Accueil / Tag Archives: Le Polylecte

Tag Archives: Le Polylecte

Intimit

Tu sais que tu es en couple le jour où tu te retrouves à te brosser les dents pendant que ton compagnon chie à côté


Le sac du grimpeurCe que ma fulgurante condisciple en éthologie voulait immanquablement évoquer par cette remarque nourrie par l'expérimentation continue de la vraie vie en milieu urbain, c'est la naissance de l'intimité. Le moment où tu es assez proche de quelqu'un pour te permettre de le laisser accéder à tes contingences biologiques — lesquelles ressemblent étrangement aux siennes —, mais qu'une société écartelée entre les archétypes de la nature et de la culture préfère ignorer franchement. Jusqu'à la psychose généralisée.

  • Du jour où j'ai vu sa touffe, notre amitié n'a plus jamais été la même.
C'était au sujet de l'amitié homme-femme et ce sémillant sexagénaire, qui n'avait jamais fait mystère de son goût immodéré de la drague en général et des franches saillies en particulier, exprimait là les limites de l'exercice, à savoir une trop grande intimité, justement, qui n'autorise plus la juste distanciation émotionnelle.
  • Je te jure, c'était vraiment une amie que j'adorais, on était très proches et tout, on ne faisait jamais de chichi entre nous, jusqu'à ce jour où elle s'est décullotée devant moi pendant une randonnée, juste pour pisser. Je n'ai pas pu m'empêcher de voir son sexe et c'était un putain de buisson, comme je n'en avais jamais vu (et pourtant, Dieu sait que j'en ai vu!). Et de ce jour, je n'ai jamais pu m'enlever cette image de la tête et chaque fois que je pense à elle ou que je lui parle, je ne vois que ce putain de buisson et ça gâche tout.

  • Un jour, ma meilleure amie est venue chez moi pour chier. Elle venait de traverser la moitié de la ville pour ça.
J'ai toujours aimé les conversations à bâtons rompus intergénérationnelles, mais là, je dois avoir la tête d'une poule qui vient de découvrir qu'elle a couvé un renard. Elle a la moitié de mon âge, c'est une autre génération, un autre monde, un autre univers.
  • Mais pourquoi?
  • Ce soir-là, elle dormait chez son fiancé et elle a eu tellement envie qu'elle a su qu'elle ne pouvait pas se retenir toute la nuit.
  • Vous voulez dire qu'elle ne pouvait pas chier chez lui? Mais ils couchaient ensemble, quand même, ils n'allaient pas attendre le mariage?
  • Oui, oui, mais elle ne pouvait pas envisager de chier dans ses toilettes à lui, avec lui de l'autre côté de la porte : les bruits, les odeurs, tout ça...
  • Mais elle ne se doutait pas qu'il devait avoir quelques soupçons? Que vous êtes biologiquement soumis aux mêmes contraintes? Que les filles ne sont pas des princesses et qu'elles ne chient pas de la poudre de licorne?
  • En fait, on évite ce genre de chose.
  • Mais vous êtes la génération libérée du cul, vous pensez que la sodomie est un truc anodin et normal, mais dans le même temps, vous ne supportez pas d'avoir des poils pubiens ou de faire plouf dans les mêmes chiottes? Mais comment allez-vous faire quand vous vivrez ensemble? Comment vous allez gérer la merde dans les couches ou les corps rattrapés par l'âge?

Le monde pornographique n'aime pas avoir le nez dans sa merde. Il préfère d'ailleurs déféquer dans de l'eau potable et évacuer le problème plus loin à grands jets purificateurs.


  • Nos voisins nous ont vraiment fait une vie d'enfer.
  • Ah bon?
Ce n'est pas à proprement parler un pote. On est le plus souvent en désaccord sur tout. J'ai souvent l'impression que nous ne vivons pas sur la même planète. Pourtant si, et c'est même tout le problème.
  • Oui, on a été obligé de refaire tout le système d'évacuation de notre maison neuve.
  • Pourquoi?
  • Pour rien : quand on tirait la chasse, ça allait dans le fossé et il arrivait que le fossé déborde et que ça traverse le chemin.
  • Tu es en train de me dire que votre merde familiale s'exposait au vu de tous et que vos voisins devaient rouler dedans? Et ça ne te dérangeait pas?
  • Ouais, enfin bon, ce n'était pas la peine d'en faire tout un plat. En tout cas, leurs conneries, ça m'a coûté un bras en travaux.

Des fois, je me rend compte que toute ma vie ne me suffira pas à comprendre la nature humaine.


J'ai aussi mes pudeurs. Comme beaucoup d'entre nous, je préfère le confort ouaté de mes toilettes particulières pour me laisser aller à évacuer mes humeurs maussades. J'ai eu aussi des stratégies d'évitement assez élaborées, des repérages de toilettes lointaines pour éviter la promiscuité pétaradante ou le syndrome de la petite bouse qui refuse de couler alors qu'un collègue engoncé dans ses propres crispations tambourines furieusement à la porte. Il m'est aussi arrivé d'échanger les bons coins du soulagement discret avec mes copines de randonnées en montagne, tant il est vrai que l'intimité de l'amitié supporte assez mal celle des impératifs digestifs. Je me suis déjà retrouvée, après 10 minutes d'une marche périlleuse au milieu des rocs et des fourrés, à exposer royalement mon postérieur à un GR bien fréquenté dont je n'avais pas anticipé tous les lacets et circonvolutions. C'est même un peu à cause de cela que je ne raffole pas tant que cela du bivouac en moyenne montagne, quand on se retrouve à tous piétiner à la frontale derrière le même malheureux bosquet enrubanné de PQ nerveusement froissé.

  • Tu sais, tu ne seras pas une vraie grimpeuse tant que tu n'auras pas uriné sur ton partenaire de cordée.
  • Ah ben tant pis, alors!
Je ne pense pas trahir Alexandre en révélant cette petite part de vérité des grandes histoires de montagne.
  • Comment tu croyais que ça se passe quand tu fais une grande voie pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours?
  • Tu sais, je ne fais que de la couenne, ce qui fait que je ne m'étais jamais posé cette épineuse question. Mais je te remercie de m'éclairer sur ce point, même si je ne suis pas certaine que j'avais vraiment envie de savoir.
  • On prend un sac poubelle qu'il faut se traîner pour les grosses commissions, mais bon, pour reste, on fait comme on peut.
  • C'est sûr, vu comme ça, ton binôme de grimpe prend tout de suite une dimension beaucoup plus intime.
  • C'est exactement ça! D'ailleurs les couples mixtes de grimpeurs sont souvent mariés. Parce que oui, c'est une question d'intimité et que l'intimité, ça rapproche forcément beaucoup!

