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http://www.centpapiers.com/ Le journal citoyen du Québec pour la francophonie
22 avril 2011 |
10 commentaire(s) |
vu 1 869 fois Cette phrase, prononcée, il y a plus de 2000 ans, par un condamné à mort, alors qu’il portait la croix sur laquelle il allait être exécuté, a de quoi interpeller croyants et non croyants. C’est que cette condamnation répondait à la volonté des pouvoirs religieux et politiques de se débarrasser de ce personnage dont la solidarité et les discours rejoignaient les humbles et les déshérités de la terre. Qui plus est, il ne se gênait pas pour démasquer l’hypocrisie et la cupidité de ceux qui vivaient de ces pouvoirs. Sa condamnation à mort signifiait le refus de ces derniers de reconnaître d’une part les crimes dont ils étaient les auteurs et d’autre part les ambitions dont ils se gavaient secrètement sous des dehors de fidélité à la loi de Moise et à celle de l’Empereur.
Caïphe, le grand-prêtre, Hérode, le roi des juifs, et Pilate, le gouverneur romain, sont ceux qui ont organisé et planifié l’arrestation et la condamnation de ce personnage jugé trop dérangeant et encombrant. Originaire de Nazareth, il avait parcouru la Judée et la Galilée, se faisant proche des malades, des pécheurs, des gens humbles, proclamant un message d’espérance sur l’avènement d’un monde de justice, de solidarité, de compassion, de vérité. Autant il mettait en évidence la sincérité et l’honnêteté qui habitaient le cœur des gens humbles, autant il se faisait critique à l’endroit de ceux qui se donnaient en modèles tout en s’enveloppant d’un légalisme sans vie, détaché du quotidien humain.
Il savait que Caïphe et les Grands Prêtres avaient monté la tête des gens présents au procès pour qu’ils réclament la libération de Barabbas, un voleur de grand chemin, et exigent plutôt sa condamnation. L’usage de la manipulation et du chantage était utilisé en ces temps là comme il l’est encore de nos jours. Sur le chemin qui le conduisait au Golgotha, où il devait être crucifié, il croisa des femmes qui pleuraient à le voir porter si douloureusement sa croix. Il s’arrêta et il leur dit « Ne pleurez pas sur moi, mais sur vous-mêmes et sur vos enfants. »
Il savait que les véritables motifs pour lesquels il était condamné à mort seraient utilisés pendant des siècles, pour arrêter, torturer et condamner à mort des millions de personnes. S’il faut pleurer c’est plutôt sur cette cupidité et hypocrisie, qui empoisonnent la conscience des personnes et des peuples et qui sont sources d’autant de souffrances et de malheurs. S’Il faut pleurer c’est tout autant sur ceux qui s’en font les auteurs que sur ceux qui, envoutés par la manipulation de ces derniers, en deviennent des promoteurs. Quant à ceux et celles qui, comme lui, sacrifieront tout pour briser ce cercle infernal des injustices et des mensonges, il leur aura déjà dit : ‘Heureux les persécutés pour la justice, le royaume des cieux est à eux. »
Par ces paroles, ce condamné à mort, du nom de Jésus de Nazareth, nous renvoie à nous-mêmes, à ce que nous sommes et à ce que nous faisons. Rien ne sert de pleurer sur la misère et les souffrances des autres si par nos comportements et engagements nous en sommes responsables.
Que faisons-nous de ces guerres qui tuent, torturent, emprisonnent par milliers hommes, femmes et enfants et que nos gouvernements alimentent en soldats, en armes et que vous, moi finançons sans poser de questions ? Quels critiques avons-nous par rapport à tout ce qui nous est dit et raconté dans nos parlements et médias? Combien de fois avons-nous réalisé qu’on nous mentait carrément sur des motifs de guerre sans que nous y réagissions vraiment? Les guerres en Irak, en Afghanistan et maintenant au Moyen Orient et en Afrique du Nord, sont justifiées par des tissus de mensonges, de demi-vérités qui cachent mal les ambitions de conquête et de domination des grandes puissances auxquelles nous appartenons. Ces questions ne font guère l’enjeu des élections qui amusent le bon peuple avec des promesses d’un peu de sel, de poivre et de sucre dans l’assiette de chacun et chacune.
Que font les Églises qui se réclament de ce Jésus? Là encore, il y a de quoi pleurer sur nous-mêmes. On ne peut s’empêcher de faire un parallèle entre les synagogues et les grands prêtres du temps de ce Jésus et les Églises et les hiérarchies ecclésiales d’aujourd’hui. En dépit du fait que la foi de ces dernières porte sur ce Jésus de Nazareth, qu’elles connaissent son message de justice, de vérité et de service auprès de gens humbles et de bonne volonté, elles n’en continuent pas moins à se faire tout autant solidaires des puissances oligarchiques que discrètes sur les questions pouvant en ternir l’action. L’Église hiérarchique de l’Amérique latine, entre autres, en est l’illustration par excellence. Comment y reconnaître ce Jésus en la regardant dans ses institutions et ses personnages? Il y a évidemment des exceptions qui nous rappellent les véritables appartenances de l’Église. Mgr Oscar Romero, Don Elder Camara et certains autres de la hiérarchie ecclésiale ont témoigné de leur vie ce témoignage évangélique.
