Accueil / Tag Archives: Sais

Tag Archives: Sais

Vers une nouvelle monnaie europ?enne

LE YETI Sur son blog, l’économiste Yanis Varoufakis souligne l’importance historique du document de la Bundesbank publié dans le journal Handeslblatt. Ce document de la Bundesbank montre que l’Allemagne est en train de suivre une « Grande stratégie ». L’Allemagne souhaite créer … Lire la suite

Lire la suite

R?sistance

  CAPITAINE MARTIN: Les systèmes familiaux ? J’ai l’impression que tu vas m’entraîner sur des sujets un tout petit peu ennuyeux … et pas très politiques ! Je me trompe ?  Oui, tu te trompes ! C’est au contraire très politique. Marx et Engels … Lire la suite

Lire la suite

Les syst?mes familiaux expliqu?s ? ma grand-m?re

Les syst?mes familiaux?? J?ai l?impression que tu vas m?entra?ner sur des sujets un tout petit ennuyeux ? et pas tr?s politiques?! Je me trompe?? Oui, tu te trompes?! C?est au contraire tr?s politique. Marx et Engels s??taient d?j? int?ress?s aux questions de la famille, et Friedrich Engels a ?crit un ...

Lire la suite

Intimit

MONOLECTE ? « Tu sais que tu es en couple le jour o? tu te retrouves ? te brosser les dents pendant que ton compagnon chie ? c?t?? Ce que ma fulgurante condisciple en ?thologie voulait immanquablement ?voquer par cette remarque … Lire la suite

Lire la suite

Intimit

Tu sais que tu es en couple le jour où tu te retrouves à te brosser les dents pendant que ton compagnon chie à côté


Le sac du grimpeurCe que ma fulgurante condisciple en éthologie voulait immanquablement évoquer par cette remarque nourrie par l'expérimentation continue de la vraie vie en milieu urbain, c'est la naissance de l'intimité. Le moment où tu es assez proche de quelqu'un pour te permettre de le laisser accéder à tes contingences biologiques — lesquelles ressemblent étrangement aux siennes —, mais qu'une société écartelée entre les archétypes de la nature et de la culture préfère ignorer franchement. Jusqu'à la psychose généralisée.

  • Du jour où j'ai vu sa touffe, notre amitié n'a plus jamais été la même.
C'était au sujet de l'amitié homme-femme et ce sémillant sexagénaire, qui n'avait jamais fait mystère de son goût immodéré de la drague en général et des franches saillies en particulier, exprimait là les limites de l'exercice, à savoir une trop grande intimité, justement, qui n'autorise plus la juste distanciation émotionnelle.
  • Je te jure, c'était vraiment une amie que j'adorais, on était très proches et tout, on ne faisait jamais de chichi entre nous, jusqu'à ce jour où elle s'est décullotée devant moi pendant une randonnée, juste pour pisser. Je n'ai pas pu m'empêcher de voir son sexe et c'était un putain de buisson, comme je n'en avais jamais vu (et pourtant, Dieu sait que j'en ai vu!). Et de ce jour, je n'ai jamais pu m'enlever cette image de la tête et chaque fois que je pense à elle ou que je lui parle, je ne vois que ce putain de buisson et ça gâche tout.

  • Un jour, ma meilleure amie est venue chez moi pour chier. Elle venait de traverser la moitié de la ville pour ça.
J'ai toujours aimé les conversations à bâtons rompus intergénérationnelles, mais là, je dois avoir la tête d'une poule qui vient de découvrir qu'elle a couvé un renard. Elle a la moitié de mon âge, c'est une autre génération, un autre monde, un autre univers.
  • Mais pourquoi?
  • Ce soir-là, elle dormait chez son fiancé et elle a eu tellement envie qu'elle a su qu'elle ne pouvait pas se retenir toute la nuit.
  • Vous voulez dire qu'elle ne pouvait pas chier chez lui? Mais ils couchaient ensemble, quand même, ils n'allaient pas attendre le mariage?
  • Oui, oui, mais elle ne pouvait pas envisager de chier dans ses toilettes à lui, avec lui de l'autre côté de la porte : les bruits, les odeurs, tout ça...
  • Mais elle ne se doutait pas qu'il devait avoir quelques soupçons? Que vous êtes biologiquement soumis aux mêmes contraintes? Que les filles ne sont pas des princesses et qu'elles ne chient pas de la poudre de licorne?
  • En fait, on évite ce genre de chose.
  • Mais vous êtes la génération libérée du cul, vous pensez que la sodomie est un truc anodin et normal, mais dans le même temps, vous ne supportez pas d'avoir des poils pubiens ou de faire plouf dans les mêmes chiottes? Mais comment allez-vous faire quand vous vivrez ensemble? Comment vous allez gérer la merde dans les couches ou les corps rattrapés par l'âge?

