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Ne pas confondre cluster et cluster…

C’est déjà à la une de tous les journaux, et c’est déjà la une belle confusion. En s’emballant un peu vite, Human Rights Watch, il faut l’écrire, vient de commettre une erreur à mon avis. Il ne suffit pas de dénoncer en effet l’emploi des armes, encore faudrait-il les connaître, pour être certain de l’impact pour les dénoncer. Et en accusant l’Arabie Saoudite de vouloir tirer sur des civils et des enfants, et non des véhicules, l’organisme vient de commettre une grave erreur de communication, ou d’ajouter de l’huile sur le feu dans une région qui flambe déjà. Qu’on ne me soupçonne pas pour autant d’une quelconque collusion avec qui que ce soit. Je pense que le meilleur moyen d’aider cet organisme, c’est de signaler, quand il fait des erreurs, ou sinon peut se laisse embarquer par des individus qui n’ont rien à faire chez lui, comme j’ai déjà pu l’écrire ici-même (*) Quand on s’engage pour une telle croisière, il ne faut pas laisser le flanc aux critiques, et là, l’intervention trop rapide de l’ONG, immédiatement reprise par certains médias, tel RT, risque de lui valoir un certain discrédit dans les semaines à venir. Tout est parti en fait de la définition même de l’arme utilisée récemment au Yemen par les avions de l’Arabie Soaudite. Une définition qui est loin d’être aussi claire que certains semblent l’affirmer… car il semble bien y avoir cluster et cluster…

cluster échecL’annonce est apparue ce week-end. Selon l’organisme Human Rights Watch, « La coalition menée par l’Arabie saoudite a utilisé des munitions à fragmentation fournies par les Etats-Unis lors de raids aériens contre des rebelles chiites au Yémen, ce qui est interdit par un traité international, a affirmé dimanche Human Rights Watch (HRW). Des photos, une vidéo et d’autres éléments crédibles depuis la mi-avril tendent à indiquer que des munitions en grappe ont été utilisées ces dernières semaines dans des frappes de la coalition sur le gouvernorat de Saada, bastion des rebelles Houthis dans le nord du Yémen, écrit HRW dans un communiqué (à gauche l’un des clusters n’ayant pas éjecté ses sous-munitions). L’organisation de défense des droits de l’Homme, dont le siège est à New York, assure avoir établi, à travers une analyse d’images satellitaires, que ces sous-munitions semblent avoir atterri sur un plateau cultivé, à 600 mètres de dizaines de bâtiments d’un groupe de quatre à six villages. Les sous-munitions, qui explosent après coup, posent des dangers à long terme pour les civils et sont interdites par un traité adopté en 2008 par 116 pays, sans toutefois l’Arabie saoudite, les Etats-Unis et le Yémen, rappelle HRW ». La plaie des engins à sous-munitions étant, on le sait, leur manque de fiabilité, car elles n’explosent pas toutes à l’impact, et demeurent des années après au sol des dangers potentiels. Notamment chez les enfants, qui peuvent voir dans le petit format des bombes dispersées l’apparence de jouets.

bombeAu premier abord, c’est complètement vrai. Le type d’engin utilisé à al-Shaaf in Saqeen, dans la province de Sa’ada ici à gauche) est bien une bombe à sous-munitions : en somme c’est un long cylindre largué d’avion et suspendu à un parachute qui libère des petites bombes qui se répandent au sol (on va voir comment pour ce type de bombes un peu plus loin, un peu de patience). Ce qu’un traité tente effectivement de bannir depuis des années. Cela a démarré à Oslo en 2008, avec comme défintion ceci : « 22 et 23 février 2007 à Oslo. Ces jours-là, 46 États ont publié la Déclaration d’Oslo en vertu de laquelle ils s’engagent à « conclure d’ici à 2008 un traité international – légalement contraignant – prévoyant l’interdiction de l’utilisation, de la production, du transfert et du stockage des bombes à sous-munitions, qui causent des souffrances inacceptables aux civils ». Les engins visés étant ceux, qui en effet, libèrent de petites bombes souvent dotées d’un bout de tissu aux couleurs attirantes qui leur aident dans leur trajectoire mais sont prises par des jouets par des enfants les trouvant non explosées sur le sol. Les dégâts sont alors inévitables, et comme exemple, on peut prendre les bombes à sous-munitions d’origines russes larguées des avions de Bachar el Assad. Comme ici, sur ces clichés. En trois images successives, on en comprend le principe : le fût extérieur entoure une âme évidée qui retient les mini-bombes, visibles ici au sol alors qu’ellesont été larguées. Lors de la chute de la bombe, le cylindre extérieur se sépare et les mini-bombes sont éjectées. Et toutes n’explosent pas.

