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Vers une pénurie du temps de cerveau disponible ?

Ecrans publicitaires dans la rue, à la télévision, sur le smartphone jusqu’à l’intérieur d’un article. Courriels et alertes en tout genre, suggestions des moteurs de recherches, conceptions des rayonnages de supermarchés… Commerciaux et services marketing se livrent une guerre sans merci avec pour territoire à conquérir l’attention que l’on accorde ...

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Ces communicants qui redorent l’image des dictatures et des régimes répressifs

Une manifestation a été violemment réprimée, des opposants ont été torturés et des journalistes assassinés ? Pas de panique : des cabinets de relations publiques sont là pour défendre la réputation de tout régime répressif auprès des investisseurs et des opinions publiques européennes. Leurs prestations ? Placer interviews et tribunes dans les médias, ...

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Au top 5 des nouvelles charlataneries : le web-marketing

Contrairement ? ce que pourrait laisser penser ce qui va suivre, je n?ai rien contre la superstition. Apr?s tout, si vous ?tes persuad?s que votre fiston doit son Bac au cierge que vous avez allum? devant la statue de Sainte Rita ? sainte patronne des causes d?sesp?r?es ? ?l?important, c?est ...

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Des pur-sang ? la plage

    FERGUS: Dimanche 30 juin à 14 h 30 se tiendra une réunion hippique. Rien d’étonnant, il y en a tous les jours en divers lieux de notre beau pays. À cette différence près que celle-ci sera organisée, non sur un … Lire la suite

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L?assurance-sant? : priv? vs public.

MINARCHISTE Récemment, Paul Krugman soulignait sur son blogue que les coûts de Médicare et Médicaid étaient beaucoup plus bas que les coûts des assureurs privés (voir Ku & Broaddus 2008). Il est d’ailleurs bien documenté que les coûts d’administration des … Lire la suite

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Infid?lit? d?lib?r

Petit à petit, je me défais de mes réflexes conditionnés.

Scène de la vie ordinaireÀ moment donné, j'ai voulu juste délester mon portefeuille. Au fil du temps, il était devenu une petite chose bombée et lourde, et ses nombreux compartiments dégueulaient de rectangles de plastique colorés. Même si je déconsomme au maximum — peut-être pas encore aussi radicalement que nos amis Grecs, Portugais et Espagnols, mais je sens que ce n'est là qu'une sorte de contretemps historique — j'avais encore la poche gonflée de ces cartes qui te promettent immanquablement quelques bonnes affaires, voire, carrément, du pouvoir d'achat en échange de ta constance à toujours aller dépenser le fric que tu n'as pas dans les mêmes bouges qui te fourguent ce dont tu n'as pas besoin. 


Voilà qui était assez contrariant. 

Que faire de cette accumulation encombrante ? 

Comment rationaliser le flux consumériste ?

Dans un premier temps, j'ai dématérialisé. 

C'est un truc très contemporain que de dématérialiser. On transforme petit à petit notre environnement en des séquences ordonnées de 0 et de 1. Très propres, très moderne. On dématérialise les échanges, les livres, la paperasse, les photos, les souvenirs, l'argent, les amis... pourquoi ne pas dématérialiser l'invasion plastique de mes cartes de fidélité ? Je télécharge donc une application dédiée et voilà tous mes assistants de transaction transformés en petits codes barre.

Voilà qui est bien pratique.

J'arrive à la caisse, je farfouille mon interface digitalement sensible, je sors le bon code-barre de la bonne enseigne et je présente l'écran au scanner. C'est tellement beau qu'on croirait un film de science-fiction ! Sauf que c'est la vraie vie, et que dans la vraie vie, la technologie, c'est plutôt l'effet Bonaldi.

Ça a commencé avec la carte Carrefour. Non content de produire une application dédiée qui bouffe plein d'espace disque du téléphone — parce que l'espace qu'on gagne dans les poches, on le perd dans les mémoires virtuelles — Carrefour a aussi dématérialisé les bons de réduction que l'on accumule à force de présenter son code-barre en caisse, pour prouver qu'on est un bon client.  Accumuler, n'est-ce pas là l'essence du capitalisme ? N'est-ce pas terriblement fair-play que d'ouvrir les plébéiens aux joies de l'accumulation ? 

