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La voie de son ma?tre

J'ai la naïveté crasse ou la connerie incommensurable de croire que les choses importantes ne peuvent que se dire face à face, le regard vrillé dans le blanc de l'œil de son interlocuteur.

Rosée perlée sur toile arachnéenneDans un premier temps, j'avais dit que je passerai chez eux pour régler des détails, mais la nuit porteuse de conseils s'était étirée en une longue insomnie qui m'avait abondamment rejoué la scène de la morsure, jusqu'à ce que je comprenne bien que retourner me jeter dans la gueule du loup n'était absolument pas indispensable.

Ils sont donc venus chez moi, le matin suivant, le mari et la femme. Je leur demande s'ils veulent boire quelque chose, histoire de fluidifier le dialogue. J'ai eu toute la nuit pour repenser au fait qu'à aucun moment il ne s'est soucié de moi ou de mon état, qu'elle seule s'est inquiétée de ma blessure, mais je mets cette réaction primaire sur le compte de l'émotion. J'ai déjà pu expérimenter qu'être témoin d'un incident est pratiquement aussi stressant que d'y participer. Nos réactions instinctives sont violentes, impérieuses et assez imprévisibles. Nul ne sait réellement comment il réagira tant qu'il n'est pas lui-même soumis à l'adversité. Ce sont des voisins agréables avec qui je pense entretenir de bons rapports. Je n'ai pas de raisons particulières de me méfier d'eux en dehors d'un vague malaise que j'attribue à ma fatigue cumulée et à un brin de culpabilité quant à la suite des événements.

Il commence par me proposer un arrangement à l'amiable, c'est à dire sans impliquer les assurances. Comme j'ai passé une bonne partie de la nuit à repenser à la jambe de Guillaume Depardieu et que dans mes rares moments de sommeil comateux, je me suis vue escalader une falaise avec une prothèse en fibre de carbone profilée pour la grimpe, je décline l'offre en précisant qu'en cas de complications, comme un staphylo récalcitrant, ça pourrait vite chiffrer sec cette histoire, et qu'il vaut mieux qu'il pense à protéger financièrement ses arrières. Il souscrit à mes arguments et j'éprouve comme un grand soulagement à l'idée que l'affaire va bientôt être réglée, que je vais juste me taper 15 jours de soins infirmiers un peu pénibles et qu'ensuite, tout va rentrer dans l'ordre dans le meilleur des mondes.

Au moment de se quitter, je me sens moralement obligée de le regarder dans les yeux pour lui dire :

Et là, c'est le drame !
Immédiatement, il se fige, son visage se crispe dans un rictus mauvais et il me balance d'une voix totalement méconnaissable :
  • Nous y voilà. Je le savais depuis le début que c'est ce que tu cherchais. Je le savais. C'est ce que tu voulais. J'ai toujours su que tu étais une femme à problèmes. De toute manière, tout le monde le sait. À la MMA, tout à l'heure, ils m'ont dit qu'ils te connaissaient bien, va. Tu cherches des ennuis ? Et bien, avec moi, tu vas les trouver !