cluster solHuman Rights Watch les connaît bien, les fameuses bombes de Bachar el-Assad : le 4 septembre 2013, l’organisme mettait en ligne un rapport intitulé « Bombes clusters : la Syrie continue d’y recourir » . on pouvait y voir une photo, celle des mini-bombes non explosées et susceptibles d’être ramassées par des enfants. L’engin n’était pas sorti d’une bombe larguée, mais de roquettes de 122 mm dont les troupes du dictacteur font grand usage depuis le début du conflit (comme aujourd’hui encore, hélas, quand il n’emploie pas des Tulpans de 240 mm). Il avait été ramassé à dans le village de Banin, près d’Jabal Al Zaweya. Le site Brown Moses, devenu Bellingcat (indispensable !), a dressé un excellent bilan de l’usage des bombes cluster par Bachar el Assad. De petites bombes à ailettes, et non munies de rubans de couleur, toutes contenues dans d’énormes containers. Bien visibles ici. Ou ici.Les engins étaient des AO-1SCh, que là aussi Human Rights Watch a décrit en détail dans un rapport du 23 octobre 2012 (ça fait plus de trois ans que c’est largué, donc...) Le rapport écrivant alors « Le refus de la Syrie n’a pas de sens avec ce que ces preuves montrent. Ces bombes à fragmentation pleuvent sur les villes et villages », a déclaré Steve Goose, directeur des armements au sein de Human Rights Watch. cluster toy« L’armée de l’air de la Syrie impose un règne de terreur, sur les civils dans les zones tenues par les rebelles à travers le pays avec des bombes à sous-munitions et d’autres armes explosives lâchées d’un aéronef »… l’article renvoyant à une autre vidéo fort instructive. Il cite en effet pour cibles Salkeen et Kfar Takharim au nord d’Idlib ; al-Buwayda est, Talbiseh, Rastan, et Qusayr dans la province d’Homs al-Bab, dans celui d’Alep, al-Duwair et al-Salheya, dans la province de Deir al-Zor et la Ghouta… « près de Damas ». La photo ici à droite montre comment ces mini-bombes sont retenues dans le cluster. Selon Cat-Uxo ; le contenu des bombes vise bien avant tout le personnel, et accessoirement les équipements légers. C’est fait pour tuer des gens, pas pour s’attaquer à des chars ou des véhicules ! En juin 2013, Brown Moses en était au septième type de cluster largué au dessus des opposants syriens : des PTAB 2.5KO, petites bombes de la taille d’un jouet, ramassées à Harbnafeh et à Hama, marquées comme ayant été fabriquées en 1983. Des engins semblables avaient été lancés, selon l’objet d’un autre rapport de Human Rights Watch le 16 mars 2013.

explosionsRevenons aux largages du jour au Yemen. Très vite, on s’aperçoit que nous ne sommes pas en face des mêmes modèles. On imagine mal l’Arabie Saoudite avoir les mêmes fournisseurs russes, nous sommes bien d’accord. Ce qu’ont largué les F-15 venus du Sud sont en effet des engins fort différents (ici le chargement d’un F-15 durant Desert Storm, chargé de 12 Mk 20). Des bombes pesant 427 kg inventées en 1992 et mises en service en 1994. Les deux photos de bombes non explosées produites indiquent vite de quoi il s’agît. Le tube de métal lisse avec encore accroché à ses basques 4 cylindres plats est reconnaissable de loin. C’est bien une bombe de type BLU-108 d’origine américaine, fabriquées par Textron Defense Systems, qui descend lentement, comme souvent les autres, une fois larguée d’avion, accrochée à son parachute. Un membre sur place lors des bombardements a filmé leur arrivée au sol.. avec leur déclenchement tardif, montré par de petits nuages noirs ponctuant le ciel. Ces bombes-là ont un comportement bien différent des précédentes : elles « visent » en quelque sorte leur cible, au lieu de fabriquer un tapis de bombes comme les anciennes Mk 20.