O tempora, O mores

Nous profitons d'une belle journée d'été pour visiter les ruines de la villa gallo-romaine de Séviac. Bon, d'accord, ça ressemble surtout à des petits tas de caillasses avec des trous, de-ci, de-là. Il y a encore quelques mosaïques préservées miraculeusement des millénaires. Le guide a le béret vissé sur les oreilles et l'accent chantant en bouche.

  • Et nous voilà dans les thermes de la villa!
  • Oui, tu vois, les gens se lavaient tous ensemble, un peu comme dans les hammams aujourd'hui.

J'aime bien contextualiser les explications du guide à destination de notre fille.

  • Oui, d'ailleurs, ils ne faisaient pas que se laver tous ensemble, renchérit le guide qui suit notre conversation. Comme on peut le découvrir, les latrines aussi étaient collectives.
  • C'est quoi, les latrines?
  • Les chiottes. Et entre chaque place, il n'y avait pas de cloison. En gros, les gens se retrouvaient tous les matins pour chier ensemble et commenter les nouvelles de la journée.

La gamine me regarde avec un air mi-incrédule, mi-amusée.

  • Tu te fous de moi, maman?
  • Non, même pas!
  • Ouais, comme dirait Astérix, ils sont fous, ces Romains!
  • Ou alors, ils avaient un autre sens de l'intimité que nous...


Lire la suite

Intimit

Tu sais que tu es en couple le jour o? tu te retrouves ? te brosser les dents pendant que ton compagnon chie ? c?t? Ce que ma fulgurante condisciple en ?thologie voulait immanquablement ?voquer par cette remarque nourrie par l'exp?rimentati...

Lire la suite

Intimit

Tu sais que tu es en couple le jour où tu te retrouves à te brosser les dents pendant que ton compagnon chie à côté


Le sac du grimpeurCe que ma fulgurante condisciple en éthologie voulait immanquablement évoquer par cette remarque nourrie par l'expérimentation continue de la vraie vie en milieu urbain, c'est la naissance de l'intimité. Le moment où tu es assez proche de quelqu'un pour te permettre de le laisser accéder à tes contingences biologiques — lesquelles ressemblent étrangement aux siennes —, mais qu'une société écartelée entre les archétypes de la nature et de la culture préfère ignorer franchement. Jusqu'à la psychose généralisée.

  • Du jour où j'ai vu sa touffe, notre amitié n'a plus jamais été la même.
C'était au sujet de l'amitié homme-femme et ce sémillant sexagénaire, qui n'avait jamais fait mystère de son goût immodéré de la drague en général et des franches saillies en particulier, exprimait là les limites de l'exercice, à savoir une trop grande intimité, justement, qui n'autorise plus la juste distanciation émotionnelle.
  • Je te jure, c'était vraiment une amie que j'adorais, on était très proches et tout, on ne faisait jamais de chichi entre nous, jusqu'à ce jour où elle s'est décullotée devant moi pendant une randonnée, juste pour pisser. Je n'ai pas pu m'empêcher de voir son sexe et c'était un putain de buisson, comme je n'en avais jamais vu (et pourtant, Dieu sait que j'en ai vu!). Et de ce jour, je n'ai jamais pu m'enlever cette image de la tête et chaque fois que je pense à elle ou que je lui parle, je ne vois que ce putain de buisson et ça gâche tout.

  • Un jour, ma meilleure amie est venue chez moi pour chier. Elle venait de traverser la moitié de la ville pour ça.
J'ai toujours aimé les conversations à bâtons rompus intergénérationnelles, mais là, je dois avoir la tête d'une poule qui vient de découvrir qu'elle a couvé un renard. Elle a la moitié de mon âge, c'est une autre génération, un autre monde, un autre univers.
  • Mais pourquoi?
  • Ce soir-là, elle dormait chez son fiancé et elle a eu tellement envie qu'elle a su qu'elle ne pouvait pas se retenir toute la nuit.
  • Vous voulez dire qu'elle ne pouvait pas chier chez lui? Mais ils couchaient ensemble, quand même, ils n'allaient pas attendre le mariage?
  • Oui, oui, mais elle ne pouvait pas envisager de chier dans ses toilettes à lui, avec lui de l'autre côté de la porte : les bruits, les odeurs, tout ça...
  • Mais elle ne se doutait pas qu'il devait avoir quelques soupçons? Que vous êtes biologiquement soumis aux mêmes contraintes? Que les filles ne sont pas des princesses et qu'elles ne chient pas de la poudre de licorne?
  • En fait, on évite ce genre de chose.
  • Mais vous êtes la génération libérée du cul, vous pensez que la sodomie est un truc anodin et normal, mais dans le même temps, vous ne supportez pas d'avoir des poils pubiens ou de faire plouf dans les mêmes chiottes? Mais comment allez-vous faire quand vous vivrez ensemble? Comment vous allez gérer la merde dans les couches ou les corps rattrapés par l'âge?

Le monde pornographique n'aime pas avoir le nez dans sa merde. Il préfère d'ailleurs déféquer dans de l'eau potable et évacuer le problème plus loin à grands jets purificateurs.


  • Nos voisins nous ont vraiment fait une vie d'enfer.
  • Ah bon?
Ce n'est pas à proprement parler un pote. On est le plus souvent en désaccord sur tout. J'ai souvent l'impression que nous ne vivons pas sur la même planète. Pourtant si, et c'est même tout le problème.
  • Oui, on a été obligé de refaire tout le système d'évacuation de notre maison neuve.
  • Pourquoi?
  • Pour rien : quand on tirait la chasse, ça allait dans le fossé et il arrivait que le fossé déborde et que ça traverse le chemin.
  • Tu es en train de me dire que votre merde familiale s'exposait au vu de tous et que vos voisins devaient rouler dedans? Et ça ne te dérangeait pas?
  • Ouais, enfin bon, ce n'était pas la peine d'en faire tout un plat. En tout cas, leurs conneries, ça m'a coûté un bras en travaux.

