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Non, les médias ne font pas l’opinion !

Enfin, pas tout à fait. Et pas toujours. L’élection de Donald Trump à la présidence de la plus puissante nation de la planète est à cet égard là pour démontrer que le matraquage médiatique orchestré pour servir les intérêts de l’establishment peut se révéler impuissant à stopper une dynamique victorieuse lorsque le peuple est déterminé à faire entendre sa voix. Et cela malgré le chœur quasi unanime des sirènes de la presse écrite et radio-télévisée mainstream. Or, ce phénomène a déjà été constaté en d’autres occasions…

L’élection du baroque Donald Trump à la tête des États-Unis a mis en lumière le terrible échec des médias étasuniens dont la cécité et la suffisance ont éclaté à la face du monde dans la nuit du 8 au 9 novembre. Des médias coupables d’un aveuglement sociologique qui n’a fait que s’amplifier au fil du temps. Des médias prisonniers d’une connivence avec les élites économiques illustrée depuis de trop longues années par leur servilité constante à l’égard des grands partis et des puissances industrielles et financières.

Autrement dit, des médias mainstream au service quasi exclusif de ce que l’on nomme l’« establishment », mélange élitiste comprenant les acteurs politiques majeurs des appareils républicain et démocrate, les décideurs économiques et les principaux investisseurs de Wall Street, sans oublier les piliers d’une culture imprégnée d’une vision fantasmée de l’American Dream destinée à endormir les gogos Des médias en l’occurrence à des années-lumière des préoccupations de tous les déclassés de la Rust Belt*, victimes des effets de la mondialisation néolibérale, ou de ces populations rurales peu éduquées du Middle-West, confrontées à un abandon de fait au profit des populations éduquées des grands centres urbains, imbues de leur supériorité.

Durant toute cette campagne présidentielle étasunienne – y compris les « primaires » républicaines –, les médias n’ont cessé de matraquer Donald Trump sans chercher à comprendre pourquoi et comment il était en train de réussir, lui le milliardaire tonitruant et vulgaire, à endosser l’habit du candidat antisystème. Aujourd’hui, ces mêmes médias ont la gueule de bois. Et dans les grandes villes des côtes est et ouest, les populations qu’ils représentent prioritairement ressentent le résultat de l’élection comme une sorte de 11 septembre électoral. Au point qu’à New York des cellules de soutien psychologique ont dû être mises en place !

À l’évidence durant cette présidentielle, les médias n’ont pas fait l’opinion, et c’est ainsi que Donald Trump a été élu.

Quelques mois plus tôt, au Royaume-Uni, c’est le pari de David Cameron, persuadé de gagner sans difficulté le référendum sur un éventuel Brexit, qui a tourné au cauchemar pour l’establishment. Organisé par le Premier ministre britannique pour renforcer, sous son leadership, l’unité de ses troupes en affaiblissant l’influence du parti UKIP de Nigel Farage, ce référendum a donné lieu, comme on vient de le constater aux États-Unis, à un matraquage médiatique sans précédent en faveur du Remain, autrement dit du maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union Européenne.

La puissance des réseaux sociaux et des médias alternatifs

Dans le sillage d’une classe politique quasiment unanime pour contrer l’appel au Brexit lancé par Nigel Farage et l’opportuniste Boris Johnson – l’œil rivé sur le 10 Downing Street –, les médias mainstream n’ont, là aussi, cessé d’appeler les citoyens à voter pour le Remain sans se mettre un instant dans la peau des électeurs populaires issus de la ruralité et de ces villes industrielles de province dont la population a, comme dans la Rust Belt étasunienne, été déclassée par la mondialisation. Même tonalité dans les grands médias européens qui, presque tous, ont tenté d’apporter leur soutien aux autorités britanniques.

En pure perte : les électeurs ont choisi de donner un magistral coup de pied dans la fourmilière londonienne qui n’a rien vu venir tant l’entre soi des élites les enferme dans un autisme coupable. Manifestement, les médias n’ont pas fait l’opinion. Et c’est ainsi que le Brexit a été voté.

