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><channel><title>CentPapiers &#187; Pauvreté</title> <atom:link href="http://www.centpapiers.com/mot-cle/pauvrete/feed" rel="self" type="application/rss+xml" /><link>http://www.centpapiers.com</link> <description>Plateforme québécoise de journalisme citoyen</description> <lastBuildDate>Sat, 31 Jul 2010 14:46:29 +0000</lastBuildDate> <language>en</language> <sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod> <sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency> <generator>http://wordpress.org/?v=3.0</generator> <item><title>Mr Sarkozy, dîtes nous tout !</title><link>http://www.centpapiers.com/le-panda-mr-sarkozy-dites-nous-tout-2/18487</link> <comments>http://www.centpapiers.com/le-panda-mr-sarkozy-dites-nous-tout-2/18487#comments</comments> <pubDate>Mon, 05 Jul 2010 04:00:10 +0000</pubDate> <dc:creator>LE PANDA</dc:creator> <category><![CDATA[Actualité]]></category> <category><![CDATA[Articles]]></category> <category><![CDATA[Pensions/retraites]]></category> <category><![CDATA[Politique]]></category> <category><![CDATA[Union européenne]]></category> <category><![CDATA[crise financière]]></category> <category><![CDATA[finance]]></category> <category><![CDATA[france]]></category> <category><![CDATA[média]]></category> <category><![CDATA[travail]]></category> <category><![CDATA[Économie]]></category> <category><![CDATA[europe]]></category> <category><![CDATA[Nicolas Sarkozy]]></category> <category><![CDATA[Pauvreté]]></category> <category><![CDATA[Société]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.centpapiers.com/?p=18487</guid> <description><![CDATA[Premier épisode Lettre au Premier ministre, le président annonce un train de vie de l’Etat « vigoureusement réduit » avec notamment la fin des notes de frais privés des ministres, des chasses présidentielles, suppression de véhicules, logements de fonction, garden-party 2010. Nicolas Sarkozy demande « une République irréprochable« . Annonces concrètes, envoyées par lettre à François Fillon, au moment [...]]]></description> <content:encoded><![CDATA[<p><strong><a href="http://www.panda-france.net/wp-content/uploads/2010/07/Lavion-du-président-.jpg"><img title="L'avion du président !" src="http://www.panda-france.net/wp-content/uploads/2010/07/Lavion-du-président--300x146.jpg" alt="" width="300" height="146" /></a>Premier épisode</strong></p><p>Lettre au Premier ministre, le président annonce un train de vie de l’Etat « vigoureusement réduit » avec notamment la fin des notes de frais privés des ministres, des chasses présidentielles, suppression de véhicules, logements de fonction, garden-party 2010.</p><p>Nicolas Sarkozy demande « <em>une République irréprochable</em>« . Annonces concrètes, envoyées par lettre à François Fillon, au moment où des soupçons de conflit d’intérêts visent Eric Woerth et <em>« à l’heure où nos concitoyens sont frappés par la crise »,</em> dit la lettre<em>. « L’Etat doit, plus que jamais, faire preuve d’exemplarité (…) Ceux qui incarnent l’intérêt général ne peuvent être exonérés de l’effort demandé à la Nation. Ils ont une responsabilité particulière qui découle de leur mission, celle de faire un usage irréprochable de l’argent public. »</em></p><ul><li>·<strong>Pour les Français, la rigueur est bien là</strong><strong></strong></li></ul><p>François Fillon s’en défend, pour 64% des Français, la politique actuelle est « une politique de rigueur », alors que les cures d’austérité se multiplient en Europe. Mais les ministres sont-ils prêts à faire un effort financier ?</p><p>Publié le 15/05/2010</p><ul><li>·<strong>Sarkozy supprime la garden-party du 14 juillet</strong><strong></strong></li></ul><p>Compte-tenu du contexte économique, le président a décidé de supprimer la traditionnelle garden-party.</p><p>Publié le 23/06/2010</p><ul><li>·<strong>Sarkozy soutient Woerth, pas à l’abri d’un nouveau scandale</strong><strong></strong></li></ul><p>Chaque jour apporte son lot de révélations et de demandes de clarifications autour de l’affaire Bettencourt. Woerth bénéficie néanmoins de nombreux soutiens à droite, dont celui exprimé samedi par Sarkozy.</p><p>Publié le 27/06/2010</p><ul><li>·<strong>Notes de frais des ministres, garden party… : rigueur d’Etat</strong><strong></strong></li></ul><p>Dans une lettre à François Fillon, Nicolas Sarkozy a annoncé un train de vie de l’Etat « vigoureusement réduit ». Les ministres paieront ainsi leurs frais privés « sur leurs deniers personnels » avec « sanctions » en cas d’abus.</p><p>Publié le 28/06/2010</p><p><a href="http://www.panda-france.net/wp-content/uploads/2010/07/afrique-vous-france-nous.jpg"><img title="afrique-vous-france-nous" src="http://www.panda-france.net/wp-content/uploads/2010/07/afrique-vous-france-nous.jpg" alt="" width="165" height="220" /></a>Première réaction à ces annonces, celle de Pierre Laurent, secrétaire national du P C F, qui a estimé que ce n’est qu’un « <em>gros écran de fumée pour faire avaler des réductions de dépenses publiques</em>« , notamment dans les écoles ou les services publics.</p><p><strong>directives de l’Elysée :</strong><br /> - Suppression cette année de la traditionnelle garden-party du 14 juillet à l’Elysée.<br /> - Lors de la livraison de l’avion long courrier commandé pour la flotte gouvernementale, les deux moyens courriers actuellement en dotation soient cédés.</p><p><strong>Membres du gouvernement</strong><br /> - Assujettissement à l’impôt sur le revenu et à la taxe d’habitation de l’usage de leurs logements de fonction.<br /> - Fin de la prise en charge par l’Etat de la location de logements dans le parc privé.<br /> - Tous les frais liés à leur vie privée acquittés sur leurs deniers personnels. Violation de cette règle immédiatement sanctionnée.<br /> - Déplacements strictement encadrés, avec recours privilégié aux transports ferroviaires et limitation du nombre de personnes les accompagnants. Pour l’hébergement, recours aux locaux des services de l’Etat (ambassades et les préfectures, de préférence aux prestations hôtelières).<br /> - Réduction au « strict minimum exigé par leurs fonctions » du nombre de « cérémonies, réceptions ou manifestations ».</p><p><strong>Cabinets ministériels<br /> </strong> &#8211; Le nombre des collaborateurs fixé à un maximum de 20 personnes pour les ministres, 4 pour les secrétaires d’Etat. Respect rigoureux de cette règle « dès la rentrée prochaine ».<br /> - Budgets consacrés à la rémunération et aux déplacements de ces personnels réduits de 10%.<br /> - Sanctions pour toute « utilisation abusive » des dotations des cabinets ministériels, notamment en matière de déplacements ou de frais de bouche.</p><p><strong>Agents publics<br /> </strong>- Avantages en nature concédés à certains d’entre eux strictement circonscrits à l’exercice de leurs fonctions.<br /> - Suppression des logements accordés pour utilité de service au fur et à mesure du départ de leurs occupants.<br /> - Attribution de logements et véhicules de fonctions restreinte à des cas limitativement énumérés.<br /> - 10.000 véhicules et 7.000 logements de fonctions supprimés d’ici 2013.</p><p><strong><a href="http://www.panda-france.net/wp-content/uploads/2010/07/Réunion-G8-G20.jpg"><img title="Réunion G8 G20" src="http://www.panda-france.net/wp-content/uploads/2010/07/Réunion-G8-G20.jpg" alt="" width="242" height="245" /></a>Lutte contre le gaspillage</strong><br /> - Déplacements en avion des agents publics prohibés, s’il existe une liaison ferroviaire de moins de trois heures.</p><p>- D’ici 2012, réduction de moitié de la consommation de papier des différentes administrations.<br /> - Surfaces immobilières des administrations fortement réduites. Même chose pour les loyers par le recours à des locaux plus modestes et la renégociation des baux.</p><p><strong>Mise en œuvre</strong><br /> - Ensemble de ces orientations précisé par le biais d’instructions de François Fillon au gouvernement dès septembre prochain.<br /> - Chargé du « respect scrupuleux par tous les ministres ». Il rendra compte « chaque trimestre par un point, en Conseil des ministres ».</p><p>Sources A F P</p><p>La réalité, la vraie, l’information est différente.</p><p>Sa lettre au Premier ministre est un copier/coller de ce qui était déjà censé être appliqué, résultat ?</p><p>Promis une lettre ouverte je le fais.</p><p>Bien lire ce qui est au-dessus, on constate que l’information est tournée au maximum d’une position partisane.</p><p>Il y a fort à parier, les enjeux en ligne Internet, autorisés, que Monsieur Sarkozy sera candidat en 2012. Mais que reste t-il de nos amours ? Pas grand-chose lorsque l’on constate la masse de calembours, du mur de Berlin, son augmentation de salaire de plus de 170%, insulter un citoyen de base pas une fois mais plusieurs, vouloir nettoyer les Cités au karcher, en passant sur le Bouclier fiscal, la T V A  de la restauration.</p><p>Traité de Lisbonne « escroquerie de taille » en violant plus que jamais, car son appui il l’a acheté ou trouvé au sein de la majorité de l’Assemblée Nationale Française et Europe qui nous enferme.</p><p>Le cumul des mandats, tous les candidats s’engagent à le faire disparaître puis élus, gardons nos avantages. C’est un scandale !</p><p>Le cumul du mandat de Trésorier de l’U M P et Ministre du Travail, c’est un exemple flagrant Eric Woerth de solidarité et de fidélité au Chef ?</p><p><a href="http://www.panda-france.net/wp-content/uploads/2010/07/la-parole-donnée.jpg"><img title="la parole donnée" src="http://www.panda-france.net/wp-content/uploads/2010/07/la-parole-donnée.jpg" alt="" width="161" height="220" /></a>Non seulement une perte de notre pouvoir d’achat, le fait ulcérant, constater que ce qui faisait la puissance de la France, le respect de l’Europe sont une fumée d’été.</p><p>A présent, et cela n’existait pas avant sa présidence, la justice avait un semblant d’équilibre, il  gouverne ou régente ?</p><p>Nous avons le sentiment de vivre ce que sa famille a vécu dans le cadre de l’exode de Hongrie.</p><p>Pourtant que de respect, j’ai pour toutes les nations oppressées dans leurs libertés, à quoi,  à qui vont profiter les 17 millions d’ €, dépensés dans le Rassemblement des Pays de la Méditerranée, le résultat sera aussi évident que la visite de  Monsieur Kadhafi venu pourquoi ?</p><p>Il va marquer l’histoire, il va aussi pouvoir nous dire : « Je vous avez promis des réformes »</p><p>J’ai tenu parole, à qui cela a profité ?</p><p>Nous sommes tous ou presque coincés dans le mur, il y a quelques années, nous en étions au pied.</p><p>Indéniablement un homme intelligent, un potentiel de travail important, les autres français et européens sont redevenus des laquais, des serfs ou assimilés de 2007 ?</p><p>La reforme des retraites, utile oui, les conditions ? Les siennes cela risque de ne pas marcher.</p><p>Il m’a fait parvenir un courrier à en-tête de l’U M P, je lui ai répondu, toutes questions méritant réponses. Je vous promets de vous la livrer intégralement.</p><p>Il nous prépare quoi ? Une 6<sup>ème</sup> République pour son prochain programme, je ne l’exclu pas, ce qui expliquerait son rapprochement actuel avec Bayrou ?</p><p>Je ne fais pas de différence, entre la gauche, la droite, notre président, tout le monde en voulait au départ, au trois quart du parcours, même emballé dans un paquet, et de magnifiques guirlandes d’or, des pièces jaunes, personne n’en veut.</p><p>Cherchez pas la cause, tout le monde la connait, sauf les financiers, les spéculateurs, les lampistes piégés, les amis protégés et tous leurs dérivés.</p><p>Le Front National, y compris à l’Etranger prend valeur de symbole, à voir le peu de respect que possède notre République, jamais une telle dérive n’a causé autant de remous.</p><p>La crise existe, oui, une réalité le monde et sa population ont évolué, pas dans le bon sens. La logique de Descartes impose une réflexion, accepté de mettre les choses à plat d’accord, mais pas dans une seule assiette. Ou alors gare aux indigestions ?</p><p>Pour éviter de perdre le sens de l’actualité, je publierai cet article en plusieurs étapes, à votre convenance, avec un lien pour la 1<sup>ere </sup>partie, cela permettra à tout un chacun de suivre les épisodes, l’analyse d’un personnage hors du commun.</p><p>Vous serez très surpris de l’ampleur des échanges, du vécu, alors à chaque fois vous aurez un lien actif, pas sur le 1<sup>er</sup> épisode. Donner un ordre, voila ou je vais vous emmener, en vécu <a href="http://www.politique.net/2008040703-mobilier-national-16000-oeuvres-on-disparu.htm" target="_blank">cliquez-ici </a>la série n’est pas du Dallas, en France et Europe nous n’avons pas de pétrole, les idées de cumuls fourmillent.</p><p>Possible que Les feux de l’amour s’allument.</p><p>Patrick Juan</p><p>Le Panda<sup> </sup></p> ]]></content:encoded> <wfw:commentRss>http://www.centpapiers.com/le-panda-mr-sarkozy-dites-nous-tout-2/18487/feed</wfw:commentRss> <slash:comments>2</slash:comments> </item> <item><title>Diagnostic pauvreté : 1- Le Bangladesh.</title><link>http://www.centpapiers.com/diagnostic-pauvrete-1-le-bangladesh/13578</link> <comments>http://www.centpapiers.com/diagnostic-pauvrete-1-le-bangladesh/13578#comments</comments> <pubDate>Thu, 13 May 2010 05:00:12 +0000</pubDate> <dc:creator>Minarchiste</dc:creator> <category><![CDATA[Articles]]></category> <category><![CDATA[asie]]></category> <category><![CDATA[sous-développement]]></category> <category><![CDATA[Économie]]></category> <category><![CDATA[Agriculture]]></category> <category><![CDATA[Bangladesh]]></category> <category><![CDATA[capital]]></category> <category><![CDATA[corruption]]></category> <category><![CDATA[création de richesse]]></category> <category><![CDATA[démocracie]]></category> <category><![CDATA[droits de propriété]]></category> <category><![CDATA[education]]></category> <category><![CDATA[entreprises d’État]]></category> <category><![CDATA[inégalités]]></category> <category><![CDATA[liberté économique]]></category> <category><![CDATA[Ligue Awami]]></category> <category><![CDATA[loi islamique]]></category> <category><![CDATA[Pauvreté]]></category> <category><![CDATA[privatisation]]></category> <category><![CDATA[productivité]]></category> <category><![CDATA[religion]]></category> <category><![CDATA[rôle de l’état]]></category> <category><![CDATA[taille de l’État]]></category> <category><![CDATA[taux de natalité]]></category> <category><![CDATA[théocratie]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.centpapiers.com/?p=13578</guid> <description><![CDATA[Ceci est le premier d'une série d'articles visant à déterminer et expliquer les causes de la pauvreté dans le monde.]]></description> <content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft size-medium wp-image-13582" title="bangladesh" src="/wp-content/uploads/2010/05/bangladesh-510x337.jpg" alt="bangladesh" width="510" height="337" />Bangladeshis qui récoltent du thé. Source: Godgrown.net</p><p><strong>Ceci est le premier d&#8217;une série d&#8217;articles visant à déterminer et expliquer les causes de la pauvreté dans le monde. Je vous invite à me soumettre vos suggestions de pays pour la suite de cette série.</strong></p><p><strong><span style="font-weight: normal;">Le Bangladesh se classe 155e sur 180 pays avec un PIB per capita de $1,334. Le taux d&#8217;illétrisme est de 46.5% et 81.3% de la population vit avec moins de $2 par jour. C&#8217;est sans contredit l&#8217;un des pays les plus pauvres de la terre.</span></strong></p><p>Pourtant, ce pays a un taux d&#8217;imposition des particuliers relativement faible et la taille de l&#8217;État en pourcentage du PIB est en bas de la moyenne. Serait-ce une preuve de l&#8217;échec des idées libertariennes visant à réduire la taille de l&#8217;État? Vraiment pas!</p><p><em><span style="text-decoration: underline;"><strong>Démocratie:</strong></span></em></p><div>Depuis son indépendance en 1971, il y a eu essentiellement deux partis politiques qui ont oeuvré au Bangladesh: la Ligue Awami (L.A.) et le Parti Nationaliste du Bangladesh (P.N.B.).</div><div>C&#8217;est la L.A. qui a mené le pays durant les années 1970s et 1980s. Ce parti supportait le nationalisme, l&#8217;interventionnisme étatique, le protectionnisme et le socialisme, mais il a grandement adouci ses positions suite à l&#8217;élection de 1996, devenant plus ouvert à la libéralisation de l&#8217;économie.</div><div>Le P.N.B., qui a mené le pays de 1991 à 1996, a été un peu plus orienté vers le libre-marché, la privatisation des entreprises d&#8217;État et le commerce international. Ils ont aussi démilitarisé la société et encouragé le sécularisme. Suite à leur élection de 1991, leur programme a été considéré comme un succès et le Bangladesh a connu une bonne croissance durant les années 1990s.</div><div><div id="TixyyLink"><p>En 1996, après avoir contesté la victoire du P.N.B., la L.A. a réussi à prendre le pouvoir dans une seconde élection grâce au support d&#8217;un parti marginal. Cette fois, le parti a adopté une attitude plus modérée, encourageant la libéralisation de l&#8217;économie, l&#8217;entrepreneuriat et abandonnant les idées socialistes, tout en supportant le sécularisme.</p><p>Cependant, peu importe le parti au pouvoir, la démocratie a été très déficiente au Bangladesh. La corruption a toujours gravement infesté l&#8217;État et les élections ont toujours été minées par des irrégularités et suivies de violentes manifestations. La démocracie est dans ce pays une compétition empoisonnée entre deux dynasties oligarchiques corporatistes voulant prendre le contrôle de l&#8217;entité corrompue qu&#8217;est l&#8217;État au Bangladesh dans le but de l&#8217;utiliser pour s&#8217;enrichir.</p><p>C&#8217;est avec raison que les Bangladeshis ont toujours éprouvé un profond dédain pour leur gouvernement.</p></div></div><p><strong><em><span style="text-decoration: underline;">Taille de l&#8217;État:</span></em></strong></p><p>Le Bangladesh se classe en bas de la moyenne au niveau du taux d&#8217;imposition des particuliers et de la taille des dépenses de l&#8217;État en pourcentage du PIB. Au fil des décennies, le capital productif a été extorqué et dilapidé par l&#8217;État, laissant le pays dans une situation de pauvreté tellement grave qu&#8217;il n&#8217;y a même plus assez de richesse à taxer. Le taux d&#8217;imposition des particuliers est tout de même de 25%, alors qu&#8217;il est de 45% pour les entreprises. Le parti socialiste (L.A.) a depuis longtemps tenté d&#8217;instaurer une forme d&#8217;État-Providence au Bangladesh, mais après avoir détruit les moteurs de création de richesse, le pays n&#8217;a pas les moyens de le faire.</p><p>Ceci étant dit, il serait faux de conclure que l&#8217;État est petit au Bangladesh. L&#8217;État y est très gourmand, que ce soit à l&#8217;aide des nombreuses entreprises d&#8217;État du pays, du système judiciaire politisé ou par les pot-de-vins, les serviteurs de l&#8217;État et leurs amis exproprient une bonne partie du peu de richesse créée par ce pays sous-développé.</p><p><strong><em><span style="text-decoration: underline;">Système financier:</span></em></strong></p><p>L&#8217;hyper-inflation a longtemps été un grave problème au Bangladesh en raison de la création de monnaie par la banque centrale du pays. La situation est empirée par les mesures de contrôles des prix imposées par le gouvernement, qui ne font qu&#8217;encourager le marché noir. La création de monnaie permet à l&#8217;État de s&#8217;approprier subtilement une encore plus grande partie du peu de richesse créée au pays.</p><p>Au niveau des banques commerciales, 30% des actifs sont détenus par les 9 banques de l&#8217;État, nationalisées au nom du socialisme. Il y a deux marchés boursiers, mais ils sont peu utilisés vu le manque de respect des droits de propriété (décourage l&#8217;investissement), les contrôles étatiques sur les transactions et le fait qu&#8217;une grosse partie de l&#8217;économie est nationalisée (donc peu de place pour l&#8217;entreprise privée). Pour ces raisons, il est très difficile pour le Bangladesh d&#8217;attirer les investissements étrangers qui pourraient l&#8217;aider à se développer et se sortir de la pauvreté.</p><p><strong><em><span style="text-decoration: underline;">Entreprises d&#8217;État:</span></em></strong></p><p>Les entreprises d&#8217;État ont une présence significative dans la plupart des secteurs productifs, incluant le système financier. Leurs décisions sont infestées par la politique, elles sont corrompues et elles ont un effet de &laquo;&nbsp;<em><a href="http://minarchiste.wordpress.com/2009/08/18/impact-des-deficits-sur-les-taux-dinteret-leffet-crowding-out-revisite/" target="_blank">crowding out</a></em>&nbsp;&raquo; sur l&#8217;investissement privé. Ces entreprises ont été nationalisées au nom du socialisme. La corruption et l&#8217;incapacité de l&#8217;État à les gérer correctement les ont transformées en véritables boulets pour l&#8217;économie du pays.</p><p><strong><em><span style="text-decoration: underline;">Droits de propriété:</span></em></strong></p><p>Le respect des droits de propriété est extrêmement déficient au Bangladesh; la<a href="http://www.heritage.org/index/Country/Bangladesh" target="_blank"> Heritage Foundation </a>leur accorde une note de 20% à cet égard. La corruption dans le système judiciaire et au sein des différentes branche du gouvernement est fortement répandue et fait partie des moeurs et les expropriations gouvernementales sont fréquentes. Cela crée une dynamique peu propice à l&#8217;investissement et à la création de richesse.</p><p><strong><em><span style="text-decoration: underline;">Agriculture:</span></em></strong></p><p>Le Bangladesh offre de bonnes possibilités de développement agricole. Il dispose de sols fertiles du fait des alluvions et d&#8217;importantes ressources encore inexploitées d&#8217;eaux de surface et d&#8217;eaux souterraines, pour l&#8217;irrigation. L&#8217;agriculture représente 30% du PIB et 60% de l&#8217;emploi du pays. Cependant, la production n&#8217;est pas à la hauteur de ce qu&#8217;elle devrait être; les paysans vivent dans des conditions précaires et la famine sévit dans l&#8217;ensemble du pays. Le pays doit importer des millions de tonnes de nourriture par année pour tenter de subvenir à ses besoins.</p><p>La propriété des terres agricoles est un des problèmes les plus criants du pays. Durant l&#8217;époque coloniale britannique, ce secteur était dominé par de riches propriétaires terriens. Après 1947, des lois ont été établies pour limiter la quantité de terre qu&#8217;une personne puisse détenir. Cependant, les propriétaires ont utilisé des subterfuges et des pot-de-vins pour conserver leurs terres. Près de 70% des fermiers ne sont pas propriétaires de la ferme qu&#8217;ils exploitent, ils la louent aux propriétaires. Cela ne les incite pas à y investir pour en maximiser la valeur ni à en prendre soin; déjà que ce pays ne soit pas propice à l&#8217;investissement étant donné le manque de protection des droits de propriété. De plus, les abus fréquents des propriétaires restent impunis puisque les cours villageoises sont dominées et corrompues par les propriétaires.</p><p>Conséquemment, les technologies utilisées par les agriculteurs sont primitives et peu productives. Cela est notamment dû au manque d&#8217;accès au crédit (vu le système bancaire déficient), les contrôles des prix par le gouvernement (qui réduisent les profits potentiels des agriculteurs et donc leur propension à investir), la règlementation contraignante et, surtout, le non-respect des droits de propriété, lequel décourage l&#8217;investissement. D&#8217;autre part, la loi islamique exige que lorsque quelqu&#8217;un décède, sa terre est subdivisée et répartie entre ses fils. Avec les taux de natalité très élevés qui ont sévit au Bangladesh, le résultat a été une fragmentation excessive des terres, ce qui n&#8217;aide pas à la productivité.</p><p><strong><em><span style="text-decoration: underline;">Secteur privé:</span></em></strong></p><p>Au Bangladesh, il faut 44 jours en moyenne pour démarrer une entreprise. Le taux d&#8217;imposition des entreprises est de 45%. D&#8217;autre part, la règlementation au niveau du marché du travail le rend peu flexible; il est extrêmement difficile de renvoyer un employé. Avec un secteur financier déficient et des droits de propriété nébuleux, le climat n&#8217;est pas propice à l&#8217;entreprenariat et à l&#8217;investissement. L&#8217;entreprise privée joue donc un rôle effacé dans l&#8217;économie, ce qui laisse peu d&#8217;opportunités d&#8217;emplois aux travailleurs, outre les <em>&laquo;&nbsp;sweat shops&nbsp;&raquo;</em> et l&#8217;agriculture.</p><p><strong><em><span style="text-decoration: underline;">Taux de natalité</span></em></strong></p><p>Le Bangladesh est le pays le plus densément peuplé du monde, la population ayant triplé entre 1960 et 2000. Dans les années 1980-85, la promotion du contrôle des naissances permit de ralentir le taux de croissance. Le taux de natalité est maintenant de 3,1 enfants par femme, alors qu&#8217;il était de 6,6 dans les années 1970. Pourquoi tant de naissances? Il ne faut pas oublier que le Bangladesh est une quasi-théocratie islamique&#8230;</p><p><strong><em><span style="text-decoration: underline;">Inégalités:</span></em></strong></p><p>Le coefficient Gini du Bangladesh est de 31, bien en bas de la moyenne, ce qui signifie plus d&#8217;égalité que beaucoup de pays. Cependant, cette situation est loin d&#8217;être enviable puisque le coefficient est déformé par l&#8217;extrême pauvreté de ce pays. Les deux sources d&#8217;inégalités les plus dommageables au niveau du pays sont la corruption, la structure de l&#8217;industrie agraire et le système d&#8217;éducation.</p><p><strong><em><span style="text-decoration: underline;">Corruption:</span></em></strong></p><p>La corruption est l&#8217;un des plus gros problèmes du Bangladesh, qui se classe 147e sur 179 pays selon le Corruption perception Index de Transparency International. Les pot-de-vins sont parfois la seule façon de faire avancer les choses paralysées par le gouvernement. L&#8217;État est très gros et est utilisé par les fonctionnaires, politiciens et amis du pouvoir pour extorquer la richesse, ce qui contribue à entretenir les inégalités et la haine envers le gouvernement. D&#8217;autre part, l&#8217;État néglige de protéger sa population; la répression, brutalité policière et la négation de la liberté d&#8217;expression sont  fréquentes.</p><p><strong><em><span style="text-decoration: underline;">Éducation:</span></em></strong></p><p>Le nationalisme et le fanatisme islamique ont fait beaucoup de tort à la qualité de l&#8217;éducation des Bangladeshis. C&#8217;est en leur nom que la L.A. a imposé le Bengali comme langue nationale et comme langue de l&#8217;éducation publique. Cela a engendré un grand nombre de gradués mal instruits puisque les connaissances nécessaires à leur éducation n&#8217;étaient pas disponibles en Bengali. Les écoles privées anglophones ont quant à elles attiré les enfants de riches, ce qui leur a donné accès à de bien meilleurs emplois. Cette situation a contribué à l&#8217;accroissement des inégalités au pays.</p><p><span style="font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;"><strong><em><span style="text-decoration: underline;">Conclusion:</span></em></strong></span></p><p><span style="font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;">Le Bangladesh est un cas typique de pays pauvre, victime d&#8217;un gouvernement corrompu qui a siphonné la richesse et détruit le capital productif de l&#8217;économie. L&#8217;État a été utilisé pour extorquer la propriété privée de la population et a, par le fait même, anihilé sa liberté économique. Il est primordial pour le futur de ce pays et de ses habitants que l&#8217;État se rétracte de la vie économique et laisse la liberté faire son chemin vers la création de richesse. Le pays a grandement besoin de plus d&#8217;entreprenariat privé, auquel l&#8217;État doit céder la place, et d&#8217;attirer davantage de capitaux étrangers pour financer ce développement.</span></p><p><span style="font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;">Voici la réforme que je propose:</span></p><ol><li><span style="font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;">Privatiser les entreprises d&#8217;État en les inscrivant à la bourse du pays.</span></li><li><span style="font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;">Libéraliser les marchés boursiers en éliminant les règles limitatives.</span></li><li><span style="font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;">Éliminer ou contraindre la banque centrale de façon à restreindre la création de monnaie et ainsi limiter l&#8217;inflation.</span></li><li><span style="font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;">Instaurer une loi anti-déficit gouvernemental.</span></li><li><span style="font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;">Simplifier et dépolitiser le processus de création d&#8217;entreprise.</span></li><li><span style="font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;">Réduire le taux d&#8217;imposition des entreprises.</span></li><li><span style="font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;">Abolir les mesures protectionnistes.</span></li><li><span style="font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;">Réduire les dépenses militaires.</span></li><li><span style="font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;">Dépolitiser et restructurer le système judiciaire dans l&#8217;optique de faire respecter les droits de propriété.</span></li><li><span style="font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;">Dépolitiser et restructurer le système d&#8217;éducation de façon à ce que tous les Bangladeshis aient libre accès à la meilleure éducation possible, peu importe la langue.</span></li><li><span style="font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;">Établir un système de propriété adéquat pour les terres agricoles (basé sur le principe du &laquo;&nbsp;homestead&nbsp;&raquo;) et libéraliser l&#8217;agriculture.</span></li><li><span style="font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;">Réformer le système électoral de façon à le rendre moins dépendant du financement électoral et des lobbys.</span></li><li><span style="font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;">Définitivement séparer le gouvernement et la religion.</span></li></ol> ]]></content:encoded> <wfw:commentRss>http://www.centpapiers.com/diagnostic-pauvrete-1-le-bangladesh/13578/feed</wfw:commentRss> <slash:comments>0</slash:comments> </item> <item><title>ZOLA RESSUSCITE : LE DOCTEUR SADECK ACCUSE !!</title><link>http://www.centpapiers.com/zola-ressuscite-le-docteur-sadeck-accuse/13437</link> <comments>http://www.centpapiers.com/zola-ressuscite-le-docteur-sadeck-accuse/13437#comments</comments> <pubDate>Wed, 12 May 2010 04:15:14 +0000</pubDate> <dc:creator>LE PANDA</dc:creator> <category><![CDATA[Articles]]></category> <category><![CDATA[Politique]]></category> <category><![CDATA[Société]]></category> <category><![CDATA[europe]]></category> <category><![CDATA[france]]></category> <category><![CDATA[international]]></category> <category><![CDATA[Nicolas Sarkozy]]></category> <category><![CDATA[Pauvreté]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.centpapiers.com/?p=13437</guid> <description><![CDATA[Lettre ouverte à Monsieur Nicolas SARKOZY Président de la République Française du Docteur Christian SADEK Médecin généraliste Les Prades 46250 CAZALS Cazals, Monsieur le Président de la République, Avec tout le respect que je vous dois dû à votre fonction, je me permets de vous adresser ce petit présent : un croc de boucher. Ce [...]]]></description> <content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft size-full wp-image-13556" title="ordonnance" src="/wp-content/uploads/2010/05/ordonnance1.jpg" alt="ordonnance" width="237" height="150" /></p><p>Lettre ouverte à Monsieur Nicolas SARKOZY<br /> Président de la République Française</p><p>du Docteur Christian SADEK<br /> Médecin généraliste<br /> Les Prades<br /> 46250 CAZALS</p><p>Cazals,</p><p>Monsieur le Président de la République,</p><p>Avec tout le respect que je vous dois dû à votre fonction, je me permets de vous adresser ce petit présent : un croc de boucher. Ce n’est pas pour y suspendre Monsieur Dominique de VILLEPIN et n’a rien à voir avec les balles de 9mm qui vous ont été adressées anonymement.</p><p>Moi, je vous dis qui je suis, et pourquoi je vous adresse cet objet.</p><p>En temps que médecin de campagne, je suis tous les jours au contact de la France « d’en- bas », des agriculteurs, des artisans, des professions libérales, des commerçants, des employés salariés qui doivent travailler toujours plus pour en fait gagner de moins en moins.</p><p>Je côtoie aussi des personnes au R.S.A. qui travaillent au noir, arrivent à toucher de nombreuses allocations diverses et variées et qui en fait ne payent pas d’impôts et s’en sortent beaucoup mieux que ceux qui sont au SMIC, et qui travaillent 7 H /jour, et bien mieux que de nos agriculteurs qui eux travaillent plus de 60 H/ semaine et 365 jours par an et qui parfois sont obligés de fréquenter les Restos du Coeur pour nourrir leurs enfants.</p><p>Et que dire de nos retraités qui ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts.</p><div><img class="alignleft size-full wp-image-13505" title="SDF-avant-consultation" src="/wp-content/uploads/2010/05/SDF-avant-consultation.jpg" alt="SDF-avant-consultation" width="300" height="200" /></div><p>Tous les jours, je mesure la température de la population de notre canton et, je ne sais si c’est une conséquence du prétendu réchauffement climatique, mais la température monte, monte lentement mais sûrement et un jour cela va éclater.</p><p>Je pense que c’est comme le « big one » sur la faille de San Andréa : on sait que cela va arriver mais on ne connaît pas la date. C’est ce que je perçois sur le canton de Cazals et aussi ce que je pressens dans les autres cantons de France.</p><p>Il serait dommage que notre Pays qui est au bord de la faillite, faillite en grande partie liée à l’incompétence et à la corruption de nos énarques, soit victime d’une troisième révolution qui achèverait de le ruiner.</p><p>Comme en 1789, la Révolution pourrait éclater pour une parole de trop : en 1789 ce serait Marie-Antoinette qui l’aurait prononcée « Ils n’ont plus de pain alors qu’ils mangent de la brioche ». L’ENA n’existait pas mais déjà nous avions une énarque qui ignorait comment se faisait le pain et la brioche : aucune réalité de la condition de vie des gens sur le terrain.</p><p>C’est peut être pour éviter cela que nos énarques et hommes politiques font<br /> de longs discours qui nous endorment et ne veulent plus rien dire : au moins cela évite de mettre le feux aux poudres et ils se sont fait plaisir en alignant des mots mais aucune idée.</p><p>Nous sommes en présence d’un Etat qui devient de plus en plus inquisiteur<br /> envers ses citoyens, de plus en plus répresseur envers les honnêtes gens, de plus en plus laxiste pour les voyous : auriez-vous peur des voyous Monsieur le Président?</p><p><a href="http://www.panda-france.net/wp-content/uploads/2010/05/guerreIrak-nous-avons-evite-merci-Chirac.jpg"><img title="guerreIrak nous avons evite merci Chirac" src="http://www.panda-france.net/wp-content/uploads/2010/05/guerreIrak-nous-avons-evite-merci-Chirac.jpg" alt="" width="180" height="132" /></a></p><p><a href="http://www.panda-france.net/wp-content/uploads/2010/05/guerreIrak-nous-avons-evite-merci-Chirac.jpg"></a>Pourtant ce sont les honnêtes gens qui feront la prochaine révolution parce qu’ils en ont assez que 1789 ne serve à rien et qu’ils ne soient bons qu’à payer des impôts. Je pense, en tant que médecin, que la révolution c’est comme le vaccin : de temps en temps il faut des rappels. Il y a trop longtemps maintenant que le dernier rappel a été administré. Après le dépistage des délinquants à l’âge de 3 ans, la taxe carbone qui épargne les plus pollueurs (vos petits copains), les radars « pompes » à fric, qu’allez vous nous pondre : le rétablissement des lettres de cachet ? Pourvu que je n’en sois pas la première victime !</p><p>Vous êtes en train de nous faire une France à l’Américaine. Mais pas celle d’Obama ! Celle de Bush, marionnette de la C.I.A., des lobbies de l’industrie et de l’armement. Votre idole était G.W. Bush : cela « crevait les yeux. L’Europe géographique avait un pays à la botte des américains (l’Angleterre), maintenant elle en a deux. Lors de l’invasion en Irak, par les américains, je devrais dire par la C.I.A. et les industriels de l’armement et accessoirement G.W. Bush, Jacques CHIRAC a eu probablement la meilleure initiative de ses mandats : ne pas y aller. Sil n’en avait pas été ainsi, je pense que notre pays, qui compte 1/6 de musulmans explosait de l’intérieur.</p><p><a href="http://www.panda-france.net/wp-content/uploads/2010/05/croc-en-promo.jpg"><img title="croc en promo" src="http://www.panda-france.net/wp-content/uploads/2010/05/croc-en-promo.jpg" alt="" width="200" height="140" /></a>En médecine il y a un dicton qui dit « primum no nocere » – d’abord ne pas nuire – et il a su l’appliquer. Vous êtes, lentement mais sûrement, en train de transformer le pays en dictature car vous avez l’esprit d’un petit dictateur ; il existe une grande similitude entre vous et Napoléon III dit Le Petit (dixit Victor Hugo). Mis à part quelques ministres, vous vous êtes entouré (mais cela est peut être voulu) d’incompétents notoires qui n’ont aucune réalité du terrain, comme par exemple Madame R. Bachelot qui nous a montré ses talents dans la gestion de la « grosse » épidémie de grippe A.</p><p>Heureusement que le virus H1 N1, quant à sa virulence, n’avait rien à voir avec le H5 N1, auquel cas elle aurait participé à décimer le pays : elle aurait peut être résolu le problème de chômage en créant un maximum d’emplois…dans les funérariums. Il y a un proverbe qui dit « au royaume des aveugles, les borgnes sont rois » : je crains que vous l’ayez fait vôtre.</p><p>Mais au fait, cette épidémie de grippe, n’était-ce pas une diversion, pour faire parler d’autre chose que de la crise ce qui aurait risqué d’échauffer les esprits ?</p><p>En vous adressant ce présent, je ne fais pas de menaces, je m’inspire un peu de vous – après tout c’est vous qui en avez parlé le premier, du croc de boucher – Je fais seulement de la prévention. Il serait en effet regrettable que votre absence de bon sens, votre éloignement de plus en plus grand de la France « d’en bas », comme avait dit Jean Pierre Raffarin, vous conduise à vous y trouver suspendu par le peuple, ou pire encore, que la Guillotine, reléguée au musée par Robert Badinter, reprenne du service et fonctionne au rythme qu’elle a connu sous la Terreur.</p><p>Je vous rappelle que vous êtes le Président de tous les Français même si tous n’ont pas voté pour vous et que vous avez été choisi pour vous occuper de notre Pays, pas pour l’anéantir. Je suis un libéral, mais je suis pour le libéralisme choisi et non subi et imposé. Vous êtes en train de créer un système de santé à l’américaine, c’est-à-dire à deux voire trois vitesses, alors que Monsieur Obama lui veut faire machine arrière et rendre l’accès aux soins à tous les Américains qui en étaient exclus.</p><p>Vous êtes en train d’anéantir l’enseignement qui est le type même d’investissement à long terme où l’on dépense aujourd’hui de l’argent (nos impôts) qui sert à former les cerveaux qui feront l’élite intellectuelle de demain. Les pays nordiques comme la Finlande l’ont bien compris. Avec la suppression du juge d’instruction, vous êtes en train de créer une justice aux ordres du pouvoir : la France va devenir une République Bananière si elle ne l’est pas déjà.</p><p>A l’allure où vous allez, la France sera le premier pays sous développé d’Europe : plus d’université, plus d’hôpitaux, plus d’industries, plus de services publics, plus d’agriculture.,.<br /> une réserve de gaulois pour touristes étrangers tout au plus.</p><p>Attention ! Les Gaulois à l’image d’Astérix et Obélix pourraient bien entrer en Résistance …</p><p>Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy</p><p>Dans 15 jours j’adresse cette lettre à N. Sarkozy accompagnée de son<br /> « cadeau » le crochet de boucher.</p><p>Diffusez la à un maximum de vos contacts, qu’elle fasse le tour du pays. Si un maximum de gens sont informés je ne risque rien.</p><p>Je compte sur vous et ………… Vive la liberté d’expression !!!!!</p><p>Vous doutez de la réalité de cet aticle voici son adresse e-mail:</p><p><a href="mailto:ch.sadek@wanadoo.fr">ch.sadek@wanadoo.fr</a></p><p>Docteur Christian SADEK<br /> Médecin généraliste<br /> Les Prades<br /> 46250 CAZALS</p> ]]></content:encoded> <wfw:commentRss>http://www.centpapiers.com/zola-ressuscite-le-docteur-sadeck-accuse/13437/feed</wfw:commentRss> <slash:comments>0</slash:comments> </item> <item><title>Vive le capital !</title><link>http://www.centpapiers.com/vive-le-capital/13453</link> <comments>http://www.centpapiers.com/vive-le-capital/13453#comments</comments> <pubDate>Tue, 11 May 2010 04:30:25 +0000</pubDate> <dc:creator>Minarchiste</dc:creator> <category><![CDATA[argent]]></category> <category><![CDATA[capitalisme]]></category> <category><![CDATA[Économie]]></category> <category><![CDATA[ABCT]]></category> <category><![CDATA[banque centrale]]></category> <category><![CDATA[capital]]></category> <category><![CDATA[cast away]]></category> <category><![CDATA[concurrence]]></category> <category><![CDATA[consommation]]></category> <category><![CDATA[création de monnaie]]></category> <category><![CDATA[création de richesse]]></category> <category><![CDATA[distribution de richesse]]></category> <category><![CDATA[entrepreneurs]]></category> <category><![CDATA[épargne]]></category> <category><![CDATA[héritiers blasés]]></category> <category><![CDATA[impôts]]></category> <category><![CDATA[interventionnisme]]></category> <category><![CDATA[investissement]]></category> <category><![CDATA[justice sociale]]></category> <category><![CDATA[marchés des capitaux]]></category> <category><![CDATA[Pauvreté]]></category> <category><![CDATA[pilleurs]]></category> <category><![CDATA[préférences temporelles]]></category> <category><![CDATA[productivité]]></category> <category><![CDATA[profit]]></category> <category><![CDATA[protectionnisme]]></category> <category><![CDATA[socialistes]]></category> <category><![CDATA[utilité marginale]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.centpapiers.com/?p=13453</guid> <description><![CDATA[Dans le mot « capitalisme », il y a le mot « capital ». Il est important de comprendre ce que signifie ce mot pour bien comprendre le mécanisme par lequel le capitalisme crée tant de richesse. L’ïle déserte : L’exemple de l’île déserte est souvent utilisé par les économistes de l’école autrichienne pour simplifier leurs démonstrations. Dans le fim [...]]]></description> <content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft size-full wp-image-13469" title="cast_away" src="/wp-content/uploads/2010/05/cast_away1.jpg" alt="cast_away" width="470" height="375" /></p><p>Dans le mot « capitalisme », il y a le mot « capital ». Il est important de comprendre ce que signifie ce mot pour bien comprendre le mécanisme par lequel le capitalisme crée tant de richesse.</p><p><em><span style="text-decoration: underline;">L’ïle déserte :</span></em></p><p>L’exemple de l’île déserte est souvent utilisé par les économistes de l’école autrichienne pour simplifier leurs démonstrations.</p><p>Dans le fim <em>Cast Away</em>, lorsque Chuck Nolan arriva sur son île, il n’avait aucun capital. Il a dû trouver de la nourriture du mieux qu’il pouvait, amasser du bois pour faire un feu, etc, ce qui était long et pénible. On suppose qu’à un certain moment, il a amassé suffisamment de nourriture et de bois en réserve (épargne) pour bénéficier de quelques heures de temps libre. Il aura alors pu utiliser ce temps libre pour fabriquer des outils (un filet de pêche, un système allume-feu, une hache et une lance par exemple) et se construire un abri.</p><p>Ce temps libre « investi » dans la fabrication d’outil est en quelque sorte de l’épargne. Cette épargne lui aura permis de se créer du capital sous la forme d’outils. Cet investissement rapporte puisque ces outils lui permettront d’augmenter sa productivité ce qui lui permet d’augmenter son niveau de vie (plus de nourriture, temps libre, etc). Il pourra réinvestir de plus en plus dans son capital pour éventuellement devenir suffisamment « riche » pour se construire un radeau qui lui permettra de quitter l’Île.</p><p>Donc, Chuck s’enrichit à partir du moment où il épargne pour se bâtir un capital productif. Le même principe s’applique à l’économie industrielle moderne.</p><p><em><span style="text-decoration: underline;">La nouvelle machine du cordonnier :</span></em></p><p>Ainsi, dans le système capitaliste, les gens ont deux choix à l’égard de leurs revenus : consommer ou épargner. La proportion qui sera consommée versus épargnée variera en fonction des préférences temporelles de chacun (voir l’<a href="http://minarchiste.wordpress.com/2010/03/19/les-critiques-de-la-theorie-autrichienne-des-cycles-economiques/" target="_blank">ABCT</a>).</p><p>Le but de l’épargne n’est pas de simplement mettre de l’argent de côté (dans un coffre ou sous son matelas). L’épargnant cherchera à obtenir un rendement sur son épargne. Pour ce faire, cet argent sera investi et deviendra alors le capital d’entrepreneur. Ce capital sera utilisé pour améliorer la capacité productive de son entreprise. Cette amélioration de la productivité créera de la richesse et améliorera le niveau de vie des gens.</p><p>Par exemple, un cordonnier emprunte pour investir dans une nouvelle machine lui permettant de réduire ses coûts de 25%. Il en profitera pour réduire ses prix de façon à gagner des parts de marché de ses concurrents et ce seront l’ensemble des consommateurs de cordonnerie qui en bénéficieront. Ceux-ci pourront utiliser ces économies comme bon leur semble, ce qui résultera en une augmentation de l’activité économique.</p><p><em><span style="text-decoration: underline;">Le profit :</span></em></p><p>Mais comment s’assurer que le capital soit bien investit et qu’il ne soit pas gaspillé? Ce rôle est joué par le <a href="http://minarchiste.wordpress.com/2010/05/03/limportance-du-profit/" target="_blank">profit</a>; la récompense qui indique si le capital est bien utilisé. L’absence de profit montre que l’entrepreneur ne répond pas aux exigences de ses consommateurs et que, par conséquent, il utilise mal son capital. Le capital lui sera alors retiré et sera réalloué à d’autres entrepreneurs plus efficaces. De cette façon, les marchés des capitaux font en sorte que les épargnes soient correctement alloués pour maximiser la création de richesse. Pour plus de détails sur ce mécanisme, voir mon <a href="http://minarchiste.wordpress.com/2009/09/25/le-role-economique-du-marche-des-capitaux/" target="_blank">billet </a>sur le sujet.</p><p><em><span style="text-decoration: underline;">La richesse :</span></em></p><p>Donc, le capital permet de créer de la richesse. Pour être plus riches, il faut être plus productif et pour cela il faut du capital. Le capital permet de développer de nouvelles technologies qui augmentent notre productivité. Ces innovations nous rendent collectivement plus riches en rendant plus de biens disponibles à plus bas prix. Cela nous permet d’améliorer notre niveau de vie (soit en consommant plus, soit en travaillant moins).</p><p>On peut donc dire que la création de richesse dépend de la qualité de notre capital productif; et qu&#8217;elle ne profite pas seulement aux propriétaires du capital, mais à tous ceux qui échangent avec eux.</p><p>Évidemment, tout ce beau système ne vaut rien lorsqu’il est manipulé par l’interventionnisme étatique qui brime les libertés économiques. En manipulant la monnaie, les banques centrales peuvent faire complètement dérailler le mécanisme. En créant de la monnaie, elles font baisser les taux d’intérêt, ce qui décourage l’épargne et, par le fait même, les investissements viables dans du capital productif créateur de richesse.</p><p>D&#8217;autre part, en protégeant et/ou favorisant certaines industries ou entreprises, le gouvernement réduit (voire élimine) l&#8217;effet de la concurrence, ce qui permet à ces privilégiés de s&#8217;enrichir sur notre dos. Cette tricherie permet à certains de s&#8217;appropier du capital indument et contribue aussi à engendrer la pauvreté et des inégalités sociales.</p><p><em><span style="text-decoration: underline;">La redistribution de richesse :</span></em></p><p>Cependant, certains jettent un regard envieux sur le capital des entrepreneurs (et des épargnants) et sur la richesse qu’il crée. Certains voudraient utiliser cette richesse au nom de la « justice sociale » (les socialistes) alors que d’autres voudraient se l’approprier pour leurs propres intérêts (les pilleurs).</p><p>Les socialistes utilisent les taxes et impôts pour arriver à leurs fins. L’argument principal des socialistes repose sur le concept de l’utilité marginale décroissante de la richesse. Cela implique qu’un dollar supplémentaire est moins « utile » pour un riche que pour un clochard. Cependant, les socialistes ne réalisent pas que la valeur de ce dollar n’est pas la même dans les poches du riche que dans les poches du clochard. Le clochard va fort probablement dépenser ce dollar très rapidement sous forme de consommation alors que le riche va probablement l’épargner et le convertir en capital productif. Les riches ne mettent pas leur argent sous leur matelas, ils l’investissent. Ce dollar devient donc du capital productif créateur de richesse.</p><p>Donc, ce n’est pas qu’un dollar que les socialistes prennent au riche pour le donner au pauvre, c’est aussi toute la richesse que ce capital aurait pu créer. D’ailleurs, lorsque subtilisé par l’État, ce dollar passera entre beaucoup de mains avant d’arriver à ceux qui en dépendent (et il en restera bien peu). L’État ne subit pas les contraintes de l’entrepreneur (concurrence / profit) et la taille de sa bureaucratie n’a pas de limite. Aucun mécanisme ne fait en sorte d’assurer son efficacité.</p><p>Les pilleurs quant à eux (que je nomme souvent « corporatistes ») utilisent les subventions, le protectionnisme, la réglementation, la banque centrale et la corruption pour extorquer le capital. Dans certains cas, l’extorsion est si profonde qu’il ne reste presque plus de capital, laissant la population dans une situation de pauvreté extrême (comme au Bangladesh ou en Haïti par exemple). Pour ce faire, ils doivent enfreindre les droits de propriété des gens et nier leur liberté économique, ce qui nuit grandement au climat économique et décourage l’investissement (et la création de richesse qui l’accompagne).</p><p>Qu’elle soit effectuée par les socialistes ou par les pilleurs, la redistribution de richesse par la force coercitive de l’État a un effet indésirable et inévitable : la destruction du capital productif de l’économie. Cette destruction entraîne une réduction du niveau de vie de la population qui dépasse largement la ponction faîte par l’État. Ainsi, plus le capital est dilapidé, moins il y a de richesse et plus il y a de pauvres dépendants de l’État; s’enclenche alors le cercle vicieux de l’État-providence.</p><p><em><span style="text-decoration: underline;">Conclusion :</span></em></p><p>C’est le capital qui permet au travailleur de créer de la richesse. Notez qu’ici je parle évidemment de richesse « économique ». La définition de richesse est subjective : certains se considèrent riches parce qu’ils ont beaucoup de temps libre, de beaux enfants ou un talent artistique quelconque. Ce qui m’intéresse ici, c’est ce qui permet de mettre du pain sur la table et un toit au-dessus de sa tête…</p><p>En étudiant la structure économique de plusieurs pays du tiers-monde, j’ai réalisé que la cause de leur pauvreté est reliée à leur incapacité à se bâtir un capital productif. L’État corrompu exproprie toute la richesse, tue l’entreprenariat et annihile la liberté économique, faisant disparaître le capital en fumée. C’est ce que nous verrons dans une série d’articles que je publierai bientôt.</p><p>Je vous laisse sur une citation empruntée à <a href="http://les7duquebec.wordpress.com/2010/04/15/les-heritiers-blases/" target="_blank">Philippe David</a> :</p><p><em>Nous sommes devenus des héritiers blasés le jour ou nous avons décidé que la gratification immédiate de la consommation est plus importante que la richesse future générée par l’accumulation de capital. Et c’est pour ça que notre niveau de vie ne cesse de se dégrader depuis plusieurs décennies. Nous gaspillons notre richesse en consommation immédiate.</em></p><div><dl id="attachment_1607" style="width: 460px;"><strong>Minarchiste</strong></dl></div> ]]></content:encoded> <wfw:commentRss>http://www.centpapiers.com/vive-le-capital/13453/feed</wfw:commentRss> <slash:comments>0</slash:comments> </item> <item><title>J&#8217;aurais aimé être francophone&#8230;</title><link>http://www.centpapiers.com/jaurais-aime-etre-francophone/13055</link> <comments>http://www.centpapiers.com/jaurais-aime-etre-francophone/13055#comments</comments> <pubDate>Sun, 09 May 2010 05:26:46 +0000</pubDate> <dc:creator>Gaëtan Pelletier</dc:creator> <category><![CDATA[Non classé]]></category> <category><![CDATA[canada]]></category> <category><![CDATA[Jean Charest]]></category> <category><![CDATA[Pauvreté]]></category> <category><![CDATA[québec]]></category> <category><![CDATA[Société]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.centpapiers.com/?p=13055</guid> <description><![CDATA[34,7% des personnes interrogées pensent que les anglophones gagnent chaque année plus d’argent que les francophones, selon un sondage réalisé entre les 19 et 26 mars sur tout le territoire du Québec auprès d’un échantillon de 1 000 personnes. Seuls 2,9% pensent que les francophones gagnent plus d’argent que les anglophones. Cette conviction est pourtant [...]]]></description> <content:encoded><![CDATA[<div><p><img src="http://blog.thomascook.fr/wp-content/uploads/2010/03/lecon-anglais-650x461.jpg" alt="" width="650" height="461" /></p><p><span style="color: #800000;"><em>34,7% des personnes  interrogées pensent que les anglophones gagnent chaque année plus  d’argent que les francophones, selon un sondage réalisé entre les 19 et  26 mars sur tout le territoire du Québec auprès d’un échantillon de 1  000 personnes. Seuls 2,9% pensent que les francophones gagnent plus  d’argent que les anglophones.</em></span></p><p><span style="color: #800000;"><em>Cette conviction est  pourtant à l’opposé de la réalité telle qu’elle ressort du recensement  effectué en 2006 par l’administration canadienne. Avec un revenu annuel  moyen de 26 388 dollars canadiens, les francophones gagnent plus  d’argent que les anglophones (24 617 dollars canadiens, presque autant  de dollars américains).</em></span></p><p><span style="color: #800000;"><em>Même dans le quartier huppé  anglophone de Westmount à Montréal, le revenu des francophones dépasse  celui des adeptes de la langue de Shakespeare : 42 696 $ contre 34 635  $. <a href="http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/quebec/201005/03/01-4276751-les-francophones-gagnent-plus-dargent-sans-le-savoir.php">Cyberpresse</a></em></span></p><p><em> </em></p><p>J’ai une bonne nouvelle pour les anglophones… Je gagne moins cher  qu’eux. Ce qui est une mauvaise nouvelle pour les francophones…</p><p>Si les francophones du quartier huppé gagnent plus cher, c’est qu’ils  ont acheté les maisons des anglophones qui se sont sauvés en Ontario ou  ailleurs.</p><p>On devrait faire une marche pour les anglophones… Pauvres eux!</p><p>Where? In Montreal.</p><p>Who? Us.</p><p>Why? I wonder…</p><p>What? Ouate de phoque…</p><p><strong>Bon! </strong></p><p>Et pour Jean Charest, on ne sait pas trop… Il a été baptisé en  anglais avec de l’eau elle-même baptisée en anglais. Et on ne sait pas  trop en quel langage il sacre… S’il sacre.</p><p>Les étatsuniens ont l’habitude de jurer avec un vocabulaire de Q.</p><p>Trop vertueux pour le religieux, mais pas assez pour le sexe… Même  certains présidents… Et plusieurs certains! On en est presque sûr.</p><p>Reste ce bon Bush.</p><p>Un saint.</p><p>Il égrène des Talibans sur son chapelet et à Guantanamo.</p><p>On devrait faire le même sondage aux Etats-Unis avec les blancs et  les noirs.</p><p>Why?</p><p>Because on s’est fait dire lontemps Speak White…</p><p>Ce qui fait que les nègres devraient maintenant gagner un peu plus  que leurs « maîtres ».</p><p>Gaetan Pelletier</p></div> ]]></content:encoded> <wfw:commentRss>http://www.centpapiers.com/jaurais-aime-etre-francophone/13055/feed</wfw:commentRss> <slash:comments>1</slash:comments> </item> <item><title>Les parlements  Jell-O</title><link>http://www.centpapiers.com/les-parlements-jell-o/12024</link> <comments>http://www.centpapiers.com/les-parlements-jell-o/12024#comments</comments> <pubDate>Wed, 17 Mar 2010 05:10:25 +0000</pubDate> <dc:creator>Gaëtan Pelletier</dc:creator> <category><![CDATA[Actualité]]></category> <category><![CDATA[Politique]]></category> <category><![CDATA[Société]]></category> <category><![CDATA[Économie]]></category> <category><![CDATA[Jean Charest]]></category> <category><![CDATA[Pauvreté]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.centpapiers.com/?p=12024</guid> <description><![CDATA[Parlement d’Ottawa et de Québec Les Canadiens raffolent des délicieux produits Jell-O depuis plus de 90 ans. Les poudings instantanés, les poudres pour gelée et les coupes prêtes à servir Jell-O constituent en tout temps un dessert ou un goûter exquis offerts en plusieurs saveurs et variétés. Jell-O est à l’image de son temps. En [...]]]></description> <content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.pinestreetartworks.com/images/the_house_that_jello_web.jpg"><img class="alignnone" src="http://www.pinestreetartworks.com/images/the_house_that_jello_web.jpg" alt="" width="400" height="294" /></a></p><p>Parlement d’Ottawa et de Québec</p><p><em>Les Canadiens raffolent des délicieux produits <strong>Jell-O</strong> depuis plus de 90 ans. Les poudings instantanés, les poudres pour gelée  et les coupes prêtes à servir <strong>Jell-O</strong> constituent en  tout temps un dessert ou un goûter exquis offerts en plusieurs saveurs  et variétés.</em></p><p><strong><em>Jell-O</em></strong><em> est à l’image de son temps. En  effet, les membres de votre famille peuvent encore se régaler des  délicieux desserts de leur enfance, mais ils ont également à leur  disposition une gamme élargie de produits qui inclut des choix de  desserts plus sains. Dans les prochaines pages, vous découvrirez comment <strong>Jell-O</strong> a évolué avec le temps.</em></p><p><strong>La gélatine cravatée </strong></p><p>En visionnant le film <em>The Young Victoria</em>, on y apprend,  entre autres, que les parlementaires sont des gamins blancs de la tête (  ou teint du chevelu) mais souffrant d’un juvenillisme prolongé. Et que  rien n’a changé…</p><p>Et quand ils cherchent à se défendre, on fait appel à papa-avocat.  Celui qui prolonge tout en accrochant les sociétés avec son souci de  virgules et son crochet de pirate planté dans son nombril.</p><p>L’avocat est la gélatine des États. Et pour bien « prendre », ils se  mettent à plusieurs.</p><p>Ces autolâtres, dans un accident d’auto, ont la même fonction que le  coussin gonflable : plus on lui donne de l’argent, plus il est efficace.  Plus il est gonflé, plus il y a d’air, plus il nous fabrique du  « moins ».</p><p>Efficace en quoi?</p><p>Il sauve des têtes…</p><p><strong><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Seven_%28film%29">Se7ven</a> years in Québec </strong></p><p>Comme le film : luxure, colère, paresse, envie, orgueil, avarice,  gourmandise.</p><p>C’est le règne de des politico-bavards, le plus souvent avocats, qui  se sauvent après les grandes causes : la leur.</p><p>Sep ans et tous les péchés. Mais faut-il condamner Sir John James  Charest?</p><p>Fonction publique : augmentation de 16 %.</p><p>6,000,000,000$ « d’aide aux industries ». Sans trop savoir où vont  les programmes, que sont les programmes, à part la culture en serres de  l’asphalte.</p><p>Tout le monde dort sur un matelas clouté…</p><p><strong>La confrérie des faux-frères</strong></p><p>Normalement, dans une démocratie, les élus sont au service du peuple  puisqu’ils gèrent ses biens, son patrimoine, etc.</p><p>Tous politiciens confondus, combien d’entre eux deviennent des  ennemis de l’État une fois élus?</p><p>Morale et éthique prennent le trou du nombril pendant que la  population sue corps et âmes pour essayer de tenir à bout de bras un  pays.</p><p>Du côté du château Jell-0, on gratine ses zamis. C’est le lot des  sociétés dites développées.</p><p>On peut bien se passer de religion, se sculpter une laïcité  accommodante, mais nul État ne peut se passer d’une certaine morale ou  éthique.</p><p>En ce sens, les politiciens sont devenus des ennemis de l’État. Et  leur défense est que le citoyen est un ennemi pour l’État : il fume, il  mange trop, il ne dépense pas assez, il est vieillissant, etc. La morale  des avocats en soutane. Le citoyen est responsable (sic) des déboires  de son pays…</p><p>Peu importe pour qui on vote… Retournons 15 ans en arrière, 20 ans.</p><p>Qui donc a vidé le Québec de ses forêts?</p><p>Qui donc a permis que le sol québécois – les terres arables- puisse   être « vendable » à n’importe qui? Les chinois sont ici pour acheter  des terres et des porcheries. Qu’ils achètent le parlement…</p><p>Globalisation. Néolibéralisme.</p><p>Nommez si vous voulez. Le mot, le vrai,  est corruption. QC comme  dans Québec Corruption Inc.</p><p>Trop de Rambo et pas assez de Robin des Bois.</p><p>FTQ ou CSN, avons-nous affaire à une industrie de démolition?</p><p>Tous nos avoirs collectifs nous glissent sous le pied comme un tapis  tiré par une bande de psychopathes à « névralgie contrôlée ».</p><p>Démocratie?</p><p>P.S. : Je suggère une marche sur le parlement de Québec l’automne  prochain. Une marche de citoyens. 200,000 à ne rien faire sur alentour  de ce nid de pierres. Les oiseaux sont trop bien plumés pour ce que nous  avons à offrir. Je dis 200,000. Comme toujours, il en manquera 50%.  100,000 autour d’un feu de « quand? », c’est assez pour faire frissonner  un peu ces gens « à notre service ». Une fois le processus enclenché,  qui sait si on n’y prendra pas goût. Faut-il attendre qu’ils bougent  vraiment?</p><p>Non.</p><p>Si on ne fait rien, ils ne feront rien.</p><p>Et pour une bonne représentation du Québec, habillez-vous de tout ce  que vous avez de plus pauvre. Du linge à ramoner… La cheminée en a  « bien de besoin » comme dirait Kevin Parent.</p> ]]></content:encoded> <wfw:commentRss>http://www.centpapiers.com/les-parlements-jell-o/12024/feed</wfw:commentRss> <slash:comments>0</slash:comments> </item> <item><title>Les désossés</title><link>http://www.centpapiers.com/les-desosses/11138</link> <comments>http://www.centpapiers.com/les-desosses/11138#comments</comments> <pubDate>Thu, 07 Jan 2010 06:10:41 +0000</pubDate> <dc:creator>Les 7 du Québec</dc:creator> <category><![CDATA[Chroniques]]></category> <category><![CDATA[En vedette]]></category> <category><![CDATA[Environnement]]></category> <category><![CDATA[Société]]></category> <category><![CDATA[Agriculture]]></category> <category><![CDATA[capitalisme]]></category> <category><![CDATA[citoyen]]></category> <category><![CDATA[État]]></category> <category><![CDATA[Pauvreté]]></category><guid isPermaLink="false">http://les7duquebec.wordpress.com/?p=4255</guid> <description><![CDATA[Gaëtan Pelletier
