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Les mauvaises fr?quentations

Je viens d’un pays banal où les fenêtres ont des oreilles et des rideaux qui se soulèvent sans aucune brise.

Fenêtre sur natureC’était un monde d’une extrême bienveillance où une foule invisible de braves gens veillaient en permanence à ce que je ne sorte jamais des sentiers bien balisés. Rien n’était jamais dit, mais tout se savait.

Mais que faisais-tu à trainer avec le petit Barabas ?

C’était ma grand-mère qui m’alpaguait au moment où je rangeais mon vélo dans l’abri du jardin. J’étais, d’une certaine façon, plus libre que les enfants d’aujourd’hui puisque je pouvais trainer avec la bande du quartier loin du regard de ma grand-mère. Mais d’un autre côté, elle avait trouvé, comme tout le monde dans le bled, d’aimables extensions à ses yeux myopes et quoi que je fasse, quoi que je dise, tout lui était rapporté dans la minute par quelque ésotérique moyen de communication qui enfonçait, de loin, la mythique barrière de la vitesse de la lumière.

Le petit Barabas, comme bien d’autres, faisait partie des mauvaises fréquentations. Non pas qu’il fut particulièrement plus turbulent, chahuteur, menteur, voleur, tricheur ou déconneur que la moyenne des gosses du quartier, mais c’est qu’il venait d’une famille à la mauvaise réputation et que ce seul fait suffisait à lui régler son compte de manière définitive.

C’est qu’ils ne vivaient pas vraiment comme tout le monde, ces gens-là. Et puis, d’ailleurs, qui savait réellement ce qu’ils trafiquaient dans leur coin ? Et la mère, pour qui elle se prenait, avec ses grands airs, à ne saluer personne les rares fois où elle descendait en ville ?

J’avais dans l’idée qu’elle avait bien dû tenter de briser la glace deux ou trois fois et qu’elle avait fini par laisser tomber, rabrouée par la morgue malveillante des commères du village, les gardiennes du temple de la moralité, celles qui faisaient ou défaisaient la réputation des uns et des autres en quelques mots expéditifs.

Malheur aux différents ! Malheur aux pas comme nous ! Ils se retrouvaient murés vivants dans une gangue de mépris et de suspicion qui les isolaient plus surement du reste de la communauté que s’ils avaient vécus sur la Lune.

C’était con, parce que j’ai toujours préféré la société des marginaux, des pas pareils, des pas fréquentables, de ceux devant lesquels on change de trottoir et on baisse la voix en chuchotant. Pas juste parce qu’ils étaient des réprouvés, pas juste par esprit de contradiction — encore que, quand même, un peu —, mais par envie d’aller vers ce qui n’est pas connu, reconnu et balisé, ce qui n’a pas reçu l’approbation normative des vieilles barbues à l’haleine fétide et aux idées étroites.

La bonne société des mouflets de mon âge, c’était les premiers de la classe, les gosses de notables et de commerçants, souvent de remarquables petites pestes suffisantes et cruelles que je jugeais précisément totalement infréquentables. L’entre-soi déjà moisi du mépris social. Les mauvaises fréquentations, c’étaient les immigrés, les gosses d’ouvriers et de prolos, ceux dont les parents ne frayaient pas avec les braves gens du bled, quitte à pochetronner jusqu’à pas d’heure au troquet du coin où j’allais régulièrement chercher mon grand-père. J’étais juste au milieu de ce bel ordre social, avec une assez bonne réputation, entachée par ma tendance à préférer les infréquentables. Bonne élève, plutôt mignonne et gentille, même si j’avais déjà ce que les commères appelaient paradoxalement une langue bien pendue, c’est-à-dire non pas un organe à baver interminablement sur autrui, mais une manière plutôt impertinente de poser les mauvaises questions au mauvais moment et aux mauvaises personnes.

Même ça, même ta tronche était un enjeu central du contrôle social : pas de place pour les moches, ou alors en braves souffre-douleur, ni pour les trop belles, forcément des putes et des Marie couche-toi là. Tout était tellement soigneusement pesé, calibré, référencé, rapporté, comparé et archivé : la longueur de la jupe, ni trop haute (ça fait pute) ni trop basse (ça fait romano), si tu souris juste assez, ni aguicheuse, ni hautaine, l’heure à laquelle tu sors, celle à laquelle tu rentres, à qui tu parles, où et comment... tu es juste comme un insecte dans un labyrinthe de verre.

Je ne sais pas trop comment, mais ça a continué plus tard, après, même (et surtout) quand je suis partie à la fac, loin dans la ville. C’est ça, la magie du village : loin des yeux et près du cœur.

Un jour ma grand-mère m’appelle, en colère et affolée :

  • Tu dois rentrer tout de suite à la maison.
  • Je ne peux pas, j’ai partiels !
  • Arrête de mentir, je sais tout !

Arf, qu’est-ce que le téléphone arabe du bled avait bien pu trouver à lui rapporter d’au-delà des frontières lointaines de notre grande ruralité ? Que je fumais comme un pompier, que je picolais parfois comme un Polonais (et même avec, quand la soirée était bonne), que j’avais des potes qui se camaient, d’autres qui vendaient leur cul pour arrondir leurs fins de mois, que ma résidence universitaire regroupait tellement de nationalités différentes qu’on aurait pu se croire à une séance plénière de l’ONU, que je trainais dans les quartiers louches à des heures indues et qu’il m’arrivait de piquer du nez en cours après des nuits plus longues que des jours sans pain ?

