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	<title>CentPapiers &#187; La Fatigue politique du Québec français</title>
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	<description>Plateforme québécoise de journalisme citoyen</description>
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		<title>Le Québec au 21e siècle: le présent, le probable et le possible</title>
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		<pubDate>Thu, 22 Dec 2011 05:00:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Christian Lamontagne</dc:creator>
				<category><![CDATA[A C T U A L I T É]]></category>
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			<content:encoded><![CDATA[<p><a class="highslide" onclick="return vz.expand(this)" href="http://www.centpapiers.com/le-quebec-au-21e-siecle-le-present-le-probable-et-le-possible/90237/6481344809_d868c2bbf5" rel="attachment wp-att-90250"><img class="alignnone size-full wp-image-90250" title="6481344809_d868c2bbf5" src="http://www.centpapiers.com/wp-content/uploads/2011/12/6481344809_d868c2bbf5.jpg" alt="" width="500" height="333" /></a></p>
<p>Image Flickr par <a href="http://www.flickr.com/photos/parcs/">Grands parcs Montréal</a></p>
<p>Les <a href="http://notesdesutton.wordpress.com/2011/12/20/le-quebec-au-21e-siecle-le-present-le-probable-et-le-possible/"><em>Notes de Sutton</em></a> sont rédigées par Christian Lamontagne.</p>
<p><strong>Une fenêtre de l’histoire s’étant refermée derrière nous, l’exploration de notre identité montre par où et comment émergent le dynamisme créatif et l’élan vital devant les défis actuels et à venir.</strong></p>
<p>Il y a quelques jours, j’ai lu d’une traite <em>La fatigue politique du Québec français</em>, une série de courts essais de Daniel D. Jacques, publié en 2008. J’essayais depuis plusieurs mois de mettre la main sur cet ouvrage parce que j’avais l’intuition que les observations du philosophe pourraient enrichir et se croiser avec les miennes. Bien que nous ayons pris des perspectives assez différentes, nous avons bien regardé le même objet avec des points de repère de même nature, ce qui nous mène à des conclusions similaires. La principale est que «la fenêtre ouverte [vers l’indépendance politique du Québec] par l’histoire se referme lentement derrière nous».</p>
<p>Dans la conclusion à son petit recueil, Daniel Jacques a même des accents prophétiques en ayant anticipé la disparition du Bloc Québécois et l’émergence d’un nouveau regroupement indépendantiste visant clairement l’indépendance du Québec. Seul le scénario envisagé pour le Parti Québécois ne se réalise pas tout à fait comme prévu pour le moment, à cause, entre autres, de l’arrivée de la Coalition Avenir Québec, mais le mouvement de fond est bien le même.</p>
<p><strong>La fermeture de la fenêtre</strong><br />
Pour prendre la pleine mesure de la fermeture de la fenêtre historique, la lecture de la recherche du démographe Marc Termote, <a href="http://www.oqlf.gouv.qc.ca/etudes2011/20110909_perspectives_demolinguistiques.pdf">Perspectives démolinguistiques du Québec et de la région de Montréal (2006-2056)</a>, publiée en septembre par l’Office de  la langue française, permet d’en arriver à des conclusions générales fermes, quel que soit le scénario précis qui se réalisera. En 2031 les francophones auront perdu leur majorité depuis à peu près dix ans sur l’île de Montréal, la grande région de Montréal ne comptera plus que 63 % de francophones alors que le reste du Québec demeurera francophone à plus de 93 %.  <strong>Autrement dit, le Québec sera coupé en deux démographiquement, l’avenir du français est déjà problématique sur l’île de Montréal et sa force d’attraction est largement compromise dans toute la région montréalaise</strong>. C’est la conclusion explicite de la rigoureuse étude de Termote.</p>
<p>Devant cette réalité, la <em>realpolitik</em> n’est plus une option mais une nécessité politique et une obligation morale.</p>
<p>Ceci signifie en premier lieu de mettre de côté la perspective et l’objectif de l’indépendance politique. Rien ne nous permet de croire que cette option peut rallier une majorité de citoyens.  Il semble que cette conclusion soit partagée aujourd’hui par la plupart des Québécois. Cela ne signifie pas que l’indépendance du Québec ne se réalisera jamais mais qu’elle ne se réalisera jamais selon les perspectives avec  lesquelles elle a été pensée depuis 1960. Pour le moment, elle ne peut même plus être l’objet d’un quelconque scénario. Les tendances démographiques, qui sont parmi les lourdes, les plus lentes et les plus difficiles à faire bouger, nous interdisent de penser autrement.</p>