Des fois, je me rend compte que toute ma vie ne me suffira pas à comprendre la nature humaine.


J'ai aussi mes pudeurs. Comme beaucoup d'entre nous, je préfère le confort ouaté de mes toilettes particulières pour me laisser aller à évacuer mes humeurs maussades. J'ai eu aussi des stratégies d'évitement assez élaborées, des repérages de toilettes lointaines pour éviter la promiscuité pétaradante ou le syndrome de la petite bouse qui refuse de couler alors qu'un collègue engoncé dans ses propres crispations tambourines furieusement à la porte. Il m'est aussi arrivé d'échanger les bons coins du soulagement discret avec mes copines de randonnées en montagne, tant il est vrai que l'intimité de l'amitié supporte assez mal celle des impératifs digestifs. Je me suis déjà retrouvée, après 10 minutes d'une marche périlleuse au milieu des rocs et des fourrés, à exposer royalement mon postérieur à un GR bien fréquenté dont je n'avais pas anticipé tous les lacets et circonvolutions. C'est même un peu à cause de cela que je ne raffole pas tant que cela du bivouac en moyenne montagne, quand on se retrouve à tous piétiner à la frontale derrière le même malheureux bosquet enrubanné de PQ nerveusement froissé.

  • Tu sais, tu ne seras pas une vraie grimpeuse tant que tu n'auras pas uriné sur ton partenaire de cordée.
  • Ah ben tant pis, alors!
Je ne pense pas trahir Alexandre en révélant cette petite part de vérité des grandes histoires de montagne.
  • Comment tu croyais que ça se passe quand tu fais une grande voie pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours?
  • Tu sais, je ne fais que de la couenne, ce qui fait que je ne m'étais jamais posé cette épineuse question. Mais je te remercie de m'éclairer sur ce point, même si je ne suis pas certaine que j'avais vraiment envie de savoir.
  • On prend un sac poubelle qu'il faut se traîner pour les grosses commissions, mais bon, pour reste, on fait comme on peut.
  • C'est sûr, vu comme ça, ton binôme de grimpe prend tout de suite une dimension beaucoup plus intime.
  • C'est exactement ça! D'ailleurs les couples mixtes de grimpeurs sont souvent mariés. Parce que oui, c'est une question d'intimité et que l'intimité, ça rapproche forcément beaucoup!

O tempora, O mores

Nous profitons d'une belle journée d'été pour visiter les ruines de la villa gallo-romaine de Séviac. Bon, d'accord, ça ressemble surtout à des petits tas de caillasses avec des trous, de-ci, de-là. Il y a encore quelques mosaïques préservées miraculeusement des millénaires. Le guide a le béret vissé sur les oreilles et l'accent chantant en bouche.

  • Et nous voilà dans les thermes de la villa!
  • Oui, tu vois, les gens se lavaient tous ensemble, un peu comme dans les hammams aujourd'hui.

J'aime bien contextualiser les explications du guide à destination de notre fille.

  • Oui, d'ailleurs, ils ne faisaient pas que se laver tous ensemble, renchérit le guide qui suit notre conversation. Comme on peut le découvrir, les latrines aussi étaient collectives.
  • C'est quoi, les latrines?
  • Les chiottes. Et entre chaque place, il n'y avait pas de cloison. En gros, les gens se retrouvaient tous les matins pour chier ensemble et commenter les nouvelles de la journée.

La gamine me regarde avec un air mi-incrédule, mi-amusée.

  • Tu te fous de moi, maman?
  • Non, même pas!
  • Ouais, comme dirait Astérix, ils sont fous, ces Romains!
  • Ou alors, ils avaient un autre sens de l'intimité que nous...


Lire la suite

Intimit

Tu sais que tu es en couple le jour où tu te retrouves à te brosser les dents pendant que ton compagnon chie à côté


Le sac du grimpeurCe que ma fulgurante condisciple en éthologie voulait immanquablement évoquer par cette remarque nourrie par l'expérimentation continue de la vraie vie en milieu urbain, c'est la naissance de l'intimité. Le moment où tu es assez proche de quelqu'un pour te permettre de le laisser accéder à tes contingences biologiques — lesquelles ressemblent étrangement aux siennes —, mais qu'une société écartelée entre les archétypes de la nature et de la culture préfère ignorer franchement. Jusqu'à la psychose généralisée.

  • Du jour où j'ai vu sa touffe, notre amitié n'a plus jamais été la même.
C'était au sujet de l'amitié homme-femme et ce sémillant sexagénaire, qui n'avait jamais fait mystère de son goût immodéré de la drague en général et des franches saillies en particulier, exprimait là les limites de l'exercice, à savoir une trop grande intimité, justement, qui n'autorise plus la juste distanciation émotionnelle.
  • Je te jure, c'était vraiment une amie que j'adorais, on était très proches et tout, on ne faisait jamais de chichi entre nous, jusqu'à ce jour où elle s'est décullotée devant moi pendant une randonnée, juste pour pisser. Je n'ai pas pu m'empêcher de voir son sexe et c'était un putain de buisson, comme je n'en avais jamais vu (et pourtant, Dieu sait que j'en ai vu!). Et de ce jour, je n'ai jamais pu m'enlever cette image de la tête et chaque fois que je pense à elle ou que je lui parle, je ne vois que ce putain de buisson et ça gâche tout.