Derrière tous ces problèmes de santé publique, on retrouve les choix productivistes d’une poignée d’entreprises qui contrôlent l’approvisionnement de centaines de millions de personnes. Ces entreprises déploient des trésors d’imagination et de marketing pour maintenir en vie le mythe selon lequel ce que l’on mange vient directement de la ferme.
Une ferme avec une gentille [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=les7duquebec.wordpress.com&#38;blog=4489966&#38;post=4255&#38;subd=les7duquebec&#38;ref=&#38;feed=1" />]]></description> <content:encoded><![CDATA[<div class="snap_preview"><p><strong><img class="alignnone size-full wp-image-11150" title="square-tomato" src="/wp-content/uploads/2010/01/square-tomato.jpg" alt="square-tomato" width="400" height="319" /></strong></p><p><strong>Gaëtan Pelletier</strong></p><p><em>Derrière tous ces problèmes de santé publique, on retrouve les choix productivistes d’une poignée d’entreprises qui contrôlent l’approvisionnement de centaines de millions de personnes. Ces entreprises déploient des trésors d’imagination et de marketing pour maintenir en vie le mythe selon lequel ce que l’on mange vient directement de la ferme.<br /> </em></p><p><em>Une ferme avec une gentille vache cornue (appelons-la Marguerite), de l’herbe grasse et des barrières joliment peintes en blanc ! Mais les ingrédients de base proviennent en réalité d’exploitations agricoles aux méthodes industrielles, et sont transformés dans de gigantesques usines. Le soja a été génétiquement modifié pour résister à des doses massives d’insecticide, et les tomates, pour être transportées et conservées des mois sans perdre leur belle robe rouge. Les animaux quant à eux sont « calibrés » pour devenir plus gros, plus vite et pour s’adapter sans perte de temps ni d’argent aux abattoirs géants où ils finissent leur vie. Nous ne sommes plus très loin du poisson carré… <a href="http://www.commeaucinema.com/notes-de-prod/food-inc,149411">Les alimenteurs</a> </em><em> </em></p><p><em> </em></p><p>________________________________________</p><p><strong>Progrès : Le poulet meure debout</strong></p><p>Elle  est déjà là la tomate carrée… Plus facile pour l’emballage et pour les sandwiches. Sauf que pour l’instant, elle ne se vend qu’aux amateurs d’horticulture qui s’adonnent à la culture de  l’étrange.</p><p>La bonne nouvelle : on mange moins de fast-foods. La mauvaise… L’agriculture industrielle vient de nous gâcher le plaisir pour  faire grossir les profits. On le savait, sauf que Monsanto a louvoyé à travers toutes les règlementations de la FDA pendant la dernière décennie  pour en arriver à produire 90% du soja… Et les droits d’auteur… Ne cherchez plus Dieu…</p><p>Les épiceries sont maintenant des vendeurs d’images.  Et avec de beaux dessins comme dans <em>Sesame Street</em> .</p><p>Nous nous perdons de plus en plus dans la dentelle de la menterie…</p><p>Si vous adorez les quatre services au restaurant ou à la maison, vous apprécierez grandement le documentaire Food Inc. ( Les alimenteurs ). On peut y voir comment la technologie de l’élevage peut vous créer un poulet en le sculptant selon les goûts du consommateur : 48 jours au lieu de 70, avec … poitrine assortie.</p><p><a href="http://gaetanpelletier.files.wordpress.com/2010/01/poulet-48-jours.png"><img class="alignnone" src="http://gaetanpelletier.files.wordpress.com/2010/01/poulet-48-jours.png?w=498&amp;h=366" alt="" width="498" height="366" /></a></p><p><a href="http://gaetanpelletier.files.wordpress.com/2010/01/poulet-48-jours.png"></a></p><p>Le résultat de cette « innovation » n’est toutefois pas sans inconvénient : le poulet n’a pas le temps de se bâtir une ossature assez solide pour soutenir cette rapide et démesurée poitrine qui fait l’envie du consommateur. Imaginez Pamela Anderson élevée selon cette technique…. Vous aurez les yeux tellement grands que vous ne pourrez plus marcher.</p><p>Elle non plus…</p><p>Bon!</p><p>Le poulet meure debout… On enterre quelques carcasses… Mais certaines ne sont pas tout à fait mortes. Et on ne demande pas un doctorat en triage de poulets… Il y a comme un petit doute qui persiste…</p><p><strong>Pas à pas, sur les traces de papa… </strong></p><p>Stella McCartney, la fille du célèbre Paul, aurait créé une chaussure « végétarienne ». Une lectrice se demande si la chaussure  ne mange pas de viande. Mais non, madame. Non. <a href="http://www.cyberpresse.ca/vivre/mode/200912/02/01-927258-des-chaussures-vegetariennes-par-stella-mccartney.php">Cyberpresse</a>. Des chaussures sans cuir, tout simplement. Là où le bât fait bobo, c’est que Mme Stella a un contrat qui la lie avec Adidas jusqu’en 2010. On veut bien sauver les animaux, être pour la vertu et la verdure, mais Adidas s’est tracé  un parcours « racailleur » dans le cas du travailleur, des conditions de travail,  et du reste…  C’est le genre de compagnie, très adroite, qui fabrique un soulier gauche dans une usine et le droit dans l’autre… pour ne pas que les travailleurs se sauvent avec leurs « running shoes ». <a href="http://www.barons-marques.info/article.php?titre=exploitation_adidas_asie">Exploitation dans les usines d’Adidas en Asie</a></p><p>Comme disait Elvis :</p><p><em>One for the money… </em></p><p><em>Two for the show </em></p><p>Il y a quelques années, papa McCartney était venu au Canada s’étendre sur une banquise, glacée pour défendre les phoques. En se plantant devant une belle paire d’yeux bleus, tout mouillés… Pas son ex, le phoque…</p><p>On aurait dit un bébé langé dans du poil de Dieu. Tellement beau! Dire qu’on les tue à coups de gourdins cloutés ! …. Ils n’ont même pas droit à l’injection intra veineuse. Je sais, c’est cruel… Un jour, on apprendra que le céleri parle…</p><p>Tout ça pour dire qu’il est bien difficile d’être vert verdure et de chauffer son  poêle aux cure-dents recyclés.</p><p>On fait des efforts… Mais la route est longue…</p><p>Avant de se jeter sur une banquise pour sauver <a href="http://a9.img.v4.skyrock.net/a91/micheline23/pics/346537883_small.jpg">le tamandua</a>, il faudrait s’entendre sur un ordre de priorités.</p><p>Un végétarien n’ayant pour seul fournisseur que Monsanto, risque de finir sa vie avec une main au bout du tibia. Ou de passer du rose au vert… Son rêve enfin réalisé…</p><p><strong>Du poulet au citoyen</strong></p><p><strong> </strong></p><p><em>Leur vie, ils seront flics ou fonctionnaires<br /> De quoi attendre sans s’en faire<br /> Que l’heure de la retraite sonne<br /> Il faut savoir ce que l’on aime<br /> Et rentrer dans son H.L.M.<br /> Manger du poulet aux hormones</em></p><p><em> </em></p><p>Ferrat, c’est loin… Mais le poulet de TYSON ( <a href="http://www.commeaucinema.com/notes-de-prod/food-inc,149411">Food Inc</a> )   ou la tomate « à murissement à l’éthylène »  ( <a href="http://www.ogm.gouv.qc.ca/muri_tomate.html">Tomate, OGM, Gouvernement canadien</a> )   , c’est encore une fois un progrès… Un progrès vers la charcuterie d’un animal de plus en plus élevé par un nombre limité d’éleveurs et de profiteurs d’une race en voie de perdition: l’humain. Il existe maintenant un monopole de quelques compagnies qui font signer des contrats- selon leurs conditions – avec des éleveurs piégés dans l’endettement.</p><p>Les poulets de la Cie Tyson sont élevés dans le noir. Pas un poulet n’a vu la lumière du jour à partir du moment où il a dirigé vers l’engrossoir (sic). Et pour ce qui est d’essayer de garder en « vie » cette poulaille, et surtout de faire en sorte qu’il reste debout pendant au moins 48 jours, la recette n’a rien de vert. Certains  employés de  « fermes » sont des sans papiers. Alors, ils ne se plaignent pas à ramasser les carcasses. D’autres travailleurs sont… loués. Et les éleveurs réussissent parfois à gagner un maigre 18,000$ annuellement.</p><p>Entassement. Caca. Surpopulation. E-Coli., nouvelles souches.  Et autres inconvénients…</p><p>On n’entre pas sans masque. Ni avec une caméra…</p><p><strong>Le bardeau et la maison…</strong></p><p><em>Quand tous les besoins que l’on éprouve spontanément ont pu être comblés, le système industriel a continué sur sa lancée et nous en a créés d’autres, artificiels. Il en est résulté la constitution presque obligée, par chaque citoyen qui se veut respectable, d’un invraisemblable patrimoine d’objets matériels hétéroclites dont l’utilité est souvent douteuse, mais le potentiel d’embarras bien évident. Dans un monde où la mobilité s’affirme comme condition de succès, mais aussi de joie, l’industrie en déclin a imposé, par un conditionnement incessant, le modèle pervers de l’accumulation. La masse des choses que l’on possède – et dont il faut prendre soin – occupe une place démesurée dans la vie de l’individu moyen. C’est une contribution non négligeable de l’industrie à la menace qui pèse sur chaque être humain de limiter sa vie à gérer l’insignifiance. On a créé une société obèse. . <a href="http://nouvellesociete.wordpress.com/2009/02/15/1691">LA SOCIÉTÉ OBÈSE, Pierre JC Allard, NS</a></em></p><p><strong> </strong></p><p>Ce n’est qu’un bardeau du pan de mur de la maison (société) dans laquelle nous vivons.</p><p>La vérité est que nous vivons comme les poulets de Tyson… À l’abri de la lumière…  On peut bien bomber le torse au bout de quelques années  de vie…À se demander comment nous pouvons être debout avec tout ce que nous avalons comme nourriture intellectuelle autant que celle de l’assiette.</p><p>C’est l’ère du  <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Kapo">Kapo</a> qui lance  des os aux animaux d’élevage que nous sommes devenus.   Tant et tant de semailles d’illusions, de miroirs aux alouettes, que nous finissons par croire que nous vivons dans le plus merveilleux des mondes.</p><p><em>Le progrès se concentre maintenant dans les innovations techniques, comme ces 20 000 «bébelles» que dévoileront cette semaine à Las Vegas les quelque 2500 exposants du Consumer Electronic Show. <a href="http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/280493/l-avenir-n-est-plus-ce-qu-il-etait">Le Devoir</a> </em></p><p>Le gadget électronique. Voilà un des os sur lequel nous rongeons pendant qu’une élite nous engraisse à la charogne se gavant  du  meilleur de ce monde.  Toute l’organisation de nos sociétés fait en sorte qu’il ne nous reste plus qu’une peau fragile et tendue. Car, voyez-vous, le danger ne provient pas  de  ne produire des « accrocs » à l’électronique ou autres produits – sceau de <em>progrès</em> apposé –,  mais de l’essentiel : Nourriture, logement, travail. Et, bonheur relatif… . En poursuivant ce pouvoir et en l’affermissant dans son mode de corruption libre, nous finirons par ne plus avoir accès à cette richesse dite élémentaire.</p><p>La sournoiserie va jusque là : on nous peinturlure de vernis en  minant la couche du solide qui nous fait tenir debout.</p><p>Plus d’os… On est comme le poulet : mort avant d’être cuit. Mais avec quelques médailles à la poitrine.</p><p><strong>Le cochon de la décennie </strong></p><p>J’ai souvent parlé de l’intelligence des porcs (<a href="http://gaetanpelletier.wordpress.com/2009/10/09/lamographe-les-cochons-ne-meurent-jamais/">L’Âmographe: les cochons ne meurent jamais</a> ). On a découvert récemment que 8 ou 9 cochons sur 10 se reconnaissent dans un miroir. Les politiciens ne prennent pas de chance : ils s’affichent à tous les poteaux…</p><p>Au lieu d’aller tracer des X  inutiles sur des bulletins de vote, nous aurions intérêt à faire passer nos élus devant un miroir en guise de  test aux candidats.</p><p>Toujours bien élevés et bien greffés à  la finance, pensant  que c’est un bien privé au service du collectif. Calife au pays des merveilles!… Goscinny avait raison : «  Ils sont tous bêtes et je suis leur chef »…</p><p>En ce qui concerne la décennie, il suffit de faire un tour de table sur le Net pour constater jusqu’à quel point on a voulu nous enfariner, nous concocter des virus « adéènés », des finances gonflées, des guerres « d’occasion », et le reste… Je passe les tours du WTC…</p><p>Ah! J’avais oublié qu’il faudrait 500 ans avant de reconstruire Gaza.</p><p><strong>Se taire aveuglément </strong></p><p>Nous vivons dans un système dans lequel s’engraissent des cochons carrés. Après, on dira que le monde ne tourne pas rond. Si on manque d’imagination pour améliorer la société, on n’en manque pas pour le but final camouflé : « produire » de l’argent.</p><p>Le grand drame est de saisir çà et là des fragments d’un univers éclaté qui nous échappe. Et plus encore… Une manière de faire qui s’est accentuée depuis deux décennies dans un « développement » exponentiel, et qui se répand partout. Un laisser-aller et une concentration de pouvoir économique dus à une organisation qui nous estropie.  Autant de l’âme que du corps. Comme les tomates…</p><p>On a fait l’analyse de la décennie passée. Le vernis, toujours le vernis. L’irritant vernis…</p><p>Avant, c’était simple : si on vous demandait d’où provenaient les poules.</p><p>-  La ferme.</p><p>-  D’où proviennent les vaches?</p><p>-  La  ferme.</p><p>-  D’où provient le maïs?</p><p>-  La  ferme.</p><p>Maintenant, si je vous donnais la recette de l’élevage des poulets, du bœuf, du maïs, et de ces répugnantes organisations qui fomentent  notre nourriture et que je vous  racontais   48 jours de vie de ce bétail, vous auriez le cœur qui ferait du bungee… Et si je vous demandais, après, d’où ils proviennent :</p><p>-          LA FERME!</p><p>____________________________________________________________</p><p>Pour jouer à <strong>Qui va acheter qui ?</strong> : <a href="http://www.agr.gc.ca/volaille/brpr_fra.htm">Profil des éleveurs</a> ,  Gouvernement du Canada.</p><p><a href="http://www.dailymotion.com/video/xbnca7_food-incles-alimenteurs-110_news">Les alimenteurs </a>, Daily Motion… Potion : 10 minutes longtemps après les repas.  Éviter de conduire de la machinerie lourde.</div> ]]></content:encoded> <wfw:commentRss>http://www.centpapiers.com/les-desosses/11138/feed</wfw:commentRss> <slash:comments>0</slash:comments> </item> <item><title>Série : Un an après les émeutes de Montréal-Nord (3ème partie) Un feu mal éteint cache des braises qui couvent</title><link>http://www.centpapiers.com/serie-un-an-apres-les-emeutes-de-montreal-nord-3eme-partie-un-feu-mal-eteint-cache-des-braises-qui-couvent/10108</link> <comments>http://www.centpapiers.com/serie-un-an-apres-les-emeutes-de-montreal-nord-3eme-partie-un-feu-mal-eteint-cache-des-braises-qui-couvent/10108#comments</comments> <pubDate>Mon, 19 Oct 2009 20:49:20 +0000</pubDate> <dc:creator>Alexandre Popovic</dc:creator> <category><![CDATA[Articles]]></category> <category><![CDATA[Général]]></category> <category><![CDATA[Opinions]]></category> <category><![CDATA[émeutes]]></category> <category><![CDATA[Fraternité des policiers]]></category> <category><![CDATA[fredy villanueva]]></category> <category><![CDATA[Montréal-Nord]]></category> <category><![CDATA[Pauvreté]]></category> <category><![CDATA[police communautaire]]></category> <category><![CDATA[profilage racial]]></category> <category><![CDATA[racisme]]></category> <category><![CDATA[SPVM]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.centpapiers.com/?p=10108</guid> <description><![CDATA[Le 10 août 2008, le secteur nord-est de l’arrondissement de Montréal-Nord fut le théâtre d’une émeute comme le Québec n’en avait encore jamais vu. En effet, pour la première fois, des policiers furent la cible de projectiles d’arme à feu lors d’une émeute, avec pour résultat qu’une policière fut blessée par balle à la jambe. [...]]]></description> <content:encoded><![CDATA[<p>Le 10 août 2008, le secteur nord-est de l’arrondissement de Montréal-Nord fut le théâtre d’une émeute comme le Québec n’en avait encore jamais vu. En effet, pour la première fois, des policiers furent la cible de projectiles d’arme à feu lors d’une émeute, avec pour résultat qu’une policière fut blessée par balle à la jambe. Le fait que l’émeute éclata dans un secteur résidentiel et s’étira sur près de sept heures durant contribua aussi à donner à cet événement une ampleur exceptionnelle. Les images de l’émeute de Montréal-Nord firent le tour de la planète et attirèrent l’attention des médias sur les problèmes de pauvreté aigus, de harcèlement policier et de profilage racial qui accablent de nombreux résidents du secteur nord-est de l’arrondissement.</p><p>L’élément déclencheur de l’émeute fut sans contredit la mort de Fredy Villanueva, 18 ans, qui tomba sous les balles d’un agent du Service de police de la ville de Montréal (SPVM) dans le stationnement de la Maison culturelle et communautaire de Montréal-Nord, sur le boulevard Rolland non loin de la rue Pascal, le 9 août 2008. Fredy Villanueva devenait ainsi la troisième personne à perdre la vie lors d’une intervention policière dans le même secteur de l’arrondissement en l&#8217;espace de seulement cinq ans.</p><p>En effet, avant Fredy, il y a eu la mort de Vianney Charest, 51 ans, abattu d’au moins deux coups de feu par un policier du SPVM dans un motel situé à l&#8217;angle des boulevards Henri-Bourassa et Langelier, le 9 juillet 2007. Et avant Vianney, il y a eu le décès de Michel Berniquez, 45 ans, qui mourut d&#8217;un arrêt cardiaque suite à une arrestation musclée effectuée par six agents du SPVM à l&#8217;intersection des boulevards Henri-Bourassa et Lacordaire, le 28 juin 2003. Malgré la quantité impressionnante d’analyses journalistiques, institutionnelles, citoyennes et autres qui furent consacrées à la situation prévalant à Montréal-Nord depuis l’émeute, la mort de trois hommes aux mains de la police dans un espace/temps aussi rapproché est un fait troublant qui passa totalement inaperçu.</p><p>Si, contrairement aux deux morts d’hommes précédentes le décès de Fredy Villanueva provoqua une émeute, cela s’explique par la réunion d’une multitude de facteurs propres à soulever l’indignation, soit :</p><p>- Le fait que Fredy sortait à peine de l’adolescence et avait toute la vie devant lui ;</p><p>- Le fait que Fredy et ses frères et sœurs étaient bien connus des autres jeunes du quartier ;</p><p>- Le fait que Fredy n’avait aucun antécédent judiciaire et une réputation sans tache ;</p><p>- Le fait que Fredy et ses amis jouaient aux dés avant l’arrivée des agents Jean-Loup Lapointe et Stéphanie Pilote dans le stationnement de la Maison culturelle et communautaire ;</p><p>- Le fait que Fredy n’était pas armé, ni aucun des autres jeunes qui se trouvaient avec lui ;</p><p>- Le fait que deux autres jeunes qui accompagnaient Fredy ont également été blessés par les balles tirées par l’agent Jean-Loup Lapointe ;</p><p>- Le fait que l’intervention policière aurait pu avoir des conséquences encore plus tragiques puisque de nombreuses personnes, incluant plusieurs jeunes enfants, se trouvaient dans le parc Henri-Bourassa, qui est adjacent au stationnement de la Maison culturelle et communautaire, lorsque l’agent Jean-Loup Lapointe ouvrit le feu sur Fredy et ses amis ;</p><p>- Le fait que l’agent Jean-Loup Lapointe avait une très mauvaise réputation auprès des jeunes du quartier ;</p><p>- Le fait que de nombreux jeunes de couleur du quartier qui subissent du profilage racial se soient reconnus dans Fredy.</p><p>Enfin, si la mort de Fredy Villanueva fut capable de déclencher une émeute d’une envergure peu commune, c’est aussi et surtout parce que cette tragédie représentait une goutte de trop qui fit déborder un vase déjà plein. Toutefois, si les autorités voulaient éviter de nouvelles émeutes à Montréal-Nord, elles devaient s’assurer que le vase ne se remplisse pas à nouveau à ras bords. Mais pour y arriver, les autorités devaient d’abord comprendre ce qui causa un tel remplissage. C’est ainsi que les pouvoirs publics se lancèrent dans une grande opération de cogitation.</p><p style="text-align: center;">Montréal-Nord sous l’œil du microscope</p><p>Le caractère inédit de l’émeute de Montréal-Nord suscita suffisamment d’inquiétudes au SPVM pour qu’une analyse comparative du phénomène émeutier en milieu urbain soit sollicitée auprès du Centre international pour la prévention de la criminalité (CIPC). L’étude du CIPC compara les débordements de Montréal-Nord avec dix autres émeutes qui survinrent dans différentes villes du monde occidental au cours des 30 dernières années et dont le principal dénominateur commun fut d’avoir pour élément déclencheur des interventions policières controversées.</p><p>Outre celle de Montréal-Nord, le CIPC étudia des émeutes survenues en France (celles des banlieues à l’automne 2005 et de Villiers-le-Bel en 2007), au Royaume-Uni (celles de Brixton en 1981, 1985 et 1995 et de Broadwater Farm en 1985), aux États-Unis (celles du quartier de Mount Pleasant à Washington DC en 1991, de Los Angeles en 1992 et de Cincinnati en 2001) et en Australie (celle de Redfern en 2004).</p><p>Produite en collaboration avec le Centre international de criminologie comparée de l&#8217;Université de Montréal, l’étude fut rédigée par une équipe de criminologues composée de Jean-Paul Brodeur, Massimiliano Mulone, Frédéric Ocqueteau et Valérie Sagant. Les conclusions des criminologues furent débattues avec le SPVM, qui autorisa le CIPC à rendre public l&#8217;ensemble des recommandations de l&#8217;étude. Selon un communiqué de presse émis par le CIPC, le but de l’analyse consistait à aider le SPVM à « identifier les enseignements utiles à sa réflexion et à son action ». (1)</p><p>En gros, l’étude chercha à identifier les facteurs exacerbant les tensions entre citoyens et policiers, dans la perspective où l’expérience à l’échelle internationale démontre qu’elles peuvent éventuellement culminer par des émeutes. Parmi ces facteurs, on retrouve le contexte particulier du secteur touché par l’émeute, l’agressivité de certains modes d’intervention policière, les problèmes d’accessibilité aux mécanismes de plaintes contre les abus de pouvoir policiers et le manque de transparence des processus d’enquête mis en place dans les cas de mort d’homme aux mains de la police.</p><p>Pendant que les criminologues du CIPC étudiaient le phénomène émeutier, les responsables politiques municipaux montréalais invitèrent les milieux communautaires et institutionnels à un vaste remue-méninges visant à poser un diagnostic sur la situation prévalant à Montréal-Nord. « Si cela a explosé, c’est que quelque chose nous a échappée », avoua Brunilda Reyes, directrice des Fourchettes de l’espoir. (2) Une petite armée de bureaucrates, appuyée de quelques intervenants fut donc mobilisée pour se mettre au chevet de cet arrondissement malfamé, un peu comme s’ils avaient affaire à un patient agité en proie à une fièvre intense. Après tout, ne convient-il pas de prendre la température et de tâter le pouls du patient avant de lui prescrire un quelconque traitement ?</p><p>C’est ainsi que l’administration du maire de Montréal, Gérald Tremblay, lança une série de chantiers de réflexion. « À la suite des événements tragiques survenus à Montréal-Nord à l’été 2008, la Ville de Montréal, à travers ses services corporatifs et l’Arrondissement, a entrepris de regrouper différents acteurs institutionnels, municipaux, scolaires et gouvernementaux dans le cadre d’une démarche appelée : &laquo;&nbsp;Montréal-Nord : L’Urgence d’agir ensemble&nbsp;&raquo; », peut-on lire dans le rapport final des chantiers. (3)</p><p>La table de concertation Montréal-Nord en santé reçut le mandat de mettre sur pied sept chantiers portant sur des thèmes précis : la jeunesse, l’emploi, l’habitation, l’aménagement et les équipements collectifs, la sécurité et la prévention, la famille et l’éducation. En cours de route, les organismes communautaires décidèrent de profiter de l’occasion pour veiller à leurs propres intérêts, ce qui donna lieu à la création d’un « huitième chantier » portant sur leur reconnaissance et leur financement.</p><p>Au total, les chantiers suscitèrent la participation de 120 personnes. La liste des noms de tous les participants aux chantiers se retrouve d’ailleurs dans les dernières pages du rapport final. Notons que chaque participant est affilié à un organisme communautaire, institutionnel ou autre. On retrouve même des officiers du Poste de quartier 39, où travaillait l’agent Jean-Loup Lapointe. Mais ce qui est peut-être le plus frappant, c’est qu’aucun des participants aux chantiers n’est présenté comme un résident de l’arrondissement ou un « simple citoyen ». C’est donc dire que les représentants d’organisme parlèrent au nom des résidents de Montréal-Nord, qui furent exclus de facto des chantiers.</p><p>C’est d’ailleurs peut-être pour remédier à cette lacune que l’étude produite par l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal (ASSSM), en collaboration avec Montréal-Nord en santé, se donna pour mission de faire connaître « le point de vue citoyen », dans la perspective « d’établir le portrait le plus complet et le plus précis possible de la situation à Montréal-Nord ». (4) Partant du constat selon lequel les acteurs des réseaux communautaires et institutionnels eurent l’opportunité de contribuer directement aux chantiers, les deux auteurs de l’étude, Serge Chevalier et Anouk Lebel, se demandèrent si le point de vue des résidents de Montréal-Nord était « entièrement englobé dans les discours institutionnels et communautaires ». (5)</p><p>Cependant, tenant compte du fait que les résidents avaient déjà été « largement sollicités tant par les journalistes que par les institutions », les deux chercheurs décidèrent de s’appuyer sur les données déjà disponibles. Ils puisèrent plus particulièrement dans les résultats des consultations menées par l’organisme communautaire « Un itinéraire pour tous », dont les locaux sont justement basés à l’intérieur de la Maison culturelle et communautaire de Montréal-Nord.</p><p>Dans un premier temps, cet organisme avait prit l’initiative d’organiser un vox pop dans le secteur nord-est de Montréal-Nord, une semaine après l’émeute du 10 août 2008. Une intervenante de l’organisme s’était alors mise à intercepter les passants sur la rue, plus particulièrement aux alentours de l’intersection du boulevard Rolland et de la rue Pascal, identifié comme l’épicentre de l’émeute. Près de 150 personnes acceptèrent de répondre par écrit à une question toute simple : « Qu’est-ce qu’on peut faire pour changer les choses dans le milieu? ». Les chercheurs de l’ASSSM eurent droit à l’ensemble des résultats du vox pop.</p><p>Ensuite, « Un itinéraire pour tous » organisa des entrevues de groupe (focus group) en collaboration avec des organisations communautaires, scolaires ou religieuses de Montréal-Nord, au cours des mois d’octobre et de novembre 2008. Dans un premier temps, les entrevues se sont tenues dans le secteur nord-est de l’arrondissement. Puis, la consultation fut étendue à d’autres quartiers de Montréal-Nord, principalement dans le secteur sud-ouest, « là où se trouve l’autre poche de pauvreté ». (6) Au total, environ 300 personnes prirent part à 29 groupes de discussion, produisant plus de 50 heures d’entrevues. Les chercheurs de l’ASSSM eurent accès à des résumés de ces entrevues.</p><p>En addition à ces initiatives, l’Alliance de recherches universités-communautés en économie sociale et le Service aux collectivités de l’UQAM publièrent conjointement un rapport intitulé « Étude sur les besoins et les aspirations des résidants de l&#8217;îlot Pelletier », en janvier 2009. L&#8217;îlot Pelletier est ce quadrilatère formé par les rues Pelletier, Garon, Amos et le boulevard Henri-Bourassa. Bien que l’îlot Pelletier soit situé dans le secteur ouest de Montréal-Nord, lequel n’a pas été touché par les émeutes d’août 2008, nous nous permettrons néanmoins de citer certains passages de l’étude, et ce, pour deux raisons.</p><p>Premièrement, puisque l’étude a été finalisée durant les mois qui suivirent l’émeute, elle s’inscrit par la force des choses dans les efforts déployés par les pouvoirs publics afin de mieux apprivoiser les « zones sensibles » de Montréal-Nord. Deuxièmement, l’îlot Pelletier est aussi identifié à la concentration de pauvreté et aux gangs de rue, deux caractéristiques qui alimentent depuis longtemps la mauvaise réputation du secteur nord-est de l’arrondissement.</p><p>Rappelons en effet que l’avenue Pelletier a acquis une notoriété d’envergure nationale après qu’un groupe de vendeurs de drogue qui avait pignon sur rue devint le premier gang de rue dans les anales judiciaires canadiennes à se voir trouver coupable de gangstérisme. Après le démantèlement du « gang de la rue Pelletier », la Société d&#8217;habitation populaire de l&#8217;est de Montréal (SHAPEM) et l’organisme communautaire Parole d&#8217;ExcluEs rachetèrent les deux immeubles de la rue Pelletier pour en faire des logements abordables. Depuis, un local communautaire a été ouvert, donnant lieu à la mise sur pied d’un Comité citoyen et d’un projet d&#8217;échanges de services baptisé l&#8217;Accorderie.</p><p>Ainsi, s’il fallut une émeute pour sortir les élites (politiques, académiques, institutionnelles, communautaires) de leur torpeur à l’égard des conditions de vie sévissant dans le secteur nord-est, ce fut l’ampleur des activités de vente de drogue qui provoqua une prise de conscience relativement à la situation peu enviable des résidents de l’îlot Pelletier. Ce qui nous amène à poser la question suivante : les élites auraient-elles tendance à attendre que les conditions de vie existant dans les zones défavorisées se détériorent au point de donner lieu à l’apparition de phénomènes criminels violents pour trouver un intérêt à prêter attention au sort des laissés-pour-compte ?</p><p style="text-align: center;">Les sources d’insécurité</p><p>La place prépondérante qu’occupe le thème de la sécurité dans toutes les études sur Montréal-Nord qui ont été produites après l’émeute du 10 août 2008 n’étonnera personne. « Le thème le plus important est celui de la sécurité. Lorsqu’on laisse les Nord-Montréalais libres de s’exprimer (vox pop) sur les afflictions de leur quartier le principal thème autour duquel converge le discours est celui de la sécurité (ou de l’insécurité), rapportent les auteurs de l’étude de l’ASSSM. (7) L’insécurité affecte les citoyens qui souvent n’osent pas sortir de leur domicile la nuit tombée. Ils s’inquiètent particulièrement pour leurs enfants, qu’ils n’estiment pas en sécurité dans les parcs ni aux alentours des écoles. » (8)</p><p>Les études sur Montréal-Nord indiquent que les sources d’insécurité sont multiples et diversifiées. Toutefois, encore faut-il bien circonscrire la nature du problème. Il importe plus particulièrement de distinguer les problèmes de sécurité, qui reposent sur des faits objectifs comme par exemple des actes de violence, du sentiment d’insécurité qui est un phénomène aux contours plus flous et se passe essentiellement entre les deux oreilles. Les sources d’insécurité peuvent donc être différentes d’un résident à l’autre, c’est pourquoi il faut prendre garde aux idées reçues concernant cette problématique.</p><p>Ainsi, les auteurs de l’étude sur l’îlot Pelletier, Jean-Marc Fontan et Patrice Rodriguez, refusèrent de réduire l’insécurité à un simple problème de criminalité ou de petite délinquance. « L&#8217;insécurité se vit de multiples façons, écrivent-ils. Peur de la violence, de la drogue très présente, de revenir à la situation d&#8217;avant les arrestations si les choses ne changent pas, mais aussi, de la vermine et des rongeurs dans les logements, de ne pas avoir à manger à la fin du mois, d&#8217;être dénoncé quand on fait une jobine &laquo;&nbsp;au noir&nbsp;&raquo;, de rester toujours isolé, etc. » (9)</p><p>De leur côté, les chercheurs de l’ASSSM eurent droit à toute une surprise lorsqu’ils essayèrent d’identifier les sources de l’insécurité à Montréal-Nord. Ils ne s’attendaient pas du tout à ce que « les citoyens n’abordent presque pas la question des gangs de rue » lors des différentes consultations menées par « Un itinéraire pour tous ». (10) « Le sujet étant abondamment traité dans les médias, les forces policières s’étant spécifiquement organisées pour lutter contre ces groupes criminalisés, il semble incongru que les citoyens ne traitent pas abondamment de ce thème », écrivent-ils.</p><p>« Les résumés des entrevues de groupe ne contenaient pas la moindre allusion aux gangs de rue. Cela nous est apparu étrange. Après vérification auprès de l’animatrice des groupes de discussion, les résumés étaient fidèles. Le thème des gangs de rue s’est avéré présent dans les réponses au vox pop mais il n’était pas prépondérant du tout, commentent-ils. (11) Voici comment ils interprètent l’attitude des résidents : « Le citoyen ne semble pas particulièrement intéressé à résoudre la question à savoir si l’objet de son insécurité, de son anxiété, de sa crainte ou de sa peur est affilié à un groupe criminel ou s’il agit pour son propre compte. » (12)</p><p>Toutes les études sur Montréal-Nord identifient les jeunes en tant que source importante d’insécurité. « Il apparaît qu’une des principales sources du sentiment d’insécurité dans le quartier provient des jeunes, qu’ils appartiennent à un gang de rue ou non », rapportent les auteurs de l’étude de l’ASSSM. (13) « Le manque de respect des jeunes entre eux et envers les autres, leur indiscipline, la consommation d’alcool et de drogues dans les lieux publics, les attroupements et les rassemblements ainsi que le vandalisme » feraient partie des comportements générant des sentiments d’insécurité à l’égard des jeunes. (14) « Ainsi donc la principale source d’insécurité, les jeunes, représente aussi le futur de notre société. Le problème et la solution se confondent dans un même groupe. »</p><p>Le rapport final de Montréal-Nord en santé dresse un constat similaire. « Un autre facteur qui affecte le sentiment de sécurité est lié aux valeurs et aux comportements de jeunes qui sont (ou ne sont pas) inculqués aux jeunes. Les manifestations d&#8217;incivilités et d&#8217;irrespect sont fréquentes et contribuent à l&#8217;atmosphère générale du quartier ». (15) Les criminologues du CIPC consacrent eux aussi quelques lignes aux jeunes dans leur étude comparative sur le phénomène émeutier. « Tous les faits étudiés ont souligné la place des jeunes, tant dans la commission de violences que dans la victimisation », écrivent-ils. (16)</p><p>Cependant, les sentiments d’insécurité peuvent parfois cacher un lot de préjugés. Ainsi, l’étude sur l’îlot Pelletier indique que les jeunes Noirs sont victimes d’un amalgame pernicieux avec les gangs de rue, ce qui soulève l’hypothèse que les stéréotypes racistes pourraient alimenter le sentiment d’insécurité. « Parmi les personnes interviewées, il existe une association bien présente entre les &laquo;&nbsp;Noirs&nbsp;&raquo; et les problèmes de gangs de rue ou de bruit, notent les auteurs de l’étude. (17) « Il a été observé que les Québécois établissent parfois des rapprochements entre l&#8217;immigration et la criminalité. Ainsi, les jeunes que l&#8217;on voit dans la rue, et qui sont souvent pour la majorité des Noirs d&#8217;Haïti, sont souvent assimilés à des gangs de rue », ajoutent-ils. (18) Le sentiment d’insécurité de certains résidents serait donc fondé sur la peur qu’ils ressentent à la vue de groupe de jeunes Noirs.</p><p>De son côté, l’étude de l’ASSSM met en cause le rôle des médias. « L’image négative de Montréal-Nord véhiculée par les médias participe à la construction d’un sentiment d’insécurité généralisé », lit-on. (19) De leur côté, les auteurs de l’étude sur l’îlot Pelletier sont d’avis que « le thème de la sécurité doit être interprété à la lumière de la représentation médiatique négative du quartier &#8211; fortement associé aux gangs de rue ». (20) Par ailleurs, tant l’étude de l’ASSSM que celle sur l’îlot Pelletier fon état d’un sentiment d’exaspération des résidents à l’égard du traitement médiatique de la situation à Montréal-Nord.</p><p>Enfin, l’étude de l’ASSSM indique que les résidents de Montréal-Nord semblent à court de solutions satisfaisantes pour venir à bout des problèmes de sécurité. « Pour résoudre, à court terme, un problème d’insécurité, la solution la plus évidente ou commode est de faire appel à la force policière, écrivent les auteurs. Or, à l’usage, cette solution pose un certain nombre de problèmes. Tout d’abord, les plaignants risquent des représailles s’ils sont identifiés mais ceci ne semble que le moindre des problèmes parce que les interventions policières ont toujours été ou sont devenues elles-mêmes un irritant considérable dans la manière dont les situations ont été prises en main. » (21)</p><p>Dans ce contexte, le recours aux policiers pour résoudre un problème de sécurité alors que les policiers sont eux-mêmes une source d’insécurité reviendrait à vouloir éteindre un incendie avec un lance-flamme : le remède semble être aussi pire, sinon pire que le mal. C’est à tout le moins la réflexion qui vient à l’esprit quand on prend connaissance de la longue liste de critiques que la population adresse aux policiers.</p><p>« Certains d’entre eux enlèvent leur insigne pour éviter d’être identifiés », constatent certains résidents. (22) D’autres reprochent aux policiers « de ne pas être à l’écoute des besoins de la population, de manquer d’ouverture, d’avoir des préjugés, d’être irrespectueux envers la population, de harceler les jeunes, de provoquer et d’intimider, de profiler les minorités visibles, d’être racistes, d’utiliser des moyens d’intervention trop violents et même de créer de fausses preuves. » (23)</p><p>« Le malaise par rapport au corps policier semble assez généralisé et ne concerne pas que les jeunes. Les relations entre les jeunes et les policiers semblent toutefois particulièrement tendues. On rapporte un tourbillon de violence entre les policiers et les jeunes. Les abus de pouvoir semblent fréquents », ajoutent les auteurs de l’étude de l’ASSSM. (24) « Les jeunes n’ont pas confiance, ils ne veulent pas parler aux agents », confirma de son côté Jean-Pierre Beauchamp, coordonateur de Montréal-Nord en santé. (25) Et Brunilda Reyes d’ajouter : « On ne peut pas demander à un jeune de respecter l&#8217;autorité à n&#8217;importe quel prix. Si un jeune se sent touché dans son respect de lui-même, il va répondre. » (26)</p><p>Quant au thème de l’insécurité policière, qui a été largement traité dans le second texte de la présente série, il a été évoqué par les criminologues du CIPC dans le cadre de leur étude comparative. « Les attaques contre les policiers ont pour effet d’augmenter de façon perceptible l’insécurité et même la peur des policiers, écrivent-ils. (27) Il se pourrait que ce climat porte les policiers à avoir recours à la force de façon plus précipitée qu’auparavant, afin de se protéger. » Les auteurs de l’étude déplorent toutefois que l’épineuse question de la « panique policière » demeure « un sujet pour l’instant totalement tabou dans l’institution ».</p><p style="text-align: center;">Une montagne de problèmes</p><p>Lorsque Montréal-Nord en santé accoucha de son rapport final, le ras le bol d’une partie grandissante de la population de l’arrondissement fut décrit en des termes somme toute assez limpides. « Si, autrefois, le sentiment d&#8217;exclusion était vécu individuellement, il est de plus en plus ressenti collectivement par des groupes de citoyens de Montréal-Nord, en particulier les membres des minorités visibles ou les résidents des secteurs sensibles. Les expressions de frustration, de colère et de révolte qui en découlent prennent ainsi une ampleur qui continue de s’accroître », indique le rapport. (28)</p><p>« La discrimination, le racisme, l&#8217;exclusion et le sentiment d&#8217;être des citoyens de seconde zone engendrent un malaise profond chez une part importante de la population de Montréal-Nord, peut-on aussi lire. Il est important de bien nommer les causes et les manifestations de ce malaise avant d&#8217;aborder les actions à poser. Ce malaise déborde largement les questions relatives à la sécurité publique et aux agissements des services policiers. Il touche l&#8217;ensemble des services publics et doit être abordé à cette échelle. »</p><p>En effet, les lacunes au niveau des services publics prennent l’allure d’une véritable pénurie généralisée. Les lieux offrant « des équipements et des activités valorisantes stimulantes » aux jeunes «  font actuellement défaut dans les secteurs sensibles, et les organismes chargés de les encadrer manquent cruellement de ressources », souligne le rapport. (29) « Il n’y a pas assez de parcs, pas assez de jeux dans les parcs, pas assez d’animateurs dans les parcs », notent de leur côté les auteurs de l’étude de l’ASSSM. (30) Dans les écoles, « les ressources qui sont destinées aux jeunes en difficulté semblent nettement insuffisantes », déplorent-ils également. (31)</p><p>En fait, on manque à peu près de tout. « Le nombre de places en CPE serait aussi insuffisant », continuent-ils, « contraignant les parents à envoyer leurs enfants dans une garderie plus éloignée ». (32) Il faut aussi aller voir ailleurs côté boulot. « Les bons emplois semblent se trouver à l’extérieur du quartier, ce qui oblige les gens à consacrer beaucoup de temps au transport », lit-on. (33) La situation n’est guère plus encourageante dans le domaine du logement. « Les logements à louer sont chers et dans un état lamentable », déplorent-ils. « Les logements privés comme les logements sociaux semblent mal construits et vétustes ». Par ailleurs, « les propriétaires manquent à leurs responsabilités d’entretien et tardent à rénover les logements ». (34)</p><p>Face à une telle montagne de problèmes, le plan d’action 2009-2001 de Montréal-Nord en santé ne semblait pas être à la hauteur des attentes. C’est à tout le moins l’opinion qu’exprimèrent certains participants aux chantiers lors d’une réunion tenue le 18 décembre 2008. « On a trouvé que c&#8217;était très dilué par rapport à ce qui s&#8217;est dit dans les chantiers. C&#8217;est comme si on avait revisité tout ce qui s&#8217;est dit dans ces réunions », dénonça Suzanne Décarie, directrice du Carrefour Jeunesse Emploi du quartier. (35)</p><p>« Il n&#8217;y a aucun positionnement de fond sur la lutte contre la pauvreté. Or, c&#8217;est le fond du problème. Tout en découle », ajouta-t-elle. Le fait que le mot « pauvreté » était introuvable dans le document de 23 pages fut une source de consternation chez plusieurs. « C&#8217;est une erreur », a convenu Jean-Pierre Beauchamp, de Montréal-Nord en santé. Et ce sera corrigé dans la future version du document, a-t-il promis.</p><p>En fait, cette « erreur » était révélatrice de la mentalité qui semblait encore sévir au sein de l’establishment politique de Montréal-Nord. On aurait dit que peu de choses avaient changées depuis l’ère de l’administration du maire Yves Ryan, qui régna sur Montréal-Nord pendant 38 années consécutives. « Dans le temps de M. Ryan, il n&#8217;y en avait pas de pauvreté. Ça n&#8217;existait pas, point. Et la discussion était terminée », se rappelle Claudette de Carufel qui dirigeait l&#8217;Association des locataires sous le régime Ryan. (36) Fait significatif, plus de huit ans après le départ de Ryan, l&#8217;Association des locataires n’était toujours pas reconnue par l’arrondissement, contrairement aux 19 comités logements qui sont actifs dans d’autres secteurs de la métropole.</p><p>Cette même nonchalance à l’égard du phénomène de la pauvreté fut également relevée dans l’étude sur l’îlot Pelletier. « Pour certaines personnes, nous sommes passés de tout va mal à tout est beau ici. C&#8217;est comme si le fait d&#8217;avoir mis fin à une situation de terreur extrême (coups de feu dans la rue, meurtres, viols, intimidation, etc.) était un progrès acceptable, une grande victoire, rendant du même coup la misère quotidienne pas si mal, s’indignent les auteurs de l’étude. (37) Il est clair pour les résidents et les intervenants que le climat peut se dégrader du fait de la présence de mauvaises conditions économiques. »</p><p>Ainsi, malgré la disparition du « gang de la rue Pelletier » et la mise en place d’un certain encadrement communautaire, un fait reste inchangé : beaucoup de résidents continuent à vivre dans l’indigence. « Les gangs partent, la misère reste », observa la journaliste de La Presse Caroline Touzin. (38) Cette misère frappa Alain Durand qui vécu dans Hochelaga-Maisonneuve pendant 20 ans avant de devenir le nouveau concierge des deux immeubles à logements abordables de la rue Pelletier. « Je pensais qu&#8217;Hochelaga, c&#8217;était pauvre. Ici, c&#8217;est la grosse misère. Y a des locataires qui crèvent de faim. Ils paient leur loyer, pis y ont pu rien », expliqua-t-il à la journaliste.</p><p style="text-align: center;">L’effet levier de l’émeute</p><p>De façon générale, le fait que certaines zones de Montréal-Nord souffrirent de négligence pendant trop longtemps s’imposa rapidement comme une évidence après l’émeute du 10 août 2008. Et puisque le sentiment d’abandon peut facilement déboucher sur des sentiments d’injustice et de révolte, les responsables politiques ne virent d’autre choix que de convenir de la nécessité de faire des efforts pour remédier à la situation. Fait intéressant, le risque d’émeute devint alors un argument de choix pour inciter les pouvoirs publics à poser des gestes en vue d’améliorer la qualité de vie des résidents vivant dans les « secteurs sensibles » de Montréal-Nord.</p><p>« Ça va continuer d&#8217;éclater s&#8217;il n&#8217;y a pas de solution et de gestes concrets », prévint Jean-Pierre Beauchamp, de Montréal-Nord en santé, lors d’un entretien avec un journaliste du Guide de Montréal-Nord. (39) Ainsi, Beauchamp exprime le souhait que la publication du rapport final des chantiers se traduira par des investissements et des projets concrets bénéficiant du soutien du gouvernement du Québec, de la Ville de Montréal et de l&#8217;arrondissement. « Nous espérons qu&#8217;ils vont tous travailler dans le sens de ces enjeux sur lesquels nous nous sommes penchés pendant plusieurs semaines », affirma-t-il.</p><p>Beauchamp ne prêcha apparemment pas dans le désert. Les différents paliers de gouvernement semblèrent en effet adhérer à l’idée que les zones défavorisées de Montréal-Nord sont peuplées d’émeutiers potentiels qui doivent être amadoués au plus vite avant que le vase ne se remplisse à nouveau à des niveaux inquiétants. C’est ainsi que les pouvoirs publics semèrent les subventions dans Montréal-Nord comme jamais auparavant.</p><p>Ainsi, durant les douze mois qui suivirent l’émeute du 10 août 2008, environ 12 millions $ furent investis en achat d’équipements et en financement d’activités destinées à la jeunesse de Montréal-Nord. (40) Notons que cette somme représentait trois fois plus que ce qui est consacré pour une année normale. À cela s’ajoute plusieurs autres initiatives gouvernementales, comme le projet d’habitation communautaire Rayon de soleil. Ce projet de près d’une valeur de 7 millions $ implique la construction d’un immeuble de 30 logements abordables pour des jeunes mères monoparentales. Fait particulier, l’immeuble sera situé à l’intersection qui avait été le foyer principal de l’émeute du 10 août 2008, soit le boulevard Rolland et la rue Pascal.</p><p>À quelques jours du premier anniversaire de la mort de Fredy Villanueva, le journaliste du Journal de Montréal Mathieu Turbide ne put faire autrement que de constater que l’émeute du 10 août 2008 avait eu « l&#8217;effet d&#8217;un électrochoc » sur le secteur nord-est de Montréal-Nord. (41) « Depuis un an, des projets qui traînaient ont débloqué, des citoyens ont commencé à s&#8217;impliquer et des groupes qui vivaient chacun de leur côté ont commencé à se parler », observa Turbide.</p><p>« C&#8217;est sûr que ces événements-là ont ouvert les yeux à beaucoup de monde et ça nous a facilité la tâche pour convaincre les autres paliers de gouvernements d&#8217;investir dans des projets ici », reconnut le directeur général de l&#8217;arrondissement, Serge Geoffrion. « On implique les gens. Et ils s&#8217;approprient les projets, que ce soit pour l&#8217;aménagement d&#8217;un parc, l&#8217;embellissement d&#8217;une rue. Il y a eu un grand changement de mentalité à Montréal-Nord. Ça avait déjà commencé, mais les événements ont eu ça de positif c&#8217;est que ça a accéléré ce mouvement-là », expliqua Geoffrion.</p><p>Ce n’est pas là une mince ironie que de constater qu’une émeute permit à Montréal-Nord de devenir l’arrondissement le plus subventionné de toute l’agglomération métropolitaine ! En agissant de la sorte, les pouvoirs publics n’étaient-ils pas en train d’accréditer l’hypothèse voulant que les émeutes représentent une méthode plus efficace à produire des résultats tangibles que les moyens de pression conventionnels, comme les marches pacifiques, les conférences de presse et les pétitions ?