<p>D’autre part, la conjoncture mondiale, que ce soit dans ses dimensions économiques, politiques et environnementales, entraîne tout le monde dans un séisme majeur. Est-il possible de penser que cela n’est qu’un mauvais moment à passer et que les choses vont doucement rentrer dans l’ordre? Et si on essayait de regarder les choses de manière vraiment différente?</p>
<p><strong>Les trois niveaux de notre identité</strong><br />
La réalité apparaît toujours sous quatre aspects : une <strong>perspective subjective</strong> <strong>individuelle </strong>(ce que nous pensons et ressentons), une <strong>perspective objective</strong> <strong>individuelle </strong>(ce qu’un observateur extérieur peut dire de nous en observant notre corps et notre comportement), une <strong>perspective objective</strong> <strong>collective </strong>(ce qu’on peut voir de l’extérieur : famille, clans, regroupements, institutions, entreprises, pays, modes de production, etc.) et une <strong>perspective subjective</strong> <strong>collective </strong>(comment notre culture, au sens le plus large possible, pense et considère les choses).</p>
<p>Ces quatre perspectives sont simplement les quatre dimensions de tout événement, phénomène et être vivant. Nos pensées, notre corps, notre milieu et notre manière de considérer les choses constituent un tout indivisible dont nous ne pouvons jamais dire qu’une dimension est absente, même si nous considérons généralement les phénomènes dans une seule de leurs dimensions.</p>
<p>Ces considérations peuvent sembler très théoriques mais elles sont essentielles pour décrire et comprendre la situation dans laquelle nous nous trouvons,  comme citoyens québécois, quelle que soit notre langue, notre communauté et notre origine. Il sera surtout question, dans ce qui suit, de notre dimension subjective collective.</p>
<p>J’ai reçu de nombreux commentaires, par courriel et sur le blogue, à la suite de mes deux blogues précédents sur l’avenir du Québec. Ces commentaires ont tous fait état implicitement, et parfois explicitement, des différents niveaux ou «couches» de l’identité des Québécois «pure laine». Le niveau qui définit spécifiquement la majorité des Québécois est, bien sûr,<strong> la couche de fond «canadienne-française»</strong> que nous résumons parfois par le mot «nous». La seconde, qui  recouvre notre couche de fond, est la <strong>couche «occidentale» de la modernité</strong>,  caractérisée par l’individualisme et le matérialisme. La troisième est la <strong>couche de la postmodernité</strong> qu’on pourrait caractériser très sommairement par le relativisme et l’émergence d’une conscience planétaire (représentée symboliquement par l’image de la Terre vue de l’espace). Il peut exister bien d’autres couches mais celles-là sont certainement les plus courantes et les plus universelles.</p>
<p>Deux de mes commentateurs ont bien saisi <strong>le poids de l’individualisme et du matérialisme</strong> dans l’esprit de notre époque. L’un a dit : «Parfois j’ai l’impression qu’il est trop tard, que notre relative prospérité économique et la spiritualité matérialiste qui en découle, nous anesthésient et nous font craindre les conséquences d’un plongeon dans l’inconnu. » L’autre : «Notre propre culture (occidentale) repose sur des fondements qui sont la négation la plus radicale [de la pensée collective], à savoir l’individualisme et le matérialisme.» La plupart des gens partageront sans doute ces observations sur les caractéristiques du lieu et de l’époque.</p>
<p>L’identité à trois couches des «pure laine» ne me semble pas contestable : elle forme les bases de notre culture commune. Cette identité nous rend sensibles à trois niveaux de réalité et colore la perception que nous en avons. Notre <strong>couche postmoderne</strong> est sensible à l’environnement et capable d’apprécier la diversité des cultures mais a de la difficulté à déterminer son échelle de valeurs.  La <strong>couche occidentale</strong> consomme allègrement et manifeste un individualisme poussé. Et la <strong>couche canadienne-française</strong> tolère mal d’être, en pratique, niée et malmenée dans la réalité du Canada et des dix provinces. La lutte pour l’indépendance politique du Québec ne s’est jamais manifestée qu’en lien avec la couche «canadienne-française», que ce soit politiquement, économiquement ou culturellement. On peut penser que si cette  lutte n’a pas abouti au résultat souhaité, c’est, entre autres raisons,  parce que beaucoup de gens n’y retrouvaient pas les niveaux moderne et postmoderne de leur identité.</p>
<p>Cette grille permet de voir comment et dans quelle mesure les identités de nos concitoyens d’origine anglo-saxonne, des membres des Premières Nations et des néo-québécois de toutes origines diffèrent chacune à leur façon de l’identité des «pure laine».</p>
