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Comprendre l’antisémitisme

Comprendre l'antisémitisme

Six ans après Le syndrome du poisson rouge, je retente l’aventure livresque avec un sujet encore moins évident que mes déblatérations en ligne. En fait, tout part de mon dernier boulot vraiment très intéressant pour ma boite à moi qui…

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Bon débarras!

Franchement, l’année 2014 était médiocre pour la plupart d’entre nous. En dehors de la poignée de profiteurs pour lesquels le pillage des biens communs s’est traduit par un enrichissement personnel totalement indécent, pour la grande majorité des gens, ils peuvent s’estimer…

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Transbahutement interne

Bien plus qu’un coup de peinture, Le Monolecte vient de changer de crèmerie pour sa dixième année d’existence ! En novembre prochain, Le Monolecte aura 10 ans. C’est fou ce qu’il se passe en 10 ans. La gosse est devenue une géante, élevée…

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L’?nerv?e de service


Alors ? Toujours de gauche ?

C'était ainsi que j'avais été accueillie lors d'un diner entre amis. Ce n'est pas vraiment à ce moment-là que j'ai pris conscience de mon statut particulier d'énervée de service, mais c'est à partir de là que j'ai commencé à douter de la sincérité de quelques-unes de mes relations. C'était un peu comme si j'étais l'invitée d'honneur d'un diner de cons, mais dans sa version politique.

En fait, tout le monde sait très bien où je me situe, comment je pense, comment je vois ce monde de merde dans lequel nous sommes condamnés à godiller tant bien que mal. La question n'était même pas purement rhétorique, c'était juste un peu comme craquer une allumette devant la mèche au moment de lancer le feu d'artifice, le clou du spectacle. Je n'étais pas là pour échanger, discuter, argumenter, réfléchir ou même simplement passer un bon moment. J'étais là parce que ma simple présence était l'assurance d'un show qui envoie le bois pour la petite compagnie.
Et c'est extrêmement vexant.

Indignez-vous, mais arrêtez de faire chier vos proches avec ça

En fait, je ne sais pas si je suis de plus en plus aigrie en vieillissant ou si la situation plonge inexorablement vers des lendemains toujours plus merdiques que la veille. Déjà, du temps de Sarko, c'était assez facile d'avoir un coup de sang dès potron-minet. Je buvais mon thé chaque matin devant l'écran des nouvelles et en moins de 10 secondes, paf !, j'étais tombée sur le titre qui allait me faire grimper au plafond, toutes griffes dehors. On pourrait dire que j'ai toujours été profondément soupe au lait, mais en vérité, je n'ai jamais pu rester calme devant l'abjecte connerie de notre temps, sa déshumanisation forcenée et encore plus ses défenseurs mercantiles et décérébrés. Un peu comme s'il fallait rester courtois et de bonne composition au moment même où votre voisin de serviette entreprend de chier dans votre assiette.

Je suis une femme de convictions, j'ai la passion des idées, des débats et jusqu'au fond de mes tripes, je sais que nous vivons des temps intéressants, des moments où l'Histoire bascule d'un côté ou de l'autre.
Sauf que, manifestement, c'est plutôt de l'autre.
Alors, je les trouve bien dérisoires mes petites colères entre amis, bien peu constructives aussi, stériles et égocentriques. Sans compter qu'elles usent la patience de mes proches.

Il faut s'imaginer vivre avec moi au quotidien. Entendre mes beuglements le matin au moment de partir au boulot. Se taper l'intégrale des petites lâchetés corruptives du jour à l'heure du déjeuner. S'en reprendre une couche, le soir, autour du cassoulet.
Alors, un jour, j'ai créé Le Monolecte.

Au début, c'était juste une manière de fixer mon indignation du jour, ma réflexion à l'envers, sortir du cadre de la pensée unique.
Puis les lecteurs sont arrivés. Et les commentateurs.
Et le débat a commencé.
Toujours de la colère, bien sûr, mais bien plus que cela, aussi.
Le lent travail de maturation des idées, les échanges enrichissants, les détracteurs qui poussent la logique dans ses retranchements, jusqu'à forcer à repenser toute la thématique autrement. Dépasser le réflexe pavlovien devant la connerie ambiante. Dénoncer les manipulations du langage, des chiffres, des images. Lire entre les lignes, porter la critique dans la plaie béante. Construire une pensée d'opposition qui ne se sent plus obligée d'éructer, qui ne se contente pas des objets de cristallisation de la haine normalement proposés.

