Notions de liberté

Trop souvent nous n’avons de la liberté que le concept lié aux droits. La liberté est donc au départ falsifiée, entachée par un concept social qui n’autorise que certaines libertés de faire.

Les sociétés ont tenté d’encadrer la liberté d’être. Ainsi elles admettent plus ou moins tacitement l’existence de la liberté mais condamnent et punissent toute liberté d’être qui ne répond pas aux standards qu’elles ont fixés pour les droits consentis ou réprimés.

Le droit n’est pas la liberté. Il autorise des libertés définies. Cette notion déphasée de la liberté procure un mal être lorsqu’il s’agit de définir notre propre liberté, considérant que nous ne sommes pas venus au monde (heureusement pas encore) dans un moule fabriqué pour les sociétés, même si nous n’en sommes pas loin.

Qu’en est-il donc de notre propre liberté et de la signification que nous lui accordons? Bien sûr toute liberté doit avant tout, pour respecter le sens même du mot liberté, vivre en harmonie avec la liberté des autres. La notion des libertés supplante outrageusement celle de la liberté, comme quoi le fait de mettre ce mot au pluriel peut faire toute la différence.

L’habitude, les droits et libertés et la conscience altérée de liberté nous font perdre de vue des choses toutes simples. Hiérarchie, diplomatie, règle, politiquement correct, conformisme mais aussi les fabricants de libertés que sont différentes entreprises vendant leurs marchandises qui annihilent parfois toute liberté: Ces choses formatent tous les jours notre notion de liberté jusqu’à oublier de quoi elle est faite et surtout son utilité.

La notion de liberté est vaste. Elle peut tour à tour procurer un sentiment de toute puissance et un sentiment de crainte. Voyons que la liberté n’est pas un concept lié à l’ego. Au contraire, sortir des cadres imposés pour ne pas en trahir les préceptes de liberté est souvent un exercice d’humilité, voire humiliant. Quant à la crainte à laquelle cette notion peut conduire, il s’agit de la crainte de se voir soustrait des libertés par opposition à la liberté elle-même. Vu sous tous les angles, la liberté (sans s) est l’essence avec laquelle l’esprit carbure, le corps quant à lui, ayant les limites de ses capacités et des conditions qui prévalent, ne tire de la liberté que ce qu’il est en mesure d’en exprimer. L’esprit quant à lui s’en moque éperdument.

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S’il advient que l’esprit ne s’en moque pas, c’est qu’il souffre de contraintes et est de ce fait privé de liberté d’une manière très dommageable. Tout au plus on peut favoriser la liberté pour les autres, mais on ne peut pas la décider pour eux, ni même l’inventer si leur esprit persiste à se comporter de telle sorte qu’il a sans cesse besoin du support des mesures sociétales qui lui ravissent pourtant sa liberté et qui le conduisent à accepter un simulacre de liberté, fait de réserves et d’approbations.

Si chaque enfant avait encore dès son tout jeune âge la notion de liberté, qu’on lui enseignait en complément les libertés et les droits, ce monde n’aurait plus de zombis et possiblement plus de dominateurs. Mais l’enfant est maintenant soustrait à lui-même. Il est devenu un produit de libre-échange, un produit de consommation façonné avant même que s’affirme sa liberté.

Les libertés et les droits ne peuvent entraver la liberté, ni la réglementer. Les lois ne peuvent entraver la liberté, ni la réglementer. L’union (mariage) ne peut entraver la liberté, ni la réglementer. Lorsque l’on croit qu’il y a entrave à la liberté, c’est tout simplement qu’elle n’existait pas. La liberté ne peut être entravée. Elle bat au rythme du coeur, elle vit au rythme de l’esprit et survole toutes les contraintes. Du fond de sa cellule, Hurricane Carter a été libre. Son corps ne l’était pas. Il disposait de certaines libertés, de certains droits, mais sa propre liberté lui a permis d’être sans mesure ni démesure. La mesure… il s’agit bien de cela puisque le meurtre de la liberté est commis par les sociétés malades de mesure versant au compte-gouttes l’accord social visant à faire disparaître la notion même de liberté.

Nous devenons des individus qui n’ont de repères que ceux qu’on veut bien leur fournir, moulés à des concepts d’ou nous pouvons à peine sortir pour exercer notre liberté d’être. La société se fait guide et juge et n’admet pas que l’on puisse être détracteur des conditions qu’elle nous réserve. Pourtant la liberté est d’abord et avant tout un sentiment, comme l’est l’amour qui guide nos actions.