L’authenticité et la radicalité du message évangélique commandent la transformation des attitudes et comportements de toute personne de bonne volonté dans le sens d’une justice étendue à tous les humains de la terre, d’une transparence de vie qui rend hommage à la vérité, d’une solidarité faite de compassion, de bonté, de miséricorde. Rien à voir avec la haine alimentée par tous les «… ismes » y inclut le catholicisme, l’islamisme, le protestantisme, l’athéisme, le capitalisme, le communisme, le sionisme etc.
Pour les chrétiens du monde, la semaine que nous vivons est célébrée comme la semaine sainte. Elle fait revivre les principaux moments de l’arrestation, du jugement et de la mise à mort de ce Jésus de Nazareth qui, selon le témoignage de ses disciples, est ressuscité le dimanche de Pâque aux petites heures du matin. Une occasion pour les croyants d’aller à l’essentiel de ce message et d’entendre de nouveau ces paroles du condamné à mort, portant sa croix, leur dire :
« NE PLEUREZ PAS SUR MOI, MAIS SUR VOUS-MÊMES ET SUR VOS ENFANTS. »
C’est le temps d’un examen de conscience en profondeur sur les véritables enjeux du monde dans lequel nous vivons et sur nos engagements, autant comme croyants que non croyants, pour lui donner un visage d’humanité, respirant la justice, la vérité et la vie.
Oscar Fortin
Québec, le 19 avril 2011
Merci M. Fortin pour cette réflexion qui ne peut que souligner le fait que l’évolution sociale ne s’est faite qu’au niveau de la technique.
L’homme est encore un être révoltant et insipide, paresseux et d’autant plus cupide.
Et la majorité vote pour ces qualités humaines.
Amicalement
Elie l’Artiste
10:33, le Vendredi 22 avril 2011Merci pour ce texte dont la profondeur et l’origine sont d’un humanisme divin.
Oscar Romero
Adoptant une attitude courageuse en défendant les paysans contre la répression et les assassinats systématiques au Salvador, Romero parlait ouvertement contre la violence exercée sur la population par les forces de sécurité.
Accusé par ses adversaires politiques de prêcher une doctrine « communiste », l’archevêque de San Salvador fut assassiné le 25 mars 1980 pendant qu’il célébrait la messe.
DG
12:22, le Vendredi 22 avril 2011Merci a M.Gélinas et à Lartiste pour leur commentaire. Scruter et approfondir les réalités présentes sont encore les meilleures manières de comprendre notre passé et d’entrevoir notre avenir.Le langage des grands témoins que sont les prophètes des temps modernes est encore celui qui se fait le mieux comprendre.
14:39, le Vendredi 22 avril 2011Il y a effectivement beaucoup à pleurer sur nous-mêmes et sur nos enfants. Merci M. Fortin pour cette belle réflexion qui nous change un peu du cynisme ambiant. Un autre « isme » qui fait des ravages.
Nous sommes effectivement souvent responsables par nos comportements des malheurs et des souffrances des autres. Quand nous exigeons de meilleurs rendements sur nos placements, en fermant les yeux sur la manière dont ces hausses de rendement sont obtenues. Quand nous nous accommodons et encourageons la corruption. Quand nous nous taisons devant l’accroissement des inégalités. Quand nous préférons transformer notre planète en dépotoir toxique plutôt que de changer nos habitudes de vie.
Oui, ce message est toujours actuel et universel! Pleurons sur nous-mêmes et sur nos enfants.
Merci encore M. Fortin de nous rappeler que, malgré nos prétentions, nous faisons plus souvent partie du problème que de la solution.
00:55, le Samedi 23 avril 2011« Cette phrase, prononcée, il y a plus de 2000 ans, par un condamné à mort, alors qu’il portait la croix sur laquelle il allait être exécuté, a de quoi interpeller croyants et non croyants. »
Moi ce qui m’interpelle d’abord ,puisqu’il ‘agit de l’introduction qui donne le ton, c’est
- l’erreur de calcul (plsu de 2000 ans !)
- L’ignorance que Yeshoua ben Youssef n’a pas porté une croix, mais seulement une poutre avant d’être cloué sur UN T (et pas une croix)
- L’ignorance que ces paroles qui auraient été prononcées sur un parcours qui ne saurait être celui qu’on vénère actuellement à Jérusalem ne sont probablement pas authentiques, mais le fruit d’un pieux prosélytisme.