À ces deux exemples il convient d’ajouter l’évènement politique de 2005 en France. Cette année-là était soumis à nos concitoyens un référendum portant sur un traité établissant une constitution pour l’Europe. En faveur de ce traité : tous les grands partis, à l’exception de quelques personnalités. Opposés à ce traité : les partis de la gauche radicale, le Front National et les petits partis souverainistes. Les plus jeunes n’en ont pas le souvenir, mais le fait est que l’on a assisté en 2005 à un déferlement de propagande médiatique pour le OUI au traité comme on n’en avait pas connu auparavant. Comme pour l’élection de Donald Trump et le Brexit, c’est un véritable matraquage en faveur du OUI qui a été orchestré durant des mois dans les éditoriaux de la presse écrite et les émissions politiques radio-télévisées.

Sans résultat, le NON l’a largement emporté, et le dépit des « élites » a pu se lire jusque sur le visage de présentateurs vedettes comme Claire Chazal, visiblement haineuse à l’annonce de la défaite du OUI. En cette occasion déjà, les médias n’ont pas fait l’opinion, et ce n’est pourtant pas faute de l’avoir tenté jusqu’à la nausée.

Il n’est évidemment pas question de prétendre ici que les médias n’ont aucune influence sur le comportement électoral des citoyens, particulièrement lorsqu’ils sont soumis à une manipulation sournoise et constante. Mais il est un fait que lorsque les enjeux apparaissent particulièrement importants aux électeurs, ceux-ci sont capables de se démarquer de la parole de l’establishment pour donner de la voix en renvoyant dans les cordes ces « élites » qui prétendent les manœuvrer à leur guise. Une résistance appelée à se renouveler : plus que jamais la puissance des réseaux sociaux et des médias alternatifs va s’inscrire en rupture avec la doxa dominante. Et cela, les prétendus faiseurs d’opinion sont en train de le découvrir avec effarement.

Non, les médias ne font plus l’opinion ! Enfin, pas toujours. Et ce phénomène ne fera que s’amplifier.

* Rust Belt : littéralement « ceinture de rouille ». Cette appellation désigne les États gravement affectés par la désindustrialisation des villes naguères prospères et gravement paupérisées par les effets de la mondialisation et la perte corrélative de millions d’emplois partis à l’étranger.

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A propos de Fergus

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Autodidacte retraité au terme d'une carrière qui m'a vu exercer des métiers très différents allant d'informaticien à responsable de formation, je vis à Dinan (Côtes d'Armor). Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n'ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle d'électron libre. Ancien membre d'Amnesty International. Sur le plan sportif, j'ai encadré durant de longues années des jeunes footballeurs en région parisienne. Grand amateur de randonnée pédestre, et occasionnellement de ski (fond et alpin), j'ai également pratiqué le football durant... 32 ans au poste de gardien de but. J'aime la lecture et j'écoute chaque jour au moins une heure de musique, avec une prédilection pour le classique. Peintre amateur occasionnel, j'ai moi-même réalisé mon avatar.

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2 Commentaire

  1. avatar

    À partir du moment où, aux yeux de la population, les médias font partie de l’establishment et que celle-ci veut frapper l’establishment, les médias perdent toute crédibilité; et c’est ce qui se produit actuellement, en plusieurs endroits sur la planète.

    • avatar

      Bonjour, André

      En effet, et le phénomène ne peut aller qu’en s’accentuant tant cette décrédibilisation gagne du terrain. En moins d’un an, le Brexit puis l’élection présidentielle étasunienne viennent de porter des coups très durs aux « faiseurs d’opinion » médiatiques. Ils peinent pourtant encore à prendre la mesure du rejet dont ils sont l’objet. Sans doute un problème existentiel pour eux dont l’ego est bien souvent hypertrophié. Le réveil n’en sera que plus brutal.