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	<title>CentPapiers &#187; mort</title>
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	<description>Plateforme québécoise de journalisme citoyen</description>
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		<title>Questions de temps</title>
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		<pubDate>Thu, 16 Feb 2012 16:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Monolecte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le temps, ça ne se trouve pas, ça se prend.    Il y a
quelque temps, Le Monde Diplo
m'a proposé d'écrire de petites notes de lecture pour eux. Ouais, quand même,
rien que de l'écrire, ça me fait quelque chose... il faut bien avouer que
Le Diplo,...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le temps, ça ne se trouve pas, ça se prend.</p>
<p style="margin: 0; text-indent: 0;"><a href="http://www.flickr.com/photos/monolecte/4666139808/" title="Courir de Le Monolecte, sur Flickr"><img src="http://farm5.staticflickr.com/4060/4666139808_c9ddbd8169.jpg" alt="Courir" style="float:right;margin:0 0 5px 5px;" height="334" width="500" /></a>Il y a<br />
quelque temps, <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/">Le Monde Diplo</a><br />
m&#8217;a proposé d&#8217;écrire de petites notes de lecture pour eux. Ouais, quand même,<br />
rien que de l&#8217;écrire, ça me fait quelque chose&#8230; il faut bien avouer que<br />
<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/">Le Diplo</a>, c&#8217;est quand même une<br />
autre catégorie que l&#8217;emballage à poissons du bled, d&#8217;autant plus qu&#8217;au bled,<br />
on ne mange pas de poisson, mais plutôt du canard. Bref, chaque fois que j&#8217;y<br />
pense, ça me fait remonter ma température interne d&#8217;un bon dixième de<br />
degré.</p>
<p>En dehors du fait que <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2012/02/06/Dans-les-choux">j&#8217;ai<br />
désespérément besoin d&#8217;un vrai boulot</a> avec un vrai salaire et surtout des<br />
droits Sécu, j&#8217;ai tout de suite bien aimé l&#8217;idée de bosser pour eux et je leur<br />
ai immédiatement proposé de parler du bouquin que je lisais à ce moment-là, un<br />
truc pas très connu, qui n’a pas fait la Une des trucmuches littéraires qui<br />
t&#8217;expliquent tout ce qu&#8217;il faut lire ici et maintenant — en gros, le bouquin<br />
d&#8217;un pote de la rédaction — <a href="http://www.plumart.com/vf2400/html/body_3124vinsmythiques.html">un ouvrage<br />
bien documenté sur l&#8217;histoire des cépages interdits</a> écrit par un certain<br />
Freddy Couderc, quelque chose de vraiment intéressant et peu connu sur la<br />
réalité viticole française, prêté par un ami passionné. Très intéressant, très<br />
nouveau dans le paysage médiatique, en prise avec des problématiques<br />
contemporaines, mais voilà, le bousin datait de janvier 2005. Même si le sujet<br />
est toujours d&#8217;actualité (forcément le vin, c&#8217;est quand même toujours<br />
d&#8217;actualité), j&#8217;ai découvert que les livres étaient aussi des produits de<br />
consommation courante, avec une <acronym title="Date Limite de Consommation">DLC</acronym> et tout, et que même dans un<br />
journal différent, indépendant et tout, et bien, la DLC, ça compte. Et tant pis<br />
pour le plaisir de découvrir un livre peu connu qui n&#8217;a pas disposé, en son<br />
temps, de la puissance de tir médiatique nécessaire pour exister.</p>
<p>Heureusement, dans le même temps, j&#8217;ai <a href="http://blog.plafonddeverre.fr/">une copine de blog</a> qui a commis <a href="http://www.pearson.fr/livre/?GCOI=27440100354930">un ouvrage qui résume fort<br />
efficacement son long combat féministe</a> mené sur la blogobulle. Comble de<br />
bonheur, elle m&#8217;en fait parvenir un exemplaire que je m&#8217;empresse de lire et de<br />
compiler. Là, j&#8217;étais quand même sérieusement dans l&#8217;actualité. Même que<br />
c&#8217;était un exemplaire presse, c&#8217;est-à-dire un de ces livres qui vous<br />
parviennent avant que le commun des mortels ne puisse y avoir accès dans les<br />
points de vente dédiés. Autant dire que j&#8217;avais là un bien meilleur<br />
<em>timing</em> que pour ma première proposition. Mais voilà, le contenu<br />
n&#8217;était pas assez novateur. Effectivement. Pour moi qui suis assez engagée dans<br />
la lutte féministe, qui lit beaucoup d’articles sur ce sujet, en écrit aussi<br />
parfois, je n&#8217;ai pas appris grand-chose de <em>neuf</em> dans cet ouvrage,<br />
d&#8217;autant plus que je suis les pérégrinations de l&#8217;auteure en ligne. Mais cela<br />
me semblait par contre tout à fait intéressant pour des gens peu sensibilisés<br />
aux problématiques féministes, un bon bouquin qui démontre clairement et sans<br />
détour pourquoi et comment après 40 ans de luttes féministes, on est encore<br />
bien loin d&#8217;avoir remporté la simple légitimité de notre aspiration à l&#8217;égalité<br />
entre les sexes et à la fin de la domination masculine. Bon, d&#8217;accord, le<br />
lecteur du Diplo, ce n&#8217;est pas un perdreau sorti de sa coquille, et donc, il<br />
n&#8217;a pas besoin d&#8217;être sensibilisé : il sait. Donc, ce qu&#8217;il veut, c&#8217;est du<br />
sérieux, du pêchu.<br />
Du coup, j&#8217;aurais bien parlé d&#8217;un autre bouquin arrivé peu après, <a href="http://maitremo.fr/">toujours l&#8217;œuvre d&#8217;un blogueur</a>, dont <a href="http://www.arnaudgossement.com/archive/2011/12/04/le-guet-apens-de-maitre-mo.html"><br />
la plume profondément humaniste dépeint avec précision et empathie les rouages<br />
internes d&#8217;un monde qui répugne à trop s&#8217;exposer en public</a>, mais bon, j&#8217;ai<br />
bien senti que je n&#8217;étais pas dans ce registre en phase avec le lectorat de ce<br />
qui est probablement le dernier journal de référence de ce pays.</p>
<p>Un autre blogueur m&#8217;a envoyé <a href="http://emmapom.com/blog/2011/07/19/au-coeur-de-la-monnaie-bernard-lietaer-nous-invite-au-voyage/"><br />
un livre très intéressant sur les racines jungiennes de la monnaie</a>, quelque<br />
chose de nettement plus dans la lucarne du journal, mais voilà, c&#8217;est moi qui<br />
ne suis pas à la hauteur des exigences du sablier : voilà un mois que je<br />
lis attentivement le roboratif ouvrage et il y a fort à parier qu&#8217;il m&#8217;en<br />
faudra encore bien autant pour arriver à son terme, ce qui implique que<br />
l&#8217;horloge biologique de la critique littéraire va définitivement me péter à la<br />
gueule.</p>
<h4>En fait, j&#8217;ai un gros problème de synchronicité avec le monde moderne.</h4>
<p style="margin: 0; text-indent: 0;">
Comme l&#8217;écrit fort justement <a href="http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&amp;id_article=149">Mona<br />
Cholet dans son dernier opus</a> — encore un que j&#8217;ai reçu avant tout le monde,<br />
mais qui est suffisamment agréable à lire pour que je puisse espérer le finir<br />
avant sa fin précoce de vie médiatique —, l&#8217;humain a une temporalité interne<br />
qui est propre à chacun de nous, une succession de rythmes de vie, un peu comme<br />
une houle lascive qui berce tranquillement les navires sur l&#8217;océan :</p>
<blockquote>
<p>J&#8217;ai longuement disserté, ailleurs, sur la privation de toute respiration<br />
imaginaire et psychique qui caractérise notre époque dévorée d&#8217;angoisse — entre<br />
crise écologique, souffrance au travail et peur du chômage — et sur les ravages<br />
causés par cette asphyxie. L&#8217;équilibre de l&#8217;individu ne peut reposer que sur<br />
une alternance de temps de participation sociale et de temps de retrait<br />
nécessaire pour refaire ses forces.<br />
<small>In <em>Beauté fatale</em>, éd. Zones, 2012, p. 58-59.</small></p>
</blockquote>
<p style="margin: 0; text-indent: 0;">
Notre époque — et plus particulièrement notre système productiviste —<br />
s’accommode fort mal de notre <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2005/10/04/133-desperates-hours">temporalité humaine</a>, à l&#8217;amplitude<br />
et à la fréquence variables selon chacun. C&#8217;est pour cela que notre temps est<br />
découpé, marqué, décompté, valorisé ou non en fonction des seuls impératifs de<br />
la machine à produire. Ce n&#8217;est pas par hasard si le travail est compté en<br />
heures plutôt qu&#8217;en tonnes, en kilomètres, en calories ou en idées. Parce que<br />
ce temps calibré, accéléré, comptabilisé est un temps qui est confisqué de<br />
notre seul bien propre : <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2008/02/21/Tempus-fugit">notre<br />
temps à vivre</a>.</p>
<p>J&#8217;ai compris cette étrange relation au temps qu&#8217;a notre société frénétique avec<br />
un petit film d&#8217;anticipation qui n&#8217;a pas beaucoup fait parler de lui&#8230; en son<br />
temps. <a style="font-style: italic;" href="http://www.lemonde.fr/cinema/article/2011/11/22/time-out-une-allegorie-politique-paradoxale_1607195_3476.html"><br />
In time</a>(traduit de manière fort amusante et mal à propos par <em>Time<br />
out</em> en&#8230; français) décrit un monde vaguement futuriste où les humains,<br />
génétiquement modifiés, cessent de vieillir à 25 ans. Super bonne nouvelle a<br />
priori sauf qu&#8217;un nouveau système a transformé le temps à vivre en monnaie<br />
d&#8217;échange et si, dans notre monde, <q>plaie d&#8217;argent n&#8217;est pas mortelle</q>,<br />
dans celui-là, le manque de temps se traduit littéralement par la fin de<br />
l&#8217;existence.<br />
Petit conte cruel, ce film éminemment politique raconte avec une précision<br />
glaçante comment une petite élite arrive à accumuler du temps à l&#8217;échelle de<br />
l&#8217;éternité au détriment de tout le reste de la population condamnée à ne<br />
survivre qu&#8217;au jour le jour. J&#8217;ai particulièrement apprécié cette scène où le<br />
héros trahit sa basse extraction par l&#8217;extrême célérité de ses gestes, seul à<br />
courir dans un microscome où tout le monde à l&#8217;éternité devant lui. Il y a dans<br />
la frénésie imposée à ceux qui vivent l&#8217;œil rivé sur le décompte fatal quelque<br />
chose qui n&#8217;est pas sans m&#8217;évoquer <a href="http://www.lemondepolitique.fr/cours/philosophie_politique/socialisme/alienation.html"><br />
l&#8217;aliénation du prolétaire</a> qui ne peut compter que sur son travail pour<br />
survivre quelques jours de plus.</p>
<p>Avez-vous remarqué combien le temps s&#8217;écoule différemment selon que vous ayez<br />
une certaine stabilité financière ou que vous surnagez dans un océan de<br />
précarité ? Ce n&#8217;est pas ma montre qui me nargue, mais bien le calendrier<br />
qui égrène les échéances des factures, toujours régulières, alors qu&#8217;il faut<br />
toujours pomper comme un Shadok sous amphé pour juste me maintenir un peu<br />
au-dessus du zéro de l&#8217;infamie bancaire. Les perspectives sont cruellement<br />
différentes selon que vous ayez l&#8217;assurance du salaire qui remonte le niveau du<br />
compte à intervalles prévisibles ou que vous soyez dans l&#8217;attente désespérée de<br />
la réponse à une candidature. C&#8217;est un peu comme si deux univers parallèles<br />
coexistaient côte à côte sans jamais se voir et pratiquement ne jamais se<br />
rencontrer. Ceux qui ont un avenir, des projets et <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2007/01/16/Le-salarie-au-sifflet">ceux qui doivent répondre au<br />
sifflet</a> pour grappiller quelques jours de plus.</p>
<p>Plus intéressante encore est la confiscation intentionnelle du temps de ceux<br />
qui en disposent en quantité. Par le travail, certes, mais surtout par<br />