Le monde pornographique n'aime pas avoir le nez dans sa merde. Il préfère d'ailleurs déféquer dans de l'eau potable et évacuer le problème plus loin à grands jets purificateurs.


  • Nos voisins nous ont vraiment fait une vie d'enfer.
  • Ah bon?
Ce n'est pas à proprement parler un pote. On est le plus souvent en désaccord sur tout. J'ai souvent l'impression que nous ne vivons pas sur la même planète. Pourtant si, et c'est même tout le problème.
  • Oui, on a été obligé de refaire tout le système d'évacuation de notre maison neuve.
  • Pourquoi?
  • Pour rien : quand on tirait la chasse, ça allait dans le fossé et il arrivait que le fossé déborde et que ça traverse le chemin.
  • Tu es en train de me dire que votre merde familiale s'exposait au vu de tous et que vos voisins devaient rouler dedans? Et ça ne te dérangeait pas?
  • Ouais, enfin bon, ce n'était pas la peine d'en faire tout un plat. En tout cas, leurs conneries, ça m'a coûté un bras en travaux.

Des fois, je me rend compte que toute ma vie ne me suffira pas à comprendre la nature humaine.


J'ai aussi mes pudeurs. Comme beaucoup d'entre nous, je préfère le confort ouaté de mes toilettes particulières pour me laisser aller à évacuer mes humeurs maussades. J'ai eu aussi des stratégies d'évitement assez élaborées, des repérages de toilettes lointaines pour éviter la promiscuité pétaradante ou le syndrome de la petite bouse qui refuse de couler alors qu'un collègue engoncé dans ses propres crispations tambourines furieusement à la porte. Il m'est aussi arrivé d'échanger les bons coins du soulagement discret avec mes copines de randonnées en montagne, tant il est vrai que l'intimité de l'amitié supporte assez mal celle des impératifs digestifs. Je me suis déjà retrouvée, après 10 minutes d'une marche périlleuse au milieu des rocs et des fourrés, à exposer royalement mon postérieur à un GR bien fréquenté dont je n'avais pas anticipé tous les lacets et circonvolutions. C'est même un peu à cause de cela que je ne raffole pas tant que cela du bivouac en moyenne montagne, quand on se retrouve à tous piétiner à la frontale derrière le même malheureux bosquet enrubanné de PQ nerveusement froissé.

  • Tu sais, tu ne seras pas une vraie grimpeuse tant que tu n'auras pas uriné sur ton partenaire de cordée.
  • Ah ben tant pis, alors!
Je ne pense pas trahir Alexandre en révélant cette petite part de vérité des grandes histoires de montagne.
  • Comment tu croyais que ça se passe quand tu fais une grande voie pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours?
  • Tu sais, je ne fais que de la couenne, ce qui fait que je ne m'étais jamais posé cette épineuse question. Mais je te remercie de m'éclairer sur ce point, même si je ne suis pas certaine que j'avais vraiment envie de savoir.
  • On prend un sac poubelle qu'il faut se traîner pour les grosses commissions, mais bon, pour reste, on fait comme on peut.
  • C'est sûr, vu comme ça, ton binôme de grimpe prend tout de suite une dimension beaucoup plus intime.
  • C'est exactement ça! D'ailleurs les couples mixtes de grimpeurs sont souvent mariés. Parce que oui, c'est une question d'intimité et que l'intimité, ça rapproche forcément beaucoup!

O tempora, O mores

Nous profitons d'une belle journée d'été pour visiter les ruines de la villa gallo-romaine de Séviac. Bon, d'accord, ça ressemble surtout à des petits tas de caillasses avec des trous, de-ci, de-là. Il y a encore quelques mosaïques préservées miraculeusement des millénaires. Le guide a le béret vissé sur les oreilles et l'accent chantant en bouche.

  • Et nous voilà dans les thermes de la villa!
  • Oui, tu vois, les gens se lavaient tous ensemble, un peu comme dans les hammams aujourd'hui.

J'aime bien contextualiser les explications du guide à destination de notre fille.

