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Obama en terre promise: une alliance (trop) complaisante?

20 mars 2013?|?Antoine Coppolani – professeur d?histoire contemporaine ? l?Universit? Montpellier III et Charles-Philippe David – titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand de l?Universit? du Qu?bec ? Montr?al

obama Israel

 

Paradoxale relation que celle qu?entretient le pr?sident Barack Obama avec Isra?l. La proximit? le dispute ? l??loignement. L?alliance ? la d?fiance.

En se rendant en Isra?l et dans les territoires occup?s, le 20 mars, il y effectuera sa premi?re visite en tant que chef d??tat. L?absence d?un tel d?placement durant le premier mandat avait ?t? consid?r?e comme un signe de d?sint?r?t, voire d?hostilit?, par les Isra?liens. En particulier lorsque, en juin 2009, le pr?sident am?ricain avait prononc? son discours historique du Caire, sans prendre la peine d?effectuer ensuite un d?placement ? J?rusalem. Cette volont? de se tenir ? distance s?est aussi traduite dans le style avec lequel Obama a g?r? la relation bilat?rale am?ricano-isra?lienne. L? comme ailleurs, il a pr?f?r? ? l??tablissement de relations personnelles cordiales, voire amicales, une vision froide, d?tach?e, analytique, des relations internationales. Avec les dirigeants isra?liens (et m?me avec les chefs d??tat arabes), il est douteux que cette approche f?t la meilleure. En tout cas, il est de notori?t? publique que le premier ministre isra?lien, Benjamin N?tanyahou, et Barack Obama entretiennent des relations orageuses. Le premier, non sans habilet?, n?h?site pas ? en jouer. Il a d?autant plus volontiers adopt? des positions fermes, voire franchement intransigeantes, par rapport aux demandes de Barack Obama que l?opinion publique isra?lienne lui en t?moignait de la satisfaction. N?est-il pas tout ? fait significatif que lorsque N?tanyahou ?tait premier ministre, dans les ann?es 1990, et qu?il croisait le fer avec le pr?sident Clinton, il baissait dans les sondages ? Alors que c?est exactement le contraire qui se produit avec Obama : lorsque N?tanyahou lui tient t?te, sa cote de popularit? monte en fl?che en Isra?l. Ce ph?nom?ne n?est pas ?tranger ? la r?cente victoire du premier ministre aux ?lections l?gislatives, le 22 janvier 2013, et donc ? sa reconduction ? son poste.

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Un bras de fer

 

Il est vrai que N?tanyahou semble avoir gagn? le premier grand bras de fer avec les ?tats-Unis. Isra?l s?est oppos? mordicus aux conditions pos?es par le gouvernement Obama ? une reprise du processus de paix : le gel de la colonisation isra?lienne dans les territoires occup?s. Il y eut moult accrochages et parfois des camouflets (l?annonce d?un nouveau programme de construction de 1600 logements dans le quartier ultra-orthodoxe de Ramat Shlomo, en p?riph?rie de J?rusalem, alors m?me que le vice-pr?sident Joseph Biden ?tait, en mars 2010, en visite officielle dans l??tat h?breu.) ? la fin de l?ann?e 2010, le gouvernement Obama, par la voix de la secr?taire d??tat Clinton, a d?ailleurs jet? l??ponge, en renon?ant purement et simplement ? cette condition du gel des colonisations. ? l?heure actuelle, le processus de paix isra?lo-palestinien est donc au point mort. Ce processus devrait pourtant ?tre l?une des priorit?s du pr?sident am?ricain et faire l?objet d?une attention soutenue dans son second mandat.

 

Car, en d?pit des divergences de vues entre Obama et N?tanyahou, l?alliance entre les ?tats-Unis et Isra?l est plus forte que jamais. Il est important de noter, ? cet ?gard, par-del? la froideur des relations entre chefs d??tat, la proximit? du pr?sident Obama avec Isra?l, o? il s?est rendu deux fois, en 2006 et 2008. Ces deux voyages furent l?occasion pour lui de prononcer des discours tr?s favorables ? l??tat h?breu (en particulier ent?rinant la volont? des Isra?liens de faire de J?rusalem leur capitale ?ternelle et indivisible). Surtout, comme le remarquait il y a quelques mois le ministre de la D?fense ?houd Barak, il est difficile de se souvenir d?une p?riode o? les ?tats-Unis ont autant pourvu aux besoins de s?curit? d?Isra?l. ? l??t? 2012, encore, le pr?sident Obama a sign? le US-Isra?l Enhanced Security Act. Obama a profit? de la signature du texte pour r?it?rer l?engagement am?ricain de fournir 70 millions de dollars pour l?Iron Dome, le syst?me de protection antimissile dont les Am?ricains ont pourvu Isra?l. Au total, l?aide am?ricaine ? l??tat h?breu atteint les 4 milliards $US annuels.

 

Ce syst?me de protection, repr?sentant ? lui seul un milliard d?aide, est li? ? l?obtention possible par l?Iran d?une capacit? de frappe nucl?aire. Cet enjeu constitue sans nul doute le probl?me le plus ?pineux de la politique ?trang?re d?Obama, et l?autre dossier prioritaire qu?il abordera assur?ment avec N?tanyahou. Celui-ci veut amener le pr?sident am?ricain ? se commettre clairement sur le moment o? les ?tats-Unis d?clareront que l?Iran a franchi le ? fil rouge ? – ?tant enrichi suffisamment d?uranium pour se doter de l?armement atomique – que le premier ministre a d?crit ? l?Assembl?e g?n?rale de l?ONU ? l?automne dernier pour justifier le recours ? la force contre T?h?ran. Obama a d?ailleurs indiqu?, ? la veille de sa visite, qu?on approche ? grands pas de ce ? fil rouge ? – on y arrivera tout au plus d?ici un an – et qu?il ne se contentera pas d?endiguer l?Iran. Si les risques de guerre demeurent d?une grande acuit?, un engagement diplomatique para?t plus que souhaitable pour enrayer ces risques d?une part et pour amener le r?gime iranien ? r?aliser la folie de son entreprise d?autre part.

 

Affermissement des engagements strat?giques des ?tats-Unis envers Isra?l, d?sengagement de la gestion du processus de paix isra?lo-arabe, contentieux sur la question du nucl?aire iranien. Sans doute l?heure est-elle venue pour Obama, l?homme qui a fait ? pivoter ? la politique ?trang?re am?ricaine vers l?Asie, de la faire ? repivoter ?, vers la cause de la paix au Proche-Orient, cette fois.

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