Qu’en est-il de cet accord social? Il est fait de permissions et de restrictions mais avant tout de normes. L’accord social kidnappe la liberté pour en soupeser la pertinence et pire encore l’utilité. Ainsi toute notion de liberté portée au regard des autres doit souvent faire l’objet de luttes. L’accord social interviendra pour déterminer l’utilité des luttes et en validera le sens. La liberté n’est pas un concept qui nécessite d’être approuvé. On la punit parfois d’être socialement dérangeante mais on ne peut pas la déchoir, malgré toutes les tentatives de normalisation, car une fois que l’on reconnaît la posséder elle est à jamais notre premier souffle.

Lorsqu’un individu est atteint dans sa liberté (soit qu’il n’a pas conscience de l’existence même de cette liberté), il est fait prisonnier tant par toutes les normes, tous les droits, toutes les permissions que par leur contraire.

Je n’interviendrai pas dans la notion du bien et du mal qu’encadre dans une large mesure les droits et libertés. La liberté n’a pas besoin d’une telle notion. Elle la supplante parce qu’elle se positionne au bon endroit, ce qui me rappelle un précepte de la bible dans lequel il est dit que l’on ne doit pas goûter au fruit de l’arbre du bien et du mal. Les enfants n’y goûtent généralement pas tout naturellement. Ils ne sont donc pas vecteurs de mal. La liberté n’est pas vecteur de mal mais elle a tendance à irriter tous ceux qui aimeraient la voir disparaître car elle met un frein aux attentes des autres face à celui qui en jouit.

J’ai connu un homme qui avait obtenu la réussite dans ses entreprises: voiture de luxe, bijoux, montres hors de prix, vêtements achetés au péril de la décence pour plusieurs d’entre nous. Cet homme n’était pas heureux. Il parvenait à être joyeux mais pas à être heureux. Il venait souvent me voir et il me racontait quelques unes de ses frustrations. Son plus grand malheur venait de son épouse qu’il adorait. Ils avaient construit ensemble un monde fait de normes (les leurs, donc des normes horriblement dispendieuses) et ils en étaient prisonniers.

Après avoir vu la planète, roulé dans toutes les voitures qui s’achetaient, mené une vie de roi, il n’avait plus de mots ni de gestes simples pour sa dulcinée. D’ailleurs elle n’en aurait pas voulu maintenant. Ils vivaient désormais à des années lumière de l’essence même de leur couple. A deux, ils s’étaient emmurés. Un soir je l’ai vu presque ivre. Sa descente aux enfers se poursuivait. J’ai voulu le ramener chez lui avec sa voiture. Il ne voulait pas rentrer. Il voulait bien que je conduise (il en était au stade où il aurait tenté d’entrer dans sa voiture par la valise) mais il ne pouvait faire face à sa vie. Je l’ai amené chez moi et il s’est écroulé sur le fauteuil pour la nuit.

Le lendemain il tentait de ramasser sa vie pour embarquer à nouveau dans son décor. Il n’avait su que faire ça à date. Réussite bien triste. Avant qu’il parte je lui ai dit: vous savez ce que je ferais? J’ai cru qu’il avait gagné à la loterie… quoi? me dit-il…. Au lieu d’emmener mon épouse en croisière, j’irais dès aujourd’hui acheter des jeans, une chaloupe, un moteur, des équipements de pêche et une tente roulotte et je lui dirais que ce sont les vacances que j’ai envie de lui offrir. On trouve beaucoup de réponses près d’un feu de camp à la belle étoile.

Ce qu’il ne savait pas, mais qu’il risquait de découvrir, c’est que la découverte de sa propre liberté (faire sans les conventions, faire ce qu’elle a besoin de faire pour redonner au corps et à l’esprit l’intégrité dont ils ont besoin) allait lui sauver la vie et tant mieux si elle sauvait son couple aussi.

La liberté se cultive.  Elle est d’autant plus satisfaisante lorsqu’elle n’a pas attendu d’être secouée, écorchée vive avant de s’exprimer. Elle est précieuse, met dans nos bouches les mots qui l’alimente et dans nos actions les gestes qui la protège. On ne peut pas la prendre, la mettre dans un tiroir et la ressortir les jours de fêtes. Elle nous précède. Elle donne des ailes. Elle carbure au sentiment de paix qu’elle procure, lequel à son tour donne le courage de nourrir la liberté.

Nous nous sommes tellement emmurés de formalités que nous en avons perdu le naturel qui est l’expression même de la liberté.

Nous soupesons tant de fois qui il faut être, que nous oublions qui nous sommes.

Nous faisons taire tant de fois les plus beaux gestes et les mots qui les accompagnent que nous les réservons pour quand ils seront absolument nécessaires. Et souvent le temps passe sans que nous ayons pu juger convenablement de la nécessité de ces gestes et de ces mots. Il n’y a donc pas de raisons pour soutenir l’existence d’un défaut de liberté, puisque la liberté est nécessaire pour l’harmonie de vie et ne se remplace pas par un devenir hypothétique.