  • Tu sais quoi ?
  • Que ce n’est pas vrai, que tu n’es pas à l’université. On m’a dit que le Mirail, c’est une cité HLM et que tu y vas te faire sauter par des bougnoules. On ne met pas d’université dans les banlieues, tout le monde sait ça.

Le weekend suivant, je lui ai rapporté ma carte d’étudiante, celle de la BU, les tickets RU, des brochures de la fac, des notes de cours, tout ce que j’ai pu trouver. Plus tard, je lui ai même ramené un diplôme, puis un autre d’une fac plus prestigieuse. Et encore un autre. Mais cela n’avait aucune importance. Je crois bien qu’elle est morte en n’ayant absolument jamais rien compris de ce que je suis, de ce que je pense ou de ce que je fais de ma vie. Elle m’a toujours demandé si j’allais avoir un jour un vrai boulot, un vrai métier et une vraie famille. Des choses simples et faciles à comprendre. Des choses comme tout le monde, des choses comme font les gens bien.

Les gens qu’on a envie de fréquenter, dans son monde.

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Stardust memories

C’est comme si j’étais née à l’âge de six ans

Les lumières de la villeLa gosse vient de monter à mes côtés dans la voiture et elle lâche cela dans l’élan sans même prendre le temps d’attacher sa ceinture. C’est dire si ça la perturbe.

  • Qu’est-ce que tu veux dire ?
  • Je suis en train d’oublier mon enfance!

Cela pourrait prêter à rire, venant d’une fillette de 10 ans, mais je comprends instantanément ce qu’elle veut dire.

  • Ça fait longtemps ?
  • Je viens de m’en rendre compte. Je n’arrive pas à me souvenir de quelque chose d’avant mes six ans, tout en sachant qu’il y a peu de temps, je m’en souvenais parfaitement.
  • Oui, je sais. Ça nous a toujours amusés, avec Papa, ta capacité de te souvenir de trucs de bébé. Mais faut pas t’inquiéter, je pense que c’est quelque chose de normal. Tu sais que ma mémoire aussi est bizarre : je peux me souvenir 20 ans d’un digicode ou d’un mot de passe ou de la place d’un fichier dans un ordinateur qui n’existe même plus et en même temps, je peux oublier le visage d’une personne, juste le temps de tourner les talons.
  • Je ne suis pas inquiète, c’est juste que ça fait bizarre.
  • Je me pose souvent des questions sur la mémoire et depuis toujours. Pourquoi on se souvient de certaines choses et pas d’autres, comment on s’en souvient, pourquoi on oublie, est-ce qu’on oublie vraiment ? Il m’arrive de vivre un moment tellement beau que je me dis « là, il faut vraiment que je m’en souvienne ». C’est comme si je voulais graver l’instant au burin dans la pierre, je veux absolument être capable de revivre cet instant à la demande, d’avoir tout qui remonte exactement comme je l’ai vécu, au moment même où je le vis : ce que je vois, ce que je sens, ce que j’entends, ce que je ressens et même, ce que je pense. Et tu sais quoi ?
  • Non.
  • Ça marche.

Je sais que je suis plus que la somme de mes souvenirs. Je suis aussi et surtout tout ce que j’ai oublié, mais dont je sais, confusément, que c’est toujours là, juste sous la surface de ma conscience, juste mal rangé, mal archivé, mais qu’un effort de concentration et de recherche suffisant pourrait probablement faire remonter à ma pleine connaissance. Parfois, je me rends compte que je ne me souviens plus que des souvenirs de mes souvenirs originaux. Une copie de copie de copie. Comme une réinterprétation de la réalité, un souvenir augmenté. D’une sensation fugace, je reconstitue patiemment le puzzle de l’instant, à travers d’autres souvenirs, plus ou moins reconstruits, des témoignages d’autres personnes (tu te souviens, le jour où nous avons fait cela ? Il faisait un temps superbe et l’air sentait le monoï), peut-être falsifiés, des photos, des tas de photos, pour garder les visages.

