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Nano Story : Aux quatre coins du cercle (int?gral)

J’avais cinq ans lorsque le petit matin ressuscitait encore ce d?sir d’immoralit? n? dans l’un de mes r?ves partis trop t?t.

Ces r?ves naturels sont une enfance ?ternelle qui ne peut transiger avec l’?tiquette du pouvoir et la nomenclature de la raison, pourtant…

Lorsque ces r?ves me quittaient, je ne pouvais m’emp?cher de les chercher, de leurs trouver un moyen d’exister ? la fronti?re de la folie. La folie avant l’?ge de raison r?side dans le fait de ne pas prendre la r?alit? pour un acquis et surtout de croire en son ami imaginaire. J’?tais trop petit pour ?tre un grand et trop grand pour ?tre un petit, le cul entre deux r?ves, deux mondes, deux monstres, deux moi. Enfant, la vie ressemblait ? celle qui me l’avait donn?e et celle-ci avait une r?ponse pour tout, la vie, la mort et m?me mes r?ves. Se justifiant en exhumant l’Amour symbiotique, la donneuse de vie savait que l’abus de r?ves produit plus d’insomniaques que de somnambules.

Etait-ce un r?ve inachev? fa?onnant ma curiosit? et les courants marins, peu importait tant que la lune me pr?servait du n?ant originel. Les rideaux avaient beau masquer l’inconnu, je savais que rien n’?tait moins s?r que ce noir total qui ram?ne le pr?sent ? la case d?part! La vie, la m?re et l’Amour ne pouvaient rien contre l’obscurit? d?vorant tout jusqu’? lui laisser du r?pit, le temps d’une journ?e de plus. Lorsque le soleil repart avec son ?go, le premier satellite venu est asserment? et l’humanit? lui donne les clefs du sommeil du juste. Malgr? la po?sie, les monstres et la conqu?te spatiale, la lune demeurait une pilule trop grosse ? gober pour une histoire ? dormir debout.

Comment quelques feuilles, une poign?e de mots et la voix maternelle ?taient cens?es indiquer ? mon enfance la voie du sommeil ? Je ne croyais pas aux bienfaits de la fiction alors que je portais le m?me nom que celle qui me terrifiait derri?re la porte de ma chambre. Les luttes que je menais ? l’ext?rieur de celle-ci, je refusais que la donneuse de vie s’octroie le droit de les importer ? voix basse ici ! Et puis le temps de la lecture nocturne n’?tait qu’une autre mani?re de m’inculquer les vertus de la morale et ce jusqu’? la tr?panation ! ? cinq ans j’ai compris que les histoires avaient ?t? invent?es pour tuer les r?ves, il ne restait que la peur au ventre, l’Amour ou Dieu.

La donneuse de vie me disait de croire que lorsque j’aurai ma cr?ature, je ferai comme elle, je lui rappellerai que par Amour je la poss?de! Croire c’est ce qu’il convient de faire ? la nuit tomb?e, mais r?ver certainement pas si cela supplante la pri?re qui fera de moi un homme ! Devenir un homme, devenir un p?re, c’est apparemment devenir quelqu’un et tous les enfants en r?vent, mieux encore tous y croient. L’histoire est celle d’un p?re habitant dans les nuages pr?s des r?ves qui a besoin que son enfant et ceux des autres croient en lui. Je r?citais son histoire par coeur, d’abord pour ob?ir, ensuite par amour, puis par habitude, enfin par go?t de la simulation avant d’oublier. Lorsque la derni?re consonne me fuyait, tout ce que je pouvais faire le temps de retrouver mes esprits, ?tait de fixer le plafond immacul?. Notre malheur, ? ce p?re et ? celui que j’allais devenir ?tait d’avoir la mauvaise entremetteuse car il n’y a pas de seconde premi?re fois.

Le seconde fois o? j’ai repens? ? tout cela, mon visage se refl?tait, se d?formait sous le regard d’un verre de bi?re bien trop proph?tique. Perdu entre l’enfant et l’adulte avec ce questionnement, plus assez innocent pour l’?luder et pas encore responsable pour m’y r?signer.

Toutes les bi?res ont une fin, m?me les meilleures, alors que dire des pires qui accompagnent le supplici? depuis la mort de ses r?ves. Rien, car la donneuse de vie m’a toujours d?fendu de jouer les martyrs lorsque j’aurais d?sappris ? r?p?ter, ? suivre l’histoire, ? l’aimer. A bien y r?fl?chir, martyr, c’est la solution pour se faire un nom et lorsque l’on n?en a pas autant mourir pour ses r?ves. Une fois la post?rit? acquise, les amateurs de pri?res, d’Amour et d’histoires h?riteront de ma cause et peut-?tre m?me de mes r?ves. Ils pourront s?ils le veulent, user, abuser et r??crire ma gen?se jusqu’? ce que je ne sois plus moi-m?me avec mon propre nom !