Je reçois sa haine en pleine face et immédiatement un flot d'adrénaline pure noie l'ensemble de mon organisme. Je ressens physiquement et intellectuellement la puissance du flux hormonal. La peur à l'état brut. La sensation de solitude absolue, de vulnérabilité. Chaque fibre de mon corps me pousse à la contre-attaque, à l'affrontement. Je me sens agressée au plus profond de moi. J'étais victime, me voilà coupable. La seconde d'après, la colère, brutale, sauvage, prend le relais, cette bonne vieille colère qui me porte, qui soutient mes jambes brusquement toutes molles. J'ai une pulsion immonde, une envie folle de lui dégueuler ma rage et mon dégoût à la face, de lui hurler tout ce que je contiens depuis la veille au soir.
Mais ce n'est pas ce que je veux. Ce n'est pas ce qui doit se passer. Je ne suis pas un animal et je ne veux pas être soumise à mes émotions. Je veux penser. Je veux être la plus forte. Je veux être raisonnable pour tout le monde. C'est au prix d'un effort violent et désespéré que je parviens à ne pas exploser, à continuer à lui faire face et à commencer à argumenter d'une voix que je tente de contrôler de toutes mes forces.
  • Je te rappelle que tout ce que je faisais, c'était de rentrer chez moi à vélo.
  • C'est bon, on avait réglé les questions d'argent. Comme si je n'avais pas assez d'ennuis comme ça.
  • Des ennuis !?! Tu n'as pas la moindre idée de ce que tu aurais pu avoir comme ennuis. Tu ne te rends même pas compte à quel point tu as du bol d'être tombé sur moi et pas sur quelqu'un d'autre. La plupart des gens ne se seraient pas fait chier à venir te parler en face. Tu sais très bien que si ça avait été un des gars du coin, il serait revenu avec un fusil et aurait plombé ton chien dans l'élan.
  • Tu n'as jamais aimé mon chien.
  • Non, c'est vrai, il fait chier tout le monde depuis un sacré bout de temps. Mais tu ne te rends vraiment pas bien compte. Deux heures avant, je passais là avec ma gosse. Putain, tu te rends compte ? Et si ça avait été un gosse, hein ? Si ça avait été le petit de chez Tintin, hein ? Ou Chacha ? Tu te vois en train de vivre avec un gosse bouffé sur la conscience ? Non, mais tu te rends compte ?
  • Non, mais ça va, on n'a plus rien à faire ici. Vas-y, fais ce que tu veux, mais on sait tous qui tu es.
Elle se tourne vers moi avec un grand air désolé :
  • Non, vraiment, je ne vois pas à quoi ça sert.
Je les suis jusqu'à leur voiture :
  • Tu ne te rends pas compte : et si ça avait été un gosse ?
  • Je l'ai toujours su, des ennuis. Mais là, tu vas les trouver.

Je n'ai pas perdu la tête, mais maintenant que l'adrénaline reflue une fois de plus, je suis totalement désemparée et je ne sais absolument plus quoi faire. Jusque-là, les choses étaient totalement limpides pour moi, sauf que je commence à me demander ce que j'attendais de cette confrontation.
Une sorte de happy end tout pourri à la Hollywood, avec le mec qui prend un air dramatique et pénétré et me sort : ça me déchire le cœur en deux, mais j'ai pris conscience de la situation et je vais faire ce qui doit être fait.
J'ai connu des chasseurs et des amoureux des chiens et tous m'ont appris la loi du maître : chien qui mord = chien mort. Il y a un an ou deux, c'était le caniche de mon beau-père qui avait mordu sans raison ma fille à la cuisse, la renforçant dans sa peur des canidés. Le beau-père, ça l'avait ravagé, mais le lendemain, il amenait son chien adoré chez le véto. Il avait dû passer une sale nuit avec son clebs blotti au creux des bras, mais il avait fait ce qu'il devait faire. Pour tout l'or du monde, je n'aurais pas voulu être à sa place.

Et là, personne n'y est, à ma place.
Une femme à problèmes... Tout le monde le sait.
Lui, il est du bled. Un gars du coin. Moi, je suis une estrangers. Qu'est-ce qui va se passer, ensuite ? Les gens vont penser que je suis une fouteuse de merde, que je réglais un putain de compte personnel avec le voisin ? Si le village se ligue contre moi, ma vie va devenir un vaste océan de merde.
On rentre les chats. Surtout le gros plein de poils, confiant et aimable. De la viande à plombs, oui !

Et ma fille ? Dans trois semaines, elle descendra du bus scolaire avec les autres gosses du quartier. Puis elle devra rentrer toute seule à la maison, en passant forcément devant chez le type aux menaces et son chien con de 25kg. Qu'est-ce qui est juste ? Qu'est-ce qui est rationnel ? J'ai peur et je n'ai pas honte de le dire. J'ai peur et je me sens seule. J'ai peur et je n'arrive plus à penser. Je pleure de trouille immonde.

Comme je ne sais plus rien, je fais comme chez Foucault : j'appelle un ami. Ceux qui sont là quand tout le reste fout le camp. Je sanglote comme une merde dans l'oreille de sa femme.
  • Appelle le maire : ce genre de merde, c'est son job. Tu peux me croire, mon père a été maire de son bled pendant des années.
Je n'y avais même pas pensé.
J'appelle et je n'arrive même pas à parler.
J'ai eu peur du chien, j'ai eu mal, j'ai été aux urgences, je n'ai pas dormi, mais le maître, sa haine et sa connerie hargneuse, c'est juste trop pour moi.