  • Un jour, ma meilleure amie est venue chez moi pour chier. Elle venait de traverser la moitié de la ville pour ça.
J'ai toujours aimé les conversations à bâtons rompus intergénérationnelles, mais là, je dois avoir la tête d'une poule qui vient de découvrir qu'elle a couvé un renard. Elle a la moitié de mon âge, c'est une autre génération, un autre monde, un autre univers.
  • Mais pourquoi?
  • Ce soir-là, elle dormait chez son fiancé et elle a eu tellement envie qu'elle a su qu'elle ne pouvait pas se retenir toute la nuit.
  • Vous voulez dire qu'elle ne pouvait pas chier chez lui? Mais ils couchaient ensemble, quand même, ils n'allaient pas attendre le mariage?
  • Oui, oui, mais elle ne pouvait pas envisager de chier dans ses toilettes à lui, avec lui de l'autre côté de la porte : les bruits, les odeurs, tout ça...
  • Mais elle ne se doutait pas qu'il devait avoir quelques soupçons? Que vous êtes biologiquement soumis aux mêmes contraintes? Que les filles ne sont pas des princesses et qu'elles ne chient pas de la poudre de licorne?
  • En fait, on évite ce genre de chose.
  • Mais vous êtes la génération libérée du cul, vous pensez que la sodomie est un truc anodin et normal, mais dans le même temps, vous ne supportez pas d'avoir des poils pubiens ou de faire plouf dans les mêmes chiottes? Mais comment allez-vous faire quand vous vivrez ensemble? Comment vous allez gérer la merde dans les couches ou les corps rattrapés par l'âge?

Le monde pornographique n'aime pas avoir le nez dans sa merde. Il préfère d'ailleurs déféquer dans de l'eau potable et évacuer le problème plus loin à grands jets purificateurs.


  • Nos voisins nous ont vraiment fait une vie d'enfer.
  • Ah bon?
Ce n'est pas à proprement parler un pote. On est le plus souvent en désaccord sur tout. J'ai souvent l'impression que nous ne vivons pas sur la même planète. Pourtant si, et c'est même tout le problème.
  • Oui, on a été obligé de refaire tout le système d'évacuation de notre maison neuve.
  • Pourquoi?
  • Pour rien : quand on tirait la chasse, ça allait dans le fossé et il arrivait que le fossé déborde et que ça traverse le chemin.
  • Tu es en train de me dire que votre merde familiale s'exposait au vu de tous et que vos voisins devaient rouler dedans? Et ça ne te dérangeait pas?
  • Ouais, enfin bon, ce n'était pas la peine d'en faire tout un plat. En tout cas, leurs conneries, ça m'a coûté un bras en travaux.

Des fois, je me rend compte que toute ma vie ne me suffira pas à comprendre la nature humaine.


J'ai aussi mes pudeurs. Comme beaucoup d'entre nous, je préfère le confort ouaté de mes toilettes particulières pour me laisser aller à évacuer mes humeurs maussades. J'ai eu aussi des stratégies d'évitement assez élaborées, des repérages de toilettes lointaines pour éviter la promiscuité pétaradante ou le syndrome de la petite bouse qui refuse de couler alors qu'un collègue engoncé dans ses propres crispations tambourines furieusement à la porte. Il m'est aussi arrivé d'échanger les bons coins du soulagement discret avec mes copines de randonnées en montagne, tant il est vrai que l'intimité de l'amitié supporte assez mal celle des impératifs digestifs. Je me suis déjà retrouvée, après 10 minutes d'une marche périlleuse au milieu des rocs et des fourrés, à exposer royalement mon postérieur à un GR bien fréquenté dont je n'avais pas anticipé tous les lacets et circonvolutions. C'est même un peu à cause de cela que je ne raffole pas tant que cela du bivouac en moyenne montagne, quand on se retrouve à tous piétiner à la frontale derrière le même malheureux bosquet enrubanné de PQ nerveusement froissé.

  • Tu sais, tu ne seras pas une vraie grimpeuse tant que tu n'auras pas uriné sur ton partenaire de cordée.
  • Ah ben tant pis, alors!
Je ne pense pas trahir Alexandre en révélant cette petite part de vérité des grandes histoires de montagne.
  • Comment tu croyais que ça se passe quand tu fais une grande voie pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours?
  • Tu sais, je ne fais que de la couenne, ce qui fait que je ne m'étais jamais posé cette épineuse question. Mais je te remercie de m'éclairer sur ce point, même si je ne suis pas certaine que j'avais vraiment envie de savoir.
  • On prend un sac poubelle qu'il faut se traîner pour les grosses commissions, mais bon, pour reste, on fait comme on peut.
  • C'est sûr, vu comme ça, ton binôme de grimpe prend tout de suite une dimension beaucoup plus intime.
  • C'est exactement ça! D'ailleurs les couples mixtes de grimpeurs sont souvent mariés. Parce que oui, c'est une question d'intimité et que l'intimité, ça rapproche forcément beaucoup!

O tempora, O mores

Nous profitons d'une belle journée d'été pour visiter les ruines de la villa gallo-romaine de Séviac. Bon, d'accord, ça ressemble surtout à des petits tas de caillasses avec des trous, de-ci, de-là. Il y a encore quelques mosaïques préservées miraculeusement des millénaires. Le guide a le béret vissé sur les oreilles et l'accent chantant en bouche.

  • Et nous voilà dans les thermes de la villa!
  • Oui, tu vois, les gens se lavaient tous ensemble, un peu comme dans les hammams aujourd'hui.

J'aime bien contextualiser les explications du guide à destination de notre fille.

  • Oui, d'ailleurs, ils ne faisaient pas que se laver tous ensemble, renchérit le guide qui suit notre conversation. Comme on peut le découvrir, les latrines aussi étaient collectives.
  • C'est quoi, les latrines?
  • Les chiottes. Et entre chaque place, il n'y avait pas de cloison. En gros, les gens se retrouvaient tous les matins pour chier ensemble et commenter les nouvelles de la journée.

La gamine me regarde avec un air mi-incrédule, mi-amusée.

  • Tu te fous de moi, maman?
  • Non, même pas!
  • Ouais, comme dirait Astérix, ils sont fous, ces Romains!
  • Ou alors, ils avaient un autre sens de l'intimité que nous...


Lire la suite

Killing Descartes

Je voudrais travailler à rendre les hommes plus profonds et meilleurs en les amenant à réfléchir sur eux-mêmes. Je suis en désaccord avec l'esprit de ce temps, parce qu'il est plein de mépris pour la pensée... L'homme moderne, surmené de travail, n'est plus capable de véritable recueillement, et il perd sa spiritualité dans tous les domaines... Or, la renonciation à la pensée est la faillite de l'esprit.

Albert Schweitzer, À l'orée de la forêt vierge, préface.

