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Notre dernière heure

Le glas qui sonne annonce, me dit-on, notre dernière heure. Le temps est venu de ne plus plaisanter avec l’immuable chronologie, l’incontournable décompte de celui qui est courbe. Que certains aient pu imaginer une journée de vingt cinq heures dépasse l’entendement. Les Mésopotamiens auraient-ils cessé de compter sur leurs phalanges à moins que l’un deux se soit fait greffer un fragment de doigt surnuméraire.

On nous prédit la fin des temps, non pas celle que l’homme se concocte avec délectation, usant à plaisir des ressources de la Terre, non celle d’une période qui délimite l’été de l’hiver de manière purement administrative. L’heure au gré des saisons, le soleil en suspens dans le ciel, quelque part dans son périple lointain, pour se figer l’espace de soixante minutes, un défi que la nature célèbre juste avant la fête des morts.

Hasard ou nécessité, le changement d’heure précédait la ronde des citrouilles et de tous les monstres issus de nos phantasmes sur commande. On joue à se faire peur une fois que tombe la sentence des pendules : l’hiver est au rendez-vous ! Cette fois, il n’y a plus une minute à perdre, le temps se fige pour redevenir universel.

Quel sera le choix des maîtres du temps ? On peut être certain qu’il se fondera sur des impératifs économiques, la seule manière de penser de ceux qui nous gouvernent. Curieusement, ce sont avec les mêmes raisonnements que l’on court vers la catastrophe, sans que nul ne songe vraiment à leur remettre les pendules à l’heure à l’exception d’une jeune fille qui ne leur mâche pas ses mots.

L’heure est venue pourtant de tout changer et pas seulement cette heure de gagnée ou de perdue au gré de nos incontournables erreurs de cadran. Les rouages de l’époque sont grippés, c’est le moins que l’on puisse dire. L’humanité est en danger sans que fondamentalement rien ne bouge. Les aiguilles continuent d’aller de l’avant pour précipiter la population toute entière dans le chaos que le système capitalisme et le libéralisme sauvage ont patiemment constitué.

L’heure est endettée, la vie sur Terre plus encore. Celle de ces drôles de bipèdes qui ne savent d’ailleurs plus lire un cadran et ont besoin d’un téléphone pour leur indiquer le temps qu’il fait ou qu’il est, sans distinction aucune entre ces deux notions pourtant si différentes. La mort du temps est pour bientôt, celle des humains aura la courtoisie de la précéder. C’est du moins une satisfaction immense, les maîtres du monde se sont condamnés eux-mêmes à ne pas voir le bout de l’histoire.

Thermomètres et pendules s’affolent. La roue tourne, la planète également et dans sa folle ronde, elle va éjecter de son atmosphère ceux qui l’ont rendue invivable. Plus ne sera besoin d’horloge atomique et de précision à la seconde et encore moins de fuseaux horaires, le temps va tomber en quenouille.

La bobine va bientôt finir de se dévider. La vingt-cinquième heure donnera le mot de la fin. Après elle, il n’y aura plus à décompter ce qui reste, la vie de l’espèce humaine aura parachevé son œuvre magistrale, celle de l’extinction d’elle-même. Les rouages de ce mécanisme d’horlogerie sont redoutables, chaque mouvement nous conduit vers la chute. Les sirènes n’annonceront pas l’apocalypse, il y a bien longtemps que de vains prophètes vous ont mis en garde.

Pour votre confort, vous avez fermé les yeux, remonté plus encore la folle course vers l’abîme et le néant. Il est maintenant trop tard pour infléchir le cours de cette histoire qui s’achève. La dernière heure est pour bientôt. Très riches et très pauvres disposeront de la même peine capitale, sans distinction aucune de religion ni d’origine. Le temps fera très bien ce rien qui fera notre affaire pour toujours. Fermons le ban !

Chronofinalement vôtre

C’est Nabum

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