Sauf que, pour obtenir l'accès au bon de réduction dématérialisé, il faut rentrer un code. Et que pour avoir le code, il faut appeler une foutue plate-forme téléphonique où l'on se tape des plombes de disque-robot tout pourri et, bien sûr, surtaxé, avant de tomber sur une opératrice délocalisée dans un quelconque paradis pour le fric et enfer pour les gens. Voilà qui relativise brusquement l'aspect pratique de la chose. Sans compter que l'opératrice m'accuse de n'être pas le titulaire de la carte, lequel devra donc rappeler le disque surtaxé en espérant parvenir à convaincre quelqu'un de lui fournir le foutu code.

Là, j'ai commencé à douter salement des bienfaits de la modernité matérialiste dématérialisée et je me suis souvenue que tout ce merdier, c'était quand même essentiellement pour tracer mes habitudes de consommation, les archiver, les disséquer, les vendre et les revendre à des tas de compagnies assez dématérialisées, elles aussi — surtout en droits sociaux — qui vont me pourrir la vie à me démarcher au téléphone pour des vérandas au Pôle Nord et que le bon d'achat est finalement un bien maigre dédommagement pour tous ces désagréments.

J'ai donc désinstallé l'appli Carrefour et libéré ainsi bien plus que de l'espace disque.

Chez Décathlon, c'est un peu pareil. Ils ont lancé une jolie application mobile qui a dématérialisé tout le programme de fidélité et quelques caissières, aussi, en passant. Sauf que leurs scanners sont du genre à ne pas vouloir scanner les écrans de portable. C'est parfois tellement tonifiant, le progrès, surtout quand on s'escrime seule devant un écran vaguement tactile à rentrer à la main un foutu bon d'achat de 23 chiffres dans une interface manifestement pas prévue pour ça ! Et c'est tellement mieux quand ça tombe un samedi et qu'il y a toute l'équipe de rugby du coin derrière moi qui se racle la gorge et se contracte les scrotums en attendant son tour. Sans compter la température purement apocalyptique des grandes surfaces en tôle ondulée surchauffées l'hiver et congelées l'été avec une amplitude à mettre à genou au moins trois centrales nucléaires.

Le moment est juste arrivé où je me suis vue, dégoulinante et hystérique, tapotant frénétiquement un écran manifestement hostile devant une foule grognante et à bout de patience.

Pathétique.

J'ai juste laissé tomber : la caisse, les trucs dont je n'avais pas tellement besoin, dans le fond, en fait, le bon de réduction qui commençait à bien me coûter, ne serait-ce qu'en estime de soi, et puis tout le reste avec.

J'ai désinstallé l'appli Décathlon.

J'ai regardé ce qui encombrait la mémoire du téléphone et mon temps de cerveau disponible et j'ai tout benné. 

Absolument tout.

Parce que franchement, ça commence à bien faire toutes ces conneries ! 

L'idée même que l'on me donne de l'argent pour que je fasse mes courses aurait dû me faire tiquer depuis longtemps. Mais voilà, l'univers du coupon, de la réduction, de la bonne affaire, de la promo éclair et de la carte de fidélité nous pousse sans cesse à la faute financière tout en nous faisant croire qu'on est quand même vachement rusés de leur soutirer toutes ces miettes d'argent qui ne leur coûte probablement pas grand-chose de plus qu'un tour de table humiliant supplémentaire pour pressurer les fournisseurs ou un appel d'offre encore plus radin pour inciter les sous-traitants à toujours plus maltraiter ceux qui fabriquent comme des esclaves des tas d'objets merdiques dont nous n'avons, en réalité, absolument pas besoin.

En fait, je vais travailler ma fidélité toute seule, comme une grande et comme une antiquité prémoderne. Je vais continuer à aller chez Émilie, la maraîchère de Maulichère, avec ses petits légumes qu'elle sort elle-même de la terre ocre de Gascogne. On va se raconter des histoires du coin, parler du temps qu'il fait, s'échanger deux recettes et se saluer d'un sourire en attendant la semaine prochaine.

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Infid?lit? d?lib?r

Petit à petit, je me défais de mes réflexes conditionnés.

Scène de la vie ordinaireÀ moment donné, j'ai voulu juste délester mon portefeuille. Au fil du temps, il était devenu une petite chose bombée et lourde, et ses nombreux compartiments dégueulaient de rectangles de plastique colorés. Même si je déconsomme au maximum — peut-être pas encore aussi radicalement que nos amis Grecs, Portugais et Espagnols, mais je sens que ce n'est là qu'une sorte de contretemps historique — j'avais encore la poche gonflée de ces cartes qui te promettent immanquablement quelques bonnes affaires, voire, carrément, du pouvoir d'achat en échange de ta constance à toujours aller dépenser le fric que tu n'as pas dans les mêmes bouges qui te fourguent ce dont tu n'as pas besoin. 