  • Oui, d'ailleurs, ils ne faisaient pas que se laver tous ensemble, renchérit le guide qui suit notre conversation. Comme on peut le découvrir, les latrines aussi étaient collectives.
  • C'est quoi, les latrines?
  • Les chiottes. Et entre chaque place, il n'y avait pas de cloison. En gros, les gens se retrouvaient tous les matins pour chier ensemble et commenter les nouvelles de la journée.

La gamine me regarde avec un air mi-incrédule, mi-amusée.

  • Tu te fous de moi, maman?
  • Non, même pas!
  • Ouais, comme dirait Astérix, ils sont fous, ces Romains!
  • Ou alors, ils avaient un autre sens de l'intimité que nous...


Lire la suite

Intimit

Tu sais que tu es en couple le jour où tu te retrouves à te brosser les dents pendant que ton compagnon chie à côté


Le sac du grimpeurCe que ma fulgurante condisciple en éthologie voulait immanquablement évoquer par cette remarque nourrie par l'expérimentation continue de la vraie vie en milieu urbain, c'est la naissance de l'intimité. Le moment où tu es assez proche de quelqu'un pour te permettre de le laisser accéder à tes contingences biologiques — lesquelles ressemblent étrangement aux siennes —, mais qu'une société écartelée entre les archétypes de la nature et de la culture préfère ignorer franchement. Jusqu'à la psychose généralisée.

  • Du jour où j'ai vu sa touffe, notre amitié n'a plus jamais été la même.
C'était au sujet de l'amitié homme-femme et ce sémillant sexagénaire, qui n'avait jamais fait mystère de son goût immodéré de la drague en général et des franches saillies en particulier, exprimait là les limites de l'exercice, à savoir une trop grande intimité, justement, qui n'autorise plus la juste distanciation émotionnelle.
  • Je te jure, c'était vraiment une amie que j'adorais, on était très proches et tout, on ne faisait jamais de chichi entre nous, jusqu'à ce jour où elle s'est décullotée devant moi pendant une randonnée, juste pour pisser. Je n'ai pas pu m'empêcher de voir son sexe et c'était un putain de buisson, comme je n'en avais jamais vu (et pourtant, Dieu sait que j'en ai vu!). Et de ce jour, je n'ai jamais pu m'enlever cette image de la tête et chaque fois que je pense à elle ou que je lui parle, je ne vois que ce putain de buisson et ça gâche tout.

  • Un jour, ma meilleure amie est venue chez moi pour chier. Elle venait de traverser la moitié de la ville pour ça.
J'ai toujours aimé les conversations à bâtons rompus intergénérationnelles, mais là, je dois avoir la tête d'une poule qui vient de découvrir qu'elle a couvé un renard. Elle a la moitié de mon âge, c'est une autre génération, un autre monde, un autre univers.
  • Mais pourquoi?
  • Ce soir-là, elle dormait chez son fiancé et elle a eu tellement envie qu'elle a su qu'elle ne pouvait pas se retenir toute la nuit.
  • Vous voulez dire qu'elle ne pouvait pas chier chez lui? Mais ils couchaient ensemble, quand même, ils n'allaient pas attendre le mariage?
  • Oui, oui, mais elle ne pouvait pas envisager de chier dans ses toilettes à lui, avec lui de l'autre côté de la porte : les bruits, les odeurs, tout ça...
  • Mais elle ne se doutait pas qu'il devait avoir quelques soupçons? Que vous êtes biologiquement soumis aux mêmes contraintes? Que les filles ne sont pas des princesses et qu'elles ne chient pas de la poudre de licorne?
  • En fait, on évite ce genre de chose.
  • Mais vous êtes la génération libérée du cul, vous pensez que la sodomie est un truc anodin et normal, mais dans le même temps, vous ne supportez pas d'avoir des poils pubiens ou de faire plouf dans les mêmes chiottes? Mais comment allez-vous faire quand vous vivrez ensemble? Comment vous allez gérer la merde dans les couches ou les corps rattrapés par l'âge?

Le monde pornographique n'aime pas avoir le nez dans sa merde. Il préfère d'ailleurs déféquer dans de l'eau potable et évacuer le problème plus loin à grands jets purificateurs.


  • Nos voisins nous ont vraiment fait une vie d'enfer.
  • Ah bon?
Ce n'est pas à proprement parler un pote. On est le plus souvent en désaccord sur tout. J'ai souvent l'impression que nous ne vivons pas sur la même planète. Pourtant si, et c'est même tout le problème.
  • Oui, on a été obligé de refaire tout le système d'évacuation de notre maison neuve.
  • Pourquoi?
  • Pour rien : quand on tirait la chasse, ça allait dans le fossé et il arrivait que le fossé déborde et que ça traverse le chemin.
  • Tu es en train de me dire que votre merde familiale s'exposait au vu de tous et que vos voisins devaient rouler dedans? Et ça ne te dérangeait pas?
  • Ouais, enfin bon, ce n'était pas la peine d'en faire tout un plat. En tout cas, leurs conneries, ça m'a coûté un bras en travaux.