  • Tu sais, j’ai commencé à photographier autour de moi pour ne pas oublier.
  • Oui, tu me l’as dit.
  • Avant, je n’arrivais même pas à savoir ce que j’avais fait la semaine d’avant. Maintenant, quand un vieux me dit : « ho là là, mais quel temps, c'est pas compliqué, on n’avait jamais vu ça en cette saison! » et bien, je vais voir mon catalogue de photos et je vois que l’année dernière et les cinq années précédentes, il avait aussi fait un temps de chien au mois de mai, mais tous les ans, y a toujours un vieux qui n’a jamais vu ça de sa vie.
  • Et toi, tu te souviens de ton enfance ?
  • Plus grand-chose de la petite enfance, quelques moments de quand j’avais ton âge. Un jour, comme toi, je me suis rendu compte que c’était comme si je n’avais jamais été un bébé. Ça m’a profondément perturbée. Je pensais à mes parents, qui avaient toujours été vieux et je me suis rendue compte que s’ils ne me comprenaient pas, c’était juste parce qu’ils avaient oublié ce que l’on ressent quand on est un enfant. Ce jour-là, je me suis jurée de me souvenir de ce que l’on éprouve quand on est un gosse.
  • Et tu t’en souviens ?
  • À ton avis ?
  • Ouais, pas trop mal.
  • Tu sais, je crois que nous avons besoin d’oublier des choses. Mais je pense aussi, qu’en même temps, nous n’oublions rien, que la somme de tout ce que l’on a vécu est toujours stockée en nous, c’est juste qu’on n’a plus accès à tout, seulement à ce qui nous est nécessaire pour vivre et pour continuer. T’imagines ? Si on devait se souvenir d’absolument tout ce que nous faisons, vivons, pensons, ressentons, lisons, discutons ? Ce serait le bordel. Alors que là, on se souvient surtout de ce qui est important, même si ça ne nous paraît pas si important que cela. En fait, j’ai plusieurs théories, qui valent ce qu’elles valent. Nous trions nos souvenirs en fonction de ce qui nous intéresse, de ce qui nous émeut, de ce que l’on aime ou que l’on déteste. C’est très affectif, la mémoire. C’est donc très sélectif et c’est nécessaire pour nous permettre d’évoluer.
    Je pense aussi que la mémoire est liée à nos sens, à notre rapport au monde. Je pense que nous ne pouvons accéder facilement à notre petite enfance à cause du langage. Quand on est un bébé, on ressent le monde, mais on ne peut l’exprimer, parce que nous n’avons pas de mots pour ça. On voit des formes, des couleurs, des visages. Certains visages, certaines voix, certaines odeurs signifient la chaleur, la nourriture et la douceur. On s’y attache. Profondément. Puis les mots arrivent et on nomme les sensations et du coup, les souvenirs d’avant les mots ne sont plus accessibles, parce qu'ils ne sont pas archivés d’une manière compréhensible pour notre nouvelle façon de penser. Mais je pense qu’ils sont là, très forts et qu’ils façonnent en partie notre rapport au monde, des années plus tard. Des fois, tu rencontres des gens et tu ne sais pas pourquoi, mais du premier coup, tu sais si ça va le faire avec eux ou pas.
  • Oui, c’est vrai.
  • Je pense que ça ne vient pas du fait qu’on « lit » les gens, mais de ce qu’ils nous évoquent dans leur façon d’être, quelque chose qui a à voir avec un vieux souvenir oublié, mais encore actif. Parce que finalement, même si on change, il y a des choses en nous qui ne bougent pas, comme le noyau à l’intérieur du fruit, le cœur de l’oignon. Les expériences ajoutent des couches les unes par-dessus les autres et nous sommes la somme du tout : nous sommes le bébé du départ, le gamin, l’ado et tout le reste en même temps. Mais nous ne pouvons pas avoir conscience en permanence de tout cela, sinon, on ne vivrait plus.

La gosse a plus ou moins décroché. Elle finit toujours par décrocher. Parce que je ne m’arrête jamais à une réponse facile à l’emporte-pièce. Et je sais que ce n’est pas grave. Même ce qu’elle écoute d’une oreille, elle va quand même l’enregistrer quelque part en elle. Comme elle a déjà enregistré tout le reste avant, même quand elle était bébé et qu’on se demandait avec son père si c’était vraiment la peine de lui montrer des tas d’endroits et de gens qu’elle oublierait fatalement. Elle ne doit plus se souvenir de nos jeux et de nos rires de quand elle était bébé, mais je pense que c’est sur ce socle, ces sensations lointaines et informulées qu’elle a construit l’attachante petite personne qu’elle est aujourd’hui. C’est le terreau dont elle s’est nourrie et qui l’a fait grandir.

  • En fait, je crois que tu n’as pas fini d’oublier des choses.
  • Ah bon ?
  • Des fois, je me dis que l’adolescence, ça sert surtout à oublier tous les liens de l’enfance, les bons côtés des parents, pour ne plus en retenir que ce qui en fait des vieux cons.
  • Mais non, je ne serai jamais une ado comme ça.
  • On ne sait pas ce que tu vas devenir, mais je pense que ce n’est pas grave, je crois même que c’est un processus nécessaire : les ados doivent trouver les motivations nécessaires pour avoir envie de découvrir le monde et non pas de rester coller à leurs parents. De toute manière, la mémoire est quelque chose de mystérieux et de capricieux. Les vieux n’appartiennent plus au monde dans lequel ils dépérissent, ils s’ennuient et ils ne comprennent plus rien. Ils n’en gardent pas de traces alors que tous leurs plus anciens souvenirs, ceux qu’ils avaient précisément oubliés pendant leur vie d’adulte, reviennent à la surface.
  • Il paraît que les gens qui vont mourir voient le film de leur vie.
  • Je ne sais pas, mais mon ami Étienne m’avait raconté qu’il s’est tapé un sacré diaporama au moment où il a eu son accident de moto.
  • Mais, il est mort ?
  • Ben non, parce que sinon, il aurait eu du mal à me raconter, mais parce qu’il a pensé qu’il allait mourir, paf, c’est comme une digue qui a lâché et des tas de souvenirs de sa vie sont remontés brutalement à sa conscience. Finalement, on n’oublie rien, on n’oublie personne, on oublie seulement la manière de se souvenir des choses.


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Collusion, pot de vin et corruption dans le communautaire?

RAYMOND VIGER Une minorit? de fraudeurs mais qui fait mal ??la?majorit? Et les comptes de d?penses du communautaire? TVA pr?sente le salaire de certains directeurs d?organismes communautaires qui ramasse de l?argent pour combattre la pauvret?. Mais ce n?est que la … Lire la suite

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Intimit

Tu sais que tu es en couple le jour où tu te retrouves à te brosser les dents pendant que ton compagnon chie à côté


Le sac du grimpeurCe que ma fulgurante condisciple en éthologie voulait immanquablement évoquer par cette remarque nourrie par l'expérimentation continue de la vraie vie en milieu urbain, c'est la naissance de l'intimité. Le moment où tu es assez proche de quelqu'un pour te permettre de le laisser accéder à tes contingences biologiques — lesquelles ressemblent étrangement aux siennes —, mais qu'une société écartelée entre les archétypes de la nature et de la culture préfère ignorer franchement. Jusqu'à la psychose généralisée.