Voilà qui était assez contrariant. 

Que faire de cette accumulation encombrante ? 

Comment rationaliser le flux consumériste ?

Dans un premier temps, j'ai dématérialisé. 

C'est un truc très contemporain que de dématérialiser. On transforme petit à petit notre environnement en des séquences ordonnées de 0 et de 1. Très propres, très moderne. On dématérialise les échanges, les livres, la paperasse, les photos, les souvenirs, l'argent, les amis... pourquoi ne pas dématérialiser l'invasion plastique de mes cartes de fidélité ? Je télécharge donc une application dédiée et voilà tous mes assistants de transaction transformés en petits codes barre.

Voilà qui est bien pratique.

J'arrive à la caisse, je farfouille mon interface digitalement sensible, je sors le bon code-barre de la bonne enseigne et je présente l'écran au scanner. C'est tellement beau qu'on croirait un film de science-fiction ! Sauf que c'est la vraie vie, et que dans la vraie vie, la technologie, c'est plutôt l'effet Bonaldi.

Ça a commencé avec la carte Carrefour. Non content de produire une application dédiée qui bouffe plein d'espace disque du téléphone — parce que l'espace qu'on gagne dans les poches, on le perd dans les mémoires virtuelles — Carrefour a aussi dématérialisé les bons de réduction que l'on accumule à force de présenter son code-barre en caisse, pour prouver qu'on est un bon client.  Accumuler, n'est-ce pas là l'essence du capitalisme ? N'est-ce pas terriblement fair-play que d'ouvrir les plébéiens aux joies de l'accumulation ? 

Sauf que, pour obtenir l'accès au bon de réduction dématérialisé, il faut rentrer un code. Et que pour avoir le code, il faut appeler une foutue plate-forme téléphonique où l'on se tape des plombes de disque-robot tout pourri et, bien sûr, surtaxé, avant de tomber sur une opératrice délocalisée dans un quelconque paradis pour le fric et enfer pour les gens. Voilà qui relativise brusquement l'aspect pratique de la chose. Sans compter que l'opératrice m'accuse de n'être pas le titulaire de la carte, lequel devra donc rappeler le disque surtaxé en espérant parvenir à convaincre quelqu'un de lui fournir le foutu code.

Là, j'ai commencé à douter salement des bienfaits de la modernité matérialiste dématérialisée et je me suis souvenue que tout ce merdier, c'était quand même essentiellement pour tracer mes habitudes de consommation, les archiver, les disséquer, les vendre et les revendre à des tas de compagnies assez dématérialisées, elles aussi — surtout en droits sociaux — qui vont me pourrir la vie à me démarcher au téléphone pour des vérandas au Pôle Nord et que le bon d'achat est finalement un bien maigre dédommagement pour tous ces désagréments.

J'ai donc désinstallé l'appli Carrefour et libéré ainsi bien plus que de l'espace disque.

Chez Décathlon, c'est un peu pareil. Ils ont lancé une jolie application mobile qui a dématérialisé tout le programme de fidélité et quelques caissières, aussi, en passant. Sauf que leurs scanners sont du genre à ne pas vouloir scanner les écrans de portable. C'est parfois tellement tonifiant, le progrès, surtout quand on s'escrime seule devant un écran vaguement tactile à rentrer à la main un foutu bon d'achat de 23 chiffres dans une interface manifestement pas prévue pour ça ! Et c'est tellement mieux quand ça tombe un samedi et qu'il y a toute l'équipe de rugby du coin derrière moi qui se racle la gorge et se contracte les scrotums en attendant son tour. Sans compter la température purement apocalyptique des grandes surfaces en tôle ondulée surchauffées l'hiver et congelées l'été avec une amplitude à mettre à genou au moins trois centrales nucléaires.

Le moment est juste arrivé où je me suis vue, dégoulinante et hystérique, tapotant frénétiquement un écran manifestement hostile devant une foule grognante et à bout de patience.

Pathétique.

J'ai juste laissé tomber : la caisse, les trucs dont je n'avais pas tellement besoin, dans le fond, en fait, le bon de réduction qui commençait à bien me coûter, ne serait-ce qu'en estime de soi, et puis tout le reste avec.

J'ai désinstallé l'appli Décathlon.

J'ai regardé ce qui encombrait la mémoire du téléphone et mon temps de cerveau disponible et j'ai tout benné. 

Absolument tout.

Parce que franchement, ça commence à bien faire toutes ces conneries ! 