Des fois, je me rend compte que toute ma vie ne me suffira pas à comprendre la nature humaine.


J'ai aussi mes pudeurs. Comme beaucoup d'entre nous, je préfère le confort ouaté de mes toilettes particulières pour me laisser aller à évacuer mes humeurs maussades. J'ai eu aussi des stratégies d'évitement assez élaborées, des repérages de toilettes lointaines pour éviter la promiscuité pétaradante ou le syndrome de la petite bouse qui refuse de couler alors qu'un collègue engoncé dans ses propres crispations tambourines furieusement à la porte. Il m'est aussi arrivé d'échanger les bons coins du soulagement discret avec mes copines de randonnées en montagne, tant il est vrai que l'intimité de l'amitié supporte assez mal celle des impératifs digestifs. Je me suis déjà retrouvée, après 10 minutes d'une marche périlleuse au milieu des rocs et des fourrés, à exposer royalement mon postérieur à un GR bien fréquenté dont je n'avais pas anticipé tous les lacets et circonvolutions. C'est même un peu à cause de cela que je ne raffole pas tant que cela du bivouac en moyenne montagne, quand on se retrouve à tous piétiner à la frontale derrière le même malheureux bosquet enrubanné de PQ nerveusement froissé.

  • Tu sais, tu ne seras pas une vraie grimpeuse tant que tu n'auras pas uriné sur ton partenaire de cordée.
  • Ah ben tant pis, alors!
Je ne pense pas trahir Alexandre en révélant cette petite part de vérité des grandes histoires de montagne.
  • Comment tu croyais que ça se passe quand tu fais une grande voie pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours?
  • Tu sais, je ne fais que de la couenne, ce qui fait que je ne m'étais jamais posé cette épineuse question. Mais je te remercie de m'éclairer sur ce point, même si je ne suis pas certaine que j'avais vraiment envie de savoir.
  • On prend un sac poubelle qu'il faut se traîner pour les grosses commissions, mais bon, pour reste, on fait comme on peut.
  • C'est sûr, vu comme ça, ton binôme de grimpe prend tout de suite une dimension beaucoup plus intime.
  • C'est exactement ça! D'ailleurs les couples mixtes de grimpeurs sont souvent mariés. Parce que oui, c'est une question d'intimité et que l'intimité, ça rapproche forcément beaucoup!

O tempora, O mores

Nous profitons d'une belle journée d'été pour visiter les ruines de la villa gallo-romaine de Séviac. Bon, d'accord, ça ressemble surtout à des petits tas de caillasses avec des trous, de-ci, de-là. Il y a encore quelques mosaïques préservées miraculeusement des millénaires. Le guide a le béret vissé sur les oreilles et l'accent chantant en bouche.

  • Et nous voilà dans les thermes de la villa!
  • Oui, tu vois, les gens se lavaient tous ensemble, un peu comme dans les hammams aujourd'hui.

J'aime bien contextualiser les explications du guide à destination de notre fille.

  • Oui, d'ailleurs, ils ne faisaient pas que se laver tous ensemble, renchérit le guide qui suit notre conversation. Comme on peut le découvrir, les latrines aussi étaient collectives.
  • C'est quoi, les latrines?
  • Les chiottes. Et entre chaque place, il n'y avait pas de cloison. En gros, les gens se retrouvaient tous les matins pour chier ensemble et commenter les nouvelles de la journée.

La gamine me regarde avec un air mi-incrédule, mi-amusée.

  • Tu te fous de moi, maman?
  • Non, même pas!
  • Ouais, comme dirait Astérix, ils sont fous, ces Romains!
  • Ou alors, ils avaient un autre sens de l'intimité que nous...


Lire la suite

Killing Descartes

Je voudrais travailler à rendre les hommes plus profonds et meilleurs en les amenant à réfléchir sur eux-mêmes. Je suis en désaccord avec l'esprit de ce temps, parce qu'il est plein de mépris pour la pensée... L'homme moderne, surmené de travail, n'est plus capable de véritable recueillement, et il perd sa spiritualité dans tous les domaines... Or, la renonciation à la pensée est la faillite de l'esprit.