  • Du jour où j'ai vu sa touffe, notre amitié n'a plus jamais été la même.
C'était au sujet de l'amitié homme-femme et ce sémillant sexagénaire, qui n'avait jamais fait mystère de son goût immodéré de la drague en général et des franches saillies en particulier, exprimait là les limites de l'exercice, à savoir une trop grande intimité, justement, qui n'autorise plus la juste distanciation émotionnelle.
  • Je te jure, c'était vraiment une amie que j'adorais, on était très proches et tout, on ne faisait jamais de chichi entre nous, jusqu'à ce jour où elle s'est décullotée devant moi pendant une randonnée, juste pour pisser. Je n'ai pas pu m'empêcher de voir son sexe et c'était un putain de buisson, comme je n'en avais jamais vu (et pourtant, Dieu sait que j'en ai vu!). Et de ce jour, je n'ai jamais pu m'enlever cette image de la tête et chaque fois que je pense à elle ou que je lui parle, je ne vois que ce putain de buisson et ça gâche tout.

  • Un jour, ma meilleure amie est venue chez moi pour chier. Elle venait de traverser la moitié de la ville pour ça.
J'ai toujours aimé les conversations à bâtons rompus intergénérationnelles, mais là, je dois avoir la tête d'une poule qui vient de découvrir qu'elle a couvé un renard. Elle a la moitié de mon âge, c'est une autre génération, un autre monde, un autre univers.
  • Mais pourquoi?
  • Ce soir-là, elle dormait chez son fiancé et elle a eu tellement envie qu'elle a su qu'elle ne pouvait pas se retenir toute la nuit.
  • Vous voulez dire qu'elle ne pouvait pas chier chez lui? Mais ils couchaient ensemble, quand même, ils n'allaient pas attendre le mariage?
  • Oui, oui, mais elle ne pouvait pas envisager de chier dans ses toilettes à lui, avec lui de l'autre côté de la porte : les bruits, les odeurs, tout ça...
  • Mais elle ne se doutait pas qu'il devait avoir quelques soupçons? Que vous êtes biologiquement soumis aux mêmes contraintes? Que les filles ne sont pas des princesses et qu'elles ne chient pas de la poudre de licorne?
  • En fait, on évite ce genre de chose.
  • Mais vous êtes la génération libérée du cul, vous pensez que la sodomie est un truc anodin et normal, mais dans le même temps, vous ne supportez pas d'avoir des poils pubiens ou de faire plouf dans les mêmes chiottes? Mais comment allez-vous faire quand vous vivrez ensemble? Comment vous allez gérer la merde dans les couches ou les corps rattrapés par l'âge?

Le monde pornographique n'aime pas avoir le nez dans sa merde. Il préfère d'ailleurs déféquer dans de l'eau potable et évacuer le problème plus loin à grands jets purificateurs.


  • Nos voisins nous ont vraiment fait une vie d'enfer.
  • Ah bon?
Ce n'est pas à proprement parler un pote. On est le plus souvent en désaccord sur tout. J'ai souvent l'impression que nous ne vivons pas sur la même planète. Pourtant si, et c'est même tout le problème.
  • Oui, on a été obligé de refaire tout le système d'évacuation de notre maison neuve.
  • Pourquoi?
  • Pour rien : quand on tirait la chasse, ça allait dans le fossé et il arrivait que le fossé déborde et que ça traverse le chemin.
  • Tu es en train de me dire que votre merde familiale s'exposait au vu de tous et que vos voisins devaient rouler dedans? Et ça ne te dérangeait pas?
  • Ouais, enfin bon, ce n'était pas la peine d'en faire tout un plat. En tout cas, leurs conneries, ça m'a coûté un bras en travaux.

Des fois, je me rend compte que toute ma vie ne me suffira pas à comprendre la nature humaine.


J'ai aussi mes pudeurs. Comme beaucoup d'entre nous, je préfère le confort ouaté de mes toilettes particulières pour me laisser aller à évacuer mes humeurs maussades. J'ai eu aussi des stratégies d'évitement assez élaborées, des repérages de toilettes lointaines pour éviter la promiscuité pétaradante ou le syndrome de la petite bouse qui refuse de couler alors qu'un collègue engoncé dans ses propres crispations tambourines furieusement à la porte. Il m'est aussi arrivé d'échanger les bons coins du soulagement discret avec mes copines de randonnées en montagne, tant il est vrai que l'intimité de l'amitié supporte assez mal celle des impératifs digestifs. Je me suis déjà retrouvée, après 10 minutes d'une marche périlleuse au milieu des rocs et des fourrés, à exposer royalement mon postérieur à un GR bien fréquenté dont je n'avais pas anticipé tous les lacets et circonvolutions. C'est même un peu à cause de cela que je ne raffole pas tant que cela du bivouac en moyenne montagne, quand on se retrouve à tous piétiner à la frontale derrière le même malheureux bosquet enrubanné de PQ nerveusement froissé.

  • Tu sais, tu ne seras pas une vraie grimpeuse tant que tu n'auras pas uriné sur ton partenaire de cordée.
  • Ah ben tant pis, alors!
Je ne pense pas trahir Alexandre en révélant cette petite part de vérité des grandes histoires de montagne.
  • Comment tu croyais que ça se passe quand tu fais une grande voie pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours?
  • Tu sais, je ne fais que de la couenne, ce qui fait que je ne m'étais jamais posé cette épineuse question. Mais je te remercie de m'éclairer sur ce point, même si je ne suis pas certaine que j'avais vraiment envie de savoir.
  • On prend un sac poubelle qu'il faut se traîner pour les grosses commissions, mais bon, pour reste, on fait comme on peut.
  • C'est sûr, vu comme ça, ton binôme de grimpe prend tout de suite une dimension beaucoup plus intime.
  • C'est exactement ça! D'ailleurs les couples mixtes de grimpeurs sont souvent mariés. Parce que oui, c'est une question d'intimité et que l'intimité, ça rapproche forcément beaucoup!

