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	<title>CentPapiers &#187; humanité</title>
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	<description>Plateforme québécoise de journalisme citoyen</description>
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		<title>Absences</title>
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		<pubDate>Wed, 04 Apr 2012 15:49:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Monolecte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[De ce qui construit les vies en creux.    C'est une chaise vide et elle occupe tout l'espace, elle
attire les regards, elle absorbe les pensées. Je crois que rien n'est plus faux
que cette idée selon laquelle les absents ont toujours tort, parce qu'?...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>De ce qui construit les vies en creux.</p>
<p>    <a href="http://www.flickr.com/photos/monolecte/4308693093/" title="Into the wild mist de Le Monolecte, sur Flickr"><img src="http://farm3.staticflickr.com/2678/4308693093_4834b1e875.jpg" alt="Into the wild mist" style="float:right;margin:0 0 5px 5px;" height="334" width="500" /></a>C&#8217;est une chaise vide et elle occupe tout l&#8217;espace, elle<br />
attire les regards, elle absorbe les pensées. Je crois que rien n&#8217;est plus faux<br />
que cette idée selon laquelle les absents ont toujours tort, parce qu&#8217;à travers<br />
ce vide, déjà, s&#8217;exprime l&#8217;idée qu&#8217;ils ont leurs raisons, leurs contingences et<br />
qu&#8217;elles sont d&#8217;autant plus indépassables qu&#8217;elles ne peuvent s&#8217;exprimer,<br />
qu&#8217;elles ont, par défaut, décidé de ne pas se justifier.<br />
Rien n&#8217;est plus obsédant que cette soustraction de l&#8217;autre du monde<br />
perceptible. Il est des absences comme des silences, parfois plus bruyantes et<br />
significatives qu&#8217;un grand cri.</p>
<p>Nous nous construisons autour de ces manques, de ces vides, nous sommes des<br />
gruyères psychiques, sauf que notre musique intérieure s&#8217;épuise à combler les<br />
failles. Que deviennent-ils, ceux qui n&#8217;existent plus à nos yeux, parce que<br />
plus que l&#8217;amputation de la présence, c&#8217;est le manque de réponse qui est<br />
obsédant ? Comment est ce monde où nous ne sommes pas, comment s&#8217;écoule ce<br />
temps dont nous ne faisons pas partie, un peu comme cet arbre qui s&#8217;effondre<br />
sans bruit dans la forêt parce que je n&#8217;y suis pas pour l&#8217;entendre<br />
tomber ? Ce n&#8217;est pas tant le manque qui nous interpelle que le rejet<br />
qu&#8217;il signifie. L&#8217;absent n&#8217;est pas le disparu, c&#8217;est au contraire celui qui<br />
choisit d&#8217;être ailleurs, voilà la vérité toute nue. C&#8217;est celui dont l&#8217;univers<br />
n&#8217;a pas à subir notre existence.</p>
<p>Au fil du temps, nous portons les absents en nous, comme de grands enfants<br />
destinés à ne jamais naître. Parce que nous avons horreur du vide ou de<br />
l&#8217;incertitude, nous leur construisons une autre vie, un autre monde, une autre<br />
histoire. Finalement rien n&#8217;est plus présent que l&#8217;absent, puisque nous avons<br />
tout loisir de broder sans fin avec lui un long dialogue intérieur, mais à une<br />
seule voix. Nous monolectons, donc, doctement.</p>
<p>Un peu comme Internet, finalement, où chacun de nous est entouré de vides, de<br />
manques et d&#8217;absences. Absence de matière, absence de cette humanité profonde<br />
nourrie de regards, d&#8217;éclats de voix, d&#8217;effluves plus ou moins délectables, de<br />
silences, mais partagés. Absence physique et psychique de l&#8217;échange matériel,<br />
de l&#8217;interaction qui peine définitivement à habiller de chair des squelettes de<br />
mots. En fait, je comprends mieux la frénésie des camarades qui vont aller<br />
s&#8217;agglutiner <a href="http://www.jean-luc-melenchon.fr/2012/04/03/en-marche-vers-le-capitole/">place<br />