<p>Et il n’est pas difficile de constater que les membres des Premières Nations sont dans une situation passablement plus critique que tous les autres Québécois : un pied dans une réalité ancestrale n’ayant pas de base économique dans la société actuelle, un autre dans la postmodernité qu’ils partagent avec tous, et un troisième dans le statut «autochtone» dont on ne sait pas vraiment quoi faire. S’ils participent et s’intègrent à la société, la réalité ancestrale disparaît. Je n’irai pas plus loin sur ce thème ici, mais il est fondamental de s’y arrêter et d’y trouver une issue parce que si réalité concrète concerne principalement de petites communautés invisibles aux yeux de la société, le besoin de vivre et d’assumer avec fierté, au plan symbolique, des identités à plusieurs niveaux, nous concerne tous. Comme Canadiens-français et Québécois, nous devrions être particulièrement sensibles à cette réalité.</p>
<p><strong>Le probable au niveau global<br />
</strong>Une question me taraude l’esprit : comment penser, respecter et donner forme à nos trois couches d’identité? C’est une autre formulation de la question que  Daniel Jacques se  pose, à la fin de sa réflexion : comment nous donner une politique plus réaliste qu’une improbable indépendance politique, en accord avec notre situation historique? À partir de cet ajustement au réalisme politique, quelles perspectives s’ouvrent à nous?</p>
<p><strong>Les trois couches de notre identité</strong> ne sont pas une simple affaire subjective de culture, car <strong>elles ont leur contrepartie bien concrète</strong>. Dans les manifestations objectives de notre réalité collective, chaque couche ou niveau de phénomènes détermine certaines probabilités dans les couches inférieures.</p>
<p>Par exemple, les changements climatiques, la prédominance de l’anglais comme langue internationale et la mondialisation de l’économie (des centres d’appel à l’exportation des matières premières) entraînent certaines probabilités au niveau local. Bien concrètement, au Québec, le plan Nord et l’industrie de l’aluminium, entre autres, illustrent bien notre insertion dans ce niveau global d’échanges. Essayer de se mettre à l’écart de ce niveau de réalité produit  des Corée du Nord, des communautés d’Amish ou hassidiques et, pourrait-on dire, aucune autre perspective d’avenir que la marginalisation. Quant à l’idée d’échapper aux changements environnementaux planétaires…</p>
<p>Autrement dit, <strong>l’émergence et l’intensité du niveau global d’échange représentent des forces auxquelles aucune société ne peut échapper</strong>. Si vous avez le moindre doute à ce sujet, voyez comment nous avons vécu et vivons depuis 20 ans l’influence déterminante du mode de production et des forces de production, une idée de Marx, avec l’apparition d’internet et la transformation de la Chine en atelier mondial. La majorité des habitants de la Terre, et nous plus que d’autres, ressentent et profitent bien concrètement du mouvement de la grande roue de l’histoire.</p>
<p>Je vais sauter le niveau «moderne» de notre réalité car il est déjà bien incrusté dans nos habitudes de consommation, notre matérialisme, notre individualisme et, aspect un peu trop souvent négligé, nos systèmes politiques démocratiques. Nous arrivons donc à l’identité canadienne-française et au contexte local d’abord québécois, ensuite canadien.</p>
<p><strong>Le possible au niveau local<br />
</strong>Le niveau local, s’il ne peut pas échapper au mouvement et à l’influence du contexte global, entretient <strong>trois types de relation avec les niveaux supérieurs</strong>.  La première relation détermine certaines caractéristiques et possibilités du niveau supérieur. Par exemple, si le Québec était un pays, il participerait à la définition de politiques au niveau international. Mais, pour nous, c’est le Canada qui joue ce rôle, comme on l’a vu avec le sort du protocole de Kyoto. Le deuxième type de relation, comme je l’ai montré plus haut, est passif : nous ne pouvons échapper à certains effets du niveau global comme les échanges commerciaux, la langue de communication internationale et l’évolution du climat.</p>
<p>Le troisième type de relation est la <strong>mise en forme locale des contraintes des niveaux supérieurs</strong>. Pour les pays, les peuples, les régions et même les villes, c’est à ce niveau que les forces de niveau supérieur prennent leur forme concrète.</p>
<p>L’exemple actuel de l’Europe, où les peuples refusent d’abandonner le contrôle de leur destin au niveau «européen», démontre assez explicitement que l’uniformisation de toutes les politiques et la disparition des caractéristiques locales ne sont pas acceptées. Et,  philosophiquement, on pourrait facilement argumenter qu’elles ne sont pas acceptables : un écosystème n’est-il pas riche et vivant dans la mesure où il est composé d’un grand nombre d’espèces? Les membres de l’Union européenne refuseront donc que le Parlement européen détermine leurs politiques locales. Au Québec, on a vu récemment que l’abandon du registre des armes à feu et le projet de loi C-10 sur les jeunes contrevenants ont rencontré une opposition suffisamment unanime pour ne pas rester sans conséquences politiques à long terme.</p>