capteurUn comportement qui n’a rien à voir, car leur objectif est totalement différent : ce qu’elles visent, car elles sont capables de le faire, une fois séparée de leur cylindre de métal, équipé d’un émetteur et d’un récepteur laser, après avoir remonté en hauteur grâce à leur moteur fusée pour mieux choisir leurs cibles, ce sont des véhicules, qu’elles sont capables de traverser grâce au même procédé que celui utilisé par les bombes IEDs perforantes (ou Explosively Formed Penetrator – EFP) à savoir la formation d’un obus à partir de matériau ductile comme du cuivre, mais projeté à une telle vitesse qu’il peut traverser un blindage. Pour ceux qui n’auraient pas compris le principe, il y a une vidéo :

https://www.youtube.com/watch?v=AKdFCsycYm8

cluster déployéLes différentes étapes du déploiement et de l’usage de cette armes sont ici. Logiquement, si les engins n’ont pas détectés de véhicules à détruire, ils retombent au sol et s’autodétruisent, indique la publicité qui évoque un « terrain propre laissé derrière ». Il vaudrait mieux, à voir le feu d’artifice mortel qu’entraîne leur utlisation ! Des engins qui ne sont pas neufs, donc. Lors de l’opération Iraqi Freedom, en 2003, les américains avaient bombardé la route qui mène de Taqtaq à Kirkouk pour la première fois de modèles CBU-97 « Sensor Fuzed« , à savoir les modèles précédents de ceux utlisés par les avions d’Arabie Saoudite. Guidés par des hommes au sol ayant déterminé la position exacte des véhicules irakiens (des Marines, qui avaient demandé de l’aide aérienne), un B-52 venu en renfort avaient arrosé toute la route avec deux CBU-97 seulement. Des véhicules légers qui avaient tenté de fuir avaient été détruits. A l’époque, personne n’avait parlé d’usage de bombes clusters. Discovery Channel en avait même fait un documentaire pour rappeler leur usage, visible ici. L’avion largueur avait alors été un seul F-16. Là encore, on avait pu entendre l’expression « leaving a clean battlefied ». Par définition, oui, ce sont bien des clusters, pourtant. A part que ceux-ci ne visent pas les êtres humains, et qu’elles doivent « normalement » disparaître d’elles mêmes si elles n’ont pas été utilisées. Combien d’obus non explosés continuent des années après à tuer, on le sait, c’est inévitable, quasiment ; et là ne peut être la question. Comme ne peut être aussi la question de tout mélanger, tel Iran Press TV qui montre comme dégâts de ces bombes des maisons effondrées, pour les relier aussitôt dans les esprits à des victimes civiles. Comme l’est aussi d’oublier de préciser que l’Iran n’a pas signé le traité anti-prolifération… des bombes clusters (l’Iran a abondament utililisé la bombe anglaise BL755 dans son conflit avec l’Irak) !

bombardement test

Amnesty international avait été plus juste, en appréciation, en juin 2010, en écrivant un rapport dénonçant l’usage au Yemen par les américains de bombes en grappes plus évidentes, photos à l’appui des sous-munitions jaunes encore munies de leurs parachutes, ramassées à Abyan. 35 personnes avaient été tuées… dont seulement 14 militants. Amnesty avait trouvé l’attaque inadéquate pour lutter contre l’Aqap, et même franchement contre-productive, tant de civils avaient été touchés.cluster bomb yemen « C’est incroyablement dangereux ce que les États-Unis essayent de faire au Yémen en ce moment. Parce qu’il correspond vraiment à la stratégie plus large de l’AQAP, dans laquelle il dit que le Yémen ne diffère pas de l’Irak et de l’Afghanistan », explique M. Johnsen de l’Université de Princeton dans le New Jersey , qui ajoute que AQAP peut ainsi recruter des militants de l’extérieur du Yémen. « Ils sont mûrs pour évoquer l’argument que le Yémen est un front légitime pour le djihad … Cet argument se formule depuis 2007, mais des incidents de ce genre sont toutes sortes d’encouragements pour leur argumentation. » En somme, on aurait aidé la réthorque d’Aqap en bombardant ainsi les populations civiles, et en faisant naître chez elle un ressentiment !!!  » Une frappe militaire de de ce genre contre les militants présumés sans tenter de les arrêter est pour le moins illégale « , a déclaré Philip Luther, directeur adjoint du programme Moyen-Orient d’Amnesty International et du Programme Afrique du Nord dans le rapport. « Le fait qu’il y a tant de victimes de femmes et d’enfants indique que l’attaque était en fait grossièrement irresponsable, compte tenu notamment de l’utilisation probable de sous-munitions. » Une autre manipulation ? Najeeb Ghalleb, chercheur à l’Université de Sanaa n’était pas loin de le penser : « Beaucoup considèrent que l’attaque d’Abyan qui est arrivée était américaine, et que le gouvernement yéménite faisait face à beaucoup de pressions, et même à des menaces pour l’accepter », dit M. Ghalleb. « Le problème le plus important est qu’il existe une vision générale semi-hostile envers les Etats-Unis, notamment parmi les groupes religieux et des tribus, et même chez quelques forces nationales. Toute ingérence directe des USA va provoquer chez certains de ces pouvoirs une sympathie avec Al-Qaïda « ….

