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R?fugi?s ? OKAYAMA

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 13 septembre 2013.

Réfugiés à OKAYAMA

Le 13 septembre 2013

Réfugiés à OKAYAMA

 

HORI Yasuo

 

 

Traduit du japonais à l'espéranto par Hori Yasuo,

Puis de l'espéranto au français par Ginette MARTIN

 


Après l'accident nucléaire de Fukushima, non seulement des habitants de Fukushima, mais encore des personnes de départements voisins ont trouvé refuge dans d'autres départements. Le nombre de réfugiés en provenance de Fukushima est de 149 949 pour une population totale (qui était de) de 2,1 millions. Voir la carte ci-dessus. Parmi ceux-ci  95 853 vivent dans d'autres villes du Fukushima et 53 960 dans d'autres départements.
Il y a peu de temps mon ami du OKAYAMA, département à l'ouest du Japon, m'a envoyé une brochure sur la vie de ces réfugiés. Je vais la traduire.

 

De quels départements viennent-ils?
    1106 personnes sont venues dans le OKAYAMA après l'accident nucléaire. La plupart sont originaires des départements suivants :
- Fukushima: 364
- Tokyo: 201
- Tshiba: 139
- Kanagawa: 108
- Ibaraki: 102
Quand a eu lieu l'accident nucléaire, il y a eu des courants de vent, et l'un d'eux s'est dirigé vers Tokyo. Tous les 4 départements, sauf Fukushima, sont situés le long de ces flux de vent, et ont donc été des lieux de radioactivité intense. Beaucoup de mères ont fui vers l'ouest dans la terreur. Mais pour se déplacer et avoir une nouvelle vie ailleurs, il faut une décision et un ensemble de conditions. Comment les réfugiés dans le OKAYAMA ont-ils pris leur décision et comment vivent-ils maintenant?


Je suis heureuse dans le OKAYAMA
         Mme Hashimoto Jooko , est venue avec un enfant de Ibaraki à la ville de OKAYAMA. Son mari et un autre enfant sont restés à Ibaraki.
Lorsque l'accident nucléaire  a eu lieu à Fukushima, de nombreuses particules radioactives ont été dispersées. J'ai vu l'accident à la télé, et me suis immédiatement souvenue que de nombreuses personnes souffrent encore de Tchernobyl. J'ai entendu dire qu'il y a des endroits très pollués, même à 600 kilomètres de Tchernobyl. J'ai été terrifiée, mais décider de fuir était difficile. J'avais beaucoup de choses précieuses et des personnes auxquelles je tenais à Ibaraki, mais j'ai choisi la santé et la vie de mes enfants comme bien le plus précieux. Maintenant je me sens heureuse, car ici je peux respirer profondément et sécher ma lessive dehors. Je souhaite très fort que OKAYAMA ne soit pas contaminé.

 

OKAYAMA est un endroit très agréable.
    Mme Kurokawa Suzuko, venue avec une fille de la ville Nagareyama, Tshiba, à la ville de Sooja, OKAYAMA. Son mari est resté à Tokyo.
    Depuis mai 2011, j'ai emménagé dans la ville de Sooja avec ma fille. À l'époque, le district nord-ouest de Tshiba a été contaminé par l'accident nucléaire, et j'ai décidé de fuir pour éviter à ma fille la mauvaise influence de la radioactivité. Mon mari vit toujours à Tokyo.
    La ville de Sooja m'était complètement étrangère jusque-là, mais il y a des personnes qui ont bon cœur et qui nous soutiennent, et puis nous avons réussi à louer une maison. Beaucoup de gens vivent à Tokyo complètement étrangers les uns aux autres, mais ici les gens sont agréablement amicaux avec nous. Je ne vois pas comment sera ma vie dans l'avenir, mais lorsque je me sens triste et solitaire, la belle nature du OKAYAMA me console.

 

Notre vie commence à se stabiliser.
   Mme E.F., son mari et ses deux enfants, sont venus de Fukushima à la ville de Takahashi, OKAYAMA
   Le lendemain du tremblement de terre, les réacteurs nucléaires ont explosé. Ma maison était à 60 km de la centrale, mais ce soir-là ma fille de deux ans a eu une forte fièvre, et le lendemain moi aussi, et j'ai commencé à avoir une grande inquiétude à cause de l'accident nucléaire.
    Je dois protéger mes enfants ! Je dois me réfugier avec mes enfants dans un endroit sûr ! Cinq jours après l'accident, j'ai quitté Fukushima. Toute seule, je conduisais l'automobile avec des mains tremblantes. J'ai traversé la montagne enneigée jusqu'au département de Yamagata, et ensuite suis allée à Miyaghi, où sont mes parents.
    Mon mari, forestier, était resté dans le département de Fukushima, mais l'accident a influencé son travail. Nous avons cherché un emploi sur internet et avons décidé de déménager à OKAYAMA, où les forêts sont abondantes. OKAYAMA est un lieu qui nous est totalement étranger, mais maintenant, entourés de la belle nature et de gens sympathiques, nous commençons à avoir une vie stable ici.