L'idée même que l'on me donne de l'argent pour que je fasse mes courses aurait dû me faire tiquer depuis longtemps. Mais voilà, l'univers du coupon, de la réduction, de la bonne affaire, de la promo éclair et de la carte de fidélité nous pousse sans cesse à la faute financière tout en nous faisant croire qu'on est quand même vachement rusés de leur soutirer toutes ces miettes d'argent qui ne leur coûte probablement pas grand-chose de plus qu'un tour de table humiliant supplémentaire pour pressurer les fournisseurs ou un appel d'offre encore plus radin pour inciter les sous-traitants à toujours plus maltraiter ceux qui fabriquent comme des esclaves des tas d'objets merdiques dont nous n'avons, en réalité, absolument pas besoin.

En fait, je vais travailler ma fidélité toute seule, comme une grande et comme une antiquité prémoderne. Je vais continuer à aller chez Émilie, la maraîchère de Maulichère, avec ses petits légumes qu'elle sort elle-même de la terre ocre de Gascogne. On va se raconter des histoires du coin, parler du temps qu'il fait, s'échanger deux recettes et se saluer d'un sourire en attendant la semaine prochaine.

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Collusion, pot de vin et corruption dans le communautaire?

RAYMOND VIGER Une minorit? de fraudeurs mais qui fait mal ??la?majorit? Et les comptes de d?penses du communautaire? TVA pr?sente le salaire de certains directeurs d?organismes communautaires qui ramasse de l?argent pour combattre la pauvret?. Mais ce n?est que la … Lire la suite

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?LECTION ? 2012 : L?OPPOSITION EST DANS L?USINE ET DANS LA RUE (Partie 2)

    Le syst?me des partis politiques ?lectoralistes ou le cr?tinisme parlementaire   Les partis politiques bourgeois sont de vastes machines ?lectorales. Ils comptent sur des budgets de millions de dollars obtenus de l??tat, de dons officiels et occultes qui … Lire la suite

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L’infinie solitude du ma?tre nageur un jour de pluie

La vraie valeur des choses, c'est le prix que les gens sont prêts à payer pour les avoir.

L'infinie solitude du maître nageur un jour de pluieNon, vraiment, c'est un objet magnifique, en parfait état de conservation, il est nickel. De la belle ouvrage, toujours parfaitement fonctionnel, poursuit-il. Mais voilà, ça ne suffit pas. En ce moment, il n'y a plus de marché pour cela. Ça vaut le prix du métal, pas plus, mais ce serait vraiment dommage.
L’horloger repose la montre centenaire dans son écrin avec un air désolé. Il y a quelques années encore, les collectionneurs étaient à l'affût de ce genre d'objet, pas extrêmement rare certes, mais une manifestation concrète du génie industrieux humain, le témoignage du temps patiemment investi par un homme méticuleux, soigneux et maître de son art. Cet objet avait la valeur du travail humain, de sa beauté intrinsèque, du soin dont il avait été entouré pendant toutes ces années, de sa capacité à survivre à l'histoire et à l'entropie naturelle des choses. C'était ce genre de choses qui importait.
Plus maintenant.

Maintenant, ça ne vaut que pour sa matière première, son prix comme valeur refuge, investissement sonnant et trébuchant en des temps de vaches maigres. À peine le prix d'un smartphone débité à la chaîne dans une usine à sueur, quelque part, à l'autre bout du monde, dans un de ces pays où la vie humaine est encore moins chère.

Bien sûr, cette valeur hautement subjective est la cible de toutes les manipulations, selon que l'on se trouve du côté de ceux qui vendent ou de celui de ceux qui veulent ou ont besoin. C'est qu'il en a fallu des émissions de M6 and co, rabâchées pendant des années, pour convaincre la population qu'un placard à balai suintant d'humidité dans un gros bourg de province pouvait valoir une vie de SMIC. Au début des années 90, un pavillon habitable dans une ville moyenne valait dans les 300 000 francs. De nos jours, le même à rafraîchir, le même chiffre, mais en euros. Six fois plus cher, la vétusté en prime.
C'est ça le marketing : créer un consensus sur la valeur des choses. Et perdre de vue leur coût véritable. Remplacer la rationalité économique de la valeur d'échange par la portée symbolique des valeurs attachées à cet échange.

De la foutue pensée magique.