Dix minutes plus tard, le maire de mon village est là et on parle. Effectivement, ce genre de merde, c'est son pain quotidien. Il appelle son premier adjoint au boulot. Il m'apprend alors que tout le quartier s'est déjà plaint du chien, mais comme ça, en informel, en discutant. Pas un voisin qui ne s'est pas déjà fait coincer par le clébard. Des mois que ça dure. Et tout le monde qui s'attendait à ce qui se passe quelque chose. Une tuile.

Ils ont tenté de raisonner le maître. Deux maires, un pour chaque commune concernée. Je vois bien à la tête du mien que ça a marché autant que de pisser dans un violon. Ils ont obtenu un suivi vétérinaire obligatoire et un signalement en gendarmerie.
Ils sont revenus le soir prendre de mes nouvelles et m'en donner. Le maire et le conseiller préféré. Ils sont plutôt bien emmerdés par la tournure des événements.
  • Son fils est passé me voir pour le premier PV du véto, lequel a déclaré que c'est un gentil chien. Et ils ont décidé de l'enchaîner.
  • Comprends-nous bien, Agnès, du point de vue de notre responsabilité collective, ce n'est pas très satisfaisant : une chaîne, ça finit toujours par casser, et ce jour-là, on aura un fait divers sur les bras. C'est l'arrêt de bus du village. C'est 10 gamins qui vont attendre tous les jours à l'endroit même où tu as été mordue. Je comprends qu'il est venu t'intimider pour que tu ne portes pas plainte et je vois qu'il a réussi. En attendant, c'est toi qui as été mordue et il n'y a que toi qui peux porter plainte. Voilà où on en est. On ne parle pas d'un petit problème isolé, on parle d'un chien qui sort de chez lui depuis des mois, qui terrorise tout le quartier et pour lequel le maître ne fait rien. On parle des voisins qui n'osent plus se promener dans le coin, des gosses qui ne sortent plus, de gens qui se sont déjà fait coincer par le chien.
  • Je sais, je sais, mais je n'ai pas honte d'avoir peur. Le gars agit comme si j'étais responsable de tous ses malheurs et il en fait une affaire personnelle.
  • Tu sais qu'on est avec toi. On comprend que tu as été impressionnée, mais je pensais que tu avais plus de gueule que cela.
  • Tu sais, je rentrais juste chez moi à vélo, un soir. Et depuis, c'est le merdier. Ma vie est un merdier. Et c'est moi la plus emmerdée dans l'histoire. Je dois écrire pour des clients, c'est mon gagne-pain et je n'ai que de la merde qui sort. Je suis sûre que l'autre dort sur ses deux oreilles, en ce moment.
  • Non, on est tous emmerdés et la vérité, c'est que si ce chien bouffe un gosse, nous serons juste tous responsables, tous autant qu'on est.


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La voie de son ma?tre

J'ai la naïveté crasse ou la connerie incommensurable de croire que les choses importantes ne peuvent que se dire face à face, le regard vrillé dans le blanc de l'œil de son interlocuteur.

Rosée perlée sur toile arachnéenneDans un premier temps, j'avais dit que je passerai chez eux pour régler des détails, mais la nuit porteuse de conseils s'était étirée en une longue insomnie qui m'avait abondamment rejoué la scène de la morsure, jusqu'à ce que je comprenne bien que retourner me jeter dans la gueule du loup n'était absolument pas indispensable.

Ils sont donc venus chez moi, le matin suivant, le mari et la femme. Je leur demande s'ils veulent boire quelque chose, histoire de fluidifier le dialogue. J'ai eu toute la nuit pour repenser au fait qu'à aucun moment il ne s'est soucié de moi ou de mon état, qu'elle seule s'est inquiétée de ma blessure, mais je mets cette réaction primaire sur le compte de l'émotion. J'ai déjà pu expérimenter qu'être témoin d'un incident est pratiquement aussi stressant que d'y participer. Nos réactions instinctives sont violentes, impérieuses et assez imprévisibles. Nul ne sait réellement comment il réagira tant qu'il n'est pas lui-même soumis à l'adversité. Ce sont des voisins agréables avec qui je pense entretenir de bons rapports. Je n'ai pas de raisons particulières de me méfier d'eux en dehors d'un vague malaise que j'attribue à ma fatigue cumulée et à un brin de culpabilité quant à la suite des événements.