</p><p>Don MacPherson, chroniqueur au quotidien The Gazette, fut l’un des seuls à se poser de sérieuses questions sur le message que l’administration de Gérald Tremblay était en train d’envoyer aux autres zones déshéritées de la métropole. [TRADUCTION] « L’émeute permit à Montréal-Nord de devenir une priorité pour la ville, en la plaçant en tête de file devant tous les autres quartiers défavorisés, écrivit MacPherson. (42) Et si les autres quartiers veulent eux aussi de l’avancement, l’administration Tremblay vient de leur faire comprendre ce qu’il leur reste à faire. Si la violence n’a pas résolu les problèmes de Montréal-Nord, il reste qu’elle a fait encore une fois la démonstration qu’elle est terriblement efficace pour attirer l’attention. »</p><p>Dans leur analyse comparative du phénomène émeutier, les criminologues du CIPC ne cachent pas leur scepticisme face aux analyses et réponses à caractère social. « À l&#8217;issue d&#8217;épisodes de violences, les explications &laquo;&nbsp;sociologiques&nbsp;&raquo; sont généralement avancées dans un grand discours général censé répondre aux besoins d&#8217;une analyse globale, écrivent-ils. (43) De même, les réponses apportées s&#8217;avèrent souvent la poursuite sous d&#8217;autres formes de programmes existants : aide sociale, renouvellement urbain, soutien aux familles&#8230; »</p><p>« Les caractéristiques socio-économiques et démographiques des lieux ne suffisent pas à expliquer les émeutes, croient les criminologues. (44) Le faible niveau de vie ou la diversité des origines ethniques de la population d&#8217;un secteur urbain, son enclavement ou la pauvreté des services publics dont il bénéficie n&#8217;expliquent jamais à eux seuls l&#8217;embrasement d&#8217;un quartier, même lorsqu&#8217;il connaît un événement, tel un incident lors d&#8217;une action de police ou le prononcé d&#8217;une décision de justice mal perçue par les habitants, qui s&#8217;avérera &laquo;&nbsp;déclencheur&nbsp;&raquo; dans toutes les situations d&#8217;émeutes urbaines. » (45)</p><p>S’il est vrai que les conditions de vie difficiles ne semblent pas suffisantes à elles seules pour pousser les populations des zones défavorisées à la révolte, il convient néanmoins de souligner que les interventions policières tragiques, comme celle qui coûta la vie à Fredy Villanueva, et qui servent justement d’éléments déclencheurs aux émeutes urbaines, ne font jamais de victimes dans les quartiers bourgeois comme ceux qui existent à Westmount, à Outremont ou à Pointe-Claire.</p><p style="text-align: center;">Attention aux tensions</p><p>Selon les criminologues du CICP, la réponse à la question du phénomène du remplissage du vase se trouve dans le climat de tensions existant entre la police et les résidents avant l’éclatement de l’émeute. « Les émeutes en France, en Grande-Bretagne et aux États-Unis se sont systématiquement inscrites dans un contexte de tensions fortes et souvent anciennes avec la police », notent-ils. (46)</p><p>« Si certaines caractéristiques sont systématiquement présentes et concernent tous les &laquo;&nbsp;quartiers déshérités&nbsp;&raquo;, toutes les émeutes étudiées se sont produites sur fond de climat de tensions anciennes, continuent-ils. Ces tensions sont principalement alimentées par la mauvaise qualité des relations entre les habitants du quartier et les institutions publiques en général et la police en particulier. Ces tensions se cristallisent généralement sur un quartier et présentent de ce fait un caractère en raison du peuplement de ce quartier. » (47)</p><p>« On doit donc se demander si l&#8217;émeute qui a suivi l&#8217;intervention policière à Montréal-Nord est l&#8217;indice de la cristallisation de &laquo;&nbsp;quartiers&nbsp;&raquo; sur le territoire de la Ville de Montréal, suggèrent les criminologues du CIPC. (48) On pourrait à première vue voir dans la naissance de quartiers problématiques à Montréal une des raisons de l&#8217;émeute de Montréal-Nord. Cette hypothèse mérite d&#8217;être examinée de façon plus approfondie ».</p><p>Dans le rapport final des chantiers, il ressort d’ailleurs assez clairement que la police fait davantage parti du problème que de la solution aux yeux de nombreux résidents de Montréal-Nord. « Un groupe de citoyens qui estime être systématiquement victime d&#8217;injustice ou d&#8217;exclusion va être amené à considérer les mesures de sécurité publique comme des actions qui maintiennent cette situation, répriment les revendications d&#8217;égalité et accentuent le niveau de violence plutôt que de l&#8217;apaiser », lit-on. (49)</p><p>Les auteurs de l’étude de l’ASSSM font écho à ce constat. « Les injustices sont assez fréquentes aux yeux des citoyens. Les citoyens ressentent un resserrement dans l’application des lois, mais constatent que personne, pas même les policiers, ne respecte les lois. De ce fait, on perçoit que la loi ne s’applique pas de la même façon pour les jeunes, le corps policier et les gangs de rues », écrivent-ils. (50)</p><p>Toutefois, les études disent aussi que pauvreté et exclusion ne vont pas nécessairement de pair avec les sentiments anti-police. « On trouve de tout dans un quartier, c&#8217;est-à-dire autant des personnes qui réclament la protection de la police que des personnes qui dénoncent les abus policiers. C&#8217;est pourquoi une des plaintes majeures des habitants de certains quartiers est de se sentir injustement stigmatisés par l&#8217;amalgame qui est fait entre tous les habitants », écrivent les criminologues du CIPC. (51) Les auteurs de l’étude sur l’îlot Pelletier font eux aussi une observation similaire. « Les répondants semblent avoir des perceptions divergentes sur la présence ou sur les interventions policières dans le quartier, lesquelles sont tantôt qualifiées de fortes (trop) ou de faibles (pas assez) », remarquent-ils. (52) Pour sa part, l’étude de l’ASSSM parle d’une « présence policière à la fois désirée et honnie ». (53)</p><p>L’étude du CIPC pointe du doigt plus particulièrement les modes d’intervention policières agressifs en tant que facteur contribuant de manière significative à instaurer un climat de tension durable et à pourrir les relations entre les forces de l’ordre et la population civile dans plusieurs des grands centres urbains qui ont été touchés par les émeutes.</p><p>Selon les criminologues du CIPC, cette analyse s’applique particulièrement bien à la France, où les affrontements entre policiers et jeunes des banlieues qui éclatèrent en octobre et novembre 2005 s’étendirent à la grandeur du territoire et durèrent 24 jours, donnant lieu à la proclamation de l’état d’urgence et entraînant des coûts s’élevant en moyenne à environ 9 millions $ par jour (dollars canadiens). L&#8217;élément déclencheur de la vague d’émeutes avait été le décès de deux adolescents de Clichy-sous-Bois, soit Bouna Traoré, 15 ans, et Zyed Benna, 17 ans, morts par électrocution après s’être réfugiés dans l&#8217;enceinte d&#8217;un poste de transformation électrique alors qu&#8217;ils étaient pourchassés par des policiers.</p><p>Si la mort tragique de ces deux adolescents souleva une vive émotion, la propagation des émeutes à travers des dizaines de banlieues françaises s’explique en bonne partie par une dégradation continuelle des relations entre policiers et citoyens. Selon les criminologues du CIPC, il est nécessaire de regarder du côté des méthodes musclées privilégiées par les forces policières françaises depuis au moins une dizaine d’années dans des endroits désignés comme étant des « points chauds du crime », c’est-à-dire « un petit secteur d’une ville (un immeuble, un stationnement) dans lequel on enregistre un nombre anormalement élevé d’infractions ». (54) Or, le « point chaud » est aussi un « espace géographique où se concentrent des populations pauvres, des foyers désunis, des fratries nombreuses, économiquement précaires et de plus en plus ethniquement ségréguées ».</p><p>D’une part, les autorités ont multipliées les « Brigades Anti Criminalité », que les auteurs de l’étude du CICP dépeignent comme « une police offensive dont les interventions sont souvent perçues comme agressives ou harcelantes pour les populations qui s’en disent les victimes ». D’autre part, elles lancèrent de nombreuses « opérations ‘coup de poing’ spectaculaires à caractère quasi militaire ». Ces deux modes d&#8217;intervention complémentaires « ont tendance à conforter l&#8217;idée que toute la population d&#8217;un quartier est assimilable à quelques délinquants. Dans certains cas, des élus ou dirigeants policiers ont pu promouvoir une théorie du complot qui ferait de ces délinquants les manipulateurs de la population entière », notent-ils. (55)</p><p>Résultat : les modes d’intervention offensifs font monter la température dans les « points chauds », jusqu’au jour où une bavure policière fait exploser le thermomètre. « Au lieu d’apaiser les tensions, les observateurs estiment qu’en l’espace de dix ans, on a assisté à une surenchère dans la loi et l’ordre à l’égard de quartiers considérés comme en état latent de guérilla urbaine, ce qui &laquo;&nbsp;justifierait&nbsp;&raquo; la mise en place de polices d’adaptation &laquo;&nbsp;au terrain&nbsp;&raquo; dans un style de plus en plus militarisé », écrit l’équipe de criminologues. (56)</p><p>Les auteurs de l’étude du CIPC croient aussi que ces mêmes stratégies policières agressives portent leur part de responsabilité dans les émeutes qui éclatèrent à Los Angeles et durèrent six jours en avril et mai 1992, entraînant des coûts s’élevant en moyenne à 75 millions$/jour. L’élément déclencheur de l’émeute avait été l’acquittement de quatre policiers Blancs qui avaient subi un procès pour avoir tabassés un automobiliste Noir, Rodney King, alors qu’ils étaient filmés à leur insu par un vidéaste amateur. Toutefois, si la réaction populaire à ce verdict a pu prendre l’ampleur d’un soulèvement urbain d’une envergure exceptionnelle, c’est parce que d’importantes tensions couvaient depuis bon un moment. « Comme en France, la police réactive, mettant l’emphase sur les unités anti-drogue et antigang et sur un nombre élevé d’arrestations avait amené à renforcer les tensions », font valoir les criminologues au sujet de l’émeute de Los Angeles. (57)</p><p>Comme on le sait, le SPVM s’est lui aussi doté d’une escouade spécialisée dans la lutte aux gangs de rue, soit le groupe Éclipse. Les auteurs de l’étude du CIPC en font d’ailleurs mention. « À Montréal, l&#8217;action des unités ECLIPSE a été également évoquée comme pouvant avoir contribué à aggraver les tensions avec la population en raison de ses modalités d&#8217;intervention. Elle pourrait avoir été l&#8217;origine d&#8217;une exacerbation d&#8217;un sentiment de harcèlement de la part des forces de l&#8217;ordre », écrivent-ils. (58) Les criminologues ne vont pas jusqu’à évoquer ouvertement la possibilité d’un lien entre les méthodes controversées de l’escouade Éclipse et les émeutes de Montréal-Nord. Cette hypothèse gagne toutefois en crédibilité quand on sait que cette escouade a fait son apparition deux mois avant l’émeute du 10 août 2008.</p><p style="text-align: center;">La police peut-elle résister</p><p style="text-align: center;">à la tentation du profilage ?</p><p>Quant au lien de cause à effet entre le harcèlement policier des populations vivant dans les quartiers pauvres et les émeutes, il s’est posé de façon particulièrement claire à l’occasion des émeutes qui éclatèrent à Brixton, un quartier multiethnique au sud de Londres, et qui durèrent trois jours en avril 1981, entraînant des coûts s’élevant en moyenne à 5 millions$/jour. « En 1981 à Brixton, c&#8217;est l&#8217;opération SWAMP qui fut le moteur des incidents. Cette opération qui visait à combattre la délinquance de rue consista simplement à déverser un contingent de policiers dans les rues pour fouiller (stop and search) les individus suspects. En une semaine, 943 personnes furent fouillées, 118 arrêtées et 75 inculpées », écrivent-ils. (59)</p><p>« Brixton agit comme une sorte de cas d&#8217;école de &laquo;&nbsp;ce qu&#8217;il ne faut pas faire&nbsp;&raquo; où l&#8217;émeute est directement engendrée par l&#8217;action de la police, continuent les auteurs de l’étude. Ce type d&#8217;opération, relativement inefficace en terme de lutte contre la criminalité (rétrospectivement toute l&#8217;opération n&#8217;a mené qu&#8217;à une seule inculpation pour vol à main armée, une pour tentative de cambriolage et à une vingtaine pour vol), a été majoritairement perçue par la population comme du harcèlement. Cette même population étant largement composée de minorité ethnique et/ou culturelle, le harcèlement est donc associée à du profilage racial ».</p><p>L’étude du CIPC cite également le cas de l’émeute qui éclata dans la ville australienne de Redfern, en banlieue de Sydney, en février 2004. « En Australie, les motivations racistes de la police dans les conditions d&#8217;intervention ont été ouvertement évoquées, expliquent-ils. (60) Les émeutes ont en effet été déclenchées par la mort d&#8217;un jeune adolescent de 17 ans qui s&#8217;est empalé sur une barrière en tombant de son vélo alors qu&#8217;il se sentait pourchassé par la police. Le jeune était aborigène et le quartier de Redfern joue un rôle important dans la culture aborigène comme un lieu central du mouvement des droits civiques et de la création de services sociaux propres. Les tensions préexistantes entre la police et les populations autochtones ont été soulignées par les rapports officiels. »</p><p>« La question de la discrimination raciale joue un rôle dans l&#8217;ensemble des cas étudiées aux États-Unis et en Angleterre, écrivent ensuite les criminologues. Que cette discrimination soit réelle ou perçue, elle influe sur la manière dont l&#8217;action policière est comprise. Et nourrit le sentiment d&#8217;injustice d&#8217;une certaine partie de la population. Le cas de Montréal-Nord est à ce titre emblématique, alors que la victime est d&#8217;origine hispanique et que les plaintes proviennent surtout de la communauté haïtienne. »</p><p>« La pratique du profilage est au cœur des opérations les plus basiques de l’activité policière, lancent sans détour les auteurs de l’étude du CIPC. Celle-ci consiste à tenter de repérer dans l’environnement visuel tout facteur qui se détache et qui est en conséquence inhabituel. Elle consiste en outre dans des pratiques qui sont fondées sur une statistique intuitive qui produit des inférences erronées. On se fonde par exemple sur le fait que les consommateurs de crack – cocaïne sont presque exclusivement des Noirs pour inférer de façon spécieuse que tous les Noirs consomment de la cocaïne et peuvent donc être soumis à des fouilles. »</p><p>Les auteurs de l’étude du CIPC se montrent particulièrement nuancés dans leur critique du profilage racial exercé par le SPVM. Selon eux, la formation sur le profilage racial offerte par le SPVM serait carrément « excellente ». (63) Notons d’ailleurs que l’un des auteurs de l’étude, le criminologue Jean-Paul Brodeur, est lui-même membre du Comité sur le profilage du SPVM. Voilà qui pourrait peut-être expliquer pourquoi l’étude du CIPC donne l’étrange impression de prendre la défense du SPVM sur cette question.</p><p>« La police fait systématiquement l’objet d’accusations de profilage racial », écrivent les criminologues. Or, selon eux, il s’agirait « dans de nombreux cas le produit d’une imputation erronée ». Autrement dit, le SPVM serait régulièrement faussement accusée de se livrer au profilage racial, « c’est pourquoi la formation contre le profilage racial doit autant s&#8217;attarder à la lutte aux comportement eux-mêmes qu&#8217;au développement d&#8217;habiletés pour atténuer les perceptions de profilage par le public », croient-ils.</p><p>Cela étant, les statistiques internes de la Direction stratégique du SPVM obtenues par journal Métro parlent d’elles-mêmes en ce qui concerne la réalité du phénomène du profilage racial à Montréal. Les données compilées pour la période 2006-2007 indiquent en effet que les personnes noires représentent près d’un tiers (29,1 %) des interpellations alors qu’elles ne forment pourtant que 7 % de la population montréalaise. (64)</p><p>Le pourcentage d’interpellation des Noirs atteint des niveaux vertigineux dans certains endroits, comme à Montréal-Nord, où plus de la moitié (52 %) des personnes interpellées sont noires, alors que celles-ci ne représentent que 17 % de la population de l’arrondissement. À moins d’adhérer à des thèses racistes voulant que les Noirs soient plus enclins à la criminalité du seul fait qu’ils soient Noirs, seul le profilage racial peut expliquer la présence d’un nombre aussi disproportionné de membres de la communauté noire dans les statistiques d’interpellations du SPVM.</p><p>L’usage répandu du profilage chez les policiers québécois est une hypothèse d’autant plus valable quand on sait que le Comité sectoriel du milieu policier sur le profilage racial, composé de représentants de tout le milieu policier au Québec, reconnaissait ouvertement que les forces de l’ordre étaient susceptibles de se livrer à de telles pratiques. « La fonction policière, puisqu’elle fait appel à l’exercice de l’autorité, est propice aux manifestations de comportement de profilage racial ou d’autres formes de profilage illicite », confiait en effet le comité sectoriel dans un rapport d’étape publié en juin 2006. (65)</p><p>L’épineuse question du profilage racial est aussi abordée dans le rapport final des chantiers de Montréal-Nord. « Les interpellations de jeunes par les policiers soulèvent des questions sur les pratiques associées au profilage racial &#8211; que ce soit par les policiers ou par des citoyens qui voient les interpellations parmi ses manifestations, lit-on. (66) Les attitudes de profilage racial entretiennent une relation de méfiance réciproque entre les citoyens et les policiers. Il faut faire évoluer cette relation fondée sur la méfiance vers une relation marquée par une prudence partagée. » (67)</p><p>En se faisant l’écho des allégations de profilage racial dans un rapport aussi officiel, les participants aux chantiers causèrent un certain embarras au SPVM, où l’on préfère utiliser le terme « comportements inattendus » plutôt que celui de profilage racial. (68) C’est dans ce contexte que Jean-Guy Gagnon, directeur adjoint de la direction stratégique du SPVM, accepta de reconnaître, du bout des lèvres il est vrai, l’existence du profilage racial à Montréal. « Il semble effectivement qu&#8217;il y avait parfois du profilage racial dans les interpellations, pas dans le sens d&#8217;arrestations non justifiées, confia-t-il à une journaliste de La Presse. On a eu des plaintes de jeunes. Certains n&#8217;avaient rien à se reprocher. Mais jusqu&#8217;à présent, on n&#8217;a pas de dossier majeur, flagrant, d&#8217;une personne qui aurait abusé de son autorité pour procéder à de mauvaises arrestations. » (69)</p><p>Deux mois après le dépôt du rapport des chantiers, deux adolescentes indiquaient à un journaliste du quotidien The Gazette que les policiers de Montréal-Nord continuaient à interagir différemment avec les jeunes dans les parcs en fonction de la couleur de leur peau. [TRADUCTION] « Quand il y a deux ou trois ou quatre Noirs ou Latinos assis ensembles, alors les policiers s’arrêtent et leur posent des questions », affirma l’une d’elle. « Quand ils sont Blancs, les policiers continuent leur chemin ». (70) À quelques jours du premier anniversaire de l’émeute du 10 août 2008, un résident de Montréal-Nord déclarait au journal Métro que le profilage racial était toujours un phénomène d’actualité. « La police a encore parfois tendance à mettre tous les Noirs dans le même sac. Il faut foutre la paix aux gens de couleur ! », lança-t-il. (71)</p><p>Cependant, les criminologues du CIPC tiennent à faire une distinction entre le phénomène du profilage racial et la pratique des autorités policières consistant à mettre certaines populations dans un même panier. « Sans forcément parler de profilage racial, la mise en place d&#8217;une stratégie policière qui vise une population précise (soit qu&#8217;elle soit effectivement ciblée comme étant une population à surveiller, soit que cette population soit concentrée dans un quartier comme sensible) est souvent invoquée pour expliquer l&#8217;exaspération des individus et les émeutes urbaines qui s&#8217;ensuivent », indiquent-ils. (72)</p><p>Une telle analyse peut facilement trouver son application dans le contexte de Montréal-Nord. Les relations entre policiers et résidents du secteur nord-est n’avaient cessés de se détériorer depuis plusieurs années. Un incident survenu trois mois avant l’émeute du 10 août 2008 en dit d’ailleurs long sur le climat de tension qui s’était installé dans ce secteur particulier.</p><p>Lorsque le véhicule de patrouille d’un policier fut touché par un projectile d’arme à feu, une armée de policiers prit d’assaut les rues du quartier et bouclèrent l’ensemble du secteur, empêchant ainsi les résidents qui se trouvaient à l’extérieur du quadrilatère d’accéder à leurs appartements pendant des heures. L’action du SPVM revenait à traiter toute la population du secteur comme suspecte, voire comme une menace potentielle, une attitude qui ne va pas sans rappeler celle des autorités israéliennes quand elles bouclent la bande de Gaza lorsqu’un kamikaze se fait exploser dans les rues de Tel-Aviv. Ce genre de punition collective ne peut faire autrement que d’alimenter le sentiment de stigmatisation de la population qui en est victime.</p><p>D’ailleurs, l’étude du CIPC ne manque pas de souligner le danger de laisser pourrir la situation, en signalant à quel point les tensions entre citoyens et policiers ont prit des proportions dramatiques en France, atteignant peut-être même le point de non-retour dans certaines zones. « La cristallisation des conflits est telle que dans certaines régions, la police ne se sent plus partie intégrante de la communauté (&laquo;&nbsp;eux&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;nous&nbsp;&raquo;), subit des conditions d&#8217;intervention de plus en plus difficiles en raison de l&#8217;hostilité qui dépasse largement le groupe des personnes criminalisées &#8211; ces difficultés relèvent dans certains cas d&#8217;une grande dangerosité et s&#8217;enferme parfois dans des réactions purement corporatives de &laquo;&nbsp;survie&nbsp;&raquo; », écrivent-ils. (73)</p><p>« Au Canada, l&#8217;exemple le plus dramatique d&#8217;une rupture du contrat de police a été fourni par la crise d&#8217;Oka », rappellent-ils. (74) Cette crise avait éclatée en juillet 1990, lorsque des membres de la nation mohawk prirent les armes pour s’opposer à l’intervention de 125 policiers de la Sûreté du Québec qui avaient été déployés pour démanteler une barricade protégeant un cimetière ancestral menacé de destruction par la municipalité d’Oka.</p><p>« Comme l&#8217;a montré cette crise, la police ne peut par elle-même conjurer des situations où on lui résiste de façon systématique et de façon violente. Dans le cas de la crise d&#8217;Oka, on a dû faire appel à l&#8217;Armée, notent-ils. De façon plus quotidienne, les attaques contre les policiers ont pour effet d&#8217;augmenter de façon perceptible l&#8217;insécurité et au climat de peur qui règne dans la police. Il se pourrait que ce climat porte les policiers à avoir recours à la force de façon plus précipitée qu&#8217;auparavant, afin de se protéger ».</p><p style="text-align: center;">Porter plainte porte-t-il fruit ?</p><p>Les auteurs de l’étude du CIPC font également valoir un autre facteur important dans l’exacerbation de tensions entre policiers et citoyens. « Le traitement des plaintes envers la police constitue un facteur plus significatif d&#8217;apaisement ou d&#8217;exacerbation des relations police-communauté, rapportent-ils. (75) On peut faire l&#8217;hypothèse qu&#8217;un bon système de traitement des plaintes, où la transparence et l&#8217;indépendance des processus sont assurées et (re)connues, permet de diminuer les tensions (ou à tout le moins n&#8217;offre pas un terreau fertile aux frustrations). » (76)</p><p>Les criminologues s’appuient sur le cas de l’émeute qui éclata à Mount Pleasant, un quartier multiethnique de Washington DC, en mai 1991, et dura deux jours. L’élément déclencheur de l’émeute a été l’arrestation d’un homme d’origine salvadorienne, qui a été blessé à la poitrine par le tir d’un policier alors qu’il était menotté. « Patricia Orloff souligne dans son rapport sur les émeutes de Mount Pleasant (Washington) en 1991 que leur origine réside partiellement dans les difficultés pour les résidants à faire aboutir leurs plaintes pour mauvaises conduites de la part de policiers », écrivent-ils. (77) Orloff met également en cause les problèmes de communication causés par la barrière de la langue. « Les résidants du quartier de Mount Pleasant, majoritairement hispanophones, ont tout simplement de la difficulté à communiquer avec les forces de l’ordre. L&#8217;impuissance de la population aurait nourri les tensions », lit-on.</p><p>Le rapport final de Montréal-Nord en santé met également de l’avant la nécessité d’accroître l’accessibilité aux mécanismes de plaintes. « Les mécanismes de dépôt et de traitement des plaintes concernant le travail des policiers doivent faire l’objet d’une diffusion plus large pour informer la population de l’existence de ces mécanismes et des procédures à suivre le cas échéant. Les formulaires concernés doivent être rendus accessibles à d’autres endroits que le Poste de quartier (PDQ) et être accessibles par internet », peut-on lire. (78)</p><p>Les participants au chantier sur la sécurité et la prévention semblaient adhérer à l’idée selon laquelle la rareté des plaintes fait parti du problème, ou à tout le moins n’aide en rien à surmonter les tensions entre les policiers et les résidents de Montréal-Nord. « Le nombre de plaintes demeure très faible, ce qui semble aller à l&#8217;encontre de perceptions qui circulent au sein de la population, note en effet le rapport. Il est donc difficile pour le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) de faire la part entre les cas réels et les rumeurs. En l&#8217;absence de plaintes formelles, il est difficile d&#8217;apporter les correctifs nécessaires », lit-on également. (79)</p><p>Toutefois, ce que l’étude du CIPC et le rapport des chantiers ne disent pas, c’est qu’il serait moins difficile de convaincre les citoyens brimés d’exercer leurs droits s’il était facile de démontrer que leur plainte peut porter fruit. Or, rien n’est moins sûr quand on prend connaissance des propos tenus par Jean-Guy Gagnon, directeur adjoint au SPVM, lors d’un entretien accordé à une journaliste de La Presse après le dépôt du rapport des chantiers. Gagnon avait alors reconnu que certains agents du Poste de quartier 39 avaient fait l’objet de plaintes mais révéla du même coup qu’il n’y avait eu aucune sanction ou réprimande officielles. « Il n&#8217;y a pas eu de sanctions. On a eu des plaintes, il y a eu médiation ou retrait de plaintes, mais on n&#8217;a aucun dossier précis de policiers reconnus coupables de profilage racial », affirma Gagnon. (80)</p><p>En fait, si les recours légaux existent pour les victimes de profilage racial et d&#8217;abus policiers, il reste que les organismes institutionnels spécialisés dans la protection des droits de la personne et du public ne sont souvent pas à la hauteur de la tâche et manquent visiblement d&#8217;efficacité. À cet effet, la longueur des délais à la Commission des droits de la personne est tristement légendaire. « Les délais d&#8217;enquête sont parfois si longs qu&#8217;ils constituent, pour la victime de discrimination, une injustice qui vient simplement s&#8217;ajouter à celle qu&#8217;elle décrie déjà dans sa plainte », observa Christian Brunelle, avocat et étudiant au doctorat en droit à l&#8217;Université d&#8217;Ottawa. (81)</p><p>Ainsi, lorsque des jeunes âgés de 13 à 16 ans résidents dans des HLM du quartier Saint-Michel portèrent plainte pour profilage racial en septembre 2003, il fallut plus de quatre années d’enquête à la Commission des droits de la personne avant que celle-ci n’en vienne à la conclusion, en janvier 2008, que les policiers avaient fait preuve de comportements discriminatoires. (82) Le processus fut si long que les jeunes résidents avaient désormais atteint l’âge adulte ! Et ce n’était pourtant qu’un début&#8230;</p><p>En effet, rien n’était encore réglé puisque la Ville de Montréal rejeta les conclusions formulées par la Commission, de sorte que le dossier dû être porté devant le Tribunal des droits de la personne, entraînant ainsi d’autres délais additionnels pour les victimes qui doivent encore une fois prendre leur mal en patience avant d’obtenir justice – si elles obtiennent effectivement justice un jour.</p><p>La situation n’est guère plus reluisante du côté du système de déontologie policière qui a été mis en place en 1990 pour traiter les plaintes du public à l’égard de policiers qui dérogent aux devoirs et normes de conduite qu’ils sont tenus d’observer dans l’exercice de leurs fonctions. Le Commissaire à la déontologie policière a bien prit acte de l’importance du phénomène du profilage racial au Québec. En effet, depuis 2006, le Commissaire dresse un inventaire des plaintes soulevant des allégations de racisme ou de profilage racial dans ses rapports annuels.</p><p>Ainsi, dans son rapport de gestion 2007-2008, le Commissaire à la déontologie policière rapporta qu’il avait reçut 97 plaintes de ce type, dont 70 % visait des membres du SPVM. (83) Or, une seule de ces 97 plaintes donna lieu à une citation devant le Comité de déontologie policière, le tribunal administratif qui peut imposer des sanctions, allant de l’avertissement jusqu’à la destitution, aux policiers fautifs. Il est tout de même difficile de croire qu&#8217;une seule de ces 97 plaintes était fondée !</p><p>Chose certaine, le sous-financement de la Commission des droits de la personne et du système de déontologie policière en dit long sur le faible niveau d’intérêt du gouvernement québécois à l’égard des victimes d’abus policiers et de profilage racial. Quand les organismes chargés de veiller au respect des droits de la personne n’arrivent pas à faire le poids face à la puissante machine policière, les recours légaux perdent de leur crédibilité au profit de recours plus musclés et, bien entendu, moins légaux…</p><p style="text-align: center;">La police blanchit la police</p><p>Parmi les autres facteurs accroissant les tensions entre citoyens et policiers, l’étude du CIPC a identifié les problèmes de crédibilité entourant les enquêtes sur la police dans les cas de mort d’homme. « Il faut insister sur l’impact de ce type d’enquête sur le lien de confiance entre la police et la communauté », plaident-ils. (84) Les criminologues citent plus particulièrement le cas des émeutes de Cincinnati, qui durèrent quatre jours au mois d’avril 2001. Déclenchées par la mort de Timothy Thomas, un jeune Noir âgé de 19 ans tombé sous les balles de la police, les émeutes de Cincinnati avaient été considérées comme étant le plus important événement du genre aux États-Unis après la révolte des quartiers de Los Angeles, en 1992.</p><p>« À Cincinnati, les émeutes eurent lieu deux jours après la mort de Thomas, signifiant qu’il y avait de la place pour mettre sur pied une stratégie de communication apaisante, en lieu et place du silence observé par le chef de police, écrivent les criminologues. (85) Notons que ce silence fut dicté en partie par les évolutions de la version des faits fournie par l’officier de police Roach qui avait fait feu sur Thomas. Roach affirma d’abord avoir tiré après les sommations d’usage, mais l’incident avait été filmé et lorsqu’il fut confronté aux images qui prouvaient sans l’ombre d’un doute que ces sommations n’avaient pas eu lieu, la défense de Roach changea pour arguer d’un tir accidentel. » Selon les criminologues du CIPC, « ce manque de transparence du processus d&#8217;enquête est directement mis en cause pour expliquer le déclenchement de l&#8217;émeute ».</p><p>L’étude du CICP soulève aussi certaines questions à l’égard du mécanisme d’enquête qui est en place au Québec pour traiter les homicides causés par des policiers. Selon la politique ministérielle en vigueur, lorsqu’un policier enlève la vie ou blesse sérieusement un citoyen lors d’une intervention, l’enquête est confiée à un autre corps policier. « Il est frappant de constater la longueur des enquêtes effectuées par un corps de police sur un autre. Celle-ci est d’autant plus surprenante que les auteurs de l’homicide sont clairement identifiés. Il ne s’agit pas d’identifier ces auteurs que de déterminer s’ils ont agi de façon coupable ou justifiée, en tirant sur un citoyen », notent les criminologues. (86)</p><p>Le contraste est encore plus saisissant lorsque l’on compare la vitesse moyenne avec laquelle les enquêteurs de la section des homicides solutionnent la majorité des affaires courantes de meurtre, c’est-à-dire les dossiers où les agissements des policiers ne sont pas en cause. « Les affaires d’homicides sont en général très rapidement résolues par les corps policiers, à moins qu’il ne s’agisse de règlements de comptes entre professionnels. Une étude de Brodeur fondée sur l&#8217;examen des archives du SPVM (1990-2002) a démontré que plus de 60 % des causes résolues l’étaient en moins de 24 heures », indiquent les auteurs de l’étude du CIPC.</p><p>Selon eux, les délais dans la résolution des enquêtes portant sur des policiers instaurent un climat malsain. « La longueur des enquêtes a pour résultat de créer un doute dans l&#8217;opinion publique. Celle-ci en vient à soupçonner que la longueur des enquêtes tient au fait que l&#8217;on ramasse tous les éléments qui peuvent être invoqués pour disculper les policiers impliqués (des collègues). Comme divers policiers le reconnaissent, si c&#8217;était un citoyen qui avait tiré dans l&#8217;attroupement à Montréal-Nord, il aurait été conduit à son enquête préliminaire dans les jours suivant, sinon le lendemain, font valoir les criminologues. En conclusion, la longueur des enquêtes est un obstacle de taille à leur transparence. Il faudrait résoudre ce problème de façon prioritaire. »</p><p>Rappelant que les différences de traitement dont font l’objet les policiers sous enquête sont « difficilement justifiables aux yeux de la population », les auteurs de l’étude vont même jusqu&#8217;à affirmer que la police aurait elle-même intérêt à remettre en question le statu quo existant actuellement au Québec au niveau du fonctionnement du mécanisme d’enquête en vigueur. « En acceptant d&#8217;être traitée différemment, la police dessert sa propre image et affaiblit la confiance du public envers elle », croient-ils. (87) « Si la police ne peut agir directement sur des modifications aux politiques ministérielles, elle peut améliorer la communication sur ces enquêtes, écrivent les criminologues. La tendance systématique à observer le silence tant que l&#8217;enquête suit son cours, est dommageable. La mise sur pied d&#8217;une communication plus claire et transparente devrait être privilégiée dans le futur ». (88)</p><p>D’ailleurs, c’est précisément ce qui a été tenté dans les semaines qui suivirent la mort de Fredy Villanueva. Après l’émeute du 10 août 2008, les autorités savaient trop bien qu’elles marchaient sur des œufs et qu’un seul faux pas pouvait entraîner bien des dégâts. Aussi, les responsables politiques ont vite convenu que l&#8217;enquête de la Sûreté du Québec sur la mort de Fredy devait faire l’objet d’une gestion médiatique particulière. Conscient des problèmes inhérents de crédibilité d’une enquête policière sur une bavure policière, le ministre de la Sécurité publique Jacques Dupuis a mit en place une stratégie de communication destinée à apaiser les soupçons de camouflage et de collusion qui prenaient racine au sein de la population. « Il y a un scepticisme vis-à-vis de l&#8217;enquête criminelle », reconnut lui-même le ministre Dupuis. (89)</p><p>Dans un communiqué de presse émis dès le lendemain de l’émeute, le ministre Dupuis assurait que l’enquête de la SQ « sera effectuée en toute transparence ». (90) Il ne s’agissait là que de la première d’une série de déclarations rassurantes. « J&#8217;ai demandé au directeur de la Sûreté du Québec de renseigner la population régulièrement sur le déroulement de cette enquête, pour que la population sache ce qui se passe », expliqua le ministre responsable des corps policiers québécois. (91) Une telle façon de procéder rompait évidemment avec le mutisme habituel observé par les corps policiers lorsqu’une enquête est en cours.</p><p>Or, dans les faits, la SQ se montra plutôt avare de détails dans ses communications avec le public. Par exemple, neuf jours après le décès de Fredy, la SQ affirmait avoir rencontré 70 témoins mais refusait de dire si les agents Jean-Loup Lapointe et Stéphanie Pilote, les deux principaux protagonistes de l’affaire, avaient été interrogés. (92) Dans ces conditions, comment croire en l’objectivité d’une enquête controversée si ceux-là même qui la mènent refusent de fournir des preuves de leur impartialité ?</p><p>Mais la stratégie de communication des autorités dans le dossier Villanueva ne s’arrêtait pas à l’enquête de la SQ. Le ministre Dupuis annonça également que la Direction des poursuites pénales et criminelles allait communiquer en détail sa décision à la population. « Si un procureur décide de ne pas poursuivre, ses motifs seront expliqués », assura Dupuis. (93) Encore une fois, il s&#8217;agissait là d&#8217;une procédure inhabituelle puisque les procureurs ne cherchent jamais à justifier le bien-fondé de leurs décisions auprès de l’opinion publique.    « Mais c&#8217;est un dossier clairement sensible », indiqua Me Martine Bérubé, porte-parole du Directeur des poursuites criminelles et pénales. (94)</p><p>En fait, le dossier était si « sensible » que la décision de ne porter aucune accusation contre l’agent Jean-Loup Lapointe fut suivie immédiatement par une autre décision, celle-là annoncée en personne par le ministre Dupuis le 1er décembre 2008, soit la tenue d’une enquête du coroner sur les causes et les circonstances du décès de Fredy Villanueva. Il fait peu de doute que la décision du ministre Dupuis fut inspirée par la crainte que Montréal-Nord ne s&#8217;embrase à nouveau.</p><p>C’est ce que suggérait un éditorial publié dans The Gazette qui critiquait la décision du gouvernement de ne pas ordonner la tenue d’une enquête publique relativement à la mort de Mohamed Anas Bennis, un jeune musulman abattu par la police dans le quartier de Côte-des-Neiges, le 1er décembre 2005. [TRADUCTION] « Il est difficile de comprendre pourquoi Dupuis ordonna une enquête dans un cas et pas dans l’autre, écrivit l’équipe éditoriale en faisant allusion à la mort de Fredy et à celle de Anas. (95) « Nous préférerions ne pas penser que sa décision a été teintée par les désordres publics qui suivirent dans l’affaire Villanueva, mais nous ne pouvons pas voir beaucoup de différences entre les deux cas. » C&#8217;est donc dire que le spectre de l&#8217;émeute n&#8217;a jamais cessé de planer au-dessus des dirigeants politiques durant les mois qui suivirent la mort de Fredy.</p><p>L’attitude de la Fraternité des policiers et des policières de Montréal était tout aussi paradoxale que celle du ministre Dupuis, sinon plus : dans l’affaire Villanueva, elle adopta la position officielle à l’effet qu’elle « appuie l&#8217;enquête publique du coroner » (96), tandis que dans l’affaire Bennis, elle demanda plutôt à la Cour supérieure d’ordonner l’annulation de l’enquête publique du coroner. Il y a de quoi se demander si la Fraternité et le ministre Dupuis auraient réagi de la même manière si la mort de Mohamed Anas Bennis avait été suivie d’une émeute. « Nous avons tout fait pour que le calme règne dans la communauté, et promu la paix à l’image de mon frère. Mais ce calme ne nous a pas servi. Aujourd’hui, on rit de nous », lança Najlaa Bennis, sœur de Mohamed, à sa sortie d’une sortie d’une séance de cour éprouvante, le 29 juin 2009. (97)</p><p style="text-align: center;">Jouer à l’autruche, c’est jouer avec le feu</p><p>D’entrée de jeu, un grand nombre de personnes perçurent la décision de tenir une enquête publique sur la mort de Fredy Villanueva comme un vulgaire stratagème destiné à faire avaler la pilule à ceux qui digèrent mal le blanchiment de l’agent Jean-Loup Lapointe. Quant aux autres, moins nombreux, qui salueront la tenue d’une enquête publique dans cette affaire, ils déchanteront peu à peu.</p><p>D’une part, le juge Robert Sansfaçon qui s’était vu confié l’enquête à titre de coroner ad hoc s’emploiera rapidement à faire baisser le niveau d’attentes chez ceux qui souhaitaient qu’il examine certains des problèmes qui affligent les résidents du secteur nord-est de l’arrondissement, comme les conditions de vie difficiles et les rapports tendus entre citoyens et policiers. Ainsi, trois jours après sa nomination, le coroner ad hoc Sansfaçon tenta de clarifier la nature de son mandat en déclarant à un journaliste de La Presse Canadienne qu’il n’avait pas été nommé pour mener « une commission d&#8217;enquête royale portant sur les relations entre des agents de la paix et une population d&#8217;une région de Montréal ». (98)</p><p>D’autre part, le refus du gouvernement d’honorer sa promesse d’assumer les frais de représentation légale des deux jeunes qui ont été blessés par les balles tirées par l’agent Lapointe discrédita encore davantage l’enquête. La situation paraissait d’autant plus intolérable compte tenu du fait que six avocats chevronnés allaient veiller aux intérêts des policiers durant l’enquête. François Bérard, coordonateur du Mouvement solidarité Montréal-Nord, déclara au quotidien Le Devoir que l’intransigeance du ministre Dupuis sur la question des frais d’avocat alimentait le sentiment à l’effet que « les dés sont pipés en faveur des policiers ». (99) Ironiquement, l’enquête « augmente les tensions plutôt que de les apaiser », constata Bérard.</p><p>Le débat concernant la portée du mandat de l’enquête s’intensifia en mai 2009, après que le boycott de l’enquête par la famille Villanueva et les organismes qui la soutiennent eut pour effet d’inciter le coroner ad hoc Sansfaçon à suspendre indéfiniment les procédures. Les membres de la famille Villanueva remirent ouvertement en question l’utilité même de l’enquête. « J&#8217;ai pas besoin d&#8217;une enquête pour qu&#8217;on me dise que mon frère est mort parce qu&#8217;il a reçu 3 balles », déclara Patricia Villanueva à Radio-Canada. (100) Pour la Ligue des droits et libertés, qui réclamait depuis le tout début de l’affaire Villanueva la tenue d’une enquête publique au mandat large, l’enquête du coroner est un « forum restreint » permettant aux autorités politiques de ne pas s’« attaquer de front » aux problèmes du profilage et de l’impunité policière. (101)</p><p>De son côté, l’ex-coroner Guy Gilbert, qui mena l’enquête publique sur la mort du caporal Marcel Lemay lors de la « crise d&#8217;Oka », s’interrogea à voix haute sur l’attitude de Sansfaçon. « Si j&#8217;étais le juge Sansfaçon, je me dirais que je n&#8217;ai certainement pas été nommé coroner seulement pour réexpliquer au public que la balle du policier a atteint le jeune Villanueva» , déclara-t-il à une journaliste de La Presse. (102) Il y a 50 personnes au Bureau du coroner qui auraient pu faire l&#8217;enquête. Pourquoi a-t-on nommé le juge Sansfaçon ? Pour qu&#8217;il donne à cette enquête des retombées qui auront du poids dans le public. »</p><p>Me Gilbert parlait en connaissance de cause. L’enquête qu’il avait menée ne s&#8217;était pas limitée aux circonstances de la fusillade qui causa la mort du caporal Lemay, mais avait également abordé le contexte plus large, notamment les relations entre les Mohawks de Kanesatake et les gouvernements municipaux et fédéraux. Dans son rapport, Me Gilbert recommanda que la SQ obtienne le feu vert du gouvernement québécois avant d’intervenir par la force dans une municipalité pour résoudre un « conflit communautaire ». (103) « S&#8217;il y a un antagonisme entre la police et certains milieux sociaux, si le seul fait qu&#8217;on soit Noir ou que ça se passe dans tel district, c&#8217;est déjà deux prises contre la personne appréhendée, cela justifie qu&#8217;on l&#8217;examine dans une enquête comme celle-ci », affirma-t-il en faisant allusion à l’enquête sur la mort de Fredy.</p><p>Certains formateurs d’opinion ne voyaient toutefois pas d’un bon œil la tenue d’une enquête au mandat élargi. « Les partisans d&#8217;une enquête plus large voudraient que soient étudiés les problèmes sociaux du quartier et les comportements des policiers. Ces questions, certainement importantes, ont déjà fait l&#8217;objet des &laquo;&nbsp;chantiers de Montréal-Nord&nbsp;&raquo; lancés par le maire Gérald Tremblay », écrivit l’éditorialiste de La Presse André Pratte. (104) De son côté, la chroniqueuse du Devoir Denise Bombardier était d’avis qu&#8217;« commission d&#8217;enquête tous azimuts » donnerait lieu à un « psychodrame » puisqu’elle pourrait offrir une tribune aux « adversaires irréductibles de la police, ceux qui blâment les policiers quelles que soient leurs interventions » et, pire encore, aux « idéologues de la lutte des classes » ! (105)</p><p>Dans leur étude, les criminologues du CIPC se prononcent en faveur d’une analyse élargie du contexte entourant les interventions policières qui servent d’éléments déclencheurs aux émeutes. « Le système d&#8217;action concret de chaque événement malheureux qui va enclencher ou inhiber un épisode de violence doit être scruté en l&#8217;élargissant au contexte exact de ce qui a précédé l&#8217;événement et de ce qui l&#8217;a immédiatement suivi, plaident-ils. Le but n&#8217;est pas de pondérer les responsabilités et les défaillances respectives des protagonistes, comme il en va d&#8217;un magistrat. Il est plutôt de pouvoir reconstituer la palette des interactions possibles, jusqu&#8217;à pointer le moment où elles auraient échappé à la maîtrise des protagonistes ». (106)</p><p>L’étude du CIPC offre d’ailleurs un survol des réponses des autorités politiques dans les autres pays. « En Angleterre et en Australie, des commissions d’enquête parlementaires ont été mises en place avec de larges mandats », notent les criminologues. (107) Ainsi, les émeutes de Brixton de 1981 ont été suivies quelques jours plus tard par la mise sur pied d’une commission d’enquête présidée par le baron Leslie George Scarman. Dans son rapport, lord Scarman « pointait la nécessité de prioriser une réponse sociale d’envergure à la gestion des quartiers défavorisés, avant même de chercher à recréer le lien de confiance entre la police et la population ».</p><p>La réponse politique aux émeutes de Redfern ne s’est également pas fait attendre. « En Australie, la Commission parlementaire a été mise en place dès le 26 février 2004, soit 10 jours après les faits et a rendu un rapport intermédiaire consistant en août, puis un rapport définitif très complet en décembre de la même année, lit-on. (108) Ces rapports couvrent tant les modalités d’intervention des forces de police et leurs – mauvaises – relations avec la population, que les enjeux de renouvellement urbain des deux quartiers concernés, l’ensemble des désavantages sociaux subis par ces populations; la – piètre – qualité des services publics sur ces territoires, ou encore les difficultés liées à l’implantation d’un centre d’échanges de seringues pour les personnes toxicomanes. Toutes ces problématiques sont abordées sous l’angle et dans le contexte particulier de la situation des personnes autochtones qui cumulent les handicaps. »</p><p>À l’opposé, en France, où la situation semble particulièrement critique, « le ministère de l’Intérieur s’est opposé à toute demande de création d’une commission d’enquête indépendante sur la crise de l’automne 2005 à l’image de la célèbre commission d’enquête de Lord Scarman, rapportent les auteurs de l’étude. Il faut dire que la majorité politique à l’Assemblée s’y est également opposé, en dépit des appels de l’un des sociologues les plus écoutés et influents sur les questions de police et sécurité, Sebastian Roché, qui a prêché en vain à ce sujet sur toutes les ondes et presses écrites ». Les criminologues du CIPC vont jusqu’à affirmer que le manque d’ouverture des autorités françaises donne lieu à une « véritable pénurie organisée » d’informations.</p><p>Toutefois, tant en Angleterre qu’en Australie, les commissions d’enquête qui furent mise sur pied après les émeutes ne semblent pas s’être traduites par des changements concrets. « En 1987, le bilan des recommandations du rapport Scarman est décevant : rien ou presque n’a été fait et les budgets alloués pour reconstruire les quartiers en difficulté n’ont cessé de diminuer au fil des ans », indiquent les auteurs de l’étude du CIPC. En Australie, les résultats tangibles semblent incertains. « Malgré nos recherches, il ne semble pas qu’un bilan complet du suivi de ces recommandations ait été établi », lit-on. (109)</p><p>Les auteurs de l’étude du CIPC sont cependant d’avis que la multiplication des enquêtes est porteuse d’un « effet pervers ». « Le nombre des recommandations se multiplie en proportion du nombre des enquêtes, remarquent-ils. (110) Passé un certain seuil, la somme des recommandations produit des effets d’annulation, une recommandation en annulant d’autres, ou devient tellement grande qu’elle défie toute tentative d’application. » À titre d’exemple, ils mentionnent que les émeutes de Redfern ont donné lieu à une profusion d’enquêtes. Selon eux, mieux vaut s’en remettre à une seule et unique enquête, en autant qu’elle soit complète. « Une seule enquête systématique est de loin préférable à une accumulation de rapports extérieurs parfois divergents et dont on ne fait jamais la synthèse », concluent-ils.</p><p>Au Québec, les relations entre les corps policiers et les membres des communautés ethnoculturelles firent l’objet de quelques enquêtes ou groupes de travail au cours des vingt dernières années, aboutissant à des rapports apportant chacun leur lot de recommandations. Souvent, il a fallut un drame pour inciter le gouvernement à lancer ce genre d’initiatives : le rapport Bellemare (1988) faisait suite à la mort d’Anthony Griffin, un jeune Noir de 19 ans tué « accidentellement » d’une balle dans la tête tirée par l’agent Allan Gossett, le 11 novembre 1987, tandis que le rapport Corbo (1993) faisait suite à l’affaire Marcellus François, un Noir de 24 ans abattu « par erreur » d’une balle en plein front tirée par le sergent Michel Tremblay du SWAT, le 3 juillet 1991.</p><p>Or, selon Dan Philip, président de la Ligue des Noirs du Québec, la mise en application de ces recommandations laisse à désirer. « Si les corps de police et les gouvernements avaient respecté les recommandations des rapports du passé, le type d&#8217;intervention policière qui a coûté la vie à Fredy Villanueva ne se produirait plus, déclara Philip quelques jours après l’émeute du 10 août 2008. (111) Depuis la mort de Marcellus François, toutes sortes de situations semblables se sont produites. Il n&#8217;y a pas eu de changement de mentalité, de culture au sein de la police. » Ainsi, les recommandations du rapport Corbo portant sur la formation des policiers au niveau des rapports avec les communautés ethnoculturelles n’ont pas produit les résultats escomptés. « Il n&#8217;y a eu aucun développement au niveau de la formation dans les collèges », affirma Fo Niemi, directeur du Centre de recherche-action sur les relations raciales.</p><p>Une chose est sûre : ce n&#8217;est certainement pas en ignorant les problèmes qu&#8217;on les règle. Au contraire, c&#8217;est en ignorant les problèmes qu&#8217;on les perpétue. Et c&#8217;est en perpétuant les problèmes qu&#8217;on les aggrave. Dans cette optique, ce n&#8217;est qu&#8217;une question de temps avant qu&#8217;une autre intervention policière brutale aux conséquences tragiques, comme celle qui coûta la vie à Fredy Villanueva, ne donne lieu à d&#8217;autres émeutes dans une des « zones sensibles » de l&#8217;agglomération métropolitaine. Et à ce moment-là, le gouvernement du Québec n&#8217;aura que lui-même à blâmer pour avoir raté une opportunité de s’attaquer de front aux problèmes de fond qui sont à la base du sentiment de colère qui gronde chez les moins nantis.</p><p style="text-align: center;">La police communautaire :</p><p style="text-align: center;">en user avec précaution</p><p>Les auteurs de l’étude du CIPC ne se contentent pas de faire l’inventaire des facteurs exacerbant les tensions entre policiers et citoyens : ils mettent également de l’avant ce qu’ils considèrent être des pistes de solution pour apaiser les relations conflictuelles entre les forces de l’ordre et les membres de la communauté. En ce qui concerne le volet préventif de leur démarche, les criminologues ne cachent pas qu’ils sont entièrement convertis aux vertus de la police communautaire.</p><p>« Les modes d&#8217;intervention de la police en situation d&#8217;urgence, les accusations de profilage racial jouent un rôle dans le déclenchement des émeutes, mais, dans la durée, le climat de tensions entre citoyens et police paraît très lié à la qualité de l&#8217;exercice quotidien de la police et aux relations que les agents, tout comme l&#8217;institution, entretiennent avec la population », croient-ils. (112) Lors d’un entretien avec une journaliste de La Presse, le criminologue Jean-Paul Brodeur, co-auteur de l’étude du CIPC, réaffirma sa profession de foi en faveur de la police communautaire. « Si la philosophie de police communautaire était appliquée intégralement, on n&#8217;aurait pas eu d&#8217;incident comme celui de Montréal-Nord », alla-t-il jusqu’à dire. (113)</p><p>Pour les criminologues du CIPC, la prévention des tensions, et donc des émeutes, passe obligatoirement par un rapprochement harmonieux entre la population civile et les forces de l’ordre. « La police communautaire contribue à la prévention et à la détection du risque de violences urbaines par la qualité de son immersion dans le contexte local », font-ils valoir. (114) Dans cette perspective, la police communautaire apparaît comme une stratégie viable de maintien de l’ordre dans les « zones sensibles » où vivent des populations frappées par différentes formes d’exclusion– pauvreté et racisme – ce qui fait d’elles des menaces potentielles qu’il convient d’encadrer et d’avoir à l’œil.</p><p>Montréal-Nord en santé se fait aussi l’apôtre du rapprochement policier-citoyen. Ainsi, le rapport final des chantiers fait de la « restauration des liens de confiance » entre les policiers et les résidents « une priorité immédiate ». (115) « Cet objectif doit cibler d’abord et avant tout la population du secteur nord-est », précise-t-on. « Des initiatives à court terme doivent être amorcées pour favoriser une meilleure compréhension par la population du travail policier, d’une part, et pour améliorer la connaissance du milieu par les policiers. » La direction du SPVM abonde dans le même sens. « Les événements d’août 2008 à Montréal-Nord sont venus rappeler qu’il est plus que jamais nécessaire d’accentuer la concertation et de se rapprocher de la communauté », lit-on dans le Plan d’action 2009 préparé par la Section de la recherche et de la planification de la Direction stratégique du SPVM. (116)</p><p>Par ailleurs, l’analyse comparative du phénomène émeutier à l’échelle internationale n’a fait que raffermir la croyance des criminologues du CIPC dans la pertinence de l’approche communautaire. « L&#8217;analyse des événements en France, au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Australie montre clairement qu&#8217;ils ont été préparés et nourris par les difficultés de compréhension et le manque de liens entre police et population. Les manques comme les excès de l&#8217;action de police aggravent ces antagonismes. Face à ces difficultés, la police communautaire ou police de proximité est considérée comme la réponse &laquo;&nbsp;évidente&nbsp;&raquo; aux violences urbaines », écrivent les auteurs de l’étude. (117)</p><p>« En France, à la suite des émeutes de novembre 2005, le retour à une police plus proche de la population et des réalités locales a été réclamée fortement par les maires et de nombreux intervenants sociaux et se veut une réponse au besoin de sécurité quotidienne. En Australie et au Royaume-Uni, le renforcement de la relation de proximité, de compréhension des identités culturelles et de respect ont également été érigées en remèdes principaux à ces conflits », poursuivent-ils. (118)</p><p>Or, comme le mentionnent eux-mêmes les criminologues du CIPC, la formule de la police communautaire a pourtant montré ses limites lors de l’émeute qui éclata au centre-ville de Montréal, le 9 juin 1993, après la conquête de la Coupe Stanley par le club de hockey Le Canadien, entraînant des dégâts atteignant 10 millions $ et faisant 168 blessés, dont 49 policiers. (119) « La planification du service d’ordre mis en place pour conjurer les violences de la nuit du 9 au 10 juin 1993 obéissait aux principes de la police communautaire, selon lesquels il est préférable de se rapprocher de la communauté que de l’affronter de façon physique », rapportent les auteurs de l’étude. (120) Cette nuit-là, les policiers avaient notamment reçus pour consigne de « s’abstenir de porter l’équipement anti-émeute » et de « laisser la foule célébrer la victoire du Canadien, sans intervenir de manière agressive ».