l&#8217;agitation, le <em>timing</em>, l&#8217;agenda, la surcharge permanente du flux du<br />
temps. Pas un temps qui n&#8217;échappe à la norme, même le loisir est chronométré.<br />
D&#8217;où l&#8217;absolue nécessité du contrôle occupationnel des chômeurs. Imaginez, un<br />
seul instant, qu&#8217;ils décident de mettre à profit tout ce temps libéré pour se<br />
mettre à penser par eux-mêmes !<br />
La tyrannie de l&#8217;horloge a poussé le vice jusqu&#8217;à nous être totalement<br />
naturelle : même déféquer dépend moins de notre cycle biologique que des<br />
disponibilités de notre emploi du temps. On se repose quand cela est possible<br />
et non quand on en a besoin, même l&#8217;amour a des créneaux horaires et un<br />
calendrier. On pense rentabiliser notre temps en courant <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2009/09/01/L-autodetermination-du-hamster-dans-sa-roue">comme des<br />
hamsters dans leur roue</a> et du coup, la réplique culte de ce monde<br />
chronométré est devenue : <q>vraiment désolé, j&#8217;aurais beaucoup aimé faire<br />
ceci ou cela avec toi, mais je n&#8217;ai vraiment pas le temps</q>.</p>
<p>Pourtant, nous avons a priori un <em>chouia</em> plus de temps que nos<br />
ancêtres, quelques années de vie arrachées de haute lutte à la fatigue des<br />
corps, aux attaques des bactéries, à l&#8217;injustice de la guerre, plus ou moins le<br />
même temps — sauf accident — que l&#8217;on soit riche ou pauvre, c&#8217;est juste que<br />
nous n&#8217;avons plus de temps pour vivre, seulement du temps pour survivre, entre<br />
deux intervalles de production et de consommation, les deux facettes de la même<br />
aliénation de nos existences au capitalisme totalitaire.</p>
<p>Du coup, les maîtres du temps ont inventé l&#8217;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Obsolescence_programm%C3%A9e">obsolescence<br />
programmée</a>, pas seulement celle des objets, mais aussi celle de la pensée.<br />
Et nous voilà dans la course à la modernité, <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2005/07/15/113-la-democratie-est-elle-soluble-dans-la-societe-de-linformation"><br />
la course à l&#8217;information</a>, où la pensée, l&#8217;événement, l&#8217;action humaine sont<br />
soumis à l&#8217;érosion accélérée du temps frénétique. D&#8217;où le tempo compulsif des<br />
flux ininterrompus : données, argent, information, ressources, tout est<br />
mouvement, la pause est pire que la stase, c&#8217;est la mort. Voilà comment une<br />
information en chasse une autre, puis une autre, inlassablement, pourquoi il ne<br />
faut s&#8217;arrêter sur rien, prendre le temps de penser à rien, de mettre en<br />
perspective. C&#8217;est une amnésie collective programmée qui n&#8217;a d&#8217;autre fonction<br />
que de nous faire réagir <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2011/12/20/Comme-des-poulets-sans-tete">comme des poulets sans tête</a>,<br />
sans histoire, sans passé, sans aucun substrat psychique pour s&#8217;extraire du<br />
flux et y semer les graines de la contestation. D&#8217;où le <em>timing</em> forcené<br />
des forces politiques qui ne visent plus rien d&#8217;autre que l&#8217;instantanéité de la<br />
réponse synaptique au stimulus immédiat : chaque jour, le personnel<br />
politique soumis à cette logique produit <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2004/12/04/10-marketing-politique">une petite histoire écœurante qui<br />
fait réagir</a> et interdit d&#8217;agir. Chaque jour, l&#8217;émotionnel brut, construit<br />
comme une fonction réflexe, prend le pas sur la réflexion, cette lente<br />
construction mentale qui nécessite, pour le moins, de faire un pas de côté et<br />
de prendre le temps de penser.<br />
Ainsi, nous trouvons normal de ne plus pouvoir parler ou raisonner qu&#8217;autour de<br />
ce qui fait <em>l&#8217;actualité</em>, cette petite bulle de temps éphémère<br />
subjectivement construite qui explose au fur et à mesure que l&#8217;on tente de la<br />
toucher du doigt.</p>
<p style=" margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
Ainsi, nous considérons qu&#8217;il est tout à fait normal de toujours nous presser<br />
dans un éternel présent, sans mémoire ni perspective.</p>
<p></p>
<div class="zemanta-pixie"><img class="zemanta-pixie-img" alt="" src="http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=636c5ebe-4d9e-888f-8c11-bfa2592f6612" /></div>
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		<title>Questions de temps</title>
		<link>http://www.centpapiers.com/questions-de-temps-2/95699</link>
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		<pubDate>Thu, 16 Feb 2012 16:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Monolecte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le temps, ça ne se trouve pas, ça se prend.    Il y a
quelque temps, Le Monde Diplo
m'a proposé d'écrire de petites notes de lecture pour eux. Ouais, quand même,
rien que de l'écrire, ça me fait quelque chose... il faut bien avouer que
Le Diplo,...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le temps, ça ne se trouve pas, ça se prend.</p>
<p style="margin: 0; text-indent: 0;"><a href="http://www.flickr.com/photos/monolecte/4666139808/" title="Courir de Le Monolecte, sur Flickr"><img src="http://farm5.staticflickr.com/4060/4666139808_c9ddbd8169.jpg" alt="Courir" style="float:right;margin:0 0 5px 5px;" height="334" width="500" /></a>Il y a<br />
quelque temps, <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/">Le Monde Diplo</a><br />
m&#8217;a proposé d&#8217;écrire de petites notes de lecture pour eux. Ouais, quand même,<br />
rien que de l&#8217;écrire, ça me fait quelque chose&#8230; il faut bien avouer que<br />
<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/">Le Diplo</a>, c&#8217;est quand même une<br />
autre catégorie que l&#8217;emballage à poissons du bled, d&#8217;autant plus qu&#8217;au bled,<br />
on ne mange pas de poisson, mais plutôt du canard. Bref, chaque fois que j&#8217;y<br />
pense, ça me fait remonter ma température interne d&#8217;un bon dixième de<br />
degré.</p>
<p>En dehors du fait que <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2012/02/06/Dans-les-choux">j&#8217;ai<br />
désespérément besoin d&#8217;un vrai boulot</a> avec un vrai salaire et surtout des<br />
droits Sécu, j&#8217;ai tout de suite bien aimé l&#8217;idée de bosser pour eux et je leur<br />
ai immédiatement proposé de parler du bouquin que je lisais à ce moment-là, un<br />
truc pas très connu, qui n’a pas fait la Une des trucmuches littéraires qui<br />
t&#8217;expliquent tout ce qu&#8217;il faut lire ici et maintenant — en gros, le bouquin<br />
d&#8217;un pote de la rédaction — <a href="http://www.plumart.com/vf2400/html/body_3124vinsmythiques.html">un ouvrage<br />
bien documenté sur l&#8217;histoire des cépages interdits</a> écrit par un certain<br />
Freddy Couderc, quelque chose de vraiment intéressant et peu connu sur la<br />
réalité viticole française, prêté par un ami passionné. Très intéressant, très<br />
nouveau dans le paysage médiatique, en prise avec des problématiques<br />
contemporaines, mais voilà, le bousin datait de janvier 2005. Même si le sujet<br />
est toujours d&#8217;actualité (forcément le vin, c&#8217;est quand même toujours<br />
d&#8217;actualité), j&#8217;ai découvert que les livres étaient aussi des produits de<br />
consommation courante, avec une <acronym title="Date Limite de Consommation">DLC</acronym> et tout, et que même dans un<br />
journal différent, indépendant et tout, et bien, la DLC, ça compte. Et tant pis<br />
pour le plaisir de découvrir un livre peu connu qui n&#8217;a pas disposé, en son<br />
temps, de la puissance de tir médiatique nécessaire pour exister.</p>
<p>Heureusement, dans le même temps, j&#8217;ai <a href="http://blog.plafonddeverre.fr/">une copine de blog</a> qui a commis <a href="http://www.pearson.fr/livre/?GCOI=27440100354930">un ouvrage qui résume fort<br />
efficacement son long combat féministe</a> mené sur la blogobulle. Comble de<br />
bonheur, elle m&#8217;en fait parvenir un exemplaire que je m&#8217;empresse de lire et de<br />
compiler. Là, j&#8217;étais quand même sérieusement dans l&#8217;actualité. Même que<br />
c&#8217;était un exemplaire presse, c&#8217;est-à-dire un de ces livres qui vous<br />
parviennent avant que le commun des mortels ne puisse y avoir accès dans les<br />
points de vente dédiés. Autant dire que j&#8217;avais là un bien meilleur<br />
<em>timing</em> que pour ma première proposition. Mais voilà, le contenu<br />
n&#8217;était pas assez novateur. Effectivement. Pour moi qui suis assez engagée dans<br />
la lutte féministe, qui lit beaucoup d’articles sur ce sujet, en écrit aussi<br />
parfois, je n&#8217;ai pas appris grand-chose de <em>neuf</em> dans cet ouvrage,<br />
d&#8217;autant plus que je suis les pérégrinations de l&#8217;auteure en ligne. Mais cela<br />
me semblait par contre tout à fait intéressant pour des gens peu sensibilisés<br />
aux problématiques féministes, un bon bouquin qui démontre clairement et sans<br />
détour pourquoi et comment après 40 ans de luttes féministes, on est encore<br />
bien loin d&#8217;avoir remporté la simple légitimité de notre aspiration à l&#8217;égalité<br />
entre les sexes et à la fin de la domination masculine. Bon, d&#8217;accord, le<br />
lecteur du Diplo, ce n&#8217;est pas un perdreau sorti de sa coquille, et donc, il<br />
n&#8217;a pas besoin d&#8217;être sensibilisé : il sait. Donc, ce qu&#8217;il veut, c&#8217;est du<br />
sérieux, du pêchu.<br />
Du coup, j&#8217;aurais bien parlé d&#8217;un autre bouquin arrivé peu après, <a href="http://maitremo.fr/">toujours l&#8217;œuvre d&#8217;un blogueur</a>, dont <a href="http://www.arnaudgossement.com/archive/2011/12/04/le-guet-apens-de-maitre-mo.html"><br />
la plume profondément humaniste dépeint avec précision et empathie les rouages<br />
internes d&#8217;un monde qui répugne à trop s&#8217;exposer en public</a>, mais bon, j&#8217;ai<br />
bien senti que je n&#8217;étais pas dans ce registre en phase avec le lectorat de ce<br />
qui est probablement le dernier journal de référence de ce pays.</p>
<p>Un autre blogueur m&#8217;a envoyé <a href="http://emmapom.com/blog/2011/07/19/au-coeur-de-la-monnaie-bernard-lietaer-nous-invite-au-voyage/"><br />
un livre très intéressant sur les racines jungiennes de la monnaie</a>, quelque<br />
chose de nettement plus dans la lucarne du journal, mais voilà, c&#8217;est moi qui<br />
ne suis pas à la hauteur des exigences du sablier : voilà un mois que je<br />
lis attentivement le roboratif ouvrage et il y a fort à parier qu&#8217;il m&#8217;en<br />
faudra encore bien autant pour arriver à son terme, ce qui implique que<br />
l&#8217;horloge biologique de la critique littéraire va définitivement me péter à la<br />
gueule.</p>
<h4>En fait, j&#8217;ai un gros problème de synchronicité avec le monde moderne.</h4>
<p style="margin: 0; text-indent: 0;">
Comme l&#8217;écrit fort justement <a href="http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&amp;id_article=149">Mona<br />
Cholet dans son dernier opus</a> — encore un que j&#8217;ai reçu avant tout le monde,<br />
mais qui est suffisamment agréable à lire pour que je puisse espérer le finir<br />
avant sa fin précoce de vie médiatique —, l&#8217;humain a une temporalité interne<br />
qui est propre à chacun de nous, une succession de rythmes de vie, un peu comme<br />
une houle lascive qui berce tranquillement les navires sur l&#8217;océan :</p>
<blockquote>
<p>J&#8217;ai longuement disserté, ailleurs, sur la privation de toute respiration<br />
imaginaire et psychique qui caractérise notre époque dévorée d&#8217;angoisse — entre<br />
