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Ne m’appelez plus jamais Union européenne!

Merkel!

Seul l’attachement des grecs à l’Europe leur a permis de traverser les épreuves et le cauchemar qu’ils subissent depuis cinq ans. Egalement l’espoir de changer un petit peu cette Europe: de l’humaniser. Après l’échec successif de deux gouvernements (de centre gauche et de centre droit), l’écrasante majorité de celles et ceux qui ont donné le pouvoir à Syriza en janvier dernier ne cherchaient pas nécessairement la rupture. Tout au plus d’infléchir les autorités européennes, de sensibiliser cette Allemagne ainsi que certains des petits pays de l’Union royalement indifférents à leur misère. Les électeurs de Syriza de janvier 2015 ont fait un rêve: celui de la solidarité européenne, tandis que les malades grecs n’ont plus droit aux soins, que les jeunes grecs plus droit au travail, que les vieux grecs plus droit à la retraite, et que les droits humains élémentaires sont bafoués au sein d’un pays partageant notre monnaie, notre bannière et notre culture.

Près de six mois plus tard, le référendum de Dimanche est à haut risque pour la société civile grecque qui risque désormais l’implosion. Quelle qu’en soit l’issue, la Grèce aura certes d’une part échoué à dé mercantiliser l’Europe, mais les grecs auront surtout échoué à rester unis car la polarisation de la société grecque s’avère aujourd’hui tout aussi radicale que dangereuse. Alors que les partisans du « non » rassemblent les pauvres, les chômeurs et les déchus de la classe moyenne n’ayant plus rien à perdre, et persuadés que le pays peut survivre hors de l’euro. Il semblerait que les adeptes du « oui » soient les riches, les patrons et les émigrés, effrayés à la perspective d’une sortie de l’Union.

En réalité, les lignes de fracture sont bien plus profondes et là est précisément le danger quasi existentiel menaçant la société grecque qui voit, à la faveur de ce référendum, resurgir ses vieux démons. Histoire familiale, culture, identité, allégeance régionale et nationalisme reviennent désormais sur le devant de la scène politique et sociale grecque, et clivent aujourd’hui ce peuple comme à ses heures les plus sombres. Une portion non négligeable de la nation grecque a en effet une culture du non: de ce non de Metaxas opposé à Mussolini, du non de la gauche grecque aux puissances de l’Axe. De ce non et de ce refus teintés de romantisme et agrémentés de rhétorique nationaliste qui accepte de traverser les épreuves et de subir l’humiliation à condition que ce soit avec dignité. Voilà qui explique la posture des tenants du non au référendum prochain: ayant subi cinq ans de misère, de désespoir et de honte, ils sont désormais prêts à tous les héroïsmes.

Tandis que les défenseurs du oui ne craignent pas uniquement la perte leurs privilèges. Ils comprennent bien que la sortie de l’euro ramènera l’instabilité, la division et le cauchemar hâtivement cachés sous le tapis à la faveur de l’adhésion de leur pays à la Communauté Européenne en 1981. Leur opposition véhémente et frontale à Syriza et à son référendum reflète en réalité leur angoisse d’un retour à la répression et à la dictature ayant prévalu en Grèce pendant des décennies et qui furent relégués dans l’inconscient collectif sans aucune catharsis nationale dès 1981. Entre ces deux mondes là, le schisme est donc profond. Tout les sépare. Sauf leur croyance naïve – aujourd’hui bel et bien évaporée – que l’Union européenne leur ramènerait démocratie et sérénité.

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