Nous avalons tellement tout ce qu’on nous a dit être notre vie que nous finissons par y croire et nous éprouvons toujours plus de malaises à ne pas cadrer parfaitement dans cette vie.

Et il y a la peur, celle que l’on nous juge pour être non conventionnel, pour ne pas adhérer à l’uniformité des standards de sociétés qui s’avèrent pourtant être nocifs à la liberté d’être et malsains parce qu’ils la réprime et en dénaturent le sens. Il faudrait craindre des sociétés qui encadreraient l’amour de la même manière, en forçant une vision qui n’a plus rien de naturelle. Craignons ces sociétés car elles y sont presque parvenues.

La peur banalisée est troublante, en ce sens qu’elle lève le voile sur tout un processus d’entraves à la liberté, qui amène au consentement à perdre la notion de liberté. Parfois j’aime bien la réaction immédiate de certaines personnes qui prennent très peu de soin, en ne versant pas dans les conventions, la diplomatie et l’hésitation lorsqu’elles sont face à une entrave à leur liberté:   Foutez-moi la paix!  Ça veut tout dire.

C’est ainsi pour plusieurs choses dans la vie et c’est ainsi que l’on accepte des aberrations qui nous font perdre un temps fou et nous rendent esclaves d’un système parfois grotesque. Et c’est ainsi que nous perdons notre liberté car nous ne savons même plus de quoi elle est faite.

Avais-je le droit de reprocher à l’éducation publique de vouloir me forcer à admettre l’influence de philosophes entre eux, influence dont elle décidait, faute d’avoir le même regard de liberté que tous ces philosophes? Elle choisissait de traquer les textes par besoin pédant de les soumettre aux idéologies dominantes du moment. J’y voyais une façon malhonnête d’encadrer la liberté, celle de penser à priori. Et je lisais ceux qu’elle boudait.  Je lisais ceux qu’elle n’avait pas reconnus comme étant philosophes incontournables, un besoin de conformité prétentieuse l’ayant dispensée de s’y intéresser. On me reprochait de ne pas abonder dans le même sens que les sous-maîtres à penser dès que j’abordais cet aspect de conformisme dont ils abusaient dans le but de gagner la soumission des élèves (dont je doutais de plus en plus qu’on ait eu le souci de les élever) à leur jugement de pédagogues qui s’étaient farcis des lectures pour imposer des modes à penser.  Chronologiquement les auteurs poussés par le système d’éducation devenaient les influents des autres, comme si un véritable philosophe était incapable de penser par lui-même et qu’il lui fallait nécessairement être influencé pour évoluer dans le temps, tout ça pour conforter une notion de progrès hautement discutable qui obsède les sociétés.

Les philosophes peuplaient les tablettes des bibliothèques et ceux qui d’ « influencés  » n’avaient pas été étiquetés y brillaient par leur absence. L’éducation n’arrivait pas à sortir des sentiers battus. Il lui fallait des meneurs et des menés, comme pour les sociétés. C’est ainsi qu’on éloignait la liberté avec beaucoup de rigueur en faisant apprendre par coeur toute philosophie validée par le système: celle des meneurs qui mènent les menés. Pour tant que tout ne soit pas mauvais, c’est la manière qui l’est.

Ma liberté me disait que ce système aurait très bien pu vouloir me faire apprendre par coeur la philosophie du Mein Kampf. Et je n’aimais pas que l’on tente de saboter ma liberté qui se pose avant Camus, avant Hitler (…), avant l’horrible organigramme des devenus maîtres à penser pour peu qu’ils aient pu être socialement reconnus.  Un philosophe est un phare qui sert à permettre à la liberté de ne pas être dans le noir. Celle-ci ne doit pas se diriger sur le phare comme le ferait un hanneton sur une ampoule.

Liberté toi que l’on oublie, toi qui te cache dans les écrits, les paroles, les luttes et les prières, toi qui fait vivre harmonieusement l’esprit, toi qui s’évade des pays calculés, tu es le nom de chaque personne qui se souvient d’être née pour vivre libre.

Plusieurs lois ont été rédigées dans le but de légitimer le refus d’assistance et les contraintes à la liberté même.  L’ensemble des mesures contraignantes et répressives suffit à faire taire toute notion de liberté. Que l’on ne se trompe pas, il en va ainsi pour plusieurs autres choses dont nous perdons graduellement le comment du pourquoi. Nous devenons des êtres assimilés à un système qui a droit de décision sur nos vies.

Peu à peu notre droit de regard n’existe plus. Il est régi jusqu’au fond de la brousse.