Bubbles girlsPetite cure de stimulation intellectuelle ce week-end, au Marathon des Sciences de Fleurance ou l'occasion incroyable de se goinfrer 12 heures de conférences scientifiques entrecoupées de pauses foie gras et autres œnogastronomies plus ou moins locales. L'occasion, surtout, de ne pas s'encroûter du ciboulot, de croiser des gens intéressants et de se rendre compte que cela fait un petit moment que je me laisse distraire, au propre comme au figuré, par de petites considérations futiles et sans importance.

De la distraction, oui, comme évidence technologique pendant que les orateurs défilent sur fond d'écran géant, devenant étrangement les commentaires vivants des vrais clous du spectacle, à savoir leurs foutus sliders PowerPoint. Cette constatation est d'autant plus vraie que la technologie, puisqu'il s'agissait bien du sujet de cette année, a plutôt tendance à prendre le pas sur l'homme de science, le slider s'agrémentant de musiques et de vidéos. Je commençais à me demander qui de la machine ou de l'homme fait le show, quand est arrivée la seule intervenante du jour, son iPad greffé au creux du coude. Je sais, par expérience assez directe, que tout le monde n'est pas à l'aise dans la communication orale et je me souviens des colloques organisés annuellement par mon ancien laboratoire de recherche, histoire, probablement, de nous préparer à ce genre d'épreuve qui fait partie de la vie normale et nécessaire du chercheur, apprenti ou confirmé.

Là, je sais tout de suite qu'elle souffre.
Et que son iPad est sa bouée, son pupitre, son pense-bête, tout. Elle lit son exposé sans parvenir à décoller du texte, elle peine à insuffler un rythme et puis, c'est le drame : la tablette se met en veille et la voilà obligée de se traîner ce poids mort coincé à son bras. Étrange démonstration par l'absurde de la dépendance technologique, celle que je fuis sans jamais pouvoir y échapper, celle que j'apprivoise, à laquelle je ne fais de concessions que parce que je m’astreins, par ailleurs, à cultiver mon autonomie technologique par tous les moyens.

La soirée est déjà bien avancée quand arrive l'homme seul. Il débarque sans ordi, sans pointeur laser et avec un sens assez consommé de la mise en scène, il s'installe ostensiblement seul dans un coin de l'immense scène à présent presque complètement plongée dans la pénombre. Il s'assied posément sur une chaise d'une outrageante banalité, chausse ses lorgnons de jeune vieillesse et pose ses notes de papier sur ses genoux croisés. Sa seule présence, sa seule installation sont la démonstration incorporée de l'autonomie de la machine humaine sur la distraction technologique. Pas d'effets, pas d'images, pas de son, pas de grands mouvements de scène, juste un homme sur une chaise qui déploie patiemment ses idées, qui inocule son propre rythme, qui peut choisir de digresser dans son discours ou de ne pas arriver où on l'attend. Et la lumière ne naît que de ses paroles, que de son processus intellectuel endogène. Il relègue la machine au rang d'accessoire ou de prothèse de l'humain et rejette, dans son seul comportement, notre indépassable soumission à l'ordre technologique. Et là, seulement équipé de ses lunettes et de ses feuilles de notes, il dessine à grands traits la dystopie de la transhumanité, transformant sa propre intervention en démonstration de son propos.

L'homme-machine de Descartes devient le machin de la prouesse technologique, pense qu'il est noble de chercher à repousser ses limites alors qu'il ne parvient même pas à suffisamment se penser lui-même pour parvenir à les tracer. Nous rêvons nous-mêmes de devenir des moutons électriques parce que nous avons renoncé à interroger notre propre humanité et que nous croyons sincèrement nous améliorer en l'aliénant à la technologie.

Je regarde cet homme assis tout seul sur sa grande estrade vide et je reviens toujours à la même question : qu'est-ce qui est vraiment important dans tout cet immonde foutoir qu'est notre monde ?

Powered by ScribeFire.

Lire la suite

Killing Descartes

Je voudrais travailler ? rendre les hommes plus profonds et meilleurs en les amenant ? r?fl?chir sur eux-m?mes. Je suis en d?saccord avec l'esprit de ce temps, parce qu'il est plein de m?pris pour la pens?e... L'homme moderne, surmen? de trav...

Lire la suite

Killing Descartes

Je voudrais travailler à rendre les hommes plus profonds et meilleurs en les amenant à réfléchir sur eux-mêmes. Je suis en désaccord avec l'esprit de ce temps, parce qu'il est plein de mépris pour la pensée... L'homme moderne, surmené de travail, n'est plus capable de véritable recueillement, et il perd sa spiritualité dans tous les domaines... Or, la renonciation à la pensée est la faillite de l'esprit.

Albert Schweitzer, À l'orée de la forêt vierge, préface.

Bubbles girlsPetite cure de stimulation intellectuelle ce week-end, au Marathon des Sciences de Fleurance ou l'occasion incroyable de se goinfrer 12 heures de conférences scientifiques entrecoupées de pauses foie gras et autres œnogastronomies plus ou moins locales. L'occasion, surtout, de ne pas s'encroûter du ciboulot, de croiser des gens intéressants et de se rendre compte que cela fait un petit moment que je me laisse distraire, au propre comme au figuré, par de petites considérations futiles et sans importance.

De la distraction, oui, comme évidence technologique pendant que les orateurs défilent sur fond d'écran géant, devenant étrangement les commentaires vivants des vrais clous du spectacle, à savoir leurs foutus sliders PowerPoint. Cette constatation est d'autant plus vraie que la technologie, puisqu'il s'agissait bien du sujet de cette année, a plutôt tendance à prendre le pas sur l'homme de science, le slider s'agrémentant de musiques et de vidéos. Je commençais à me demander qui de la machine ou de l'homme fait le show, quand est arrivée la seule intervenante du jour, son iPad greffé au creux du coude. Je sais, par expérience assez directe, que tout le monde n'est pas à l'aise dans la communication orale et je me souviens des colloques organisés annuellement par mon ancien laboratoire de recherche, histoire, probablement, de nous préparer à ce genre d'épreuve qui fait partie de la vie normale et nécessaire du chercheur, apprenti ou confirmé.