crise écologique, souffrance au travail et peur du chômage — et sur les ravages<br />
causés par cette asphyxie. L&#8217;équilibre de l&#8217;individu ne peut reposer que sur<br />
une alternance de temps de participation sociale et de temps de retrait<br />
nécessaire pour refaire ses forces.<br />
<small>In <em>Beauté fatale</em>, éd. Zones, 2012, p. 58-59.</small></p>
</blockquote>
<p style="margin: 0; text-indent: 0;">
Notre époque — et plus particulièrement notre système productiviste —<br />
s’accommode fort mal de notre <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2005/10/04/133-desperates-hours">temporalité humaine</a>, à l&#8217;amplitude<br />
et à la fréquence variables selon chacun. C&#8217;est pour cela que notre temps est<br />
découpé, marqué, décompté, valorisé ou non en fonction des seuls impératifs de<br />
la machine à produire. Ce n&#8217;est pas par hasard si le travail est compté en<br />
heures plutôt qu&#8217;en tonnes, en kilomètres, en calories ou en idées. Parce que<br />
ce temps calibré, accéléré, comptabilisé est un temps qui est confisqué de<br />
notre seul bien propre : <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2008/02/21/Tempus-fugit">notre<br />
temps à vivre</a>.</p>
<p>J&#8217;ai compris cette étrange relation au temps qu&#8217;a notre société frénétique avec<br />
un petit film d&#8217;anticipation qui n&#8217;a pas beaucoup fait parler de lui&#8230; en son<br />
temps. <a style="font-style: italic;" href="http://www.lemonde.fr/cinema/article/2011/11/22/time-out-une-allegorie-politique-paradoxale_1607195_3476.html"><br />
In time</a>(traduit de manière fort amusante et mal à propos par <em>Time<br />
out</em> en&#8230; français) décrit un monde vaguement futuriste où les humains,<br />
génétiquement modifiés, cessent de vieillir à 25 ans. Super bonne nouvelle a<br />
priori sauf qu&#8217;un nouveau système a transformé le temps à vivre en monnaie<br />
d&#8217;échange et si, dans notre monde, <q>plaie d&#8217;argent n&#8217;est pas mortelle</q>,<br />
dans celui-là, le manque de temps se traduit littéralement par la fin de<br />
l&#8217;existence.<br />
Petit conte cruel, ce film éminemment politique raconte avec une précision<br />
glaçante comment une petite élite arrive à accumuler du temps à l&#8217;échelle de<br />
l&#8217;éternité au détriment de tout le reste de la population condamnée à ne<br />
survivre qu&#8217;au jour le jour. J&#8217;ai particulièrement apprécié cette scène où le<br />
héros trahit sa basse extraction par l&#8217;extrême célérité de ses gestes, seul à<br />
courir dans un microscome où tout le monde à l&#8217;éternité devant lui. Il y a dans<br />
la frénésie imposée à ceux qui vivent l&#8217;œil rivé sur le décompte fatal quelque<br />
chose qui n&#8217;est pas sans m&#8217;évoquer <a href="http://www.lemondepolitique.fr/cours/philosophie_politique/socialisme/alienation.html"><br />
l&#8217;aliénation du prolétaire</a> qui ne peut compter que sur son travail pour<br />
survivre quelques jours de plus.</p>
<p>Avez-vous remarqué combien le temps s&#8217;écoule différemment selon que vous ayez<br />
une certaine stabilité financière ou que vous surnagez dans un océan de<br />
précarité ? Ce n&#8217;est pas ma montre qui me nargue, mais bien le calendrier<br />
qui égrène les échéances des factures, toujours régulières, alors qu&#8217;il faut<br />
toujours pomper comme un Shadok sous amphé pour juste me maintenir un peu<br />
au-dessus du zéro de l&#8217;infamie bancaire. Les perspectives sont cruellement<br />
différentes selon que vous ayez l&#8217;assurance du salaire qui remonte le niveau du<br />
compte à intervalles prévisibles ou que vous soyez dans l&#8217;attente désespérée de<br />
la réponse à une candidature. C&#8217;est un peu comme si deux univers parallèles<br />
coexistaient côte à côte sans jamais se voir et pratiquement ne jamais se<br />
rencontrer. Ceux qui ont un avenir, des projets et <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2007/01/16/Le-salarie-au-sifflet">ceux qui doivent répondre au<br />
sifflet</a> pour grappiller quelques jours de plus.</p>
<p>Plus intéressante encore est la confiscation intentionnelle du temps de ceux<br />
qui en disposent en quantité. Par le travail, certes, mais surtout par<br />
l&#8217;agitation, le <em>timing</em>, l&#8217;agenda, la surcharge permanente du flux du<br />
temps. Pas un temps qui n&#8217;échappe à la norme, même le loisir est chronométré.<br />
D&#8217;où l&#8217;absolue nécessité du contrôle occupationnel des chômeurs. Imaginez, un<br />
seul instant, qu&#8217;ils décident de mettre à profit tout ce temps libéré pour se<br />
mettre à penser par eux-mêmes !<br />
La tyrannie de l&#8217;horloge a poussé le vice jusqu&#8217;à nous être totalement<br />
naturelle : même déféquer dépend moins de notre cycle biologique que des<br />
disponibilités de notre emploi du temps. On se repose quand cela est possible<br />
et non quand on en a besoin, même l&#8217;amour a des créneaux horaires et un<br />
calendrier. On pense rentabiliser notre temps en courant <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2009/09/01/L-autodetermination-du-hamster-dans-sa-roue">comme des<br />
hamsters dans leur roue</a> et du coup, la réplique culte de ce monde<br />
chronométré est devenue : <q>vraiment désolé, j&#8217;aurais beaucoup aimé faire<br />
ceci ou cela avec toi, mais je n&#8217;ai vraiment pas le temps</q>.</p>
<p>Pourtant, nous avons a priori un <em>chouia</em> plus de temps que nos<br />
ancêtres, quelques années de vie arrachées de haute lutte à la fatigue des<br />
corps, aux attaques des bactéries, à l&#8217;injustice de la guerre, plus ou moins le<br />
même temps — sauf accident — que l&#8217;on soit riche ou pauvre, c&#8217;est juste que<br />
nous n&#8217;avons plus de temps pour vivre, seulement du temps pour survivre, entre<br />
deux intervalles de production et de consommation, les deux facettes de la même<br />
aliénation de nos existences au capitalisme totalitaire.</p>
<p>Du coup, les maîtres du temps ont inventé l&#8217;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Obsolescence_programm%C3%A9e">obsolescence<br />
programmée</a>, pas seulement celle des objets, mais aussi celle de la pensée.<br />
Et nous voilà dans la course à la modernité, <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2005/07/15/113-la-democratie-est-elle-soluble-dans-la-societe-de-linformation"><br />
la course à l&#8217;information</a>, où la pensée, l&#8217;événement, l&#8217;action humaine sont<br />
soumis à l&#8217;érosion accélérée du temps frénétique. D&#8217;où le tempo compulsif des<br />
flux ininterrompus : données, argent, information, ressources, tout est<br />
mouvement, la pause est pire que la stase, c&#8217;est la mort. Voilà comment une<br />
information en chasse une autre, puis une autre, inlassablement, pourquoi il ne<br />
faut s&#8217;arrêter sur rien, prendre le temps de penser à rien, de mettre en<br />
perspective. C&#8217;est une amnésie collective programmée qui n&#8217;a d&#8217;autre fonction<br />
que de nous faire réagir <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2011/12/20/Comme-des-poulets-sans-tete">comme des poulets sans tête</a>,<br />
sans histoire, sans passé, sans aucun substrat psychique pour s&#8217;extraire du<br />
flux et y semer les graines de la contestation. D&#8217;où le <em>timing</em> forcené<br />
des forces politiques qui ne visent plus rien d&#8217;autre que l&#8217;instantanéité de la<br />
réponse synaptique au stimulus immédiat : chaque jour, le personnel<br />
politique soumis à cette logique produit <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2004/12/04/10-marketing-politique">une petite histoire écœurante qui<br />
fait réagir</a> et interdit d&#8217;agir. Chaque jour, l&#8217;émotionnel brut, construit<br />
comme une fonction réflexe, prend le pas sur la réflexion, cette lente<br />
construction mentale qui nécessite, pour le moins, de faire un pas de côté et<br />
de prendre le temps de penser.<br />
Ainsi, nous trouvons normal de ne plus pouvoir parler ou raisonner qu&#8217;autour de<br />
ce qui fait <em>l&#8217;actualité</em>, cette petite bulle de temps éphémère<br />
subjectivement construite qui explose au fur et à mesure que l&#8217;on tente de la<br />
toucher du doigt.</p>
<p style=" margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
Ainsi, nous considérons qu&#8217;il est tout à fait normal de toujours nous presser<br />
dans un éternel présent, sans mémoire ni perspective.</p>
<p></p>
<div class="zemanta-pixie"><img class="zemanta-pixie-img" alt="" src="http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=636c5ebe-4d9e-888f-8c11-bfa2592f6612" /></div>
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		<title>Après eux, la fin du monde</title>
		<link>http://www.centpapiers.com/apres-eux-la-fin-du-monde/92334</link>
		<comments>http://www.centpapiers.com/apres-eux-la-fin-du-monde/92334#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 17 Jan 2012 15:34:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Monolecte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Ne ressentez-vous pas, vous aussi, avec quelle extrême complaisance morbide
notre société se vautre dans le catastrophisme le plus poisseux ?    Pas un jour sans une mauvaise nouvelle. Certes, c'est un peu le
pain quotidien du brouhaha médiatique,...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Ne ressentez-vous pas, vous aussi, avec quelle extrême complaisance morbide<br />
notre société se vautre dans le catastrophisme le plus poisseux ?</p>
<p><a title="Je suis blasée... de Le Monolecte, sur Flickr" href="http://www.flickr.com/photos/monolecte/6621572467/"><img style="float: right; margin: 0 0 5px 5px;" src="http://farm8.staticflickr.com/7014/6621572467_a9df76cda4.jpg" alt="Je suis blasée..." width="500" height="336" /></a>Pas un jour sans une mauvaise nouvelle. Certes, c&#8217;est un peu le<br />
pain quotidien du brouhaha médiatique, tant il vrai que le <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2006/06/11/196-happiness">bonheur n&#8217;a jamais fait vendre</a> ce papier<br />
qui salit les doigts sans jamais magnifier les esprits. Mais voilà qu&#8217;on en<br />
fait des caisses dans le pessimisme le plus noir, le plus profond, le plus<br />
désespéré possible et que l&#8217;on se repaît sans cesse des images les plus<br />
tragiques et des histoires les plus apocalyptiques avec une sorte de compulsion<br />
malsaine. Ce ne sont plus des informations, des faits, des données, mais une<br />
procession ininterrompue de pénitents qui s&#8217;autoflagellent jusqu&#8217;à ce que toute<br />
la noirceur de leurs pensées égoïstes suinte de cet écorché qu&#8217;ils ont à<br />
montrer au reste du monde.</p>
<h3>C&#8217;est la fin, vous dit-on, c&#8217;est la fin !</h3>
<p>La fin d&#8217;un monde de jouissances sans limites, la fin d&#8217;une société qui se<br />
célèbre comme stade ultime de l’humanité pensante et industrieuse. Regardez<br />
comme <a href="http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=12892">ils se<br />
repaissent en boucle de ce naufrage</a>, métaphore inespérée de toutes leurs<br />
autres résignations. À croire que dans un éclair de lucidité folle, le<br />
capitaine a voulu offrir à un modèle à la dérive l&#8217;image parfaite de la bête<br />
agonisante, couchée sur son flanc béant. Et pourtant, derrière cette appétence<br />
malsaine pour le pire-disant, on sent bien l&#8217;inéluctable constriction de la<br />
cosmologie contemporaine autour du nombril de ses thuriféraires. Quand le<br />
transatlantique élégant s&#8217;embrochait vivement sur l&#8217;iceberg terminal, le<br />