Il commence par me proposer un arrangement à l'amiable, c'est à dire sans impliquer les assurances. Comme j'ai passé une bonne partie de la nuit à repenser à la jambe de Guillaume Depardieu et que dans mes rares moments de sommeil comateux, je me suis vue escalader une falaise avec une prothèse en fibre de carbone profilée pour la grimpe, je décline l'offre en précisant qu'en cas de complications, comme un staphylo récalcitrant, ça pourrait vite chiffrer sec cette histoire, et qu'il vaut mieux qu'il pense à protéger financièrement ses arrières. Il souscrit à mes arguments et j'éprouve comme un grand soulagement à l'idée que l'affaire va bientôt être réglée, que je vais juste me taper 15 jours de soins infirmiers un peu pénibles et qu'ensuite, tout va rentrer dans l'ordre dans le meilleur des mondes.

Au moment de se quitter, je me sens moralement obligée de le regarder dans les yeux pour lui dire :

Et là, c'est le drame !
Immédiatement, il se fige, son visage se crispe dans un rictus mauvais et il me balance d'une voix totalement méconnaissable :
  • Nous y voilà. Je le savais depuis le début que c'est ce que tu cherchais. Je le savais. C'est ce que tu voulais. J'ai toujours su que tu étais une femme à problèmes. De toute manière, tout le monde le sait. À la MMA, tout à l'heure, ils m'ont dit qu'ils te connaissaient bien, va. Tu cherches des ennuis ? Et bien, avec moi, tu vas les trouver !

Je reçois sa haine en pleine face et immédiatement un flot d'adrénaline pure noie l'ensemble de mon organisme. Je ressens physiquement et intellectuellement la puissance du flux hormonal. La peur à l'état brut. La sensation de solitude absolue, de vulnérabilité. Chaque fibre de mon corps me pousse à la contre-attaque, à l'affrontement. Je me sens agressée au plus profond de moi. J'étais victime, me voilà coupable. La seconde d'après, la colère, brutale, sauvage, prend le relais, cette bonne vieille colère qui me porte, qui soutient mes jambes brusquement toutes molles. J'ai une pulsion immonde, une envie folle de lui dégueuler ma rage et mon dégoût à la face, de lui hurler tout ce que je contiens depuis la veille au soir.
Mais ce n'est pas ce que je veux. Ce n'est pas ce qui doit se passer. Je ne suis pas un animal et je ne veux pas être soumise à mes émotions. Je veux penser. Je veux être la plus forte. Je veux être raisonnable pour tout le monde. C'est au prix d'un effort violent et désespéré que je parviens à ne pas exploser, à continuer à lui faire face et à commencer à argumenter d'une voix que je tente de contrôler de toutes mes forces.
  • Je te rappelle que tout ce que je faisais, c'était de rentrer chez moi à vélo.
  • C'est bon, on avait réglé les questions d'argent. Comme si je n'avais pas assez d'ennuis comme ça.
  • Des ennuis !?! Tu n'as pas la moindre idée de ce que tu aurais pu avoir comme ennuis. Tu ne te rends même pas compte à quel point tu as du bol d'être tombé sur moi et pas sur quelqu'un d'autre. La plupart des gens ne se seraient pas fait chier à venir te parler en face. Tu sais très bien que si ça avait été un des gars du coin, il serait revenu avec un fusil et aurait plombé ton chien dans l'élan.
  • Tu n'as jamais aimé mon chien.
  • Non, c'est vrai, il fait chier tout le monde depuis un sacré bout de temps. Mais tu ne te rends vraiment pas bien compte. Deux heures avant, je passais là avec ma gosse. Putain, tu te rends compte ? Et si ça avait été un gosse, hein ? Si ça avait été le petit de chez Tintin, hein ? Ou Chacha ? Tu te vois en train de vivre avec un gosse bouffé sur la conscience ? Non, mais tu te rends compte ?
  • Non, mais ça va, on n'a plus rien à faire ici. Vas-y, fais ce que tu veux, mais on sait tous qui tu es.
Elle se tourne vers moi avec un grand air désolé :
  • Non, vraiment, je ne vois pas à quoi ça sert.
Je les suis jusqu'à leur voiture :
  • Tu ne te rends pas compte : et si ça avait été un gosse ?
  • Je l'ai toujours su, des ennuis. Mais là, tu vas les trouver.