Le confort de l'entresoi

Il y a eu toute une période vraiment détendanteLe Monolecte a parfaitement bien rempli son rôle de passerelle, de passe-plats, aussi, un peu. Alors que la pensée unique tenait toutes les manettes du pouvoir et des médias, il était possible d'exister en tant qu'espace contestataire où nous étions surpris et ravis de nous retrouver si nombreux et tellement d'accord et tellement moins isolés, désespérés, marginalisés.
C'était terriblement réconfortant.
Nécessaire, aussi, pour recharger les batteries, reprendre du poil de la bête. Et briser les cercles vicieux de la solitude et de l'intense sensation d'impuissance dans laquelle nous plonge implacablement la société de l'individualisme forcené.

Reconstruire du collectif, du vivre-ensemble, sortir de nos coquilles plutôt que de nos gonds. Nous engueuler, quand même, souvent, abondamment, et tout effacer autour d'une bonne bouffe, pendant une bonne marche, dans le cortège d'une bonne manif.

Rien que pour cela, ça valait le coup de passer toutes ces longues heures à coucher sur l'écran toutes ces colères, à trouver des mots pour dépasser l'indicible, à partager les petites joies et les grandes désespérances. C'est fou, quand j'y pense, le nombre de gens absolument formidables que ce foutu blog m'a permis de rencontrer.

Et puis, quand vient le temps de la petite notoriété, vient aussi celui de la tentation de plaire, de flatter son public, d'obtenir son satisfécit, de se faire flatter longuement dans le sens du poil. Ce que j'écris et ce que je vis, ce que je suis, et tous ceux qui partagent ma vie ou juste quelques instants avec moi, tout cela devient un objet public, un récit, une fiction, aussi, qui me dépasse et, quelque part, me contraint, me limite et me renvoie inexorablement à mon foutu rôle de poil à gratter.

Voilà qu'on m'attend au tournant, qu'on se délecte du coup de gueule, qu'on jubile quand je passe l'ennemi au lance-flamme. Me voilà exactement à faire ce que je reproche aux autres : l'exaltation de la petite phrase assassine, le bon mot pour lequel on tuerait père et mère, jusqu'au moment où, de nouveau, on se retrouve à se caricaturer soi-même.

Sans compter la responsabilité, écrasante, que l'on endosse, quand on est lu. Je trouve ça marrant, la nécessité absolue qui s'impose alors de devoir mesurer ses propos et leur portée réelle, comme cela, au doigt mouillé, comme si on roulait à fond dans un tunnel en marche arrière, sans lumière et en se basant seulement sur le petit reflet tremblotant du rétroviseur.
Cela implique d'apprendre à se taire, plutôt que de risquer de dire des conneries, ou de blesser, ou de se planter; cela paralyse aussi lentement et surement que le venin de l'araignée, avant de dissoudre les pensées dans le néant de l'hésitation et de l'autocensure.

L'asphyxie de la pensée de gauche

La pire chose qui pouvait nous arriver, quelque part, c'est Hollande.

Bien sûr, il n'est pas arrivé par hasard. La radicalisation des esprits, la droitisation de la société, son embourgeoisement symbolique à l'heure même où les perdants du système se font plus nombreux que jamais, tout cela s'est mis en place patiemment, tranquillement, au fil du temps, selon des théories de manipulation des masses qui sont nées bien avant moi. Mais paradoxalement, ce totalitarisme politicoéconomique prend toute son ampleur à l'avènement du régent Hollande, après les frasques épiques du roitelet Sarkozy.

Parce que beaucoup avaient fait l'erreur de croire que l'ennemi, c'était Sarko, qu'ils ont concentré leurs pensées, leurs arguments, leur énergie contre Sarko, qu'ils ont réalisé l'union sacrée contre Sarko, qu'ils ont nourri la pensée magique que, libérés de Sarko, nous allions, en quelque sorte, repartir vers une autre forme de société, plus juste, plus égalitaire, plus humaine... en fait non, il y avait déjà une part de renoncement dans l'antisarkozysme primaire, juste la foi hallucinée que sans lui, ce serait juste un peu plus supportable.