paquebot ventru des croisières organisées à la petite semaine se vautre<br />
lamentablement sur l&#8217;éperon timide d&#8217;une mer presque intérieure. Il y a un<br />
contentement non dissimulé dans la litanie des catastrophes incommensurables ou<br />
fantasmées qui égrènent le compte à rebours de l&#8217;effondrement final.</p>
<p>Passé la <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2011/12/20/Comme-des-poulets-sans-tete">sidération<br />
naturelle née de cette massive communication de crise</a>, j&#8217;en viens à<br />
m&#8217;interroger sur la source de cette compulsion fataliste irrépressible. Et je<br />
ressens soudain toute la satisfaction narcissique d&#8217;une génération qui, par<br />
<a href="http://blog.monolecte.fr/post/2005/04/23/83-la-loi-du-nombre">la loi du nombre</a>, a estimé<br />
être la seule à peser réellement sur le destin de l&#8217;espèce, une génération qui<br />
se gausse des révoltes actuelles tant elle se pense détentrice à jamais de<br />
l&#8217;élan contestataire fossilisé dans l&#8217;imaginaire soixantuitard qui accoucha<br />
pourtant de la civilisation la plus brutale, égoïste et ravageuse de par son<br />
inconscience, son refus de se projeter au-delà de son propre espace-temps, de<br />
sa propre durée, de ses seuls désirs et besoins. Le <q>jouir sans entraves</q><br />
est devenu le <q>consommer sans conscience</q>, le <q>posséder sans<br />
partage</q>, l’individualisme le plus mortifère élevé au rang de modèle du<br />
progrès social et humain à jamais indépassable. Et maintenant qu&#8217;ils touchent<br />
du doigt leur propre achèvement, les voilà ulcérés par la nouvelle leur<br />
mortalité, eux qui ont toujours vécu comme si après eux, ce serait la fin du<br />
monde.</p>
<p>En fait de crise, de catastrophe, de sueur, de sang et de larmes chaque jour<br />
offerts à nous comme seul héritage de cette cohorte qui s&#8217;est autoproclamée<br />
glorieuse, il ne s&#8217;agit que d&#8217;un nécessaire retour de balancier, un<br />
réajustement qui ne serait pas si douloureux si les égotismes autocélébrés<br />
comme seule condition humaine possible voulaient bien nous lâcher la grappe&#8230;<br />
et la rampe par la même occasion. Ils ne veulent même pas que nous nous<br />
lamentions sur leurs mausolées indécents, ils exigent de nous que nous nous<br />
immolions dans leur tombe qu&#8217;ils refusent d&#8217;avoir aussi froide et sombre que<br />
celle de tous les autres. Ils ont, en leurs derniers instants, des compulsions<br />
pharaoniques pour un grand suicide narcissique.</p>
<p>Que le monde leur semble cruel au moment où il devient évident qu&#8217;il ne<br />
supportera guère plus longtemps de porter le fardeau de leur<br />
inconséquence ! Qu&#8217;il leur semble injuste de devoir procéder à quelques<br />
menus arbitrages dans la palette des plaisirs terrestres qu&#8217;ils se sont<br />
octroyés, alors que leur descendance est priée de régler dans la peine et<br />
l&#8217;abnégation, la note de frais qu&#8217;ils laissent derrière eux.</p>
<p>D&#8217;où cette fascination obscène pour les signes qui annoncent infailliblement<br />
que cette Terre qu&#8217;ils vont bientôt devoir quitter ne tournera plus rond sans<br />
eux. D&#8217;où ces images de mort, de fin, <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2005/07/14/112-terrorisme-et-relativisme-historique">d&#8217;effondrement</a>,<br />
de naufrage, qui tournent en boucle dans les regards à facettes d&#8217;un monde<br />
d&#8217;écrans, <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2007/04/22/Peur">un monde de peur</a>, un monde de<br />
<a href="http://blog.monolecte.fr/post/2006/07/13/Egoistes">petits vieux égoïstes</a> et brutaux.</p>
<div class="zemanta-pixie"><img class="zemanta-pixie-img" src="http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=2ed76a5e-547e-82bd-ace7-679d3559c2b5" alt="" /></div>
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		<title>Après eux, la fin du monde</title>
		<link>http://www.centpapiers.com/apres-eux-la-fin-du-monde-2/95709</link>
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		<pubDate>Tue, 17 Jan 2012 15:34:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Monolecte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Ne ressentez-vous pas, vous aussi, avec quelle extrême complaisance morbide
notre société se vautre dans le catastrophisme le plus poisseux ?    Pas un jour sans une mauvaise nouvelle. Certes, c'est un peu le
pain quotidien du brouhaha médiatique,...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Ne ressentez-vous pas, vous aussi, avec quelle extrême complaisance morbide<br />
notre société se vautre dans le catastrophisme le plus poisseux ?</p>
<p>    <a href="http://www.flickr.com/photos/monolecte/6621572467/" title="Je suis blasée... de Le Monolecte, sur Flickr"><img src="http://farm8.staticflickr.com/7014/6621572467_a9df76cda4.jpg" alt="Je suis blasée..." style="float:right;margin:0 0 5px 5px;" height="336" width="500" /></a>Pas un jour sans une mauvaise nouvelle. Certes, c&#8217;est un peu le<br />
pain quotidien du brouhaha médiatique, tant il vrai que le <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2006/06/11/196-happiness">bonheur n&#8217;a jamais fait vendre</a> ce papier<br />
qui salit les doigts sans jamais magnifier les esprits. Mais voilà qu&#8217;on en<br />
fait des caisses dans le pessimisme le plus noir, le plus profond, le plus<br />
désespéré possible et que l&#8217;on se repaît sans cesse des images les plus<br />
tragiques et des histoires les plus apocalyptiques avec une sorte de compulsion<br />
malsaine. Ce ne sont plus des informations, des faits, des données, mais une<br />
procession ininterrompue de pénitents qui s&#8217;autoflagellent jusqu&#8217;à ce que toute<br />
la noirceur de leurs pensées égoïstes suinte de cet écorché qu&#8217;ils ont à<br />
montrer au reste du monde.</p>
<h3>C&#8217;est la fin, vous dit-on, c&#8217;est la fin !</h3>
<p>La fin d&#8217;un monde de jouissances sans limites, la fin d&#8217;une société qui se<br />
célèbre comme stade ultime de l’humanité pensante et industrieuse. Regardez<br />
comme <a href="http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=12892">ils se<br />
repaissent en boucle de ce naufrage</a>, métaphore inespérée de toutes leurs<br />
autres résignations. À croire que dans un éclair de lucidité folle, le<br />
capitaine a voulu offrir à un modèle à la dérive l&#8217;image parfaite de la bête<br />
agonisante, couchée sur son flanc béant. Et pourtant, derrière cette appétence<br />
malsaine pour le pire-disant, on sent bien l&#8217;inéluctable constriction de la<br />
cosmologie contemporaine autour du nombril de ses thuriféraires. Quand le<br />
transatlantique élégant s&#8217;embrochait vivement sur l&#8217;iceberg terminal, le<br />
paquebot ventru des croisières organisées à la petite semaine se vautre<br />
lamentablement sur l&#8217;éperon timide d&#8217;une mer presque intérieure. Il y a un<br />
contentement non dissimulé dans la litanie des catastrophes incommensurables ou<br />
fantasmées qui égrènent le compte à rebours de l&#8217;effondrement final.</p>
<p>Passé la <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2011/12/20/Comme-des-poulets-sans-tete">sidération<br />
naturelle née de cette massive communication de crise</a>, j&#8217;en viens à<br />
m&#8217;interroger sur la source de cette compulsion fataliste irrépressible. Et je<br />
ressens soudain toute la satisfaction narcissique d&#8217;une génération qui, par<br />
<a href="http://blog.monolecte.fr/post/2005/04/23/83-la-loi-du-nombre">la loi du nombre</a>, a estimé<br />
être la seule à peser réellement sur le destin de l&#8217;espèce, une génération qui<br />
se gausse des révoltes actuelles tant elle se pense détentrice à jamais de<br />
l&#8217;élan contestataire fossilisé dans l&#8217;imaginaire soixantuitard qui accoucha<br />
pourtant de la civilisation la plus brutale, égoïste et ravageuse de par son<br />
inconscience, son refus de se projeter au-delà de son propre espace-temps, de<br />
sa propre durée, de ses seuls désirs et besoins. Le <q>jouir sans entraves</q><br />
est devenu le <q>consommer sans conscience</q>, le <q>posséder sans<br />
partage</q>, l’individualisme le plus mortifère élevé au rang de modèle du<br />
progrès social et humain à jamais indépassable. Et maintenant qu&#8217;ils touchent<br />
du doigt leur propre achèvement, les voilà ulcérés par la nouvelle leur<br />
mortalité, eux qui ont toujours vécu comme si après eux, ce serait la fin du<br />
monde.</p>
<p>En fait de crise, de catastrophe, de sueur, de sang et de larmes chaque jour<br />
offerts à nous comme seul héritage de cette cohorte qui s&#8217;est autoproclamée<br />
glorieuse, il ne s&#8217;agit que d&#8217;un nécessaire retour de balancier, un<br />
réajustement qui ne serait pas si douloureux si les égotismes autocélébrés<br />
comme seule condition humaine possible voulaient bien nous lâcher la grappe&#8230;<br />
et la rampe par la même occasion. Ils ne veulent même pas que nous nous<br />
lamentions sur leurs mausolées indécents, ils exigent de nous que nous nous<br />
immolions dans leur tombe qu&#8217;ils refusent d&#8217;avoir aussi froide et sombre que<br />
celle de tous les autres. Ils ont, en leurs derniers instants, des compulsions<br />
pharaoniques pour un grand suicide narcissique.</p>
<p>Que le monde leur semble cruel au moment où il devient évident qu&#8217;il ne<br />
supportera guère plus longtemps de porter le fardeau de leur<br />
inconséquence ! Qu&#8217;il leur semble injuste de devoir procéder à quelques<br />
menus arbitrages dans la palette des plaisirs terrestres qu&#8217;ils se sont<br />
octroyés, alors que leur descendance est priée de régler dans la peine et<br />
l&#8217;abnégation, la note de frais qu&#8217;ils laissent derrière eux.</p>
<p>D&#8217;où cette fascination obscène pour les signes qui annoncent infailliblement<br />
que cette Terre qu&#8217;ils vont bientôt devoir quitter ne tournera plus rond sans<br />
eux. D&#8217;où ces images de mort, de fin, <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2005/07/14/112-terrorisme-et-relativisme-historique">d&#8217;effondrement</a>,<br />
de naufrage, qui tournent en boucle dans les regards à facettes d&#8217;un monde<br />
d&#8217;écrans, <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2007/04/22/Peur">un monde de peur</a>, un monde de<br />
<a href="http://blog.monolecte.fr/post/2006/07/13/Egoistes">petits vieux égoïstes</a> et brutaux.</p>
<div class="zemanta-pixie"><img class="zemanta-pixie-img" alt="" src="http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=2ed76a5e-547e-82bd-ace7-679d3559c2b5" /></div>
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		</item>
		<item>
		<title>Amour à mort</title>
		<link>http://www.centpapiers.com/amour-a-mort/91778</link>
		<comments>http://www.centpapiers.com/amour-a-mort/91778#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 10 Jan 2012 15:32:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Monolecte</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[HEXAGONE]]></category>
		<category><![CDATA[Monolecte]]></category>
		<category><![CDATA[Brouhaha]]></category>
		<category><![CDATA[humanité]]></category>
		<category><![CDATA[moment]]></category>
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		<category><![CDATA[vieux]]></category>

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		<description><![CDATA[Je ne suis pas encore assez cynique pour te souhaiter la bonne année.    Ou
alors je te la souhaiterais courte, bien courte, avec effet rétroactif.
Non pas que je ne t'aime pas. Bien au contraire. C'est bien parce que je
t'aime.


