, ils se voient tr?s gros. Ils sont n?s d’une race fi?re, ils savent que nous avons une culture alors que les anglos sont des B?otiens et que Toronto est une ville ennuyeuse o? les bars ferment le dimanche. Riches ou pauvres ils sont convaincus que la Gasp?sie est mieux que la C?te d’Azur, que notre train de vie est bien sup?rieur ? celui des Europ?ens, comme en 1945, que Montr?al est la « deuxi?me ville fran?aise du monde » et que le « mod?le qu?b?cois » est un succ?s boeuf qui ne doit rien aux mod?les scandinaves des ann?es soixante.

Les Ombelix ont l’identification facile. Ils sont fiers des succ?s de Plamondon en France, de C?line Dion aux Etats-Unis et du Cirque du Soleil partout, comme s’il s’agissait l? de produits du terroir. La plupart se disent sociaux-d?mocrates, mais ils sont fiers de Bombardier, de Desmarais et de Qu?bec Inc. La plupart sont pour l’ind?pendance, mais on ne manque pas d’Ombelix f?d?ralistes, qui sont bien fiers aussi que l’Unesco dise du Canada que c’est le meilleur pays du monde. Les Ombelix sont f?rocement oppos?s au changement parce qu’ils sont gras, qu’ils se croient gros et qu’ils veulent le rester.

De telle sorte que nos Peurdurix – dont la « sage prudence » n’est qu’une profonde l?chet? – et nos Ombelix – dont la complaisante « fiert? » repose trop souvent sur une ignorance crasse – constituent, depuis des lustres, une alliance solide contre tout ce qui pourrait ?tre un v?ritable changement. Au Qu?bec, comme des choeurs de trag?dies antiques, on peut toujours s’attendre ? ce qu’un « Ne changeons pas, nous sommes parfaits ! » vienne donner la r?plique ? un  » Ne changeons pas, c’est dangereux ! ». Quand on ?coute les Peurdurix et les Ombelix et qu’on regarde leur gesticulation, on ne voit plus la r?alit? et l’on perd le sens m?me du drame. Les Peurdurix et les Ombelix sont des livreurs de chim?res aussi inutiles que des menhirs et qui p?sent tr?s lourd sur l’avenir d’un peuple.

Car pendant qu’on r?ve, le tiers des Gasp?siens n’ont pas de travail, notre niveau de vie est inf?rieur ? celui d’une bonne demi-douzaine de pays d’Europe et il y a pas mal plus de francophones ? Kinshasa ou ? Casablanca qu’? Montr?al. Est-ce qu’il ne serait pas temps de comprendre que nos deux grands ennemis sont la peur et l’arrogance, les deux se pr?tant main-forte, depuis des d?cennies, pour nous priver de la lucidit? qui nous permettrait de poser le diagnostic de nos probl?mes et du courage d’y apporter de vraies solutions ?

J’ai lu, il y a quelques ann?es, dans le journal Le Devoir, des articles dont on souhaitait qu’ils « pensent la nation » qu?b?coise et qu’ils nous proposent un avenir. Je n’ai saut? aucun de ces articles et je n’ai de querelle avec aucun des auteurs, ni aucun des messages qu’on y a livr?s… mais je reste sur ma faim. Je vois des rang?es de chim?res, en enfilades et en cercles, parfois les unes supportant les autres comme des dolmens. Il me semble que notre avenir est plus vaste, plus complexe que l’image qu’en donnent ceux qui le limitent ? un d?bat linguistique et ? ses cons?quences ?troitement politiques.

J’aimerais qu’on se sorte du duo Peurdurix – Ombelix et qu’on passe ? autre chose. Je voudrais que, si on a peur, on ait au moins des raisons d’avoir peur et que si l’on est « fier » on nous dise pr?cis?ment de quoi l’on est fier. Parce que je pense que la peur ?a se domine et que la fiert?, ?a doit rester discret. Je pense que le v?ritable avenir du Qu?bec passe d’abord par une prise de conscience de ce que notre d?mographie, la g?opolitique et le sens que semble se donner l’Histoire contemporaine feront inexorablement du Qu?bec. La vraie lucidit?, pas celle des comptables, mais celle des cr?ateurs qui peuvent penser une nation, c’est ?a, la potion magique qui donne le courage et qui fait grandir

Notre avenir, il passe ensuite par une prise de conscience de cette r?alit?, puis son acceptation et enfin la d?cision de d?finir notre ?volution en fonction de cette r?alit?. Sans peur et sans complaisance. Je crois que nous pouvons le faire. Je suis persuad? qu’il y une majorit? de Qu?b?cois qui ne se pensent pas si petits qu’ils ne puissent survivre, ni si gros qu’ils ne puissent encore grandir. Ils ne demanderaient pas mieux que de travailler simplement, sereinement ? devenir « plus » et « mieux » que ce qu’ils sont r?ellement, comme un arbre qui grandit.
Il n’y a pas de honte ? grandir. Est-ce que ceux qui nous gouverneront la semaine prochaine ne pourraient pas nous proposer un but et nous en montrer le chemin ? Et nous offrir une bonne lamp?e de cette vraie lucidit? qui fait grandir ?

Pierre JC Allard

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    Peurdurix ou Ombelix… j’aime bien cette approche. Votre analyse – quoique formulée sous un trait d’humour – recèle un questionnement profond qui mérite qu’on s’y arrête quelque peu. Je ne sais pas encore s’il faut garder espoir pour lundi. Je ne sais pas – encore moins – si le Québec aura atteint enfin sa maturité pour amorcer ce virage de la réflexion que vous proposez si bien : Je pense que le véritable avenir du Québec passe d’abord par une prise de conscience de ce que notre démographie, la géopolitique et le sens que semble se donner l’Histoire contemporaine feront inexorablement du Québec. . Puisse votre message être lu et entendu.

    Pierre R.