 

La maladie de mon enfant m'a causé un choc.
    Mme T.K., avec son mari et ses deux enfants, est venue de Ibaraki à la ville de Akaiwa, OKAYAMA
    Quand j'ai entendu dire que les réacteurs nucléaires avaient atteint le seuil critique, j'ai tout de suite emballé l'essentiel dans la voiture et je suis allée dans le département de Gunma, où vivent mes parents. Le réacteur n° 1 a explosé. Ce jour-là, ma fille beaucoup saigné du nez. Et le lendemain  ma nièce, mon frère et ma mère aussi ont saigné du nez. La distance entre Fukushima et Gunma est de 200 km, donc je n'avais pas prévu qu'une telle chose se produirait. Ensuite le gouvernement a interdit de commercialiser des légumes de Gunma. Quand nous sommes rentrés à Ibaraki, je savais que l'air, la mer et l'eau étaient contaminés.
    Je veux donner une nourriture saine à mes enfants! Je veux qu'ils jouent à l'extérieur à volonté ! En pensant à tout cela, j'ai décidé de déménager.
    Il y avait plusieurs options. J'ai choisi le OKAYAMA, parce qu'il est très loin du département de Fukushima, se trouve situé dans la même île de Honshuu et souffre rarement de catastrophes naturelles. Maintenant, mes enfants jouent librement, et nous vivons en paix.

 

Nous vivons ici au sein de réseaux amicaux.
    Mme Tayasu Eri, son mari et ses deux enfants, sont venus de Urayasu, Tshiba, à la  la ville de Tsuyama, OKAYAMA.
    En raison de l'accident nucléaire,  mon ancienne ville de Urayasu dans le Tshiba est devenue trop polluée. On a trouvé un bouquet d'arbustes dans un parc contaminé à 30 000 becquerels par kilogramme, mais la ville et le gouvernement étaient trop centrés sur l'économie. Je savais que nous seuls, les parents, pouvions protéger nos enfants. Pendant un an, nous avons réfléchi à notre avenir, et enfin avons cessé de travailler là-bas et décidé de déménager à OKAYAMA. L'année dernière, nous avons voyagé dans l'OKAYAMA pendant 10 jours pour trouver un endroit approprié, et quand nous avons vu les belles rivières de la ville de Tsuyama, j'ai cette ville. Maintenant, je travaille au bureau municipal. Nos enfants de 2 ans et 5 ans jouent joyeusement dans l'air frais. Nous sommes très heureux d'avoir déménagé ici.

 

 Je suis venue ici juste avant mon accouchement.

    Mme Watanabe et sa fille, sont venues de la ville de Iwaki, département de Fukushima, à la ville de Tamano, OKAYAMA.

 Mon mari va venir ici en août.
    En mars 2011, j'étais enceinte de 9 mois. Il y eu l'accident nucléaire. Je me suis réfugiée dans la maison d'une personne de ma parenté loin de la centrale dans le département de Fukushima. Là, je suis allée à  l'hôpital voisin, mais il a brusquement fermé. J'ai été choquée et je me sentais inquiète. Je devais trouver un hôpital où je pourrais mettre au monde mon bébé, et j'ai téléphoné à ma belle-sœur dans l'OKAYAMA. Le lendemain, je partais en train et en avion. Je n'avais rien, même pas de sous-vêtements.
    Dix jours après avoir trouvé un logement, j'ai donné naissance à mon bébé. Beaucoup de gens m'ont donné des vêtements et des objets de première nécessité pour mon bébé et moi. Un article à mon sujet est paru  dans un journal, et beaucoup de gens m'ont envoyé des lettres, des vêtements et des livres.  Deux années ont passé déjà, mais certains me rendent encore visite.