Je n'ai pas perdu la tête, mais maintenant que l'adrénaline reflue une fois de plus, je suis totalement désemparée et je ne sais absolument plus quoi faire. Jusque-là, les choses étaient totalement limpides pour moi, sauf que je commence à me demander ce que j'attendais de cette confrontation.
Une sorte de happy end tout pourri à la Hollywood, avec le mec qui prend un air dramatique et pénétré et me sort : ça me déchire le cœur en deux, mais j'ai pris conscience de la situation et je vais faire ce qui doit être fait.
J'ai connu des chasseurs et des amoureux des chiens et tous m'ont appris la loi du maître : chien qui mord = chien mort. Il y a un an ou deux, c'était le caniche de mon beau-père qui avait mordu sans raison ma fille à la cuisse, la renforçant dans sa peur des canidés. Le beau-père, ça l'avait ravagé, mais le lendemain, il amenait son chien adoré chez le véto. Il avait dû passer une sale nuit avec son clebs blotti au creux des bras, mais il avait fait ce qu'il devait faire. Pour tout l'or du monde, je n'aurais pas voulu être à sa place.

Et là, personne n'y est, à ma place.
Une femme à problèmes... Tout le monde le sait.
Lui, il est du bled. Un gars du coin. Moi, je suis une estrangers. Qu'est-ce qui va se passer, ensuite ? Les gens vont penser que je suis une fouteuse de merde, que je réglais un putain de compte personnel avec le voisin ? Si le village se ligue contre moi, ma vie va devenir un vaste océan de merde.
On rentre les chats. Surtout le gros plein de poils, confiant et aimable. De la viande à plombs, oui !

Et ma fille ? Dans trois semaines, elle descendra du bus scolaire avec les autres gosses du quartier. Puis elle devra rentrer toute seule à la maison, en passant forcément devant chez le type aux menaces et son chien con de 25kg. Qu'est-ce qui est juste ? Qu'est-ce qui est rationnel ? J'ai peur et je n'ai pas honte de le dire. J'ai peur et je me sens seule. J'ai peur et je n'arrive plus à penser. Je pleure de trouille immonde.

Comme je ne sais plus rien, je fais comme chez Foucault : j'appelle un ami. Ceux qui sont là quand tout le reste fout le camp. Je sanglote comme une merde dans l'oreille de sa femme.
  • Appelle le maire : ce genre de merde, c'est son job. Tu peux me croire, mon père a été maire de son bled pendant des années.
Je n'y avais même pas pensé.
J'appelle et je n'arrive même pas à parler.
J'ai eu peur du chien, j'ai eu mal, j'ai été aux urgences, je n'ai pas dormi, mais le maître, sa haine et sa connerie hargneuse, c'est juste trop pour moi.

Dix minutes plus tard, le maire de mon village est là et on parle. Effectivement, ce genre de merde, c'est son pain quotidien. Il appelle son premier adjoint au boulot. Il m'apprend alors que tout le quartier s'est déjà plaint du chien, mais comme ça, en informel, en discutant. Pas un voisin qui ne s'est pas déjà fait coincer par le clébard. Des mois que ça dure. Et tout le monde qui s'attendait à ce qui se passe quelque chose. Une tuile.

Ils ont tenté de raisonner le maître. Deux maires, un pour chaque commune concernée. Je vois bien à la tête du mien que ça a marché autant que de pisser dans un violon. Ils ont obtenu un suivi vétérinaire obligatoire et un signalement en gendarmerie.
Ils sont revenus le soir prendre de mes nouvelles et m'en donner. Le maire et le conseiller préféré. Ils sont plutôt bien emmerdés par la tournure des événements.
  • Son fils est passé me voir pour le premier PV du véto, lequel a déclaré que c'est un gentil chien. Et ils ont décidé de l'enchaîner.
  • Comprends-nous bien, Agnès, du point de vue de notre responsabilité collective, ce n'est pas très satisfaisant : une chaîne, ça finit toujours par casser, et ce jour-là, on aura un fait divers sur les bras. C'est l'arrêt de bus du village. C'est 10 gamins qui vont attendre tous les jours à l'endroit même où tu as été mordue. Je comprends qu'il est venu t'intimider pour que tu ne portes pas plainte et je vois qu'il a réussi. En attendant, c'est toi qui as été mordue et il n'y a que toi qui peux porter plainte. Voilà où on en est. On ne parle pas d'un petit problème isolé, on parle d'un chien qui sort de chez lui depuis des mois, qui terrorise tout le quartier et pour lequel le maître ne fait rien. On parle des voisins qui n'osent plus se promener dans le coin, des gosses qui ne sortent plus, de gens qui se sont déjà fait coincer par le chien.
  • Je sais, je sais, mais je n'ai pas honte d'avoir peur. Le gars agit comme si j'étais responsable de tous ses malheurs et il en fait une affaire personnelle.
  • Tu sais qu'on est avec toi. On comprend que tu as été impressionnée, mais je pensais que tu avais plus de gueule que cela.
  • Tu sais, je rentrais juste chez moi à vélo, un soir. Et depuis, c'est le merdier. Ma vie est un merdier. Et c'est moi la plus emmerdée dans l'histoire. Je dois écrire pour des clients, c'est mon gagne-pain et je n'ai que de la merde qui sort. Je suis sûre que l'autre dort sur ses deux oreilles, en ce moment.
  • Non, on est tous emmerdés et la vérité, c'est que si ce chien bouffe un gosse, nous serons juste tous responsables, tous autant qu'on est.