</p><p>Chargé de faire enquête sur les multiples déboires qui ont marqués les opérations policières durant cette nuit d’émeute, le juge Albert Malouf en était venu à la conclusion que l’approche communautaire se prêtait plutôt mal aux débordements de foule. « Si l&#8217;option communautaire était la meilleure pour prévenir les violences collectives à long terme, elle n&#8217;était pas la meilleure méthode de confronter une foule prête à se livrer au désordre », écrivit le juge Malouf. (121) Dans un rapport interne portant sur le même événement, le directeur de l’ancien poste 25, Guy Lavoie, et son adjoint, Michel Beaudoin, se demandaient « si nos policiers &laquo;&nbsp;communautaires&nbsp;&raquo; peuvent toujours effectuer rapidement un virage et devenir des policiers répressifs ». (122)</p><p>S’ils sont d’avis qu’une « police de conciliation avec la communauté dans ses diverses incarnations est sans doute la meilleure approche pour prévenir les violences urbaines », les criminologues du CIPC reconnaissent toutefois que la formule de la police communautaire souffre d’un certain « paradoxe » dans un contexte tumultueux. « Lorsque ces violences se déclenchent, cette stratégie de conciliation et de rapprochements est disqualifiée et contre-productive. Une bande d’émeutiers ne correspond plus à ce qu’on peut appeler une &laquo;&nbsp;communauté&nbsp;&raquo; », écrivent-ils. (123)</p><p>« Les policiers sont dès lors dans une situation classique de double exigence (double bind), continuent les criminologues. Dans la mesure où ils demeurent attachés à la police communautaire, ils ont tendance à vouloir éviter la confrontation avec les éléments qui sont susceptibles de se livrer à des comportements d’émeutiers ; dans la mesure où ils doivent réprimer l’émeute lorsqu’elle se produit, leurs actions se partagent entre la sous-réaction à la gravité de la situation et à la sur-réaction qui risque de mener à des abus dans l’usage de la force. Dans notre expérience, cette ambivalence n’a jusqu’ici jamais été résolue dans les cas de violences collectives spontanées. » (124)</p><p>On se rappellera sans doute que la formule de la police communautaire avait encore une fois été mise sur la sellette après le grabuge au centre-ville montréalais qui a suivi la victoire du Canadien en huitième de finale contre les Bruins de Boston, le 21 avril 2008, donnant lieu à des dégâts s’élevant à environ un demi-million de dollars. À l’époque, le directeur du SPVM, Yvan Delorme, en avait laissé plus d’un perplexe en expliquant que les policiers avaient adopté une « approche conviviale » pour « accompagner les partisans dans les célébrations ». (125)</p><p>Après les émeutes de Montréal-Nord, la Fraternité n’hésita pas à questionner ouvertement la pertinence de l’approche communautaire du SPVM. « Quand on nous tire dessus comme c’est arrivé le soir du 10 août, l’approche communautaire ne peut plus rien y faire », affirma le président de la Fraternité, Yves Francoeur. (126) « Il y a un réel danger que nous perdions le contrôle des éléments les plus criminalisés et les plus imprévisibles de notre société, je parle ici des gangs de rues, pendant que l’on multiplie les appels au calme et que l’on reste cachés derrières les poteaux, les soirs d’émeute. »</p><p>Francoeur se montra particulièrement cinglant envers le directeur Yvan Delorme lors d’une entrevue accordée au Journal de Montréal deux semaines après les émeutes de Montréal-Nord. « Notre boulot, à la police, c&#8217;est la répression. Nous n&#8217;avons pas besoin d&#8217;un agent sociocommunautaire comme directeur, mais d&#8217;un général. Après tout, la police est un organisme paramilitaire, ne l&#8217;oublions pas », lança le chef syndical. (127) Les propos de Francoeur semblaient d’ailleurs démontrer la ténacité de certaines idées reçues au sein du SPVM à l’égard de la police communautaire. « La police communautaire, ce n&#8217;est pas faire copain-copain avec les délinquants », précisa Valérie Sagant, directrice générale du CIPC et également co-auteure de l’étude comparative. (128)</p><p>La Fraternité blâma également la direction du SPVM pour les délais d’intervention dans le déploiement des Groupes d’intervention (GI, unités anti-émeute) lors des opérations policières qui visaient à contrôler tant les débordements des partisans du Canadien que ceux qui survinrent à Montréal-Nord, quatre mois et demi plus tard. Selon Francoeur, les effectifs des GI étaient prêts à passer à l’action dans les deux cas, mais restèrent passifs en raison des hésitations de la direction du SPVM. « Nos gens étaient là, mais il n&#8217;y avait pas d&#8217;ordre qui sortait pour les faire intervenir. Nos gens frémissaient et attendaient juste le go qui n&#8217;est pas venu », déplora Francoeur. (129)</p><p>Le syndicat policier contesta aussi les décisions d’envoyer en première ligne les policiers patrouilleurs des postes de quartier lors de ces deux événements. Leur objection se base sur le fait que ceux-ci sont munis d&#8217;un équipement « léger » de contrôle de foule, soit un casque et un bâton de 36 pouces, tandis que les 175 policiers qui constituent les effectifs des GI sont mieux équipés et mieux formés pour réprimer une émeute. « On comprend que le maire de Montréal et le chef de police ne veulent pas voir aux nouvelles télévisées le GI, avec son équipement imposant. La ville pourrait avoir l&#8217;air d&#8217;être violente. C&#8217;est une préoccupation légitime, mais ce n&#8217;est pas la nôtre », déclara le responsable des communications de la Fraternité, Martin Viau. (130)</p><p>« À notre avis, il serait préférable, dès qu’une menace réelle surgit, de déployer en première ligne les agents des groupes d’intervention », écrit pour sa part le vice-président à la prévention de la Fraternité, Robert Boulé, dans La Flûte, la revue de la Fraternité. (131) « Être équipés pour faire preuve d’un certaine fermeté, lors d’une intervention qui présente des risques de violence, est une autre bonne façon de préserver une bonne image pour un corps policier. On l’a vu à Montréal-Nord, quand les manifestants ont le temps de tout casser et de mettre le feu avant que les groupes d’intervention interviennent, l’image du Service s’en trouve de toute façon affectée. »</p><p>Pour les auteurs de l’étude du CIPC, « l&#8217;importance de l&#8217;intervention policière dans les premiers instants » figure parmi les leçons à retenir des émeutes de Montréal-Nord. (132) Selon eux, les opérations de contrôle de foule doivent viser à « renforcer l&#8217;impression que les autorités maîtrisent la situation et ne &laquo;&nbsp;cèdent&nbsp;&raquo; donc pas de terrain ». Toutefois, « lorsque ces interventions sont violentes, même légales, elles peuvent alimenter l&#8217;incompréhension et la révolte », préviennent-ils. (133) Les criminologues jugent aussi bon de rappeler au SPVM que « l&#8217;action de la police est aujourd&#8217;hui plus facilement sous le regard des citoyens et doit intégrer le développement des caméras vidéos et téléphones portables ».</p><p>Cependant, l’inaction policière ne serait pas une option à leurs yeux non plus. « Le délaissement du territoire ou une trop grande latitude laissées aux mouvements de foule peuvent favoriser une émeute », croient les criminologues. (134) Selon eux, les policiers doivent trouver une sorte de juste milieu qui leur permettra de « dissuader sans provoquer ». « Le &laquo;&nbsp;dosage&nbsp;&raquo; et la nature des interventions policières pourraient s’inspirer de la riche expérience en matière de manifestations sportives », écrivent-ils.</p><p style="text-align: center;">Une émeute nocive pour la</p><p style="text-align: center;">santé et la sécurité des policiers</p><p>Question de s’assurer que la direction du SPVM donne suite à ses doléances, la Fraternité, via son Comité général de coordination de santé et sécurité au travail, décida de s’adresser à la Commission de santé et de sécurité au travail (CSST) en faisant valoir que les policiers qui furent déployés lors de l’émeute à Montréal-Nord n’avaient pas bénéficié d’une protection adéquate. Une policière a effectivement été blessée par balle à la cuisse droite durant l’émeute tandis qu’une dizaine d’autres auraient subis un choc post-traumatique. « Nous avons été très chanceux qu’il n’y ait qu’une seule policière de blessée », se consola tout de même Yves Francoeur.</p><p>Dans son rapport, la CSST se montra très critique envers le SPVM pour sa planification déficiente le soir de l’émeute du 10 août 2008. Les inspecteurs de la CSST ont en effet identifié « plusieurs lacunes dans la gestion » des opérations de contrôle de foule, qui se sont traduites par des effectifs inadéquats à des moments cruciaux, un manque d&#8217;équipement de protection, une absence d&#8217;évaluation du risque et une confusion dans la transmission des ordres.</p><p>Pour la CSST, le caractère brusque et soudain d’une émeute, qui est par définition un événement spontané, n’est pas une excuse permettant à l’employeur de se soustraire à son obligation d’assurer un environnement de travail sécuritaire aux policiers. « Il est possible d’intégrer la gestion de la santé et de la sécurité des travailleurs dans le cadre de ses opérations et ce, même dans un cadre où les événements sont imprévisibles », indique le rapport. (135)</p><p>« Les policiers peuvent être exposés à une &laquo;&nbsp;vision tunnel&nbsp;&raquo; lors d’une intervention, écrivent les inspecteurs de la CSST. Étant impliqué dans une situation où plusieurs événements surviennent simultanément, ils peuvent ne pas percevoir les dangers autour d’eux. D’où l’importance de planifier au préalable et systématiquement toute opération policière, notamment le contrôle de foule, et ce, qu’elle soit impromptue ou planifiée en s’assurant que l’organisation du travail et les méthodes et techniques utilisées soient sécuritaires pour les travailleurs ». (136)</p><p>La CSST déplora plus spécifiquement la désinvolture avec laquelle le SPVM géra la situation après que la policière eut été blessée par balle. « La gestion du risque du SPVM a été déficiente, car suite à l’événement où une agente a été atteinte par balle, les agents ont été réexposés, de nouveau, aux mêmes conditions que lors de l’événement. Aucune démarche pour neutraliser la menace n’a été effectuée », lit-on. (137) Lorsqu’elle remit son rapport, le 27 mars 2009, la CSST donna 90 jours au SPVM pour apporter les correctifs nécessaires. Bien entendu, la Fraternité fut enchantée par les conclusions de la CSST. Le rapport « confirme clairement la pertinence de notre démarche », se félicita la Fraternité dans sa publication syndicale. (138)</p><p>De son côté, la direction du SPVM réagit au rapport de la CSST en déclarant qu’une série de mesures avaient déjà été adoptées depuis les émeutes de Montréal-Nord. Le directeur adjoint du SPVM Jean-Guy Gagnon expliqua à La Presse que certaines prises de décision ont été décentralisées et relèvent maintenant des commandants sur place, et non plus du Centre de commandement et de traitement de l’information (CCTI), basé à l’intérieur du quartier général du SPVM. (139) Ainsi, les officiers hauts-gradés se trouvant sur le théâtre des opérations ont dorénavant le pouvoir de décider s’il est opportun d’utiliser les gaz lacrymogènes et d’avoir recours à certaines techniques de contrôle de foule.</p><p>Comme le rapport de la CSST soulève aussi la question l’équipement de protection des policiers, la Fraternité n’allait pas rater l’occasion de demander aux autorités d’investir davantage dans la quincaillerie. Le SPVM avait déjà satisfait à une demande formulée par la Fraternité avant l’émeute du 10 août 2008 en acceptant de fournir deux nouveaux gadgets aux membres des GI. Ainsi, les effectifs spécialisés dans la répression des émeutes auront droit à des casques balistiques conçus pour faire dévier les balles ainsi qu’à des walkie-talkie munis d’un bouton d&#8217;urgence permettant d&#8217;avertir et de signaler leur position en cas de détresse.</p><p>Mais c’était encore loin d’être suffisant aux yeux de la Fraternité. « Tous les policiers, ceux des postes de quartier et des groupes d&#8217;intervention, devraient être équipés de la même façon. Si la policière blessée avait eu un bouclier, la balle aurait peut-être dévié », estima Robert Boulé. (140) Si Jean-Guy Gagnon ne ferma pas la porte à l’idée, il reste que les compressions de 13.8 millions $ dans le budget du SPVM rendent la chose peu probable. « On va regarder cette question avec l’inspecteur de la CSST, mais c’est certain qu’il y aura une question de sous », déclara Gagnon à RueFrontenac.com, le blogue des journalistes du Journal de Montréal en lock-out. (141)</p><p style="text-align: center;">Une boule de cristal pour le SPVM ?</p><p>Les personnalités publiques ont été nombreuses à dire que les émeutes de Montréal-Nord étaient prévisibles. Harry Delva, coordonnateur des projets jeunesse à la Maison d&#8217;Haïti, (142) Luck Mervil, auteur-compositeur-interprète (143), Jean-Robert Sansfaçon, éditorialiste au quotidien Le Devoir (144), Ali Nestor Charles, dirigeant d’une académie d’arts martiaux (145), Jacques Duchesneau, ex-directeur du SPVM (146), ont tous affirmé à leur façon qu’il fallait s’attendre à de tels débordements.</p><p>D’après Yves Francoeur, il aurait été « facile de prévoir qu&#8217;il y aurait des débordements » à Montréal-Nord après la mort violente de Fredy Villanueva. « On avait senti la tension monter toute la journée. On aurait pu prévoir qu’il était pour se passer quelque chose», raconte-t-il. (147) « Il aurait été facile de réunir 500 policiers rapidement, en faisant notamment entrer plus tôt ceux qui travaillaient de nuit ».</p><p>Les lacunes au niveau de l’évaluation du risque figurent aussi parmi la liste de critiques que la CSST adressa au SPVM. « Lors de l’intervention du 10 août 2008, le SPVM n’a pas intégré à ses opérations et à ses décisions une approche en fonction des risques potentiellement présents et n’a pas procédé à l’évaluation des risques réels à la santé et à la sécurité des agents », écrivent à ce sujet les inspecteurs de la CSST. (148)</p><p>Jean-Guy Gagnon tenta tant bien que mal d’expliquer le manque de prévoyance du SPVM. « Notre problème a été d’avoir mal évalué la menace, reconnu-t-il. Nous avions comme information que ce serait une manifestation pacifique avec des familles et des enfants. Dans le passé, nous avons déjà été accusés d’avoir provoqué des événements avant qu’ils éclatent », continua le directeur adjoint. (149) « Ce soir-là, on a tenté de multiplier les contacts avec les gens de la communauté. Mais dans ce secteur-là, on a n&#8217;a pas réussi à avoir un filet social où il y a des intervenants qui peuvent être facilement interpellés. On a essayé auprès de maintes personnes d&#8217;avoir un leader qui puisse intervenir auprès de la communauté. Malheureusement, on n&#8217;a pas pu trouver cette personne-là. » (150)</p><p>« Depuis, on a multiplié les rencontres pour établir un bon réseau », continua Gagnon. « Ce qu&#8217;il faut améliorer, c&#8217;est comment faire pour avoir une lecture de l&#8217;environnement juste qui nous permette d&#8217;ajuster le niveau de réponse adéquatement », déclara Gagnon. (151) Les services de renseignements du SPVM auraient donc été améliorés pour mieux évaluer les risques de violence collective tandis que les liens avec les dirigeants communautaires de l’arrondissement auraient été accrus. « Il faut qu&#8217;on parle directement avec les jeunes, les parents, les directeurs d&#8217;école pour être plus à l&#8217;affût de ce qui se passe vraiment sur le terrain. On n&#8217;est pas au même niveau que ce qu&#8217;on a, par exemple, dans le quartier Saint-Michel ou Rivières-des-Prairies, où les problématiques sont semblables. »</p><p>L’étude du CIPC suggère quant à elle au SPVM de se doter d’un « outil de prévision » pouvant détecter les signes avant-coureurs d’émeutes, ou autrement dit, un instrument capable de mesurer le niveau de remplissage du vase avant qu’une goute ne le fasse déborder. Dans cette perspective, les criminologues préconisent « le recensement précis et systématique des problèmes de relations entre la police et les habitants », ce qui implique les « plaintes déposées, signalements de comportements individuels d&#8217;agents qui posent problème, mais aussi, difficultés plus structurelles d&#8217;un service dans son ensemble », de même que « la perception de certaines opérations policières &laquo;&nbsp;agressives&nbsp;&raquo; : perquisitions et arrestations massives, contrôles d&#8217;identité répétés, &laquo;&nbsp;prise de contrôle&nbsp;&raquo; de certains espaces publics&#8230; » (152)</p><p>« La France a mené les travaux les plus complets en la matière, mais leurs résultats demeurent décevants », écrivent les criminologues. (153) Conçu dans un « climat de compétition entre les différentes directions de la Police nationale », l’Indicateur national des violences urbaines (INVU) a été instauré dans la foulée des soulèvements émeutiers qui éclatèrent dans les banlieues françaises à l’automne 2005. L’INVU devait « permettre un suivi, une évaluation et une coordination des forces en lutte contre les violences urbaines ».</p><p>Toutefois, les auteurs de l’étude du CIPC sont d’avis que les concepteurs de l’INVU ont « manqué de rigueur ». Ils écrivent que l’INVU fait appel à des notions « très imprécises », comme les « attroupements hostiles et indésirables », tandis que la notion de « violences collectives urbaines à l&#8217;encontre des services de sécurité » laisserait place à une « très grande part de subjectivité ». (154) Surtout, ces notions « ne permettent pas de lire le territoire local », ce qui enlève beaucoup d’intérêt à cet instrument aux yeux de l’équipe de criminologues.</p><p>Pour éviter de répéter les erreurs de la Police nationale française, une version montréalaise de cet instrument de prévision ne devrait pas être « fondé sur les seules informations policières », mais devrait plutôt assurer « une &laquo;&nbsp;lecture de l&#8217;environnement&nbsp;&raquo; partagée avec les autres autorités locales et acteurs de la société civile qui intègre les enjeux concernant les relations entre la population et les institutions publiques. » Les criminologues croient également que cette vaste collecte d’information serait plus efficace si elle était menée « à partir d&#8217;un réseau de capteurs locaux diversifiés » et « non de manière pyramidale et hiérarchique ». (155) Par contre, les auteurs de l’étude pensent aussi que « les acteurs sociaux, sanitaires, urbains, municipaux et autres peuvent légitimement résister à l’&nbsp;&raquo;instrumentalisation&nbsp;&raquo; de leurs politiques dans le seul objectif de renforcer la sécurité ou de soutenir l’action de la police. » (156)</p><p>Par ailleurs, les criminologues sont aussi d’avis que les médias, qu’ils décrivent comme étant « un acteur important de l&#8217;environnement urbain », peuvent jouer un rôle dans la détection de signes avant-coureurs d’émeutes. Ils expliquent notamment l’intérêt à « intégrer le suivi des récits faits dans les médias dans l&#8217;analyse du climat local » en écrivant que « la propagation de la mauvaise réputation d&#8217;un quartier est rapide et alimente le sentiment d&#8217;abandon et d&#8217;injustice des habitants ». (157) Comme on le sait, des critiques à l’égard du traitement médiatique de la situation à Montréal-Nord ont été mentionnées dans l’étude de l’ASSSM et celle sur l’îlot Pelletier.</p><p>Selon les criminologues du CIPC, « le suivi médiatique doit prendre en compte non seulement la façon dont il est rendu compte de l&#8217;action de la police, mais également tout ce qui traduit la perception que les médias eux-mêmes ont de la situation, particulièrement ce qui concerne l&#8217;anticipation faite d&#8217;incidents ou de violences ». Par ailleurs, les criminologues invitent aussi les policiers à se soucier de l’utilisation qu’ils font des médias en soulignant que « toute communication doit viser à délivrer la vision de l&#8217;autorité qui s&#8217;exprime même quand il ne s&#8217;agit que de faits bruts ».</p><p>De son côté, le rapport final de Montréal-Nord en santé recommande la création d’une « Table Prévention, Paix et Sécurité publiques de Montréal-Nord (Table PPS) » dont le mandat consistera à « réunir les ressources publiques, communautaires et citoyennes concernées par le maintien et la promotion de la paix et de la sécurité dans Montréal-Nord ». (158)</p><p>Les participants des chantiers semblent miser beaucoup sur cette nouvelle instance. « La Table PPS devra être un lieu de partenariat plutôt qu’une simple table de concertation. À cette fin, elle devra réunir les dirigeants politiques de haut niveau, les directions administratives concernées, ainsi que des intervenants de première ligne de Montréal-Nord, lit-on. Des mécanismes formels de liaison et de coordination devront être prévus pour que les décisions de la Table deviennent exécutoires dans les instances appropriées. »</p><p>La composition souhaitée de cette table rappelle étrangement ce « réseau de capteurs locaux diversifiés » auquel l’étude du CIPC fait allusion. De toute évidence, cette recommandation s’inscrit dans le cadre général des efforts institutionnels visant à détecter et à désamorcer « les situations potentiellement conflictuelles » à Montréal-Nord, et ainsi prévenir d’éventuelles émeutes. « Il faut mettre en place un comité de prévention en sécurité urbaine pour éviter d&#8217;autres situations qui pourraient s&#8217;envenimer avec les jeunes », expliquait Jean-Pierre Beauchamp, de Montréal-Nord en santé, le jour du dépôt du rapport final. (159)</p><p>Notons que le ton du rapport final de Montréal-Nord en santé est celui de l’urgence. « Cette table doit être mise en place à court terme, le plus tôt possible au début de 2009 », plaide-t-on. « Il faut faire ça très rapidement », surenchérit Beauchamp. La mise en place de cette instance ne s’est d’ailleurs pas trop fait attendre puisqu’une table appelée Paix et Sécurité urbaines voyait le jour à Montréal-Nord dès le 15 mai 2009, soit à peine un mois et demi après le dépôt du rapport des chantiers. Fait significatif, de toutes les quelques 140 recommandations que compte le rapport final des chantiers, la mise sur pied de la table Paix et Sécurité urbaines semble être l’une des seules, sinon la seule, a avoir été appliquée.</p><p style="text-align: center;">Bon cop, bad cop</p><p>Si le parti-pris des criminologues du CIPC en faveur de la police communautaire ne fait aucun doute, leur étude signale toutefois un hic. Après 25 années d’existence au SPVM, la formule de la police communautaire aurait mal vieillit et souffrirait aujourd’hui d’un « déficit de définition ». « Après toutes ces années, le concept de la police communautaire a perdu de sa précision et une certaine lassitude dans la poursuite des réformes s’est installée au SPVM, déplorent-ils. (160) La notion paraît essoufflée, sans doute parce que sa mise en œuvre a été trop floue et insuffisante ». (161)</p><p>Les auteurs de l’étude vont presque jusqu’à dire que la police communautaire est devenue un concept fourre-tout utilisé à toutes les sauces. « Dans certains quartiers, la police communautaire se réalise dans des stratégies opérationnelles de partenariat avec la communauté, alors que dans d’autres quartiers, elle a perdu une grande partie de sa spécificité et a même donné naissance à son contraire, à savoir une police d’intervention répressive qui s’incarne entre autres dans les opérations de l’unité &laquo;&nbsp;Éclipse&nbsp;&raquo;, qui lutte contre les gangs de rue », rapportent-ils. (162)</p><p>La police communautaire générerait une telle confusion que les criminologues du CIPC préfèrent même lui trouver une nouvelle appellation. « Nous utilisons le terme d&#8217;une police en phase avec la population pour traduire les éléments essentiels de cette relation et du mode d&#8217;action de la police », écrivent-ils. (163) Les auteurs de l’étude ne montrent d’ailleurs aucune hésitation à faire de cette « police en phase avec la population » un « enjeu principal de la prévention des violences urbaines ». Pour eux, ce mode d’action policier se définit comme étant « une police faisant partie de la communauté dans laquelle elle intervient » et « qui n&#8217;est pas déphasée par rapport aux attentes de sa communauté (choix d&#8217;intervention appropriés au contexte local et attitudes respectueuses) ».</p><p>Notons d’ailleurs que le rapport final des chantiers tient un discours semblable, en préconisant que les policiers y mettent du leur pour apprivoiser le secteur où ils interviennent. « Des efforts devraient être immédiatement entrepris par le SPVM pour faciliter l’intégration des nouveaux policiers ayant à travailler ou à intervenir dans le quartier » afin que ceux-ci arrivent à « mieux connaître les réalités du quartier et à mieux comprendre les besoins et les attentes de sa population », lit-on. (164)</p><p>Les criminologues du CIPC croient aussi que cette version bonifiée de la police communautaire doit prendre la forme d’une « police à l&#8217;image de sa communauté (diversité ethnique, égalité hommes-femmes). » Toutefois, une étude publiée en 2006 par le Conseil interculturel de Montréal sur le profilage racial laisse entendre que l&#8217;accroissement de la représentation des minorités ethnoculturelles au sein du SPVM serait loin d&#8217;être une panacée. « Le fait d’être un policier immigrant ou un policier Noir ne change pas le traitement des victimes profilées de manière significative », écrivent les auteurs de cette étude, qui se basèrent notamment sur les témoignages de victimes de profilage racial. (165)</p><p>À cela s’ajoute le fait que l’étude du CIPC fait part d’un autre hic : les modes d’intervention policière agressifs qui alimentent les tensions entre les citoyens et les forces de l’ordre font ombrage à la police communautaire et nuisent aux efforts de rapprochement avec la population. « La police communautaire ou de proximité est souvent discréditée par les modes d&#8217;intervention des autres unités de police », ce qui aboutirait à l’instauration d’un « climat de tensions permanentes entre la police et la communauté ». (166)</p><p>« L&#8217;analyse comparée montre presque systématiquement les difficultés, voire véritables conflits d&#8217;intérêt existants entre le patrouilleur local et les unités spécialisées ou d&#8217;enquêtes qui interviennent sporadiquement sur le même territoire, notent-ils. Le défaut de coordination et le trop fort contraste entre les styles d&#8217;action qui passent du dialogue à une intervention quasi-militaire fragilisent l&#8217;action de toute la police en alimentant à nouveau les incompréhensions de la part du public. Au mieux, le policier communautaire n&#8217;est plus pris au sérieux, au pire, il est tenu pour responsable des agissements de ses collègues et ne retrouve pas sa place dans la communauté ».</p><p>En d’autres termes, le « bad cop » défait la job du « bon cop ». « Il y a un conflit des styles entre Éclipse et la police de quartier. Et ça crée une confusion chez les policiers et chez les citoyens », expliqua le criminologue Jean-Paul Brodeur à La Presse. « On ne peut pas se prononcer sur Éclipse, nuança sa collègue Valérie Sagant. Mais on a montré que ce genre de brigade, qui agit dans l&#8217;urgence, très spécialisée, qui vise à augmenter le nombre d&#8217;arrestations, ça aggrave en général les tensions ». (167)</p><p>« Je réalise qu&#8217;il y a quelque chose. Il y a eu beaucoup de critiques », reconnut le directeur adjoint Jean-Guy Gagnon lors d’une longue entrevue qu’il accorda à La Presse. (168) Pour le SPVM, il est cependant hors de question de faire une croix sur l’escouade Éclipse. « En 2007, en février, on avait déjà 11 meurtres liés aux gangs de rue. Cette année, on est en mai, et on n&#8217;a encore aucun meurtre. Les tentatives de meurtre ont diminué de 20%. On a un très beau bulletin en matière de lutte contre les gangs de rue », se félicita le haut-gradé. Aux yeux de Gagnon, la feuille de route d’Éclipse parlait d’elle-même.</p><p>La commandante d’Éclipse, Natalia Shuster, alla encore plus loin dans son apologie de cette escouade controversée. Contre toute attente, Shuster attribua à Éclipse un rôle d’apaisement. « Quand le groupe arrive, ç&#8217;a pour effet de calmer les esprits, ç&#8217;a pour effet, probablement, de prévenir certains actes, affirma-t-elle à La Presse Canadienne. (169) Les gangs de rue savent que nous avons une certaine expertise sur leur identité, sur leurs façons de faire, sur leur fonctionnement. Ça tranquillise et stabilise certaines situations. » Ce que la commandante ne disait pas cependant, c’est que la redoutable réputation d’Éclipse, que les membres de l’escouade ont eux-mêmes entretenu, n’est sûrement pas étrangère à l’effet refroidissant que sa présence suscite lorsqu’elle apparaît sur les lieux d’une intervention.</p><p>Quoiqu’il en soit, puisque l’escouade Éclipse livre la marchandise, alors est là pour rester. En même temps, le SPVM ne pouvait s’offrir le luxe d’ignorer les critiques à peine voilées que des sommités du domaine de la criminologie formulèrent à l’égard des méthodes musclées de l’escouade Éclipse. Si la direction du SPVM voulait garder Éclipse, elle comprit aussi qu’elle avait tout intérêt à montrer patte blanche.</p><p>« Il y a eu des changements majeurs au niveau d&#8217;Éclipse, affirma Gagnon. La première chose qu&#8217;on a changé, c&#8217;est la coordination avec le niveau local ». Avant l’émeute du 10 août 2008, les policiers d&#8217;Éclipse jouissaient d’une autonomie totale. Ils avaient en effet toute la latitude pour intervenir dans n’importe quel quartier de la métropole. « Maintenant, quand ils interviennent, ils doivent le faire en partenariat. Parce que le policier local, lui, il les connaît, les gens de son secteur », indiqua Gagnon. « Chaque secteur est différent et on doit s&#8217;adapter aux particularités locales, souligna la commandante Shuster. On peut appuyer des actions des postes de quartier simplement en étant visibles ». Donc, finit l’autonomie, place au partenariat.</p><p>Le renseignement est un autre domaine où il y aurait place à l’amélioration. « Nous avons mis en place beaucoup de choses pour améliorer la communication, pour avoir plus d&#8217;information. C&#8217;est surtout ça qui est le nerf de la guerre », déclara Shuster. « Il faut plus d&#8217;analyse, plus de renseignements sur les tensions dans un quartier, sur les relations qu&#8217;il peut y avoir entre certains groupes, expliqua Jean-Guy Gagnon, dont les propos n’allait pas sans rappeler « le recensement précis et systématique des problèmes de relations entre la police et les habitants » préconisé par les criminologues du CIPC.</p><p>Le directeur adjoint confia également à La Presse que le SPVM a identifié 10 secteurs à risque, sorte d’équivalent des « points chauds » français, qu’il refusa d’ailleurs de nommer sous prétexte de ne pas les « stigmatiser ». « Ces secteurs, ce n&#8217;est pas nécessairement un arrondissement au complet, précisa Gagnon, ça peut être deux rues par deux rues. Mais ce sont tous des secteurs où, selon la recherche, les conditions peuvent favoriser l&#8217;adhésion aux gangs de rue. » Le Plan d’action 2009 de la Direction stratégique du SPVM parle quant à lui de « secteurs du territoire ayant des caractéristiques similaires à Montréal-Nord », donc, qui pourraient un jour connaître des émeutes similaires à celle du 10 août 2008. (170)</p><p>Le SPVM n’a, semble-t-il, aucune envie de se faire à nouveau prendre par surprise par une émeute qu’il n’a pas vu venir. Après l’émeute du 10 août 2008, les autorités décidèrent de prendre le pouls du secteur nord-est, ce « point chaud » notoire de Montréal-Nord. Désormais, le SPVM veut se donner les moyens de tâter le pouls en permanence de tous les secteurs désignés comme « zones à risque » que compte l’île. Dans cette perspective, ces « points chauds » se verront assigner deux préposés du SPVM, qui auront chacun un rôle spécifique. Le premier aura pour fonction de produire des « analyses », qui seront notamment acheminées à l’escouade Éclipse. Quant au second, il s’agira d’un « agent de concertation », qui est en fait un civil déjà connu du secteur et dont le titre officiel est celui de « conseiller en développement communautaire ».</p><p>Les « agents de concertation » en question « mettront leur expérience et leurs relations avec la communauté au service des policiers travaillant en tandem avec eux », indique un communiqué du gouvernement. (171) Selon l’offre d’emploi affiché sur le site internet de la Ville de Montréal, ces « agents de concertation » auront notamment pour mandat d’« optimiser les relations entre les organismes communautaires, les institutions, les instances politiques locales et les intervenants des postes de quartier » et de procéder à l’« analyse les interventions policières ayant un impact sur les relations avec la communauté ». (172)</p><p>Notons que cette embauche de personnel additionnel au SPVM fut rendue possible grâce à une somme de 3,3 millions $ annoncée par la ministre des Communautés culturelles et de l’Immigration du Québec, Yolande James, le 3 juillet 2009. (173) En tout, huit policiers ainsi que de huit « agents de concertation » seront affectés à des « points chauds » se trouvant dans les arrondissements de Villeray-St-Michel-Parc-Extension, Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grace, Sud-Ouest, LaSalle, Saint-Laurent, Pierrefonds-Roxboro et Ahuntsic-Cartierville. Quant à Montréal-Nord, l’« agente de concertation » Rose-Andrée Hubbard était déjà en poste depuis novembre 2008.</p><p>Psychologue d’origine haïtienne, Hubbard siégea sur plusieurs tables de concertation à Montréal-Nord, fut directrice adjointe de la Maison des Jeunes l’Ouverture à Montréal-Nord et agente de milieu à l’école primaire Jules-Verne, où elle œuvra à améliorer les liens entre la famille, l’école et la communauté. (174) « Des gens peuvent hésiter à parler à la police, alors Rose-Andrée vient nous aider », expliqua le commandant du PDQ 39, Roger Bélair. (175) Une des principales contributions de l’« agente de concertation » consiste à neutraliser les « rumeurs » qui peuvent devenir des sources de tensions entre citoyens et policiers. « Avant, ça pouvait prendre plusieurs jours avant que les rumeurs remontent à nous. Maintenant, l&#8217;information circule dans la même journée grâce à Mme Hubbard », ajouta le commandant.</p><p>Les fonds annoncés par la ministre James financeront aussi le programme COOP (Collaboration Optimale entre les Organismes Partenaires), qui vise « à faire connaître et comprendre les réalités quotidiennes des policiers » et à promouvoir le rapprochement entre le SPVM et les organismes communautaires. « Ce sera comme une Académie de police pour nos partenaires communautaires afin de démystifier la fonction des policiers, expliqua l’inspecteur Daniel Rousseau, chef de la Section des stratégies d’action avec la communauté du SPVM. (176) « Les participants auront la chance d&#8217;effectuer une patrouille de quelques heures dans les rues de Montréal en compagnie d&#8217;un policier », indique le site internet du SPVM. (177) Lancé d’abord à Montréal-Nord le 15 mai 2009, le programme COOP sera graduellement implanté dans les 32 autres postes de quartier du SPVM.</p><p>Parallèlement à cela s’ajoute diverses initiatives destinées à donner au SPVM une image dans laquelle les jeunes des « points chauds » se reconnaîtront. Ainsi, en juillet 2009, le SPVM réquisitionna les talents de muraliste de Zilon, « un artiste de la contre-culture » bien connu, pour couvrir de graffitis une auto patrouille, rendant ainsi le véhicule de police à peine reconnaissable. « Ce sont des policiers qui ont eu cette idée dans l’espoir de calmer le jeu dans Montréal-Nord », expliqua le journaliste de LNC Charles Faribault. (178) Selon le reportage, l’auto patrouille colorée provoquait « des réactions qui vont de l’étonnement à l’incrédulité » chez les citoyens de Montréal-Nord.</p><p>La policière au volant du véhicule taggé semblait elle-même émerveillée des résultats. « Faut qu’on débarque pour aller voir les jeunes, alors qu’avec ça ici, à deux reprises on a sorti, les jeunes viennent à nous, &nbsp;&raquo; wow, super, c’est original, vous êtes cool&nbsp;&raquo;, les mains, les klaxons, même des adultes », lança-t-elle. Cette initiative ne fit toutefois pas l’unanimité au sein des rangs du SPVM. « Voici le résultat de la police de quartier quand on veut trop en faire pour faire plaisir à la population et aux politiciens… prochaine étape fumer un joint pour être cool???? », commenta sarcastiquement Martin Végiard, délégué de la Fraternité pour le PDQ 23. (179)</p><p>Cela étant, les politiciens qui investissent des petites fortunes en fonds publics dans des stratégies relationnistes semblent souffrir d’une sorte de pensée magique, comme si les tensions entre citoyens et policiers pouvaient disparaître à coups de baguette magique &#8211; ou si vous préférez, à coups de matraque magique ! Chose certaine, il faudra beaucoup plus que des parties de basketball entre jeunes et policiers et des flics qui se la jouent cool pour enterrer la hache de guerre !</p><p style="text-align: center;">Ras le vase</p><p>Il ne fait aucun doute que le spectre de l’émeute est une source d’inquiétude, voire d’angoisse pour les autorités, ce qui explique pourquoi elles mirent autant l’accent dans la prévention des débordements et la création de moyens pour surveiller le niveau de remplissage du vase. Mais pour ceux qui en ont ras le bol, ou ras le vase, le problème se situe ailleurs, sinon dans le vase lui-même.</p><p>En fait, ceux qui interprètent l&#8217;absence d&#8217;émeute comme une preuve de paix sociale se gourent royalement, au même titre que ceux qui croient que la paix se résume à l&#8217;absence de guerre. Après tout, les apparences peuvent parfois être trompeuses et se fier à elles peut être une erreur lourde de conséquence. Ainsi, lorsque le ras le bol collectif ne se manifeste pas par des signes visibles aux yeux de tous, cela ne signifie pas pour autant que les laissés-pour-compte des zones déshéritées acceptent docilement leur sort. En réalité, là où l&#8217;on trouve des abîmes d’inégalités, il y a un conflit social latent qu’une paix sociale de surface ne pourra cacher que pour un temps limité seulement… jusqu’au moment où une autre goutte de trop fera à nouveau déborder un vase trop plein.</p><p>Les autorités avaient poussé un soupir en constatant que le secteur nord-est ne s’était pas soulevé à nouveau suite à la décision de ne pas porter d’accusations contre l’agent Jean-Loup Lapointe. Toutefois, six mois plus tard, ce qui devait finir par arriver arriva : les rues de Montréal-Nord connurent un deuxième débordement en moins de douze mois. C’est en effet ce qui s’est produit le 16 juin 2009, la journée de la fin de l’année scolaire dans les écoles secondaires. Indépendamment du quartier, il y a généralement beaucoup d’électricité dans l’air durant ce moment de l’année où les écoliers sont soudainement libérés des diverses contraintes liées à la vie scolaire, le temps d’un été.</p><p>Dans le secteur nord-est, plusieurs dizaines de jeunes fébriles se rassemblèrent au parc Carignan, à l&#8217;angle du boulevard Rolland et de la rue Renoir. « C&#8217;était des jeunes qui se tiraillaient jusqu&#8217;à ce qu&#8217;un coup de poing soit donné. Une dame en haut de chez nous a aussitôt appelé les policiers », expliqua Carl François, qui habite devant le parc Carignan. (180) Vers 22h30, deux ou trois véhicules auto patrouille furent dépêchés sur les lieux. « Mais à leur arrivée, il n&#8217;y avait pas de bagarre mais plutôt un rassemblement de 50 à 70 jeunes dans le terrain de basketball, raconta l&#8217;agent Daniel Lacoursière. Les policiers sont quand même restés sur les lieux par mesure préventive. » (181) Le commandant Bélair expliqua à Radio-Canada que le climat dans le secteur fait en sorte que les policiers se tiennent « aux aguets » lorsque des jeunes s&#8217;attroupent dans un parc. (182)</p><p>Or, la « mesure préventive » n’a pas eu pour effet de calmer les esprits. Au contraire, elle semble plutôt avoir mit de l’huile sur le feu. « Quand on voit la police, ça nous inspire la violence », confia un des jeunes au Journal de Montréal. (183) « Les jeunes ont commencé à leur lancer des objets. Les agents sont intervenus et les jeunes sont sortis du parc et ont commencé à marcher dans les rues où des voitures ont été vandalisées », raconta l’agent Lacoursière. Mais les jeunes qui étaient présents ont cependant une version différente à raconter.</p><p>« Un policier a sorti son arme et l&#8217;a pointée sur un jeune, et c&#8217;est à la suite de ça que les choses ont dégénéré. Au même moment, un ou deux jeunes ont foncé sur la police et ils se sont battus », rapporta Roger Petit-Frère, coordonnateur du Regroupement d&#8217;intervenants d&#8217;origine haïtienne de Montréal-Nord. (184) « C&#8217;est vrai qu&#8217;on a un peu niaisé les policiers, qu&#8217;on leur a crié des noms et lancé des choses, mais de là à nous matraquer et de pointer son gun, il y a des limites à toujours vouloir nous intimider », raconta un des jeunes à La Presse. (185) « Les policiers ont été agressifs envers nous pour aucune bonne raison. Ils s&#8217;en sont pris à des gars uniquement parce qu&#8217;ils étaient habillés en rouge. Des fois, la seule réponse c&#8217;est la violence », ajouta un autre jeune homme âgé de 20 ans, qui était aussi présent sur les lieux.</p><p>Face à l’escalade de la situation, des dizaines de policiers des postes de quartier environnants furent appelés en renfort. Les manœuvres de dispersion commencèrent lorsque les effectifs policiers furent jugés en nombre suffisants. Les jeunes se retrouvèrent dans les rues, en petits groupes. Des feux furent allumés dans les poubelles, tandis que des cabines téléphoniques, des abribus et des véhicules de citoyens furent vandalisés. Sur le boulevard Léger, les vitrines d&#8217;une succursale de la Banque nationale et d&#8217;une pharmacie Jean Coutu furent fracassées, dont certaines avec des bonbonnes de gaz propane. Craignant à nouveau d’être pris pour cibles comme ils l’ont été durant l’émeute du 10 août 2008, les pompiers se barricadèrent à l’intérieur de leur caserne du boulevard Rolland.</p><p>Au total, cent policiers furent impliqués dans les opérations de contrôle de foule. Cette fois-ci, le président de la Fraternité, Yves Francoeur, se montra satisfait du niveau d’organisation policière. « Trente minutes après le début de l&#8217;événement, on était plus nombreux que les manifestants », affirma-t-il. Si bien qu’à 1h du matin tout était terminé. Ce n&#8217;est toutefois qu’aux environ de 4h du matin que le dispositif d&#8217;intervention fut démantelé. Bilan : une trentaine de méfaits furent commis tandis un policier aurait subit des blessures mineures au visage et au bras pendant qu&#8217;il passait les menottes à un des jeunes. Neuf individus âgés de 18 à 27 ans furent arrêtés sous des accusations d&#8217;avoir troublé la paix, de voies de fait sur les policiers, de méfaits, de menaces et de possession d&#8217;armes dans un dessein dangereux.</p><p>Cette mini-émeute provoqua un certain nombre de réactions sur la scène politique. « C&#8217;est l&#8217;œuvre de seulement quelques casseurs. Certains de ces jeunes adultes ne sont pas des citoyens de Montréal-Nord », déclara le maire de Montréal-Nord Marcel Parent, à l&#8217;entrée de la séance mensuelle du conseil d&#8217;arrondissement. (186) De son côté, le ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, semblait privilégier une thèse de la conspiration. « Un certain nombre de personnes, qui sont en général des jeunes, cherchent à déstabiliser pour accomplir leurs actes, qui sont des actes de nature illégale », croit-il. Une certaine inquiétude se lisait dans les propos des dirigeants policiers. « L&#8217;été n&#8217;est pas commencé et c&#8217;est une poudrière à Montréal-Nord », commenta Francoeur, pour qui le grabuge au parc Carignan n’est « pas de bon augure ». « J&#8217;espère que ce n&#8217;est pas annonciateur de ce qui va se produire cet été », affirma Yvan Delorme.</p><p>Quant à Brunilda Reyes des Fourchettes de l’espoir, si elle était d’avis, deux mois plus tôt, qu’« on ne peut pas demander à un jeune de respecter l&#8217;autorité à n&#8217;importe quel prix », elle tenait un tout autre discours au lendemain de cette nuit mouvementée. « On peut ne pas aimer la police, mais il faut respecter leur intervention. Parfois ce n&#8217;est pas amusant. Mais ça fait partie de vivre en société », affirma-t-elle. (187) Selon Reyes, « il se développe une culture selon laquelle on répond par la violence chaque fois que la police intervient », ce qui semblerait l’inquiéter au plus haut point. « Il faut réfléchir un peu, continua-t-elle. Pour avoir des droits, les jeunes vont devoir canaliser leurs énergies. Ils ne peuvent pas toujours être violents comme ça. » Enfin, la dirigeante communautaire lança également un message aux parents. « On doit faire appel aux parents. Ils doivent savoir où sont leurs enfants à 22 heures. »</p><p>« L&#8217;affrontement entre la police et des jeunes de Montréal-Nord, mardi soir, a prouvé que le feu couvait toujours dans le quartier », écrivit le journaliste de La Presse Hugo Meunier. (188) D’ailleurs, le lendemain soir, une centaine de jeunes se réunirent à nouveau au parc Carignan dans une ambiance que La Presse qualifia de « survoltée ». « Hier, les policiers nous ont traités de sale nègres. S&#8217;ils recommencent ce soir, ça va brasser », lança un jeune homme de 17 ans. « Ça demeure tendu dans le quartier nord-est de Montréal-Nord. Dans l&#8217;attitude des citoyens à l&#8217;égard des policiers, on sent que c&#8217;est crispé. Ça va prendre encore plusieurs semaines avant que la tension baisse », estima François Bérard, coordonnateur du Mouvement solidarité Montréal-Nord.</p><p>Pour certains, le niveau de tension aurait probablement été moins élevé dans le secteur si le gouvernement avait accepté de lancer d’une enquête publique élargie sur la mort de Fredy Villanueva. « Ça aiderait sûrement parce que la population la réclame », affirma William Lamarre, directeur du Café jeunesse multiculturel de Montréal-Nord. (189) La Ligue des droits et libertés interpella d’ailleurs directement Jean Charest à ce sujet. « L’idée d’une commission d’enquête n’a toujours pas reçu de réponse formelle de la part du premier ministre, déplora la Ligue. La situation d’insécurité qui prévaut à Montréal-Nord et les risques de dérapages majeurs qui s’annoncent l’obligent à réagir d’urgence. » (190) Certains jeunes auraient même été jusqu’à prédire à un journaliste de Radio-Canada que d&#8217;autres incidents du genre pourraient survenir dans le quartier au cours de l&#8217;été si Québec n&#8217;ordonne pas la tenue d&#8217;une commission d&#8217;enquête. (191)</p><p>Malgré le vaste remue-méninges qui suivit l’émeute du 10 août 2008 et malgré la volonté évidente du SPVM de faire de Montréal-Nord un terrain d’expérimentation en matière de stratégies de prévention des troubles de l’ordre public, les récentes innovations du SPVM en matière de détection des signes avant-coureurs d’émeutes ne semblaient pas être encore tout à fait au point. Ainsi, lorsque le maire Parent convoqua une réunion ad hoc du comité de vigie de la Table paix et sécurité urbaines, dès le lendemain après-midi des débordements, la nécessité d’apporter de nouveaux ajustements s’imposa comme une impitoyable évidence.</p><p>« Si nous avions eu un travailleur social sur place mardi soir, il n&#8217;y aurait peut-être pas eu d&#8217;incident », affirma le conseiller municipal Jean-Marc Gibeau, responsable du dossier de la sécurité à la mairie de Montréal-Nord. C’est ainsi qu’il fut convenu de mettre un travailleur social à la disposition des policiers 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. « Les policiers auront une nouvelle arme à leur disposition pour éviter le regain de violence appréhendé à l&#8217;approche du premier anniversaire de la mort de Fredy Villanueva », écrivit la journaliste de La Presse Violaine Ballivy. (192)</p><p>Dans l’immédiat, les membres de la table décidèrent de mettre en place une vigie afin de dépister toute situation tendue pouvant déboucher sur des débordements. « L&#8217;an passé, on s&#8217;est fait prendre de court par les événements, mais là, on est en mode proactif, indiqua François Bérard. On va être à l&#8217;écoute, en mode vigie, observer ce qui se passe et faire des actions plus rapides. » L’initiative suscita toutefois des inquiétudes du côté de la Ligue des droits et libertés. « On peut craindre que cette vigie systématise un climat de délation, et que cela augmente les tensions. En effet, que fera la vigie lorsqu’elle remarquera un signe de tension sinon appeler la police? Cette voie risque de mener à un renforcement des mécanismes de répression des mouvements d’insatisfaction des jeunes plutôt qu’à une intervention s’attaquant aux sources des problèmes », écrivit la Ligue dans un communiqué.</p><p>L’avenir donna cependant raison au commandant Bélair lorsqu’il affirma que la mini-émeute du 16 juin 2009 aurait pu survenir « n&#8217;importe où sur l&#8217;île de Montréal où un groupe de jeunes s&#8217;attroupent et prennent la rue d&#8217;assaut ». En effet, le quartier de Côte-des-neiges fut à son tour le théâtre d’accrochages entre des groupes de jeunes et les forces de l’ordre à deux reprises quelques semaines plus tard, au début du mois de juillet 2009.</p><p>Le premier incident fut causé par l’arrestation d’un jeune accusé d’avoir fait menaces de mort. « Au moment où les policiers ont voulu arrêter celui-ci, ils se sont fait entourer et des voies de fait ont été commises envers eux. Le jeune s’est débattu très agressivement et ses amis ont empêché les policiers d’intervenir de façon efficace. Résultat : arrestations pour entrave et voies de fait sur policiers, écrivit la commandante du PDQ 26, Simonetta Barth, dans le journal de quartier. (193) Après avoir quitté les lieux, quelques jeunes en compagnie de leurs parents se sont rendus au poste de quartier 26, situé au 5995 boulevard Décarie, pour y perpétrer des actes de vandalisme dans le portique du poste. Ils ont arraché du mur des étagères de métal et ont fait quelques graffitis. Ensuite, ils ont fait une vingtaine d’appels non fondés au 9-1-1 avec le téléphone d’urgence du poste ».</p><p>Puis, dans la nuit du 4 au 5 juillet 2009, les policiers furent appelés à intervenir après qu’un jeune eut été poignardé lors d’une fête se déroulant dans le sous-sol de l’église St. Pascal Baylon Church, située sur le boulevard Côte-des-Neiges, près de la rue Barclay. « Durant l’intervention du policier et d’Urgences Santé, ces derniers se sont fait entourer par une centaine de jeunes et plusieurs ont commencé à leur crier des injures et à leur lancer des roches. Étant donné l’hostilité de la foule, il y a eu un grand déploiement d’effectifs policiers afin de contrôler la situation », raconta la commandante Barth. Les jeunes se seraient rapidement dispersés sans que les policiers ne procèdent à des arrestations.</p><p>À cela s’ajoute des heurts opposant des jeunes aux policiers dans un quartier de Rivières-des-Prairies, à l’est de Montréal-Nord, durant la nuit du 10 au 11 juillet 2009. (194) Les policiers furent dépêchés sur les lieux d’une fête privée se tenant dans une résidence de l&#8217;avenue André-Dumas après que des voisins se soient plaints de bruit excessif, d&#8217;attroupements, de bagarres dans la rue, en plus de méfaits commis sur des véhicules. Les forces de l’ordre furent accueillies par une pluie de projectiles. Les fêtards se dispersèrent après le déploiement des Groupes d’intervention du SPVM. On ne signale aucune arrestation.</p><p>Bien qu’ils étaient de moindre envergure que les débordements qui éclatèrent dans le secteur nord-est de Montréal-Nord, les épisodes de grabuge à Côte-des-neiges et à Rivières-des-Prairies permettent néanmoins de penser que les jeunes sont nombreux à percevoir la police comme une force antagoniste, voire un ennemi à combattre. La partie est donc loin d’être gagnée d’avance pour les adeptes de la pacification sociale à n’importe quel prix. Seul le temps dira si les beaux sourires des agentes de concertation et le raffinement des stratégies de prévention du SPVM conçues en collaboration avec les criminologues du CIPC et les participants aux chantiers parviendront à empêcher le vase de déborder à nouveau.</p><p>Sources :</p><p>(1) <a href="http://www.newswire.ca/fr/releases/archive/April2009/02/c6653.html">http://www.newswire.ca/fr/releases/archive/April2009/02/c6653.html</a></p><p>(2) Guide de Montréal-Nord, « Un plan d’urgence pour donner une voix à la population », Marie-Josée Chouinard, 1 octobre 2008, p. 5.</p><p>(3) « Montréal-Nord: l&#8217;urgence d&#8217;agir ensemble », Rapport des chantiers de Montréal-Nord, mars 2009, p. 4.</p><p>(4) CHEVALIER Serge, LEBEL Anouk, « Montréal-Nord, le point de vue citoyen », (2009) Direction de la santé publique, Agence de la santé et des services sociaux de Montréal (2009), p. iii.</p><p>(5) Id., p. 1.</p><p>(6) Id., p. 3.</p><p>(7) Id., p. 34.</p><p>(8) Id., p. 5.</p><p>(9) FONTAN Jean-Marc, RODRIGUEZ Patrice, « Étude sur les besoins et les aspirations de l&#8217;îlot Pelletier : Synthèse des recherches effectuées » (2009), Copublication de l&#8217;Alliance de recherche universités-communautés en économie sociale et du Service aux collectivités de l&#8217;UQAM, p. 39.</p><p>(10) Op. cit., p. 6.</p><p>(11) Id., p. 36.</p><p>(12) Id., p. 37.</p><p>(13) Idem.</p><p>(14) Id., p. 19.</p><p>(15) Op cit., p. 26.</p><p>(16) BRODEUR Jean-Paul Brodeur, MULONE Massimiliano, OCQUETEAU Frédéric, SAGANT Valérie, « Brève analyse comparée des violences urbaines » (2008), Centre international de prévention de la criminalité, p. 41 et 42.</p><p>(17) Op. cit., p. 32.</p><p>(18) Id., p. 34.</p><p>(19) Op. cit., p. 5.</p><p>(20) Op. cit., p. 30.</p><p>(21) Op. cit., p. 37.</p><p>(22) Id., p. 5.</p><p>(23) Id., p. 18.</p><p>(24) Id., p. 6.</p><p>(25) Rue Frontenac, « Montréal-Nord : un appel à l&#8217;aide des citoyens », Jean-Michel Nahas, 2 avril 2009.</p><p>(26) La Presse, « Aucune sanction pour les policiers irrespectueux », Katia Gagnon, 3 avril 2009, p. A6.</p><p>(27) Op. cit., p.31.</p><p>(28) Op. cit., p. 25.</p><p>(29) Id., p. 26.</p><p>(30) Op. cit., p. 11.</p><p>(31) Id., p. 4.</p><p>(32) Id., p. 10.</p><p>(33) Id., p. 7.</p><p>(34) Id., p. 11.</p><p>(35) La Presse, « Des organismes dénoncent un premier bilan &laquo;&nbsp;dilué&nbsp;&raquo; », Katia Gagnon, 9 janvier 2009, p. A2.</p><p>(36) La Presse, « L&#8217;héritage d&#8217;Yves Ryan », Katia Gagnon, 23 janvier 2009, p. A3.</p><p>(37) Op. cit., p. 39.</p><p>(38) La Presse, « Les deux Bronx de la métropole », Caroline Touzin, 23 janvier 2009, p. A2.</p><p>(39) Guide de Montréal-Nord, « Éviter l&#8217;évitable », Guillaume Picard, 21 janvier 2009, p. 3.</p><p>(40) <a href="http://www.newswire.ca/fr/releases/archive/August2009/06/c3276.html">http://www.newswire.ca/fr/releases/archive/August2009/06/c3276.html</a></p><p>(41) Le Journal de Montréal, « Montréal-Nord &#8211; Un quartier qui reprend vie », Mathieu Turbide, 4 août 2009.</p><p>(42) The Gazette, « Need help? Start a riot », Don MacPherson, August 13 2009, p. A19.</p><p>(43) Op. cit., p. 41.</p><p>(44) Id., p. 28.</p><p>(45) Id., p. 35.</p><p>(46) Idem.</p><p>(47) Id., p. 35 et 36.</p><p>(48) Id., p. 29.