<p>Alors comment l’identité canadienne-française et québécoise peut-elle mettre en forme ce avec quoi elle doit composer? Deux mouvements semblent déjà clairs.</p>
<p>En effet, il est probable que la mise au rancart de l’idée d’indépendance du Québec aura comme première conséquence  le <strong>renforcement des mesures visant l’usage et le rayonnement du français</strong> dans la société québécoise. Simplement parce que nous y tenons, que c’est notre langue de communication et que notre contexte est particulier. Bien sûr, ces mesures n’auront en elles-mêmes qu’un effet mineur sur les tendances démolinguistiques à long terme car le contexte canadien, nord-américain et mondial est trop lourd. Cependant, il est clair que ce sont des mesures légitimes et qu’elles peuvent recevoir un appui passablement unanime dans la société québécoise.</p>
<p>On peut aussi penser qu’une certaine part des énergies consacrées à la question nationale sera désormais canalisée dans les débats sur l’organisation interne de la société, comme la <strong>réapparition de la polarité gauche-droite</strong> commence à le montrer, entre autres sur le système de santé et le système scolaire, et dans les questions d’environnement. Une autre partie pourra s’investir plus librement dans toutes les activités économiques de la société, des affaires à la recherche. Et une dernière, espérons-la petite et passagère, se refermera un peu déprimée sur le domaine personnel.</p>
<p>Il y a cependant un aspect de la lutte pour l’indépendance du Québec qui me semble essentiel et  qui doit être remplacé par quelque chose de similaire : ce projet a fait battre le cœur du Québec pendant au moins 30 ans. Les artistes l’ont chanté et lui ont donné forme dans leurs œuvres. <strong>Il y avait, dans ce rêve et cette vision, un dynamisme créateur</strong> qui donnait vie et faisait avancer toute une société.  <strong>Peut-on retrouver ce type de dynamisme </strong>plutôt que de seulement « gérer efficacement » une société qui ne sait plus quels sont ses points de repère et ses valeurs fondamentales?</p>
<p>Je crois qu’on ne peut répondre à cette question  sans considérer les choses sous un angle très personnel. Tout autre type de réponse n’est que de la théorie. Donc, comment puis-je trouver un dynamisme créateur qui ne laisse rien de côté ni dans l’ombre?</p>
<p>Il est fondamental, ici, de considérer les trois niveaux et les quatre quadrants de notre identité et de leur donner cohérence. Sinon, on laisse des choses dans l’ombre ou on les réprime. Exemples : si je n’accorde aucune attention aux changements climatiques et à leur rapport à mon mode de vie, comment puis-je concevoir les politiques de mon pays concernant l’avenir de la planète et réfléchir à mes propres habitudes de vie? Si je n’accorde aucune attention à la couche canadienne-française de mon identité, comment puis-je concevoir les relations avec les Premières Nations ou le Canada? Si je me contente de consommer sans accorder la moindre importance à ma vie intérieure, comment puis-je dialoguer avec des gens qui pratiquent une religion? Personnellement, je considère que <strong>je ne peux rien rejeter de la réalité et c’est à cette condition que je retrouve un dynamisme créateur</strong>, que je perçois la continuité et la cohérence du monde et que j’y vois ma petite place.</p>
<p>Évidemment, je ne peux plus m’identifier à un seul niveau de ma réalité. Selon les événements et les circonstances, j’en considérerai un ou l’autre, mais sans jamais oublier ou nier les autres. Ce type d’<strong>identité intégrale </strong>a une caractéristique fondamentale : elle représente un principe vital, un niveau d’organisation actif, dynamique, créatif et autocréateur. Si l’on devait construire une identité «québécoise» incluant tous les citoyens, francophones, anglophones, néo-québécois allophones et membres des Premières Nations, pourrait-elle être autrement?</p>
<p>Une phrase d’Arnaud Desjardins, maître spirituel français récemment décédé, me vient à l’esprit : « Regardez très loin à l’horizon vers quoi vous allez et regardez de très près où vous posez les pieds, pas après pas. » Je cite cette phrase totalement hors de son contexte de méthode d’investigation spirituelle, mais elle me semble tout à fait pertinente dans la situation présente.</p>