Quitte ? poss?der un nom autant en inventer un et de l’?cole ? la voyoucratie, l’esprit gr?gaire aime cr?er ce type de r?incarnations. La nature est bien faite, alors le groupe d?signe les surnoms par logique physique et fantaisie animale comme le faisait la donneuse de vie. Les liens se forgent tout naturellement sur les faiblesses de l’autre car la confiance en soi et en l’amiti? sont ? ce prix ! Mais au royaume du provisoire, il faut profiter des joies comme des trahisons en voyant au loin un noyau se d?sarticuler puis se disperser. Et quant aux solitaires, sans histoires ni Amour, ils peuvent se sentir pr?serv?s, mais celui qui n’a jamais trahi, n’a jamais ?t? un ami.

La civilisation a une boulimie de croyances et de noms afin de vomir par amour une fresque presque id?ale aux pieds des arch?ologues. ?chapperai-je au probl?me de digestion de mes contemporains quand le farniente, l’amour et l’eau fra?che m?nent au pragmatisme alimentaire ? J’en doute, il me faudra guerroyer pour une place assise dans la cha?ne alimentaire et d?tourner le bon ascenseur dans la pyramide des ?ges. Lorsque la faim devient plus forte que la raison de celle-ci, il n’y a plus de r?ves, il n’y a que la faim. Et au cr?puscule de la vie, enfin au sommet du temps, le ventre plein d’histoires, il n’y a souvent plus personne ? serrer dans ses bras.

Les bras orphelins de tout ont souvent plus de photographies jaunies que de raison de s’en rappeler, de d?sir de les comm?morer. J’atteins avec peine mes dix-huit ans et il me faut encore dire adieu ? ces parcelles de muscles fissur?es faisant le charme des sentiments.

Le coeur n’est qu’un muscle et m?me enrob? de sentiments plus ou moins vrais, il n’a que peu de rapport avec l’usure du temps et des gens. Alors dans ce cas je ne partirai pas en guerre dans des proc?dures infinies contre la po?sie, je crierai aupr?s des garagistes.

Ma machinerie a rejet? la transplantation de ma m?re, quitte ? faire de l’Amour un voyage en enfer pour deux, mais avec une seule place. Que faire lorsque la beaut? du paysage se situe entre les hanches de l’?tre aim? et que le silence, la g?ne et les g?missements suffisent ? Faudrait-il se d?barrasser de sa peau de b?te, l’instinct musel? et accepter que le malheur est la forme de civilisation la plus ?volu?e ??

L’Amour ne m’a pas r?pondu de peur de nous donner raison, il me quitte avec un naturel pavlovien digne d’une prose de carte de St Valentin.

Les dealers de ch?rubins, de fleurs et de chocolat m?nent une guerre larv?e contre les fabricants de pr?servatifs et la crise d?mographique. Je suis tomb? au champ d’honneur pour elle, par amour, par habitude, le cul entre l’instinct de reproduction et celui de conservation !

Lorsque l’?go trouve enfin son assiette, il lui faut un vaisseau pour asseoir son image et surtout un ?quipage pr?t ? t?moigner ! Certes, il sera encha?n? ? cet ut?rus que seul les confessions allong?es et les sosies avec un autre nom peuvent ?clipser le temps du co?t. Mais jamais, m?me entre tous les flots qui lui seront offerts, mon ?go ne trouvera une plus l?gitime raison d’avoir peur que moi ! Il pourra craindre de m’aimer ou aimer me craindre, ignorer mon sextant, mais lorsque sa coque me rejoindra, je serai la raison de son vide. Peu importe le nombre et les autoportraits manqu?s, entre projets avort?s et souvenirs maquill?s, mon h?te aura une libert? ?crite pour lui.

Pour combler le vide, il me faut des images, j’ai tour ? tour pris plaisir ? les collectionner, puis ? les capturer et enfin ? les enfanter. Je prenais ces vignettes pour des cr?atures plates, fines, ?corn?es en qu?te de pieuses excuses pour que je les invoque entre mes mains. Enfant, je d?visageais ces iconographies me disant qui craindre, adulte j’occulte cette ?chographie qui me contraint de croire en l’avenir. Je veux bien cadrer la photographie si elle s’occupe du d?clencheur, mais qui peut me garantir la fid?lit? de ce clone de moi, en mieux ? Personne, et le n?gatif de ce personne aura le culot de vouloir devenir quelqu’un de propre, avec son chemin, mon nom et l’amour de sa m?re.?

J’aurais d? prendre la fuite quand son ventre l’a pouss?e ? rester, je suis pr?t ? ?tre transplant?, mais elle lui a d?j? donn? son coeur. Neuf mois, le temps de capituler devant ce coup d’?tat qui porte son amour, mon nom, mon histoire, et l’espoir de mes ?checs. Depuis je suis devenu pour elle une simple machine ? remonter le temps, quand lui l’exhorte ? conjuguer ses rides au futur et dans la joie. Je ne rumine pas une guerre perdue d’avance lorsqu’il se pavane avec elle, la face dans ses seins, j’attends juste qu’il en aime une autre. L’amour d’une autre fera de ces disparitions ? r?p?tition une absence permanente, alors il n’y aura plus personne ? transplanter, sauf moi.