Pour ce qui est du fond le propos laisse beaucoup à désirer
Vive le théisme (mais hors religion) et l’altruisme
Vive donc certaisn mots en « isme » ;-)))
11:59, le Samedi 23 avril 2011EVOLSPIR
Je vois que vous êtes particulièrement intelligent et que la précision du détail vous préoccupe tout particulièrement. De celà, loin de moi de vous en tenir rigueur. Vous aurez toutefois compris que l’objet principal de cette intervention était de réfléchir sur ces paroles que des millions de chrétiens à travers le monde allaient entendre lors des lectures de la passion de Jésus de Nazareth au moment des célébrations. Comment comprendre ces paroles et comment en saisir le sens pour nos propres vies? La question de savoir si c’est un peu plus ou un peu moins de 2000 ans n’était pas le point pincipal. Comme on dit, il s’agissait d’une référence générique sans toutefois trahir l’époque. Quant à savoir s’il s’agissait d’une croix en son entier ou d’une partie de celle-ci, là encore n’était pas ma préoccupation principale. Les évangiles parlent de la croix, les exégètes font le débat sur sa véritable nature. Sur ces plans exégétiques de nombreux auteurs débattent de toutes ces questions et de nombreux livres en livrent les principales opinions.
Alors, pour être honnête avec vous, je trouve que vous vous avancez avec beaucoup de certitudes sur des questions qui sont toujours discutées entre spécialistes. De plus, comme vous avez pu vous en rendre compte, mon propos n’était pas de caractère historique, mais de contenu théologique et spirituel.
Je vous souhaite une Joyense Pâque dans le monde de vos convictions et de vos croyances.
12:57, le Samedi 23 avril 2011« Cher Oscar »
Pas particulièrement intelligent, hélas, mais simplement un peu cultivé et critique, surtout face à vos références qui permettaient d’attendre mieux, ceci dit modestement.
« Des millions de chrétiens » , dites-vous, mais de moins en moins « occidentaux » et ,plus généralement, de moins en moins cultivés et jeunes.
Yeshoua n’est tout de même pas mort, et bien mort peut-on penser, même en ex-séminariste ayant jusqu’à avoir porté la soutane, à moins de 16 ans ;-)))
Mon propos à moi étant, modestement toujours, de susciter peut-être quelques remises en cause – merci pour la perche -, désormais convaincu et plus seulement croyant (Référence : « Tu crois ou t’en es sûr ? » ) , je vous retourne volontiers votre bien sympathique souhait.
Cordialement
14:03, le Samedi 23 avril 2011Juste un mot, Evolspir, pour rappeler que dans mon humble conception de la foi, celle-ci ne repose ni sur la culture, ni sur les connaissances, mais sur un « don de Dieu » accueilli par toute personne de bonne volonté. S’il est vrai que le monde religieux de l’Occident est profondément questionné, on ne peut en dire autant de la « foi » qui est d’un ordre différent de ce qu’on appelle « religion ». La « foi » est un réveil qui conduit à une nouvelle manière d’être et de vivre. La justice, la vérité, la solidarité et la bonté en font partie. En ce sens, à mon humble avis, il y a actuellement des choses qui se passent dans le monde et qui laissent entrevoir, à travers ces soulèvements et ces guerres, la lumière au bout du tunnel. Les mensonges sont de plus en plus démasqués et le pouvoir des peuples de plus en plus consistant… Enfin c’est une opinion qui s’impose à mon esprit. Merci pour votre intérêt.
15:39, le Samedi 23 avril 2011Bravo Oscar pour ce beau texte !
Ça me chatouille un peu par contre quand tu associe dans les mots en isme, »communisme » à »sionisme »etc…comme facteur de propagation de la haine.
Tant de communistes véritables ont donné leur vie pour la justice et la liberté de leurs semblables, tel cet homme de Nazareth.
La haine est plutôt venue à leur encontre, puisqu’ils, elles, mettaient en péril L’appropriation des richesses par une minorité d’exploiteurs.
19:02, le Samedi 23 avril 2011Michael, il faut comprendre les « ismes » y compris le catholicisme dans leurs dimensions de clans refermés sur eux-mêmes, sans cette ouverture vers les objectifs fondamentaux qui les fondent. Au fond le sectarisme n’est pas un facteur d’unification et de solidarité peu importe les « ismes » qui s’en font les promoteurs. Je pense que le véritable communisme, tout comme le véritable christianisme nous ouvrent sur des défis qui permettent de rejoindre l’humanité dans ses attentes les plus fondamentales. C’est dans le sens du « sectarisme » qu’il faut comprendre ma sortie contre les « ismes ».
Merci de me permettre de préciser cet aspect.
21:11, le Samedi 23 avril 2011Vous devez être connecté pour publier un commentaire.
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