Du coup, quand la gauche s'imagine revenue au pouvoir, la gauche se retrouve totalement désarmée, désemparée, incapable de penser la critique, la contestation, l'opposition, en fait, dans laquelle est embourbée plus que jamais, malgré —et surtout— à cause de l'arrivée des socialistes au pouvoir.

Les socialistes de la réalpolitik au pouvoir, ce sont les fossoyeurs de la pensée de gauche qui sévissent à plein régime, avec un discours hypocrite, destiné à désarmer intellectuellement tous ceux qui ont compris la nécessité impérative de concevoir le fonctionnement social autrement, et des actes cyniques et d'autant plus brutaux dans leur cadence et leurs effets, qu'ils savent qu'ils ont neutralisé toute espèce de dénonciation. Le pire poison possible, c'est celui qui nous est instillé depuis bientôt un an et demi, celui de l'inéluctabilité d'un monde profondément malade et insupportable, celui de notre impuissance à changer les choses démocratiquement, celui de notre résignation à un ordre totalement injuste et mortifère.
En cela, seuls les socialistes pouvaient le faire.

Comment penser l'impensable? Comment s'extraire de l'abattement, de la sidération née de la prise de conscience concrète que notre pouvoir, notre droit élémentaire à choisir notre destinée nous ont été confisqués?

Des armes pour les poètes et les chansonniers !

Je n'écris plus beaucoup ici parce que je réfléchis ailleurs. Je discute. Je me tais. Je lis. Je partage. D'autres bruits de fond. D'autres murmures.

Dernièrement sur Seenthis, nous avons créé un nouveau tag, vous savez, ces mots-clés qui permettent d'extraire en un clic toutes discussions ayant trait à un sujet spécifique. Ce tag s'appelle #gorafi_encore_plagié et je vous invite à y jeter un œil, comme ça, pour comprendre la suite.

Pour comprendre la suite, il faut revenir au début, à savoir le succès grandissant et amplement mérité du Gorafi. Alors que les journées passent, mornes, comme des empilements branlants de nouvelles toutes aussi maussades les unes que les autres, voilà que des dépêches déboulent dans le lot, avec ce petit quelque chose en plus qui fait basculer notre univers dans le surréalisme. Je crois qu'on s'est tous fait piégé à un moment ou un autre par un article du Gorafi que nous avons lu sans vérifier la provenance et on s'est tous, à un moment ou un autre, retrouvé à gueuler comme des putois qu'on vivait vraiment dans un monde de cons qui marche complètement sur la tête.
Jusqu'au moment où l'on s'est rendu compte que c'est une parodie.
Mais tellement bien tournée, qu'on la croirait aussi réelle que le reste.
Et on s'amuse de la blague, tout en se trouvant un peu ridicule d'avoir foncé tête baissée dans le piège, comme un vulgaire taureau de combat sur la muléta.
Parce qu'on vaut tout de même bien mieux que ça.
Parce que l'on est tout de même plus malins que ça.

Jusqu'au moment où l'on se marre d'une bonne pantalonnade du Gorafi et qu'on se rend compte que l'on n'est pas sur le Gorafi...

Que notre monde est encore plus surréaliste que cette parodie déjantée.
Que le Gorafi est bien plus qu'une bonne blague de potache pour se détendre au bureau pendant la pause Internet, celle où se partagent des articles sur Facebook avec les collègues du bureau d'à côté, ceux avec lesquels on ne cause jamais.

Le moment où l'on comprend qu'il est vain de chercher à dénoncer un système totalement absurde avec des arguments rationnels.

Le moment où l'on comprend que l'Empereur est nu et qu'il va falloir retrouver une âme d'enfant pour le balancer sur la place publique.

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Les mauvaises fr?quentations

Je viens d’un pays banal où les fenêtres ont des oreilles et des rideaux qui se soulèvent sans aucune brise.

Fenêtre sur natureC’était un monde d’une extrême bienveillance où une foule invisible de braves gens veillaient en permanence à ce que je ne sorte jamais des sentiers bien balisés. Rien n’était jamais dit, mais tout se savait.