O tempora, O mores

Nous profitons d'une belle journée d'été pour visiter les ruines de la villa gallo-romaine de Séviac. Bon, d'accord, ça ressemble surtout à des petits tas de caillasses avec des trous, de-ci, de-là. Il y a encore quelques mosaïques préservées miraculeusement des millénaires. Le guide a le béret vissé sur les oreilles et l'accent chantant en bouche.

  • Et nous voilà dans les thermes de la villa!
  • Oui, tu vois, les gens se lavaient tous ensemble, un peu comme dans les hammams aujourd'hui.

J'aime bien contextualiser les explications du guide à destination de notre fille.

  • Oui, d'ailleurs, ils ne faisaient pas que se laver tous ensemble, renchérit le guide qui suit notre conversation. Comme on peut le découvrir, les latrines aussi étaient collectives.
  • C'est quoi, les latrines?
  • Les chiottes. Et entre chaque place, il n'y avait pas de cloison. En gros, les gens se retrouvaient tous les matins pour chier ensemble et commenter les nouvelles de la journée.

La gamine me regarde avec un air mi-incrédule, mi-amusée.

  • Tu te fous de moi, maman?
  • Non, même pas!
  • Ouais, comme dirait Astérix, ils sont fous, ces Romains!
  • Ou alors, ils avaient un autre sens de l'intimité que nous...


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Intimit

Tu sais que tu es en couple le jour o? tu te retrouves ? te brosser les dents pendant que ton compagnon chie ? c?t? Ce que ma fulgurante condisciple en ?thologie voulait immanquablement ?voquer par cette remarque nourrie par l'exp?rimentati...

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Intimit

Tu sais que tu es en couple le jour où tu te retrouves à te brosser les dents pendant que ton compagnon chie à côté


Le sac du grimpeurCe que ma fulgurante condisciple en éthologie voulait immanquablement évoquer par cette remarque nourrie par l'expérimentation continue de la vraie vie en milieu urbain, c'est la naissance de l'intimité. Le moment où tu es assez proche de quelqu'un pour te permettre de le laisser accéder à tes contingences biologiques — lesquelles ressemblent étrangement aux siennes —, mais qu'une société écartelée entre les archétypes de la nature et de la culture préfère ignorer franchement. Jusqu'à la psychose généralisée.

  • Du jour où j'ai vu sa touffe, notre amitié n'a plus jamais été la même.
C'était au sujet de l'amitié homme-femme et ce sémillant sexagénaire, qui n'avait jamais fait mystère de son goût immodéré de la drague en général et des franches saillies en particulier, exprimait là les limites de l'exercice, à savoir une trop grande intimité, justement, qui n'autorise plus la juste distanciation émotionnelle.
  • Je te jure, c'était vraiment une amie que j'adorais, on était très proches et tout, on ne faisait jamais de chichi entre nous, jusqu'à ce jour où elle s'est décullotée devant moi pendant une randonnée, juste pour pisser. Je n'ai pas pu m'empêcher de voir son sexe et c'était un putain de buisson, comme je n'en avais jamais vu (et pourtant, Dieu sait que j'en ai vu!). Et de ce jour, je n'ai jamais pu m'enlever cette image de la tête et chaque fois que je pense à elle ou que je lui parle, je ne vois que ce putain de buisson et ça gâche tout.

  • Un jour, ma meilleure amie est venue chez moi pour chier. Elle venait de traverser la moitié de la ville pour ça.
J'ai toujours aimé les conversations à bâtons rompus intergénérationnelles, mais là, je dois avoir la tête d'une poule qui vient de découvrir qu'elle a couvé un renard. Elle a la moitié de mon âge, c'est une autre génération, un autre monde, un autre univers.
  • Mais pourquoi?
  • Ce soir-là, elle dormait chez son fiancé et elle a eu tellement envie qu'elle a su qu'elle ne pouvait pas se retenir toute la nuit.
  • Vous voulez dire qu'elle ne pouvait pas chier chez lui? Mais ils couchaient ensemble, quand même, ils n'allaient pas attendre le mariage?
  • Oui, oui, mais elle ne pouvait pas envisager de chier dans ses toilettes à lui, avec lui de l'autre côté de la porte : les bruits, les odeurs, tout ça...
  • Mais elle ne se doutait pas qu'il devait avoir quelques soupçons? Que vous êtes biologiquement soumis aux mêmes contraintes? Que les filles ne sont pas des princesses et qu'elles ne chient pas de la poudre de licorne?
  • En fait, on évite ce genre de chose.
  • Mais vous êtes la génération libérée du cul, vous pensez que la sodomie est un truc anodin et normal, mais dans le même temps, vous ne supportez pas d'avoir des poils pubiens ou de faire plouf dans les mêmes chiottes? Mais comment allez-vous faire quand vous vivrez ensemble? Comment vous allez gérer la merde dans les couches ou les corps rattrapés par l'âge?

Le monde pornographique n'aime pas avoir le nez dans sa merde. Il préfère d'ailleurs déféquer dans de l'eau potable et évacuer le problème plus loin à grands jets purificateurs.


