Accueil / T Y P E S / Articles / Nice… un certain soir de juillet

Nice… un certain soir de juillet

Ils ont tous pris la parole, tous ces chefs d’état, ces ambassadeurs, ces ministres, ces médias, ces inconnus, afin de faire part de leur indignation et de leur tristesse.

Plusieurs ont dénoncé les effets de la haine et se sont indignés de l’arrogance qu’elle manifeste… elle qui n’a que faire des visages angéliques et des larmes.  Salope.

Les enfants de la bombe, des catastrophes et des menaces qui grondent, jonchaient la rue comme d’autres enfants ailleurs dans le monde qui n’ont pu être protégés.  Ils ont tous payé de leur vie ce monde qu’on leur destinait en héritage.

Ce jour-là, je n’avais pas lu les infos, savourant avec une certaine insouciance un répit que je m’accorde occasionnellement entre deux vagues d’horreur.  J’avais presque cru qu’à nous tous, avec nos forces et nos faiblesses, notre espoir et notre courage, nous pourrions sortir d’un cauchemar qui dure depuis trop longtemps.  J’avais pu arroser les plantes, entendre un oiseau chanter et savourer les instants magiques qu’offrent un lieu où respire la paix.

Mais ce soir là  je suis allée dormir, brisée par l’image de deux dizaines d’enfants tués, plus de deux cents blessés et plusieurs douzaines de morts.  La promenade des anglais avec ses deux kilomètres de champs de mars en juillet avait été le théâtre d’une boucherie sans nom.  J’ai remis au lendemain la tâche de m’informer des autres détails de ce soir sanglant.  Ce soir-là j’ai fermé les yeux en pleurant sur un monde qui bascule dans la folie.

2 dizaines d’enfants tués
200 blessés dont 50 très gravement
84 morts
2 km de tuerie
La recette d’un massacre.  Tout ça en une minute… Pas besoin de kalashnikov, ni de bombe.  La folie est bon marché et si accessible.

Un fou ici, mais était-il si différent des autres fous qui commettent des attentats ou des crimes odieux ? Il n’avait pas pour excuse d’avoir agi de façon impulsive pour exprimer sa rage.  A cause de cette préméditation, on ne peut exclure une forme de radicalisation, une influence bien d’époque, celle dont trop de personnes subissent les horreurs.

Le terrorisme a remporté plusieurs manches, en tuant, massacrant, pillant, terrorisant, mais il a surtout survécu aux répressions, s’est exprimé avec haine et pire… l’a enseignée.

Nous tous qui savons du monde ses beautés, sa fragilité et qui avons pu rêver durant quelques trop courtes décennies d’une humanité meilleure, sommes forcés de constater que ce rêve a peu à peu disparu au fil des atrocités commises, dont certaines ont marqué un point de non retour.  Des limites ont été franchies et une fois qu’elles le sont, la vie marque deux temps:  celui d’avant et celui d’après.

Nous engendrons les post-humains, ceux qui arriveront à oublier la laideur des conditions générales de l’humanité par ignorance de la beauté.

Nous sommes et serons de plus en plus prisonniers d’un futur né de l’oubli, pour peu qu’il soit viable.

La vie passe devant nous, meurt sous nos yeux, secouée ou passive, assassinée lentement. Les enfants sont brisés, emportés par les laideurs dont on a accouché avant eux.

Tenons langage: ils sont tous victimes d’une humanité qui a failli à toutes ses promesses. Elle n’a pas eu le courage d’aimer. Pire encore, on lui a appris à calculer l’amour par soustraction et division, jusqu’à ce qu’il soit en déficit.

Que murmurent nos instincts ? Pourquoi sont-ils si déficients et destructeurs à la fois ? Qu’avons-nous omis de faire pour nous-mêmes afin qu’ils ne deviennent pas maîtres de notre destin, remplaçant la joie de vivre par l’exubérance névrotique, la confiance par le doute, l’autonomie par la peur, la bonté par les haines petites et grandes ?