misrara clusterEn avril 2011, c’était encore Human Rights Watch (HRW) pourtant qui avait trouvé un autre utilisateur, tant admiré par certains sur le net, des bombes cluster. Des espagnoles d’origine, cette fois (Amnestyaussi en avait parlé). Le 14 avril 2011, à el-Shawahda dans un faubourg de Misrata qui lui résistait, Kadahfi avait envoyé des MAT-120 de 120 mm, via ses mortiers. « Basé sur les marquages ​​sur la sous munition trouvée à Misrata, la Libye utilise des munitions MAT-120. Ce double usage contenant 21 sous-munitions équipées d’une fonction d’auto-destruction. La munition est sous double usage car il possède deux effets, anti-personnel et anti-matériel. Avec l’augmentation de l’impact sur un objet, le corps en acier des sous-munitions MAT-120 se désintègre en nombreux fragments à grande vitesse pour attaquer le personnel et libère une pièce de métal, qui est formée d’un cône de cuivre inversé à l’intérieur des sous-munitions, destinée à pénétrer les parois d’un véhicule blindé. » Les sous-munitions MAT-120 utilisés à Misrata ont été produites par Instalaza SA en Espagne. misrataLes marques sur le reste des sous-munitions inspectées par Human Rights Watch indiquent qu’elles ont été produites en 2007. À la fin de 2008, l’Espagne a détruit son stock de 1852 MAT-120 projectiles de mortier, contennant le total de 38,892 sous-munitions . L’Espagne a signé la Convention sur les armes à sous-munitions le 3 Décembre 2008 et ratifié, le 17 Juin, 2009. La Libye n’a pas signé la Convention sur les armes à sous-munitions. L’état actuel et la composition du stock de la Libye est inconnu. La Libye a utilisé des bombes à sous-munitions, des bombes aériennes RBK probablement d’origine soviétique/russe, au Tchad, pendant le conflit des années 1980. » Il semblait déjà que HRW avait eu du mal à définir la notion de sous-munition visant le personnel ou celle pouvant percer les blindages : en Libye, ce n’étaient pas les chars qui avaient été visés. Le cône de cuivre dans la bombe cluster est visible ici. Les sous-munitions visant les personnes étant ici, avec leur ruban stabilisateur.