Mais que faisais-tu à trainer avec le petit Barabas ?

C’était ma grand-mère qui m’alpaguait au moment où je rangeais mon vélo dans l’abri du jardin. J’étais, d’une certaine façon, plus libre que les enfants d’aujourd’hui puisque je pouvais trainer avec la bande du quartier loin du regard de ma grand-mère. Mais d’un autre côté, elle avait trouvé, comme tout le monde dans le bled, d’aimables extensions à ses yeux myopes et quoi que je fasse, quoi que je dise, tout lui était rapporté dans la minute par quelque ésotérique moyen de communication qui enfonçait, de loin, la mythique barrière de la vitesse de la lumière.

Le petit Barabas, comme bien d’autres, faisait partie des mauvaises fréquentations. Non pas qu’il fut particulièrement plus turbulent, chahuteur, menteur, voleur, tricheur ou déconneur que la moyenne des gosses du quartier, mais c’est qu’il venait d’une famille à la mauvaise réputation et que ce seul fait suffisait à lui régler son compte de manière définitive.

C’est qu’ils ne vivaient pas vraiment comme tout le monde, ces gens-là. Et puis, d’ailleurs, qui savait réellement ce qu’ils trafiquaient dans leur coin ? Et la mère, pour qui elle se prenait, avec ses grands airs, à ne saluer personne les rares fois où elle descendait en ville ?

J’avais dans l’idée qu’elle avait bien dû tenter de briser la glace deux ou trois fois et qu’elle avait fini par laisser tomber, rabrouée par la morgue malveillante des commères du village, les gardiennes du temple de la moralité, celles qui faisaient ou défaisaient la réputation des uns et des autres en quelques mots expéditifs.

Malheur aux différents ! Malheur aux pas comme nous ! Ils se retrouvaient murés vivants dans une gangue de mépris et de suspicion qui les isolaient plus surement du reste de la communauté que s’ils avaient vécus sur la Lune.

C’était con, parce que j’ai toujours préféré la société des marginaux, des pas pareils, des pas fréquentables, de ceux devant lesquels on change de trottoir et on baisse la voix en chuchotant. Pas juste parce qu’ils étaient des réprouvés, pas juste par esprit de contradiction — encore que, quand même, un peu —, mais par envie d’aller vers ce qui n’est pas connu, reconnu et balisé, ce qui n’a pas reçu l’approbation normative des vieilles barbues à l’haleine fétide et aux idées étroites.

La bonne société des mouflets de mon âge, c’était les premiers de la classe, les gosses de notables et de commerçants, souvent de remarquables petites pestes suffisantes et cruelles que je jugeais précisément totalement infréquentables. L’entre-soi déjà moisi du mépris social. Les mauvaises fréquentations, c’étaient les immigrés, les gosses d’ouvriers et de prolos, ceux dont les parents ne frayaient pas avec les braves gens du bled, quitte à pochetronner jusqu’à pas d’heure au troquet du coin où j’allais régulièrement chercher mon grand-père. J’étais juste au milieu de ce bel ordre social, avec une assez bonne réputation, entachée par ma tendance à préférer les infréquentables. Bonne élève, plutôt mignonne et gentille, même si j’avais déjà ce que les commères appelaient paradoxalement une langue bien pendue, c’est-à-dire non pas un organe à baver interminablement sur autrui, mais une manière plutôt impertinente de poser les mauvaises questions au mauvais moment et aux mauvaises personnes.

Même ça, même ta tronche était un enjeu central du contrôle social : pas de place pour les moches, ou alors en braves souffre-douleur, ni pour les trop belles, forcément des putes et des Marie couche-toi là. Tout était tellement soigneusement pesé, calibré, référencé, rapporté, comparé et archivé : la longueur de la jupe, ni trop haute (ça fait pute) ni trop basse (ça fait romano), si tu souris juste assez, ni aguicheuse, ni hautaine, l’heure à laquelle tu sors, celle à laquelle tu rentres, à qui tu parles, où et comment... tu es juste comme un insecte dans un labyrinthe de verre.

Je ne sais pas trop comment, mais ça a continué plus tard, après, même (et surtout) quand je suis partie à la fac, loin dans la ville. C’est ça, la magie du village : loin des yeux et près du cœur.