Là, je sais tout de suite qu'elle souffre.
Et que son iPad est sa bouée, son pupitre, son pense-bête, tout. Elle lit son exposé sans parvenir à décoller du texte, elle peine à insuffler un rythme et puis, c'est le drame : la tablette se met en veille et la voilà obligée de se traîner ce poids mort coincé à son bras. Étrange démonstration par l'absurde de la dépendance technologique, celle que je fuis sans jamais pouvoir y échapper, celle que j'apprivoise, à laquelle je ne fais de concessions que parce que je m’astreins, par ailleurs, à cultiver mon autonomie technologique par tous les moyens.

La soirée est déjà bien avancée quand arrive l'homme seul. Il débarque sans ordi, sans pointeur laser et avec un sens assez consommé de la mise en scène, il s'installe ostensiblement seul dans un coin de l'immense scène à présent presque complètement plongée dans la pénombre. Il s'assied posément sur une chaise d'une outrageante banalité, chausse ses lorgnons de jeune vieillesse et pose ses notes de papier sur ses genoux croisés. Sa seule présence, sa seule installation sont la démonstration incorporée de l'autonomie de la machine humaine sur la distraction technologique. Pas d'effets, pas d'images, pas de son, pas de grands mouvements de scène, juste un homme sur une chaise qui déploie patiemment ses idées, qui inocule son propre rythme, qui peut choisir de digresser dans son discours ou de ne pas arriver où on l'attend. Et la lumière ne naît que de ses paroles, que de son processus intellectuel endogène. Il relègue la machine au rang d'accessoire ou de prothèse de l'humain et rejette, dans son seul comportement, notre indépassable soumission à l'ordre technologique. Et là, seulement équipé de ses lunettes et de ses feuilles de notes, il dessine à grands traits la dystopie de la transhumanité, transformant sa propre intervention en démonstration de son propos.

L'homme-machine de Descartes devient le machin de la prouesse technologique, pense qu'il est noble de chercher à repousser ses limites alors qu'il ne parvient même pas à suffisamment se penser lui-même pour parvenir à les tracer. Nous rêvons nous-mêmes de devenir des moutons électriques parce que nous avons renoncé à interroger notre propre humanité et que nous croyons sincèrement nous améliorer en l'aliénant à la technologie.

Je regarde cet homme assis tout seul sur sa grande estrade vide et je reviens toujours à la même question : qu'est-ce qui est vraiment important dans tout cet immonde foutoir qu'est notre monde ?

Powered by ScribeFire.

Lire la suite

Faut-il museler Valerie Trierweiler?

Pour ceux qui auraient raté les épisodes précédents : nous avons un nouveau président qui nous a promis plein de changements et qui commence par arriver au pouvoir même pas marié. En plus, sa copine, elle est journaliste et elle n'a pas l'intention de s'effacer devant la carrière de l'homme, à la surprise générale. Et non contente de ne pas rester à sa place, elle exprime des opinions.

Voilà l'objet du délit : un peu moins de 140 caractères sur le réseau social où tout le monde balance un peu tout et n'importe quoi. Franchement, c'est un non-événement absolu. Mais ce qui l'est moins, ce sont les réactions immédiates sur le réseau, des cris d'indignation, des accusations de règlements de comptes, de faute politique grave, d'absence d'un très hypothétique devoir de réserve et j'en passe.

Voilà donc une femme indépendante, autonome, qui lie sa vie avec un homme politique. Elle n'est pas la première, elle ne sera pas la dernière. Tant que François Hollande avait une envergure de flanc au caramel, tout le monde s'en foutait un peu de la nana avec laquelle il s'envoyait en l'air et de mon point de vue, c'est très bien comme cela et cela aurait pu continuer longtemps. Mais voilà, un troussage de domestique plus tard, et François est propulsé dans une campagne présidentielle à laquelle il n'osait même plus rêver le matin en se rasant, face au type le plus détesté de la Véme République. Et même comme ça, il passe juste, mais il passe et nous voilà avec un couple non marié à l'Élysée, ce qui est effectivement un grand changement, juste après le premier bébé présidentiel. C'est dire si on aime le changement, quand même, hein !

J'ai déjà dit que la personnalisation outrancière de la vie politique me sort d'autant plus par les trous de nez qu'elle débouche nécessairement sur sa pipolisation, c'est-à-dire le siphonnage de tout débat d'idées ou de société au profit d'une hystérie incantatoire autour de la personnalité — réelle ou supposée — du personnel politique. Autrement dit, c'est la condition indépassable pour pouvoir remplir du papier et des tuyaux multimédias par un fatras de déclarations sans aucune espèce d'importance pour noyer le poisson politique et masquer le fait que tout ce petit monde avance sans projet de société, sans marge de manœuvre et n'est qu'un troupeau d'exécutants à la solde d'instances décisionnaires non démocratiques. En gros, ça nous occupe, nous distrait et ne nous mène nulle part.

Donc, tout comme je me contrefoutais de Sarko, ses tics, ses vannes de pompier pyromane et son Sarkoshow vain et pitoyable, je me bats les steaks de Hollande, de sa photo sous-ex, de son régime (de sa diète, comme disent nos cousins d'outre-Atlantique à l'accent charmant), ses costards et sa prétendue simplicité (cela s'appelle juste du marketing politique ou comment on vous a fourgué la normalité de ce type comme argument de vente pour le job de Président) et encore plus de sa gonzesse. Ce qui m'intéresse, comme toujours, ce sont les actes, les décisions politiques et pour l'instant, de ce point de vue là, c'est loin d'être la fête du slip ; de vagues promesses et de la réforme conditionnelle qui ne remettent absolument rien en question des désastres sociaux de l'équipe Sarko, qui se contentent de petites opérations cosmétiques à la marge. Sur les retraites, par exemple, où l'on modifie quelques dispositions périphériques sans toucher à l'essentiel, ce qui revient à prendre acte du recul définitif de l'âge légal de la retraite.