Cela fait cinq ans ...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je ne suis pas encore assez cynique pour te souhaiter la bonne année.</p>
<p><a title="Couchant de Le Monolecte, sur Flickr" href="http://www.flickr.com/photos/monolecte/6601134055/"><img style="float: right; margin: 0 0 5px 5px;" src="http://farm8.staticflickr.com/7008/6601134055_803744290a.jpg" alt="Couchant" width="500" height="336" /></a>Ou<br />
alors je te la souhaiterais courte, bien courte, avec effet rétroactif.<br />
Non pas que je ne t&#8217;aime pas. Bien au contraire. C&#8217;est bien parce que je<br />
t&#8217;aime.</p>
<blockquote><p><q>Cela fait cinq ans et deux mois.</q></p></blockquote>
<p>Il a annoncé ça entre la poire et le fromage et je l&#8217;ai pris en pleine face,<br />
comme une sentence.<br />
Putain, cinq ans !<br />
Je n&#8217;arrive juste pas à imaginer ce que cela représente pour toi&#8230; vraiment.<br />
Je n&#8217;y arrive juste pas, comme je n&#8217;arrive toujours pas à me représenter la<br />
mort, ce grand néant, ce grand rien. Non, même pas du rien. Quelque chose de<br />
profondément inhumain et de définitivement hors de notre portée intellectuelle.<br />
Enfant, au cœur de la nuit, quand il n&#8217;y avait plus ni bruit ni lumière, je<br />
tentais de ne plus exister pour imaginer le moment où je ne serais plus. Et je<br />
me noyais immédiatement dans un flot de terreur pure dont j&#8217;émergeais aussitôt<br />
d&#8217;un sursaut nauséeux.<br />
Un peu comme pour toi.<br />
Sauf que je ne peux pas m&#8217;empêcher de me dire que ce qui t&#8217;arrive est encore<br />
pire. Pire et monstrueux dans sa simplicité indicible.</p>
<p>Je ne vais presque plus te voir.<br />
Non pas que l&#8217;odeur douceâtre et pénétrante de ta chair qui se putréfie<br />
lentement me dérange plus que cela. Ou ton visage émacié qui ne te ressemble<br />
plus depuis longtemps, si longtemps. Ou ton regard fou qui traverse<br />
l&#8217;insubstance du temps et des êtres et dont je n&#8217;ose pas imaginer ce qu&#8217;il peut<br />
bien voir, depuis tout ce temps, comme si tes yeux étaient la porte d&#8217;entrée<br />
vers ce non-monde qui nous terrifie encore tous tellement. Ou même tes<br />
gémissements lugubres qui glissent sur la moquette feutrée, hors de ta<br />
chambre-nécropole et nous rattrape dans l&#8217;escalier quant on se croit enfin<br />
partis. Ni tes hurlements de douleur animale quand l&#8217;infirmière doit te vider<br />
le rectum pour que tu ne meures pas empoisonnée par tes pauvres fèces à moitié<br />
pétrifiées. Ni ta bouche sèche et béante qui s&#8217;acharne à pomper encore quelques<br />
décilitres d&#8217;air comme un poisson affolé. Ni ton souffle noyé par tes propres<br />
crachats. Ni ta prison de chair qui fond, qui se rétrécit, mais ne te lâche<br />
pas. Ni même ce masque mortuaire qui te sert de visage et qui se déforme en un<br />
obscène masque de douleur surhumaine quand, par hasard, ton esprit reste<br />
quelques secondes suspendu avec nous et que tout ton être se fige dans<br />
l&#8217;immonde révélation de l&#8217;horreur de ta situation.<br />
Non, rien de toute ton agonie qui n&#8217;en finit plus n&#8217;est insurmontable pour<br />
moi.<br />
Ce que je ne supporte plus, c&#8217;est nous.</p>
<p>Nos mots creux. Nos sourires factices. Notre comédie polie et civilisée. Son<br />
amour insensé qui te maintient en vie, alors que tout cela, pour moi, n&#8217;est ni<br />
de la vie, ni de l&#8217;amour.<br />
Parce que si c&#8217;est ça, l&#8217;amour, je veux bien m&#8217;en passer jusqu&#8217;à la fin de mes<br />
jours. Surtout à la fin de mes jours. Je veux que personne n&#8217;ait besoin de moi<br />
au point de me refuser une sortie digne du théâtre de l&#8217;existence. Je veux que<br />
nul ne puisse s&#8217;arroger le droit de me faire durer au-delà du terme décent de<br />
ma vie, juste pour s&#8217;offrir une sorte de rédemption morbide. Je ne veux juste<br />
pas qu&#8217;un amour m&#8217;enferme jusqu&#8217;à la totale négation de mon être, jusqu&#8217;à ce<br />
que je ne sois plus que l&#8217;incarnation débile et racornie de regrets qui n&#8217;ont<br />
plus lieu d&#8217;être. Si je devais un jour me retrouver réduite à ce simulacre<br />
d&#8217;existence, je voudrais juste que quelqu&#8217;un ait assez de force et d&#8217;amour pour<br />
moi, justement, pour me coller un oreiller sur la gueule, le temps qu&#8217;il faut,<br />
capable de comprendre que l&#8217;amour n&#8217;est pas ce qui garde, ce qui maintient, ce<br />
qui enferme, ce qui prolonge à tout prix, mais bien ce qui élève et ce qui<br />
libère l&#8217;autre, même au dépens de soi.</p>
<div class="zemanta-pixie"><img class="zemanta-pixie-img" src="http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=653e616a-5a2b-8c3b-94eb-ae13ba72c882" alt="" /></div>
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		<item>
		<title>Amour à mort</title>
		<link>http://www.centpapiers.com/amour-a-mort-2/92352</link>
		<comments>http://www.centpapiers.com/amour-a-mort-2/92352#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 10 Jan 2012 15:32:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Monolecte</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[HEXAGONE]]></category>
		<category><![CDATA[Monolecte]]></category>
		<category><![CDATA[Brouhaha]]></category>
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		<description><![CDATA[Je ne suis pas encore assez cynique pour te souhaiter la bonne année.    Ou
alors je te la souhaiterais courte, bien courte, avec effet rétroactif.
Non pas que je ne t'aime pas. Bien au contraire. C'est bien parce que je
t'aime.


Cela fait cinq ans ...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je ne suis pas encore assez cynique pour te souhaiter la bonne année.</p>
<p>    <a href="http://www.flickr.com/photos/monolecte/6601134055/" title="Couchant de Le Monolecte, sur Flickr"><img src="http://farm8.staticflickr.com/7008/6601134055_803744290a.jpg" alt="Couchant" style="float: right; margin: 0 0 5px 5px;" height="336" width="500" /></a>Ou<br />
alors je te la souhaiterais courte, bien courte, avec effet rétroactif.<br />
Non pas que je ne t&#8217;aime pas. Bien au contraire. C&#8217;est bien parce que je<br />
t&#8217;aime.</p>
<blockquote>
<p><q>Cela fait cinq ans et deux mois.</q></p>
</blockquote>
<p>Il a annoncé ça entre la poire et le fromage et je l&#8217;ai pris en pleine face,<br />
comme une sentence.<br />
Putain, cinq ans !<br />
Je n&#8217;arrive juste pas à imaginer ce que cela représente pour toi&#8230; vraiment.<br />
Je n&#8217;y arrive juste pas, comme je n&#8217;arrive toujours pas à me représenter la<br />
mort, ce grand néant, ce grand rien. Non, même pas du rien. Quelque chose de<br />
profondément inhumain et de définitivement hors de notre portée intellectuelle.<br />
Enfant, au cœur de la nuit, quand il n&#8217;y avait plus ni bruit ni lumière, je<br />
tentais de ne plus exister pour imaginer le moment où je ne serais plus. Et je<br />
me noyais immédiatement dans un flot de terreur pure dont j&#8217;émergeais aussitôt<br />
d&#8217;un sursaut nauséeux.<br />
Un peu comme pour toi.<br />
Sauf que je ne peux pas m&#8217;empêcher de me dire que ce qui t&#8217;arrive est encore<br />
pire. Pire et monstrueux dans sa simplicité indicible.</p>
<p>Je ne vais presque plus te voir.<br />
Non pas que l&#8217;odeur douceâtre et pénétrante de ta chair qui se putréfie<br />
lentement me dérange plus que cela. Ou ton visage émacié qui ne te ressemble<br />
plus depuis longtemps, si longtemps. Ou ton regard fou qui traverse<br />
l&#8217;insubstance du temps et des êtres et dont je n&#8217;ose pas imaginer ce qu&#8217;il peut<br />
bien voir, depuis tout ce temps, comme si tes yeux étaient la porte d&#8217;entrée<br />
vers ce non-monde qui nous terrifie encore tous tellement. Ou même tes<br />
gémissements lugubres qui glissent sur la moquette feutrée, hors de ta<br />
chambre-nécropole et nous rattrape dans l&#8217;escalier quand on se croit enfin<br />
partis. Ni tes hurlements de douleur animale quand l&#8217;infirmière doit te vider<br />
le rectum pour que tu ne meures pas empoisonnée par tes pauvres fèces à moitié<br />
pétrifiées. Ni ta bouche sèche et béante qui s&#8217;acharne à pomper encore quelques<br />
décilitres d&#8217;air comme un poisson affolé. Ni ton souffle noyé par tes propres<br />
crachats. Ni ta prison de chair qui fond, qui se rétrécit, mais ne te lâche<br />
pas. Ni même ce masque mortuaire qui te sert de visage et qui se déforme en un<br />
obscène masque de douleur surhumaine quand, par hasard, ton esprit reste<br />
quelques secondes suspendu avec nous et que tout ton être se fige dans<br />
l&#8217;immonde révélation de l&#8217;horreur de ta situation.<br />
Non, rien de toute ton agonie qui n&#8217;en finit plus n&#8217;est insurmontable pour<br />
moi.<br />
Ce que je ne supporte plus, c&#8217;est nous.</p>
<p>Nos mots creux. Nos sourires factices. Notre comédie polie et civilisée. Son<br />
amour insensé qui te maintient en vie, alors que tout cela, pour moi, n&#8217;est ni<br />
de la vie, ni de l&#8217;amour.<br />
Parce que si c&#8217;est ça, l&#8217;amour, je veux bien m&#8217;en passer jusqu&#8217;à la fin de mes<br />
jours. Surtout à la fin de mes jours. Je veux que personne n&#8217;ait besoin de moi<br />
au point de me refuser une sortie digne du théâtre de l&#8217;existence. Je veux que<br />
nul ne puisse s&#8217;arroger le droit de me faire durer au-delà du terme décent de<br />
ma vie, juste pour s&#8217;offrir une sorte de rédemption morbide. Je ne veux juste<br />
pas qu&#8217;un amour m&#8217;enferme jusqu&#8217;à la totale négation de mon être, jusqu&#8217;à ce<br />
que je ne sois plus que l&#8217;incarnation débile et racornie de regrets qui n&#8217;ont<br />
plus lieu d&#8217;être. Si je devais un jour me retrouver réduite à ce simulacre<br />
d&#8217;existence, je voudrais juste que quelqu&#8217;un ait assez de force et d&#8217;amour pour<br />
moi, justement, pour me coller un oreiller sur la gueule, le temps qu&#8217;il faut,<br />
capable de comprendre que l&#8217;amour n&#8217;est pas ce qui garde, ce qui maintient, ce<br />
qui enferme, ce qui prolonge à tout prix, mais bien ce qui élève et ce qui<br />
libère l&#8217;autre, même au dépens de soi.</p>
<div class="zemanta-pixie"><img class="zemanta-pixie-img" alt="" src="http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=653e616a-5a2b-8c3b-94eb-ae13ba72c882" /></div>
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		<item>
		<title>Trop courte la vie</title>
		<link>http://www.centpapiers.com/trop-courte-la-vie/90290</link>
		<comments>http://www.centpapiers.com/trop-courte-la-vie/90290#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 21 Dec 2011 17:31:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Monolecte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Une minute, tu es là ; la suivante, il n’y a plus personne.    Je suis
là parce que ce printemps un client a fini par cracher au bassinet. Ce n'est
pas évident, comme relation de causalité, mais quand le ciboulot se met à
tricoter plus vite que...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Une minute, tu es là ; la suivante, il n’y a plus personne.</p>
<p><a title="Vroum de Le Monolecte, sur Flickr" href="http://www.flickr.com/photos/monolecte/2380131999/"><img style="float: right; margin: 0 0 5px 5px;" src="http://farm4.staticflickr.com/3153/2380131999_040da6f52d.jpg" alt="Vroum" width="500" height="334" /></a>Je suis<br />
là parce que ce printemps un client a fini par cracher au bassinet. Ce n&#8217;est<br />
pas évident, comme relation de causalité, mais quand le ciboulot se met à<br />
tricoter plus vite que la musique, on remonte l&#8217;écheveau des événements jusqu&#8217;à<br />
la source. Donc, j&#8217;ai fini par toucher le fruit de mon travail quelques mois<br />
après l&#8217;avoir entièrement exécuté à la satisfaction générale et, comme souvent,<br />
cela revient à hydrater le désert avec un arrosoir pour enfants tant mes<br />
créanciers, eux, sont ponctuels et âpres au gain. Cela dit, dettes épongées, il<br />
me restait de quoi réviser la voiture, changer les amortisseurs et même la<br />
chausser de neuf. Ça a l&#8217;air de rien, dit comme ça, mais c&#8217;est le genre<br />
d&#8217;investissement qui, en une fraction de seconde, peut faire toute la<br />
différence.</p>
<p>Les amortisseurs usés de ma R25 la ballottaient comme un bateau ivre et du coup<br />
mes pneumatiques s&#8217;usaient vite et mal. Je ne vais même pas raconter que les<br />
premiers amortisseurs qui coûtaient un bras se sont avérés défectueux. Et c&#8217;est<br />
grâce au contrôle technique, épreuve cyclique et financièrement stressante, que<br />
ce vice de fabrication a été identifié comme tel et les amortisseurs changés<br />
une nouvelle fois, mais sous la garantie du fabriquant.<br />
D&#8217;habitude, pour les pneus, je prends du premier prix, mais là, va savoir<br />
pourquoi, j&#8217;ai visité un site de vente en ligne dédié à la gloire du<br />
pneumatique, je me suis tapé des kilomètres de comparatifs et d&#8217;avis clients<br />
avant de me décider pour un train complet de <em>Hankook Kinerjy</em>, les<br />
nouveaux boudins écologiques. Parce qu&#8217;il paraît qu&#8217;ils s&#8217;usent moins, font<br />
moins de bruit et que, cerise sur le gâteau, comme il y a moins de frottement,<br />
on doit bien consommer 3 dès à coudre de pétrole en moins par plein.<br />
Ce n&#8217;est pas rien.</p>
<blockquote>
<ul>
<li><q>Pour le réveillon de Noël, j&#8217;ai envie d&#8217;un vrai repas de fête :<br />
poulet et salade !</q></li>
</ul>
</blockquote>
<p>Bon, dit comme cela, il serait difficile de ne pas essayer de faire plaisir à<br />
la gosse. Il fait un temps de chien galeux et une fine bruine noie mon coin de<br />
cambrousse, mais quand faut y aller, faut y aller.</p>