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Le temps des c(e)rises

Cerises

Cette année, les cerisiers n'ont pas donné.

C'est une de ces petites phrases banales qui creusent en moi un sentiment de perte incommensurable. Ce genre de choses que l'on dit sans y penser, pour ponctuer une marche ou ne pas avoir l'air trop ballot pendant une conversation en mal d'inspiration.
C'est bien vrai, ça : il n'y a pas eu de cerises cette année.

L'année dernière, c'était une tout autre affaire. Rien que de l'arbre du jardin, nous avions sorti trois pleins paniers de petites billes rouge vif. Pas aussi bonnes que celles du voisin. Lui, c'est un de ces papets à l’œil qui frise qui te rappelle toujours au détour d'une salutation sur le bord du chemin qu'en un autre temps, il était un autre homme. Je ne suis vraiment pas certaine qu'il a été ce coureur de jupons qu'il aime à dépeindre à grands traits gourmands, histoire de faire oublier sa trogne ravagée par l'érosion des années et ce corps rétif qui n'avance plus que sous la contrainte d'une formidable volonté. Lui, c'est la vague italienne. Ils sont presque tous arrivés du même bled, dans le coin. Saisonniers, garçons de ferme, hommes à tout faire, du temps où il fallait garnir de bras et de dos courbés la campagne pour qu'elle veuille bien donner assez. Il a bossé dur, comme un chien. Il a avalé les couleuvres de la châtelaine, m'a-t-il confié un jour où il était particulièrement loquace. Je ne sais pas trop ce qu'elle lui a fait, celle-là, mais ça fleure bon la vieille lutte des classes des familles. Peut-être était-il beau gars, après tout.

C'était la génération d'avant celle d'avant, les durs à la peine, ceux qui se sont voués au labeur et à l'économie. Il a trimé et il a investi le fruit de son travail dans cette terre avide qu'il a abreuvé de sa sueur. Lopin après lopin. Et cette longue rangée de cerisiers majestueux qui borde cette petite route tranquille qui mène chez moi, c'est lui qui l'a plantée, avec sa femme. Et ils se sont mis à donner tant et plus qu'il a invité tous les gens du coin à venir se servir. Et même en nous y mettant tous, il est resté largement de quoi nourrir les nombreux oiseaux qui se cachent dans le petit bosquet près de l'étang, là-bas, en bas.

Prenez, prenez, vous devez venir en prendre encore plus, avec la petite.
Et moi j'avais un peu de remords à venir ainsi remplir mes poches des fruits de son travail.
Jusqu'à cette année et le grand froid qui a figé dans son étreinte implacable les fleurs de tous les fruitiers du coin. Du coup, il n'y a rien eu quand l'été est enfin arrivé. Pas de commandos-panier, pas d'acrobaties hasardeuses dans les branches, pas de retour au sol un peu lourd qui m'a rappelé que je n'avais plus l’agilité de petit singe de mes 13 ans, quand je surveillais l'arrivée des beaux jours juchée dans une autre allée de cerisiers, ailleurs, dans un autre temps, un autre monde, aussi.

Cette année, les cerisiers n'ont pas donné et c'est un peu comme si je ne mangerai plus jamais de cerises.

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Bient?t 1000 sites bloqu?s en France sans contr?le judiciaire

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Les inconv?nients de la redistribution de la richesse

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L?Iran affirme qu?il pourrait d?ployer la marine ? proximit? des c?tes am?ricaines: le rapport

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CERN : de l?infiniment petit ? l?infiniment immoral…

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Ode ? la civilisation industrielle

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