Tout ceci n’avait donc pas évité les ventes par les USA, non signataires eux aussi du traité anti-bombes cluster. Des journaux américains, dont Foreign Policy, avaient pourtant tiqué en 2013 en apprenant la vente d’un nouveau lot ce type de bombes à l’Arabie Saoudite.« Les bombes à fragmentation sont interdites par 83 nations. Le monde a reculé d’horreur quand il a appris que les forces du dictateur syrien Bachar al-Assad avaient tué des enfants avec de telles armes. Mais cela ne fait pas arrêter les ventes de bombes à sous-munitions de fabrication américaine à l’Arabie Saoudite, malgré la répulsion quasi-universelle pour ces armes, et malgré le fait que les relations entre les deux pays ne sont pas excellentes. Le moment était mal choisi : « l’ironie de la US la vente à un pays du Moyen-Orient autoritaire de 13 000 bombes à fragmentation tout en critiquant l’utilisation d’armes frappant sans discrimination par un autre n’a pas échappé à la Cluster Munition Coalition, un groupe international dédié à mettre fin à l’utilisation de telles armes. « Cette annonce de transfert vient à un moment où l’Arabie saoudite et les Etats-Unis ont rejoint les condamnations internationales de l’utilisation des bombes en grappe parla Syrie », a déclaré Sarah Blakemore, directeur de la Cluster Munition Coalition, dans une déclaration au sujet de la vente ». Selon le magazine, le Département d’Etat avait trouvé un autre argument à leur usage : « souvent, les bombes sous-munitions fabriquent beaucoup moins de dommages collatéraux que les armes unitaires, tels que les bombes plus grandes ou de plus grande obus d’artillerie »... la politique de l’existence du pire, pour ainsi dire. L’article se terminait par l’annonce par Textron comme quoi aucune de leurs bombes n’explosait après s’être posée. La vente avait néanmoins été juteuse : à peine le temps de relire cet article, de faire une petite division pour s’apercevoir que chaque bombe achetée en 2006 contenait en fait 10 cylindres de 4 bombes, soit 332 engins seulement, pouvant contenir 13 200 sous-munitions. Pour ceux qui aiment les chiffres ; il faut savoir aussi que l’on peut en emporter 4 sous un F-16 Falcon, 12 à bord d’un F-15E Strike Eagle, 10 sur un A-10 Thunderbolt II, 16 en B-52 Stratofortress, et jusqu’à 34 dans un B-2 Spirit. Chaque bombe valant donc 325 000 dollars pièce (il y en avait pour un contrat total de 108,1 millions de dollars au total dans le contrat de 2006)… on y apprenait également que la bombe possède « trois modes de sécurité », ce qui expliquerait certains étuis retrouvés aujourd’hui inertes au sol… c’est même « le troisième mode« , selon Defense Industry Daily… qui assurait aussi, reprenant le fabricant, que ça ne présentait « aucun danger pour les civils« , une fois ce mode inerte activé… chez Textron, on a même des gens pour appuyer l’idée de la précision de l’engin de façon implacable : « Ça na pas de sens du tout pour la communauté internationale d’interdire les systèmes comme le Sensor Fuzed Weapon, parce qu’il présente un risque minimum pour les non-combattants et toute interdiction obligerait les combattants à passer à munitions plus puissantes qui causent beaucoup plus de carnage dans les zones de guerre »… toujours la politique du pire chez les autres !!!

C’est Wikileaks qui avait rappelé les tentatives des USA pour peser sur d’autres pays pour ne pas bannir l’usage des bombes cluster qui explique aujourd’hui pourquoi ces ventes ont continué bien après 2010. Sur l’Angleterre, notamment, où de fortes pressions avaient été exercées sur David Miliband, ministre des affaires étrangères de Gordon Brown, pour ne pas bannir ces engins de mort si lucratives, et ce, pour une raison assez surprenante. Les deux pays auraient en effet conclu un accord portant le terme « d’exception temporaire« , en cas de modifications exceptionnelles de leurs stocks respectifs. Car les armes américaines concernées, avait-on appris ce jour-là attendaient d’être utilisées, stockées à un étrange emplacement, dans lequel les anglais auraient pu avoir leur mot à dire : « les sous-munitions américaines sont stockées en permanence sur les navires au large de la côte de la base aérienne de Diego Garcia dans l’océan Indien, révèle Wikileaks. diego garciaLa base est cruciale pour les missions militaires américaines au Moyen-Orient. Diego Garcia, encore territoire britannique, a-été occupée par l’armée américaine depuis que ses habitants ont été expulsés dans les années 1960 et 1970. Le concept britannique d’une « exception temporaire » d’obliger les États-Unis ne semble pas être envisagé dans le traité. Mais les Britanniques ont convenu que « tout mouvement de sous-munitions par des navires à Diego Garcia ou des avions là-bas, de transit temporaire, ou l’utilisation du territoire britannique … exigerait « une exception temporaire »... L’article révélait aussi l’opposition des USA à tout arrêt de l’utilisation de ces armes : « les fuites de documents du Département d’État des États-Unis révèlent le mécontentement américain au projet international lancé par la Norvège d’interdire les sous-munitions. Un américain du contrôle des armes le diplomate John Rood, avait dit en privé au Foreign Office en 2008 que les États-Unis n’avait pas apprécié cette initiative, appelée le processus d’Oslo. Les Américains l’avaient dénoncé comme étant « peu pratique et peu constructive » en exhortant les pays à ne pas s’y inscrire. » Le 25 mars 2010, pourtant, l’Angleterre bannissait officiellement les bombes cluster... en évoquant justement l’état de ces stocks, dans le pays… et ailleurs. « Chris Bryant, ministre des Affaires étrangères, a déclaré : cela signifie également que d’autres pays ne peuvent pas stocker leurs sous-munitions dans le Royaume-Uni, de sorte, par exemple, que les États-Unis d’Amérique, à la fin de 2013, ne devraient plus avoir de sous-munitions au Royaume-Uni ou dans une de nos territoires d’outre-mer, y compris à Diego Garcia Il n’y en aura plus du tour au Royaume-Uni d’ici la fin de cette année, et nous sommes en train de détruire nos stocks »… Où sont donc passées les bombes cluster de Diego Garcia est une question que pourrait se poser Marc Dugain, par exemple….