Un jour ma grand-mère m’appelle, en colère et affolée :

  • Tu dois rentrer tout de suite à la maison.
  • Je ne peux pas, j’ai partiels !
  • Arrête de mentir, je sais tout !

Arf, qu’est-ce que le téléphone arabe du bled avait bien pu trouver à lui rapporter d’au-delà des frontières lointaines de notre grande ruralité ? Que je fumais comme un pompier, que je picolais parfois comme un Polonais (et même avec, quand la soirée était bonne), que j’avais des potes qui se camaient, d’autres qui vendaient leur cul pour arrondir leurs fins de mois, que ma résidence universitaire regroupait tellement de nationalités différentes qu’on aurait pu se croire à une séance plénière de l’ONU, que je trainais dans les quartiers louches à des heures indues et qu’il m’arrivait de piquer du nez en cours après des nuits plus longues que des jours sans pain ?

  • Tu sais quoi ?
  • Que ce n’est pas vrai, que tu n’es pas à l’université. On m’a dit que le Mirail, c’est une cité HLM et que tu y vas te faire sauter par des bougnoules. On ne met pas d’université dans les banlieues, tout le monde sait ça.

Le weekend suivant, je lui ai rapporté ma carte d’étudiante, celle de la BU, les tickets RU, des brochures de la fac, des notes de cours, tout ce que j’ai pu trouver. Plus tard, je lui ai même ramené un diplôme, puis un autre d’une fac plus prestigieuse. Et encore un autre. Mais cela n’avait aucune importance. Je crois bien qu’elle est morte en n’ayant absolument jamais rien compris de ce que je suis, de ce que je pense ou de ce que je fais de ma vie. Elle m’a toujours demandé si j’allais avoir un jour un vrai boulot, un vrai métier et une vraie famille. Des choses simples et faciles à comprendre. Des choses comme tout le monde, des choses comme font les gens bien.

Les gens qu’on a envie de fréquenter, dans son monde.

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Partis sans laisser d?adresse

Il m’a fallu plusieurs semaines, entre autres activités, pour finir de nettoyer mes flux RSS.


La biche
En fait, tout cela, c’est de la faute à Google. Un peu comme, il y a 10 ans, c’était forcément de la faute de Microsoft. Parce que Google a pris une place énorme dans la vie de la plupart des connectés et que, comme je le prédisais à l’époque, il nous murmure à l’oreille et voit même à travers nos yeux.

Toujours est-il que Google offre plein de services réellement très utiles et que, quand la firme décide que l’un d’entre eux n’est plus rentable et le ferme, cela fout un peu la merde dans nos vies numériques et nous rappelle toujours à bon escient à quel point il est bon de ne pas toujours mettre tous nos œufs dans le même panier.

Ainsi donc, tout a commencé il y a un peu plus d’un mois. Voire deux, je ne sais plus, tellement le temps s’est accéléré. Google m’annonce qu’il va fermer l’agrégateur de flux RSS Google Reader.

C’est probablement la page Internet que je consultais le plus, chaque jour, depuis des années. C’est le premier site où je me connectais, chaque matin, en sirotant mon thé brûlant, la première réponse à cette question vitale : mais qu’est-ce qu’il s’est passé depuis hier soir dans ce monde où le soleil ne se couche jamais ?

Google Reader était ma mémoire du Net, plus de 800 sites référencés au fil du temps et dont je surveillais ainsi les nouvelles fraîches pratiquement tous les jours. Il y avait un peu de tout : des blogs de potes, beaucoup, des blogs intelligents, drôles, tragiques, bien écrits, des sites d’information d’ici et d’ailleurs, des portails scientifiques, des plateformes de publications de photos, de BD, des informations, des tas d’informations, de partout, sur tout, tout le temps, la substantifique moelle de mon rapport au monde, l’endroit où je m’abreuvais directement dans le flux, où je prenais des nouvelles, des uns et des autres, le maeltröm dont je triais la masse jusqu’à trouver ce petit fait insignifiant qui résumait le mieux l’état du monde.