<p>Aucune société actuelle, où que nous regardions, ne représente un modèle idéal convenant à toutes les autres. Il faudrait, pour cela, qu’elles aient au moins des niveaux similaires de développement. Mais certaines s’en tirent mieux que d’autres et présentent des caractéristiques qui favorisent l’harmonie et la cohésion sociales : pas trop d’écarts de revenus, une grande importance à l’éducation, une bonne fluidité sociale, des soins de santé accessibles à tous, un régime démocratique. Il existe déjà des points de repère consensuels et bien documentés, dont ce qu’on appelle les « déterminants sociaux de la santé ». Mais le sentiment général devant l’état des choses est celui d’un immense désarroi : les systèmes locaux sont désorganisés sinon carrément en crise, les anciennes alliances ne tiennent plus et nous sommes en train de modifier le climat. Si cela ne s’appelle pas une crise de civilisation, je me demande ce que c’est!</p>
<p>Dans ce contexte, disons que la perte de momentum du mouvement indépendantiste apparaît comme un sujet secondaire. D’une certaine manière, je crois que la naissance de la CAQ est tout à fait symptomatique du mouvement général qui bouleverse le monde. Mais nous sommes encore à cent lieues du regard neuf et des perspectives générales que la situation exige.</p>
<p align="center">* * *</p>
<p>À 62 ans, je me dis que si les circonstances me sont favorables, j’en ai peut-être pour une vingtaine d’années. À cette étape de la vie, vingt ans représentent à peu près l’intervalle d’une grande respiration. On laisse tomber les détails, on se concentre sur les vallées et les montagnes, les fleuves et la mer.  On regarde à l’horizon vers quoi on souhaiterait aller pendant 100 ans si on avait encore vingt ans et surtout comment on souhaiterait y aller.</p>
<p>Ce que je souhaite et l’esprit dans lequel je le souhaite ont une parenté certaine avec, par exemple, la démarche du groupe suisse <a href="http://www.integrale-politik.ch/">Politique intégrale</a>, né officiellement en mai 2011.  Quand je parle d’intégrer nos trois niveaux d’identité et les quatre perspectives de toute chose, ils en fournissent un exemple plutôt unique en ce moment. Pour en avoir une idée, vous pouvez plonger directement dans <a href="http://www.integrale-politik.ch/fr/acceuil/medias.html">différents documents de synthèse</a> de leurs visions et positions. C’est la Suisse et c’est autre chose que le Québec sur le plan local, mais pour le reste, on s’y  retrouve passablement.</p>
<p align="center">* * *</p>
<p>J’arrête ici cette longue présentation des fondements de ma vision actuelle des choses. Bien sûr, le possible n’y a pas été vraiment abordé. Il me semblait d’abord essentiel de fermer la porte et de regarder la réalité en face. La suite des choses relève de la créativité et du dynamisme collectifs.</p>
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		<title>«Fin des journaux, fin des nations?» NON!</title>
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		<pubDate>Wed, 01 Jul 2009 14:43:02 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[La Fondation littéraire Fleur de Lys ne croit pas Internet responsable du déclin de l&#8217;idée de nation, contrairement aux déclarations des spécialistes interviewés par le journaliste Antoine Robitaille du quotidien montréalais LE DEVOIR dans le cadre de son dossier « Fin des journaux, fin des nations? » publié dans l&#8217;édition des 27 et 28 juin [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><span style="font-size: x-small;"></p>
<div id="attachment_8654" class="wp-caption alignnone" style="width: 385px"><img class="size-full wp-image-8654" title="398255973_94d637d2c448" src="http://www.centpapiers.com/wp-content/uploads/2009/06/398255973_94d637d2c448.jpg" alt="Photo : Flickr {eclaire}" width="375" height="500" /><p class="wp-caption-text">Photo : Flickr {eclaire}</p></div>
<p>La Fondation  										littéraire Fleur de Lys ne croit pas  										Internet responsable du déclin de l&#8217;idée  										de nation, contrairement aux  										déclarations des spécialistes  										interviewés par le journaliste Antoine  										Robitaille du quotidien montréalais LE  										DEVOIR dans le cadre de son dossier «  										Fin des journaux, fin des nations? »  										publié dans l&#8217;édition des 27 et 28 juin  										2009. </span></strong></p>
<p><strong><span style="font-size: x-small;">Prière de lire le dossier sur le site quotidien LE DEVOIR  	avant de prendre connaissance de ce commentaire : «<a href="http://www.ledevoir.com/2009/06/27/256893.html" target="_blank">Fin  	des journaux, fin des nations?</a>»</span></strong></p>