du Capitole demain soir</a> : combler le vide, gommer l&#8217;absence, se<br />
shooter à la chaleur humaine, s&#8217;enivrer du nombre, résonner du chœur des voix,<br />
exister tous ensemble, tous en même temps, rendre perceptible la communauté<br />
d&#8217;idées, l&#8217;ancrer dans l&#8217;univers, ici et maintenant.</p>
<p>Ils disent de lui — les autres, les adversaires, les éditocrates — qu&#8217;il doit<br />
son succès au fait qu&#8217;il est un tribun. Ils réduisent la puissance unificatrice<br />
et la portée pédagogique de ses discours à l&#8217;art de l&#8217;éructation. Alors ils<br />
éructent à leur tour, pour combler l&#8217;écart, celui qu&#8217;ils ont creusé avec le<br />
grand absent de cette campagne : le peuple. Le petit peuple laborieux et<br />
industrieux, le petit peuple des sans-grade, le petit peuple des fins de mois<br />
difficiles qui commencent dès la première semaine, dès le premier jour. Ce<br />
peuple qu&#8217;ils méprisent, qu&#8217;ils ignorent et qu&#8217;ils ont relégué au rang de<br />
souvenir archaïque, ce petit peuple dont ils se rendent compte avec stupeur<br />
qu&#8217;il va tout de même falloir lui faire cracher les voix.</p>
<p>En fait, c&#8217;est ça, la clé de cette élection : des absences. Absences de<br />
projets de société, absences d&#8217;envergure, absences d&#8217;honnêteté. Ils ne<br />
produisent pas de discours politiques parce qu&#8217;ils n&#8217;ont rien à nous dire,<br />
parce qu&#8217;ils nous ont passés en pertes et profit, parce qu&#8217;ils pensent qu&#8217;à<br />
force de nous ignorer, d&#8217;ignorer nos vies, nos cris, nos indignations, nous<br />
finirons par nous lasser et nous laisserons la chose publique à ceux qui en ont<br />
fait leur métier.<br />
Nous sommes les grands absents de cette campagne et Mélenchon a ceci de<br />
particulier qu&#8217;il est le seul à nous parler.<br />
Alors, forcément, on l&#8217;écoute.<br />
Et l&#8217;on remplit toutes ces absences.</p>
<div class="zemanta-pixie"><img class="zemanta-pixie-img" alt="" src="http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=5d815876-9740-83bd-b29a-fd4ba9d10318" /></div>
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		<title>Questions de temps</title>
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		<pubDate>Thu, 16 Feb 2012 16:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Monolecte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le temps, ça ne se trouve pas, ça se prend.    Il y a
quelque temps, Le Monde Diplo
m'a proposé d'écrire de petites notes de lecture pour eux. Ouais, quand même,
rien que de l'écrire, ça me fait quelque chose... il faut bien avouer que
Le Diplo,...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le temps, ça ne se trouve pas, ça se prend.</p>
<p style="margin: 0; text-indent: 0;"><a href="http://www.flickr.com/photos/monolecte/4666139808/" title="Courir de Le Monolecte, sur Flickr"><img src="http://farm5.staticflickr.com/4060/4666139808_c9ddbd8169.jpg" alt="Courir" style="float:right;margin:0 0 5px 5px;" height="334" width="500" /></a>Il y a<br />
quelque temps, <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/">Le Monde Diplo</a><br />
m&#8217;a proposé d&#8217;écrire de petites notes de lecture pour eux. Ouais, quand même,<br />
rien que de l&#8217;écrire, ça me fait quelque chose&#8230; il faut bien avouer que<br />
<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/">Le Diplo</a>, c&#8217;est quand même une<br />
autre catégorie que l&#8217;emballage à poissons du bled, d&#8217;autant plus qu&#8217;au bled,<br />
on ne mange pas de poisson, mais plutôt du canard. Bref, chaque fois que j&#8217;y<br />
pense, ça me fait remonter ma température interne d&#8217;un bon dixième de<br />
degré.</p>
<p>En dehors du fait que <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2012/02/06/Dans-les-choux">j&#8217;ai<br />
