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Ode ? la civilisation industrielle

On vit une ?poque formidable! Moi qui d?teste la bagnole, je peux jouir en toute libert?, et depuis le haut de la selle de mon v?lib, du d?licieux spectacle donn? par la masse des automobilistes stress?s, hargneux mais r?sign?s, condamn?s ? un blocage quotidien dans leur tas de ferraille devenu ridicule. Je puis ainsi m?enivrer sans entrave du plaisir indicible et sans cesse renouvel? de la d?couverte r?g?n?ratrice de ma ville de brique rose, dans ses recoins les plus intimes et charmants sans me pr?occuper des mis?rables feux rouges, sens interdits grotesques, stops incongrus, ou autres trottoirs d?risoires parsemant ma route tels des objets d?agr?ments mais constituant, ? ma grande joie, des obstacles fatals pour l?individu majoritaire. Oui, c?est ?a la Civilisation Industrielle, et on ne prenait pas ce genre de pied, avant, sous l?Ancien R?gime ??.

On vit une ?poque formidable! Moi qui ex?cre les produits de l?agriculture intensive, les fruits et l?gumes sans saveurs, cueillis avant maturit?, irrigu?s jusqu?? plus soif, instill?s de pesticides et fongicides de synth?se, qui r?gurgite les succ?dan?s de l??levage hors sol, les taurillons et porcs d?usine, veaux de batteries et gallinac?es pondeuses nourries aux ?strog?nes, je frise le bonheur supr?me en cultivant ? l?ancienne mon petit jardin familial (ouvrier) en bord de Garonne dont j?ai pu obtenir la concession malgr? une longue liste d?attente, mais gr?ce ? un piston bien plac? ? la mairie issu des mes tr?s anciennes et ?ph?m?res relations trotskistes. Pour ce qui concerne la viande, je resterai tr?s discret sur ma fili?re exempte de tourteaux, d?ensilage ur?ique et d?antibiotique par crainte qu?une trop grande et soudaine prosp?rit? ne vienne corrompre un ami ?leveur jusqu?ici irr?prochable dans son int?grit? et ses convictions. Bien plus, il me faut avouer que ce quasi-bonheur est encore supplant? par un nirvana sup?rieur lorsque, m? par un tropisme coupable je constate que mes pas me guident tout seuls vers l?hypermarch? le plus proche et qu?ils m?invitent, ? l?insu de mon plein gr? et de l?autre c?t? des caisses, au spectacle panoramique magistral de 45 files d?attentes de caddies croulants sous les aliments chimiques et les produits toxiques. Oui, c?est ?a la Civilisation Industrielle, et on ne prenait pas ce genre de pied, avant, sous l?Ancien R?gime ??.

On vit une ?poque formidable! Moi qui rechigne ? tout travail contraignant, je coule des jours heureux en recevant chaque jour mes amis vers 17h pour un ap?ro vin rouge/saucisson avec le budget du RMI (revenu minimum); pour mon appartement, c?est un vrai don du ciel, le loyer est pay? directement par l?A.P.L. (allocation personnalis? logement); pour l?argent de poche, j?ai cong?di? ma femme mais gard? le petit et gr?ce ? ce stratag?me je touche l?A.P.I. (Allocation de Parent Isol?); pour les imp?ts, je n?en paie pas et je regarde la t?l? gratis, exon?r? que je suis de la redevance. Et pour obtenir tout cela, je n?ai m?me pas besoin de manifester, ce qui d?ailleurs ne m?int?resse pas! Il me suffit de participer aux ?lections (ce que je ne manque pas de faire) en votant pour celui, ou celle, qui promettra de faire durer encore longtemps ce syst?me-l?. Il para?t que c?est gr?ce ? leurs surprofits que les capitalistes peuvent ainsi subventionner les d?favoris?s dans mon genre et acheter du m?me coup la paix sociale. Un vrai r?gal pour moi qui suis un d?favoris?, certes, mais ?galement un n?cessiteux par conviction et un glandeur par vocation. Oui, c?est ?a la Civilisation Industrielle, et on ne prenait pas ce genre de pied, avant, sous l?Ancien R?gime ??.

Malheureusement il para?t que cette fabuleuse Civilisation Industrielle est menac?e de dispara?tre?.. Qu?elle serait m?me condamn?e ? la panne d?essence?. Pic de Hubbert, d?pl?tion p?troli?re, d?croissance ?conomique!?..Je lis et j?entends des choses de ce genre avec effroi, et de plus en plus souvent lors de mes immersions soci?tales. Il paraitrait que le p?trole, le charbon et le gaz fossiles vont venir ? manquer puis ? se tarir d?finitivement, que les minerais de fer, de cuivre, de zinc, d?aluminium, etc? devront ?tre recycl?s jusqu?au moment o? on ne pourra m?me plus le faire, que les possibilit?s de production d??nergie ? partir du vent et du soleil sont ? peu pr?s ?gale ? epsilon par rapport ? nos besoins, que les barrages hydro ?lectriques vont finir par cesser de fonctionner pour cause d?envasement, que les centrales nucl?aires, non seulement vont nous p?ter ? la gueule les une apr?s les autres, mais que, par surcro?t, elles ne seraient m?me pas rentables si on nous faisait payer l??lectricit? au prix de revient r?el, et que, de plus, on ne pourrait ni les construire, ni les entretenir, ni les d?manteler sans gasoil pour les engins de chantier, sans cuivre pour les tuyauteries, sans ferraille pour le b?ton arm?, sans aluminium pour les pi?ces de raccordement, sans graphite pour le refroidissement, etc?. etc?

Toutes ces sombres perspectives d?avenir me glacent le sang et je supplie le Dieu Tout Puissant, tous les Big Bosses de la Plan?te, ainsi que la Confr?rie Internationales de nos V?n?r?s Scientifiques de trouver rapidement quelque chose pour que les 32 millions de tonnes ?quivalent-p?trole journaliers n?cessaires au bon fonctionnement de notre ch?re Civilisation Industrielle puissent ?tre produits d?finitivement et sereinement par une poudre de perlimpinpin enfin s?rieuse ou une pierre philosophale ? garantie d?si?clale, ne gisant pas al?atoirement sous les crottes des chameaux de telle ou telle tribu nomade.

Je vous en conjure, Messieurs qu?on nomme grands, faites quelque chose et vite, car je n?ai aucune envie de voir mes promenades cyclotouristiques encombr?es par des crottins fumants issus de charrette ? chevaux, ni d?assister impuissant au remplacement des hypermarch?s objets de mes r?cr?ations fameuses par de vulgaires ?tals de plein air o? les l?gumes pourris le disputeront aux viandes asticot?es et encore moins d?avoir ? me r?volter, prendre les armes, et monter sur les barricades au risque de me faire trouer la paillasse, pour r?clamer ma pitance quotidienne. Non merci, tout mais pas ?a! Longue vie ? la Civilisation Industrielle

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