</p><p>(49) Op. cit., p. 25.</p><p>(50) Op. cit., p. 15.</p><p>(51) Op. cit., p. 29.</p><p>(52) Op. cit., p. 29.</p><p>(53) Op. cit., p. 15.</p><p>(54) Op. cit., p. 16.</p><p>(55) Id., p. 17.</p><p>(56) Id., p. 18.</p><p>(57) Id., p. 19.</p><p>(58) Id., p. 21 et 22.</p><p>(59) Id., p. 20.</p><p>(60) Id., p. 21.</p><p>(61) Idem.</p><p>(62) Id., p. 20.</p><p>(63) Idem.</p><p>(64) Métro, « Profilage racial au SPVM: les chiffres », Jennifer Guthrie, 27 août 2009.</p><p>(65) Rapport d’étape, Comité sectoriel du milieu policier sur le profilage racial, ministère de la Sécurité publique, Québec, juin 2006, p. 3, cité dans Mémoire du Commissaire à la déontologie policière présenté à la Commission de la culture de l’Assemblée nationale dans le cadre de la consultation « Vers une politique gouvernementale de lutte contre le racisme et la discrimination », p. 11.</p><p>(66) Op. cit., p. 25.</p><p>(67) Id., p. 26.</p><p>(68) La Presse, « Profilage racial &#8211; Il faut changer les &laquo;&nbsp;comportements inattendus&nbsp;&raquo; des policiers », Caroline Touzin, 28 mars 2008, p. A11.</p><p>(69) La Presse, « Pour éviter une autre explosion », Katia Gagnon, 22 mai 2009, p. A2.</p><p>(70) The Gazette, « Anxiety and anger in Montreal North », Jan Ravensbergen, June 18 2009, p. A8.</p><p>(71) Métro Montréal, « Des citoyens confiants mais méfiants », Mathias Marchal, 7 août 2009.</p><p>(72) Op. cit., p. 20.</p><p>(73) Id., p. 39 et 40.</p><p>(74) Id., p. 31.</p><p>(75) Id., p. 11.</p><p>(76) Id., p. 12.</p><p>(77) Idem.</p><p>(78) Op. cit., p. 27.</p><p>(79) Id., 25.</p><p>(80) Op. cit., La Presse, 3 avril 2009.</p><p>(81) Le Devoir, « La Charte québécoise, un enjeu oublié », Christian Brunelle, 4 décembre 1998, p. A8.</p><p>(82) La Presse, « Profilage racial &#8211; Montréal doit payer 47 000$ aux plaignants », Laura-Julie Perreault, 18 janvier 2008, p. A11.</p><p>(83) Commissaire à la déontologie policière, rapport annuel 2007-2008, p. 31.</p><p>(84) Op. cit., p. 7.</p><p>(85) Id., p. 13.</p><p>(86) Id., p. 7.</p><p>(87) Id., p. 13.</p><p>(88) Id., p. 12.</p><p>(89) Le Journal de Montréal, « Entrevue avec Jacques Dupuis &#8211; Non à un État policier », Valérie Dufour, 15 août 2008.</p><p>(90) La Presse Canadienne, « Tremblay veut une enquête complète et rapide », Pierre Saint-Arnaud, 11 août 2008.</p><p>(91) Le Devoir, « Priorité à l&#8217;enquête criminelle », Jeanne Corriveau et Lisa-Marie Gervais, 13 août 2008, p. A1.</p><p>(92) La Presse Canadienne, « Montréal-Nord: le SPVM a arrêté 35 personnes », Pierre St-Arnaud, 18 août 2008.</p><p>(93) La Presse, « Méfiance grandissante envers la police &#8211; Le ministre Dupuis s&#8217;inquiète », Caroline Touzin, 15 août 2008, p. A4.</p><p>(94) La Presse, « Villanueva: une décision en novembre », Denis Lessard, 7 novembre 2008, A14.</p><p>(95) The Gazette, « Too much foot-dragging on inquiry into Bennis death », February 3 2009, p. A14.</p><p>(96) <a href="http://www.fppm.qc.ca/prises_positions/Montreal-Nord__la_Fraternite_appuie_l_enquete_publique_du_coroner___.sn">http://www.fppm.qc.ca/prises_positions/Montreal-Nord__la_Fraternite_appuie_l_enquete_publique_du_coroner___.sn</a></p><p>(97) Rue Frontenac, « Anas Bennis &#8211; Bataille entre la famille et la police », Fabrice de Pierrebourg, 29 juin 2009.</p><p>(98) La Presse Canadienne, « Le juge Sansfaçon est prêt à contraindre les policiers à témoigner, veut veut pas », 3 décembre 2008.</p><p>(99) Le Devoir, « Affaire Villanueva &#8211; Autopsie d&#8217;une enquête mal-aimée », Brian Myles, 23 mai 2009, p. C3.</p><p>(100) Le Téléjournal, 24 mai 2009.</p><p>(101) La Ligue des droits et libertés, « Affaire Villanueva : la Ligue des droits et libertés se retire de l’enquête du coroner et réclame une commission d’enquête publique, 13 mai 2009.</p><p>(102) La Presse, « Selon L&#8217;avocat Guy Gilbert – Les tensions sociales doivent être étudiées », Caroline Touzin, 25 mai 2009, p. A2.</p><p>(103) GILBERT Guy, « Rapport d&#8217;enquête du Coroner sur les causes et les circonstances du décès de M. Marcel Lemay » (1995), p. 420.</p><p>(104) La Presse, « Villanueva : enfin l’enquête ! », André Pratte, 25 mai 2009, p. A16.</p><p>(105) Le Devoir, « À la recherche d&#8217;un psychodrame », Denise Bombardier, 30 mai 2009, p. C5.</p><p>(106) Op. cit., p. 32.</p><p>(107) Id., p. 11.</p><p>(108) Id., p. 10.</p><p>(109) Id., p. 11.</p><p>(110) Id., p. 10.</p><p>(111) La Presse, « La police n&#8217;apprend pas de ses erreurs, croit la Ligue des Noirs », Émilie Bilodeau et Catherine Handfield, 14 août 2008, p. A6.</p><p>(112) Op. cit., p. 22.</p><p>(113) La Presse, « Émeutes à Montréal-Nord : l&#8217;escouade policière montrée du doigt », Katia Gagnon, 3 avril 2009, p. A6.</p><p>(114) Id., p. 39.</p><p>(115) Op. cit., p. 27.</p><p>(116) « Plan d’action 2009 du Service de Police de la Ville de Montréal », Direction Stratégique, 12 novembre 2008, p. 11.</p><p>(117) Op. cit., p. 38.</p><p>(118) Id., p. 40.</p><p>(119) La Presse, « Un lourd bilan pour la police », Richard Hétu, 11 juin 1993, p. A3.</p><p>(120) Op. cit., p. 23.</p><p>(121) Le Devoir, « L&#8217;amateurisme policier », Jean-Robert Sansfaçon, 13 octobre 1993, p. A6.</p><p>(122) La Presse, « Faut-il un corps de police spécial anti-émeutes ? », Martin Pelchat, 17 novembre 1993, p. A3.</p><p>(123) Op. cit., p. 24.</p><p>(124) Idem.</p><p>(125) Le Devoir, « La police reverra son plan de match », Guillaume Bourgault-Côté, 23 avril 2008, p. A1.</p><p>(126) La Flûte, « Les lendemains de tumulte », vol. 64 no. 2, septembre 2008, p. 14.</p><p>(127) Le Journal de Montréal, «La crise », Richard Martineau, 21 août 2008.</p><p>(128) Op. cit., La Presse, 3 avril 2009.</p><p>(129) Le Journal de Montréal, « J&#8217;en ai plein mon casque », Mélanie Brisson, 21 août 2008.</p><p>(130) La Presse, « L&#8217;émeute de Montréal-Nord n&#8217;aurait pas dû dégénérer ainsi », Caroline Touzin, 6 janvier 2009, p. A9.</p><p>(131) La Flûte, « La CSST fera enquête », vol. 64 no. 3, décembre 2008, Robert Boulé, p. 19.</p><p>(132) Op. cit., p. 36.</p><p>(133) Id., p. 36 et 37.</p><p>(134) Id., p. 37.</p><p>(135) CSST, Rapport d&#8217;intervention RAP0526171 dans le dossier DPI4107144, 27 mars 2009, p. 8.</p><p>(136) Id., p. 7.</p><p>(137) Id., p. 8.</p><p>(138) La Flûte, « Un rapport saisissant », Robert Boulé, vol. 65 no. 1, mai 2009, p. 12.</p><p>(139) La Presse, « Ça prend quelqu&#8217;un qui donne des ordres », Karim Benessaieh, 3 avril 2009, p. A5.</p><p>(140) Le Journal de Montréal, « Des policiers mieux équipés », Daniel Renaud, 6 janvier 2009.</p><p>(141) Rue Frontenac, « Montréal-Nord: la police prend acte du rapport de la CSST », Daniel Renaud, 2 avril 2009.</p><p>(142) Le Journal de Montréal, « Ça allait exploser », Noée Murchison, 12 août 2008.</p><p>(143) Le Journal de Montréal, « Des événements prévisibles, croit Mervil », Marie-Joëlle Parent, 12 août 2008.</p><p>(144) Le Devoir, « Quelle immigration pour le Québec ? », Jean-Robert Sansfaçon, 12 août 2008, p. A6.</p><p>(145) Guide de Montréal-Nord, « Une émeute prévisible ? », Olivier Arbour-Masse, 13 août 2008, p. 1.</p><p>(146) La Presse, « Les policiers sont de moins en moins visibles », Katia Gagnon, 19 septembre 2008, p. A2.</p><p>(147) Rue Frontenac, « Intervention dans Montréal-Nord &#8211; Une leçon à tirer, selon le président de la Fraternité », Daniel Renaud, 2 avril 2009.</p><p>(148) Op. cit., p. 8.</p><p>(149) Rue Frontenac, « Montréal-Nord: la police prend acte du rapport de la CSST », Daniel Renaud, 2 avril 2009.</p><p>(150) Op. cit., La Presse, 22 mai 2009.</p><p>(151) Radio-Canada, « Émeutes dans Montréal-Nord &#8211; Ce que la police doit retenir », 2 avril 2009.</p><p>(152) Op. cit., p. 36.</p><p>(153) Id., p. 26.</p><p>(154) Id., p. 27.</p><p>(155) Id., p. 38.</p><p>(156) Id., p. 42.</p><p>(157) Id., p. 37.</p><p>(158) Op. cit., p. 28.</p><p>(159) Guide de Montréal-Nord, « Métamorphoser Montréal-Nord », Guillaume Picard, 7 avril 2009, p. 1.</p><p>(160) Op. cit., p. 23.</p><p>(161) Id., p. 38.</p><p>(162) Id., p. 23.</p><p>(163) Id., p. 38.</p><p>(164) Op cit., p. 28.</p><p>(165) « Avis sur la problématique du profilage racial à Montréal », Conseil interculturel de Montréal, 5 octobre 2006, p. 10.</p><p>(166) Op. cit., p. 39.</p><p>(167) Op. cit., La Presse, 3 avril 2009.</p><p>(168) Op. cit., La Presse, 22 mai 2009.</p><p>(169) La Presse Canadienne, « La seule présence des policiers d&#8217;Eclipse suffit parfois à calmer les esprits », Bernard Barbeau, 2 août 2009.</p><p>(170) Op. cit., Plan d’action 2009, p. 11.</p><p>(171) <a href="http://communiques.gouv.qc.ca/gouvqc/communiques/GPQF/Juillet2009/03/c3835.html">http://communiques.gouv.qc.ca/gouvqc/communiques/GPQF/Juillet2009/03/c3835.html</a></p><p>(172) Tiré de la description de tâche du poste portant le numéro d’affichage SPVM-09-TEMP-367210-8.</p><p>(173) La Presse Canadienne, « Québec investit 3,3 millions $ pour rapprocher les policiers des citoyens », Lia Lévesque, 3 juillet 2009.</p><p>(174) <a href="http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=1637,28623606&amp;_dad=portal&amp;_schema=PORTAL">http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=1637,28623606&amp;_dad=portal&amp;_schema=PORTAL</a></p><p>(175) La Presse, « L&#8217;agente qui fait taire la machine à rumeurs », Caroline Touzin, 22 mai 2009, p. A2.</p><p>(176) 24 Heures, « Nouveau programme pour se rapprocher de la communauté », Frédéric Pépin, 19 juillet 2009.</p><p>(177) <a href="http://www.spvm.qc.ca/fr/documentation/gd_27.asp">http://www.spvm.qc.ca/fr/documentation/gd_27.asp</a></p><p>(178) <a href="http://videos.lcn.canoe.ca/video/en-vedette/les-dernieres-nouvelles/8805187001/graffitis:-le-reportage-de-charles-faribault./29862744001">http://videos.lcn.canoe.ca/video/en-vedette/les-dernieres-nouvelles/8805187001/graffitis:-le-reportage-de-charles-faribault./29862744001</a></p><p>(179) <a href="http://fraternitepdq23.wordpress.com/2009/09/01/auto-de-police-graffiter/">http://fraternitepdq23.wordpress.com/2009/09/01/auto-de-police-graffiter/</a></p><p>(180) La Presse, « Le spectre des émeutes hante encore Montréal-Nord », Hugo Meunier, 18 juin 2009.</p><p>(181) Rue Frontenac, « Nuit mouvementée à Montréal-Nord », Daniel Renaud, 17 juin 2009.</p><p>(182) Radio-Canada, « Montréal-Nord &#8211; Nuit mouvementée », 17 juin 2009.</p><p>(183) Le Journal de Montréal, « La casse fait place à l&#8217;inquiétude », Marc Pigeon, 18 juin 2009.</p><p>(184) Le Devoir, « Une vigie pour apaiser Montréal-Nord », Brian Myles, 18 juin 2009, p. A1.</p><p>(185) La Presse, « Ambiance survoltée hier au parc Carignan », Daphné Cameron, 18 juin 2009, p. A3.</p><p>(186) <a href="http://www.cnw.ca/fr/releases/archive/June2009/17/c7803.html">http://www.cnw.ca/fr/releases/archive/June2009/17/c7803.html</a></p><p>(187) Op. cit., Journal de Montréal, 18 juin 2009.</p><p>(188) Op. cit., La Presse, 18 juin 2009.</p><p>(189) La Presse, « Limiter les tensions à Montréal-Nord », Violaine Ballivy, 20 juin 2009, p. A11.</p><p>(190) Ligue des droits et libertés, « Montréal-Nord &#8211; Solution politique plutôt que répression policière », 19 juin 2009.</p><p>(191) Op. cit., Radio-Canada, 17 juin 2009.</p><p>(192) Op. cit., La Presse, 20 juin 2009.</p><p>(193) Actualités CDN-NDG, « Lettre de la commandante du poste 26 », 29 juillet 2009, p. 6.</p><p>(194) LCN, « Une fête dégénère à Rivière-des-Prairies », 11 juillet 2009.</p> ]]></content:encoded> <wfw:commentRss>http://www.centpapiers.com/serie-un-an-apres-les-emeutes-de-montreal-nord-3eme-partie-un-feu-mal-eteint-cache-des-braises-qui-couvent/10108/feed</wfw:commentRss> <slash:comments>0</slash:comments> </item> <item><title>Série : Un an après les émeutes de Montréal-Nord (2ème partie) DE LA STIGMATISATION À LA RÉBELLION</title><link>http://www.centpapiers.com/serie-un-an-apres-les-emeutes-de-montreal-nord-2eme-partie-de-la-stigmatisation-a-la-rebellion/9317</link> <comments>http://www.centpapiers.com/serie-un-an-apres-les-emeutes-de-montreal-nord-2eme-partie-de-la-stigmatisation-a-la-rebellion/9317#comments</comments> <pubDate>Fri, 21 Aug 2009 02:52:46 +0000</pubDate> <dc:creator>Alexandre Popovic</dc:creator> <category><![CDATA[Articles]]></category> <category><![CDATA[En vedette]]></category> <category><![CDATA[Opinions]]></category> <category><![CDATA[Société]]></category> <category><![CDATA[émeute]]></category> <category><![CDATA[fredy villanueva]]></category> <category><![CDATA[gangs de rue]]></category> <category><![CDATA[Montréal-Nord]]></category> <category><![CDATA[Pauvreté]]></category> <category><![CDATA[profilage racial]]></category> <category><![CDATA[racisme]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.centpapiers.com/?p=9317</guid> <description><![CDATA[Règle générale, Montréal-Nord est un arrondissement assez disparate où la trame urbaine varie beaucoup d&#8217;un secteur à l&#8217;autre, voire d&#8217;un quadrilatère à l&#8217;autre. 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Quand on se promène dans la partie le plus à l&#8217;est de l&#8217;arrondissement, on constate que la portion du boulevard Rolland située au sud du boulevard Maurice-Duplessis devient une ligne de démarcation entre deux paysages urbains fort distincts : à l&#8217;est de Rolland, on n&#8217;y voit pratiquement que des blocs à appartement à perte de vue, tandis qu&#8217;à l&#8217;ouest du même boulevard on y retrouve plutôt des duplex et des bungalows. Ce contraste sur le plan strictement visuel se traduit par une nette différence quant au niveau de vie : à l&#8217;est, plus de la moitié de la population (52 %) vit sous le seuil de faible revenu tandis qu&#8217;à l&#8217;ouest cette proportion tombe en dessous du tiers (31 %). (1)</p><p>C&#8217;est tout sauf un hasard si l&#8217;émeute du 10 août 2008 éclata dans ce secteur particulièrement mal famé, pour ne pas dire ghettoïsé, du nord-est de l&#8217;arrondissement. Katia Gagnon de <em>La Presse</em> fut l&#8217;une des rares journalistes à s&#8217;être intéressée à cette zone avant que ne survienne l&#8217;émeute.  « Près d&#8217;Henri-Bourassa et de Lacordaire s&#8217;étend un quadrilatère en forme de no man&#8217;s land, écrivait-elle en novembre 2007. Ce quartier de Montréal-Nord, c&#8217;est le Bronx de Montréal. Tout le monde l&#8217;appelle comme ça. Un coin de gangs de rue, de vente de drogue et de prostitution ». (2)</p><p>Ce que la journaliste de <em>La Presse</em> désignait comme un « no man&#8217;s land » comptait pourtant une densité de population deux fois supérieure à l&#8217;arrondissement et 19 fois supérieure à celle de la région métropolitaine de Montréal, faisait remarquer Gaétan Cousineau, président de la Commission des droits de la personne, en s&#8217;appuyant sur les données du recensement fédéral de 2006. (3)  Travailleur social depuis plus de vingt ans, André Robert a eut l&#8217;occasion de rencontrer de nombreux parents d&#8217;origine haïtienne vivant dans le secteur nord-est, ce qui lui permit de visiter plusieurs appartements minuscules, surpeuplés, où les petits n&#8217;ont nulle part où jouer.  « Parfois, il y a la mère, la grand-mère, l&#8217;arrière-grand-mère et trois enfants dans un petit quatre et demi », décrivit-il. (4)</p><p>Parmi les autres disparités significatives, mentionnons le taux de chômage qui atteignait 18 % dans cette zone déshéritée alors qu&#8217;il se situait à 6,9 % à Montréal. Selon Statistique Canada, le revenu médian des personnes de 15 ans et plus dans ce quadrilatère oscillerait entre 16 000 $ et 17 000 $ par année. Notons aussi que les familles monoparentales représentaient 41 % des familles de ce secteur contre 18 % de l&#8217;ensemble des familles montréalaises.  À l&#8217;école primaire Jules-Verne, située en biais du « Bronx », cette pauvreté prend le visage « d&#8217;enfants qui n&#8217;ont jamais vu de pédiatre, qui n&#8217;ont qu&#8217;un hot-dog froid pour dîner, qui viennent à l&#8217;école sans bottes en plein hiver », écrivit encore la journaliste Gagnon dans un autre article. (5)</p><p>Une autre caractéristique est la surreprésentation des communautés ethnoculturelles. Ceux qui se font appeler les « minorités visibles » y comptaient pour 46 % de la population contre 17 % à Montréal. Le collectif Montréal-Nord Républik, qui s&#8217;est formé dans la semaine qui a suivi l&#8217;émeute, commentait ainsi cette diversité : « La zone &laquo;&nbsp;rouge&nbsp;&raquo;, oubliée sinon caricaturée par la société québécoise, a développé sa propre culture sous l&#8217;impulsion notamment d&#8217;une nouvelle génération métissée qui n&#8217;adhère ni aux critères d&#8217;une tradition canadienne-française ni à celle d&#8217;une culture d&#8217;origine en ce qui concerne les familles immigrées (Haïti, Liban, Honduras&#8230;). Pour elle, l&#8217;hybridité de la culture hip-hop, par exemple, renferme bien davantage un bagage de référents qui correspond au quotidien. Mais la fertilité de l&#8217;underground s&#8217;étend bien plus loin que la culture. Désormais, Montréal-Nord a aussi son économie informelle, ses propres lois non écrites, ses relations de pouvoir alternatives, et même une nouvelle fraternité populaire. » (6)</p><p>Le secteur nord-est a plus particulièrement accueilli une partie de la troisième vague d&#8217;immigration haïtienne, celle qui a suivi les érudits, souvent mulâtres, qui vinrent vivre au Québec durant les années cinquante et soixante. La troisième vague arriva durant les années &#8217;70 et était surtout composée de travailleurs peu scolarisés et d&#8217;ouvriers non spécialisés fuyants l&#8217;extrême pauvreté dans laquelle le règne dictatorial de Jean-Claude Duvalier, dit « Bébé Doc », avait plongé la population. Désireux de favoriser une immigration francophone, le gouvernement péquiste de René Lévesque avait régularisé le statut de 5000 « sans-papiers » haïtiens, en 1980.</p><p>Éliane a vécu la fin de son enfance et toute son adolescence dans l&#8217;est de Montréal-Nord, au coin des rues Arthur Chevrier et Corbeil, dans « un beau duplex flambant neuf » que son père avait fait construire. Dans une lettre qui fut publiée sur le blogue du chroniqueur de La Presse Patrick Lagacé, Éliane raconta comment elle avait témoin de l&#8217;arrivée des immigrants haïtiens et surtout la réaction de la population blanche face à ces nouveaux venus. En voici un extrait :</p><p>Fin des années 70, les Haïtiens sont arrivés. Bébé Doc était insupportable. Ils se sont installés de l&#8217;autre bord de Rolland, dans les blocs appartements. C&#8217;est là que j&#8217;ai découvert le racisme. Tous les bien-pensants, les petits-bourgeois, les anciens immigrants italiens bien installés dans leurs maisons en rangées des rues Corbeil et Ernest-Robitaille, les blancs plus blancs que blancs. Ils ont regardé les Noirs arriver. Ils ont inventé &#8211; ou constaté, j&#8217;ai jamais su &#8211; des histoires de jardins sur 12 pouces de terre qui poussaient sur le plancher des troisièmes étages, de smalas de 15-20 personnes qui s&#8217;entassaient dans des 3 et demi. J&#8217;écoutais, je ne comprenais rien. C&#8217;était qui, ces gens-là, qui suscitaient autant de méfiance et de haine ?</p><p>Dans ce temps-là, je payais mes études en étant caissière dans une caisse pop au coin de Saint-Vital et Fleury. C&#8217;était la naissance des guichets automatiques. Les Haïtiens venaient ouvrir des comptes, fallait ben. Vous auriez dû entendre les commentaires des caissières devant leur incompréhension du système. Pas même poli, franchement méprisant, en pleine face des clients qui roulaient de grands yeux perdus. Je leur disais : voyons les filles, ces gens-là arrivent de l&#8217;enfer et vous leur demandez de comprendre pourquoi vous gelez leur chèque 10 jours. Attendez de voir leurs enfants dans quelques années, ils vont vous en remontrer ! Rien à faire. J&#8217;ai travaillé 10 ans dans cette caisse. Après les Haïtiens, ça a été les Libanais qui fuyaient la guerre et leurs femmes voilées, déjà. C&#8217;est à Montréal-Nord que j&#8217;ai vu les premiers chauffeurs de taxi avec un doctorat en littérature persane qui vous récitent des poèmes en conduisant. Et toujours le racisme brut, sans nuances, sans curiosité devant l&#8217;inconnu, un mur impossible à percer, pour moi qui étais du bon bord. Imaginez les Autres. (7)</p><p>Ainsi, l&#8217;ironie du destin voulut que ces immigrants qui avaient fui la misère d&#8217;Haïti trouvent la pauvreté ici-même, au beau milieu d&#8217;un pays riche, de surcroît membre du club très sélect des États les plus industrialisés de la planète &#8211; avec le racisme en prime. Éventuellement, certains de ces nouveaux arrivants d&#8217;origine haïtienne parvinrent à ramasser suffisamment de fonds pour traverser du côté ouest du boulevard Rolland et acheter des duplex et des maisons en rangée.  « Vite, les blancs de blancs se sont fait construire des condos et des bungalows ailleurs, déménager au plus sacrant pour fuir la plèbe ! », écrivait Éliane. Trente ans plus tard, la communauté noire représentait 15 % de l&#8217;ensemble de la population de Montréal-Nord, contre 4 % dans la région métropolitaine.</p><p>Notons que l&#8217;exode des Blancs est une tendance qui n&#8217;a cessé de s&#8217;accentuer à Montréal-Nord avec les années. Ainsi, entre 2001 et 2006, la population de langues maternelles italiennes et françaises diminuèrent respectivement de 12,5 % et de 10,4 % à Montréal-Nord. Pendant ce temps, la population de langue maternelle arabe connut une augmentation remarquable de 125 % à la grandeur de l&#8217;arrondissement. Durant la même période, la population de langue maternelle espagnole enregistra une hausse de 44,1 % tandis que celle de langue maternelle créole connut un bond de 11,9 %. (8)</p><p style="text-align: center;"><strong>Un terrain fertile pour les gangs</strong></p><p>Dans la tête de bien des gens, Montréal-Nord est synonyme de gangs de rue. Il faut dire que Montréal-Nord fut l&#8217;un des premiers arrondissements à faire l&#8217;expérience du phénomène. D&#8217;ailleurs, nul besoin de chercher entre midi et quatorze heures pour en savoir la raison : plus une communauté confinée à un secteur particulier est frappée par la double exclusion du racisme et de la pauvreté, plus les probabilités deviennent grandes que le phénomène des gangs de rue fasse son apparition.</p><p>« Ce n’est pas compliqué, pour savoir qui compose la gang de rues d&#8217;un quartier, allez voir l&#8217;élément le plus pauvre », expliqua un responsable de la polyvalente Henri-Bourassa, située à un coin de rue du « Bronx ». (9)  « Le gangster du ghetto adhère aux valeurs de la société de consommation, sauf qu&#8217;il cherche à déjouer les façons conventionnelles de s&#8217;en procurer les biens. Il sait qu&#8217;il n&#8217;a pas d&#8217;autre choix. Le système l&#8217;a condamné au bas de l&#8217;échelle sociale et il doit aller à l&#8217;encontre de celui-ci s&#8217;il veut se hisser dans la pyramide du pouvoir, d&#8217;où l&#8217;importance qu&#8217;il accorde à l&#8217;exhibition des signes de richesse qui prouvent aux yeux de tous qu&#8217;il a réussi à s&#8217;affranchir du destin que lui réservait la société », écrivaient les anthropologues Marc Perreault et Gilles Bibeau, co-auteurs de l&#8217;ouvrage « La gang : une chimère à apprivoiser ». (10)</p><p>Aussi, contrairement à certaines idées reçues, le phénomène des gangs de rue est apparu bien avant l&#8217;avènement du gangsta rap, ce phénomène musical popularisé par des groupes comme N.W.A au tournant des années &#8217;90. (11) Ainsi, aux États-Unis, les Bloods et les Crips dont s&#8217;inspirent aujourd&#8217;hui de nombreuses gangs de rue, incluant certaines existant dans la région montréalaise, se formèrent durant les années &#8217;70, soit une dizaine d&#8217;années avant que des artistes ne se mettent à se servir de la dure vie au sein du milieu des gangs pour en faire des thèmes de chansons. Cela est aussi vrai à Montréal-Nord, où les premiers gangs de rue précédèrent l&#8217;émergence du phénomène gangsta rap.</p><p>« Le problème des gangs y&#8217;a commencé à peu près dans les années &#8217;79-80. La première gang haïtienne qui a eu ici à Montréal s&#8217;appelait le Black Power ; c&#8217;était une gang qui se battait souvent &#8230; avec des Blancs, des gangs de rockers, j&#8217;me rappelle dans le temps, la gang à Tatou qui était une gang de Blancs, raconta un ancien leader de gang qui connut surtout cette époque par l&#8217;entremise d&#8217;un de ses grands frère. (12)  « (Ils) se battaient souvent à Montréal-Nord contre les Black Power et les Black Panther. (Le Black Power et le Black Panther, c&#8217;était la même gang.) »</p><p>« Quand je suis arrivé à Montréal-Nord en 1980, c&#8217;était très raciste. Nous, les Noirs, on était minoritaires.  On pouvait pas vraiment bouger et faire ce qu&#8217;on voulait parce que les Blancs nous tabassaient. Quand on allait à l&#8217;école, ça nous frappait », expliqua Jean Beauvoir lors d&#8217;un entretien avec une Rima Elkouri, une chroniqueuse de <em>La Presse</em>. (13)  Troisième de 10 enfants, Beauvoir était né en Haïti dans une famille où régnait une discipline de fer.  Il était âgé de 15 ans lorsqu&#8217;il a atterri à Montréal-Nord.</p><p>Vers le milieu des années &#8217;80, Montréal-Nord abritait le gang de rue qui avait acquis la réputation d&#8217;être la plus structurée et prolifique de toute la métropole : Master B, dont le nom découlait de son chef de l&#8217;époque, Jean Beauvoir, qui se faisait appeler « Maître Beauvoir ».  « Au départ, j&#8217;ai pas créé un gang, précisa Beauvoir. Les Master B, on était comme un groupe de chevaliers défensifs. » Avec le temps, la noble cause céda la place au « business », de sorte que la sphère d&#8217;intérêts de la petite bande d&#8217;ados bagarreurs s&#8217;orienta progressivement vers « le cash, les voitures, les filles ».</p><p>La disparition du gang Master B au début des années &#8217;90 est attribuée au démantèlement d&#8217;un vaste réseau de prostitution juvénile, qui avait donné lieu à la condamnation de 113 personnes, des jeunes hommes âgés entre 15 et 26 ans, qui exploitaient environ 200 jeunes filles mineures, dont plusieurs avaient été recrutées en centre d&#8217;accueil. (14)  Selon le sergent-détective Pierre Marotte, Master B aurait ensuite pris le nom de Bo-gars lorsque les juges se mirent à imposer des sentences plus sévères lorsque la preuve dévoilée au procès révélait que les accusés étaient membres de Master B. (15)</p><p>La première fois que les Bo-gars firent parler d&#8217;eux dans les médias fut lorsqu&#8217;un de leur membre présumé, âgé de 15 ans, ouvrit le feu sur des participants au défilé de la Carifête, à Notre-Dame-de-Grâce, dans l&#8217;ouest de Montréal, en juillet 1993. (16)  Les Bo-gars connurent apparemment une expansion rapide, traversant la rivière des Prairies au nord de l&#8217;île de Montréal pour s&#8217;implanter à Laval, vers 1993. (17)  Notons qu&#8217;un rapport publié il y a quelques années par le Consulat général de la République d&#8217;Haïti de Montréal indiquait que le nombre de Bo-gars s&#8217;élèverait à 162 membres connus, ce qui ferait de lui le gang le plus important de la métropole. (18)</p><p>Signe de l&#8217;ampleur que prit le phénomène des gangs de rue à Montréal-Nord, La Presse révéla, en 1997, que des enfants âgés de sept et huit ans avaient formés leur propre gang, baptisé « Les couteaux ».  « Ils avaient leur code vestimentaire et de langage, et tentaient d&#8217;imiter les gangs mieux structurés », expliqua l&#8217;agent de la section Police-Jeunesse Gilles Deguire, qui disait n&#8217;avoir jamais vu une telle précocité depuis qu&#8217;il avait commencé à travailler auprès des jeunes, en 1971. (19)  Les activités de ces délinquants en herbe consistaient à harceler les citoyens âgés d&#8217;un quartier paisible de Montréal-Nord et à lancer des cailloux sur des automobiles en mouvement.</p><p style="text-align: center;"><strong>De quelques rafles</strong></p><p>De temps à autre, les gangs de rue de Montréal-Nord font l&#8217;objet d&#8217;enquêtes policières de longue haleine qui culminent par des coups de filet spectaculaires lors desquels les flics se donnent le beau rôle de protecteurs des citoyens. Voici certaines des razzias policières les plus importantes menées contre les gangs de Montréal-Nord au cours des dix dernières années.</p><p>En février 1999, le SPVM lança le projet Embryon, une enquête qui s&#8217;étira sur neuf mois, aboutissant à soixante arrestations d&#8217;individus âgés en moyenne de 25 ans, dont plusieurs membres des Bo-Gars et des Bad Boys, un gang allié surtout actif du côté de l&#8217;arrondissement Rivière-des-Prairies &#8211; Pointe-aux-Trembles, à l&#8217;est de Montréal-Nord. La police affirma que les activités des deux gangs avaient suscité une cinquantaine de plaintes de la part de citoyens inconfortables avec la vente de drogue qui se déroulait au parc Henri-Bourassa, à l&#8217;ouest du boulevard Rolland.</p><p>Le projet Embryon se termina le 24 novembre 1999 par une perquisition dans un bloc à appartements sur la rue Pascal, en plein coeur du « Bronx » de Montréal-Nord. Selon les policiers, les appartements étaient utilisés en tant que « local conjoint » par les deux gangs, qui s&#8217;en servaient pour la coupe et la cuisson du crack, un dérivé de la cocaïne surnommé la « drogue des pauvres ». Aucun meuble ou appareil électroménager ne se trouvait à l&#8217;intérieur des appartements. (20)</p><p>Plus de 300 roches de crack furent saisies, de même que 100 grammes de cocaïne et 150 grammes de marijuana, d&#8217;une valeur marchande estimée à 16 000 $ sur la rue.  Les policiers mirent également la main sur quatre armes à feu, soit trois armes de calibre .22 et un pistolet de départ inutilisable.  Au total, 205 accusations furent déposées, dont trafic et possession de stupéfiants, vol qualifié, agression armée, séquestration, voies de fait, possession d&#8217;armes, complot et recel.  L&#8217;auteur ignore toutefois ce qu&#8217;il est advenu de ces accusations en cour.</p><p>Le 6 avril 2005, l&#8217;escouade Sans Frontières mit fin à la plus importante enquête de toute son histoire, projet Abat, qui se solda par l&#8217;arrestation de 22 hommes, âgés de 23 à 54 ans, tandis que cinq autres individus manquant à l&#8217;appel firent l&#8217;objet de mandats d&#8217;arrestation. Les policiers procédèrent à un total de 17 perquisitions, dont 13 à Montréal, deux à Laval, une à Sorel et une à Gatineau, donnant lieu à la saisie de 17 onces de crack, 250 grammes de cocaïne, quatre armes à feu, quatre gilets pare-balles et 17 000 $ en argent comptant.</p><p>Toutes les accusations portaient sur la vente de dope : trafic de cocaïne, de crack ou de marijuana, complot en vue de faire le narco-trafic et trafic de stupéfiants au profit d&#8217;une organisation criminelle (gangstérisme). Le commerce de drogue avait lieu dans la partie ouest de Montréal-Nord, plus particulièrement sur l&#8217;avenue Pelletier, cinquième rue à l&#8217;est du boulevard Pie IX. Notons que la rue Pelletier donne directement sur l&#8217;entrée ouest de la polyvalente Calixa-Lavallée, une école secondaire publique fréquentée par près de 1500 élèves, âgés de 12 à 18 ans.</p><p>Fait révélateur, les statistiques en matière pauvreté de l&#8217;îlot Pelletier &#8211; ce quadrilatère formé des rues Pelletier-Pie-IX-Henri-Bourassa-Charleroi &#8211; rappellent étrangement celles du « Bronx ».  Selon les données du recensement de 2006, le taux de chômage s&#8217;élevait à 19 % (contre 11 % en 2001).  On comptait 44 % de familles monoparentales (36 % en 2001) et les minorités visibles représentaient 49 % de la population (34 % en 2001). (21) Le paysage urbain n&#8217;est pas non plus sans rappeler la froideur visuelle du secteur nord-est de l&#8217;arrondissement.  « Il n&#8217;y a pas de cours verdoyantes derrière les immeubles de la rue Pelletier, écrivit la journaliste de La Presse Caroline Touzin. Seulement un grand stationnement. Ironiquement, le stationnement est toujours vide. Les résidants du secteur sont trop pauvres pour posséder une voiture. » (22)</p><p>Pendant que les résidents de l&#8217;îlot Pelletier s&#8217;enfonçaient plus profondément dans la misère, les divers paliers de gouvernement finançant l&#8217;escouade Sans frontière engloutirent une véritable fortune en fonds publics afin de mener à bien le projet Abat, qui dura une année entière. Ainsi, neuf informateurs liés d&#8217;une façon ou d&#8217;une autre au milieu des gangs furent payés pour fournir des informations au sujet des suspects. (23)  Des agents doubles achetèrent plus d&#8217;une centaine de roches de crack à 17 vendeurs différents dans la rue Pelletier et ses environs. (24)  Les policiers installèrent également une caméra-vidéo qui filmait en permanence le tronçon de la rue Pelletier entre les rues Henri-Bourassa et Amos.</p><p>La pierre angulaire de la preuve policière reposait toutefois sur l&#8217;écoute électronique. Au moins 37 lignes téléphoniques furent mises sous écoute et un micro fut placé dans la voiture d&#8217;un des suspects, ce qui permit aux enquêteurs d&#8217;intercepter au total 100 000 conversations, de septembre 2004 à avril 2005. (25)  Comme la plupart de ces conversations se tenaient en créole, ce fut deux policiers d&#8217;origine haïtienne qui héritèrent de la lourde tâche de les écouter et de traduire en français les plus importantes d&#8217;entre elles. Au total, le projet Abat coûta la coquette somme de 10 millions $ au SPVM. (26)</p><p>Encore une fois, les policiers prétendirent que les activités des vendeurs de drogue importunaient les citoyens. « C&#8217;en était rendu que les passants préféraient changer de trottoir quand ils arrivaient à leur hauteur », déclara le commandant Poste de quartier 39 (PDQ 39), Roger Bélair. (27) Certains reprochaient aux vendeurs et à leur clientèle d&#8217;être bruyants et de flâner dans les halls d&#8217;entrée d&#8217;immeubles de la rue Pelletier. « Mes locataires avaient peur, raconta Paul Rouleau, propriétaire d&#8217;un immeuble de la rue Pelletier. Pendant six mois, j&#8217;ai gardé quatre logements vides Je ne voulais pas que les trafiquants les louent. » (28)</p><p>Ce malaise n&#8217;était toutefois pas partagé par l&#8217;ensemble des citoyens qui avaient affaire au territoire de vente du groupe qui était dans le collimateur de l&#8217;escouade Sans frontière. « Je demeure dans le quartier depuis 15 ans et je marche chaque jour dans la rue Pelletier. Je n&#8217;ai jamais eu de problème avec personne », souligna la résidente Patricia Vincent. « Ils vendaient de la dope et ne dérangeaient pas », confia pour sa part un élève de Calixa-Lavallée habitant tout près. (29)</p><p>En fait, les policiers alimentaient eux-mêmes le sentiment d&#8217;insécurité des personnes âgées qui envisageaient d&#8217;aller vivre aux Habitations Pelletier, un immeuble à logements à prix abordables pour gens du troisième âge. « Les gens qui venaient visiter nos logements téléphonaient au poste de quartier et se faisaient dire par les policiers que l&#8217;avenue Pelletier c&#8217;est le dernier endroit où ils enverraient leur mère », expliqua Jean-Paul Marleau, gestionnaire et administrateur des Habitations Pelletier pour le Fonds de solidarité. (30)</p><p>Le groupe d&#8217;individus accusés dans cette affaire se fera éventuellement connaître du public sous le nom du « gang de la rue Pelletier ». Pour le commandant de la section du crime organisé au SPVM, Yves Riopel, il ne faisait aucun doute que les accusés avaient formés un gang de rue. « C&#8217;était des opportunistes qui brassaient des affaires tant avec les Rouges qu&#8217;avec les Bleus », déclara-t-il, en faisant allusion aux deux grandes familles du milieu des gangs que sont les Bloods et les Crips. (31) Le commandant Bélair fit pourtant entendre un autre son de cloche. « Ils ne faisaient pas partie de gangs de rue, mais gravitaient autour d&#8217;eux », affirma-t-il. (32)</p><p>Cette question se compliqua un peu plus lors du procès conjoint que subirent seize accusés. Ainsi, la poursuite allégua que dix des individus accusés vendaient de la drogue au profit de deux organisations criminelles distinctes : six d&#8217;entre eux pour le compte d&#8217;un gang sans nom qui vendait sur la rue Pelletier, décrite comme une « enclave sans couleur » au coeur du territoire rouge, (33) et quatre autres au bénéfice de Dope Squad, un gang rouge qui serait lié aux Bo-gars et qui approvisionnait le premier groupe. Du côté de la défense, les avocats des accusés renoncèrent à contester la preuve accablante au niveau de la vente de drogue. Les avocats cherchèrent plutôt à faire valoir que ce commerce n&#8217;était pas aussi structuré que le prétendait la police et relevait plutôt « du chacun pour soi ». (34)</p><p>Après quatre mois de procès, le juge Jean-Pierre Bonin rendit son verdict, déclarant les accusés coupables de 50 des 58 chefs d&#8217;accusations portés contre eux, le 24 janvier 2007. Les médias s&#8217;attardèrent plus particulièrement au fait que cinq des accusés furent trouvés coupables de gangstérisme, un crime passible de 14 années de prison, ce qui était une première dans les annales judiciaires canadiennes au chapitre des gangs de rue. (35)</p><p>Cette déclaration de culpabilité s&#8217;appliquait aux accusés désignés comme étant des membres du « gang de la rue Pelletier ». « Une bande de criminels a littéralement pris en otage un coin de la rue Pelletier, situé entre le boulevard Henri-Bourassa et la rue Amos », écrivit le juge Bonin à leur sujet dans son jugement long de 80 pages. (36) Le juge Bonin ne put toutefois en arriver à la même conclusion en ce qui concerne les quatre accusés présumément membres ou liés au gang Dope squad. « Ils ne peuvent se qualifier comme formant une association criminelle au sens de la Loi », trancha le tribunal.</p><p>Notons que sept accusés portèrent leur condamnation en appel. Au moment d&#8217;écrire ces lignes, la cour d&#8217;appel n&#8217;avait toujours pas statué sur le sort de l&#8217;appel. Entre-temps, les accusés écopèrent de sentences allant d&#8217;une peine de deux ans avec sursis à purger dans la communauté jusqu&#8217;à 10 ans d&#8217;emprisonnement. De plus, six d&#8217;entre eux n&#8217;ont pas la citoyenneté canadienne et risquent aussi l&#8217;expulsion vers Haïti, leur pays d&#8217;origine. Au moins l&#8217;un d&#8217;eux a déjà été déporté.</p><p>La dernière rafle digne de mention contre les gangs de rue de Montréal-Nord est l&#8217;opération policière réunissant les projets Élaguer et Éclat qui se solda par l&#8217;arrestation de 38 individus, qui seraient reliés de près ou de loin aux Bo-gars, en juin 2007. Aux arrestations s&#8217;ajoutèrent une dizaine de perquisitions qui donnèrent lieu à la saisie de 2000 roches de crack, 130 quarts de gramme de cocaïne, 100 grammes de marijuana, plus de 15 000 $ en argent liquide ainsi que deux armes à feu. (37)</p><p>Au total, 257 chefs d&#8217;accusation furent portés contre les suspects, dont trafic de stupéfiants, complot en vue de faire le trafic de drogue ainsi que possession d&#8217;armes à feu. Certains des accusés se firent imposer des couvre-feu ou la condition de ne pas se trouver dans le quartier. L&#8217;issue des procédures judiciaires n&#8217;est toutefois pas connue de l&#8217;auteur.</p><p>Évidemment, l&#8217;opération policière avait un air de déjà vu. Les vendeurs de drogue exerçaient en effet leurs activités sur la rue Pascal et aux alentours. De toute évidence, le marché du crack semblait se porter mieux que jamais dans le « Bronx » de Montréal-Nord, près de huit ans après le projet Embryon. C&#8217;est donc dire que la lutte aux gangs de rue s&#8217;apparente souvent à des coups d&#8217;épée dans l&#8217;eau &#8211; pour ne pas dire des coups de matraque dans l&#8217;eau &#8211; lorsque l&#8217;État néglige de s&#8217;attaquer aux conditions socio-économiques qui sont propices à l&#8217;émergence de ce phénomène criminel.</p><p>Encore une fois, les policiers affirmèrent que leur enquête avait été amorcée à la suite de plaintes de citoyens. Selon le commandant Bélair, les résidents vivaient dans la peur et craignaient même de mettre le nez dehors. (38) Notons aussi que l&#8217;opération comportait un volet de relations-publiques puisque les policiers firent du porte-à-porte dans le secteur pour inciter les résidents à faire de la délation. « Vous êtes nos yeux et nos oreilles. On est là pour vous aider, mais vous devez nous aider en nous informant », affirmèrent-ils aux résidents.</p><p>Le recrutement d&#8217;informateurs au sein du voisinage semblait loin d&#8217;être gagné d&#8217;avance, même chez les citoyens souscrivant aux visées policières. « Sur la rue Pascal, c&#8217;est la loi du silence. On ne peut pas parler parce qu&#8217;après, il peut y avoir des représailles », déclara un commerçant du secteur. Mais si les citoyens étaient aussi apeurés que ne le prétendait le commandant Bélair, comment alors les policiers pouvaient-ils s&#8217;attendre à ce que ceux-là même qui vivent dans le secteur acceptent de prendre le risque de jouer un rôle de premier plan dans la lutte aux gangs de rue en dénonçant des vendeurs qui sont parfois leurs propres voisins ?</p><p style="text-align: center;"><strong>Les sources de l&#8217;insécurité policière</strong></p><p>Au cours des quinze dernières années, l&#8217;arrondissement de Montréal-Nord fut le théâtre d&#8217;incidents d&#8217;une gravité variable opposant des résidents aux forces de l&#8217;ordre. Ces incidents allèrent de l&#8217;hostilité verbale jusqu&#8217;aux coups de feu en passant par les jets de projectiles sur les policiers. La consultation de sources d&#8217;informations publiques (archives de journaux et témoignages à la cour) nous a permis de dresser une liste non-exhaustive de plusieurs de ces incidents.</p><p>Si le compte-rendu des incidents ainsi répertoriés est immanquablement basé sur la version policière, il ne faut pas oublier non plus qu&#8217;il existe souvent un autre côté de la médaille à ce type de péripéties. Cela étant dit, quand bien même certains de ces récits auraient été exagérés ou déformés par les flics, le fait demeure que l&#8217;effet cumulatif de ces incidents n&#8217;a pu faire autrement que d&#8217;avoir un impact sur le sentiment de sécurité des policiers patrouillant dans les secteurs réputés « chauds » de Montréal-Nord. C&#8217;est dans le but de mieux cerner l&#8217;état d&#8217;esprit de ces policiers qu&#8217;il nous ait apparu ici pertinent de présenter un petit inventaire de ces incidents.</p><p>En 1994, le SPVM enquêtait sur la vente de crack qui se déroulait &#8211; déjà &#8211; sur la rue Pelletier. Question de nuire à ce commerce, les agents de l&#8217;ancien poste 45, situé sur le boulevard Henri-Bourassa, multiplièrent les patrouilles de surveillance devant le principal point de vente. Vers la mi-juin, les policiers procédèrent à l&#8217;arrestation du présumé leader du groupe de revendeurs, lequel sera toutefois relâché sans accusation, apprendra-t-on bien plus tard.</p><p>Pendant que leur chef présumé était détenu, six jeunes frondeurs auraient fait irruption à l&#8217;intérieur du poste 45. « La rue Pelletier nous appartient ; si un flic s&#8217;y pointe, on va le tirer », auraient-ils clamé avant de prendre le large, non sans vandaliser quelques véhicules de police au passage. (39) Fait curieux, les policiers n&#8217;auraient apparemment pas eu le temps de réagir&#8230;</p><p>Toujours est-il que les policiers poursuivirent leur enquête, qui culmina par l&#8217;arrestation d&#8217;une poignée de revendeurs de crack quelques semaines plus tard. Notons que le sergent-détective Jean-Claude Gauthier fera référence à cet incident durant son témoignage lors des procédures judiciaires concernant les accusés liés au « gang de la rue Pelletier », une douzaine d&#8217;années plus tard.</p><p>Puis, peu après l&#8217;ouverture du Poste de quartier 45, sur le boulevard Maurice-Duplessis, à Rivière-des-Prairies, en 1997, de présumés membres de gang auraient signifié aux policiers qu&#8217;ils avaient tout intérêt à ne pas fourrer leur nez dans leurs affaires. « Ils lançaient des bouteilles et endommageaient les voitures de patrouille parce qu&#8217;on venait sur &laquo;&nbsp;leur&nbsp;&raquo; territoire », expliqua le commandant du PDQ 45, Claude Charlebois, peu après la conclusion du projet Embryon, deux ans plus tard. (40) Des pneus de voiture auraient aussi été crevés et des bouteilles lancées dans les vitres du PDQ 45, à une époque où il y avait une réduction des effectifs.</p><p>Le 13 juillet 2006, une simple arrestation à Montréal-Nord donna apparemment bien du fil à retordre aux forces de l&#8217;ordre. (41) Tout commença lorsqu&#8217;une policière découvrit que le conducteur d&#8217;une automobile qu&#8217;elle venait d&#8217;intercepter aurait été en situation de « liberté illégale ». La situation dégénéra lorsque policière décida de procéder à l&#8217;arrestation du conducteur, qui serait également soupçonné de tremper dans des activités liées au milieu des gangs de rue. En effet, les trois femmes qui l&#8217;accompagnait s&#8217;en seraient prise à la policière, laquelle demanda dès lors l&#8217;envoi de renforts.</p><p>L&#8217;arrivée de policiers supplémentaires n&#8217;aurait apparemment pas eu pour effet de calmer les esprits. Les résidents auraient en effet accueillis les effectifs policiers en leur lançant des œufs et des bouteilles. Les policiers arrêtèrent quatre personnes au total, dont un individu identifié comme étant un membre des Bloods qui aurait tenté d&#8217;empêcher les policiers de mettre la main au collet du conducteur. (42) Une fois à l&#8217;intérieur du véhicule de police, cet individu âgé de 18 ans aurait réussit à briser la vitre qui le séparait des policiers assis à l&#8217;avant de la voiture. L&#8217;un des policiers aurait d&#8217;ailleurs reçut des débris de verres dans l&#8217;œil.</p><p>Le 3 octobre 2006, des policiers effectuaient une ronde au parc Henri-Bourassa. Ils aperçurent un groupe de jeunes et décidèrent d&#8217;aller à leur rencontre. Les jeunes auraient alors mal réagi et des policiers furent appelés en renfort. La situation dégénéra au point où des bouteilles auraient été lancées sur les flics. (43)</p><p>Le 28 mai 2007, le sergent-détective Christian Charette et le lieutenant-détective Jean-Pierre Pelletier se rendirent au coin des rues Pascal et Lapierre, à l&#8217;est du boulevard Rolland. Les deux enquêteurs avaient apparemment décidé de s&#8217;offrir une petite visite dans le « Bronx » de Montréal-Nord afin de prendre le pouls de la situation après s&#8217;être fait dire qu&#8217;un gang de rue aurait pris le contrôle de ce coin de rue en particulier depuis un certain temps. (Notons que cette visite se déroulait environ un mois avant que le SPVM ne procéda à une rafle qui se solda par l&#8217;arrestation de 38 individus qui se livrait au commerce de drogue sur la rue Pascal et aux alentours).</p><p>Bien que les enquêteurs Charette et Pelletier étaient en civil et que leur voiture était banalisée, il n&#8217;en demeurait pas moins qu&#8217;ils étaient tous deux déjà bien connus pour le rôle de premier plan qu&#8217;ils jouèrent lors du super-procès de la « gang de la rue Pelletier ».</p><p>Dès leur arrivée, les deux enquêteurs auraient vu un dénommé Bristol qui semblait égrainer des stupéfiants dans sa main. Le S/D Charette demanda alors à Bristol de venir le voir, mais celui-ci l&#8217;ignora et quitta plutôt les lieux. Un dénommé Marcelin, qui accompagnait Bristol, se montra hostile à l&#8217;égard du policier et lui fit comprendre qu&#8217;il n&#8217;était pas le bienvenu. Le S/D Charette posa des questions aux gens qui se trouvait autour de lui, en vain. Il suivit même un certain groupe de résidents jusque dans la boulangerie attenante, une initiative qui n&#8217;aurait guère été appréciée.</p><p>Voyant que personne ne souhaitait lui adresser la parole, le S/D Charette décida d&#8217;émettre des constats d&#8217;infraction pour flânage et refus de circuler. Il alla même jusqu&#8217;à prendre des photos des résidents présents aux fins d&#8217;identification, ce qui provoqua la dispersion du groupe. Entre-temps, deux patrouilleurs se joignirent aux deux enquêteurs. Puis, le S/D Charette se mit à prêter attention à un véhicule en particulier, ce qui suscita l&#8217;intervention d&#8217;un individu qui se trouvait sur le pas de la porte d&#8217;un salon de coiffure. Les résidents qui étaient en train de se disperser revinrent alors sur leur pas.</p><p>Le L/D Pelletier constata que les esprits commençaient à s&#8217;échauffer au sein de l&#8217;attroupement, alors composé d&#8217;une vingtaine de résidents. Il entendit notamment les mots comme « cochon » et « c&#8217;est notre coin ». Le L/D Pelletier en vint alors à la conclusion que l&#8217;heure était venue de partir. Il dût apparemment insister auprès de son collègue quelque peu zélé pour qu&#8217;il plie bagage sans délai avec lui. C&#8217;est ainsi que les deux enquêteurs quittèrent les lieux quarante-cinq minutes après leur arrivée.</p><p>Quant au dénommé Bristol, il sera arrêté peu de temps après sous des accusations d&#8217;attroupement illégal et d&#8217;entrave au travail des policiers. Il subira son procès un an plus tard devant le juge de la Cour du Québec Martin Vauclair. Le tribunal acquitta Bristol de l&#8217;accusation d&#8217;entrave mais conclua que l&#8217;attroupement auquel il participait était illégal. « La preuve démontre hors de tout doute raisonnable que les individus avaient alors l&#8217;intention d&#8217;atteindre le but commun de faire fuir les policiers et qu&#8217;ils ont fait craindre à ceux-ci, pour des motifs raisonnables, qu&#8217;ils ne troublent la paix tumultueusement », statua le tribunal. (44)</p><p>Le 3 juin 2007, vers 3h45 du matin, un policier qui n&#8217;était pas en service se fit tirer dessus alors qu&#8217;il rentrait chez lui, sur la rue Armand-Lavergne, première rue à l&#8217;est de l&#8217;avenue Pelletier. L&#8217;agent Stéphane Edme, qui ne comptait que deux années de service comme patrouilleur au PDQ 39 au moment de l&#8217;incident, ne fut pas touché.</p><p>Cette nuit-là, l&#8217;agent Edme revenait d&#8217;une fête. En se garant, il vit deux hommes se diriger vers lui, l&#8217;air agressif. Le policier décida alors de continuer son chemin vers une station d&#8217;essence, d&#8217;où il appela le 911. Puis, il retourna vers la rue Armand-Lavergne en espérant que les deux hommes ne soient plus là. Or, ils y étaient encore et le pourchassèrent de nouveau. En tournant le coin de la rue, vers la rue Forest, le policier entendit trois coups de feu, sans pouvoir distinguer le tireur.</p><p>Quelques minutes plus tard, un dénommé Godson Descollines fut arrêté dans le secteur en possession d&#8217;un long couteau. Deux douilles de calibre .22 furent retrouvées, mais aucune arme à feu ne fut saisie sur place. Descollines avait la réputation d&#8217;être lié au milieu des gangs de rue. Il avait déjà été arrêté par le passé en relation avec des incidents violents, l&#8217;un d&#8217;eux impliquant l&#8217;usage d&#8217;une arme à feu. (45)</p><p>La direction du SPVM réagissa à l&#8217;incident en instaurant des mesures spéciales pour assurer la sécurité de l&#8217;agent Edme et de ses proches. La présence policière fut également augmentée dans ce secteur de Montréal-Nord. De son côté, Yves Francoeur, le président de la Fraternité des policiers et des policières de Montréal (FPPM), n&#8217;hésita pas à interpréter cet incident comme une tentative d&#8217;intimidation de la part des gangs de rue.</p><p>« Ils sont très arrogants et n&#8217;ont aucun respect pour l&#8217;autorité. S&#8217;ils s&#8217;en prennent à un policier, qui sera le prochain ? Un juge, un procureur ? », s&#8217;énerva Francoeur, qui profita de l&#8217;occasion pour demander à Québec de débloquer des fonds publics promis en campagne électorale pour lutter contre les gangs de rue. (46)</p><p>Lors de l&#8217;enquête sous cautionnement de Descollines, l&#8217;«  expert » du SPVM en matière de gangs de rue, le sergent-détective Jean-Claude Gauthier, affirma que Descollines avait été membre des Crack Down Posse, un gang d&#8217;allégeance bleue, durant les années &#8217;90. Plusieurs éléments accréditaient toutefois la thèse d&#8217;un conflit inter-personnel plutôt que celle d&#8217;un attentat commandité par un gang.</p><p>D&#8217;abord, le suspect connaissait personnellement le policier visé, qui l&#8217;avait arrêté à deux reprises par le passé. Un an plus tôt, l&#8217;agent Edme avait en effet arrêté Descollines après que l&#8217;ex-conjointe de ce dernier eut porté plainte pour menace de mort. Même qu&#8217;à une époque pas si lointaine les deux hommes, tous deux d&#8217;origine haïtienne, habitaient près l&#8217;un de l&#8217;autre, à tel point que leurs cours arrière se touchaient presque dans la rue Armand-Lavergne. (47)</p><p>« Comment un gangster bleu, membre des Krazz Brizz (relève des Crack Down Posse), peut-il vivre dans un territoire traditionnellement rouge (ou Blood) ? », s&#8217;interrogea la journaliste de La Presse Caroline Touzin. Par ailleurs, le S/D Gauthier affirma également durant son témoignage que l&#8217;incident aurait fait beaucoup jaser dans le milieu des gangs, autant chez les Rouges que chez les Bleus. Les gangs désapprouveraient apparemment un tel geste parce qu&#8217;il attirerait trop l&#8217;attention sur leur « business ». L&#8217;enquêteur indiqua cependant que l&#8217;agent Edme aurait déjà fait l&#8217;objet de menaces de mort proférées par de présumés membres de gangs.</p><p>On en apprit un peu plus sur les circonstances entourant l&#8217;incident durant la tenue de l&#8217;enquête préliminaire de Descollines, en octobre 2007. Ainsi, l&#8217;agent Edme révéla qu&#8217;il n&#8217;avait pas donné son vrai nom lorsqu&#8217;il téléphona au 911 dans une cabine téléphonique, peu avant les coups de feu. Le policier s&#8217;était en effet identifié sous le nom de Pierre. Et pourquoi a-t-il agit ainsi, lui a-t-on demandé. « Parce que j&#8217;étais fatigué, j&#8217;avais eu une grosse journée », répondit-il en guise d&#8217;explication. (48) Le tribunal cita l&#8217;accusé à son procès, mais fit tombé l&#8217;accusation la plus grave, soit celle de tentative de meurtre à l&#8217;endroit d&#8217;un policier.</p><p>D&#8217;une façon ou d&#8217;une autre, l&#8217;incident ne put faire autrement que de faire monter d&#8217;un cran le sentiment d&#8217;insécurité des policiers patrouillant à Montréal-Nord. Et ces mêmes policiers ne se sentirent vraisemblablement pas plus rassurés lorsqu&#8217;ils apprirent l&#8217;acquittement de Descollines, l&#8217;année suivante. « Je travaille pour la justice, puis en retour, c&#8217;est ça qu&#8217;on obtient », commenta l&#8217;agent Edme, visiblement déçu par la décision de la juge Louise Villemure d&#8217;acquitter son ancien voisin. (49)</p><p>Il faut dire que la preuve au procès avait fait ressortir que le policier n&#8217;avait pas reconnu sur-le-champ l&#8217;accusé. Ce n&#8217;est qu&#8217;après l&#8217;arrestation de Descollines que l&#8217;agent Edme l&#8217;identifia comme le tireur. De plus, un témoin indépendant de l&#8217;incident donna une description bien différente de l&#8217;agresseur. Ce témoin rejeta même la photo de Descollines parmi une série de photos de suspects, le trouvant « trop vieux » pour correspondre au tireur. Il décrivit également l&#8217;agresseur comme un homme jeune qui se déplaça à la course « comme une bombe ». Or, Descollines, lui, était plutôt chancelant, sous l&#8217;effet de l&#8217;alcool, au moment de son arrestation.</p><p>Le 7 mai 2008, un autre incident fit grimper la tension à un nouveau sommet dans le « Bronx » de Montréal-Nord. Vers 16h45, un véhicule du SPVM circulant sur la rue Pascal, au coin de l&#8217;avenue Lapierre, fut atteint d&#8217;un coup de feu. La balle traversa la vitre arrière mais le policier qui se trouvait à l&#8217;intérieur ne fut pas touché. Notons qu&#8217;il s&#8217;agissait précisément de la même intersection où, l&#8217;année précédente, les deux enquêteurs du SPVM Christian Charette et Jean-Pierre Pelletier avaient dû déguerpir sous la pression d&#8217;un attroupement de résidents peu enchantés par leur présence.