Dans le même temps, on n'a cessé de nous asséner que le travail coûtait trop cher. Toujours trop cher, le travail, surtout celui des autres.
Mais voyons, ma bonne dame, le SMIC, c'est la ruine des entreprises, les salaires, ce sont les ennemis de la compétitivité ! Celle qui permet de fabriquer aujourd'hui des voitures même pas fiables (mais avec un GPS intégré !) pour le prix de la villa de mon adolescence, mais avec 10 fois moins d'ouvriers. On nous l'a tellement joué ce petit air-là que plus personne ne s'indigne de la progression des travailleurs pauvres dans notre société. Que plus personne ne sourcille quand on nous annonce que d'un côté, on va augmenter le SMIC de 2 % (et ça va ruiner les PME) et que de l'autre le gaz va prendre 10 % de plus. Donc les Smicards, c'est cher, mais pas le gaz. 10 % de charges énergétiques de plus dans une entreprise, ça fait moins mal que 2 % de SMIC.
Comprenne qui pourra.

Si ce n'est que nous jouons à la rationalité économique alors que nous nous vautrons dans la subjectivité des valeurs, dictées en fonction des intérêts d'un tout petit groupe, probablement les mêmes gens qui hurlent au gaspillage quand on finance les écoles ou les hôpitaux juste d'avant d'exiger le poing sur la table que l'on renfloue à perte et sans poser de question le tonneau des Danaïdes bancaires.

La vie d'un homme ne vaut plus rien. Seul son compte en banque fait loi. Il faut sauver une poignée de privilégiés corrompus, quitte à sacrifier des millions de personnes dans la balance.
Absurdes valeurs de notre temps où nous consacrons le meilleur de nous-mêmes à amasser des colifichets qui n'ont que le prix de notre asservissement. Dilution de notre humanité dans le consommateur éclairé qui purgera ses accumulations vaines dans un vide-grenier à 50 cts la pièce.

Et nous, qu'est-ce que l'on vaut vraiment dans ce merdier sans nom ? Une ligne comptable dans un bilan d'entreprise, un item noyé dans une moyenne statistique ?
Qu'est-ce qui compte vraiment quand on vit dans un monde de petits boutiquiers ? Qu'est-ce qui est vraiment important à mes yeux pour que j'y consacre du temps ?

Du temps.
Voilà la denrée rare.

Même le plus riche d'entre nous ne pourra jamais acheter des minutes pour les ajouter à ses heures.

Il y a le temps consacré à de vaines transactions, cette vie que l'on perd à la gagner, ces temps morts, des temps pour rien, des instants précieux qui nous filent entre les doigts comme s'égrènent des regrets. Il y a ces temps volés, où l'on nous distrait de l'essentiel, où l'on nous perd dans des considérations vaines, où l'on focalise notre attention sur des choses éphémères, sans consistance, sans aucune espèce d'importance, des choses que nous aurons oubliées demain à la faveur d'un nouveau mouvement de muleta.

Et puis il y a tout ce temps que l'on remplit de rires, de sourires, du brouhaha apaisant des discussions entre amis, du temps de vie, du temps pour vivre, du temps pour aimer. Le temps qui compte, le temps que l'on vit avec cette intensité toute spéciale, ce temps précieux où chaque seconde s'étire en une petite goutte d'éternité. C'est un temps grave, mais aussi un temps léger, celui que l'on prend, que l'on arrache à la futilité des temps frénétiques, un temps que l'on savoure, que l'on goûte pleinement, comme une gorgée précieuse d'un très bon vin, celui qui reste en bouche. Longtemps.

À moment donné, j'ai atteint cette sublime lévitation intérieure, cette faim d'absolu qui se nourrit de petits riens. C'est comme cela. Une ouverture, une aptitude, un élan et le monde entier sourit. Je savais déjà pendant ces instants précieux qu'il s'agissait là de quelque chose d'autant plus unique et important qu'ils étaient fragiles, éphémères, qu'il faut juste se contenter de prendre la vague et de se laisser porter, jusqu'à l'endroit où elle finit immanquablement par nous déposer. Cet état de grâce, je l'ai vécu avec d'autant plus de force, de puissance, que je voulais le graver dans ma mémoire pour les temps futurs et incertains où je serais de nouveau obligée de me coltiner avec la lassitude du quotidien au lieu de planer à la surface des choses. Je voulais encapsuler au plus profond de moi ces petites bulles de félicité afin de pouvoir ensuite m'en souvenir et me servir de leur puissance évocatrice pour allumer quelques lueurs dans les heures plus sombres.

La vague est repartie, comme elle est venue.
Mais j'ai gardé le goût de collectionner les petits instants précieux et je m'efforce, chaque jour, de me souvenir de ce qui compte vraiment pour moi et de ne plus trop m'en détourner.

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