 

Je remercie OKAYAMA
     Mme J. avec deux enfants, est venue du département de Miyaghi à la ville de OKAYAMA
    En mars 2011, tous les jours des tremblements de terre se succédaient sans arrêt. Mes enfants ont été si terrifiés qu'ils se blottissaient constamment contre moi. Nous ne pouvions pas nous endormir facilement. A cause  de l’éventualité de grands tremblements de terre et de la maladie de mes enfants due à la radioactivité, j'ai décidé de faire tout ce que je pouvais, et j'ai déménagé à OKAYAMA.
    Ma maison dans le Miyaghi a été partiellement détruite. Habituellement, dans ces conditions les gens n'ont pas droit à un logement gratuit, mais la ville de  OKAYAMA, contrairement à d'autres villes, m'a charitablement attribué une maison. Je suis très reconnaissante à la ville de OKAYAMA.

 

Pourquoi OKAYAMA?
    OKAYAMA a accueilli 992 réfugiés, derrière Osako (1132) et Okinavo (1002). Elle occupe la troisième place parmi les 23 départements de l'ouest du Japon. Le professeur Gotoo Noriaki en analyse les raisons:
  1. Divers organismes pour aider les sinistrés ont été très tôt mis sur pied.
  2. Différents rapports ont été largement diffusés par Internet.
  3.  Des coordinateurs actifs mettent en relation ces organisations entre elles.
  4. Des relations amicales existent entre ces organisations et entre les anciens et nouveaux habitants.
  5. Le OKAYAMA est compact avec des villes relativement grandes, des espaces ruraux et des montagnes.
  6. OKAYAMA  est situé dans endroit commode,  avec des liaisons ferroviaires rapides et un réseau de lignes aériennes pour toutes les directions.
  7. Le climat y est doux avec une riche production agricole et des produits de la mer.

 

Cependant, beaucoup ne sont pas heureux.
    Ci-dessus ne s’exprimaient que des gens heureux, mais en réalité nombreux sont ceux qui souffrent. Le 26 août, le journal Fukushima-Minpoo a publié au sujet des souffrances des réfugiés les rubriques suivantes: "Graves sont les blessures du cœur - sentiment d'isolement, subsistance difficile et maladie." En voici le contenu:
"Le département de Fukushima a ouvert, en avril 2012, un «  Centre de soutien psychologique aux réfugiés ». Beaucoup de demandes y affluent. Plus de la moitié d'entre elles ont trait à l'insomnie et à l'inquiétude. Certains réfugiés souffrent de mélancolie ou d'alcoolisme. Plus se prolonge le séjour dans un lieu-refuge du département d’origine ou dans d'autres départements, et plus les problèmes de subsistance se multiplient. Selon une enquête menée en 2012 auprès de 66.014 personnes réfugiées dans 13 villes du département de Fukushima, 4 677 d’entre elles (7%) ont besoin d'aide pour leur stress mental. Le département envisage de mettre en place des centres similaires dans les départements de Yamagata, Niigata et Tokyo, où vivent au total 20 000 réfugiés ".

 

Décès liés à la catastrophe
   Au cours du tsunami ont péri 1 599 personnes dans le département de Fukushima, et plus tard, à cause du raz de marée et de l'accident nucléaire réunis, beaucoup se sont réfugiées dans des lieux qui leur étaient étrangers. En raison de mauvaises conditions dans les refuges, de séjours prolongés dans ceux-ci, de maladies et de suicides, déjà 1539 d’entre elles sont mortes dans le désespoir. Et comme 109 autres décès pourront être reconnus comme tels, il est clair que le nombre de « décès liés à la catastrophe » va dépasser celui des décès directement dus au tsunami.
    Les raisons de ces décès sont « la fatigue en refuge » (33,7%), « la fatigue pendant l'exode » (29,5%), « le manque de soins médicaux à cause de dysfonctionnement des hôpitaux » (14,5%) et« le suicide » (9 personnes, 1,2%).
    Le nombre de décès liés à la catastrophe dans les deux autres départements est de 423 (Iwate) et 869 (Miyaghi), donc le nombre de morts dans le Fukushima est beaucoup plus grand. En raison de l'accident nucléaire, les réfugiés restés à l'intérieur du Fukushima sont deux fois plus nombreux, et ils n'ont aucun espoir pour leur avenir.

 

 

L'accident nucléaire a détruit la vie paisible de beaucoup de gens, mais le gouvernement et le monde industriel ne se sentent pas coupables, au contraire  ils veulent continuer la dangereuse politique énergétique menée jusqu'à présent, dépendante de l'énergie atomique. Ils sont vraiment fous !
J'espère vraiment que ces réfugiés vivront tranquillement une nouvelle vie dans  le OKAYAMA et d'autres départements.

 

 

HORI Yasuo, traduit par Ginette MARTIN

(avec l'aide de Paul Signoret)

 

 

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