  • Nos voisins nous ont vraiment fait une vie d'enfer.
  • Ah bon?
Ce n'est pas à proprement parler un pote. On est le plus souvent en désaccord sur tout. J'ai souvent l'impression que nous ne vivons pas sur la même planète. Pourtant si, et c'est même tout le problème.
  • Oui, on a été obligé de refaire tout le système d'évacuation de notre maison neuve.
  • Pourquoi?
  • Pour rien : quand on tirait la chasse, ça allait dans le fossé et il arrivait que le fossé déborde et que ça traverse le chemin.
  • Tu es en train de me dire que votre merde familiale s'exposait au vu de tous et que vos voisins devaient rouler dedans? Et ça ne te dérangeait pas?
  • Ouais, enfin bon, ce n'était pas la peine d'en faire tout un plat. En tout cas, leurs conneries, ça m'a coûté un bras en travaux.

Des fois, je me rend compte que toute ma vie ne me suffira pas à comprendre la nature humaine.


J'ai aussi mes pudeurs. Comme beaucoup d'entre nous, je préfère le confort ouaté de mes toilettes particulières pour me laisser aller à évacuer mes humeurs maussades. J'ai eu aussi des stratégies d'évitement assez élaborées, des repérages de toilettes lointaines pour éviter la promiscuité pétaradante ou le syndrome de la petite bouse qui refuse de couler alors qu'un collègue engoncé dans ses propres crispations tambourines furieusement à la porte. Il m'est aussi arrivé d'échanger les bons coins du soulagement discret avec mes copines de randonnées en montagne, tant il est vrai que l'intimité de l'amitié supporte assez mal celle des impératifs digestifs. Je me suis déjà retrouvée, après 10 minutes d'une marche périlleuse au milieu des rocs et des fourrés, à exposer royalement mon postérieur à un GR bien fréquenté dont je n'avais pas anticipé tous les lacets et circonvolutions. C'est même un peu à cause de cela que je ne raffole pas tant que cela du bivouac en moyenne montagne, quand on se retrouve à tous piétiner à la frontale derrière le même malheureux bosquet enrubanné de PQ nerveusement froissé.

  • Tu sais, tu ne seras pas une vraie grimpeuse tant que tu n'auras pas uriné sur ton partenaire de cordée.
  • Ah ben tant pis, alors!
Je ne pense pas trahir Alexandre en révélant cette petite part de vérité des grandes histoires de montagne.
  • Comment tu croyais que ça se passe quand tu fais une grande voie pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours?
  • Tu sais, je ne fais que de la couenne, ce qui fait que je ne m'étais jamais posé cette épineuse question. Mais je te remercie de m'éclairer sur ce point, même si je ne suis pas certaine que j'avais vraiment envie de savoir.
  • On prend un sac poubelle qu'il faut se traîner pour les grosses commissions, mais bon, pour reste, on fait comme on peut.
  • C'est sûr, vu comme ça, ton binôme de grimpe prend tout de suite une dimension beaucoup plus intime.
  • C'est exactement ça! D'ailleurs les couples mixtes de grimpeurs sont souvent mariés. Parce que oui, c'est une question d'intimité et que l'intimité, ça rapproche forcément beaucoup!

O tempora, O mores

Nous profitons d'une belle journée d'été pour visiter les ruines de la villa gallo-romaine de Séviac. Bon, d'accord, ça ressemble surtout à des petits tas de caillasses avec des trous, de-ci, de-là. Il y a encore quelques mosaïques préservées miraculeusement des millénaires. Le guide a le béret vissé sur les oreilles et l'accent chantant en bouche.

  • Et nous voilà dans les thermes de la villa!
  • Oui, tu vois, les gens se lavaient tous ensemble, un peu comme dans les hammams aujourd'hui.

J'aime bien contextualiser les explications du guide à destination de notre fille.

  • Oui, d'ailleurs, ils ne faisaient pas que se laver tous ensemble, renchérit le guide qui suit notre conversation. Comme on peut le découvrir, les latrines aussi étaient collectives.
  • C'est quoi, les latrines?
  • Les chiottes. Et entre chaque place, il n'y avait pas de cloison. En gros, les gens se retrouvaient tous les matins pour chier ensemble et commenter les nouvelles de la journée.

La gamine me regarde avec un air mi-incrédule, mi-amusée.

  • Tu te fous de moi, maman?
  • Non, même pas!
  • Ouais, comme dirait Astérix, ils sont fous, ces Romains!
  • Ou alors, ils avaient un autre sens de l'intimité que nous...


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Intimit

Tu sais que tu es en couple le jour où tu te retrouves à te brosser les dents pendant que ton compagnon chie à côté


Le sac du grimpeurCe que ma fulgurante condisciple en éthologie voulait immanquablement évoquer par cette remarque nourrie par l'expérimentation continue de la vraie vie en milieu urbain, c'est la naissance de l'intimité. Le moment où tu es assez proche de quelqu'un pour te permettre de le laisser accéder à tes contingences biologiques — lesquelles ressemblent étrangement aux siennes —, mais qu'une société écartelée entre les archétypes de la nature et de la culture préfère ignorer franchement. Jusqu'à la psychose généralisée.

  • Du jour où j'ai vu sa touffe, notre amitié n'a plus jamais été la même.
C'était au sujet de l'amitié homme-femme et ce sémillant sexagénaire, qui n'avait jamais fait mystère de son goût immodéré de la drague en général et des franches saillies en particulier, exprimait là les limites de l'exercice, à savoir une trop grande intimité, justement, qui n'autorise plus la juste distanciation émotionnelle.
  • Je te jure, c'était vraiment une amie que j'adorais, on était très proches et tout, on ne faisait jamais de chichi entre nous, jusqu'à ce jour où elle s'est décullotée devant moi pendant une randonnée, juste pour pisser. Je n'ai pas pu m'empêcher de voir son sexe et c'était un putain de buisson, comme je n'en avais jamais vu (et pourtant, Dieu sait que j'en ai vu!). Et de ce jour, je n'ai jamais pu m'enlever cette image de la tête et chaque fois que je pense à elle ou que je lui parle, je ne vois que ce putain de buisson et ça gâche tout.