</p><p>Le coup de feu provoqua tout un branle-bas de combat de la part des forces constabullaires. Prétextant vouloir mettre la main au collet du tireur, le SPVM déploya le Groupe tactique d&#8217;intervention &#8211; familièrement appelé le SWAT &#8211; les groupes d&#8217;intervention des quatre régions de l&#8217;agglomération métropolitaine et plusieurs enquêteurs, accompagnés d&#8217;une trentaine de voitures de patrouille.</p><p>La petite armée de flics arriva dans le temps de le dire et s&#8217;employa à boucler un large périmètre entre les boulevards Rolland et Langelier, au sud de Maurice-Dupplessis. Les policiers se déplacèrent à pied, carabine à la main, et prirent position en se mettant à couvert derrière un véhicule ou un édifice. « Digne d&#8217;un film western », écrivit le journaliste du Journal de Montréal Charles Poulin. (50) Les membres du SWAT entourèrent un édifice à l&#8217;angle de Lapierre et Pascal, soupçonné d&#8217;abriter le tireur. Plus d&#8217;une vingtaine de personnes furent évacuées de l&#8217;édifice et les enquêteurs interrogèrent presque tout le monde.</p><p>« On a vu les policiers arriver et installer des barricades partout », raconta Manon Laing, employée de l&#8217;organisme Fourchettes de l&#8217;espoir, basé sur la rue Pascal. Les policiers ratissèrent le secteur, cognant à toutes les portes dans l&#8217;espoir d&#8217;attraper le suspect. « Les enquêteurs rencontrent tous les gens qui sont à l&#8217;intérieur du périmètre, expliqua la porte-parole du SPVM, Lyne Labelle. Ils vont également rencontrer les gens à l&#8217;extérieur. Tous les gens qui désirent sortir doivent nous donner leurs coordonnées au cas où nous aurions besoin d&#8217;informations supplémentaires. » (51)</p><p>Vers 19h15, les policiers arrêtèrent trois jeunes hommes sur l&#8217;avenue Monty, à quelques pâtés de maisons du lieu où le véhicule de police a été la cible du tireur. « Il y avait des passants qui s&#8217;en venaient dans la rue, raconta Diane, qui assista à la scène. Les policiers ont vu trois gars, ils leur ont dit de se coucher par terre et ils les ont fouillés ».</p><p>Marc Gélinas connaissait l&#8217;un des deux suspects. « Il n&#8217;est lié à aucun gang ; c&#8217;est un gars bien honnête et il travaille comme tout le monde », protesta-t-il. Deux des trois individus furent ensuite relâchés sans qu&#8217;aucune accusation ne soit retenue contre eux. Le troisième homme dû faire face à des accusations d&#8217;intimidation et d&#8217;entrave au travail aux policiers, pour avoir simplement demandé aux policiers « s&#8217;ils avaient compris le message ». (52)</p><p>La démonstration de force du SPVM obligea des dizaines de résidants du secteur à poireauter pendant plusieurs heures sous la pluie en attendant que les policiers leur permettent de réintégrer leur logis. Ce n&#8217;est qu&#8217;à la fin des opérations policières, vers 20h30, que ces résidents trempés jusqu&#8217;aux os purent rentrer chez eux. « Une amie à moi a voulu rentrer chez elle avec son bébé naissant et elle a dû rebrousser chemin, dénonça Stéphane Paré, un résident de la rue Pascal. Je comprends qu&#8217;ils font leur travail, mais ça n&#8217;a pas d&#8217;allure d&#8217;intimider les gens comme ça. »</p><p>Malgré tout leurs efforts, les policiers ne parvinrent pas à identifier le tireur, ni à mettre la main sur l&#8217;arme à feu qu&#8217;il utilisa. Tout ce que les policiers semblaient avoir réussit à accomplir ce jour-là fut de se mettre à dos de nombreux résidents du secteur. Chose certaine, ce n&#8217;est sûrement pas en utilisant de telles méthodes que les policiers donneront envie aux résidents de devenir « leurs yeux et leur oreilles » dans le cadre de la lutte aux gangs de rue. En fait, les policiers auraient voulut infliger une punition collective aux personnes vivant dans le secteur qu&#8217;ils ne s&#8217;y seraient pas pris autrement.</p><p>Mais, au fond, pourquoi les policiers mettraient-ils des gants blancs quand, au fond, tous « les éléments positifs et productifs » &#8211; pour reprendre l&#8217;expression employée par Josée Paquette et André Gélinas du SPVM &#8211; avaient sûrement déjà déserté ce secteur « occupé par les gangs de rue » depuis belle lurette, ne laissant derrière eux « qu&#8217;une population captive, en proie à des groupes criminogènes » ? (53)</p><p style="text-align: center;"><strong>La poudrière explose</strong></p><p>Le samedi 9 août 2008, vers 19h10, une poignée de jeunes jouaient aux dés dans le stationnement de la Maison culturelle et communautaire, située sur le côté ouest du boulevard Rolland, à quelques dizaines de mètres au sud de la rue Pascal. Martha Villanueva était présente, avec deux de ses cousins, Fredy et Dany. « On était quelques jeunes et on s&#8217;amusait, assis sur un banc de parc », raconta-t-elle. Au même moment, les agents Jean-Loup Lapointe et Stéphanie Pilotte, du PDQ 39, patrouillaient dans le secteur. Lorsqu&#8217;ils virent le petit groupe de jeunes, les deux policiers décidèrent d&#8217;intervenir. « On ne faisait que jouer, pourquoi sont-ils venus vers nous ? On s&#8217;amusait sans déranger personne », commenta Martha. (54)</p><p>L&#8217;agent Lapointe s&#8217;intéressa plus particulièrement à Dany Villanueva. « Le policier s&#8217;est avancé vers moi et m&#8217;a dit &laquo;&nbsp;Je t&#8217;ai vu jouer aux dés&nbsp;&raquo;. Normalement, il aurait dû juste me donner une amende parce que c&#8217;est interdit de jouer à l&#8217;argent. Mais il m&#8217;a pris la main, la policière m&#8217;a pris le bras et ils m&#8217;ont accoté sur le capot de leur auto », raconta Dany au Journal de Montréal. (55) « Je lui ai dit &laquo;&nbsp;Qu&#8217;est-ce que tu me veux ?&nbsp;&raquo; Ça faisait mal, alors j&#8217;ai résisté. Il m&#8217;a pris par le cou et m&#8217;a jeté par terre. Elle a mis un genou sur ma poitrine. J&#8217;ai entendu mon frère crier &laquo;&nbsp;Arrêtez ! Arrêtez !&nbsp;&raquo; Puis, j&#8217;ai vu une arme à feu près de mon visage, une douille voler, et mon frère par terre ».</p><p>Fredy reçut trois balles, dont deux qui se logèrent dans son thorax et une à l&#8217;abdomen. Deux autres jeunes qui étaient présents furent également touchés. Denis Méas fut atteint à l&#8217;épaule droite et Jeffrey Sagor-Métellus reçut une balle dans le dos. Notons que les trois jeunes blessés par balles étaient tous membres de communautés ethnoculturelles : Fredy Villanueva était un jeune latino, Denis Méas était d&#8217;origine asiatique et Jeffrey Sagor-Métellus d&#8217;origine haïtienne.</p><p>Martha voulut porter secours à son cousin Fredy. « Mais les policiers m&#8217;en ont empêchée, ils m&#8217;ont retenue. Je voyais Fredy, je voyais qu&#8217;il souffrait et je voulais l&#8217;aider, mais je ne pouvais pas », se rappela-t-elle. (56) Fredy Villanueva rendit l&#8217;âme un peu plus tard en soirée sur une table d&#8217;opération à l&#8217;hôpital Sacré-Coeur. Il était âgé de 18 ans. Fredy n&#8217;avait pas de casier judiciaire. Et, à l&#8217;instar des autres jeunes présents durant l&#8217;altercation, il ne portait aucune arme sur lui.</p><p>Ceux qui connurent Fredy n&#8217;avait que du bien à dire à son sujet. « Fredy était un bon gars. Il voudrait que les choses se calment à Montréal-Nord. C&#8217;était un gars pacifique », affirma Fernando, un de ses amis. Johanne Tanguay, technicienne en documentation à la bibliothèque publique Henri-Bourassa de Montréal-Nord, côtoya Fredy Villanueva dans le cadre de son travail, qui consiste à assister les usagers dans l&#8217;utilisation des ordinateurs mis à leur disposition. « C&#8217;était un garçon très timide, tout étonné que je me souvienne de son nom à chacune de ses visites, écrivit-elle dans une lettre ouverte publiée dans La Presse. (57) Ce n&#8217;était pas le genre à crier à l&#8217;aide quand les appareils ne répondaient pas, ni à se fâcher, mais plutôt à quitter sans rien demander. Non, ce n&#8217;était pas une grande gueule, loin de là. Un jeune homme effacé, aux yeux cachés derrière sa crinière noire bouclée. »</p><p>Naturellement, le SPVM fit du mieux qu&#8217;il peut pour tenter de justifier les coups de feu tirés par l&#8217;agent Jean-Loup Lapointe. « Les policiers se sentaient menacés et un d&#8217;eux a ouvert le feu en direction des jeunes », prétendit Yannick Ouimet, porte-parole du SPVM. « Menacés ? Pourquoi ? réagissa Dany Villanueva. Mon frère a juste essayé de m&#8217;aider. Il a dit : &laquo;&nbsp;lâchez mon frère&nbsp;&raquo;, c&#8217;est tout ». Pour les proches de Fredy, la version policière ne tenait tout simplement pas la route. « Mon frère était timide et peureux, il ne se serait jamais battu avec un policier. Et aujourd&#8217;hui il est mort », confia Wendy Villanueva.</p><p>La version policière ne trouvait pas preneur non plus auprès du voisinage. « Un seul consensus semblait émaner des discussions : la mort du jeune originaire du Honduras Freddy Villanueva, tué par balle samedi à la suite d&#8217;une altercation avec des policiers du secteur, était inacceptable », écrivit la journaliste du quotidien Le Devoir Lisa-Marie Gervais après être allé à la rencontre des résidents. (58) « Tout le monde le sait que c&#8217;était un bon gars et qu&#8217;il ne méritait pas ça, s&#8217;indigna une jeune fille qui avait étudié au secondaire avec Fredy. Tout le monde le sait qu&#8217;il n&#8217;avait rien fait de mal ! C&#8217;était un adolescent qui tentait de protéger son frère ! ».</p><p>En fait, les résidents du secteur étaient carrément « imperméables à la science-fiction officielle », écrivirent Nargess Mustapha et Will Prosper du collectif Montréal-Nord Républik. « Lorsque Jean-Loup Lapointe a enfilé ses gants noirs et est descendu de la voiture de patrouille pour régler le compte de Fredy, les témoins directs de l&#8217;intervention, ses amis proches et des membres de sa famille, ont immédiatement rapporté leur version des faits à la communauté. Le bouche à oreille a fait son oeuvre et a vaincu localement la version policière colportée par les grands médias se commentant même à des affirmations du type &laquo;&nbsp;&#8230; entouré par une vingtaine de personnes hostiles, un policier n&#8217;a eu d&#8217;autre choix que de dégainer son arme et faire feu&nbsp;&raquo; ». (59)</p><p>Les résidents firent bien plus que de faire circuler au sein de la communauté la version des témoins immédiats du drame. Dans les vingt-quatre heures qui suivirent le décès de Fredy Villanueva, le quartier fut le théâtre d&#8217;une émeute d&#8217;une ampleur sans précédent dans la région métropolitaine. «  C&#8217;est tout un quartier qui s&#8217;est levé en mémoire du jeune abattu par la police », témoigna Guillaume Hébert, résident de Montréal-Nord et coordonnateur de l&#8217;association locale de Québec solidaire, un parti de gauche qui est aujourd&#8217;hui représenté à l&#8217;Assemblée nationale. (60)</p><p>« Ça a commencé par un feu dans une poubelle. Les policiers étaient dans leur voiture et ne faisaient rien », raconta Daniel Gauthier, un résidant de longue date du quartier. Habitant sur la rue Pascal, il se trouvait aux premières loges et put voir comment la situation dégénéra, minute après minute. « Ils ont attendu pour que ça devienne un gros show. Les médias, l&#8217;hélicoptère et d&#8217;autres policiers sont venus. Maintenant, ils vont pouvoir dire qu&#8217;ils ont agi pour les bonnes raisons », commenta-t-il. Il rapporta aussi à une journaliste du Devoir les propos de protestataires qui cherchaient à se faire rassurant auprès des commerçants de ce tronçon de rue. « Ne vous fiez pas à la police, c&#8217;est nous qui allons vous protéger », auraient-ils crié. (61)</p><p>« J&#8217;ai vu, coin Pascal et Roland, les voitures personnelles des pompiers brûler, à côté de leur caserne. J&#8217;ai entendu les réservoirs d&#8217;essence exploser à quelques reprises. Les gens applaudissaient », écrivit Patrick Lagacé, chroniqueur à La Presse. (62) « Des Blancs et des Noirs, de 12 ou 13 ans et un peu plus vieux, ont crié qu&#8217;ils voulaient affronter les policiers. Ils les ont nargués en lançant de grosses bouteilles de propane dans la rue. C&#8217;était tout un vacarme. Je n&#8217;ai pas fermé l&#8217;oeil de la nuit », relata la concierge Diane Grenier qui affirma au Journal de Montréal avoir tout vu et entendu. (63)</p><p>Le fil des événements fut reconstitué minutieusement par la Commission de santé et de sécurité au travail (CSST) dans un rapport qui sera publié plus de six mois après l&#8217;émeute. Tout commença par une manifestation spontanée de quelques dizaines de résidents, notamment des mères de familles accompagnées de jeunes enfants, qui protestèrent contre la mort de Fredy Villanueva en prenant la rue le dimanche 10 août, vers 15h. Les rangs des manifestants grossirent au fur et à mesure que la foule traversait les rues du quartier. Vers 17h, leur nombre s&#8217;élevait à environ 150 personnes.</p><p>La manifestation en tant que telle se termina sans incident. Mais des jeunes en colère prirent le relais et se rassemblèrent à l&#8217;intersection de la rue Pascal et du boulevard Rolland. Vers 17h38, des policiers se réunirent de toute urgence au PDQ 39. Il fut alors convenu que le quadrilatère constitué par la rue Pascal et les boulevards Rolland, Maurice-Duplessis et Langelier serait traité comme un «  périmètre chaud » durant les heures à venir. (64) Notons que ce quadrilatère correspond quasi-précisément au secteur surnommé le « Bronx » de Montréal-Nord.</p><p>Vers 19h45, la tension monta d&#8217;un cran. La foule atteignit environ 150-200 personnes et commença à présenter « des signes d&#8217;agressivité et d&#8217;hostilité ». Des feux furent allumés dans les rues et dans les poubelles. Des projectiles furent lancés et des véhicules de citoyens furent vandalisés. Vers 20h44, les pompiers reçurent des projectiles lorsqu&#8217;ils tentèrent d&#8217;éteindre les feux dans les rues avoisinantes. Les pompiers retournèrent alors à leur caserne.</p><p>Entre 21h et 21h09, les agents postés dans le « périmètre chaud » firent état de « la perte de contrôle de la situation ». On comptait alors 20 policiers et trois superviseurs sur les lieux. Une demande de renfort fut donc formulée, spécifiant que les policiers devaient être munis de casques et de bâtons anti-émeute. Vers 21h09, la foule agitée encercla la caserne des pompiers. Les véhicules qui étaient stationnés sur place furent incendiés et des marchandises pillées dans des magasins, alors que même des bonbonnes de propane servirent à alimenter les flammes des brasiers.</p><p>Vers 22h00, les effectifs déployés s&#8217;élevaient à environ 80 policiers anti-émeute. C&#8217;est à ce moment-là que les forces de l&#8217;ordre effectuèrent une première charge pour repousser les émeutiers se trouvant autour de la caserne. Mais les manoeuvres de contrôle de foule n&#8217;eurent qu&#8217;un effet très limité. Plus la soirée avançait et plus les émeutiers progressaient vers l&#8217;est, jusqu&#8217;à l&#8217;intersection des boulevards Langelier et Maurice-Duplessis.</p><p>En fait, le SPVM était manifestement mal préparé pour affronter une émeute dans un secteur résidentiel. Ainsi, les policiers rapportèrent au personnel de la CSST que « le comportement des manifestants le 10 août 2008 était très différent des autres événements qui impliquaient un contrôle de foule. Il a été noté, entre autre, le fait que les manifestants entrent et sortent des immeubles, s&#8217;éloignent et reviennent par derrière des formations de peloton. Également la présence de manifestants sur les toits et les balcons fait en sorte que les projectiles peuvent provenir d&#8217;en haut ». (65)</p><p>Mais il n&#8217;y avait pas que la configuration des lieux qui compliquait les efforts du SPVM. Tout au long de la soirée, les policiers reçurent des informations sur les ondes radios ou sur leur écran véhiculaire relativement à des coups de feu et à la présence d&#8217;armes à feu à l&#8217;intérieur, ou en périphérie immédiate, du « périmètre chaud ». Rien n&#8217;indique que les policiers procèdent à des vérifications pour s&#8217;assurer de la véracité de chacune de ces informations. Nous nous sommes ici contentés de reprendre les informations les moins floues qui ont été répertoriées dans le rapport de la CSST.</p><p>Vers 20h59, un coup de feu aurait été entendu à l&#8217;intersection de Rolland et de Pascal. Vers 21h11, un coup de feu aurait été entendu sur l&#8217;avenue Jubinville. Entre 21h11 et 21h34, un individu aurait sorti des armes à feu de son véhicule, sur Jubinville. Vers 21h34, on signale quatre coups de feu en l&#8217;espace de 5 minutes. Vers 21h39, un coup de feu aurait été entendu au coin de l&#8217;avenue Matte et de la rue Pascal. Vers 21h57, un coup de feu aurait été entendu près de Jubinville et de Pascal. Vers 22h11, des informations circulent sur un véhicule qui aurait remis des armes à feu à des émeutiers. Vers 22h24, un homme aurait tiré des coups de feu sur Jubinville. Vers 22h34, d’autres informations indiquent la présence de suspects armés sur l&#8217;avenue Lapierre. Vers 22h39, on signaleme encore trois coups de feu sur l&#8217;avenue Allard. Vers 22h39, un coup de feu aurait été entendu sur Lapierre. (66)</p><p>Enfin, vers 22h49, une policière fut atteinte par balle à la jambe droite sur la rue Pascal. Notons qu&#8217;après cet incident, les policiers ne reçurent aucune autre information additionnelle relativement à des coups de feu ou à la présence d&#8217;armes à feu dans le « périmètre chaud ». Notons aussi que le tireur n&#8217;a jamais été appréhendé, ni même identifié.</p><p>Plus de 500 policiers furent dépêchés sur les lieux pour venir à bout de l&#8217;émeute. Vers 3h, les émeutiers avaient été complètement dispersés. Dans son rapport, la CSST conclua « à une perte de contrôle due à une mauvaise planification de l&#8217;opération (déploiement inadéquat des effectifs / équipement de protection individuelle non disponible / point de regroupement initial mal planifié / communication des informations partielle / directive transmise incomplète) ». (67)</p><p>Au total, 39 méfaits furent commis, 20 commerces subirent des introductions par effraction et huit voitures furent incendiées. Les policiers procédèrent à l&#8217;arrestation de six personnes, dont deux furent relâchées sans accusation. L&#8217;enquête policière sur cet événement se poursuivit toutefois durant plusieurs semaines. Ainsi, le SPVM diffusa sur son site internet pas moins de 170 photos d&#8217;individus soupçonnés d&#8217;actes de vandalisme et de pillage. En tout, 71 personnes furent arrêtées, dont 24 mineurs, en bonne partie grâce à des images prises par des caméras de surveillance. (68) Nous ignorons ce qu&#8217;il est advenu en cour des accusations qui ont été portées contre ces personnes.</p><p style="text-align: center;"><strong>Un ras-le-bol collectif</strong></p><p>L&#8217;émeute du 10 août 2008 eut un impact à de multiples niveaux. Sur le plan médiatique, la nouvelle fit le tour du globe. L&#8217;émeute défraya la manchette de plusieurs journaux, blogues et médias électroniques en Turquie, en France, au Honduras et même au Qatar. En tout, 28 pays dans le monde relayèrent la nouvelle, ce qui représentait, en tenant compte du lectorat et des cotes d&#8217;écoute des médias qui la véhiculèrent, un auditoire potentiel de 95 millions de personnes. (69) Au Québec, l&#8217;émeute du 10 août 2008 devint la deuxième nouvelle en importance depuis le début de l&#8217;été, après les Jeux olympiques de Pékin, selon la firme Influence communication, qui analyse le travail des médias. (70)</p><p>Naturellement, les camions des réseaux de télévision affluèrent sur la rue Pascal, à l&#8217;intersection du boulevard Rolland. Les médias se montraient soudainement fort intéressés à entendre ce que les résidents du secteur avaient à raconter. Les médias donnèrent également la parole à plusieurs intervenants qui se firent l&#8217;écho, les uns après les autres, des récriminations des jeunes à l&#8217;égard du comportement des policiers. Jamais les médias médias n&#8217;avaient montrés un aussi grand intérêt à faire état de la problématique du profilage racial qu&#8217;au cours des jours qui suivirent l&#8217;émeute. On aurait dit qu&#8217;ils venaient de faire la découverte de l&#8217;ampleur insoupçonnée de ce phénomène, et surtout, des conséquences dangereuses qu&#8217;il pouvait entraîner sur la paix sociale.</p><p>« Le cri d&#8217;alarme dans le quartier, ce n&#8217;est pas le cri d&#8217;un gang de rue. C&#8217;est le cri d&#8217;une communauté fatiguée du profilage racial », déclara Mélanie Carpentier, une jeune femme qui goûta au monde de la drogue et de la prostitution et qui donne aujourd&#8217;hui des conférences sur les gangs de rue en compagnie de policiers de la section intervention jeunesse. (71)</p><p>« Les interventions répressives se sont intensifiées. Des jeunes disent qu&#8217;ils sont victimes de profilage », indiqua Christine Black, présidente de la Table de concertation jeunesse de Montréal-Nord. « Pour moi, ce n&#8217;est pas une réaction seulement à ce qui s&#8217;est passé samedi, mais à la répression policière dans le quartier », ajouta Jethro Auguste, responsable du centre culturel Culture X, un service d&#8217;intégration jeunesse pour les 16-24 ans. « L&#8217;émeute témoigne du ras-le-bol collectif de la communauté de Montréal-Nord envers son service de police et les gens qui la desservent », fit valoir Jean-Yves Sylvestre, travailleur social au collège Ahuntsic.</p><p>Selon Harry Delva, coordonnateur des projets jeunesse à la Maison d&#8217;Haïti, l&#8217;attitude des policiers qui combattent intensivement les gangs de rue dans le secteur exacerba les tensions avec les jeunes, « qui rongent leur frein depuis longtemps ». Même son de cloche du côté de Frantz Jean-Jacques, un travailleur social oeuvrant dans le quartier depuis 30 ans. « C&#8217;était juste une question de temps avant que ça déborde », commenta-t-il. « Les jeunes me rapportent qu&#8217;ils se font arrêter injustement, fouiller et interpeller sans raison valable ». (72)</p><p>Fondateur de l&#8217;académie d&#8217;arts martiaux Ness Martial, Ali Nestor Charles dressa un constat identique. Selon ce boxeur qui côtoie aujourd&#8217;hui plusieurs jeunes provenant de Montréal-Nord, l&#8217;émeute était une réponse au profilage racial que les jeunes subissent fréquemment. « Il fallait s&#8217;attendre à ce qu&#8217;il y ait des émeutes », lança Ali Nestor Charles, qui ne cache pas qu&#8217;il a lui-même été membre de gangs de rue dans sa jeunesse. (73)</p><p>« Les policiers sont agressifs et provocateurs envers les jeunes et font à 200 % du profilage racial. Je l&#8217;ai moi-même subi », affirma-t-il. Il lui arriva en effet plus d&#8217;une fois de se faire interroger par les policiers quand il porte des vêtements amples et se promène à bord de son Jeep. « Ils m&#8217;accostent, me fouillent, me demandent mes papiers&#8230; Je pense bien qu&#8217;ils le font parce que je suis noir », estima le sportif. « On dirait que pour les policiers d&#8217;Éclipse, dès que t&#8217;es noir ou latino et que t&#8217;es dans la rue, tu fais forcément partie d&#8217;un gang. Désolé, mais c&#8217;est pas toujours le cas », déclara Imposs, un rappeur d&#8217;origine haïtienne. (74)</p><p>« Ils en viennent à mettre tout le monde dans le même bateau. Regarde-moi. Regarde comme je suis habillé&#8230; », confia &laquo;&nbsp;Paul&nbsp;&raquo;, un résident de Montréal-Nord, au chroniqueur Patrick Lagacé. (75) Lors de cet entretien, &laquo;&nbsp;Paul&nbsp;&raquo; portait un jean large qui lui arrêtait à mi-mollet, une tuque et un polo à rayures. « Un gars de gang de rue peut être habillé comme moi, continua &laquo;&nbsp;Paul&nbsp;&raquo;. Mais je ne suis pas dans un gang de rue ! Le problème, c&#8217;est que les policiers ne sont pas formés pour faire la différence. Et ils mettent tout le monde dans le même bateau&#8230; » Lagacé rapporta que son interlocuteur exprimait alors un sentiment fort répandu. « Ce que &laquo;&nbsp;Paul&nbsp;&raquo; m&#8217;a dit, je l&#8217;ai entendu toute la journée, hier, dans le quartier, écrivit-il dans La Presse. « Que les policiers sont obsédés par les gangs de rue&#8230; Trop, peut-être. »</p><p>« Les policiers qui patrouillent le quartier connaissent les membres des gangs de rue, rappela Michelet. Ils savent qui ils sont. Pourquoi embêtent-ils tout le monde, alors ? C&#8217;est comme si les flics embêtaient la population complète d&#8217;un village juste parce qu&#8217;on y trouvait quelques motards&#8230; » (76) Brunilda Reyes des Fourchettes de l&#8217;espoir invita les policiers à faire d&#8217;un plus grand discernement. « On sent les policiers paniqués par les gangs de rue, constata-t-elle. Mais il faut faire la différence, il ne faut pas traiter tout le monde de la même façon ».</p><p>« Un petit groupe de patrouilleurs a un problème d&#8217;attitude », déplora François Bérard, directeur général de l&#8217;organisme Maisons de transition de Montréal et intervenant depuis plus de 20 ans dans Montréal-Nord. (77) « Il y a peut-être des gens qui devraient être déplacés ou qui n&#8217;ont pas leur place dans la police », alla-t-il jusqu&#8217;à dire. « Lorsqu&#8217;il s&#8217;agit de Noirs, ils se font écoeurer tout le temps, dès que ces policiers-là font leur quart de travail », ajouta Bérard. Lors d&#8217;un entretien avec une journaliste de La Presse, il relata des exemples qui furent évoqués lors des réunions d&#8217;organismes communautaires de l&#8217;arrondissement qui eurent lieu après l&#8217;émeute.</p><p>Premier exemple : « Une personne âgée, blanche, francophone de souche, environ 70 ans, qui va au marché rue Pascal. Il est 20h30, et elle se fait aborder par une patrouille qui lui dit: &laquo;&nbsp;Eille, vieille crisse, tu sais pas que c&#8217;est dangereux de sortir le soir par ici?&nbsp;&raquo; » Second exemple : « Un jeune de 18 ou 19 ans qui s&#8217;en va travailler avec sa boîte à lunch, qui se fait accoster par les policiers et se fait dire: &laquo;&nbsp;Où tu t&#8217;en vas, le nèg&#8217;? Les nèg&#8217;s, ça travaille pas, c&#8217;est connu !&nbsp;&raquo; Et ce que je vous dis là, ce ne sont pas des Noirs qui me l&#8217;ont rapporté, ce sont des francophones de souche qui ont vu leurs amis se faire traiter comme ça. »</p><p>Durant les semaines qui suivirent l&#8217;émeute, l&#8217;organisme Tandem Paix et Sécurité dans Montréal-Nord tâta le pouls d&#8217;environ 800 citoyens de l&#8217;arrondissement, ce qui donna lieu à la publication d&#8217;un bref rapport. Le document aborda de manière succincte les diverses préoccupations exprimées par les résidents Montréal-Nord, mais le paragraphe le plus volumineux fut consacrée aux comportements problématiques des policiers :</p><p>« Plusieurs policiers ont une attitude arrogante envers l&#8217;ensemble des citoyens du quartier. Plusieurs éléments entrent en jeu dans cette attitude : la formation inadéquate des policiers pour aborder la population, surtout au niveau des communautés culturelles, la peur des jeunes policiers qui connaissent le quartier de &laquo;&nbsp;réputation&nbsp;&raquo; et les préjugés des citoyens à l&#8217;égard de la police. Plusieurs citoyens affirment que la présence policière est désirée, car elle procure un certain sentiment de sécurité, mais que l&#8217;attitude des policiers est parfois déplacée. Certains citoyens nuancent que cette attitude est présente envers les québécois de souche, qu&#8217;elle s&#8217;intensifie auprès des arabes, latinos, et qu&#8217;elle est omniprésente auprès des personnes d&#8217;origines antillaises. La plupart des citoyens ne se sentent pas respectés par la police. Ils mentionnent le tutoiement de ceux-ci lorsqu&#8217;ils s&#8217;adressent aux citoyens. Pour les gens, c&#8217;est un manque de respect. » (78)</p><p>Face à l&#8217;avalanche de témoignages les plus accablants les uns que les autres à l’égard des policiers, l&#8217;éditorialiste de La Presse André Pratte dut lui-même se rendre à l&#8217;évidence. « Les travailleurs communautaires et les citoyens interrogés par les médias ont déploré l&#8217;attitude agressive des policiers dans leurs rapports quotidiens avec les jeunes du quartier de même que la pratique, apparemment répandue, du profilage racial. Ces propos ont été exprimés par trop de personnes pour être dénués de tout fondement », écrivit-il. (79)</p><p>Et les têtes dirigeantes des milieux policiers et politiques, qu&#8217;avaient-elles à dire pour leur défense ? « Il n&#8217;y a pas de profilage racial systémique, assura Yvan Delorme, directeur du SPVM. Il y a des situations qui peuvent être perçues, analysées, jugées comme étant à caractère de profilage racial. Mais il y a des systèmes de déontologie qui sont là pour en juger ». (80)</p><p>« Oui, je crois que le programme Éclipse fonctionne, affirma à qui voulait l&#8217;entendre la députée libérale du comté Bourassa-Sauvé, Line Beauchamp. « Si on n&#8217;avait pas accordé de sommes supplémentaires, d&#8217;importantes arrestations n&#8217;auraient pas eu lieu ». Mais ce fut sans doute Marcel Parent, le maire de l&#8217;arrondissement, qui fit le commentaire le plus révélateur quant à la profondeur du fossé séparant les élus du vrai monde. « Montréal-Nord est un endroit où il fait bon vivre, prétendit le maire Parent avec le plus grand sérieux du monde. Il faut être conscient que Montréal-Nord, c&#8217;est 85 000 habitants. Il ne faut pas juger Montréal-Nord par un coin chaud ». (81)</p><p style="text-align: center;"><strong>Une zone de non-droit en devenir ?</strong></p><p>L&#8217;intérêt des médias pour le phénomène du profilage racial fut de très courte durée. Pour plusieurs journalistes, l&#8217;affaire Villanueva devint un prétexte pour parler du phénomène des gangs de rue, ce sujet d&#8217;intérêt par excellence pour l&#8217;industrie de l&#8217;information, cet arbre qui cache si merveilleusement bien cette dense forêt de problèmes sociaux que les élus ont si peu envie de voir. Après tout, Montréal-Nord n&#8217;est-il pas lui-même synonyme de gangs de rue ?</p><p>Ainsi, le Journal de Montréal rapporta que l&#8217;agent Jean-Loup Lapointe se spécialisait dans les gangs de rue. (82) Bien entendu, cela ne faisait pas passer pour plus légitimes les coups de feu mortels que l&#8217;agent Lapointe tira sur Fredy Villanueva. Mais qu&#8217;à cela ne tienne, à défaut de pouvoir trouver quelque chose de négatif à dire sur Fredy, les médias décidèrent de se concentrer sur son frère aîné, Dany, dont ils fouillèrent le passé. Ils découvrirent alors que ce dernier avait été arrêté, deux ans et demi plus tôt, en compagnie de quatre autres individus lourdement armés. Tous sauf Dany Villanueva portaient un masque rouge.</p><p>« Dans le quartier où il habite &#8211; et c&#8217;est presque impossible de ne pas le faire -, il a frayé au cours des derniers mois avec des gens qui font partie des Rouges », avait alors déclaré son avocat, Me Rodrigue Beauchesne. Notons que le tribunal avait tout de même reconnut que Dany Villanueva n&#8217;était pas lui-même un Rouge ou un Blood. « Vous n&#8217;êtes pas membre de gang de rue, mais le tribunal comprend qu&#8217;en vous y acoquinant, en vous y associant dans des agirs criminels, ça devient un facteur aggravant », affirma le juge Louis Legault avant de lui imposer une sentence de 11 mois d&#8217;emprisonnement. (83)</p><p>Pour Yves Francoeur, le président de la Fraternité, l&#8217;affaire Villanueva est somme toute assez simple. « Le soir du 9 août, les policiers sont intervenus dans un endroit criminogène reconnu comme étant fréquenté par les gangs de rue. L&#8217;intervention des policiers était justifiée », trancha-t-il lors d’un entretien avec un journaliste du blogue Rue Frontenac. (84) Pour ceux qui ne le sauraient pas, le terme criminogène désigne tout ce qui peut inciter à commettre des actes criminels.</p><p>Résider dans un « endroit criminogène », ce serait donc vivre dans un secteur susceptible d&#8217;amener ses habitants à basculer dans l&#8217;illégalité. Lorsqu&#8217;une telle étiquette est étampée sur un quartier au complet, la réputation de l&#8217;endroit finit alors par déteindre sur ceux qui y vivent, ceux-ci devenant tous des criminels potentiels aux yeux des policiers &#8211; pour ceux qui ne le sont pas déjà évidemment. De leur côté, les policiers ont tout le loisir de se servir de la mauvaise réputation de l&#8217;endroit ainsi désigné pour justifier toutes leurs interventions musclées, incluant celle qui causa la mort d&#8217;un jeune non armé connu de tous comme étant pacifique et timide.</p><p>Fait rare, certains se mirent à parler ouvertement du sentiment d&#8217;insécurité qu&#8217;éprouvent les policiers dans l&#8217;arrondissement. Robert Poëti, qui travailla à la Sûreté du Québec pendant 28 ans, fut le premier à évoquer les craintes des policiers patrouillant dans des secteurs réputés difficiles de Montréal-Nord. « Les policiers ont peur de s&#8217;y aventurer », déclara Poëti, qui offre aujourd&#8217;hui son opinion à titre d&#8217;« expert » en sécurité. (85) Pour le criminologue André Normandeau, il ne fait aucun doute que les policiers ont peur à Montréal-Nord. « Et quand tu as peur, tu n&#8217;entres pas en relation avec les jeunes de la même façon, ajouta-t-il. La politesse larguée, les tensions vives apparaissent ». (86)</p><p>« Quand ils répondent à des appels de service dans certains secteurs de l&#8217;arrondissement, les policiers admettent craindre de voir dans quel état ils retrouveront leur véhicule une fois leur intervention terminée », déclara Yves Francoeur. (87) « Avant, quand on patrouillait dans une zone chaude, on était dans un climat de confiance parce qu&#8217;on savait qu&#8217;on pouvait avoir des renforts. Maintenant, les policiers sont plus craintifs parce qu&#8217;on manque d&#8217;effectifs », confia-t-il également à La Presse. (88)</p><p>« Les jeunes ont davantage une attitude de défi et d&#8217;attaque envers les policiers, notamment dans ce secteur, estimait pour sa part le criminologue Jean-Paul Brodeur. La règle élémentaire de notre société qui veut que la population consente à être policée est remise en question. » En fait, il existerait même au sein de certains milieux policiers une croyance voulant qu&#8217;une organisation chercherait carrément à prendre le contrôle du « Bronx » de Montréal-Nord.</p><p>C&#8217;est à tout le moins l&#8217;opinion de Jacques Duchesneau, directeur du SPVM de 1994 à 1998. « Il y a un groupe qui veut prendre le contrôle du secteur, prétendit-il à une journaliste de La Presse. Et le jour où on identifiera que ce secteur, c&#8217;est une zone où comme policier on ne doit pas aller, on les laisse prendre le contrôle ». Selon Duchesneau, c&#8217;est le danger qui guetterait Montréal-Nord et «  d&#8217;autres zones problématiques aussi ». (89)</p><p>Chose certaine, plusieurs policiers se sentaient comme des « intrus » depuis belle lurette dans ce secteur de Montréal-Nord. « Les policiers trouvaient de plus en plus difficile de travailler là », indiqua-t-il. Duchesneau affirma aussi que l&#8217;émeute était parfaitement prévisible tout en ajoutant qu&#8217;il n&#8217;était « pas sûr qu&#8217;on a toujours entendu les messages ». « Si, comme on m&#8217;a raconté, un policier va acheter quelque chose et qu&#8217;on lui dit : &laquo;&nbsp;Moi, je ne te sers pas parce que tu es un policier&nbsp;&raquo;, ça, c&#8217;est annonciateur de quelque chose de plus grave qui s&#8217;en vient », déclara l&#8217;ancien chef de police.</p><p>D&#8217;ailleurs, il n&#8217;y a pas que les policiers qui ont le sentiment de ne pas être les bienvenus à Montréal-Nord. Le criminologue André Robert a en effet pris l&#8217;habitude d&#8217;enlever la vignette du Centre jeunesse de Montréal suspendue à son rétroviseur lorsqu&#8217;il se rend au domicile de ses jeunes clients vivant dans cet arrondissement. (90) Il faut dire que les cinq automobiles du Bureau nord de la Direction de la protection de la jeunesse, boulevard Henri-Bourassa, furent toutes vandalisées, en juin 2008. Tous les pneus furent crevés, de même que les vitres furent fracassées. L&#8217;incident le convainquit qu&#8217;il valait mieux d&#8217;être parfaitement anonyme pour circuler dans les rues de Montréal-Nord.</p><p>Aussi paranoïaques peuvent-ils paraître, les propos de Duchesneau demeuraient néanmoins symptomatiques d&#8217;un sentiment d&#8217;insécurité chez les policiers ayant affaire aux secteurs de Montréal-Nord qui ont si mauvaise réputation. Cela étant, c&#8217;est une chose que de dire que les policiers se sentent dans leurs petits souliers, c&#8217;en est une autre que d&#8217;avancer que certains secteurs pourraient éventuellement se transformer en sorte de zones de non-droit, comme semblait le suggérer Duchesneau&#8230;</p><p>Le commandant du PDQ 39, Roger Bélair, se montrait d&#8217;ailleurs beaucoup moins alarmiste dans son évaluation de la situation. Le problème de criminalité dans le « Bronx » de Montréal-Nord se résumerait à des jeunes gravitant autour des gangs et traînant dans les rues, expliqua-t-il au Journal de Montréal. (91) Selon Bélair, les « vétérans » des Bo-Gars seraient bien moins présents qu&#8217;avant dans le quartier. « Certains se servent encore de ce nom qui vient de la culture du passé, ils s&#8217;appuient sur ça, mais nous sommes plutôt confrontés à des jeunes en émergence », affirma-t-il.</p><p>Des « jeunes en émergence » ? Est-ce bien à eux que Duchesneau faisait allusion lorsqu&#8217;il parlait d&#8217;un « groupe qui veut prendre le contrôle du secteur » ?</p><p>Ironiquement, ces mêmes résidents qui avaient exprimés leur ras-le-bol face au harcèlement policier se retrouvèrent avec une présence policière accrue, pour ne pas dire carrément envahissante, dans les rues de leur quartier. Ainsi, une semaine après l&#8217;émeute, un total de 135 policiers additionnels, incluant des membres de l&#8217;escouade Éclipse, furent assignés au PDQ 39 et affectés aux secteurs réputés « chauds » de Montréal-Nord et de Rivière-des-Prairies. (92)</p><p>Après tout, c&#8217;est toujours moins épeurant de « faire la loi » dans un soi-disant « endroit criminogène » quand on se tient en gang, pas vrai ? Or, en misant sur une présence intimidante basée délibérément sur la force du nombre, les flics semblaient avoir décidés qu&#8217;ils tiendraient le haut du pavé en s&#8217;inspirant de certaines des méthodes de ces mêmes gangs de rue qu&#8217;ils prétendaient combattre.</p><p>C&#8217;est ainsi que les flics s&#8217;imposèrent dans l&#8217;environnement visuel des résidents de Montréal-Nord de façon à faire parti du décor, comme si le paysage urbain du secteur nord-est n&#8217;était pas assez déprimant comme ça. « Quand on se promène dans les rues de Montréal-Nord, on peut sentir la présence policière », observa Marie-Josée Chouinard, journaliste au Guide de Montréal-Nord. (93) « Il y a tellement de policiers qu&#8217;on dirait qu&#8217;on est en guerre », commenta une dame âgée.</p><p>Bien entendu, l&#8217;omniprésence policière eut pour effet de rendre le harcèlement policier pire que jamais. Ainsi, le journaliste du Journal de Montréal Michel Larose rapporta que les policiers multiplièrent les « vérifications de routine ». Le journaliste fut témoin de l&#8217;interpellation d&#8217;un jeune homme de couleur sur un trottoir alors qu&#8217;il était accompagné de son amie de coeur. « En quelques minutes, une dizaine de policiers en vélo l&#8217;avaient encerclé, en plus de quatre autopatrouilles, gyrophares actionnés », écrivit-il. (94) « Je marchais avec ma blonde, c&#8217;est tout », expliqua le jeune homme après avoir été relâché sans accusations. « Le policer m&#8217;a dit de fermer ma gueule lorsque j&#8217;ai demandé pourquoi ils arrêtaient mon ami », raconta sa copine.</p><p>Le harcèlement policier fut dénoncé lors d&#8217;une conférence de presse tenue par quatre jeunes, âgés de 19 à 31 ans, fréquentant le Café-Jeunesse multiculturel, le 18 septembre. « Ce n&#8217;est pas normal de toujours se faire interpeller. Ici, tu peux avoir un &laquo;&nbsp;ticket&nbsp;&raquo; pour avoir traversé la rue au mauvais endroit ou pour avoir dit &nbsp;&raquo; ta&#8230;&nbsp;&raquo; », commenta Dave Augustin. (95) « C&#8217;est normal de se faire arrêter si l&#8217;on fait une infraction, mais les coups et l&#8217;arrogance n&#8217;ont pas leur place ». Ces jeunes critiquèrent également l&#8217;insistance des médias à associer Montréal-Nord aux gangs de rue. « À force d&#8217;en parler, tout le monde pense que tout le monde ici fait partie d&#8217;un gang de rue », commenta l&#8217;un des jeunes.</p><p>Ce n&#8217;était sûrement pas le ministre de la Sécurité publique Jacques Dupuis qui allait s&#8217;objecter à une telle approche, lui qui disait au Journal de Montréal qu&#8217;il était nécessaire que « les malfaiteurs aient peur de la police ». (96) Ainsi, pour le ministre responsable de la police, il était devenu impératif que la peur change de camp, qu&#8217;elle passe des policiers pour aller du côté des « hors-la-loi », quitte à ce qu&#8217;il en coûte une véritable petite fortune en fonds publics. Ainsi, grâce à des documents obtenus en vertu de la Loi sur l&#8217;accès à l&#8217;information, Radio-Canada révéla que les policiers avaient effectués 13 841 heures supplémentaires à Montréal-Nord, au coût de 839 854 $, durant le mois qui a suivi l&#8217;émeute. (97)</p><p>Cela étant, un an après l&#8217;émeute du 10 août 2008, une question continuait à hanter bien des esprits : et si cette partie de dés qui donna lieu à une intervention policière aux conséquences tragiques s&#8217;était déroulée dans un tout autre quartier de Montréal, c&#8217;est-à-dire dans un secteur qui ne souffre pas de la réputation d&#8217;être un « endroit criminogène », le jeune Fredy Villanueva serait-il encore en vie aujourd&#8217;hui ?</p><p>Sources :</p><p>(1) « Données sociodémographiques de Montréal-Nord », Convercité 15 septembre 2008, p. 2.<br /> (2) La Presse, « La maternelle du Bronx », Katia Gagnon, 8 novembre 2007, p. A2.<br /> (3) Le Devoir, « La lutte contre les inégalités doit prévaloir », Gaétan Cousineau, 8 septembre 2008, p. A8.<br /> (4) La Presse, « La vie dans le ghetto », Katia Gagnon, 16 août 2008, p. A6.<br /> (5) La Presse, « À bord du vaisseau spatial », Katia Gagnon, 24 janvier 2009, cahier plus p. 2.<br /> (6) Le Couac, &nbsp;&raquo; Montréal-Nord, quartier sous les verrous &laquo;&nbsp;, Nargess Mustapha et Will Prosper, mars 2009.<br /> (7) <a href="http://blogues.cyberpresse.ca/lagace/?p=70721627">http://blogues.cyberpresse.ca/lagace/?p=70721627<br /> </a> (8) Synthèse des statistiques de Montréal-Nord, Convercité, p. 1 .<br /> (9) Le Devoir, &nbsp;&raquo; L&#8217;enfer &laquo;&nbsp;, Paule des Rivières, 8 mars 1995, p. B8.<br /> (10) « La gang : une chimère à apprivoiser », Marc Perreault et Gilles Bibeau, Boéral (2003), p. 82 et 83.<br /> (11) Id., p. 79.<br /> (12) Id., p. 61.<br /> (13) La Presse, « De Bo-Gars à bon gars », Rima Elkouri, 17 septembre 2008, p. A22.<br /> (14) The Gazette, « Police have unravelled network linked to sex trade », David Johnston, November 17 1990, p. B1.<br /> (15) The Gazette, « Police blame Haitian gangs for shootings », Aaron Derfel, July 7 1993, p. A1.<br /> (16) La Presse, « L&#8217;agresseur voulait défier une bande rivale », André Cédilot, 6 juillet 1993, p. A3.<br /> (17) La Presse, « Les policiers de Laval s&#8217;inquiètent du phénomène des gangs de rues », Jean-Paul Charbonneau, 3 décembre 1994, p. A25.<br /> (18) Le Journal de Montréal, « Les gangs de rue à Laval », Fabrice de Pierrebourg et Jérôme Dussault, 2 octobre 2003.<br /> (19) La Presse, « Des enfants de sept et huit ans membres d&#8217;un gang de rue à Montréal », Martin Pelchat, 28 mai 1997, p. A4.<br /> (20) Allô Police, « Les Bo-gars et les Bad Boys mangent une claque ! », Sophie Riopel, 10 décembre 1999, p. 12 et 13.<br /> (21) « Étude sur les besoins et les aspirations des résidants de l&#8217;îlot Pelletier », Jean-Marc Fontan et Patrice Rodriguez, janvier 2009 p. 18.<br /> (22) La Presse, « Les deux bronx de la métropole », Caroline Touzin, 23 janvier 2009, p. A2.<br /> (23) La Presse, « Un procès fertile en revirements », Caroline Touzin, 23 septembre 2006, p. A8.<br /> (24) La Presse, « Une première &#8211; Présumés membres de gangs de rue accusés de gangstérisme », Caroline Touzin, 19 septembre 2006, p. A18.<br /> (25) La Presse, « Quelque 230 conversations admissibles en preuve », Caroline Touzin, 18 octobre 2006, p. A1.<br /> (26) Guide de Montréal-Nord, « La criminalité reliée aux gangs de rue en hausse », Marie-Josée Chouinard, 6 février 2008, p. 4.<br /> (27) La Presse, « La police frappe les gangs de rue », André Cédilot, 7 avril 2005, p. A8.<br /> (28) La Presse, « Belle clientèle pour les gangs de rue », Michèle Ouimet, 30 septembre 2006, p. A5.<br /> (29) La Presse, « La rue Pelletier tranquille, tranquille », Hugo Meunier et Christiane Desjardins, 25 janvier 2007, p. A4.<br /> (30) Transcontinental, « Les Habitations Pelletier se veulent rassurantes », Marie-Josée Chouinard, 28 septembre 2005.<br /> (31) The Gazette, « Cops nab 27 suspected dealers », Paul Cherry, April 7 2005, p. A7.<br /> (32) Guide de Montréal-Nord, « La police met la main au collet de 22 individus à Montréal-Nord », Katia Mayrand, 13 avril 2005.<br /> (33) La Presse, « Portrait des gangs montréalais », Caroline Touzin, 13 décembre 2006, p. 25.<br /> (34) La Presse, « Le gang de la rue Pelletier n&#8217;existe pas, dit la défense », Caroline Touzin, 20 décembre 2006, p. 20.<br /> (35) La Presse, « Procès du gang de la rue Pellletier &#8211; Condamnés pour gangstérisme », Hugo Meunier et Christiane Desjardins, 25 janvier 2007, p. A4.<br /> (36) Pour lire le jugement du juge Bonin : <a href="http://www.canlii.org/fr/qc/qccq/doc/2007/2007qccq227/2007qccq227.html">http://www.canlii.org/fr/qc/qccq/doc/2007/2007qccq227/2007qccq227.html<br /> </a> (37) La Presse, « Réseau de vendeurs de drogues démantelé à Montréal-Nord », Marcel Laroche, 20 juin 2007, p. A10.<br /> (38) Guide de Montréal-Nord, « Des citoyens soulagés », Marie-Josée Chouinard, 20 juin 2007, p. 3.<br /> (39) La Presse, « Des menaces de mort n&#8217;ont pas empêché la police de démanteler un réseau de trafiquants de crack », Éric Trottier, 9 juillet 1994, p. A3.<br /> (40) Le Journal de Montréal, « La police porte un dur coup aux vendeurs de crack du nord-est », Michel Marsolais, 27 novembre 1999.<br /> (41) La Presse Canadienne, « Montréal : des policiers sont les cibles de projectiles de citoyens », 13 juillet 2006.<br /> (42) La Presse, « Membre de gang de rue arrêté », Caroline Touzin, 14 juillet 2006, p. A10.<br /> (43) Témoignage de l&#8217;inspecteur Richard Dupuis devant le coroner ad hoc Robert Sansfaçon le 8 avril 2009.<br /> (44) Pour lire le jugement du juge Vauclair : <a href="http://www.canlii.org/fr/qc/qccq/doc/2008/2008qccq5277/2008qccq5277.html">http://www.canlii.org/fr/qc/qccq/doc/2008/2008qccq5277/2008qccq5277.html<br /> </a> (45) La Presse, « Un membre d&#8217;un gang de rue accusé de tentative de meurtre sur un policier », Marcel Laroche et Caroline Touzin, 5 juin 2007, p. A17.<br /> (46) The Gazette, « Street gangs trying to scare us, cops say », Katherine Wilton, June 6 2007, p. A8.<br /> (47) La Presse, « Le suspect et la victime, un policier, se connaissaient », Caroline Touzin, 23 juin 2007, p. A21.<br /> (48) La Presse, « Accusations réduites pour un homme qui a tiré sur un policier », Christiane Desjardins, 12 octobre 2007, p. A17.<br /> (49) La Presse, « L&#8217;agent Stéphane Edmé se dit déçu du système judiciaire », Caroline Touzin, 27 juin 2008, p. A14.<br /> (50) Le Journal de Montréal, « Digne d&#8217;un film western », Charles Poulin, 8 mai 2008.<br /> (51) La Presse, « Une voiture de police canardée », Martin Croteau, 8 mai 2008, p. A7.<br /> (52) <a href="http://lcn.canoe.ca/lcn/infos/faitsdivers/archives/2008/05/20080508-152235.html">http://lcn.canoe.ca/lcn/infos/faitsdivers/archives/2008/05/20080508-1522&#8230;<br /> </a> (53) Voir le premier article de la série : Un an après les émeutes de Montréal-Nord.<br /> (54) Le Journal de Montréal, « Fureur et tristesse », Jean-Michel Nahas, 11 août 2008.<br /> (55) Le Journal de Montréal, « Le frère en colère », David Santerre, 12 août 2008.<br /> (56) La Presse, « Un soir d&#8217;été à Montréal-Nord », Philippe Orfali, 17 août 2008, p. A5.<br /> (57) La Presse, « Dommage pour Fredy ! », Johanne Tanguay, 12 août 2008, p. A23.<br /> (58) Le Devoir, « Colère et incrédulité à Montréal-Nord », Lisa-Marie Gervais, 12 août 2008, p. A1.<br /> (59) Op. cit.<br /> (60) Guide de Montréal-Nord, « Émeute à Montréal-Nord: vos commentaires », 20 août 2008, p. 4.<br /> (61) Op. cit.<br /> (62) La Presse, « Sortez les boyaux d&#8217;arrosage », Patrick Lagacé, 11 août 2008, p. A3<br /> (63) Journal de Montréal, « La peur s&#8217;installe », Stéphane Tremblay, 12 août 2008.<br /> (64) CSST, Rapport d&#8217;intervention RAP0526171 dans le dossier DPI4107144, 27 mars 2009, p. 2.<br /> (65) Id., p. 5.<br /> (66) Id., p. 4.<br /> (67) Id., p. 5 et 6.<br /> (68) The Gazette, « Security cameras pay off after riots », September 19 2008, p. A6.<br /> (69) Le Devoir, « Montréal-Nord fait le tour du globe », Lisa-Marie Gervais, 15 août 2008, p. A3.<br /> (70) Guide de Montréal-Nord, « Une semaine sous les feux de la rampe », Olivier Arbour-Masse, 20 août 2008, p. 1.<br /> (71) La Presse, « Un grand pas en arrière », Caroline Touzin, Philippe Orfali, Malorie Beauchemin, 12 août 2008, p. A4.<br /> (72) Le Journal de Montréal, « Ça allait exploser », Noée Murchison, 12 août 2008.<br /> (73) La Presse, « Le moment est venu de régler les problèmes », Catherine Handfiled, 13 août 2008, p. A6.<br /> (74) La Presse, « Le &laquo;&nbsp;poing d&#8217;vue&nbsp;&raquo; d&#8217;Imposs », Nathalie Petrowski, 13 août 2008.<br /> (75) La Presse, « Paranoïa mutuelle », Patrick Lagacé, 12 août 2008, p. A3.<br /> (76) Le Journal de Montréal, « Une histoire de violence », Richard Martineau, 12 août 2008.<br /> (77) La Presse, « Policiers arrogants, citoyens sur les dents », Judith Lachapelle, 22 septembre 2008, p. A3.<br /> (78) « Commentaires recueillis suite aux présences terrain de TPSMN », Mäelle Brouillette, 22 août 2008.<br /> (79) La Presse, « Revenir à la raison », André Pratte, 16 août 2008, p. A27.<br /> (80) Le Journal de Montréal, « Il n&#8217;y a rien à craindre à Montréal-Nord », 19 août 2008.<br /> (81) Op. cit.<br /> (82) Le Journal de Montréal, « Le tireur défendu par ses collègues », Mélanie Brisson, 15 août 2008.<br /> (83) Le Journal de Montréal, « Proche des gangs de rue », David Santerre, 13 août 2008.<br /> (84) <a href="http://ruefrontenac.com/nouvelles-generales/societe/2075-drenaud-manif-brutalite "><span style="font-size: x-small;">http://ruefrontenac.com/nouvelles-generales/societe/2075-drenaud-manif-brutalite </span></a><br /> (85) La Presse, « Un quartier réputé difficile », Philippe Orfali, 11 août 2008.<br /> (86) Le Devoir, « Un prévisible cri d&#8217;alarme », Lisa-Marie Gervais, 16 août 2008, p. B1.<br /> (87) Guide de Montréal-Nord, « Manque de policiers à Montréal-Nord ? », 13 août 2008, p. 3.<br /> (88) La Presse, « Le directeur du SPVM contredit son prédécesseur », Violaine Ballivy, 21 septembre 2008, p. A13.<br /> (89) La Presse, « Les policiers sont de moins en moins visibles », Katia Gagnon, 19 septembre 2008, p. A2.<br /> (90) Op. cit.<br /> (91) Le Journal de Montréal, « Présence accrue dans le &laquo;&nbsp;Bronx&nbsp;&raquo; », Vincent Larouche, 9 mai 2008.<br /> (92) The Gazette, « Police station&#8217;s security beefed up », Paul Cherry, August 19 2008, p. A7.<br /> (93) Guide de Montréal-Nord, « Des opinions mitigées », Marie-Josée Chouinard, 3 septembre 2008, p. 2.<br /> (94) Le Journal de Montréal, « Suspicion et tension », Michel Larose, 25 août 2008.<br /> (95) Guide de Montréal-Nord, « Les jeunes veulent du changement », Marie-Josée Chouinard, 24 septembre 2008, p. 3.<br /> (96) Le Journal de Montréal, « Un ministre très réservé », Benoît Aubin, 15 août 2008.<br /> (97) <a href="http://www.radio-canada.ca/regions/Montreal/2008/09/22/005-mtl-nord-couts_n.shtml"><span style="font-size: x-small;">http://www.radio-canada.ca/regions/Montreal/2008/09/22/005-mtl-nord-couts_n.shtml</span></a></p><div id="_mcePaste" style="overflow: hidden; position: absolute; left: -10000px; top: 0px; width: 1px; height: 1px;"><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Règle générale, Montréal-Nord est un arrondissement assez disparate où la trame urbaine varie beaucoup d&#8217;un secteur à l&#8217;autre, voire d&#8217;un quadrilatère à l&#8217;autre. Quand on se promène dans la partie la plus à l&#8217;est de l&#8217;arrondissement, on constate que la portion du boulevard Rolland située au sud du boulevard Maurice-Duplessis devient une ligne de démarcation entre deux paysages urbains fort distincts : à l&#8217;est de Rolland, on n&#8217;y voit pratiquement que des blocs à appartement à perte de vue, tandis qu&#8217;à l&#8217;ouest du même boulevard on y retrouve plutôt des duplex et des bungalow. Ce contraste sur le plan strictement visuel se traduit par une nette différence quant au niveau de vie : à l&#8217;est, plus de la moitié de la population (52 %) vit sous le seuil de faible revenu tandis qu&#8217;à l&#8217;ouest cette proportion tombe en-dessous du tiers (31 %). (1)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">C&#8217;est tout sauf un hasard si l&#8217;émeute du 10 août 2008 éclata dans ce secteur particulièrement mal-famé, pour ne pas dire ghetthoïsé, du nord-est de l&#8217;arrondissement. Katia Gagnon de <em>La Presse</em> fut l&#8217;une des rares journalistes à s&#8217;être intéressée à cette zone avant que ne survienne l&#8217;émeute. <em>« Près d&#8217;Henri-Bourassa et de Lacordaire s&#8217;étend un quadrilatère en forme de no man&#8217;s land</em>, écrivait-elle en novembre 2007. <em>Ce quartier de Montréal-Nord, c&#8217;est le Bronx de Montréal. Tout le monde l&#8217;appelle comme ça. Un coin de gangs de rue, de vente de drogue et de prostitution ». </em>(2)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Ce que la journaliste de <em>La Presse</em> désignait comme un <em>« no man&#8217;s land »</em> comptait pourtant une densité de population deux fois supérieure à l&#8217;arrondissement et 19 fois supérieure à celle de la région métropolitaine de Montréal, faisait remarquer Gaétan Cousineau, président de la Commission des droits de la personne, en s&#8217;appuyant sur les données du recensement fédéral de 2006. (3) Travailleur social depuis plus de vingt ans, André Robert a eut l&#8217;occasion de rencontrer de nombreux parents d&#8217;origine haïtienne vivant dans le secteur nord-est, ce qui lui permit de visiter plusieurs appartements minuscules, surpeuplés, où les petits n&#8217;ont nulle part où jouer. <em>« Parfois, il y a la mère, la grand-mère, l&#8217;arrière-grand-mère et trois enfants dans un petit quatre et demi »</em>, décrivit-il. (4)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Parmi les autres disparités significatives, mentionnons le taux de chômage qui atteignait 18 % dans cette zone déshéritée alors qu&#8217;il se situait à 6,9 % à Montréal. Selon Statistique Canada, le revenu médian des personnes de 15 ans et plus dans ce quadrilatère oscillerait entre 16 000 $ et 17 000 $ par année. Notons aussi que les familles monoparentales représentaient 41 % des familles de ce secteur contre 18 % de l&#8217;ensemble des familles montréalaises. À l&#8217;école primaire Jules-Verne, située en biais du « Bronx », cette pauvreté prend le visage <em>« d&#8217;enfants qui n&#8217;ont jamais vu de pédiatre, qui n&#8217;ont qu&#8217;un hot-dog froid pour dîner, qui viennent à l&#8217;école sans bottes en plein hiver »</em>, écrivit encore la journaliste Gagnon dans un autre article. (5)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Une autre caractéristique est la sur-représentation des communautés ethnoculturelles. Ceux qui se font appelé les « minorités visibles » y comptaient pour 46 % de la population contre 17 % à Montréal. Le collectif Montréal-Nord Républik, qui s&#8217;est formé dans la semaine qui a suivi l&#8217;émeute, commentait ainsi cette diversité : <em>« La zone &laquo;&nbsp;rouge&nbsp;&raquo;, oubliée sinon caricaturée par la société québécoise, a développé sa propre culture sous l&#8217;impulsion notamment d&#8217;une nouvelle génération métissée qui n&#8217;adhère ni aux critères d&#8217;une tradition canadienne-française ni à celle d&#8217;une culture d&#8217;origine en ce qui concerne les familles immigrées (Haïti, Liban, Honduras&#8230;). Pour elle, l&#8217;hybridité de la culture hip-hop, par exemple, renferme bien davantage un bagage de référents qui correspond au quotidien. Mais la fertilité de l&#8217;underground s&#8217;étend bien plus loin que la culture. Désormais, Montréal-Nord a aussi son économie informelle, ses propres lois non écrites, ses relations de pouvoir alternatives, et même une nouvelle fraternité populaire. » </em>(6) </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Le secteur nord-est a plus particulièrement accueilli une partie de la troisième vague d&#8217;immigration haïtienne, celle qui a suivi les érudits, souvent mulâtres, qui vinrent vivre au Québec durant les années cinquante et soixante. La troisième vague arriva durant les années &#8217;70 et était surtout composée de travailleurs peu scolarisés et d&#8217;ouvriers non spécialisés fuyant l&#8217;extrême pauvreté dans laquelle le règne dictatorial de Jean-Claude Duvalier, dit <em>« Bébé Doc »</em>, avait plongé la population. Désireux de favoriser une immigration francophone, le gouvernement péquiste de René Lévesque avait régularisé le statut de 5000 « sans-papiers » haïtiens, en 1980. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Éliane a vécu la fin de son enfance et toute son adolescence dans l&#8217;est de Montréal-Nord, au coin des rues Arthur Chevrier et Corbeil, dans <em>« un beau duplex flambant neuf »</em> que son père avait fait construire. Dans une lettre qui fut publiée sur le blogue du chroniqueur de <em>La Presse</em> Patrick Lagacé, Éliane raconta comment elle avait témoin de l&#8217;arrivée des immigrants haïtiens et surtout la réaction de la population blanche face à ces nouveaux venus. En voici un extrait :</span></div><div style="margin-left: 1.25cm; margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;"><em>Fin des années 70, les Haïtiens sont arrivés. Bébé Doc était insupportable. Ils se sont installés de l&#8217;autre bord de Rolland, dans les blocs appartements. C&#8217;est là que j&#8217;ai découvert le racisme. Tous les bien-pensants, les petits-bourgeois, les anciens immigrants italiens bien installés dans leurs maisons en rangées des rues Corbeil et Ernest-Robitaille, les blancs plus blancs que blancs. Ils ont regardé les Noirs arriver. Ils ont inventé &#8211; ou constaté, j&#8217;ai jamais su &#8211; des histoires de jardins sur 12 pouces de terre qui poussaient sur le plancher des troisièmes étages, de smalas de 15-20 personnes qui s&#8217;entassaient dans des 3 et demi. J&#8217;écoutais, je comprenais rien. C&#8217;était qui, ces gens-là, qui suscitaient autant de méfiance et de haine ?</em></span></div><div style="margin-left: 1.25cm; margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;"><em>Dans ce temps-là, je payais mes études en étant caissière dans une caisse pop au coin de Saint-Vital et Fleury. C&#8217;était la naissance des guichets automatiques. Les Haïtiens venaient ouvrir des comptes, fallait ben. Vous auriez dû entendre les commentaires des caissières devant leur incompréhension du système. Pas même poli, franchement méprisant, en pleine face des clients qui roulaient de grands yeux perdus. Je leur disais : voyons les filles, ces gens-là arrivent de l&#8217;enfer et vous leur demandez de comprendre pourquoi vous gelez leur chèque 10 jours. Attendez de voir leurs enfants dans quelques années, ils vont vous en remontrer ! Rien à faire. J&#8217;ai travaillé 10 ans dans cette caisse. Après les Haïtiens, ça a été les Libanais qui fuyaient la guerre et leurs femmes voilées, déjà. C&#8217;est à Montréal-Nord que j&#8217;ai vu les premiers chauffeurs de taxi avec un </em><span style="color: #000000;"><em>doctorat en littérature persane qui vous récitent des poèmes en conduisant. Et toujours le racisme brut, sans nuances, sans curiosité devant l&#8217;inconnu, un mur impossible à percer, pour moi qui étais du bon bord. Imaginez les Autres.</em><span style="color: #000000;"> (7)</span></span></span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;"><span style="color: #000000;">Ainsi, l&#8217;ironie du destin voulut que ces immigrants qui avaient fui la misère d&#8217;Haïti trouvent la pauvreté ici-même, au beau milieu d&#8217;un pays riche, de surcroît membre du club très sélect des États les plus industrialisés de la planète &#8211; avec le racisme en prime. Éventuellement, certains de ces nouveaux arrivants d&#8217;origine haïtienne parvinrent à ramasser suffisamment de fonds pour traverser du côté ouest du boulevard Rolland et acheter des duplex et des maisons en rangée. <span style="color: #000000;"><em>« Vite, les blancs de blancs se sont fait construire des condos et des bungalows ailleurs, déménager au plus sacrant pour fuir la plèbe ! »</em></span><span style="color: #000000;">, écrivait Éliane. Trente ans plus tard, la communauté noire représentait 15 % de l&#8217;ensemble de la population de Montréal-Nord, contre 4 % dans la région métropolitaine.</span> </span></span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Notons que l&#8217;exode des Blancs est une tendance qui n&#8217;a cessé de s&#8217;accentuer à Montréal-Nord avec les années. Ainsi, entre 2001 et 2006, la population de langues maternelles italiennes et françaises diminuèrent respectivement de 12,5 % et de 10,4% à Montréal-Nord. Pendant ce temps, la population de langue maternelle arabe connut une augmentation remarquable de 125 % à la grandeur de l&#8217;arrondissement. Durant la même période la population de langue maternelle espagnole enregistra une hausse de 44,1 % tandis que celle de langue maternelle créole connut un bond de 11,9 %. (8)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Un terrain fertile pour les gangs</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Dans la tête de bien des gens, Montréal-Nord est synonyme de gangs de rue. Il faut dire que Montréal-Nord fut l&#8217;un des premiers arrondissements à faire l&#8217;expérience du phénomène. D&#8217;ailleurs, nul besoin de chercher entre midi et quatorze heures pour en savoir la raison : plus une communauté confinée à un secteur particulier est frappée par la double exclusion du racisme et de la pauvreté, plus les probabilités deviennent grandes que le phénomène des gangs de rue fasse son apparition.</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;"><em>« C&#8217;est pas compliqué, pour savoir qui compose la gang de rue d&#8217;un quartier, allez voir l&#8217;élément le plus pauvre »</em>, expliqua un responsable de la polyvalente Henri-Bourassa, située à un coin de rue du « Bronx ». (9) <em>« Le gangster du ghetto adhère aux valeurs de la société de consommation, sauf qu&#8217;il cherche à déjouer les façons conventionnelles de s&#8217;en procurer les biens. Il sait qu&#8217;il n&#8217;a pas d&#8217;autre choix. Le système l&#8217;a condamné au bas de l&#8217;échelle sociale et il doit aller à l&#8217;encontre de celui-ci s&#8217;il veut se hisser dans la pyramide du pouvoir, d&#8217;où l&#8217;importance qu&#8217;il accorde à l&#8217;exhibition des signes de richesse qui prouvent aux yeux de tous qu&#8217;il a réussi à s&#8217;affranchir du destin que lui réservait la société »</em>, écrivaient les anthropologues Marc Perreault et Gilles Bibeau, co-auteurs de l&#8217;ouvrage <em>« La gang : une chimère à apprivoiser »</em>. (10)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Aussi, contrairement à certaines idées reçues, le phénomène des gangs de rue est apparu bien avant l&#8217;avènement du <em>gangsta rap</em>, ce phénomène musical popularisé par des groupes comme N.W.A au tournant des années &#8217;90. (11) Ainsi, aux États-Unis, les Bloods et les Crips dont s&#8217;inspirent aujourd&#8217;hui de nombreuses gangs de rue, incluant certaines existant dans la région montréalaise, se formèrent durant les années &#8217;70, soit une dizaine d&#8217;années avant que des artistes ne se mettent à se servir de la dure vie au sein du milieu des gangs pour en faire des thèmes de chansons. Cela est aussi vrai à Montréal-Nord, où les premiers gangs de rue précédèrent l&#8217;émergence du phénomène <em>gangsta rap</em>. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;"><em>« Le problème des gangs y&#8217;a commencé à peu près dans les années &#8217;79-80. La première gang haïtienne qui a eu ici à Montréal s&#8217;appelait le Black Power ; c&#8217;était une gang qui se battait souvent &#8230; avec des Blancs, des gangs de rockers, j&#8217;me rappelle dans le temps, la gang à Tatou qui était une gang de Blancs</em>, raconta un ancien leader de gang qui connut surtout cette époque par l&#8217;entremise d&#8217;un de ses grands frère. (12) <em>« (Ils) se battaient souvent à Montréal-Nord contre les Black Power et les Black Panther. (Le Black Power et le Black Panther, c&#8217;était la même gang.) »</em></span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;"><em>« Quand je suis arrivé à Montréal-Nord en 1980, c&#8217;était très raciste. Nous, les Noirs, on était minoritaires. On pouvait pas vraiment bouger et faire ce qu&#8217;on voulait parce que les Blancs nous tabassaient. Quand on allait à l&#8217;école, ça nous frappait </em>», expliqua Jean Beauvoir lors d&#8217;un entretien avec une Rima Elkouri, une chroniqueuse de <em>La Presse</em>. (13) Troisième de 10 enfants, Beauvoir était né en Haïti dans une famille où régnait une discipline de fer. Il était âgé de 15 ans lorsqu&#8217;il a atterri à Montréal-Nord.</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Vers le milieu des années &#8217;80, Montréal-Nord abritait le gang de rue qui avait acquis la réputation d&#8217;être la plus structurée et prolifique de toute la métropole : Master B, dont le nom découlait de son chef de l&#8217;époque, Jean Beauvoir, qui se faisait appeler <em>« Maître Beauvoir »</em>. <em>« Au départ, j&#8217;ai pas créé un gang</em>, précisa Beauvoir. <em>Les Master B, on était comme un groupe de chevaliers défensifs. »</em> Avec le temps, la noble cause céda la place au « business », de sorte que la sphère d&#8217;intérêts de la petite bande d&#8217;ados bagarreurs s&#8217;orienta progressivement vers <em>« le cash, les voitures, les filles »</em>.</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">La disparition du gang Master B au début des années &#8217;90 est attribuée au démantèlement d&#8217;un vaste réseau de prostitution juvénile, qui avait donné lieu à la condamnation de 113 personnes, des jeunes hommes âgés entre 15 et 26 ans, qui exploitaient environ 200 jeunes filles mineures, dont plusieurs avaient été recrutées en centre d&#8217;accueil. (14) Selon le sergent-détective Pierre Marotte, Master B aurait ensuite pris le nom de Bo-gars lorsque les juges se mirent à imposer des sentences plus sévères lorsque la preuve dévoilée au procès révélait que les accusés étaient membres de Master B. (15) </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">La première fois que les Bo-gars firent parler d&#8217;eux dans les médias fut lorsqu&#8217;un de leur membre présumé, âgé de 15 ans, ouvrit le feu sur des participants au défilé de la Carifête, à Notre-Dame-de-Grâce, dans l&#8217;ouest de Montréal, en juillet 1993. (16) Les Bo-gars connurent apparemment une expansion rapide, traversant la rivière des Prairies au nord de l&#8217;île de Montréal pour s&#8217;implanter à Laval, vers 1993. (17) Notons qu&#8217;un rapport publié il y a quelques années par le Consulat général de la République d&#8217;Haïti de Montréal indiquait que le nombre de Bo-gars s&#8217;élèverait à 162 membres connus, ce qui ferait de lui le gang le plus important de la métropole. (18) </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Signe de l&#8217;ampleur que prit le phénomène des gangs de rue à Montréal-Nord, <em>La Presse</em> révéla, en 1997, que des enfants âgés de sept et huit ans avaient formés leur propre gang, baptisé <em>« Les couteaux »</em>. <em>« Ils avaient leur code vestimentaire et de langage, et tentaient d&#8217;imiter les gangs mieux structurés »</em>, expliqua l&#8217;agent de la section Police-Jeunesse Gilles Deguire, qui disait n&#8217;avoir jamais vu une telle précocité depuis qu&#8217;il avait commencé à travailler auprès des jeunes, en 1971. (19) Les activités de ces délinquants en herbe consistaient à harceler les citoyens âgés d&#8217;un quartier paisible de Montréal-Nord et à lancer des cailloux sur des automobiles en mouvement.</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">De quelques rafles</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">De temps à autre, les gangs de rue de Montréal-Nord font l&#8217;objet d&#8217;enquêtes policières de longue haleine qui culminent par des coups de filet spectaculaires lors desquels les flics se donnent le beau rôle de protecteurs des citoyens. Voici certaines des razzias policières les plus importantes menées contre les gangs de Montréal-Nord au cours des dix dernières années. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">En février 1999, le SPVM lança le projet Embryon, une enquête qui s&#8217;étira sur neuf mois, aboutissant à soixante arrestations d&#8217;individus âgés en moyenne de 25 ans, dont plusieurs membres des Bo-Gars et des Bad Boys, un gang allié surtout actif du côté de l&#8217;arrondissement Rivière-des-Prairies &#8211; Pointe-aux-Trembles, à l&#8217;est de Montréal-Nord. La police affirma que les activités des deux gangs avaient suscité une cinquantaine de plaintes de la part de citoyens inconfortables avec la vente de drogue qui se déroulait au parc Henri-Bourassa, à l&#8217;ouest du boulevard Rolland. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Le projet Embryon se termina le 24 novembre 1999 par une perquisition dans un bloc à appartements sur la rue Pascal, en plein coeur du « Bronx » de Montréal-Nord. Selon les policiers, les appartements étaient utilisés en tant que <em>« local conjoint »</em> par les deux gangs, qui s&#8217;en servaient pour la coupe et la cuisson du crack, un dérivé de la cocaïne surnommé la <em>« drogue des pauvres »</em>. Aucun meuble ou appareil électroménager ne se trouvait à l&#8217;intérieur des appartements. (20)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Plus de 300 roches de crack furent saisies, de même que 100 grammes de cocaïne et 150 grammes de marijuana, d&#8217;une valeur marchande estimée à 16 000 $ sur la rue. Les policiers mirent également la main sur quatre armes à feu, soit trois armes de calibre .22 et un pistolet de départ inutilisable. Au total, 205 accusations furent déposées, dont trafic et possession de stupéfiants, vol qualifié, agression armée, séquestration, voies de fait, possession d&#8217;armes, complot et recel. L&#8217;auteur ignore toutefois ce qu&#8217;il est advenu de ces accusations en cour.</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Le 6 avril 2005, l&#8217;escouade Sans Frontières mit fin à la plus importante enquête de toute son histoire, projet Abat, qui se solda par l&#8217;arrestation de 22 hommes, âgés de 23 à 54 ans, tandis que cinq autres individus manquant à l&#8217;appel firent l&#8217;objet de mandats d&#8217;arrestation. Les policiers procédèrent à un total de 17 perquisitions, dont 13 à Montréal, deux à Laval, une à Sorel et une à Gatineau, donnant lieu à la saisie de 17 onces de crack, 250 grammes de cocaïne, quatre armes à feu, quatre gilets pare-balles et 17 000 $ en argent comptant.</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Toutes les accusations portaient sur la vente de dope : trafic de cocaïne, de crack ou de marijuana, complot en vue de faire le narco-trafic et trafic de stupéfiants au profit d&#8217;une organisation criminelle (gangstérisme). Le commerce de drogue avait lieu dans la partie ouest de Montréal-Nord, plus particulièrement sur l&#8217;avenue Pelletier, cinquième rue à l&#8217;est du boulevard Pie IX. Notons que la rue Pelletier donne directement sur l&#8217;entrée ouest de la polyvalente Calixa-Lavallée, une école secondaire publique fréquentée par près de 1500 élèves, âgés de 12 à 18 ans. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Fait révélateur, les statistiques en matière pauvreté de l&#8217;îlot Pelletier &#8211; ce quadrilatère formé des rues Pelletier-Pie-IX-Henri-Bourassa-Charleroi &#8211; rappellent étrangement celles du « Bronx ». Selon les données du recensement de 2006, le taux de chômage s&#8217;élevait à 19 % (contre 11 % en 2001). On comptait 44 % de familles monoparentales (36 % en 2001) et les minorités visibles représentaient 49 % de la population (34 % en 2001). (21) Le paysage urbain n&#8217;est pas non plus sans rappeler la froideur visuelle du secteur nord-est de l&#8217;arrondissement. <em>« Il n&#8217;y a pas de cours verdoyantes derrière les immeubles de la rue Pelletier</em>, écrivit la journaliste de <em>La Presse</em> Caroline Touzin. <em>Seulement un grand stationnement. Ironiquement, le stationnement est toujours vide. Les résidants du secteur sont trop pauvres pour posséder une voiture. » </em>(22) </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Pendant que les résidents de l&#8217;îlot Pelletier s&#8217;enfonçaient plus profondément dans la misère, les divers paliers de gouvernement finançant l&#8217;escouade Sans frontière engloutirent une véritable fortune en fonds publics afin de mener à bien le projet Abat, qui dura une année entière. Ainsi, neuf informateurs liés d&#8217;une façon ou d&#8217;une autre au milieu des gangs furent payés pour fournir des informations au sujet des suspects. (23) Des agents doubles achetèrent plus d&#8217;une centaine de roches de crack à 17 vendeurs différents dans la rue Pelletier et ses environs. (24) Les policiers installèrent également une caméra-vidéo qui filmait en permanence le tronçon de la rue Pelletier entre les rues Henri-Bourassa et Amos. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">La pierre angulaire de la preuve policière reposait toutefois sur l&#8217;écoute électronique. Au moins 37 lignes téléphoniques furent mises sous écoute et un micro fut placé dans la voiture d&#8217;un des suspects, ce qui permit aux enquêteurs d&#8217;intercepter au total 100 000 conversations, de septembre 2004 à avril 2005. (25) Comme la plupart de ces conversations se tenaient en créole, ce fut deux policiers d&#8217;origine haïtienne qui héritèrent de la lourde tâche de les écouter et de traduire en français les plus importantes d&#8217;entre elles. Au total, le projet Abat coûta la coquette somme de 10 millions $ au SPVM. (26)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Encore une fois, les policiers prétendirent que les activités des vendeurs de drogue importunaient les citoyens. <em>« C&#8217;en était rendu que les passants préféraient changer de trottoir quand ils arrivaient à leur hauteur </em>», déclara le commandant Poste de quartier 39 (PDQ 39), Roger Bélair. (27) Certains reprochaient aux vendeurs et à leur clientèle d&#8217;être bruyants et de flâner dans les halls d&#8217;entrée d&#8217;immeubles de la rue Pelletier. <em>« Mes locataires avaient peur</em>, raconta Paul Rouleau, propriétaire d&#8217;un immeuble de la rue Pelletier. <em>Pendant six mois, j&#8217;ai gardé quatre logements vides Je ne voulais pas que les trafiquants les louent. »</em> (28)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Ce malaise n&#8217;était toutefois pas partagé par l&#8217;ensemble des citoyens qui avaient affaire au territoire de vente du groupe qui était dans le collimateur de l&#8217;escouade Sans frontière. <em>« Je demeure dans le quartier depuis 15 ans et je marche chaque jour dans la rue Pelletier. Je n&#8217;ai jamais eu de problème avec personne »</em>, souligna la résidente Patricia Vincent. <em>« Ils vendaient de la dope et ne dérangeaient pas »</em>, confia pour sa part un élève de Calixa-Lavallée habitant tout près. (29)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">En fait, les policiers alimentaient eux-mêmes le sentiment d&#8217;insécurité des personnes âgées qui envisageaient d&#8217;aller vivre aux Habitations Pelletier, un immeuble à logements à prix abordables pour gens du troisième âge. <em>« Les gens qui venaient visiter nos logements téléphonaient au poste de quartier et se faisaient dire par les policiers que l&#8217;avenue Pelletier c&#8217;est le dernier endroit où ils enverraient leur mère »</em>, expliqua Jean-Paul Marleau, gestionnaire et administrateur des Habitations Pelletier pour le Fonds de solidarité. (30)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Le groupe d&#8217;individus accusés dans cette affaire se fera éventuellement connaître du public sous le nom du « gang de la rue Pelletier ». Pour le commandant de la section du crime organisé au SPVM, Yves Riopel, il ne faisait aucun doute que les accusés avaient formés un gang de rue. <em>« C&#8217;était des opportunistes qui brassaient des affaires tant avec les Rouges qu&#8217;avec les Bleus »</em>, déclara-t-il, en faisant allusion aux deux grandes familles du milieu des gangs que sont les Bloods et les Crips. (31) Le commandant Bélair fit pourtant entendre un autre son de cloche. <em>« Ils ne faisaient pas partie de gangs de rue, mais gravitaient autour d&#8217;eux »</em>, affirma-t-il. (32)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Cette question se compliqua un peu plus lors du procès conjoint que subirent seize accusés. Ainsi, la poursuite allégua que dix des individus accusés vendaient de la drogue au profit de deux organisations criminelles distinctes : six d&#8217;entre eux pour le compte d&#8217;un gang sans nom qui vendait sur la rue Pelletier, décrite comme une <em>« enclave sans couleur »</em> au coeur du territoire rouge, (33) et quatre autres au bénéfice de Dope Squad, un gang rouge qui serait lié aux Bo-gars et qui approvisionnait le premier groupe. Du côté de la défense, les avocats des accusés renoncèrent à contester la preuve accablante au niveau de la vente de drogue. Les avocats cherchèrent plutôt à faire valoir que ce commerce n&#8217;était pas aussi structuré que le prétendait la police et relevait plutôt <em>« du chacun pour soi ».</em> (34)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Après quatre mois de procès, le juge Jean-Pierre Bonin rendit son verdict, déclarant les accusés coupables de 50 des 58 chefs d&#8217;accusations portés contre eux, le 24 janvier 2007. Les médias s&#8217;attardèrent plus particulièrement au fait que cinq des accusés furent trouvés coupables de gangstérisme, un crime passible de 14 années de prison, ce qui était une première dans les annales judiciaires canadiennes au chapitre des gangs de rue. (35)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Cette déclaration de culpabilité s&#8217;appliquait aux accusés désignés comme étant des membres du « gang de la rue Pelletier ». <em>« Une bande de criminels a littéralement pris en otage un coin de la rue Pelletier, situé entre le boulevard Henri-Bourassa et la rue Amos »</em>, écrivit le juge Bonin à leur sujet dans son jugement long de 80 pages. (36) Le juge Bonin ne put toutefois en arriver à la même conclusion en ce qui concerne les quatre accusés présumément membres ou liés au gang Dope squad. <em>« Ils ne peuvent se qualifier comme formant une association criminelle au sens de la Loi »</em>, trancha le tribunal. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Notons que sept accusés portèrent leur condamnation en appel. Au moment d&#8217;écrire ces lignes, la cour d&#8217;appel n&#8217;avait toujours pas statué sur le sort de l&#8217;appel. Entre-temps, les accusés écopèrent de sentences allant d&#8217;une peine de deux ans avec sursis à purger dans la communauté jusqu&#8217;à 10 ans d&#8217;emprisonnement. De plus, six d&#8217;entre eux n&#8217;ont pas la citoyenneté canadienne et risquent aussi l&#8217;expulsion vers Haïti, leur pays d&#8217;origine. Au moins l&#8217;un d&#8217;eux a déjà été déporté.</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">La dernière rafle digne de mention contre les gangs de rue de Montréal-Nord est l&#8217;opération policière réunissant les projets Élaguer et Éclat qui se solda par l&#8217;arrestation de 38 individus, qui seraient reliés de près ou de loin aux Bo-gars, en juin 2007. Aux arrestations s&#8217;ajoutèrent une dizaine de perquisitions qui donnèrent lieu à la saisie de 2000 roches de crack, 130 quarts de gramme de cocaïne, 100 grammes de marijuana, plus de 15 000 $ en argent liquide ainsi que deux armes à feu. (37)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Au total, 257 chefs d&#8217;accusation furent portés contre les suspects, dont trafic de stupéfiants, complot en vue de faire le trafic de drogue ainsi que possession d&#8217;armes à feu. Certains des accusés se firent imposer des couvre-feu ou la condition de ne pas se trouver dans le quartier. L&#8217;issue des procédures judiciaires n&#8217;est toutefois pas connue de l&#8217;auteur. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Évidemment, l&#8217;opération policière avait un air de déjà vu. Les vendeurs de drogue exerçaient en effet leurs activités sur la rue Pascal et aux alentours. De toute évidence, le marché du crack semblait se porter mieux que jamais dans le « Bronx » de Montréal-Nord, près de huit ans après le projet Embryon. C&#8217;est donc dire que la lutte aux gangs de rue s&#8217;apparente souvent à des coups d&#8217;épée dans l&#8217;eau &#8211; pour ne pas dire des coups de matraque dans l&#8217;eau &#8211; lorsque l&#8217;État néglige de s&#8217;attaquer aux conditions socio-économiques qui sont propices à l&#8217;émergence de ce phénomène criminel. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Encore une fois, les policiers affirmèrent que leur enquête avait été amorcée à la suite de plaintes de citoyens. Selon le commandant Bélair, les résidents vivaient dans la peur et craignaient même de mettre le nez dehors. (38) Notons aussi que l&#8217;opération comportait un volet de relations-publiques puisque les policiers firent du porte-à-porte dans le secteur pour inciter les résidents à faire de la délation. <em>« Vous êtes nos yeux et nos oreilles. On est là pour vous aider, mais vous devez nous aider en nous informant »</em>, affirmèrent-ils aux résidents. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Le recrutement d&#8217;informateurs au sein du voisinage semblait loin d&#8217;être gagné d&#8217;avance, même chez les citoyens souscrivant aux visées policières. <em>« Sur la rue Pascal, c&#8217;est la loi du silence. On ne peut pas parler parce qu&#8217;après, il peut y avoir des représailles »</em>, déclara un commerçant du secteur. Mais si les citoyens étaient aussi apeurés que ne le prétendait le commandant Bélair, comment alors les policiers pouvaient-ils s&#8217;attendre à ce que ceux-là même qui vivent dans le secteur acceptent de prendre le risque de jouer un rôle de premier plan dans la lutte aux gangs de rue en dénonçant des vendeurs qui sont parfois leurs propres voisins ?</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Les sources de l&#8217;insécurité policière</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Au cours des quinze dernières années, l&#8217;arrondissement de Montréal-Nord fut le théâtre d&#8217;incidents d&#8217;une gravité variable opposant des résidents aux forces de l&#8217;ordre. Ces incidents allèrent de l&#8217;hostilité verbale jusqu&#8217;aux coups de feu en passant par les jets de projectiles sur les policiers. La consultation de sources d&#8217;informations publiques (archives de journaux et témoignages à la cour) nous a permis de dresser une liste non-exhaustive de plusieurs de ces incidents. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Si le compte-rendu des incidents ainsi répertoriés est immanquablement basé sur la version policière, il ne faut pas oublier non plus qu&#8217;il existe souvent un autre côté de la médaille à ce type de péripéties. Cela étant dit, quand bien même certains de ces récits auraient été exagérés ou déformés par les flics, le fait demeure que l&#8217;effet cumulatif de ces incidents n&#8217;a pu faire autrement que d&#8217;avoir un impact sur le sentiment de sécurité des policiers patrouillant dans les secteurs réputés « chauds » de Montréal-Nord. C&#8217;est dans le but de mieux cerner l&#8217;état d&#8217;esprit de ces policiers qu&#8217;il nous ait apparu ici pertinent de présenter un petit inventaire de ces incidents.</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">En 1994, le SPVM enquêtait sur la vente de crack qui se déroulait &#8211; déjà &#8211; sur la rue Pelletier. Question de nuire à ce commerce, les agents de l&#8217;ancien poste 45, situé sur le boulevard Henri-Bourassa, multiplièrent les patrouilles de surveillance devant le principal point de vente. Vers la mi-juin, les policiers procédèrent à l&#8217;arrestation du présumé leader du groupe de revendeurs, lequel sera toutefois relâché sans accusation, apprendra-t-on bien plus tard. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Pendant que leur chef présumé était détenu, six jeunes frondeurs auraient fait irruption à l&#8217;intérieur du poste 45. <em>« La rue Pelletier nous appartient ; si un flic s&#8217;y pointe, on va le tirer »</em>, auraient-ils clamé avant de prendre le large, non sans vandaliser quelques véhicules de police au passage. (39) Fait curieux, les policiers n&#8217;auraient apparemment pas eu le temps de réagir&#8230; </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Toujours est-il que les policiers poursuivirent leur enquête, qui culmina par l&#8217;arrestation d&#8217;une poignée de revendeurs de crack quelques semaines plus tard. Notons que le sergent-détective Jean-Claude Gauthier fera référence à cet incident durant son témoignage lors des procédures judiciaires concernant les accusés liés au « gang de la rue Pelletier », une douzaine d&#8217;années plus tard. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Puis, peu après l&#8217;ouverture du Poste de quartier 45, sur le boulevard Maurice-Duplessis, à Rivière-des-Prairies, en 1997, de présumés membres de gang auraient signifié aux policiers qu&#8217;ils avaient tout intérêt à ne pas fourrer leur nez dans leurs affaires. <em>« Ils lançaient des bouteilles et endommageaient les voitures de patrouille parce qu&#8217;on venait sur &laquo;&nbsp;leur&nbsp;&raquo; territoire »</em>, expliqua le commandant du PDQ 45, Claude Charlebois, peu après la conclusion du projet Embryon, deux ans plus tard. (40) Des pneus de voiture auraient aussi été crevés et des bouteilles lancées dans les vitres du PDQ 45, à une époque où il y avait une réduction des effectifs.</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Le 13 juillet 2006, une simple arrestation à Montréal-Nord donna apparemment bien du fil à retordre aux forces de l&#8217;ordre. (41) Tout commença lorsqu&#8217;une policière découvrit que le conducteur d&#8217;une automobile qu&#8217;elle venait d&#8217;intercepter aurait été en situation de <em>« liberté illégale »</em>. La situation dégénéra lorsque policière décida de procéder à l&#8217;arrestation du conducteur, qui serait également soupçonné de tremper dans des activités liées au milieu des gangs de rue. En effet, les trois femmes qui l&#8217;accompagnait s&#8217;en seraient prise à la policière, laquelle demanda dès lors l&#8217;envoi de renforts. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">L&#8217;arrivée de policiers supplémentaires n&#8217;aurait apparemment pas eu pour effet de calmer les esprits. Les résidents auraient en effet accueillis les effectifs policiers en leur lançant des</span><em><span style="font-size: x-small;"><span style="font-style: normal;"> œufs</span></span></em><span style="font-size: x-small;"> et des bouteilles. Les policiers arrêtèrent quatre personnes au total, dont un individu identifié comme étant un membre des Bloods qui aurait tenté d&#8217;empêcher les policiers de mettre la main au collet du conducteur. (42) Une fois à l&#8217;intérieur du véhicule de police, cet individu âgé de 18 ans aurait réussit à briser la vitre qui le séparait des policiers assis à l&#8217;avant de la voiture. L&#8217;un des policiers aurait d&#8217;ailleurs reçut des débris de verres dans l&#8217;</span><em><span style="font-size: x-small;"><span style="font-style: normal;">œ</span></span></em><span style="font-size: x-small;">il. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Le 3 octobre 2006, des policiers effectuaient une ronde au parc Henri-Bourassa. Ils aperçurent un groupe de jeunes et décidèrent d&#8217;aller à leur rencontre. Les jeunes auraient alors mal réagi et des policiers furent appelés en renfort. La situation dégénéra au point où des bouteilles auraient été lancées sur les flics. (43)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Le 28 mai 2007, le sergent-détective Christian Charette et le lieutenant-détective Jean-Pierre Pelletier se rendirent au coin des rues Pascal et Lapierre, à l&#8217;est du boulevard Rolland. Les deux enquêteurs avaient apparemment décidé de s&#8217;offrir une petite visite dans le « Bronx » de Montréal-Nord afin de prendre le pouls de la situation après s&#8217;être fait dire qu&#8217;un gang de rue aurait pris le contrôle de ce coin de rue en particulier depuis un certain temps. (Notons que cette visite se déroulait environ un mois avant que le SPVM ne procéda à une rafle qui se solda par l&#8217;arrestation de 38 individus qui se livrait au commerce de drogue sur la rue Pascal et aux alentours). </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Bien que les enquêteurs Charette et Pelletier étaient en civil et que leur voiture était banalisée, il n&#8217;en demeurait pas moins qu&#8217;ils étaient tous deux déjà bien connus pour le rôle de premier plan qu&#8217;ils jouèrent lors du super-procès de la « gang de la rue Pelletier ».</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Dès leur arrivée, les deux enquêteurs auraient vu un dénommé Bristol qui semblait égrainer des stupéfiants dans sa main. Le S/D Charette demanda alors à Bristol de venir le voir, mais celui-ci l&#8217;ignora et quitta plutôt les lieux. Un dénommé Marcelin, qui accompagnait Bristol, se montra hostile à l&#8217;égard du policier et lui fit comprendre qu&#8217;il n&#8217;était pas le bienvenu. Le S/D Charette posa des questions aux gens qui se trouvait autour de lui, en vain. Il suivit même un certain groupe de résidents jusque dans la boulangerie attenante, une initiative qui n&#8217;aurait guère été appréciée. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Voyant que personne ne souhaitait lui adresser la parole, le S/D Charette décida d&#8217;émettre des constats d&#8217;infraction pour flânage et refus de circuler. Il alla même jusqu&#8217;à prendre des photos des résidents présents aux fins d&#8217;identification, ce qui provoqua la dispersion du groupe. Entre-temps, deux patrouilleurs se joignirent aux deux enquêteurs. Puis, le S/D Charette se mit à prêter attention à un véhicule en particulier, ce qui suscita l&#8217;intervention d&#8217;un individu qui se trouvait sur le pas de la porte d&#8217;un salon de coiffure. Les résidents qui étaient en train de se disperser revinrent alors sur leur pas. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Le L/D Pelletier constata que les esprits commençaient à s&#8217;échauffer au sein de l&#8217;attroupement, alors composé d&#8217;une vingtaine de résidents. Il entendit notamment les mots comme <em>« cochon »</em> et <em>« c&#8217;est notre coin »</em>. Le L/D Pelletier en vint alors à la conclusion que l&#8217;heure était venue de partir. Il dût apparemment insister auprès de son collègue quelque peu zélé pour qu&#8217;il plie bagage sans délai avec lui. C&#8217;est ainsi que les deux enquêteurs quittèrent les lieux quarante-cinq minutes après leur arrivée. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Quant au dénommé Bristol, il sera arrêté peu de temps après sous des accusations d&#8217;attroupement illégal et d&#8217;entrave au travail des policiers. Il subira son procès un an plus tard devant le juge de la Cour du Québec Martin Vauclair. Le tribunal acquitta Bristol de l&#8217;accusation d&#8217;entrave mais conclua que l&#8217;attroupement auquel il participait était illégal. <em>« La preuve démontre hors de tout doute raisonnable que les individus avaient alors l&#8217;intention d&#8217;atteindre le but commun de faire fuir les policiers et qu&#8217;ils ont fait craindre à ceux-ci, pour des motifs raisonnables, qu&#8217;ils ne troublent la paix tumultueusement »</em>, statua le tribunal. (44)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Le 3 juin 2007, vers 3h45 du matin, un policier qui n&#8217;était pas en service se fit tirer dessus alors qu&#8217;il rentrait chez lui, sur la rue Armand-Lavergne, première rue à l&#8217;est de l&#8217;avenue Pelletier. L&#8217;agent Stéphane Edme, qui ne comptait que deux années de service comme patrouilleur au PDQ 39 au moment de l&#8217;incident, ne fut pas touché. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Cette nuit-là, l&#8217;agent Edme revenait d&#8217;une fête. En se garant, il vit deux hommes se diriger vers lui, l&#8217;air agressif. Le policier décida alors de continuer son chemin vers une station d&#8217;essence, d&#8217;où il appela le 911. Puis, il retourna vers la rue Armand-Lavergne en espérant que les deux hommes ne soient plus là. Or, ils y étaient encore et le pourchassèrent de nouveau. En tournant le coin de la rue, vers la rue Forest, le policier entendit trois coups de feu, sans pouvoir distinguer le tireur.</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Quelques minutes plus tard, un dénommé Godson Descollines fut arrêté dans le secteur en possession d&#8217;un long couteau. Deux douilles de calibre .22 furent retrouvées, mais aucune arme à feu ne fut saisie sur place. Descollines avait la réputation d&#8217;être lié au milieu des gangs de rue. Il avait déjà été arrêté par le passé en relation avec des incidents violents, l&#8217;un d&#8217;eux impliquant l&#8217;usage d&#8217;une arme à feu. (45)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">La direction du SPVM réagissa à l&#8217;incident en instaurant des mesures spéciales pour assurer la sécurité de l&#8217;agent Edme et de ses proches. La présence policière fut également augmentée dans ce secteur de Montréal-Nord. De son côté, Yves Francoeur, le président de la Fraternité des policiers et des policières de Montréal (FPPM), n&#8217;hésita pas à interpréter cet incident comme une tentative d&#8217;intimidation de la part des gangs de rue. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;"><em>« Ils sont très arrogants et n&#8217;ont aucun respect pour l&#8217;autorité. S&#8217;ils s&#8217;en prennent à un policier, qui sera le prochain ? Un juge, un procureur ? »</em>, s&#8217;énerva Francoeur, qui profita de l&#8217;occasion pour demander à Québec de débloquer des fonds publics promis en campagne électorale pour lutter contre les gangs de rue. (46)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Lors de l&#8217;enquête sous cautionnement de Descollines, l&#8217;«  expert » du SPVM en matière de gangs de rue, le sergent-détective Jean-Claude Gauthier, affirma que Descollines avait été membre des Crack Down Posse, un gang d&#8217;allégeance bleue, durant les années &#8217;90. Plusieurs éléments accréditaient toutefois la thèse d&#8217;un conflit inter-personnel plutôt que celle d&#8217;un attentat commandité par un gang. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">D&#8217;abord, le suspect connaissait personnellement le policier visé, qui l&#8217;avait arrêté à deux reprises par le passé. Un an plus tôt, l&#8217;agent Edme avait en effet arrêté Descollines après que l&#8217;ex-conjointe de ce dernier eut porté plainte pour menace de mort. Même qu&#8217;à une époque pas si lointaine les deux hommes, tous deux d&#8217;origine haïtienne, habitaient près l&#8217;un de l&#8217;autre, à tel point que leurs cours arrière se touchaient presque dans la rue Armand-Lavergne. (47)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;"><em>« Comment un gangster bleu, membre des Krazz Brizz (relève des Crack Down Posse), peut-il vivre dans un territoire traditionnellement rouge (ou Blood) ? »</em>, s&#8217;interrogea la journaliste de <em>La Presse</em> Caroline Touzin. Par ailleurs, le S/D Gauthier affirma également durant son témoignage que l&#8217;incident aurait fait beaucoup jaser dans le milieu des gangs, autant chez les Rouges que chez les Bleus. Les gangs désapprouveraient apparemment un tel geste parce qu&#8217;il attirerait trop l&#8217;attention sur leur <em>« business »</em>. L&#8217;enquêteur indiqua cependant que l&#8217;agent Edme aurait déjà fait l&#8217;objet de menaces de mort proférées par de présumés membres de gangs.</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">On en apprit un peu plus sur les circonstances entourant l&#8217;incident durant la tenue de l&#8217;enquête préliminaire de Descollines, en octobre 2007. Ainsi, l&#8217;agent Edme révéla qu&#8217;il n&#8217;avait pas donné son vrai nom lorsqu&#8217;il téléphona au 911 dans une cabine téléphonique, peu avant les coups de feu. Le policier s&#8217;était en effet identifié sous le nom de Pierre. Et pourquoi a-t-il agit ainsi, lui a-t-on demandé. <em>« Parce que j&#8217;étais fatigué, j&#8217;avais eu une grosse journée »</em>, répondit-il en guise d&#8217;explication. (48) Le tribunal cita l&#8217;accusé à son procès, mais fit tombé l&#8217;accusation la plus grave, soit celle de tentative de meurtre à l&#8217;endroit d&#8217;un policier.</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">D&#8217;une façon ou d&#8217;une autre, l&#8217;incident ne put faire autrement que de faire monter d&#8217;un cran le sentiment d&#8217;insécurité des policiers patrouillant à Montréal-Nord. Et ces mêmes policiers ne se sentirent vraisemblablement pas plus rassurés lorsqu&#8217;ils apprirent l&#8217;acquittement de Descollines, l&#8217;année suivante. <em>« Je travaille pour la justice, puis en retour, c&#8217;est ça qu&#8217;on obtient »</em>, commenta l&#8217;agent Edme, visiblement déçu par la décision de la juge Louise Villemure d&#8217;acquitter son ancien voisin. (49)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Il faut dire que la preuve au procès avait fait ressortir que le policier n&#8217;avait pas reconnu sur-le-champ l&#8217;accusé. Ce n&#8217;est qu&#8217;après l&#8217;arrestation de Descollines que l&#8217;agent Edme l&#8217;identifia comme le tireur. De plus, un témoin indépendant de l&#8217;incident donna une description bien différente de l&#8217;agresseur. Ce témoin rejeta même la photo de Descollines parmi une série de photos de suspects, le trouvant <em>« trop vieux »</em> pour correspondre au tireur. Il décrivit également l&#8217;agresseur comme un homme jeune qui se déplaça à la course <em>« comme une bombe »</em>. Or, Descollines, lui, était plutôt chancelant, sous l&#8217;effet de l&#8217;alcool, au moment de son arrestation.</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Le 7 mai 2008, un autre incident fit grimper la tension à un nouveau sommet dans le « Bronx » de Montréal-Nord. Vers 16h45, un véhicule du SPVM circulant sur la rue Pascal, au coin de l&#8217;avenue Lapierre, fut atteint d&#8217;un coup de feu. La balle traversa la vitre arrière mais le policier qui se trouvait à l&#8217;intérieur ne fut pas touché. Notons qu&#8217;il s&#8217;agissait précisément de la même intersection où, l&#8217;année précédente, les deux enquêteurs du SPVM Christian Charette et Jean-Pierre Pelletier avaient dû déguerpir sous la pression d&#8217;un attroupement de résidents peu enchantés par leur présence.</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Le coup de feu provoqua tout un branle-bas de combat de la part des forces constabullaires. Prétextant vouloir mettre la main au collet du tireur, le SPVM déploya le Groupe tactique d&#8217;intervention &#8211; familièrement appelé le SWAT &#8211; les groupes d&#8217;intervention des quatre régions de l&#8217;agglomération métropolitaine et plusieurs enquêteurs, accompagnés d&#8217;une trentaine de voitures de patrouille. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">La petite armée de flics arriva dans le temps de le dire et s&#8217;employa à boucler un large périmètre entre les boulevards Rolland et Langelier, au sud de Maurice-Dupplessis. Les policiers se déplacèrent à pied, carabine à la main, et prirent position en se mettant à couvert derrière un véhicule ou un édifice. <em>« Digne d&#8217;un film western »</em>, écrivit le journaliste du <em>Journal de Montréal</em> Charles Poulin. (50) Les membres du SWAT entourèrent un édifice à l&#8217;angle de Lapierre et Pascal, soupçonné d&#8217;abriter le tireur. Plus d&#8217;une vingtaine de personnes furent évacuées de l&#8217;édifice et les enquêteurs interrogèrent presque tout le monde.</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;"><em>« On a vu les policiers arriver et installer des barricades partout »</em>, raconta Manon Laing, employée de l&#8217;organisme Fourchettes de l&#8217;espoir, basé sur la rue Pascal. Les policiers ratissèrent le secteur, cognant à toutes les portes dans l&#8217;espoir d&#8217;attraper le suspect. <em>« Les enquêteurs rencontrent tous les gens qui sont à l&#8217;intérieur du périmètre, expliqua la porte-parole du SPVM</em>, Lyne Labelle. <em>Ils vont également rencontrer les gens à l&#8217;extérieur. Tous les gens qui désirent sortir doivent nous donner leurs coordonnées au cas où nous aurions besoin d&#8217;informations supplémentaires. » </em>(51) </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Vers 19h15, les policiers arrêtèrent trois jeunes hommes sur l&#8217;avenue Monty, à quelques pâtés de maisons du lieu où le véhicule de police a été la cible du tireur. <em>« Il y avait des passants qui s&#8217;en venaient dans la rue</em>, raconta Diane, qui assista à la scène. <em>Les policiers ont vu trois gars, ils leur ont dit de se coucher par terre et ils les ont fouillés »</em>. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Marc Gélinas connaissait l&#8217;un des deux suspects. <em>« Il n&#8217;est lié à aucun gang ; c&#8217;est un gars bien honnête et il travaille comme tout le monde »</em>, protesta-t-il. Deux des trois individus furent ensuite relâchés sans qu&#8217;aucune accusation ne soit retenue contre eux. Le troisième homme dû faire face à des accusations d&#8217;intimidation et d&#8217;entrave au travail aux policiers, pour avoir simplement demandé aux policiers <em>« s&#8217;ils avaient compris le message ». </em>(52)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">La démonstration de force du SPVM obligea des dizaines de résidants du secteur à poireauter pendant plusieurs heures sous la pluie en attendant que les policiers leur permettent de réintégrer leur logis. Ce n&#8217;est qu&#8217;à la fin des opérations policières, vers 20h30, que ces résidents trempés jusqu&#8217;aux os purent rentrer chez eux. <em>« Une amie à moi a voulu rentrer chez elle avec son bébé naissant et elle a dû rebrousser chemin</em>, dénonça Stéphane Paré, un résident de la rue Pascal. <em>Je comprends qu&#8217;ils font leur travail, mais ça n&#8217;a pas d&#8217;allure d&#8217;intimider les gens comme ça. » </em></span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;"><span style="font-style: normal;">Malgré tout leurs efforts, les policiers ne parvinrent pas à identifier le tireur, ni à mettre la main sur l&#8217;arme à feu qu&#8217;il utilisa. Tout ce que les policiers semblaient avoir réussit à accomplir ce jour-là fut de se mettre à dos de nombreux résidents du secteur. Chose certaine, ce n&#8217;est sûrement pas en utilisant de telles méthodes que les policiers donneront envie aux résidents de devenir « leurs yeux et leur oreilles » dans le cadre de la lutte aux gangs de rue. En fait, les policiers auraient voulut infliger une punition collective aux personnes vivant dans le secteur qu&#8217;ils ne s&#8217;y seraient pas pris autrement. </span></span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Mais, au fond, pourquoi les policiers mettraient-ils des gants blancs quand, au fond, tous <em>« les éléments positifs et productifs »</em> &#8211; pour reprendre l&#8217;expression employée par Josée Paquette et André Gélinas du SPVM &#8211; avaient sûrement déjà déserté ce secteur <em>« occupé par les gangs de rue »</em> depuis belle lurette, ne laissant derrière eux <em>« qu&#8217;une population captive, en proie à des groupes criminogènes »</em> ? (53)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">La poudrière explose</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Le samedi 9 août 2008, vers 19h10, une poignée de jeunes jouaient aux dés dans le stationnement de la Maison culturelle et communautaire, située sur le côté ouest du boulevard Rolland, à quelques dizaines de mètres au sud de la rue Pascal. Martha Villanueva était présente, avec deux de ses cousins, Fredy et Dany. <em>« On était quelques jeunes et on s&#8217;amusait, assis sur un banc de parc »</em>, raconta-t-elle. Au même moment, les agents Jean-Loup Lapointe et Stéphanie Pilotte, du PDQ 39, patrouillaient dans le secteur. Lorsqu&#8217;ils virent le petit groupe de jeunes, les deux policiers décidèrent d&#8217;intervenir. <em>« On ne faisait que jouer, pourquoi sont-ils venus vers nous ? On s&#8217;amusait sans déranger personne »</em>, commenta Martha. (54)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">L&#8217;agent Lapointe s&#8217;intéressa plus particulièrement à Dany Villanueva. <em>« Le policier s&#8217;est avancé vers moi et m&#8217;a dit &laquo;&nbsp;Je t&#8217;ai vu jouer aux dés&nbsp;&raquo;. Normalement, il aurait dû juste me donner une amende parce que c&#8217;est interdit de jouer à l&#8217;argent. Mais il m&#8217;a pris la main, la policière m&#8217;a pris le bras et ils m&#8217;ont accoté sur le capot de leur auto »</em>, raconta Dany au <em>Journal de Montréal</em>. (55) <em>« Je lui ai dit &laquo;&nbsp;Qu&#8217;est-ce que tu me veux ?&nbsp;&raquo; Ça faisait mal, alors j&#8217;ai résisté. Il m&#8217;a pris par le cou et m&#8217;a jeté par terre. Elle a mis un genou sur ma poitrine. J&#8217;ai entendu mon frère crier &laquo;&nbsp;Arrêtez ! Arrêtez !&nbsp;&raquo; Puis, j&#8217;ai vu une arme à feu près de mon visage, une douille voler, et mon frère par terre ».</em></span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Fredy reçut trois balles, dont deux qui se logèrent dans son thorax et une à l&#8217;abdomen. Deux autres jeunes qui étaient présents furent également touchés. Denis Méas fut atteint à l&#8217;épaule droite et Jeffrey Sagor-Métellus reçut une balle dans le dos. Notons que les trois jeunes blessés par balles étaient tous membres de communautés ethnoculturelles : Fredy Villanueva était un jeune latino, Denis Méas était d&#8217;origine asiatique et Jeffrey Sagor-Métellus d&#8217;origine haïtienne.</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Martha voulut porter secours à son cousin Fredy. <em>« Mais les policiers m&#8217;en ont empêchée, ils m&#8217;ont retenue. Je voyais Fredy, je voyais qu&#8217;il souffrait et je voulais l&#8217;aider, mais je ne pouvais pas »</em>, se rappela-t-elle. (56) Fredy Villanueva rendit l&#8217;âme un peu plus tard en soirée sur une table d&#8217;opération à l&#8217;hôpital Sacré-Coeur. Il était âgé de 18 ans. Fredy n&#8217;avait pas de casier judiciaire. Et, à l&#8217;instar des autres jeunes présents durant l&#8217;altercation, il ne portait aucune arme sur lui. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Ceux qui connurent Fredy n&#8217;avait que du bien à dire à son sujet. <em>« Fredy était un bon gars. Il voudrait que les choses se calment à Montréal-Nord. C&#8217;était un gars pacifique »</em>, affirma Fernando, un de ses amis. Johanne Tanguay, technicienne en documentation à la bibliothèque publique Henri-Bourassa de Montréal-Nord, côtoya Fredy Villanueva dans le cadre de son travail, qui consiste à assister les usagers dans l&#8217;utilisation des ordinateurs mis à leur disposition. <em>« C&#8217;était un garçon très timide, tout étonné que je me souvienne de son nom à chacune de ses visites</em>, écrivit-elle dans une lettre ouverte publiée dans <em>La Presse</em>. (57) <em>Ce n&#8217;était pas le genre à crier à l&#8217;aide quand les appareils ne répondaient pas, ni à se fâcher, mais plutôt à quitter sans rien demander. Non, ce n&#8217;était pas une grande gueule, loin de là. Un jeune homme effacé, aux yeux cachés derrière sa crinière noire bouclée. » </em></span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Naturellement, le SPVM fit du mieux qu&#8217;il peut pour tenter de justifier les coups de feu tirés par l&#8217;agent Jean-Loup Lapointe. <em>« Les policiers se sentaient menacés et un d&#8217;eux a ouvert le feu en direction des jeunes »</em>, prétendit Yannick Ouimet, porte-parole du SPVM. <em>« Menacés ? Pourquoi ?</em> réagissa Dany Villanueva. <em>Mon frère a juste essayé de m&#8217;aider. Il a dit : &laquo;&nbsp;lâchez mon frère&nbsp;&raquo;, c&#8217;est tout »</em>. Pour les proches de Fredy, la version policière ne tenait tout simplement pas la route. <em>« Mon frère était timide et peureux, il ne se serait jamais battu avec un policier. Et aujourd&#8217;hui il est mort »</em>, confia Wendy Villanueva.</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">La version policière ne trouvait pas preneur non plus auprès du voisinage. <em>« Un seul consensus semblait émaner des discussions : la mort du jeune originaire du Honduras Freddy Villanueva, tué par balle samedi à la suite d&#8217;une altercation avec des policiers du secteur, était inacceptable »</em>, écrivit la journaliste du quotidien <em>Le Devoir</em> Lisa-Marie Gervais après être allé à la rencontre des résidents. (58) <em>« Tout le monde le sait que c&#8217;était un bon gars et qu&#8217;il ne méritait pas ça</em>, s&#8217;indigna une jeune fille qui avait étudié au secondaire avec Fredy. <em>Tout le monde le sait qu&#8217;il n&#8217;avait rien fait de mal ! C&#8217;était un adolescent qui tentait de protéger son frère ! ».</em></span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">En fait, les résidents du secteur étaient carrément <em>« imperméables à la science-fiction officielle »</em>, écrivirent Nargess Mustapha et Will Prosper du collectif Montréal-Nord Républik. <em>« Lorsque Jean-Loup Lapointe a enfilé ses gants noirs et est descendu de la voiture de patrouille pour régler le compte de Fredy, les témoins directs de l&#8217;intervention, ses amis proches et des membres de sa famille, ont immédiatement rapporté leur version des faits à la communauté. Le bouche à oreille a fait son oeuvre et a vaincu localement la version policière colportée par les grands médias se commentant même à des affirmations du type &laquo;&nbsp;&#8230; entouré par une vingtaine de personnes hostiles, un policier n&#8217;a eu d&#8217;autre choix que de dégainer son arme et faire feu&nbsp;&raquo; »</em>. (59)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Les résidents firent bien plus que de faire circuler au sein de la communauté la version des témoins immédiats du drame. Dans les vingt-quatre heures qui suivirent le décès de Fredy Villanueva, le quartier fut le théâtre d&#8217;une émeute d&#8217;une ampleur sans précédent dans la région métropolitaine. <em>«  C&#8217;est tout un quartier qui s&#8217;est levé en mémoire du jeune abattu par la police »</em>, témoigna Guillaume Hébert, résident de Montréal-Nord et coordonnateur de l&#8217;association locale de Québec solidaire, un parti de gauche qui est aujourd&#8217;hui représenté à l&#8217;Assemblée nationale. (60)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;"><em>« Ça a commencé par un feu dans une poubelle. Les policiers étaient dans leur voiture et ne faisaient rien »</em>, raconta Daniel Gauthier, un résidant de longue date du quartier. Habitant sur la rue Pascal, il se trouvait aux premières loges et put voir comment la situation dégénéra, minute après minute. <em>« Ils ont attendu pour que ça devienne un gros show. Les médias, l&#8217;hélicoptère et d&#8217;autres policiers sont venus. Maintenant, ils vont pouvoir dire qu&#8217;ils ont agi pour les bonnes raisons »</em>, commenta-t-il. Il rapporta aussi à une journaliste du <em>Devoir</em> les propos de protestataires qui cherchaient à se faire rassurant auprès des commerçants de ce tronçon de rue. <em>« Ne vous fiez pas à la police, c&#8217;est nous qui allons vous protéger »</em>, auraient-ils crié. (61)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;"><em>« J&#8217;ai vu, coin Pascal et Roland, les voitures personnelles des pompiers brûler, à côté de leur caserne. J&#8217;ai entendu les réservoirs d&#8217;essence exploser à quelques reprises. Les gens applaudissaient »</em>, écrivit Patrick Lagacé, chroniqueur à <em>La Presse</em>. (62) <em>« Des Blancs et des Noirs, de 12 ou 13 ans et un peu plus vieux, ont crié qu&#8217;ils voulaient affronter les policiers. Ils les ont nargués en lançant de grosses bouteilles de propane dans la rue. C&#8217;était tout un vacarme. Je n&#8217;ai pas fermé l&#8217;oeil de la nuit »</em>, relata la concierge Diane Grenier qui affirma au <em>Journal de Montréal</em> avoir tout vu et entendu. (63)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Le fil des événements fut reconstitué minutieusement par la Commission de santé et de sécurité au travail (CSST) dans un rapport qui sera publié plus de six mois après l&#8217;émeute. Tout commença par une manifestation spontanée de quelques dizaines de résidents, notamment des mères de familles accompagnées de jeunes enfants, qui protestèrent contre la mort de Fredy Villanueva en prenant la rue le dimanche 10 août, vers 15h. Les rangs des manifestants grossirent au fur et à mesure que la foule traversait les rues du quartier. Vers 17h, leur nombre s&#8217;élevait à environ 150 personnes. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">La manifestation en tant que telle se termina sans incident. Mais des jeunes en colère prirent le relais et se rassemblèrent à l&#8217;intersection de la rue Pascal et du boulevard Rolland. Vers 17h38, des policiers se réunirent de toute urgence au PDQ 39. Il fut alors convenu que le quadrilatère constitué par la rue Pascal et les boulevards Rolland, Maurice-Duplessis et Langelier serait traité comme un <em>«  périmètre chaud »</em> durant les heures à venir. (64) Notons que ce quadrilatère correspond quasi-précisément au secteur surnommé le « Bronx » de Montréal-Nord.</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Vers 19h45, la tension monta d&#8217;un cran. La foule atteignit environ 150-200 personnes et commença à présenter <em>« des signes d&#8217;agressivité et d&#8217;hostilité »</em>. Des feux furent allumés dans les rues et dans les poubelles. Des projectiles furent lancés et des véhicules de citoyens furent vandalisés. Vers 20h44, les pompiers reçurent des projectiles lorsqu&#8217;ils tentèrent d&#8217;éteindre les feux dans les rues avoisinantes. Les pompiers retournèrent alors à leur caserne.</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Entre 21h et 21h09, les agents postés dans le <em>« périmètre chaud »</em> firent état de <em>« la perte de contrôle de la situation »</em>. On comptait alors 20 policiers et trois superviseurs sur les lieux. Une demande de renfort fut donc formulée, spécifiant que les policiers devaient être munis de casques et de bâtons anti-émeute. Vers 21h09, la foule agitée encercla la caserne des pompiers. Les véhicules qui étaient stationnés sur place furent incendiés et des marchandises pillées dans des magasins, alors que même des bonbonnes de propane servirent à alimenter les flammes des brasiers. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Vers 22h00, les effectifs déployés s&#8217;élevaient à environ 80 policiers anti-émeute. C&#8217;est à ce moment-là que les forces de l&#8217;ordre effectuèrent une première charge pour repousser les émeutiers se trouvant autour de la caserne. Mais les manoeuvres de contrôle de foule n&#8217;eurent qu&#8217;un effet très limité. Plus la soirée avançait et plus les émeutiers progressaient vers l&#8217;est, jusqu&#8217;à l&#8217;intersection des boulevards Langelier et Maurice-Duplessis.</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">En fait, le SPVM était manifestement mal préparé pour affronter une émeute dans un secteur résidentiel. Ainsi, les policiers rapportèrent au personnel de la CSST que <em>« le comportement des manifestants le 10 août 2008 était très différent des autres événements qui impliquaient un contrôle de foule. Il a été noté, entre autre, le fait que les manifestants entrent et sortent des immeubles, s&#8217;éloignent et reviennent par derrière des formations de peloton. Également la présence de manifestants sur les toits et les balcons fait en sorte que les projectiles peuvent provenir d&#8217;en haut »</em>. (65)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Mais il n&#8217;y avait pas que la configuration des lieux qui compliquait les efforts du SPVM. Tout au long de la soirée, les policiers reçurent des informations sur les ondes radios ou sur leur écran véhiculaire relativement à des coups de feu et à la présence d&#8217;armes à feu à l&#8217;intérieur, ou en périphérie immédiate, du <em>« périmètre chaud »</em>. Rien n&#8217;indique que les policiers procèdent à des vérifications pour s&#8217;assurer de la véracité de chacune de ces informations. Nous nous sommes ici contentés de reprendre les informations les moins floues qui ont été répertoriées dans le rapport de la CSST.</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Vers 20h59, un coup de feu aurait été entendu à l&#8217;intersection de Rolland et de Pascal. Vers 21h11, un coup de feu aurait été entendu sur l&#8217;avenue Jubinville. Entre 21h11 et 21h34, un individu aurait sorti des armes à feu de son véhicule, sur Jubinville. Vers 21h34, on signale quatre coups de feu en l&#8217;espace de 5 minutes. Vers 21h39, un coup de feu aurait été entendu au coin de l&#8217;avenue Matte et de la rue Pascal. Vers 21h57, un coup de feu aurait été entendu près de Jubinville et de Pascal. Vers 22h11, des informations circulent sur un véhicule qui aurait remis des armes à feu à des émeutiers. Vers 22h24, un homme aurait tiré des coups de feu sur Jubinville. Vers 22h34, d’autres informations indiquent la présence de suspects armés sur l&#8217;avenue Lapierre. Vers 22h39, on signaleme encore trois coups de feu sur l&#8217;avenue Allard. Vers 22h39, un coup de feu aurait été entendu sur Lapierre. (66)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Enfin, vers 22h49, une policière fut atteinte par balle à la jambe droite sur la rue Pascal. Notons qu&#8217;après cet incident, les policiers ne reçurent aucune autre information additionnelle relativement à des coups de feu ou à la présence d&#8217;armes à feu dans le <em>« périmètre chaud »</em>. Notons aussi que le tireur n&#8217;a jamais été appréhendé, ni même identifié.</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Plus de 500 policiers furent dépêchés sur les lieux pour venir à bout de l&#8217;émeute. Vers 3h, les émeutiers avaient été complètement dispersés. Dans son rapport, la CSST conclua <em>« à une perte de contrôle due à une mauvaise planification de l&#8217;opération (déploiement inadéquat des effectifs / équipement de protection individuelle non disponible / point de regroupement initial mal planifié / communication des informations partielle / directive transmise incomplète) »</em>. (67)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Au total, 39 méfaits furent commis, 20 commerces subirent des introductions par effraction et huit voitures furent incendiées. Les policiers procédèrent à l&#8217;arrestation de six personnes, dont deux furent relâchées sans accusation. L&#8217;enquête policière sur cet événement se poursuivit toutefois durant plusieurs semaines. Ainsi, le SPVM diffusa sur son site internet pas moins de 170 photos d&#8217;individus soupçonnés d&#8217;actes de vandalisme et de pillage. En tout, 71 personnes furent arrêtées, dont 24 mineurs, en bonne partie grâce à des images prises par des caméras de surveillance. (68) Nous ignorons ce qu&#8217;il est advenu en cour des accusations qui ont été portées contre ces personnes. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Un ras-le-bol collectif</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">L&#8217;émeute du 10 août 2008 eut un impact à de multiples niveaux. Sur le plan médiatique, la nouvelle fit le tour du globe. L&#8217;émeute défraya la manchette de plusieurs journaux, blogues et médias électroniques en Turquie, en France, au Honduras et même au Qatar. En tout, 28 pays dans le monde relayèrent la nouvelle, ce qui représentait, en tenant compte du lectorat et des cotes d&#8217;écoute des médias qui la véhiculèrent, un auditoire potentiel de 95 millions de personnes. (69) Au Québec, l&#8217;émeute du 10 août 2008 devint la deuxième nouvelle en importance depuis le début de l&#8217;été, après les Jeux olympiques de Pékin, selon la firme Influence communication, qui analyse le travail des médias. (70)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Naturellement, les camions des réseaux de télévision affluèrent sur la rue Pascal, à l&#8217;intersection du boulevard Rolland. Les médias se montraient soudainement fort intéressés à entendre ce que les résidents du secteur avaient à raconter. Les médias donnèrent également la parole à plusieurs intervenants qui se firent l&#8217;écho, les uns après les autres, des récriminations des jeunes à l&#8217;égard du comportement des policiers. Jamais les médias médias n&#8217;avaient montrés un aussi grand intérêt à faire état de la problématique du profilage racial qu&#8217;au cours des jours qui suivirent l&#8217;émeute. On aurait dit qu&#8217;ils venaient de faire la découverte de l&#8217;ampleur insoupçonnée de ce phénomène, et surtout, des conséquences dangereuses qu&#8217;il pouvait entraîner sur la paix sociale. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;"><em>« Le cri d&#8217;alarme dans le quartier, ce n&#8217;est pas le cri d&#8217;un gang de rue. C&#8217;est le cri d&#8217;une communauté fatiguée du profilage racial »</em>, déclara Mélanie Carpentier, une jeune femme qui goûta au monde de la drogue et de la prostitution et qui donne aujourd&#8217;hui des conférences sur les gangs de rue en compagnie de policiers de la section intervention jeunesse. (71)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;"><em>« Les interventions répressives se sont intensifiées. Des jeunes disent qu&#8217;ils sont victimes de profilage »</em>, indiqua Christine Black, présidente de la Table de concertation jeunesse de Montréal-Nord. <em>« Pour moi, ce n&#8217;est pas une réaction seulement à ce qui s&#8217;est passé samedi, mais à la répression policière dans le quartier »</em>, ajouta Jethro Auguste, responsable du centre culturel Culture X, un service d&#8217;intégration jeunesse pour les 16-24 ans. <em>« L&#8217;émeute témoigne du ras-le-bol collectif de la communauté de Montréal-Nord envers son service de police et les gens qui la desservent »</em>, fit valoir Jean-Yves Sylvestre, travailleur social au collège Ahuntsic. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Selon Harry Delva, coordonnateur des projets jeunesse à la Maison d&#8217;Haïti, l&#8217;attitude des policiers qui combattent intensivement les gangs de rue dans le secteur exacerba les tensions avec les jeunes, <em>« qui rongent leur frein depuis longtemps »</em>. Même son de cloche du côté de Frantz Jean-Jacques, un travailleur social oeuvrant dans le quartier depuis 30 ans. <em>« C&#8217;était juste une question de temps avant que ça déborde »</em>, commenta-t-il. <em>« Les jeunes me rapportent qu&#8217;ils se font arrêter injustement, fouiller et interpeller sans raison valable »</em>. (72)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Fondateur de l&#8217;académie d&#8217;arts martiaux Ness Martial, Ali Nestor Charles dressa un constat identique. Selon ce boxeur qui côtoie aujourd&#8217;hui plusieurs jeunes provenant de Montréal-Nord, l&#8217;émeute était une réponse au profilage racial que les jeunes subissent fréquemment. <em>« Il fallait s&#8217;attendre à ce qu&#8217;il y ait des émeutes »</em>, lança Ali Nestor Charles, qui ne cache pas qu&#8217;il a lui-même été membre de gangs de rue dans sa jeunesse. (73)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;"><em>« Les policiers sont agressifs et provocateurs envers les jeunes et font à 200 % du profilage racial. Je l&#8217;ai moi-même subi »</em>, affirma-t-il. Il lui arriva en effet plus d&#8217;une fois de se faire interroger par les policiers quand il porte des vêtements amples et se promène à bord de son Jeep. <em>« Ils m&#8217;accostent, me fouillent, me demandent mes papiers&#8230; Je pense bien qu&#8217;ils le font parce que je suis noir »</em>, estima le sportif. <em>« On dirait que pour les policiers d&#8217;Éclipse, dès que t&#8217;es noir ou latino et que t&#8217;es dans la rue, tu fais forcément partie d&#8217;un gang. Désolé, mais c&#8217;est pas toujours le cas »</em>, déclara Imposs, un rappeur d&#8217;origine haïtienne. (74)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;"><em>« Ils en viennent à mettre tout le monde dans le même bateau. Regarde-moi. Regarde comme je suis habillé&#8230; »</em>, confia &laquo;&nbsp;Paul&nbsp;&raquo;, un résident de Montréal-Nord, au chroniqueur Patrick Lagacé. (75) Lors de cet entretien, &laquo;&nbsp;Paul&nbsp;&raquo; portait un jean large qui lui arrêtait à mi-mollet, une tuque et un polo à rayures. <em>« Un gars de gang de rue peut être habillé comme moi</em>, continua &laquo;&nbsp;Paul&nbsp;&raquo;. <em>Mais je ne suis pas dans un gang de rue ! Le problème, c&#8217;est que les policiers ne sont pas formés pour faire la différence. Et ils mettent tout le monde dans le même bateau&#8230; »</em> Lagacé rapporta que son interlocuteur exprimait alors un sentiment fort répandu. <em>« Ce que &laquo;&nbsp;Paul&nbsp;&raquo; m&#8217;a dit, je l&#8217;ai entendu toute la journée, hier, dans le quartier</em>,  écrivit-il dans <em>La Presse</em>. <em>« Que les policiers sont obsédés par les gangs de rue&#8230; Trop, peut-être. » </em></span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;"><em>« Les policiers qui patrouillent le quartier connaissent les membres des gangs de rue</em>, rappela Michelet. <em>Ils savent qui ils sont. Pourquoi embêtent-ils tout le monde, alors ? C&#8217;est comme si les flics embêtaient la population complète d&#8217;un village juste parce qu&#8217;on y trouvait quelques motards&#8230; »</em> (76) Brunilda Reyes des Fourchettes de l&#8217;espoir invita les policiers à faire d&#8217;un plus grand discernement. <em>« On sent les policiers paniqués par les gangs de rue</em>, constata-t-elle. <em>Mais il faut faire la différence, il ne faut pas traiter tout le monde de la même façon »</em>. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;"><em>« Un petit groupe de patrouilleurs a un problème d&#8217;attitude »</em>, déplora François Bérard, directeur général de l&#8217;organisme Maisons de transition de Montréal et intervenant depuis plus de 20 ans dans Montréal-Nord. (77) <em>« Il y a peut-être des gens qui devraient être déplacés ou qui n&#8217;ont pas leur place dans la police »</em>, alla-t-il jusqu&#8217;à dire. <em>« Lorsqu&#8217;il s&#8217;agit de Noirs, ils se font écoeurer tout le temps, dès que ces policiers-là font leur quart de travail »</em>, ajouta Bérard. Lors d&#8217;un entretien avec une journaliste de <em>La Presse</em>, il relata des exemples qui furent évoqués lors des réunions d&#8217;organismes communautaires de l&#8217;arrondissement qui eurent lieu après l&#8217;émeute. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Premier exemple : <em>« Une personne âgée, blanche, francophone de souche, environ 70 ans, qui va au marché rue Pascal. Il est 20h30, et elle se fait aborder par une patrouille qui lui dit: &laquo;&nbsp;Eille, vieille crisse, tu sais pas que c&#8217;est dangereux de sortir le soir par ici?&nbsp;&raquo; »</em> Second exemple : <em>« Un jeune de 18 ou 19 ans qui s&#8217;en va travailler avec sa boîte à lunch, qui se fait accoster par les policiers et se fait dire: &laquo;&nbsp;Où tu t&#8217;en vas, le nèg&#8217;? Les nèg&#8217;s, ça travaille pas, c&#8217;est connu !&nbsp;&raquo; Et ce que je vous dis là, ce ne sont pas des Noirs qui me l&#8217;ont rapporté, ce sont des francophones de souche qui ont vu leurs amis se faire traiter comme ça. »</em></span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Durant les semaines qui suivirent l&#8217;émeute, l&#8217;organisme Tandem Paix et Sécurité dans Montréal-Nord tâta le pouls d&#8217;environ 800 citoyens de l&#8217;arrondissement, ce qui donna lieu à la publication d&#8217;un bref rapport. Le document aborda de manière succincte les diverses préoccupations exprimées par les résidents Montréal-Nord, mais le paragraphe le plus volumineux fut consacrée aux comportements problématiques des policiers :</span></div><div style="margin-left: 1.25cm; margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;"><em>« Plusieurs policiers ont une attitude arrogante envers l&#8217;ensemble des citoyens du quartier. Plusieurs éléments entrent en jeu dans cette attitude : la formation inadéquate des policiers pour aborder la population, surtout au niveau des communautés culturelles, la peur des jeunes policiers qui connaissent le quartier de &laquo;&nbsp;réputation&nbsp;&raquo; et les préjugés des citoyens à l&#8217;égard de la police. Plusieurs citoyens affirment que la présence policière est désirée, car elle procure un certain sentiment de sécurité, mais que l&#8217;attitude des policiers est parfois déplacée. Certains citoyens nuancent que cette attitude est présente envers les québécois de souche, qu&#8217;elle s&#8217;intensifie auprès des arabes, latinos, et qu&#8217;elle est omniprésente auprès des personnes d&#8217;origines antillaises. La plupart des citoyens ne se sentent pas respectés par la police. Ils mentionnent le tutoiement de ceux-ci lorsqu&#8217;ils s&#8217;adressent aux citoyens. Pour les gens, c&#8217;est un manque de respect. »</em> (78)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Face à l&#8217;avalanche de témoignages les plus accablants les uns que les autres à l’égard des policiers, l&#8217;éditorialiste de <em>La Presse</em> André Pratte dut lui-même se rendre à l&#8217;évidence. <em>« Les travailleurs communautaires et les citoyens interrogés par les médias ont déploré l&#8217;attitude agressive des policiers dans leurs rapports quotidiens avec les jeunes du quartier de même que la pratique, apparemment répandue, du profilage racial. Ces propos ont été exprimés par trop de personnes pour être dénués de tout fondement »</em>, écrivit-il. (79)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Et les têtes dirigeantes des milieux policiers et politiques, qu&#8217;avaient-elles à dire pour leur défense ? <em>« Il n&#8217;y a pas de profilage racial systémique</em>, assura Yvan Delorme, directeur du SPVM. <em>Il y a des situations qui peuvent être perçues, analysées, jugées comme étant à caractère de profilage racial. Mais il y a des systèmes de déontologie qui sont là pour en juger ». </em>(80)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;"><em>« Oui, je crois que le programme Éclipse fonctionne</em>, affirma à qui voulait l&#8217;entendre la députée libérale du comté Bourassa-Sauvé, Line Beauchamp. <em>« Si on n&#8217;avait pas accordé de sommes supplémentaires, d&#8217;importantes arrestations n&#8217;auraient pas eu lieu »</em>. Mais ce fut sans doute Marcel Parent, le maire de l&#8217;arrondissement, qui fit le commentaire le plus révélateur quant à la profondeur du fossé séparant les élus du vrai monde. <em>« Montréal-Nord est un endroit où il fait bon vivre, prétendit le maire Parent avec le plus grand sérieux du monde. Il faut être conscient que Montréal-Nord, c&#8217;est 85 000 habitants. Il ne faut pas juger Montréal-Nord par un coin chaud ». </em><span style="font-style: normal;">(81)</span></span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Une zone de non-droit en devenir ?</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">L&#8217;intérêt des médias pour le phénomène du profilage racial fut de très courte durée. Pour plusieurs journalistes, l&#8217;affaire Villanueva devint un prétexte pour parler du phénomène des gangs de rue, ce sujet d&#8217;intérêt par excellence pour l&#8217;industrie de l&#8217;information, cet arbre qui cache si merveilleusement bien cette dense forêt de problèmes sociaux que les élus ont si peu envie de voir. Après tout, Montréal-Nord n&#8217;est-il pas lui-même synonyme de gangs de rue ?</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Ainsi, le <em>Journal de Montréal </em>rapporta que l&#8217;agent Jean-Loup Lapointe se spécialisait dans les gangs de rue. (82) Bien entendu, cela ne faisait pas passer pour plus légitimes les coups de feu mortels que l&#8217;agent Lapointe tira sur Fredy Villanueva. Mais qu&#8217;à cela ne tienne, à défaut de pouvoir trouver quelque chose de négatif à dire sur Fredy, les médias décidèrent de se concentrer sur son frère aîné, Dany, dont ils fouillèrent le passé. Ils découvrirent alors que ce dernier avait été arrêté, deux ans et demi plus tôt, en compagnie de quatre autres individus lourdement armés. Tous sauf Dany Villanueva portaient un masque rouge.</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;"><em>« Dans le quartier où il habite &#8211; et c&#8217;est presque impossible de ne pas le faire -, il a frayé au cours des derniers mois avec des gens qui font partie des Rouges »</em>, avait alors déclaré son avocat, Me Rodrigue Beauchesne. Notons que le tribunal avait tout de même reconnut que Dany Villanueva n&#8217;était pas lui-même un Rouge ou un Blood. <em>« Vous n&#8217;êtes pas membre de gang de rue, mais le tribunal comprend qu&#8217;en vous y acoquinant, en vous y associant dans des agirs criminels, ça devient un facteur aggravant »</em>, affirma le juge Louis Legault avant de lui imposer une sentence de 11 mois d&#8217;emprisonnement. (83)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Pour Yves Francoeur, le président de la Fraternité, l&#8217;affaire Villanueva est somme toute assez simple. <em>« Le soir du 9 août, les policiers sont intervenus dans un endroit criminogène reconnu comme étant fréquenté par les gangs de rue. L&#8217;intervention des policiers était justifiée »</em>, trancha-t-il lors d’un entretien avec un journaliste du blogue <em>Rue Frontenac</em>. (84) Pour ceux qui ne le sauraient pas, le terme <em>criminogène</em> désigne tout ce qui peut inciter à commettre des actes criminels. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Résider dans un <em>« endroit criminogène »</em>, ce serait donc vivre dans un secteur susceptible d&#8217;amener ses habitants à basculer dans l&#8217;illégalité. Lorsqu&#8217;une telle étiquette est étampée sur un quartier au complet, la réputation de l&#8217;endroit finit alors par déteindre sur ceux qui y vivent, ceux-ci devenant tous des criminels potentiels aux yeux des policiers &#8211; pour ceux qui ne le sont pas déjà évidemment. De leur côté, les policiers ont tout le loisir de se servir de la mauvaise réputation de l&#8217;endroit ainsi désigné pour justifier toutes leurs interventions musclées, incluant celle qui causa la mort d&#8217;un jeune non armé connu de tous comme étant pacifique et timide. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Fait rare, certains se mirent à parler ouvertement du sentiment d&#8217;insécurité qu&#8217;éprouvent les policiers dans l&#8217;arrondissement. Robert Poëti, qui travailla à la Sûreté du Québec pendant 28 ans, fut le premier à évoquer les craintes des policiers patrouillant dans des secteurs réputés difficiles de Montréal-Nord. <em>« Les policiers ont peur de s&#8217;y aventurer »</em>, déclara Poëti, qui offre aujourd&#8217;hui son opinion à titre d&#8217;« expert » en sécurité. (85) Pour le criminologue André Normandeau, il ne fait aucun doute que les policiers ont peur à Montréal-Nord. <em>« Et quand tu as peur, tu n&#8217;entres pas en relation avec les jeunes de la même façon</em>, ajouta-t-il. <em>La politesse larguée, les tensions vives apparaissent »</em>. (86)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;"><em>« Quand ils répondent à des appels de service dans certains secteurs de l&#8217;arrondissement, les policiers admettent craindre de voir dans quel état ils retrouveront leur véhicule une fois leur intervention terminée »</em>, déclara Yves Francoeur. (87) <em>« Avant, quand on patrouillait dans une zone chaude, on était dans un climat de confiance parce qu&#8217;on savait qu&#8217;on pouvait avoir des renforts. Maintenant, les policiers sont plus craintifs parce qu&#8217;on manque d&#8217;effectifs »</em>, confia-t-il également à <em>La Presse</em>. (88)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;"><em>« Les jeunes ont davantage une attitude de défi et d&#8217;attaque envers les policiers, notamment dans ce secteur</em>, estimait pour sa part le criminologue Jean-Paul Brodeur. <em>La règle élémentaire de notre société qui veut que la population consente à être policée est remise en question. »</em> En fait, il existerait même au sein de certains milieux policiers une croyance voulant qu&#8217;une organisation chercherait carrément à prendre le contrôle du « Bronx » de Montréal-Nord. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">C&#8217;est à tout le moins l&#8217;opinion de Jacques Duchesneau, directeur du SPVM de 1994 à 1998. <em>« Il y a un groupe qui veut prendre le contrôle du secteur</em>, prétendit-il à une journaliste de <em>La Presse</em>. <em>Et le jour où on identifiera que ce secteur, c&#8217;est une zone où comme policier on ne doit pas aller, on les laisse prendre le contrôle »</em>. Selon Duchesneau, c&#8217;est le danger qui guetterait Montréal-Nord et <em>«  d&#8217;autres zones problématiques aussi »</em>. (89)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Chose certaine, plusieurs policiers se sentaient comme des <em>« intrus »</em> depuis belle lurette dans ce secteur de Montréal-Nord. <em>« Les policiers trouvaient de plus en plus difficile de travailler là »</em>, indiqua-t-il. Duchesneau affirma aussi que l&#8217;émeute était parfaitement prévisible tout en ajoutant qu&#8217;il n&#8217;était <em>« pas sûr qu&#8217;on a toujours entendu les messages »</em>. <em>« Si, comme on m&#8217;a raconté, un policier va acheter quelque chose et qu&#8217;on lui dit : &laquo;&nbsp;Moi, je ne te sers pas parce que tu es un policier&nbsp;&raquo;, ça, c&#8217;est annonciateur de quelque chose de plus grave qui s&#8217;en vient »</em>, déclara l&#8217;ancien chef de police. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">D&#8217;ailleurs, il n&#8217;y a pas que les policiers qui ont le sentiment de ne pas être les bienvenus à Montréal-Nord. Le criminologue André Robert a en effet pris l&#8217;habitude d&#8217;enlever la vignette du Centre jeunesse de Montréal suspendue à son rétroviseur lorsqu&#8217;il se rend au domicile de ses jeunes clients vivant dans cet arrondissement. (90) Il faut dire que les cinq automobiles du Bureau nord de la Direction de la protection de la jeunesse, boulevard Henri-Bourassa, furent toutes vandalisées, en juin 2008. Tous les pneus furent crevés, de même que les vitres furent fracassées. L&#8217;incident le convainquit qu&#8217;il valait mieux d&#8217;être parfaitement anonyme pour circuler dans les rues de Montréal-Nord.</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Aussi paranoïaques peuvent-ils paraître, les propos de Duchesneau demeuraient néanmoins symptomatiques d&#8217;un sentiment d&#8217;insécurité chez les policiers ayant affaire aux secteurs de Montréal-Nord qui ont si mauvaise réputation. Cela étant, c&#8217;est une chose que de dire que les policiers se sentent dans leurs petits souliers, c&#8217;en est une autre que d&#8217;avancer que certains secteurs pourraient éventuellement se transformer en sorte de zones de non-droit, comme semblait le suggérer Duchesneau&#8230;</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Le commandant du PDQ 39, Roger Bélair, se montrait d&#8217;ailleurs beaucoup moins alarmiste dans son évaluation de la situation. Le problème de criminalité dans le « Bronx » de Montréal-Nord se résumerait à des jeunes gravitant autour des gangs et traînant dans les rues, expliqua-t-il au <em>Journal de Montréal</em>. (91) Selon Bélair, les <em>« vétérans »</em> des Bo-Gars seraient bien moins présents qu&#8217;avant dans le quartier. <em>« Certains se servent encore de ce nom qui vient de la culture du passé, ils s&#8217;appuient sur ça, mais nous sommes plutôt confrontés à des jeunes en émergence »</em>, affirma-t-il. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Des <em>« jeunes en émergence »</em> ? Est-ce bien à eux que Duchesneau faisait allusion lorsqu&#8217;il parlait d&#8217;un <em>« groupe qui veut prendre le contrôle du secteur »</em> ?</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Ironiquement, ces mêmes résidents qui avaient exprimés leur ras-le-bol face au harcèlement policier se retrouvèrent avec une présence policière accrue, pour ne pas dire carrément envahissante, dans les rues de leur quartier. Ainsi, une semaine après l&#8217;émeute, un total de 135 policiers additionnels, incluant des membres de l&#8217;escouade Éclipse, furent assignés au PDQ 39 et affectés aux secteurs réputés « chauds » de Montréal-Nord et de Rivière-des-Prairies. (92) </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Après tout, c&#8217;est toujours moins épeurant de <em>« faire la loi »</em> dans un soi-disant <em>« endroit criminogène »</em> quand on se tient en gang, pas vrai ? Or, en misant sur une présence intimidante basée délibérément sur la force du nombre, les flics semblaient avoir décidés qu&#8217;ils tiendraient le haut du pavé en s&#8217;inspirant de certaines des méthodes de ces mêmes gangs de rue qu&#8217;ils prétendaient combattre.</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">C&#8217;est ainsi que les flics s&#8217;imposèrent dans l&#8217;environnement visuel des résidents de Montréal-Nord de façon à faire parti du décor, comme si le paysage urbain du secteur nord-est n&#8217;était pas assez déprimant comme ça. <em>« Quand on se promène dans les rues de Montréal-Nord, on peut sentir la présence policière »</em>, observa Marie-Josée Chouinard, journaliste au <em>Guide de Montréal-Nord</em>. (93) <em>« Il y a tellement de policiers qu&#8217;on dirait qu&#8217;on est en guerre »</em>, commenta une dame âgée.</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Bien entendu, l&#8217;omniprésence policière eut pour effet de rendre le harcèlement policier pire que jamais. Ainsi, le journaliste du <em>Journal de Montréal</em> Michel Larose rapporta que les policiers multiplièrent les <em>« vérifications de routine »</em>. Le journaliste fut témoin de l&#8217;interpellation d&#8217;un jeune homme de couleur sur un trottoir alors qu&#8217;il était accompagné de son amie de coeur. <em>« En quelques minutes, une dizaine de policiers en vélo l&#8217;avaient encerclé, en plus de quatre autopatrouilles, gyrophares actionnés »,</em> écrivit-il. (94) <em>« Je marchais avec ma blonde, c&#8217;est tout »</em>, expliqua le jeune homme après avoir été relâché sans accusations. <em>« Le policer m&#8217;a dit de fermer ma gueule lorsque j&#8217;ai demandé pourquoi ils arrêtaient mon ami »</em>, raconta sa copine. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Le harcèlement policier fut dénoncé lors d&#8217;une conférence de presse tenue par quatre jeunes, âgés de 19 à 31 ans, fréquentant le Café-Jeunesse multiculturel, le 18 septembre. <em>« Ce n&#8217;est pas normal de toujours se faire interpeller. Ici, tu peux avoir un &laquo;&nbsp;ticket&nbsp;&raquo; pour avoir traversé la rue au mauvais endroit ou pour avoir dit &nbsp;&raquo; ta&#8230;&nbsp;&raquo; »</em>, commenta Dave Augustin. (95) <em>« C&#8217;est normal de se faire arrêter si l&#8217;on fait une infraction, mais les coups et l&#8217;arrogance n&#8217;ont pas leur place »</em>. Ces jeunes critiquèrent également l&#8217;insistance des médias à associer Montréal-Nord aux gangs de rue. <em>« À force d&#8217;en parler, tout le monde pense que tout le monde ici fait partie d&#8217;un gang de rue »</em>, commenta l&#8217;un des jeunes.</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Ce n&#8217;était sûrement pas le ministre de la Sécurité publique Jacques Dupuis qui allait s&#8217;objecter à une telle approche, lui qui disait au <em>Journal de Montréal</em> qu&#8217;il était nécessaire que <em>« les malfaiteurs aient peur de la police »</em>. (96) Ainsi, pour le ministre responsable de la police, il était devenu impératif que la peur change de camp, qu&#8217;elle passe des policiers pour aller du côté des <em>« hors-la-loi », </em>quitte à ce qu&#8217;il en coûte une véritable petite fortune en fonds publics. Ainsi, grâce à des documents obtenus en vertu de la Loi sur l&#8217;accès à l&#8217;information, Radio-Canada révéla que les policiers avaient effectués 13 841 heures supplémentaires à Montréal-Nord, au coût de 839 854 $, durant le mois qui a suivi l&#8217;émeute. (97)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Cela étant, un an après l&#8217;émeute du 10 août 2008, une question continuait à hanter bien des esprits : et si cette partie de dés qui donna lieu à une intervention policière aux conséquences tragiques s&#8217;était déroulée dans un tout autre quartier de Montréal, c&#8217;est-à-dire dans un secteur qui ne souffre pas de la réputation d&#8217;être un <em>« endroit criminogène »</em>, le jeune Fredy Villanueva serait-il encore en vie aujourd&#8217;hui ?</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Alexandre Popovic,</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Coalition contre la répression et les abus policiers (CRAP)</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">Sources :</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(1) « Données sociodémographiques de Montréal-Nord », Convercité 15 septembre 2008, p. 2. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(2) La Presse, « La maternelle du Bronx », Katia Gagnon, 8 novembre 2007, p. A2. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(3) Le Devoir, « La lutte contre les inégalités doit prévaloir », Gaétan Cousineau, 8 septembre 2008, p. A8. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(4) La Presse, « La vie dans le ghetto », Katia Gagnon, 16 août 2008, p. A6. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(5) La Presse, « À bord du vaisseau spatial », Katia Gagnon, 24 janvier 2009, cahier plus p. 2. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(6) Le Couac, &nbsp;&raquo; Montréal-Nord, quartier sous les verrous &laquo;&nbsp;, Nargess Mustapha et Will Prosper, mars 2009. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(7) <a href="http://blogues.cyberpresse.ca/lagace/?p=70721627">http://blogues.cyberpresse.ca/lagace/?p=70721627</a> </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(8) Synthèse des statistiques de Montréal-Nord, Convercité, p. 1 .</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(9) Le Devoir, &nbsp;&raquo; L&#8217;enfer &laquo;&nbsp;, Paule des Rivières, 8 mars 1995, p. B8. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(10) « La gang : une chimère à apprivoiser », Marc Perreault et Gilles Bibeau, Boéral (2003), p. 82 et 83. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(11) Id., p. 79. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(12) Id., p. 61. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(13) La Presse, « De Bo-Gars à bon gars », Rima Elkouri, 17 septembre 2008, p. A22. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(14) The Gazette, « Police have unravelled network linked to sex trade », David Johnston, November 17 1990, p. B1. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(15) The Gazette, « Police blame Haitian gangs for shootings », Aaron Derfel, July 7 1993, p. A1. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(16) La Presse, « L&#8217;agresseur voulait défier une bande rivale », André Cédilot, 6 juillet 1993, p. A3. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(17) La Presse, « Les policiers de Laval s&#8217;inquiètent du phénomène des gangs de rues », Jean-Paul Charbonneau, 3 décembre 1994, p. A25. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(18) Le Journal de Montréal, « Les gangs de rue à Laval », Fabrice de Pierrebourg et Jérôme Dussault, 2 octobre 2003. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(19) La Presse, « Des enfants de sept et huit ans membres d&#8217;un gang de rue à Montréal », Martin Pelchat, 28 mai 1997, p. A4. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(20) Allô Police, « Les Bo-gars et les Bad Boys mangent une claque ! », Sophie Riopel, 10 décembre 1999, p. 12 et 13. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(21) « Étude sur les besoins et les aspirations des résidants de l&#8217;îlot Pelletier », Jean-Marc Fontan et Patrice Rodriguez, janvier 2009 p. 18. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(22) La Presse, « Les deux bronx de la métropole », Caroline Touzin, 23 janvier 2009, p. A2. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(23) La Presse, « Un procès fertile en revirements », Caroline Touzin, 23 septembre 2006, p. A8. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(24) La Presse, « Une première &#8211; Présumés membres de gangs de rue accusés de gangstérisme », Caroline Touzin, 19 septembre 2006, p. A18. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(25) La Presse, « Quelque 230 conversations admissibles en preuve », Caroline Touzin, 18 octobre 2006, p. A1. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(26) Guide de Montréal-Nord, « La criminalité reliée aux gangs de rue en hausse », Marie-Josée Chouinard, 6 février 2008, p. 4. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(27) La Presse, « La police frappe les gangs de rue », André Cédilot, 7 avril 2005, p. A8. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(28) La Presse, « Belle clientèle pour les gangs de rue », Michèle Ouimet, 30 septembre 2006, p. A5. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(29) La Presse, « La rue Pelletier tranquille, tranquille », Hugo Meunier et Christiane Desjardins, 25 janvier 2007, p. A4. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(30) Transcontinental, « Les Habitations Pelletier se veulent rassurantes », Marie-Josée Chouinard, 28 septembre 2005. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(31) The Gazette, « Cops nab 27 suspected dealers », Paul Cherry, April 7 2005, p. A7. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(32) Guide de Montréal-Nord, « La police met la main au collet de 22 individus à Montréal-Nord », Katia Mayrand, 13 avril 2005. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(33) La Presse, « Portrait des gangs montréalais », Caroline Touzin, 13 décembre 2006, p. 25. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(34) La Presse, « Le gang de la rue Pelletier n&#8217;existe pas, dit la défense », Caroline Touzin, 20 décembre 2006, p. 20. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(35) La Presse, « Procès du gang de la rue Pellletier &#8211; Condamnés pour gangstérisme », Hugo Meunier et Christiane Desjardins, 25 janvier 2007, p. A4. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(36) Pour lire le jugement du juge Bonin : <a href="http://www.canlii.org/fr/qc/qccq/doc/2007/2007qccq227/2007qccq227.html">http://www.canlii.org/fr/qc/qccq/doc/2007/2007qccq227/2007qccq227.html </a></span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(37) La Presse, « Réseau de vendeurs de drogues démantelé à Montréal-Nord », Marcel Laroche, 20 juin 2007, p. A10. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(38) Guide de Montréal-Nord, « Des citoyens soulagés », Marie-Josée Chouinard, 20 juin 2007, p. 3. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(39) La Presse, « Des menaces de mort n&#8217;ont pas empêché la police de démanteler un réseau de trafiquants de crack », Éric Trottier, 9 juillet 1994, p. A3. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(40) Le Journal de Montréal, « La police porte un dur coup aux vendeurs de crack du nord-est », Michel Marsolais, 27 novembre 1999. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(41) La Presse Canadienne, « Montréal : des policiers sont les cibles de projectiles de citoyens », 13 juillet 2006. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(42) La Presse, « Membre de gang de rue arrêté », Caroline Touzin, 14 juillet 2006, p. A10. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(43) Témoignage de l&#8217;inspecteur Richard Dupuis devant le coroner ad hoc Robert Sansfaçon le 8 avril 2009. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(44) Pour lire le jugement du juge Vauclair : <a href="http://www.canlii.org/fr/qc/qccq/doc/2008/2008qccq5277/2008qccq5277.html">http://www.canlii.org/fr/qc/qccq/doc/2008/2008qccq5277/2008qccq5277.html </a></span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(45) La Presse, « Un membre d&#8217;un gang de rue accusé de tentative de meurtre sur un policier », Marcel Laroche et Caroline Touzin, 5 juin 2007, p. A17. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(46) The Gazette, « Street gangs trying to scare us, cops say », Katherine Wilton, June 6 2007, p. A8. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(47) La Presse, « Le suspect et la victime, un policier, se connaissaient », Caroline Touzin, 23 juin 2007, p. A21. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(48) La Presse, « Accusations réduites pour un homme qui a tiré sur un policier », Christiane Desjardins, 12 octobre 2007, p. A17. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(49) La Presse, « L&#8217;agent Stéphane Edmé se dit déçu du système judiciaire », Caroline Touzin, 27 juin 2008, p. A14. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(50) Le Journal de Montréal, « Digne d&#8217;un film western », Charles Poulin, 8 mai 2008. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(51) La Presse, « Une voiture de police canardée », Martin Croteau, 8 mai 2008, p. A7. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(52) <a href="http://lcn.canoe.ca/lcn/infos/faitsdivers/archives/2008/05/20080508-152235.html">http://lcn.canoe.ca/lcn/infos/faitsdivers/archives/2008/05/20080508-152235.html</a> </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(53) Voir le premier article de la série : Un an après les émeutes de Montréal-Nord.</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(54) Le Journal de Montréal, « Fureur et tristesse », Jean-Michel Nahas, 11 août 2008. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(55) Le Journal de Montréal, « Le frère en colère », David Santerre, 12 août 2008. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(56) La Presse, « Un soir d&#8217;été à Montréal-Nord », Philippe Orfali, 17 août 2008, p. A5. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(57) La Presse, « Dommage pour Fredy ! », Johanne Tanguay, 12 août 2008, p. A23. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(58) Le Devoir, « Colère et incrédulité à Montréal-Nord », Lisa-Marie Gervais, 12 août 2008, p. A1. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(59) Op. cit. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(60) Guide de Montréal-Nord, « Émeute à Montréal-Nord: vos commentaires », 20 août 2008, p. 4. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(61) Op. cit. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(62) La Presse, « Sortez les boyaux d&#8217;arrosage », Patrick Lagacé, 11 août 2008, p. A3</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(63) Journal de Montréal, « La peur s&#8217;installe », Stéphane Tremblay, 12 août 2008. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(64) CSST, Rapport d&#8217;intervention RAP0526171 dans le dossier DPI4107144, 27 mars 2009, p. 2. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(65) Id., p. 5. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(66) Id., p. 4. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(67) Id., p. 5 et 6. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(68) The Gazette, « Security cameras pay off after riots », September 19 2008, p. A6. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(69) Le Devoir, « Montréal-Nord fait le tour du globe », Lisa-Marie Gervais, 15 août 2008, p. A3. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(70) Guide de Montréal-Nord, « Une semaine sous les feux de la rampe », Olivier Arbour-Masse, 20 août 2008, p. 1. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(71) La Presse, « Un grand pas en arrière », Caroline Touzin, Philippe Orfali, Malorie Beauchemin, 12 août 2008, p. A4. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(72) Le Journal de Montréal, « Ça allait exploser », Noée Murchison, 12 août 2008. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(73) La Presse, « Le moment est venu de régler les problèmes », Catherine Handfiled, 13 août 2008, p. A6. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(74) La Presse, « Le &laquo;&nbsp;poing d&#8217;vue&nbsp;&raquo; d&#8217;Imposs », Nathalie Petrowski, 13 août 2008. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(75) La Presse, « Paranoïa mutuelle », Patrick Lagacé, 12 août 2008, p. A3. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(76) Le Journal de Montréal, « Une histoire de violence », Richard Martineau, 12 août 2008. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(77) La Presse, « Policiers arrogants, citoyens sur les dents », Judith Lachapelle, 22 septembre 2008, p. A3. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(78) « Commentaires recueillis suite aux présences terrain de TPSMN », Mäelle Brouillette, 22 août 2008. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(79) La Presse, « Revenir à la raison », André Pratte, 16 août 2008, p. A27. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(80) Le Journal de Montréal, « Il n&#8217;y a rien à craindre à Montréal-Nord », 19 août 2008. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(81) Op. cit. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(82) Le Journal de Montréal, « Le tireur défendu par ses collègues », Mélanie Brisson, 15 août 2008. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(83) Le Journal de Montréal, « Proche des gangs de rue », David Santerre, 13 août 2008. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(84) <a href="http://ruefrontenac.com/nouvelles-generales/societe/2075-drenaud-manif-brutalite">http://ruefrontenac.com/nouvelles-generales/societe/2075-drenaud-manif-brutalite </a></span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(85) La Presse, « Un quartier réputé difficile », Philippe Orfali, 11 août 2008. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(86) Le Devoir, « Un prévisible cri d&#8217;alarme », Lisa-Marie Gervais, 16 août 2008, p. B1. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(87) Guide de Montréal-Nord, « Manque de policiers à Montréal-Nord ? », 13 août 2008, p. 3. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(88) La Presse, « Le directeur du SPVM contredit son prédécesseur », Violaine Ballivy, 21 septembre 2008, p. A13. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(89) La Presse, « Les policiers sont de moins en moins visibles », Katia Gagnon, 19 septembre 2008, p. A2. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(90) Op. cit.</span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(91) Le Journal de Montréal, « Présence accrue dans le &laquo;&nbsp;Bronx&nbsp;&raquo; », Vincent Larouche, 9 mai 2008. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(92) The Gazette, « Police station&#8217;s security beefed up », Paul Cherry, August 19 2008, p. A7. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(93) Guide de Montréal-Nord, « Des opinions mitigées », Marie-Josée Chouinard, 3 septembre 2008, p. 2. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(94) Le Journal de Montréal, « Suspicion et tension », Michel Larose, 25 août 2008. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(95) Guide de Montréal-Nord, « Les jeunes veulent du changement », Marie-Josée Chouinard, 24 septembre 2008, p. 3. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(96) Le Journal de Montréal, « Un ministre très réservé », Benoît Aubin, 15 août 2008. </span></div><div style="margin-bottom: 0cm;"><span style="font-size: x-small;">(97) <a href="http://www.radio-canada.ca/regions/Montreal/2008/09/22/005-mtl-nord-couts_n.shtml">http://www.radio-canada.ca/regions/Montreal/2008/09/22/005-mtl-nord-couts_n.shtml</a> </span></div></div> ]]></content:encoded> <wfw:commentRss>http://www.centpapiers.com/serie-un-an-apres-les-emeutes-de-montreal-nord-2eme-partie-de-la-stigmatisation-a-la-rebellion/9317/feed</wfw:commentRss> <slash:comments>0</slash:comments> </item> <item><title>Vivre EN-DESSOUS de ses moyens</title><link>http://www.centpapiers.com/vivre-en-dessous-de-ses-moyens/8819</link> <comments>http://www.centpapiers.com/vivre-en-dessous-de-ses-moyens/8819#comments</comments> <pubDate>Tue, 14 Jul 2009 14:11:25 +0000</pubDate> <dc:creator>Louis Préfontaine</dc:creator> <category><![CDATA[Billets]]></category> <category><![CDATA[Opinions]]></category> <category><![CDATA[Science]]></category> <category><![CDATA[Économie]]></category> <category><![CDATA[baby-boomers]]></category> <category><![CDATA[coefficient de gini]]></category> <category><![CDATA[médac]]></category> <category><![CDATA[Pauvreté]]></category> <category><![CDATA[productivité]]></category> <category><![CDATA[richesse]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.centpapiers.com/?p=8819</guid> <description><![CDATA[Il serait peut-être temps d'arrêter de jalouser les baby-boomers.  Oui, ils ont joui de bonnes conditions de travail et de vie, profitant de tous les avantages offerts par une société sensiblement plus égalitaire.   Ceci dit, le fait que la nouvelle génération ne puisse pas se permettre ces avantages n'est peut-être pas le signe que les baby-boomers vivaient au-dessus de leur moyen, mais plutôt que celle-ci n'a pas su redistribuer adéquatement la richesse et s'assurer que l'ensemble des citoyens profitent des incroyables gains de productivité des dernières décennies.]]></description> <content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_8834" class="wp-caption alignnone" style="width: 406px"><img class="size-full wp-image-8834" title="20080618-133135-g4" src="/wp-content/uploads/2009/07/20080618-133135-g4.jpg" alt="Photo : Flickr ceebeeart" width="396" height="500" /><p class="wp-caption-text">Photo : Flickr ceebeeart</p></div><p>Dans mon <a href="http://louisprefontaine.com/2009/07/11/jeunes-contre-vieux">dernier billet</a>, je parlais de l&#8217;aspect complètement stérile d&#8217;une guerre intergénérationnelle.  Les jeunes, les vieux, nous sommes tous dans le même train qui fonce on ne sait où. J&#8217;ai trouvé vos réactions intéressantes, mais j&#8217;ai particulièrement aimé la finale de <a href="http://louisprefontaine.com/2009/07/11/jeunes-contre-vieux#comment-20211">Steph</a>, qui reprend à son compte un des mythes les plus tenaces de ce début de siècle:</p><blockquote><p>Et là, je ne parle même pas du pique-nique que se sont payés les baby-boomers…</p></blockquote><p>N&#8217;est-ce pas là un genre de pensée assez courante, de nos jours?  On se prend à jalouser les baby-boomers, à les accuser de vivre au-dessus de nos moyens, voire de purger l&#8217;État de ses nécessaires ressources pour accommoder un rythme de vie qui serait trop généreux.  Même mon père, baby-boomer parmi les baby-boomers, me dit parfois à quel point il se considère choyé.  Il sait très bien que je n&#8217;aurai pas sa chance.</p><p>Pourtant, s&#8217;il est indiscutable que les baby-boomers ont eu l&#8217;incroyable aubaine de pouvoir obtenir des salaires décents pour leur labeur, cela signifie-t-il pour autant qu&#8217;ils ont vécu un véritable pique-nique dont nous payons les conséquences?  Cela veut-il dire que nous devrions rajuster nos espoirs et laisser tomber l&#8217;idée d&#8217;une meilleure société, où tous pourraient s&#8217;émanciper et être suffisamment rémunérés?  Je ne crois pas.</p><p>Entre 1965 et 2007, la productivité du travail a plus que doublé, passant d&#8217;un indice de 48,9 à 105,4 (( Statistique Canada, Productivité multifactorielle, valeur ajoutée, facteur capital et facteur travail dans le secteur agrégé des entreprises et ses principaux sous-secteurs, selon le Systéme de classification des industries de l&#8217;Amérique du Nord (SCIAN), annuel (indice, 2002=100 sauf indication contraire) )).  Concrètement, si un travailleur produisait une voiture en 100 heures en 1965, cela lui prend moins de 50 heures aujourd&#8217;hui.  Nous pouvons, collectivement, produire deux fois plus de richesse avec le même nombre d&#8217;ouvriers.</p><p>Or, qui a profité de ces avancées de la productivité? La minorité en haut de l&#8217;échelle sociale.  Louise Champoux-Paillé, membre du conseil d&#8217;administration du Médac (Mouvement d&#8217;éducation et de défense des actionnaires), a <a rel="nofollow" href="http://major.branchez-vous.com/2009/06/ratio_de_larnaque.html">récemment souligné</a> dans une conférence de presse le fait que le ratio entre la rémunération du plus haut dirigeant et le salaire d&#8217;un employé moyen est passé de 51, en 1965, à plus de 821 aujourd&#8217;hui, aux États-Unis.   Auparavant, le patron était riche, foutrement riche, et avait sa maison dans un quartier huppé où les travailleurs pouvaient parfois passer et rêver.  Aujourd&#8217;hui, sa richesse est pharaonique, il habite une villa privée et il ne met même plus les pieds à l&#8217;usine.  Qui a profité de la hausse de productivité?</p><p>Parallèlement, les écarts de richesse ne cessent de se creuser.  Le coefficient de Gini, qui mesure le degré d&#8217;inégalité d&#8217;une société, est passé de 0,447 en 1976 à 0,507 en 2007  (0=égalité parfaite et 1 inégalité parfaite) ((Statistique Canada,Coefficients de Gini du revenu du marché, total et après impôt, selon le type de famille économique, annuel (nombre) )). Pour la même période, le revenu moyen en dollars constants de 2007 est passé de 54 100$ à 61 000$, une maigre hausse de 12,5% en 31 ans! ((Statistique Canada, Revenu moyen du marché, selon le type de famille économique, dollars constants de 2007, annuel )).  La proportion de particuliers ayant un revenu de 5 000$ à 20 000$ (dollars constants de 2007) est passée de 43,2% en 1976 à près de 51,6% en 2007.   Et ceux gagnant plus de 60 000$ sont passés de 12,2% à 18,4%. (( Statistique Canada, Répartition du revenu après impôt des particuliers, dollars constants de 2007, annuel )). Les riches sont plus nombreux, et les pauvres aussi.   Ils sont là, les gains de productivité.  On disloque la classe moyenne et on s&#8217;envoie paître les uns les autres.</p><p>Il serait peut-être temps d&#8217;arrêter de jalouser les baby-boomers.  Oui, ils ont joui de bonnes conditions de travail et de vie, profitant de tous les avantages offerts par une société sensiblement plus égalitaire.   Cela dit, le fait que la nouvelle génération ne puisse profiter des mêmes avantages n&#8217;est pas le signe que les baby-boomers vivaient au-dessus de leur moyen, mais plutôt que nous n&#8217;avons pas su redistribuer adéquatement cette richesse et nous assurer que l&#8217;ensemble des citoyens profite des incroyables gains de productivité des dernières décennies.</p><p>Et si on cessait, nous, les jeunes, de vivre <em>au-dessous</em> de nos moyens?  Si on se décidait enfin à s&#8217;assurer que tous profitent de cette formidable richesse qui se crée avec de moins en moins d&#8217;efforts?  Au lieu de se plaindre de ceux qui ont réussi, si on se solidarisait et qu&#8217;on contribuait à améliorer la société, que ce soit en se syndiquant ou en militant pour moins d&#8217;inégalité?</p><p>Texte original publié <a href="http://louisprefontaine.com/2009/07/13/vivre-en-dessous-de-ses-moyens">ici</a>.</p> ]]></content:encoded> <wfw:commentRss>http://www.centpapiers.com/vivre-en-dessous-de-ses-moyens/8819/feed</wfw:commentRss> <slash:comments>2</slash:comments> </item> </channel> </rss>