Je ne pense pas que l’on puisse ressentir la puissance d’Internet si l’on pas déjà goûté à l’ivresse du flux RSS en continu, quelque chose d’encore plus énorme de Twitter et l’AFP réunis, parce que fabriqué sur mesure, au fil du temps, des navigations, des échanges de mails, des commentaires pertinents, de-ci, de-là. Un trésor de guerre que le géant de pixels se propose de définitivement enterrer.

Comme tous les autres nerds hyperconnectés, j’ai cherché un autre endroit où transférer cette mémoire vivante et d’export en migrations, j’ai fini par arriver sur theolreader  projet qui a pour ambition de remplacer le défunt service de Google. Rien que cela.

J’importe donc ma grosse base de flux, d’articles favoris et commentés et plaf, un clic intempestif réduit à néant tout le classement construit par les années.

Commence alors cette longue période que je viens juste de clore et où j’ai vérifié chacun de mes flux, un à un.
Regarder s’il y a eu une publication récente. Aller sur le site pour en vérifier l’identité. Vérifier que lors d’une mise à jour, le flux RSS n’a pas changé d’adresse. Comprendre pourquoi telle source n’a rien écrit depuis 2 ou 3 ou 4 ans. Trouver le nouveau site pour ceux qui ont bougé. Et pour mes préférés, à présent aux abonnés muets, écrire un mail directement pour savoir s’ils vont bien.

Deux mois de travail et la moitié des flux en moins. Quelques-uns écrivaient que les blogs étaient morts. Ils n’ont pas totalement tort. La grande prolifération de l’âge d’or d’Internet est derrière nous. Des blogs meurent et se créent chaque jour. Certains traversent le temps avec, toujours intacte, la petite flamme du début; beaucoup s’assèchent lentement, progressivement, jusqu’au grand silence final; d’autres, enfin, s’interrompent brutalement, faute de combattants.
Peut-être était-ce parce que je suivais beaucoup de monde de la Gauchosphère. Toujours est-il que l’élection de Hollande a coupé le sifflet à beaucoup d’entre eux. Se faire une tartine de Sarko, le matin, avant de se mettre en piste, avait tout de même, pour eux, une autre saveur que de se tirer dans le pied à énumérer les renoncements permanents de la GÔche au pouvoir.

Et puis, on a changé. On a grandi. On a des gosses. Un boulot. Ou plus assez de ressources pour continuer. Tiens, même moi, là, j’ai bonne mine à balancer sur les autres alors que je maintiens à peine assez de publications pour ne pas totalement disparaître. Plus le feu, plus le temps... même pas.
Il m’arrive souvent de me punir d’écriture pour me forcer à terminer un boulot pas évident : « tiens, tant que je n’aurais pas rendu le bousin, j’écris rien dans Le Monolecte. » Sauf que le temps passe, et qu’il y a toujours autre chose dans les tuyaux, pendant que les histoires que j’écris dans ma tête finissent immanquablement par se dissoudre dans le flux du temps. Et puis, bon, à force de croiser mes lecteurs dans la rue, en faisant mes courses ou même dans les petites bouffes entre potes, j’ai fini par me censurer. Bon, ça, je ne peux pas l’écrire, ça la foutrait mal par rapport à Machin. Et si Truc me lit, il se reconnaîtra tout de suite. Ça, c’est du lourd, mais si un client tombe dessus, pour le prochain contrat, je l’ai dans le cul...

Et sinon, il y a toujours tellement autre chose à faire : la famille, les potes, les courses, les impôts, le boulot ou même juste un peu de temps pour dormir.

S’il faut, c’est comme cela que meurent les blogs.

Mais rien n’est jamais tout à fait perdu. Car la discussion, la grande conversation, ne s’interrompt jamais. Elle continue juste ailleurs, autrement, un coup sur Facebook, un autre sur Twitter, ou Scoopit, ou Seenthis dans le flux partagé. Qui tomberont tous en désuétude, à leur tour. 

Mais la discussion continuera toujours.
Encore.
Ailleurs.
Parce que c’est dans notre nature.

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No?l for ever

D?s le d?part, j?ai bien senti que cette histoire de p?re No?l ?tait louche. D?j?, on dit Le?p?re No?l et pas les?p?res No?l et pourtant, en ce moment, il y en a plein partout. Et m?me des qui se ressemblent pas du tout. L?ann?e d...

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