Albert Schweitzer, À l'orée de la forêt vierge, préface.

Bubbles girlsPetite cure de stimulation intellectuelle ce week-end, au Marathon des Sciences de Fleurance ou l'occasion incroyable de se goinfrer 12 heures de conférences scientifiques entrecoupées de pauses foie gras et autres œnogastronomies plus ou moins locales. L'occasion, surtout, de ne pas s'encroûter du ciboulot, de croiser des gens intéressants et de se rendre compte que cela fait un petit moment que je me laisse distraire, au propre comme au figuré, par de petites considérations futiles et sans importance.

De la distraction, oui, comme évidence technologique pendant que les orateurs défilent sur fond d'écran géant, devenant étrangement les commentaires vivants des vrais clous du spectacle, à savoir leurs foutus sliders PowerPoint. Cette constatation est d'autant plus vraie que la technologie, puisqu'il s'agissait bien du sujet de cette année, a plutôt tendance à prendre le pas sur l'homme de science, le slider s'agrémentant de musiques et de vidéos. Je commençais à me demander qui de la machine ou de l'homme fait le show, quand est arrivée la seule intervenante du jour, son iPad greffé au creux du coude. Je sais, par expérience assez directe, que tout le monde n'est pas à l'aise dans la communication orale et je me souviens des colloques organisés annuellement par mon ancien laboratoire de recherche, histoire, probablement, de nous préparer à ce genre d'épreuve qui fait partie de la vie normale et nécessaire du chercheur, apprenti ou confirmé.

Là, je sais tout de suite qu'elle souffre.
Et que son iPad est sa bouée, son pupitre, son pense-bête, tout. Elle lit son exposé sans parvenir à décoller du texte, elle peine à insuffler un rythme et puis, c'est le drame : la tablette se met en veille et la voilà obligée de se traîner ce poids mort coincé à son bras. Étrange démonstration par l'absurde de la dépendance technologique, celle que je fuis sans jamais pouvoir y échapper, celle que j'apprivoise, à laquelle je ne fais de concessions que parce que je m’astreins, par ailleurs, à cultiver mon autonomie technologique par tous les moyens.

La soirée est déjà bien avancée quand arrive l'homme seul. Il débarque sans ordi, sans pointeur laser et avec un sens assez consommé de la mise en scène, il s'installe ostensiblement seul dans un coin de l'immense scène à présent presque complètement plongée dans la pénombre. Il s'assied posément sur une chaise d'une outrageante banalité, chausse ses lorgnons de jeune vieillesse et pose ses notes de papier sur ses genoux croisés. Sa seule présence, sa seule installation sont la démonstration incorporée de l'autonomie de la machine humaine sur la distraction technologique. Pas d'effets, pas d'images, pas de son, pas de grands mouvements de scène, juste un homme sur une chaise qui déploie patiemment ses idées, qui inocule son propre rythme, qui peut choisir de digresser dans son discours ou de ne pas arriver où on l'attend. Et la lumière ne naît que de ses paroles, que de son processus intellectuel endogène. Il relègue la machine au rang d'accessoire ou de prothèse de l'humain et rejette, dans son seul comportement, notre indépassable soumission à l'ordre technologique. Et là, seulement équipé de ses lunettes et de ses feuilles de notes, il dessine à grands traits la dystopie de la transhumanité, transformant sa propre intervention en démonstration de son propos.

L'homme-machine de Descartes devient le machin de la prouesse technologique, pense qu'il est noble de chercher à repousser ses limites alors qu'il ne parvient même pas à suffisamment se penser lui-même pour parvenir à les tracer. Nous rêvons nous-mêmes de devenir des moutons électriques parce que nous avons renoncé à interroger notre propre humanité et que nous croyons sincèrement nous améliorer en l'aliénant à la technologie.

Je regarde cet homme assis tout seul sur sa grande estrade vide et je reviens toujours à la même question : qu'est-ce qui est vraiment important dans tout cet immonde foutoir qu'est notre monde ?

Powered by ScribeFire.

Lire la suite

T?moin du Monde

G?n?rique?: gros plan sur un vieux baril de p?trole, utilis? pour faire du tam-tam. 1, 2, 123, 1, 2, 12345, 1, 2,123… Trompette?: th?me de ??Fort Boyart??, allegro, acc?l?r?. Plan de grue qui monte, sc?ne de rue de nuit post-apocalyptique, les gens grillent des marrons dans les barils, se r?chauffent ...

Lire la suite