<p>Est-ce que le déclin des journaux papier au profit  							d&#8217;internet, de la multiplication des chaînes de  							télévision spécialisée,&#8230;, bref l&#8217;éclatement des  							auditoires et de l&#8217;espace public, entraînera un  							déclin des nations? Pour répondre à cette question,  							il faut évidemment reconnaître que les journaux ont  							grandement contribué à l&#8217;émergence de la nation, de  							l&#8217;identité nationale au sein de la population. On  							parle ici des journaux comme d&#8217;un « espace public »  							rassembleur et identitaire. C&#8217;est vrai, ou plutôt,  							c&#8217;était vrai.</p>
<p>Depuis la fin des années 80, les journaux se sont  							éloignés de la nation, du peuple lui-même. Parties  							prenantes de la nation québécoise, les journaux ont  							progressivement perdu contact avec l&#8217;esprit national  							et, par conséquent, leur « espace public » a été  							déserté.</p>
<p>Il faut distinguer « la nation » de « l&#8217;esprit  							national ». Au Québec, le peuple ne s&#8217;identifie pas  							à la nation elle-même, mais d&#8217;abord et avant tout à  							« l&#8217;esprit » qui propulse la nation, qui la met en  							mouvement au quotidien. Il faut lire les journaux de  							la fin des années 50 jusqu&#8217;à la fin des années 80  							pour comprendre avec quelle facilité le peuple  							québécois se retrouvait au jour le jour dans  							l&#8217;espace public fourni par les journaux. Pendant  							cette période, les journaux étaient complices de  							l&#8217;esprit national, ils évoluaient avec le peuple,  							plus encore, ils faisaient eux-mêmes partie du  							peuple. Le meilleur exemple de cette complicité  							s&#8217;illustre dans l&#8217;accès des simples citoyens aux  							journaux. Il suffisait d&#8217;un article dans un journal  							pour lancer un projet, leur espace public étant très  							achalandé. Or, cet article était facile à obtenir,  							tant pour le simple citoyen que le politicien. Les  							journaux faisaient partie du lancement et du succès  							des projets de tout un chacun. Bref, les journaux se  							permettaient alors de donner une chance égale à  							chacun. Il y a avait donc de l&#8217;espoir dans l&#8217;air et  							il en résultait une unité nationale en perpétuel  							mouvement. Les lecteurs et les acteurs  							s&#8217;identifiaient l&#8217;un à l&#8217;autre dans un esprit  							national fortement soutenu par les journaux.</p>
<p>Puis, au début des années 90, on observe un  							changement de cap drastique au sein des journaux, un  							changement qui agira comme une douche d&#8217;eau froide  							sur l&#8217;esprit national. Soudainement, le simple  							citoyen ne profite plus d&#8217;un accès facile aux  							journaux pour lancer son projet. Les journaux  							deviennent élitistes et corporatistes. Le « Québec  							Inc. » est en place. La nation n&#8217;ayant pas d&#8217;autre  							espace public à fréquenter, elle se sentira peu à  							peu prisonnière des journaux. Ces derniers se posent  							désormais en chien de garde de ce qui a été bâti,  							des acquis, et ils s&#8217;élèvent au-dessus de la nation.  							L&#8217;espace public des journaux agresse de plus en plus  							l&#8217;esprit national qui a fait jusque-là le succès de  							la modernisation du Québec. On sent qu&#8217;on ne passera  							pas le flambeau comme par le passé. L&#8217;esprit  							national n&#8217;est plus une affaire collective. Des  							préjugés s&#8217;installent. Désormais, on surveille les  							journaux. On parle de développement du sens critique  							de la population face aux médias.</p>
<p>L&#8217;esprit national n&#8217;en peut plus de se contenir  							devant ce barrage du cours de la pensée par les  							journaux. On stagne. On se décourage. On se  							désintéresse. On ne vote plus. Puis arrive  							l&#8217;Internet domestique, une véritable planche de  							salut pour l&#8217;esprit national, un nouveau canal  							d&#8217;irrigation en contournement du barrage. On  							délaisse les journaux. Voilà ce qui se passe.  							L&#8217;internet n&#8217;y est pour rien dans le déclin des  							journaux. Seuls les journaux sont responsables de  							leur déclin. C&#8217;est le prix à payer quand on prend  							l&#8217;ascenseur pour le dernier étage, coupant ainsi ses  							racines avec sa base, ses lecteurs. Je ne sais pas  							par quel truchement du coeur et de l&#8217;esprit les  							journaux ont pensé que la nation les suivrait au  							sommet de la pyramide. Aujourd&#8217;hui, il faudrait  							empiler des milliers de journaux pour s&#8217;élever au  							niveau ne serait-ce que d&#8217;un simple journaliste.  							Même les ministres ont de la difficulté à attirer  							les journaux à leurs conférences de presse.</p>