  • Un jour, ma meilleure amie est venue chez moi pour chier. Elle venait de traverser la moitié de la ville pour ça.
J'ai toujours aimé les conversations à bâtons rompus intergénérationnelles, mais là, je dois avoir la tête d'une poule qui vient de découvrir qu'elle a couvé un renard. Elle a la moitié de mon âge, c'est une autre génération, un autre monde, un autre univers.
  • Mais pourquoi?
  • Ce soir-là, elle dormait chez son fiancé et elle a eu tellement envie qu'elle a su qu'elle ne pouvait pas se retenir toute la nuit.
  • Vous voulez dire qu'elle ne pouvait pas chier chez lui? Mais ils couchaient ensemble, quand même, ils n'allaient pas attendre le mariage?
  • Oui, oui, mais elle ne pouvait pas envisager de chier dans ses toilettes à lui, avec lui de l'autre côté de la porte : les bruits, les odeurs, tout ça...
  • Mais elle ne se doutait pas qu'il devait avoir quelques soupçons? Que vous êtes biologiquement soumis aux mêmes contraintes? Que les filles ne sont pas des princesses et qu'elles ne chient pas de la poudre de licorne?
  • En fait, on évite ce genre de chose.
  • Mais vous êtes la génération libérée du cul, vous pensez que la sodomie est un truc anodin et normal, mais dans le même temps, vous ne supportez pas d'avoir des poils pubiens ou de faire plouf dans les mêmes chiottes? Mais comment allez-vous faire quand vous vivrez ensemble? Comment vous allez gérer la merde dans les couches ou les corps rattrapés par l'âge?

Le monde pornographique n'aime pas avoir le nez dans sa merde. Il préfère d'ailleurs déféquer dans de l'eau potable et évacuer le problème plus loin à grands jets purificateurs.


  • Nos voisins nous ont vraiment fait une vie d'enfer.
  • Ah bon?
Ce n'est pas à proprement parler un pote. On est le plus souvent en désaccord sur tout. J'ai souvent l'impression que nous ne vivons pas sur la même planète. Pourtant si, et c'est même tout le problème.
  • Oui, on a été obligé de refaire tout le système d'évacuation de notre maison neuve.
  • Pourquoi?
  • Pour rien : quand on tirait la chasse, ça allait dans le fossé et il arrivait que le fossé déborde et que ça traverse le chemin.
  • Tu es en train de me dire que votre merde familiale s'exposait au vu de tous et que vos voisins devaient rouler dedans? Et ça ne te dérangeait pas?
  • Ouais, enfin bon, ce n'était pas la peine d'en faire tout un plat. En tout cas, leurs conneries, ça m'a coûté un bras en travaux.

Des fois, je me rend compte que toute ma vie ne me suffira pas à comprendre la nature humaine.


J'ai aussi mes pudeurs. Comme beaucoup d'entre nous, je préfère le confort ouaté de mes toilettes particulières pour me laisser aller à évacuer mes humeurs maussades. J'ai eu aussi des stratégies d'évitement assez élaborées, des repérages de toilettes lointaines pour éviter la promiscuité pétaradante ou le syndrome de la petite bouse qui refuse de couler alors qu'un collègue engoncé dans ses propres crispations tambourines furieusement à la porte. Il m'est aussi arrivé d'échanger les bons coins du soulagement discret avec mes copines de randonnées en montagne, tant il est vrai que l'intimité de l'amitié supporte assez mal celle des impératifs digestifs. Je me suis déjà retrouvée, après 10 minutes d'une marche périlleuse au milieu des rocs et des fourrés, à exposer royalement mon postérieur à un GR bien fréquenté dont je n'avais pas anticipé tous les lacets et circonvolutions. C'est même un peu à cause de cela que je ne raffole pas tant que cela du bivouac en moyenne montagne, quand on se retrouve à tous piétiner à la frontale derrière le même malheureux bosquet enrubanné de PQ nerveusement froissé.

  • Tu sais, tu ne seras pas une vraie grimpeuse tant que tu n'auras pas uriné sur ton partenaire de cordée.
  • Ah ben tant pis, alors!
Je ne pense pas trahir Alexandre en révélant cette petite part de vérité des grandes histoires de montagne.
  • Comment tu croyais que ça se passe quand tu fais une grande voie pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours?
  • Tu sais, je ne fais que de la couenne, ce qui fait que je ne m'étais jamais posé cette épineuse question. Mais je te remercie de m'éclairer sur ce point, même si je ne suis pas certaine que j'avais vraiment envie de savoir.
  • On prend un sac poubelle qu'il faut se traîner pour les grosses commissions, mais bon, pour reste, on fait comme on peut.
  • C'est sûr, vu comme ça, ton binôme de grimpe prend tout de suite une dimension beaucoup plus intime.
  • C'est exactement ça! D'ailleurs les couples mixtes de grimpeurs sont souvent mariés. Parce que oui, c'est une question d'intimité et que l'intimité, ça rapproche forcément beaucoup!