Donc, on imagine à quel point j'ai été à la fois étonnée et indifférente quant au brouhaha médiatique vain qui a entouré l'arrivée de la copine du monsieur de l'Élysée. Je m'en fous. Je me fous d'ailleurs complètement qu'elle continue à exercer son métier de journaliste. Tout comme tout le monde se fout généralement de savoir que la majorité des organes de presse grand public de ce pays appartiennent à des amis intimes de l'ex-président. En terme d'influence, d'impartialité et de déontologie, je ne vois pas trop pourquoi la femme qui couche avec un homme politique est moins légitime pour continuer à bosser dans la presse que le gars qui est parrain du fils du président. À moins que la sujétion idéologique passe plus par les fluides sexuels que par les flux financiers, ce dont je doute fort.
Donc, passons encore ces tristes affaires où l'on considère par défaut qu'une femme journaliste perd forcément son indépendance d'esprit dans le lit d'un homme politique, alors que la relation inverse n'est jamais évoquée, à croire qu'il n'existe pas de femmes en politique ou que les hommes sont biologiquement immunisés contre la sujétion sexuelle ou financière. Et venons-en donc au vif du sujet : la place de la femme.

Parce qu'en gros, tout est là : la femme, cet éternel faire-valoir de l'homme public, cette assistante dévouée, image de marque de son seigneur et maître auquel elle doit soumettre son indépendance, qu'elle soit financière ou idéologique.
Ce que l'on reproche, dans un premier temps, à la copine du président, c'est d'avoir exprimé publiquement (enfin, pas pendant une conférence de presse, mais sur son compte Twitter) sa préférence pour un candidat. Ce qu'elle a parfaitement le droit de faire, il me semble, non ? De toute manière, en terme de conneries diverses et variées postées sur les réseaux sociaux, la dernière législature nous avait habitués à du grand n'importe quoi et à quelques belles saillies bouffonnes. Bref, on s'en fout. Pendant ce temps, ce qui est important, c'est le bordel en Grèce et en Espagne, le discours de l'Officiel devant le Conseil Économique et Social où il annonce grosso modo que la purge pourra commencer dès la fin de la pantalonnade électorale législative, ce genre de chose.

Mais voilà, ce qui intéresse le landerneau, c'est que la copine du Président n'a pas su rester à sa place, celle de la bonne potiche dont on peut détailler à longueur d'éditoriaux insipides et vains les efforts de toilette. Ce qui intéresse le microcosme politicomédiatique, c'est de casser de la femelle récalcitrante et en tant que féministe, ça finit par m'intéresser aussi. Et voilà comment je me suis retrouvée à défendre la copine du Président sur Twitter alors même que sa vie et son œuvre m’indiffèrent profondément. Parce que soudain, devant la violence des réactions, il m'est apparu que ce qu'elle venait de transgresser, c'est cet ordre bien établi qui, sous des discours paritaires de façade, entend bien verrouiller encore quelques bonnes décades la place des nanas loin de la sphère publique, loin des places stratégiques où tout se décide, sauf dans l'ombre du monsieur, sauf dans le jeu des confidences sur l'oreiller, toujours dans la bonne vieille époque des Putains de la République et des pourvoyeuses discrètes d'enfants cachés. La femme de l'homme public n'a pas le droit d'avoir ses opinions propres et sa liberté d'expression s'arrête là où commence le plan marketing du conjoint tout-puissant. Je rappelle que la question de la dépendance idéologique des femmes à leurs maris avait été la principale raison qui avait permis aux vieux cons cacochymes de repousser tant et plus le droit de vote des femmes. Les femmes n'ayant que l'opinion de leur mari et maître, leur donner un bulletin de vote revenait à permettre à l'homme marié de voter deux fois.
Ne rigolez pas, c'est encore tout frais, cette histoire de suffragettes et les préjugés sexistes qu'elle sous-tendait, comme cette stupide affaire de tweet le souligne.

Que les attaques contre la nana du président soient essentiellement sexistes ne fait pour moi aucun doute, comme en témoigne la nature des critiques qui lui sont faites. Mais plutôt que de m'épuiser à draguer les boues sordides du web encombrées depuis hier de propos inintéressants au possible, je vais juste porter à votre connaissance le malheureux papier pondu par un ennemi de classe que j'apprécie tout de même parfois et par ailleurs (les fautes sont d'origine).

Cherchez la Femme

Par Samuel, mardi 12 juin 2012

Valérie Treiweiler vient de commettre une énorme faute politique. Un merveilleux cadeau pour l'opposition, des ennuis à répétition pour François Hollande, avec un processus de réaction en chaîne, car on voir mal Ségolène rester les bras ballants avec un truc pareil, alors qu'elle lutte pour sa survie politique. Et le tout au pire moment, entre les deux tours des législatives...


Je rappelle l'objet de l'ÉnÔrme faute politique de la dame : un tweet de soutien pour un candidat socialo aux législatives. À la limite, si elle avait annoncé qu'elle soutenait un candidat FN, j'aurais compris que cela provoque quelques remous dans le marigot, tout en rappelant qu'elle aurait parfaitement le droit de ne pas du tout penser comme son mec. Quant à l'idée même de faute politique sur Twitter, j'invite tout un chacun d'aller se payer quelques bons fous rires sur les comptes de notre ancienne équipe gouvernementale : il y a là quelques bonnes pépites du genre.


Il est évident que Valérie règle ses comptes privés avec Ségolène.


Ceci est une assertion sortie du slip du narrateur. Il faut d'ailleurs toujours se méfier des évidences !

La nouvelle femme qui flingue l'ex, un grand classique. Que Ségolène Royal et Valérie Trierweiler s'expliquent vigoureusement, voire en viennent physiquement aux mains dans un cadre purement privé, c'est leur affaire.


Donc, en guise d'analyse, on passe directement en mode cliché, avec option crêpage de chignons. Parce que bien sûr, tout ce que les femelles savent faire dans la vie, c'est se battre pour le mâle dominant.

Mais que la vie privée du président et de sa famille aient des répercussions politiques, c'est autre chose. Cela révèle au grand jour ce que certains savaient, c'est que la situation "familiale" et notamment conjugale de François Hollande est compliquée.


Ce qui a des répercussions politiques, ce n'est pas la vie privée du président, c'est le fait que les journalistes se soient emballés sur ce petit os à ronger. Quant à dire que le président a une vie compliquée, cela implique qu'il transgresse la normalité nuptiale telle qu'elle est pensée par le commentateur, alors même que les couples en union libre et les familles recomposées sont devenus la norme dans notre société. Non, Hollande n'a pas une vie familiale compliquée, pour le coup, il en a même eu carrément bien banale et comme la plupart des adultes de notre pays, il gère sa polygamie verticale, autrement dit, ses ex.