<p>Ce n&#8217;est pas comme si je ne l&#8217;avais pas vue. J&#8217;aurais pu être distraite par une<br />
conversation mains libres sur mon portable ou être en train de chercher une<br />
station introuvable sur mon autoradio, parce que c&#8217;est ainsi, le bled est un<br />
multi-cône-d&#8217;ombre : ni portable, ni radio, ni internet. Ou juste ce qu&#8217;il<br />
faut pour entendre la vie en morse et être encore plus agacé. Non, j&#8217;ai<br />
parfaitement bien vu la voiture qui s&#8217;est placée dans le dégagement pour<br />
tourner sur sa gauche à elle et ma droite à moi, ce que je n&#8217;avais absolument<br />
pas prévu, c&#8217;est que, elle, elle ne me voit pas du tout. Pourtant, je vous jure<br />
que je suis visible : une petite nana dans une grosse bagnole, ça fait<br />
rire tous mes potes du bled.<br />
Donc, elle tourne tranquillement en me coupant la route.</p>
<p>Comptons un bon gros dixième de seconde pour la surprise et un autre pour une<br />
pensée fugace et incontrôlable, façon épitaphe dédiée à l’édification des<br />
générations futures, du genre : <q>connasse, bordel de merde !</q> Et<br />
paf, le pied écrase le frein en mode automatique.<br />
Et là, tout compte.<br />
Absolument tout compte.</p>
<p>Je pensais que le temps s&#8217;étirait et qu&#8217;on avait le temps de voir sa vie<br />
défiler, comme au cinéma. En tout cas, c&#8217;est ce que m&#8217;avait raconté mon ami<br />
Étienne, après s&#8217;être vautré en moto sur une autoroute francilienne. Mais non,<br />
aucun effet relativiste. Les pneus se bloquent immédiatement et plus d&#8217;une<br />
tonne de métal lancée à 80km/h se met à dériver hors de tout contrôle.<br />
Ainsi donc, voilà ce que l&#8217;on ressent quand on part en<br />
<em>aquaplanning</em>.<br />
Rien.</p>
<p>J&#8217;évite l&#8217;arrière de la bécasse qui, je le pense encore, ne s&#8217;est rendu compte<br />
de rien — peut-être un retour d&#8217;apéro un peu pénible — et fonce posément sur la<br />
voiture qui attendait son tour au stop à ma droite. C&#8217;est un pot de yaourt. Si<br />
je la percute, la conductrice est foutue. Contre-braquage. C&#8217;est marrant ça se<br />
fait tout seul et je n’ai même pas fermé les yeux. D&#8217;habitude, quand je vois un<br />
truc flippant sur la route, je couine et je ferme les yeux. Là, mon pied s&#8217;est<br />
passé des relais synaptiques et il est déjà en train d&#8217;accélérer doucement pour<br />
me faire retrouver un semblant d&#8217;adhérence. Mon train arrière bascule dans<br />
l&#8217;autre sens et rase le capot de la voiture à l&#8217;arrêt. Sauvée, celle-là.<br />
Mais je glisse toujours comme un paquebot sans gouvernail et ma calandre vise à<br />
présent le bord gauche de la route. Si je continue, je vais faire un carton<br />
avec la caisse qui vient en face. Ma voiture est partie de travers, mon pied<br />
accentue sa pression pendant que mes bras volent pour redresser la trajectoire,<br />
à fond dans l&#8217;autre sens. Ça patine, ça se déporte encore un peu pendant que<br />
l&#8217;arrière chasse étrangement, mais je reste collée à la route. Le temps ne se<br />
ralentit toujours pas, ce salaud. Je ne lâche rien, re-contre-braque et d&#8217;un<br />
seul coup, c&#8217;est fini, j&#8217;ai repris ma trajectoire initiale.</p>
<p>La nana au stop a dû se chier dessus. J&#8217;ai tout négocié sur les zébras du<br />
tourne-à-gauche. Je suis surprise d&#8217;être indemne, dans ma caisse, roulant<br />
tranquillement comme si je ne venais pas de passer les deux secondes les plus<br />
longues de ma vie. Et puis non, même pas. C&#8217;était juste deux secondes comme les<br />
autres et puis rien. J&#8217;hyperventile trois bons coups pour chasser la trouille<br />
qui tente d&#8217;escalader mon dos. Je suis étonnée de n&#8217;avoir pas paniqué et de<br />
m&#8217;en être sortie aussi bien.<br />
Mais voilà, trois ans d&#8217;escalade m&#8217;ont appris à regarder ma peur en face et des<br />
amortisseurs neufs m&#8217;ont permis d&#8217;avoir la tenue de route suffisante et<br />
nécessaire pour que mes efforts ne soient pas vains.</p>
<p>Ah oui, j&#8217;y repense, j&#8217;ai choisi mes pneus en dernier ressort parce qu&#8217;il y<br />
avait un avis d&#8217;utilisateur, le <em>Fonzie</em> de service, qui disait ceci sur<br />
ce modèle particulier : <q>excellente tenue de route en dérapage sur sol<br />
mouillé</q>.</p>
<div class="zemanta-pixie"><img class="zemanta-pixie-img" src="http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=711ef2b0-b0ad-82d5-a4df-90cd84442b70" alt="" /></div>
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		<title>Trop courte la vie</title>
		<link>http://www.centpapiers.com/trop-courte-la-vie-2/91202</link>
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		<pubDate>Wed, 21 Dec 2011 17:31:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Monolecte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Une minute, tu es là ; la suivante, il n’y a plus personne.    Je suis
là parce que ce printemps un client a fini par cracher au bassinet. Ce n'est
pas évident, comme relation de causalité, mais quand le ciboulot se met à
tricoter plus vite que...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Une minute, tu es là ; la suivante, il n’y a plus personne.</p>
<p>    <a href="http://www.flickr.com/photos/monolecte/2380131999/" title="Vroum de Le Monolecte, sur Flickr"><img src="http://farm4.staticflickr.com/3153/2380131999_040da6f52d.jpg" alt="Vroum" style="float:right;margin:0 0 5px 5px;" height="334" width="500" /></a>Je suis<br />
là parce que ce printemps un client a fini par cracher au bassinet. Ce n&#8217;est<br />
pas évident, comme relation de causalité, mais quand le ciboulot se met à<br />
tricoter plus vite que la musique, on remonte l&#8217;écheveau des événements jusqu&#8217;à<br />
la source. Donc, j&#8217;ai fini par toucher le fruit de mon travail quelques mois<br />
après l&#8217;avoir entièrement exécuté à la satisfaction générale et, comme souvent,<br />
cela revient à hydrater le désert avec un arrosoir pour enfants tant mes<br />
créanciers, eux, sont ponctuels et âpres au gain. Cela dit, dettes épongées, il<br />
me restait de quoi réviser la voiture, changer les amortisseurs et même la<br />
chausser de neuf. Ça a l&#8217;air de rien, dit comme ça, mais c&#8217;est le genre<br />
d&#8217;investissement qui, en une fraction de seconde, peut faire toute la<br />
différence.</p>
<p>Les amortisseurs usés de ma R25 la ballottaient comme un bateau ivre et du coup<br />
mes pneumatiques s&#8217;usaient vite et mal. Je ne vais même pas raconter que les<br />
premiers amortisseurs qui coûtaient un bras se sont avérés défectueux. Et c&#8217;est<br />
grâce au contrôle technique, épreuve cyclique et financièrement stressante, que<br />
ce vice de fabrication a été identifié comme tel et les amortisseurs changés<br />
une nouvelle fois, mais sous la garantie du fabriquant.<br />
D&#8217;habitude, pour les pneus, je prends du premier prix, mais là, va savoir<br />
pourquoi, j&#8217;ai visité un site de vente en ligne dédié à la gloire du<br />
pneumatique, je me suis tapé des kilomètres de comparatifs et d&#8217;avis clients<br />
avant de me décider pour un train complet de <em><a hreflang="en" href="http://www.hankooktire-eu.com/tires/tire-presenter-single-view/view/singleView.html?aoetirepresenter%5Boffset%5D=0&amp;aoetirepresenter%5Btire%5D=778&amp;aoetirepresenter%5Bback%5D=216&amp;cHash=b9cc194a21475241cedddfe7db7acf78"><br />
Hankook Kinergy</a></em>, les nouveaux boudins écologiques. Parce qu&#8217;il paraît<br />
qu&#8217;ils s&#8217;usent moins, font moins de bruit et que, cerise sur le gâteau, comme<br />
il y a moins de frottement, on doit bien consommer 3 dès à coudre de pétrole en<br />
moins par plein.<br />
Ce n&#8217;est pas rien.</p>
<blockquote>
<ul>
<li><q>Pour le réveillon de Noël, j&#8217;ai envie d&#8217;un vrai repas de fête :<br />
poulet et salade !</q></li>
</ul>
</blockquote>
<p>Bon, dit comme cela, il serait difficile de ne pas essayer de faire plaisir à<br />
la gosse. Il fait un temps de chien galeux et une fine bruine noie mon coin de<br />
cambrousse, mais quand faut y aller, faut y aller.</p>
<p>Ce n&#8217;est pas comme si je ne l&#8217;avais pas vue. J&#8217;aurais pu être distraite par une<br />
conversation mains libres sur mon portable ou être en train de chercher une<br />
station introuvable sur mon autoradio, parce que c&#8217;est ainsi, le bled est un<br />
multi-cône-d&#8217;ombre : ni portable, ni radio, ni internet. Ou juste ce qu&#8217;il<br />
faut pour entendre la vie en morse et être encore plus agacé. Non, j&#8217;ai<br />
parfaitement bien vu la voiture qui s&#8217;est placée dans le dégagement pour<br />
tourner sur sa gauche à elle et ma droite à moi, ce que je n&#8217;avais absolument<br />
pas prévu, c&#8217;est que, elle, elle ne me voit pas du tout. Pourtant, je vous jure<br />
que je suis visible : une petite nana dans une grosse bagnole, ça fait<br />
rire tous mes potes du bled.<br />
Donc, elle tourne tranquillement en me coupant la route.</p>
<p>Comptons un bon gros dixième de seconde pour la surprise et un autre pour une<br />
pensée fugace et incontrôlable, façon épitaphe dédiée à l’édification des<br />
générations futures, du genre : <q>connasse, bordel de merde !</q> Et<br />
paf, le pied écrase le frein en mode automatique.<br />
Et là, tout compte.<br />
Absolument tout compte.</p>
<p>Je pensais que le temps s&#8217;étirait et qu&#8217;on avait le temps de voir sa vie<br />
défiler, comme au cinéma. En tout cas, c&#8217;est ce que m&#8217;avait raconté mon ami<br />
Étienne, après s&#8217;être vautré en moto sur une autoroute francilienne. Mais non,<br />
aucun effet relativiste. Les pneus se bloquent immédiatement et plus d&#8217;une<br />
tonne de métal lancée à 80km/h se met à dériver hors de tout contrôle.<br />
Ainsi donc, voilà ce que l&#8217;on ressent quand on part en<br />
<em>aquaplanning</em>.<br />
Rien.</p>
<p>J&#8217;évite l&#8217;arrière de la bécasse qui, je le pense encore, ne s&#8217;est rendu compte<br />
de rien — peut-être un retour d&#8217;apéro un peu pénible — et fonce posément sur la<br />
voiture qui attendait son tour au stop à ma droite. C&#8217;est un pot de yaourt. Si<br />
je la percute, la conductrice est foutue. Contre-braquage. C&#8217;est marrant ça se<br />
fait tout seul et je n’ai même pas fermé les yeux. D&#8217;habitude, quand je vois un<br />
truc flippant sur la route, je couine et je ferme les yeux. Là, mon pied s&#8217;est<br />
passé des relais synaptiques et il est déjà en train d&#8217;accélérer doucement pour<br />
me faire retrouver un semblant d&#8217;adhérence. Mon train arrière bascule dans<br />
l&#8217;autre sens et rase le capot de la voiture à l&#8217;arrêt. Sauvée, celle-là.<br />
Mais je glisse toujours comme un paquebot sans gouvernail et ma calandre vise à<br />
présent le bord gauche de la route. Si je continue, je vais faire un carton<br />
avec la caisse qui vient en face. Ma voiture est partie de travers, mon pied<br />
accentue sa pression pendant que mes bras volent pour redresser la trajectoire,<br />
à fond dans l&#8217;autre sens. Ça patine, ça se déporte encore un peu pendant que<br />
l&#8217;arrière chasse étrangement, mais je reste collée à la route. Le temps ne se<br />
ralentit toujours pas, ce salaud. Je ne lâche rien, re-contre-braque et d&#8217;un<br />
seul coup, c&#8217;est fini, j&#8217;ai repris ma trajectoire initiale.</p>
<p>La nana au stop a dû se chier dessus. J&#8217;ai tout négocié sur les zébras du<br />
tourne-à-gauche. Je suis surprise d&#8217;être indemne, dans ma caisse, roulant<br />
tranquillement comme si je ne venais pas de passer les deux secondes les plus<br />
longues de ma vie. Et puis non, même pas. C&#8217;était juste deux secondes comme les<br />
autres et puis rien. J&#8217;hyperventile trois bons coups pour chasser la trouille<br />
qui tente d&#8217;escalader mon dos. Je suis étonnée de n&#8217;avoir pas paniqué et de<br />
m&#8217;en être sortie aussi bien.<br />
Mais voilà, trois ans d&#8217;escalade m&#8217;ont appris à regarder ma peur en face et des<br />
amortisseurs neufs m&#8217;ont permis d&#8217;avoir la tenue de route suffisante et<br />
nécessaire pour que mes efforts ne soient pas vains.</p>
<p>Ah oui, j&#8217;y repense, j&#8217;ai choisi mes pneus en dernier ressort parce qu&#8217;il y<br />
avait un avis d&#8217;utilisateur, le <em>Fonzie</em> de service, qui disait ceci sur<br />
ce modèle particulier : <q>excellente tenue de route en dérapage sur sol<br />
mouillé</q>.</p>
<div class="zemanta-pixie"><img class="zemanta-pixie-img" alt="" src="http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=711ef2b0-b0ad-82d5-a4df-90cd84442b70" /></div>
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		<title>Effet ciseau</title>
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		<pubDate>Tue, 08 Nov 2011 11:55:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Monolecte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Et là, est-ce que tu commences à bien la sentir, la main
invisible du marché ? Est-ce que tu la sens bien, son étreinte
implacable qui t'a choppé par les balloches et qui te broie, continuellement,
inexorablement, jusqu'à ce que tu mettes genou ...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Et là, est-ce que tu commences à bien la sentir, <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2008/11/16/L-illusion-democratique-au-service-du-capitalisme">la main<br />
invisible du marché</a> ? Est-ce que tu la sens bien, son étreinte<br />
implacable qui t&#8217;a choppé par les balloches et qui te broie, continuellement,<br />
inexorablement, jusqu&#8217;à ce que tu mettes genou à terre, jusqu&#8217;à ce que tu<br />
ploies l&#8217;échine, jusqu&#8217;à ce que tu ne sois plus rien qu&#8217;un grand cri de<br />
douleur ?