<p>Le journaliste du quotidien LE DEVOIR rapporte en  							ces mots les propos de Daniel Jacques, philosophe,  							auteur de l&#8217;essai <span style="text-decoration: underline;">La Fatigue politique du Québec  							français</span> (Boréal, 2008) : « Le premier média de  							masse, le journal, fait-il remarquer spontanément,  							“est le lieu dans lequel on sort de sa bulle et on a  							accès à un monde commun”. Ces nouvelles toujours  							organisées en fonction d&#8217;un intérêt national  							tranchent avec Internet, univers global où c&#8217;est  							“chacun dans sa niche”; laquelle niche est le plus  							souvent transnationale. “On n&#8217;a pas besoin de  							fréquenter beaucoup l&#8217;univers d&#8217;Internet pour  							prendre conscience qu&#8217;il est complètement fragmenté.  							Il ne donne aucun sens d&#8217;unité”, note Daniel  							Jacques. »</p>
<p>Reprenons chacune des affirmations à commencer par :  							« Le premier média de masse, le journal est le lieu  							dans lequel on sort de sa bulle et on a accès à un  							monde commun ». Il n&#8217;était pas question de gens  							enfermés dans leurs bulles avant les années 90 au  							Québec. Chacun était parti prenant de la nation,  							même ceux qu&#8217;on appelle les « exclus » aujourd&#8217;hui.  							En fait, il n&#8217;y avait qu&#8217;une seule bulle pour tous  							les Québécois. Quand les journaux ont changé de cap  							au cours des années 90 en devenant élitistes et  							corporatistes, nous nous sommes soudainement  							retrouvés « seul dans la foule » sur les pavées de  							l&#8217;espace public des journaux.</p>
<p>Puis vient cette seconde affirmation : « Ces  							nouvelles toujours organisées en fonction d&#8217;un  							intérêt national tranchent avec Internet, univers  							global où c&#8217;est “chacun dans sa niche”; laquelle  							niche est le plus souvent transnationale. » S&#8217;il fut  							un temps où les nouvelles étaient organisées en  							fonction d&#8217;un intérêt national, ce n&#8217;est plus le cas  							depuis plusieurs années. Les nouvelles des journaux  							suivent davantage les intérêts des corporations,  							comme si on percevait ces dernières comme seules  							protectrices de la nation québécoise ou, pis encore,  							comme si la nation était elle-même devenue une  							corporation aux yeux des journaux.</p>
<p>En 2003, il était dans l&#8217;intérêt national de doter  							le Québec d&#8217;une première maison d&#8217;édition en ligne  							sur Internet avec un service d&#8217;impression à la  							demande, mais rares sont les journaux qui ont  							participé aux efforts de la Fondation littéraire  							Fleur de Lys. En 1982, il était aussi dans l&#8217;intérêt  							national de doter le Québec d&#8217;un premier organisme  							d&#8217;éducation aux médias et nombreux furent les  							journaux qui ont participé aux efforts du Club  							d&#8217;initiation aux médias. Il y a un peu plus de 20  							ans entre les deux projets et le seul constat  							possible est le désintéressement des journaux face à  							la nation.</p>
<p>Revenons maintenant sur ces mots : « (&#8230;) Internet,  							univers global où c&#8217;est “chacun dans sa niche”;  							laquelle niche est le plus souvent transnationale. »  							C&#8217;est vrai, l&#8217;Internet n&#8217;a pas de frontière.  							Heureusement, car si le premier éditeur libraire  							québécois en ligne sur Internet a pu naître, c&#8217;est  							grâce à la participation des Français, à défaut  							d&#8217;avoir eu le support des journaux d&#8217;ici pour  							informer les auteurs québécois du projet.  							Curieusement, si de nombreux auteurs français se  							sont joint à la Fondation littéraire Fleur de Lys au  							cours de ses premières années, c&#8217;est parce que les  							journaux français les avaient informés par de  							nombreux articles au sujet de l&#8217;édition en ligne et  							de l&#8217;impression à la demande. En rejoignant les  							rangs d&#8217;un cyberéditeur québécois, ils ne venaient  							pas occuper une niche « transnationale ». Ils  							s&#8217;associaient à la nation québécoise. La niche de la  							fondation a toujours été québécoise, ici et à  							l&#8217;étranger.</p>