Visiblement, il aime les harpies dominatrices.


Mais où serais-je allée pêcher l'idée de cette polémique est sexiste, hein ?

Chacun ses goûts et le SM, entre adultes consentants, n'est pas illégal. On voit ici, indirectement, la psychologie profonde de François Hollande, et on se demande s'il est vraiment taillé dans l'étoffe dont on fait les grands présidents (trop tard de toute façon...).


Je vous la résume avec mes mots à moi, pour que les choses soient bien claires pour tout le monde : un mec qui ne domine pas son gynécée, en gros, c'est qu'il n'a pas assez de couilles pour diriger un pays. Vous pouvez tenter de trouver une autre idée cachée dans cette fine analyse du père Authueil qui a déjà été nettement moins lamentable que ça.
En deuxième lecture, on comprend aussi qu'on n’est pas prêts d'avoir des femmes aux postes à responsabilités, postes à cojones !

Et en plus, il semble incapable d'empêcher les deux femmes de sa vie de se crêper le chignon en public.


Mais puisqu'on vous dit que le règlement de compte contre Valérie Treiweiler n'est pas sexiste !

Si en tant que président de la République, il n'a pas l'autorité pour empêcher sa compagne de sortir des trucs pareils en plein entre-deux-tours d'une élection cruciale, c'est grave et inquiétant pour la suite. A chaque visite officielle, on pourrait courir le risque de voir Valérie Trierweiler envoyer son verre à la figure de la femme d'un chef d'Etat étranger, ou quitter brusquement une manifestation officielle en claquant la porte...


En fait, c'est plutôt l'idée qu'en tant que mec, il devrait avoir autorité pour museler sa gonzesse, comme au bon vieux temps où les femmes juraient obéissance le jour de leur mariage. Voilà, ça c'est dans l'ordre des choses. Après, en tant que président, je ne pense pas qu'il ait une quelconque autorité pour empêcher quiconque d'exercer la liberté d'expression dans notre pays !
Une femme qui s'exprime ! C'est donc forcément une hystérique instable qui ne sait pas tenir son rang et qui va lui faire honte devant tout le monde. Elle n'a pas d'opinion, elle n'a pas de cerveau, elle est juste capable de réactions émotionnelles incontrôlables. C'est donc bien une femelle !

Deuxième problème majeur : la "première dame" fait de la politique. Et elle n'a pas attendu longtemps ! Pourtant, l'histoire très récente comme très ancienne montre bien qu'il n'est jamais bon que la femme du chef, que ce soit la légitime ou la favorite, exerce une quelconque influence sur la conduite des affaires du pays.


La copine du président n'est rien de spécial. Même si elle était sa femme, d'ailleurs. Cette manie de mêler les conjointes à l'apparat officiel a un relent monarchique que j'ai toujours trouvé nauséabond. Les femmes de présidents doivent parler chiffons, cuisine, couture et faire gentiment la charité pour montrer qu'elles ont du cœur. Elles sont donc bien des faire-valoir. Et n'ont pas le droit coutumier d'avoir une vie intellectuelle, professionnelle ou politique propre. On se souvient d'une certaine princesse qui s'était rebellée contre son statut de plante verte et qui l'avait assez cher payé. En gros, la place de la femme est bien la question centrale de cette histoire. Qui se préoccupe de la place de monsieur Merkel ?

Valérie Trierweiler vient d'envoyer un message que même Cécilia Sarkzoy n'aurait pas osé envoyer. Après ça, on va lui prêter une influence décisive, voir sa patte dans des nominations, des renvois, des choix politiques. Elle aura beau démentir, le mal est fait, elle a ouvert la boite de Pandore.


Ce qui est certain aussi, c'est que je ne comprends pas le cabinet élyséen de la nana du président. Après oui, il y a des chances qu'il parle boutique avec elle, tout comme il doit aussi en parler avec ses potes, sa famille, ses proches.

Pour François Hollande, c'est une épine dans le pied pendant 5 ans. Comme si l'exemple de son prédécesseur n'avait pas suffi...

Très immédiatement, François Hollande est devant un énorme problème. Il va devoir, publiquement, remettre de l'ordre dans sa vie privée.


Remettre de l'ordre dans sa vie privée... je vous laisse bien lire et bien savourer ses mots. Une femme qui pense et qui s'exprime, c'est forcément le bordel, l'anarchie, c'est la perte du contrôle de l'homme....

Ce n'est jamais agréable, mais quand en plus c'est dans l'urgence, quand tout part en vrille entre les deux tours d'une élection, c'est horrible. En plus, trancher entre les deux femmes est quelque chose devant lequel il a sans doute toujours reculé et fuit (comme tout homme normalement constitué). Il va également devoir gérer la fureur du fan-club de Ségolène. Et si par malheur pour Hollande, Ségolène est élue députée et dans la foulée présidente de l'Assemblée nationale, ça va être l'horreur s'il n'a pas purgé le problème. Déjà qu'elle est ingérable en temps normal, si en plus elle a un compte très personnel à régler, Ségolène Royal va être infecte.


Ah ben oui, une femme qui réglerait de supposés comptes personnels, c'est forcément infecte. Alors qu'un homme, c'est rationnel, c'est propre, c'est civilisé et ça ne pense jamais avec ses gonades !

Madame Trierweiler, au nom de toute l'opposition, merci de tout coeur !


Samuel, au nom du mouvement féministe entier, je te remercie pour cette belle saillie !

Powered by ScribeFire.

Lire la suite

Absences

De ce qui construit les vies en creux. C'est une chaise vide et elle occupe tout l'espace, elle attire les regards, elle absorbe les pens?es. Je crois que rien n'est plus faux que cette id?e selon laquelle les absents ont toujours tort, parce qu'?...

Lire la suite

Questions de temps

Le temps, ?a ne se trouve pas, ?a se prend. Il y a quelque temps, Le Monde Diplo m'a propos? d'?crire de petites notes de lecture pour eux. Ouais, quand m?me, rien que de l'?crire, ?a me fait quelque chose... il faut bien avouer que Le Diplo,...

Lire la suite