D’êtres nés foncièrement libres, peu importe les conditions dans lesquelles nous sommes nés, nous sommes passés à ayant des libertés encadrées par des sociétés et maintenant nous sommes passés à  » appartenant au pouvoir  » que contrôlent les sociétés qui se sont laissées avaler par le système car en cherchant à brimer la liberté, elles ont réussi à en perdre le sens et se sont prises à leur propre piège.

Elle a porté tous les rêves
fais danser les opprimés
ravi de nombreuses âmes qui la chantait
a scandé leurs mots
et construit la route de tous leurs espoirs
Liberté si forte
Liberté toujours

Si les sociétés parviennent à faire en sorte que nous nous prenions nous-mêmes pour des esclaves, du fait de l’abdication de notre liberté, elles se libéreront de leur obligation de respect de tout individu.

Je sais:  nous y sommes presque.

 

Elyan

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    Gaëtan Pelletier

    « D’êtres nés foncièrement libres, peu importe les conditions dans lesquelles nous sommes nés, nous sommes passés à ayant des libertés encadrées par des sociétés et maintenant nous sommes passés à » appartenant au pouvoir » que contrôlent les sociétés qui se sont laissées avaler par le système car en cherchant à brimer la liberté, elles ont réussi à en perdre le sens et se sont prises à leur propre piège. »

    Oui, nous sommes « encadrés ». Et c’est l’État qui définit la liberté… Bizarrement, elle est liée à l’avoir. LIberté 55…
    C’est avouer que nous sommes esclave 65 ou 67. Peu importe… Reste que dans une société évoluée, le travail devrait être une forme de plaisir et non ces chaînes qui détruisent l’humanisme en nous.
    L’usine centrale ressemble de plus en plus à celle du roman de HG Wells, La machine à explorer le temps: une sirère hurle et tout le monde se dirige vers l’abattoir sans rien dire, comme hypnotisés.

    Le règne des Morlocks…

  2. avatar

    « L’usine centrale ressemble de plus en plus à celle du roman de HG Wells, La machine à explorer le temps: une sirène hurle et tout le monde se dirige vers l’abattoir sans rien dire, comme hypnotisés. »

    Notre esprit est encombré des multiples faussetés qui l’épuisent et auxquelles il se bute tous les jours. Il n’a plus le temps, ni l’énergie, ni même l’envie de se libérer. Nous sommes semblables aux animaux de zoo qui finissent par ne plus pouvoir rejoindre la nature.

    Les retraites… l’arnaque du siècle (une parmi tant d’autres). Avec Liberté 55, le système allait pouvoir disposer de liquidités importantes (ou d’un brassage d’argent important, qu’il soit réel ou estimé): liquidités que les gens avaient et/ou celles pour lesquelles ils s’endettaient. Très peu en ont profité (ceux qui avaient des conventions collectives full metal jacket, sinon quelques personnes déjà mieux nanties qui n’avaient besoin de liberté 55 que pour économiser plus d’impôts et déférer l’imposition sur les intérêts ou d’autres qui sont passées de justesse dans le concept avant qu’il ne s’effondre). Les autres allaient courir après des chimères, se priver ou travailler encore plus pour bâtir cette liberté… que le système a fait voler en éclat à chaque bulle financière.

    Ce fut une vision (???) qui ne pouvait fonctionner qu’avec la confiance du public et l’honnêteté du système. On oublie aussi que l’impôt épargné est autant d’argent qui n’a pu servir à la collectivité, laquelle a tout de même ainsi fait les frais de toutes ces folies d’offre et de demande de liberté… sans même avoir les moyens d’oser rêver elle-même de cette liberté 55.

    C’en était une liberté inventée, pondue…, qui racontait à l’esprit son devoir de se soumettre. On avait mis une lumière au bout du tunnel… jusqu’à ce que l’ampoule soit usée et qu’on ne la remplace plus…

    Le défaut de cette liberté 55 était de s’en remettre au système tout simplement. Même chose d’ailleurs pour les retraites conventionnelles qui écopent aussi. Le système est tellement déficient qu’il n’a même plus besoin de subir l’acharnement vicieux et systématique de personnes foncièrement malhonnêtes. Il s’auto-détruit lui-même. Qu’à cela ne tienne, il est tout de même ouvert aux pires aspirations et l’imagination en la matière ne manque pas d’ailleurs.

    Maintenant le plus difficile pour beaucoup de personnes, c’est de prendre conscience d’un ensemble voué exclusivement à faire disparaître toute notion de liberté.

    Le règne des Morlocks oui.

  3. avatar

    En complément… une lubie qui décoiffe, que l’article suivant dénonce (décidément, le système ne manque pas de clowns politiques):

    http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/rama-yade-propose-un-service-164522