<p>L&#8217;idée de « niche » est issue du vocabulaire du  							marketing. Elle est apparue à la fin des années 80  							pour connaître son heure de gloire dans les années  							90. À l&#8217;époque, on disait à nos clients que leur  							produit devait occuper une niche bien à lui pour  							survivre dans le marché. Et heureux était celui qui  							découvrait une nouvelle niche afin d&#8217;être le premier  							à l&#8217;occuper. Les journaux furent parmi les premiers  							à épouser le marketing de niches. Les chroniques se  							sont multipliées comme jamais auparavant, soi-disant  							pour rejoindre le plus grand nombre de niches. Les  							nouvelles d&#8217;intérêt national sont elles-mêmes  							devenues une niche, une niche comme les autres.  							Bref, les journaux ont eux-mêmes brisé l&#8217;unité et  							ainsi fragmenté leur lectorat respectif.</p>
<p>Il y a aussi cette affirmation à réviser : « On n&#8217;a  							pas besoin de fréquenter beaucoup l&#8217;univers  							d&#8217;Internet pour prendre conscience qu&#8217;il est  							complètement fragmenté. Il ne donne aucun sens  							d&#8217;unité », note Daniel Jacques. » Nous venons de  							voir que l&#8217;univers des journaux était fragmenté bien  							avant que l&#8217;Internet entre dans nos maisons avec,  							pour conséquence première, une nation fragmentée.  							L&#8217;Internet n&#8217;est qu&#8217;un outil technologique. Les  							internautes ne pouvaient pas faire ce qu&#8217;ils  							n&#8217;étaient pas. Il est donc tout à fait normal de les  							voir se regrouper sur le web suivant leurs intérêts.  							Mais attention, il est faux de prétendre que  							l&#8217;Internet ne donne aucun sens d&#8217;unité. Il suffit  							d&#8217;attaquer un internaute pour que l&#8217;ensemble de la  							communauté se mobilise, comme ce fut le cas avec la  							Fondation littéraire Fleur Lys lors de l&#8217;attaque de  							Manuscrit.com en France. La poursuite annoncée est  							tombée au fond du lac comme une roche grâce à la  							mobilisation spontanée des internautes québécois (<a href="http://manuscritdepot.com/nous/revue-presse-09.htm">Lire  							l&#8217;article de Bruno Guglielminetti à ce sujet</a>).</p>
<p>Au Québec, le sens d&#8217;unité donné par l&#8217;Internet est  							particulier. Il est né en grande partie du  							traitement négatif du web par les journaux. Après  							avoir hurlé aux lecteurs d&#8217;investir à plein régime  							dans les nouvelles technologies à la fin des années  							90, les journaux se sont mordu les lèvres lors de  							l&#8217;éclatement de la bulle boursière en 2000, à  							commencer par la dégringolade de Nortel. Les  							journaux ont alors confondu le contenant avec le  							contenu et condamné les deux à la fois. Aujourd&#8217;hui,  							le pire d&#8217;Internet occupe facilement l&#8217;espace public  							médiatique traditionnel. Or, la nation branchée  							s&#8217;est sentie abandonnée, voire trahie par les  							journaux papier. Internet est devenu non seulement  							un refuge national, mais aussi et surtout un nouvel  							espace public pour la nation québécoise.</p>
<p>Si les journaux avaient encouragé le développement  							d&#8217;un Internet national québécois, la nation leur  							serait reconnaissante aujourd&#8217;hui. Mais ce ne fut  							pas le cas. Il ne faut pas s&#8217;étonner que les  							journaux ne fassent plus partie des intérêts  							nationaux et que leur espace public se vide.</p>
<p>Enfin, quelle réponse donner à la question du  							journaliste Antoine Robitaille : « Bref : et si,  							dans les prochaines années, on avait de moins en  							moins le sentiment de former une nation parce que  							l&#8217;espace public ne cesse d&#8217;éclater, de se morceler?  							» Je ne crois pas que le sentiment de former une  							nation soit menacé par l&#8217;éclatement ou le  							morcellement de l&#8217;espace public. Ce n&#8217;est pas parce  							que les gens délaissent les journaux qu&#8217;ils  							éprouvent moins le sentiment de former une nation.  							En fait, c&#8217;est sûrement le contraire qui survient :  							les gens délaissent les journaux parce que ces  							derniers ne leur permettent plus d&#8217;éprouver le  							sentiment de former une nation, de s&#8217;identifier à la  							nation. La survie des journaux québécois passe avant  							tout par le retour à la base, et ce, avec toute  							l&#8217;humilité nécessaire pour se réinstaller au  							rez-de-chaussée et ainsi redevenir rassembleur et  							porteur de l&#8217;esprit national.</p>
<p style="margin-top: 0pt; margin-bottom: 0pt;" align="justify">
<p style="margin-top: 0pt; margin-bottom: 0pt;" align="justify">Serge-André Guay, président éditeur</p>
<p style="margin-top: 0pt; margin-bottom: 0pt;" align="justify"><a href="http://manuscritdepot.com/internet-litteraire/actualite.279.htm" target="_blank">Fondation littéraire Fleur de Lys</a></p>
<p><strong><span style="font-size: x-small;"><br />
</span></strong></p>
]]></content:encoded>
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