Petits et grands chaos au menu sont maintenant réalité.

Et je tourne, tourne dans ma tête, ces souvenirs d’un monde qui rêvait d’amour, de paix et de bonheur.

Au lieu de cela, les automates du mal fauchent de belles jeunes fleurs au Bataclan et flétrissent tous les jardins de leurs amours.  Ils pulvérisent les moments de joie et de rassemblement à Nice.  Et il y a les autres, tant d’autres, qui ont péri, fauchés parmi les leurs alors qu’ils espéraient tout de la vie.

J’ai mis deux mois à trouver le courage d’en parler.  Je le fais par amour de la vie.   Je le fais parce que nous avons tous besoin d’espérer.

A coup sûr, le temps d’aimer c’est maintenant.

 

Elyan

Enorme câlin

 

Pink Floyd (On the turning away)

Commentaires

commentaires

A propos de elyan

avatar

Check Also

Trump à la Maison Blanche, un tableau… surréaliste

Le déchaînement du harcèlement de Donald Trump à l’encontre d’un lanceur d’alerte ayant constaté qu’il ...

4 Commentaire

  1. avatar

     » nous avons tous besoin d’espérer. » Il paraît que lorsque la boite de Pandore s’est ouverte, il restait au fond l’espérance. Mais il est minuit moins trois (23:57) sur Doomsday Clock, il ne nous reste plus beaucoup de temps à espérer Elyan. J’espère me tromper.

    • avatar

      L’humanité traîne ses forfaits: elle porte un bagage devenu bien lourd. L’espoir est mis à rude épreuve, peu importe ce qui l’alimente, que ce soit la foi ou l’idée que des solutions politiques, sociales, personnelles ou autres peuvent changer les choses. Depuis plusieurs années, nous assistons au génocide d’une partie de l’humanité, tout conflit confondu, toute pauvreté confondue et absolument rien n’indique que nous serons capables de faire mieux, moralement et physiquement.

      Mais s’il y a une chose importante que l’on peut tous savoir de la vie, c’est qu’elle est porteuse de vie.

      Chez les alcooliques anonymes (j’ai déjà accompagné quelques personnes qui tentaient d’arrêter de boire et/ou de se droguer), on apprend un bénéfique 24 heures à la fois. C’est le 24 heures tout désigné pour les personnes dont la vie est infernale. Hier est un cauchemar qu’elles ne peuvent changer, la garantie de tourments, et demain est l’angoisse que le cauchemar se poursuive ou que la situation générale dans laquelle elles se trouvent soit pire encore. Pour 24 heures seulement, elles s’efforcent de trouver au compte-gouttes des raisons d’espérer terminer la journée en demeurant sobres. Leur vie est généralement identique le lendemain, sauf qu’elles gagnent en courage et en estime 24 heures à la fois, jusqu’à ce qu’un jour elles aient enfin l’espoir de pouvoir vivre pleinement en étant sobres, ce qu’elles croyaient impossible jusqu’alors. Celles que j’ai connues et qui se sont sorties de cette détresse psychologique et physique avaient atteint cet espoir.

      Ce presque minuit paraît de plus en plus évident. D’ailleurs on entend souvent le mot apocalypse, bien que ce mot ne signifie pas la fin du monde.

      Bonne soirée,

      Elyan

  2. avatar

    « Et je tourne, tourne dans ma tête, ces souvenirs d’un monde qui rêvait d’amour, de paix et de bonheur. »

    On avait tout pour le faire… Des millénaires pour sortir l’humain de sa caverne. Une fois sorti, en possession de « savoirs » techno-ci de tous les genres, il se met à déraper et à semer un fiel en rang d’hypocrisie et de tromperies.
    Quel gâchis!
    Merci pour ce « beau texte ». Certains portent le monde sur leurs épaules. C’est difficile pour les indifférents d’imaginer cette sensation d’être à la fois tous en une seule personne. Mais c’Est ainsi que ça devrait être…