cluster utiliséL’arme décrite par Human Rights Watch au Yemen (ici dans sa forme « utilisée ») n’est donc pas totalement à catégoriser comme celles décrites plus haut, tant son fonctionnement n’est pas le même. C’est bien pourtant une arme « en grappes », faite pour détruire et tuer, je vous l’accorde, sans hésiter. Mais je pense que la décrire comme faisant partie de la même catégorie et sinon un abus de langage, la preuve qu’en manière même d’armement la catégorisation n’est pas si facile que ça, et ce qui explique aussi pourquoi les traités sont si difficiles à établir. Mais aussi que si l’on veut correctement tenter de rendre les guerres plus « propres », ou d’éviter au maximum les pertes de vie civiles, lors de conflits (le mieux étant de bannir toute guerre !), il conviendrait de ne pas tout confondre comme vient un peu de le faire Human Rights Watch, en l’assimilant totalement et un peu abusivement à ces voisines. Bannir sereinement les bombes cluster, reviendrait aussi à définir où caser exactement les fameuses BLU-108 dans cette catégorie : en font-elles vraiment partie, ou sont-elles des armes d’une autre catégorie ? Personne, à ce jour, n’a osé posé la question. Aucune enquête n’a été faite sur l’innocuité vantée de ces engins une fois posés au sol, en cas d’échec de leur tir. Sont-elles véritablement inoffensives, contrairement à leurs sœurs éjectant des mini-bombes au sol ? Le sujet est assez délicat comme ça pour ne pas commettre d’impair pouvant raviver des haines inassouvies (c’est déjà hélas parti, il me semble, tant on charge déjà l’Arabie Saoudite !). L’idée n’est pas, je le dis à nouveau, d’accepter ce genre d’engins de mort, mais elle n’est pas non plus de se laisser embarquer vers des manipulations d’opinion sur des bases biaisées, celles qui laissent entendre que ce genre de bombes détruit des maisons, par exemple. Et de constater en même temps que la notion de « champ de bataille propre » des militaires n’existe absolument pas. Il n’y a de fait aucune « guerre propre » !!! On avait déjà tenté de nous vendre ça sous Rumsfeld, et on tenterait à nouveau de le faire ! Sans que personne ne l’ait vérifié ! La meilleure idée, je le pense, serait de bannir… toutes les armes existantes ou encore en gestation ! On peut aussi rêver, me direz-vous…

dossier à consulter

http://foxtrotalpha.jalopnik.com/how-dumb-cluster-bombs-got-heinously-smart-1673486769

http://www.stopclustermunitions.org/en-gb/cluster-bombs/use-of-cluster-bombs/cluster-munition-use-in-syria.aspx

090203-f-7195G-008 (2)un cours gratuit signé la base d’Eglin aux USA pour savoir comment préparer la bombe…

http://www.eglin.af.mil/news/story.asp?id=123133738

(*) l’histoire n’est pas terminée chez HRW..

http://www.ngo-monitor.org/article/expert_or_ideologues_hrw_s_defense_of_marc_garlasco_s_nazi_fetish

http://www.hrw.org/node/85545

http://www.spiegel.de/international/world/human-rights-watch-analyst-marc-garlasco-the-pentagon-official-who-came-in-from-the-cold-a-617279.html

http://www.masspolicy.org/events/brown-bag-marc-garlasco

https://www.cna.org.

https://www.cna.org/centers

http://www.cna.org/research/2014/risky-business

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