<p style="margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
<a title="Garder le contact de Le Monolecte, sur Flickr" href="http://www.flickr.com/photos/monolecte/6318315218/"><img src="http://farm7.static.flickr.com/6095/6318315218_f6ccc210a7.jpg" alt="Garder le contact" style="float: right; margin-top: 0; margin-right: 0; margin-bottom: 5px; margin-left: 5px;" height="500" width="336" /></a>Je le dis et je le répète, inlassablement, parce<br />
qu&#8217;il faut bien ne jamais se lasser : <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2008/10/09/Ceci-n-est-pas-une-crise">ceci n&#8217;est définitivement pas une<br />
crise</a>.</p>
<p style=" margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
Une crise, c&#8217;est un événement soudain et imprévu, assez violent, et bien<br />
délimité dans le temps, avec au moins un début assez marqué, souvent une<br />
dégradation fulgurante et un dénouement violent. Or là, nous vivons juste dans<br />
un état permanent de crise. À moment donné, c&#8217;est devenu <q>La Crise</q>. Et<br />
même si on change le nom de temps à autre, c&#8217;est toujours <q>La Crise</q>.<br />
Comme une sorte de divinité maléfique et incontrôlable qui perturbe les plans<br />
des gouvernements, comme un chien égaré dans un grand jeu de quilles bien<br />
ordonnées.</p>
<p style=" margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
Je pensais que le coup de La Crise ne pouvait pas marcher à tous les coups,<br />
tout le temps, pour tout et n&#8217;importe quoi.</p>
<p style=" margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
Je me trompais.</p>
<p style=" margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
<q>La Crise</q>, c&#8217;est l&#8217;état normal de la marche du monde pratiquement depuis<br />
que je suis née. Je ne me souviens pas avoir vécu autre chose que <q>La<br />
Crise</q> et mon tout premier souvenir, c&#8217;est celui de <q>La Crise</q> :<br />
le soir où mon père est rentré du boulot avec une 4L à la place de la grande<br />
Commodore familiale.<br />
C&#8217;était il y a un peu plus de 35 ans.</p>
<p style=" margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
Depuis ce moment-là, je vis dans un monde en <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2010/04/15/Jusqu-a-ce-que-mort-s-en-suive">Crise permanente</a>.<br />
Enfin, plus ou moins permanente, plus ou moins en déclin, selon la saison et<br />
selon le statut social des personnes concernées.</p>
<p style=" margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
Parce que, comme tout un chacun l&#8217;avait quand même un peu remarqué, <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2009/03/30/Quand-la-merde-monte">ce n&#8217;est pas la même crise pour tout le<br />
monde</a>. Parce que <q>La Crise</q>, c&#8217;est le désordre et le désordre, c&#8217;est<br />
paradoxalement comme tout ordre social, cela crée des perdants, certes,<br />
beaucoup, mais aussi quelques gagnants, bien moins nombreux, mais ô combien<br />
mieux servis. <q>La Crise</q> que l&#8217;on nous ressert jour après jour comme un<br />
vieux reste exhumé bien trop de fois de son <em>tupperware</em> pour rester<br />
vaguement comestible a ceci de particulier qu&#8217;<a href="http://fr.myeurop.info/2011/11/07/austerite-and-winner-3756">elle frappe<br />
durement les pauvres</a>, qu&#8217;<a href="http://www.marianne2.fr/L-automobile-oublie-les-classes-moyennes-au-profit-du-low-cost-et-du-luxe_a212087.html">elle<br />
érode lentement mais sûrement les capacités natatoires de la fameuse classe<br />
moyenne</a> qui surnage entre deux eaux et qu&#8217;elle profite au-delà de toute<br />
proportion à un groupe de plus en plus restreint de personnes très riches, très<br />
puissantes et très intouchables.</p>
<p style=" margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
Et ce n&#8217;est pas le énième faux plan de sauvetage de la <em>Merkozy</em> en<br />
délire qui va changer quoi que ce soit à la donne.<br />
Bien au contraire !<br />
Nos gouvernements d&#8217;imposteurs produisent à la chaîne des plans, qui n&#8217;en sont<br />
pas, parce qu&#8217;ils ne prévoient rien, fallacieusement qualifiés de relance,<br />
alors que la seule chose qu&#8217;ils relancent c&#8217;est la vitesse avec laquelle les<br />
inégalités se creusent et que la situation se dégrade. Parce que là est le<br />
point intéressant : la situation ne cesse de se dégrader, non par la grâce<br />
d&#8217;une quelconque loi économique implacable et indépassable, mais uniquement par<br />
la volonté des instances décisionnelles réelles mondiales.</p>
<p style=" margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
Parce qu&#8217;il ne faut pas prendre les ennemis des peuples pour des canards<br />
sauvages. Il ne faut pas penser un seul instant qu&#8217;ils tentent quoi que ce soit<br />
pour améliorer le sort du plus grand nombre. Il ne faut en rien imaginer que<br />
ces gens qui pérorent à longueur de temps sur nos écrans dont la lueur livide<br />
souligne le désenchantement de nos foyers, que ces gens puissent, à un seul<br />
moment, nous dirent la vérité. Leur vérité. Simple. Brutale. Implacable.</p>
<h4 style=" margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
Ils n&#8217;ont plus besoin de nous.</h4>
<p style=" margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
En fait, nous sommes même un peu encombrants. Comme des wagons vides que l&#8217;on<br />
détache pour ne pas se les traîner dans la montée.</p>
<p style=" margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
Chaque Crise n&#8217;est jamais que l&#8217;accélération brutale et préméditée d&#8217;un<br />
processus entamé depuis quelques décennies, un processus volontaire et<br />
conscient qui consiste à refermer la parenthèse maudite des droits des peuples<br />
nés du traumatisme de l&#8217;après-guerre. <a href="http://ump.blogs.letelegramme.com/archive/2008/07/15/le-projet-de-sarkozy-en-finir-avec-le-conseil-national-de-la.html"><br />
Ce n&#8217;est même pas moi qui le dis</a>.<br />
L&#8217;objet de La Crise, comme processus économique conscient, constant et<br />
entretenu par des politiques qui ne relancent rien parce qu&#8217;elles ne sont<br />
qu&#8217;aggravantes, l&#8217;objectif ultime de cet état de choc permanent, c&#8217;est la<br />
disparition de la classe moyenne mondiale et la liquidation de la population<br />
surnuméraire.</p>
<p style=" margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
Dit comme cela, ça fait un peu exagéré. Complotiste fou. Paranoïaque en pleine<br />
crise psychotique. Terroriste, même, un peu, sur les bords.</p>
<p style=" margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
Mais les faits sont plus têtus que 30 ans de propagande de Crise. Les faits<br />
racontent que la richesse mondiale, elle, progresse sans cesse, que <a href="http://queau.eu/?p=1948">l&#8217;humanité n&#8217;a jamais été aussi riche qu&#8217;en ce<br />
moment</a>. Ce qui signifie, concrètement, qu&#8217;il n&#8217;y a aucune crise économique<br />
en cours. Ce qui signifie, concrètement, que toute politique visant à réduire<br />
encore un peu plus les moyens de subsistance d&#8217;une partie de plus en plus<br />
importante de la population mondiale est une politique délibérée de<br />
paupérisation à grande échelle, une politique de création artificielle<br />
d&#8217;inégalités insupportables, une politique de confiscation des ressources du<br />
plus grand nombre pour le profit de quelques-uns.</p>
<p style=" margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
Ceci n&#8217;est pas une putain de crise. Ceci est <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2007/01/24/Au-bout-du-chemin">le bout du chemin</a>. Ceci est le<br />
<a href="http://blog.monolecte.fr/post/2007/08/22/De-la-democratie-en-entreprise">rétablissement d&#8217;une<br />
société féodale</a>, où la loi du plus fort, du plus riche écrase tous les<br />
autres. Ceci est la négation de tout ce que les peuples avaient construit et<br />
gagné depuis seulement 60 ans. <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Du_contrat_social">Ceci est la fin du Contrat<br />
social</a>. Ceci est une fin de civilisation.</p>
<h4 style=" margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
Ceci est leur réponse, leur solution, à la seule véritable crise<br />
actuelle : <a href="http://petrole.blog.lemonde.fr/2011/11/06/trop-tard-pour-limiter-le-rechauffement-a-2%C2%B0c-selon-nature/2/"><br />
la crise écologique</a>.</h4>
<p style=" margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
Parce qu&#8217;il faut vraiment être naïf pour penser que la part la plus gaspilleuse<br />
et profiteuse de notre population n&#8217;a pas pris la mesure du véritable danger<br />
qui nous guette : le fait que notre nombre, en tant qu&#8217;espèce, conjugué à<br />
notre mode de vie, implique un épuisement des ressources et donc de nos<br />
capacités de survie, toujours en tant qu&#8217;espèce, sur cette planète.</p>
<p style=" margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
Il n&#8217;y a, en gros que deux façons de réagir face à la crise écologique<br />
majeure :</p>
<ol>
<li>changer globalement notre mode de vie afin de le rendre supportable pour<br />
notre planète. Cela revient <em>grosso merdo</em> à quitter le modèle<br />
capitaliste, basé sur la surproduction et la surconsommation d&#8217;une bonne grosse<br />
minorité de l&#8217;humanité, pour un modèle fondé sur les besoins humains<br />
véritables, quelque chose qui, en gros, devrait tous nous faire converger vers<br />
le mode de vie d&#8217;un Bengali moyen. Vaste progrès pour certains d&#8217;entre nous,<br />
petit changement de braquet et grande révolution intellectuelle pour la<br />
majorité d&#8217;entre nous et sacrifice incommensurable pour les quelques-uns qui<br />
vivent et consomment comme des porcs.</li>
<li>éliminer la concurrence en limitant drastiquement et autoritairement<br />
l&#8217;accès aux ressources. Favoriser une régulation néo-darwinienne de la<br />
population en dégradant globalement les conditions de vie : limitation de<br />
l&#8217;accès à la nourriture, au logement, aux soins, au repos et à l&#8217;éducation. Ne<br />
conserver, dans un état de servitude volontaire, que la partie de la population<br />
nécessaire pour produire les biens indispensables au confort de la minorité<br />
dominante. Libéré du poids démographique, continuer de gaspiller et de se<br />
goinfrer sans se soucier des conséquences.</li>
</ol>
<p style=" margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
À votre avis, quel choix ont bien pu faire ceux qui nous gouvernent et qui, à<br />
ce titre, sont au sommet de notre chaîne alimentaire spécifique ?<br />
Si vous pensez que c&#8217;est la frugalité volontaire, je crois que vous n&#8217;avez<br />
toujours rien compris à la sombre dualité de la nature humaine.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Effet ciseau</title>
		<link>http://www.centpapiers.com/effet-ciseau-2/86513</link>
		<comments>http://www.centpapiers.com/effet-ciseau-2/86513#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 08 Nov 2011 11:55:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Monolecte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Et là, est-ce que tu commences à bien la sentir, la main
invisible du marché ? Est-ce que tu la sens bien, son étreinte
implacable qui t'a choppé par les balloches et qui te broie, continuellement,
inexorablement, jusqu'à ce que tu mettes genou ...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Et là, est-ce que tu commences à bien la sentir, <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2008/11/16/L-illusion-democratique-au-service-du-capitalisme">la main<br />
invisible du marché</a> ? Est-ce que tu la sens bien, son étreinte<br />
implacable qui t&#8217;a choppé par les balloches et qui te broie, continuellement,<br />
inexorablement, jusqu&#8217;à ce que tu mettes genou à terre, jusqu&#8217;à ce que tu<br />
ploies l&#8217;échine, jusqu&#8217;à ce que tu ne sois plus rien qu&#8217;un grand cri de<br />
douleur ?