Chaque chose en son temps, pour l’heure il doit apprendre l’ordre, la morale, Dieu et surtout ? marcher un pied apr?s l’autre. M?me en bas ?ge, l’homme suit toujours tout ce qui va ? l’encontre de son bonheur, de la tutelle ? la vitesse, en passant par la gravit?. Pas le temps de s’appesantir, il r?it?re les m?mes erreurs devant son audience en oscillant entre rires et larmes au nom du spectacle. La b?atitude donne naissance ? un univers de poche dont la cr?ature avec de l’amour transplant? et un nom d’empreint devient le centre. ?tre r?duit ? l’?tat de satellite, m?me pour le plus d?sint?ress? des ut?rus, c’est un affront que seul le chantage affectif pourra r?axer.

Et entre une astronomie inconnue et une biologie omnisciente, le transplant? pr?f?ra au final le monstre monde ? la bulle maternelle.

J’aurais h?sit? ? multiplier son amour, nos futurs, mes ?checs, en sachant que le premier pas vers l?immortalit? se r?duit ? un entrejambe.

Le temps r?duit au n?ant le souvenir de cet entrejambe parfois pourfendeur, souvent en berne, jamais remerci? comme il devait l’?tre. Le cadavre du faiseur de vie se balance au ralenti entre les d?mons en qu?te de culpabilit? et les fant?mes sans plus personne ? tourmenter.

La lutte pour la survie poss?de en elle cette noblesse, cette part d’eug?nisme que mon obstination ? fuir la mort ne pourra id?aliser. J’ai un ?ge qui ne se prononce pas, peu veulent l’entendre quant ? ceux qui s’en rappellent, ils ont d?j? fait de moi un souvenir ? maudire. J’ai eu un amour propre, une femme, un amour sale, un enfant, un amour seul, plus de femme, un amour sobre, plus d’enfant, plus d’amour. Rien ? regretter pour soulager ma conscience, pas une larme ? mettre en spectacle au pied de cet amour transplant? de la m?re ? sa cr?ature. Ma vie se r?sume au silence, je l’ai tant r?clam? de pri?res en co?ts en passant par ma famille, mais il est irrespirable sans leur musique.

Le rythme est lancinant, la m?canique suit pourtant le m?me sch?ma, mais j’ai le luxe de pouvoir oublier, pour mieux me surprendre, demain. 25 m2, c’est un clapier inhumain pour les uns, un d?part ? dater pour les autres et un huis clos au doux parfum referm?, pour moi ! Le monde qui s?pare la bassesse de mon lit de la v?rit? hygi?nique de la salle de bain est parsem? d’un cimeti?re de caf? froid et de tabac. En regardant mes addictions, je songe ? ?crire le livre qui ne l’a jamais ?t?, perdu entre le bout de mes l?vres et mes tripes absentes ! J’humidifie mon masque et devant la glace, je ne pense pas avoir trahi mon image, mais je refuse de donner mon nom ? cet homme en face.

L’int?r?t majeur de ne plus avoir de nom r?side dans le fait de ne plus ?tre d?sign? par l’autre, celui qui fait de l’identit? un pr?alable. Si la g?n?alogie est le sacerdoce de l’identit?, il serait bon de couper les branches, arracher les racines et mettre le terrain en jach?re. Dans cette f?cheuse histoire de jardinage, il me reste trois petit-enfants avec mon nom et ma belle-fille qui en a repris un autre. Ils perturbent syst?matiquement mon asc?tisme le temps des c?l?brations familiales en esp?rant voir se refl?ter mon humanit? dans la leur. Ils se d?guisent en ordre, en morale et en Dieu pour r?interpr?ter en choeur ma transparence face au cr?puscule des vies de Papa et Mamie.

Sur la route j’ai perdu l’amour inconditionnel, la bienveillance ?ternelle, le p?ch? fusionnel, l’admiration naturelle, mais pas la gravit?. Ce poids au fond de moi m’a gard? entre mes pieds et le sol, ? l’?cart des courses contre la montre n?gligeant le temps et l’horizon.

De ma lune ? ce soleil, j’ai effac? les d?cors faits d’Hommes de mon champ de vision pour tutoyer ce qui s’invente entre l?-haut et au loin. Ces lieux et ces liens enfin dissoci?s de la destin?e ?crite par mon cr?ateur, j’ai suivi les mots de celui qui m’a appris ? marcher seul.

Trouver une raison valable de ne pas devenir fou le temps de la civilisation et s’assurer de ne jamais construire un id?al autour du coeur. J’ai ?chou? ? ne pas faire de mes sentiments des d?finitions sacr?es qui se terminent en donation de c?te dans un jardin d’?den ? cr?dit. J’ai toute la t?te de mon cr?ateur et le poids de cette transplantation perdue pour faire des quatre coins de ma vie, un cercle, un soleil.

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