désespérément besoin d&#8217;un vrai boulot</a> avec un vrai salaire et surtout des<br />
droits Sécu, j&#8217;ai tout de suite bien aimé l&#8217;idée de bosser pour eux et je leur<br />
ai immédiatement proposé de parler du bouquin que je lisais à ce moment-là, un<br />
truc pas très connu, qui n’a pas fait la Une des trucmuches littéraires qui<br />
t&#8217;expliquent tout ce qu&#8217;il faut lire ici et maintenant — en gros, le bouquin<br />
d&#8217;un pote de la rédaction — <a href="http://www.plumart.com/vf2400/html/body_3124vinsmythiques.html">un ouvrage<br />
bien documenté sur l&#8217;histoire des cépages interdits</a> écrit par un certain<br />
Freddy Couderc, quelque chose de vraiment intéressant et peu connu sur la<br />
réalité viticole française, prêté par un ami passionné. Très intéressant, très<br />
nouveau dans le paysage médiatique, en prise avec des problématiques<br />
contemporaines, mais voilà, le bousin datait de janvier 2005. Même si le sujet<br />
est toujours d&#8217;actualité (forcément le vin, c&#8217;est quand même toujours<br />
d&#8217;actualité), j&#8217;ai découvert que les livres étaient aussi des produits de<br />
consommation courante, avec une <acronym title="Date Limite de Consommation">DLC</acronym> et tout, et que même dans un<br />
journal différent, indépendant et tout, et bien, la DLC, ça compte. Et tant pis<br />
pour le plaisir de découvrir un livre peu connu qui n&#8217;a pas disposé, en son<br />
temps, de la puissance de tir médiatique nécessaire pour exister.</p>
<p>Heureusement, dans le même temps, j&#8217;ai <a href="http://blog.plafonddeverre.fr/">une copine de blog</a> qui a commis <a href="http://www.pearson.fr/livre/?GCOI=27440100354930">un ouvrage qui résume fort<br />
efficacement son long combat féministe</a> mené sur la blogobulle. Comble de<br />
bonheur, elle m&#8217;en fait parvenir un exemplaire que je m&#8217;empresse de lire et de<br />
compiler. Là, j&#8217;étais quand même sérieusement dans l&#8217;actualité. Même que<br />
c&#8217;était un exemplaire presse, c&#8217;est-à-dire un de ces livres qui vous<br />
parviennent avant que le commun des mortels ne puisse y avoir accès dans les<br />
points de vente dédiés. Autant dire que j&#8217;avais là un bien meilleur<br />
<em>timing</em> que pour ma première proposition. Mais voilà, le contenu<br />
n&#8217;était pas assez novateur. Effectivement. Pour moi qui suis assez engagée dans<br />
la lutte féministe, qui lit beaucoup d’articles sur ce sujet, en écrit aussi<br />
parfois, je n&#8217;ai pas appris grand-chose de <em>neuf</em> dans cet ouvrage,<br />
d&#8217;autant plus que je suis les pérégrinations de l&#8217;auteure en ligne. Mais cela<br />
me semblait par contre tout à fait intéressant pour des gens peu sensibilisés<br />
aux problématiques féministes, un bon bouquin qui démontre clairement et sans<br />
détour pourquoi et comment après 40 ans de luttes féministes, on est encore<br />
bien loin d&#8217;avoir remporté la simple légitimité de notre aspiration à l&#8217;égalité<br />
entre les sexes et à la fin de la domination masculine. Bon, d&#8217;accord, le<br />
lecteur du Diplo, ce n&#8217;est pas un perdreau sorti de sa coquille, et donc, il<br />
n&#8217;a pas besoin d&#8217;être sensibilisé : il sait. Donc, ce qu&#8217;il veut, c&#8217;est du<br />
sérieux, du pêchu.<br />
Du coup, j&#8217;aurais bien parlé d&#8217;un autre bouquin arrivé peu après, <a href="http://maitremo.fr/">toujours l&#8217;œuvre d&#8217;un blogueur</a>, dont <a href="http://www.arnaudgossement.com/archive/2011/12/04/le-guet-apens-de-maitre-mo.html"><br />
la plume profondément humaniste dépeint avec précision et empathie les rouages<br />
internes d&#8217;un monde qui répugne à trop s&#8217;exposer en public</a>, mais bon, j&#8217;ai<br />
bien senti que je n&#8217;étais pas dans ce registre en phase avec le lectorat de ce<br />
qui est probablement le dernier journal de référence de ce pays.</p>