O tempora, O mores

Nous profitons d'une belle journée d'été pour visiter les ruines de la villa gallo-romaine de Séviac. Bon, d'accord, ça ressemble surtout à des petits tas de caillasses avec des trous, de-ci, de-là. Il y a encore quelques mosaïques préservées miraculeusement des millénaires. Le guide a le béret vissé sur les oreilles et l'accent chantant en bouche.

  • Et nous voilà dans les thermes de la villa!
  • Oui, tu vois, les gens se lavaient tous ensemble, un peu comme dans les hammams aujourd'hui.

J'aime bien contextualiser les explications du guide à destination de notre fille.

  • Oui, d'ailleurs, ils ne faisaient pas que se laver tous ensemble, renchérit le guide qui suit notre conversation. Comme on peut le découvrir, les latrines aussi étaient collectives.
  • C'est quoi, les latrines?
  • Les chiottes. Et entre chaque place, il n'y avait pas de cloison. En gros, les gens se retrouvaient tous les matins pour chier ensemble et commenter les nouvelles de la journée.

La gamine me regarde avec un air mi-incrédule, mi-amusée.

  • Tu te fous de moi, maman?
  • Non, même pas!
  • Ouais, comme dirait Astérix, ils sont fous, ces Romains!
  • Ou alors, ils avaient un autre sens de l'intimité que nous...


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Trompettes trompeuses

OLIVIER CABANEL ? Au moment o? les uns et les autres remplissent leurs paniers de bolets, chanterelles, et autres pieds bleus, il faut se m?fier dans la ??famille champignons??, des faux fr?res. Si nous aimons ramasser les champignons, nous avons … Lire la suite

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In extenso

j'ai juste envie de dire que je ne sais pas quoi dire Ce sont les derniers mots qu'a ?crits un des mes contacts Facebook sur son mur. Ensuite, il est sorti de chez lui et a mis fin ? ses jours. Terriblement abrupte comme ?pitaphe. Il avait mon ?...

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In extenso

j'ai juste envie de dire que je ne sais pas quoi dire Vers le ciel de Le Monolecte, sur Flickr

Ce sont les derniers mots qu'a écrits un des mes contacts Facebook sur son mur. Ensuite, il est sorti de chez lui et a mis fin à ses jours. Terriblement abrupte comme épitaphe. Il avait mon âge, un chouette boulot, une chouette famille, mais il était arrivé au bout des mots. Ou alors, c'est juste que les grandes douleurs sont indicibles. 

Nous sommes nés seuls, nous vivons seuls, nous mourons seuls ce n'est que par notre amour et l'amitié que nous pouvons créer l'illusion d'un instant que nous ne sommes pas seuls.
Orson Welles

Il est vrai que j'ai bien du mal à ne pas me sentir seule, ces derniers temps. De cette solitude profonde et intime qui peut naître jusqu'au cœur de la foule. Seule et au bout des mots. Il m'est extrêmement déplaisant d'avoir raison et de voir chacune de mes pires prévisions prendre forme dans l'indifférence générale. Je ne me vois pas écrire régulièrement ici pour rabâcher quelque chose de l'ordre du Vous voyez, je vous l'avais bien dit ! Nous sommes dans le pire du possible et ça ne fait que commencer. Et notre passivité m'effraie, me tétanise, me cloue le bec. C'est une sorte d'apocalypse molle et silencieuse qui se propage inéluctablement du bas vers le haut. Et elle est totalement voulue, planifiée et amplifiée par chaque décision politique prise. J'ai du mal à croire à une cascade de coïncidences fortuites et malvenues.
On nous ressort l'épouvantail intégriste barbu du placard, avec l'élégance de l'éléphant dans le magasin de porcelaine. De 250 excités un peu mous du bulbe, on nous monte un énorme plan com' sur la déferlante mondiale islamiste pendant que, dans le même temps, 10 % de la population du Portugal descend dans la rue pour réclamer la fin d'une politique économique qui la réduit à la misère la plus sordide. Mais on ne vous aura parlé que des 250 gus paumés sur un trottoir, pas de ceux qui hurlent leur douleur sous la férule de cette politique même que l'on compte vous appliquer dès maintenant. 
Parce que l'on vous veut peureux, soumis et ignorants.
Comme d'habitude.
Alors quoi ?
Vous distraire avec ma petite vie insignifiante ? Vous faire sourire en dissimulant la mochitude des choses ? Piquer une de mes légendaires colères qui fouettent le sang et les sens quelques instants avant de retomber dans la pesanteur du quotidien, mais avec l'illusion de s'être senti un peu vivant, le temps d'une indignation à peu de frais ?
À force, je vais finir par me caricaturer moi-même. Me mettre en scène et me payer de mots. Me regarder écrire dans un pitoyable appel à la flagornerie, histoire de me prendre un petit shoot de réassurance, histoire de combler, un temps, notre vide existentiel.
On est là et on attend. La fin du monde, celle des haricots, le grand soir, les petits matins blêmes, les jours meilleurs. Juste que quelque chose bouge. Juste un mouvement, pour se convaincre qu'on n'est pas encore totalement morts, totalement résignés. Et on fait semblant d'agir, en s'épuisant en vaines exaltations. Une petite manif par ci, un petit like par là, en s'autocongratulant d'être tous aussi d'accord avec nous-mêmes, notre cul mou épousant chaque jour un peu plus l'assise de notre fauteuil à vérin hydraulique, celui qui soulage le dos et prévient les escarres de toute une civilisation d'hommes-troncs. On passe le temps, en fait, en espérant juste ne pas être rattrapé par la vague de merditude, qu'elle passe juste un peu plus loin, un peu plus haut, un peu plus tard. 
Comme de gros lâches. 
Comme de grosses loches.

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