<p style="margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
<a title="Garder le contact de Le Monolecte, sur Flickr" href="http://www.flickr.com/photos/monolecte/6318315218/"><img src="http://farm7.static.flickr.com/6095/6318315218_f6ccc210a7.jpg" alt="Garder le contact" style="float: right; margin-top: 0; margin-right: 0; margin-bottom: 5px; margin-left: 5px;" height="500" width="336" /></a>Je le dis et je le répète, inlassablement, parce<br />
qu&#8217;il faut bien ne jamais se lasser : <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2008/10/09/Ceci-n-est-pas-une-crise">ceci n&#8217;est définitivement pas une<br />
crise</a>.</p>
<p style=" margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
Une crise, c&#8217;est un événement soudain et imprévu, assez violent, et bien<br />
délimité dans le temps, avec au moins un début assez marqué, souvent une<br />
dégradation fulgurante et un dénouement violent. Or là, nous vivons juste dans<br />
un état permanent de crise. À moment donné, c&#8217;est devenu <q>La Crise</q>. Et<br />
même si on change le nom de temps à autre, c&#8217;est toujours <q>La Crise</q>.<br />
Comme une sorte de divinité maléfique et incontrôlable qui perturbe les plans<br />
des gouvernements, comme un chien égaré dans un grand jeu de quilles bien<br />
ordonnées.</p>
<p style=" margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
Je pensais que le coup de La Crise ne pouvait pas marcher à tous les coups,<br />
tout le temps, pour tout et n&#8217;importe quoi.</p>
<p style=" margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
Je me trompais.</p>
<p style=" margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
<q>La Crise</q>, c&#8217;est l&#8217;état normal de la marche du monde pratiquement depuis<br />
que je suis née. Je ne me souviens pas avoir vécu autre chose que <q>La<br />
Crise</q> et mon tout premier souvenir, c&#8217;est celui de <q>La Crise</q> :<br />
le soir où mon père est rentré du boulot avec une 4L à la place de la grande<br />
Commodore familiale.<br />
C&#8217;était il y a un peu plus de 35 ans.</p>
<p style=" margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
Depuis ce moment-là, je vis dans un monde en <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2010/04/15/Jusqu-a-ce-que-mort-s-en-suive">Crise permanente</a>.<br />
Enfin, plus ou moins permanente, plus ou moins en déclin, selon la saison et<br />
selon le statut social des personnes concernées.</p>
<p style=" margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
Parce que, comme tout un chacun l&#8217;avait quand même un peu remarqué, <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2009/03/30/Quand-la-merde-monte">ce n&#8217;est pas la même crise pour tout le<br />
monde</a>. Parce que <q>La Crise</q>, c&#8217;est le désordre et le désordre, c&#8217;est<br />
paradoxalement comme tout ordre social, cela crée des perdants, certes,<br />
beaucoup, mais aussi quelques gagnants, bien moins nombreux, mais ô combien<br />
mieux servis. <q>La Crise</q> que l&#8217;on nous ressert jour après jour comme un<br />
vieux reste exhumé bien trop de fois de son <em>tupperware</em> pour rester<br />
vaguement comestible a ceci de particulier qu&#8217;<a href="http://fr.myeurop.info/2011/11/07/austerite-and-winner-3756">elle frappe<br />
durement les pauvres</a>, qu&#8217;<a href="http://www.marianne2.fr/L-automobile-oublie-les-classes-moyennes-au-profit-du-low-cost-et-du-luxe_a212087.html">elle<br />
érode lentement mais sûrement les capacités natatoires de la fameuse classe<br />
moyenne</a> qui surnage entre deux eaux et qu&#8217;elle profite au-delà de toute<br />
proportion à un groupe de plus en plus restreint de personnes très riches, très<br />
puissantes et très intouchables.</p>
<p style=" margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
Et ce n&#8217;est pas le énième faux plan de sauvetage de la <em>Merkozy</em> en<br />
délire qui va changer quoi que ce soit à la donne.<br />
Bien au contraire !<br />
Nos gouvernements d&#8217;imposteurs produisent à la chaîne des plans, qui n&#8217;en sont<br />
pas, parce qu&#8217;ils ne prévoient rien, fallacieusement qualifiés de relance,<br />
alors que la seule chose qu&#8217;ils relancent c&#8217;est la vitesse avec laquelle les<br />
inégalités se creusent et que la situation se dégrade. Parce que là est le<br />
point intéressant : la situation ne cesse de se dégrader, non par la grâce<br />
d&#8217;une quelconque loi économique implacable et indépassable, mais uniquement par<br />
la volonté des instances décisionnelles réelles mondiales.</p>
<p style=" margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
Parce qu&#8217;il ne faut pas prendre les ennemis des peuples pour des canards<br />
sauvages. Il ne faut pas penser un seul instant qu&#8217;ils tentent quoi que ce soit<br />
pour améliorer le sort du plus grand nombre. Il ne faut en rien imaginer que<br />
ces gens qui pérorent à longueur de temps sur nos écrans dont la lueur livide<br />
souligne le désenchantement de nos foyers, que ces gens puissent, à un seul<br />
moment, nous dire la vérité. Leur vérité. Simple. Brutale. Implacable.</p>
<h4 style=" margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
Ils n&#8217;ont plus besoin de nous.</h4>
<p style=" margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
En fait, nous sommes même un peu encombrants. Comme des wagons vides que l&#8217;on<br />
détache pour ne pas se les traîner dans la montée.</p>
<p style=" margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
Chaque Crise n&#8217;est jamais que l&#8217;accélération brutale et préméditée d&#8217;un<br />
processus entamé depuis quelques décennies, un processus volontaire et<br />
conscient qui consiste à refermer la parenthèse maudite des droits des peuples<br />
nés du traumatisme de l&#8217;après-guerre. <a href="http://ump.blogs.letelegramme.com/archive/2008/07/15/le-projet-de-sarkozy-en-finir-avec-le-conseil-national-de-la.html"><br />
Ce n&#8217;est même pas moi qui le dis</a>.<br />
L&#8217;objet de La Crise, comme processus économique conscient, constant et<br />
entretenu par des politiques qui ne relancent rien parce qu&#8217;elles ne sont<br />
qu&#8217;aggravantes, l&#8217;objectif ultime de cet état de choc permanent, c&#8217;est la<br />
disparition de la classe moyenne mondiale et la liquidation de la population<br />
surnuméraire.</p>
<p style=" margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
Dit comme cela, ça fait un peu exagéré. Complotiste fou. Paranoïaque en pleine<br />
crise psychotique. Terroriste, même, un peu, sur les bords.</p>
<p style=" margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
Mais les faits sont plus têtus que 30 ans de propagande de Crise. Les faits<br />
racontent que la richesse mondiale, elle, progresse sans cesse, que <a href="http://queau.eu/?p=1948">l&#8217;humanité n&#8217;a jamais été aussi riche qu&#8217;en ce<br />
moment</a>. Ce qui signifie, concrètement, qu&#8217;il n&#8217;y a aucune crise économique<br />
en cours. Ce qui signifie, concrètement, que toute politique visant à réduire<br />
encore un peu plus les moyens de subsistance d&#8217;une partie de plus en plus<br />
importante de la population mondiale est une politique délibérée de<br />
paupérisation à grande échelle, une politique de création artificielle<br />
d&#8217;inégalités insupportables, une politique de confiscation des ressources du<br />
plus grand nombre pour le profit de quelques-uns.</p>
<p style=" margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
Ceci n&#8217;est pas une putain de crise. Ceci est <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2007/01/24/Au-bout-du-chemin">le bout du chemin</a>. Ceci est le<br />
<a href="http://blog.monolecte.fr/post/2007/08/22/De-la-democratie-en-entreprise">rétablissement d&#8217;une<br />
société féodale</a>, où la loi du plus fort, du plus riche écrase tous les<br />
autres. Ceci est la négation de tout ce que les peuples avaient construit et<br />
gagné depuis seulement 60 ans. <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Du_contrat_social">Ceci est la fin du Contrat<br />
social</a>. Ceci est une fin de civilisation.</p>
<h4 style=" margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
Ceci est leur réponse, leur solution, à la seule véritable crise<br />
actuelle : <a href="http://petrole.blog.lemonde.fr/2011/11/06/trop-tard-pour-limiter-le-rechauffement-a-2%C2%B0c-selon-nature/2/"><br />
la crise écologique</a>.</h4>
<p style=" margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
Parce qu&#8217;il faut vraiment être naïf pour penser que la part la plus gaspilleuse<br />
et profiteuse de notre population n&#8217;a pas pris la mesure du véritable danger<br />
qui nous guette : le fait que notre nombre, en tant qu&#8217;espèce, conjugué à<br />
notre mode de vie, implique un épuisement des ressources et donc de nos<br />
capacités de survie, toujours en tant qu&#8217;espèce, sur cette planète.</p>
<p style=" margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
Il n&#8217;y a, en gros que deux façons de réagir face à la crise écologique<br />
majeure :</p>
<ol>
<li>changer globalement notre mode de vie afin de le rendre supportable pour<br />
notre planète. Cela revient <em>grosso merdo</em> à quitter le modèle<br />
capitaliste, basé sur la surproduction et la surconsommation d&#8217;une bonne grosse<br />
minorité de l&#8217;humanité, pour un modèle fondé sur les besoins humains<br />
véritables, quelque chose qui, en gros, devrait tous nous faire converger vers<br />
le mode de vie d&#8217;un Bengali moyen. Vaste progrès pour certains d&#8217;entre nous,<br />
petit changement de braquet et grande révolution intellectuelle pour la<br />
majorité d&#8217;entre nous et sacrifice incommensurable pour les quelques-uns qui<br />
vivent et consomment comme des porcs.</li>
<li>éliminer la concurrence en limitant drastiquement et autoritairement<br />
l&#8217;accès aux ressources. Favoriser une régulation néo-darwinienne de la<br />
population en dégradant globalement les conditions de vie : limitation de<br />
l&#8217;accès à la nourriture, au logement, aux soins, au repos et à l&#8217;éducation. Ne<br />
conserver, dans un état de servitude volontaire, que la partie de la population<br />
nécessaire pour produire les biens indispensables au confort de la minorité<br />
dominante. Libéré du poids démographique, continuer de gaspiller et de se<br />
goinfrer sans se soucier des conséquences.</li>
</ol>
<p style=" margin-top:12px; margin-bottom:12px; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
À votre avis, quel choix ont bien pu faire ceux qui nous gouvernent et qui, à<br />
ce titre, sont au sommet de notre chaîne alimentaire spécifique ?<br />
Si vous pensez que c&#8217;est la frugalité volontaire, je crois que vous n&#8217;avez<br />
toujours rien compris à la sombre dualité de la nature humaine.</p>
]]></content:encoded>
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