<p>Un autre blogueur m&#8217;a envoyé <a href="http://emmapom.com/blog/2011/07/19/au-coeur-de-la-monnaie-bernard-lietaer-nous-invite-au-voyage/"><br />
un livre très intéressant sur les racines jungiennes de la monnaie</a>, quelque<br />
chose de nettement plus dans la lucarne du journal, mais voilà, c&#8217;est moi qui<br />
ne suis pas à la hauteur des exigences du sablier : voilà un mois que je<br />
lis attentivement le roboratif ouvrage et il y a fort à parier qu&#8217;il m&#8217;en<br />
faudra encore bien autant pour arriver à son terme, ce qui implique que<br />
l&#8217;horloge biologique de la critique littéraire va définitivement me péter à la<br />
gueule.</p>
<h4>En fait, j&#8217;ai un gros problème de synchronicité avec le monde moderne.</h4>
<p style="margin: 0; text-indent: 0;">
Comme l&#8217;écrit fort justement <a href="http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&amp;id_article=149">Mona<br />
Cholet dans son dernier opus</a> — encore un que j&#8217;ai reçu avant tout le monde,<br />
mais qui est suffisamment agréable à lire pour que je puisse espérer le finir<br />
avant sa fin précoce de vie médiatique —, l&#8217;humain a une temporalité interne<br />
qui est propre à chacun de nous, une succession de rythmes de vie, un peu comme<br />
une houle lascive qui berce tranquillement les navires sur l&#8217;océan :</p>
<blockquote>
<p>J&#8217;ai longuement disserté, ailleurs, sur la privation de toute respiration<br />
imaginaire et psychique qui caractérise notre époque dévorée d&#8217;angoisse — entre<br />
crise écologique, souffrance au travail et peur du chômage — et sur les ravages<br />
causés par cette asphyxie. L&#8217;équilibre de l&#8217;individu ne peut reposer que sur<br />
une alternance de temps de participation sociale et de temps de retrait<br />
nécessaire pour refaire ses forces.<br />
<small>In <em>Beauté fatale</em>, éd. Zones, 2012, p. 58-59.</small></p>
</blockquote>
<p style="margin: 0; text-indent: 0;">
Notre époque — et plus particulièrement notre système productiviste —<br />
s’accommode fort mal de notre <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2005/10/04/133-desperates-hours">temporalité humaine</a>, à l&#8217;amplitude<br />
et à la fréquence variables selon chacun. C&#8217;est pour cela que notre temps est<br />
découpé, marqué, décompté, valorisé ou non en fonction des seuls impératifs de<br />
la machine à produire. Ce n&#8217;est pas par hasard si le travail est compté en<br />
heures plutôt qu&#8217;en tonnes, en kilomètres, en calories ou en idées. Parce que<br />
ce temps calibré, accéléré, comptabilisé est un temps qui est confisqué de<br />
notre seul bien propre : <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2008/02/21/Tempus-fugit">notre<br />
temps à vivre</a>.</p>
<p>J&#8217;ai compris cette étrange relation au temps qu&#8217;a notre société frénétique avec<br />
un petit film d&#8217;anticipation qui n&#8217;a pas beaucoup fait parler de lui&#8230; en son<br />
temps. <a style="font-style: italic;" href="http://www.lemonde.fr/cinema/article/2011/11/22/time-out-une-allegorie-politique-paradoxale_1607195_3476.html"><br />
In time</a>(traduit de manière fort amusante et mal à propos par <em>Time<br />
out</em> en&#8230; français) décrit un monde vaguement futuriste où les humains,<br />
génétiquement modifiés, cessent de vieillir à 25 ans. Super bonne nouvelle a<br />
priori sauf qu&#8217;un nouveau système a transformé le temps à vivre en monnaie<br />
d&#8217;échange et si, dans notre monde, <q>plaie d&#8217;argent n&#8217;est pas mortelle</q>,<br />
dans celui-là, le manque de temps se traduit littéralement par la fin de<br />
l&#8217;existence.<br />
Petit conte cruel, ce film éminemment politique raconte avec une précision<br />
glaçante comment une petite élite arrive à accumuler du temps à l&#8217;échelle de<br />
l&#8217;éternité au détriment de tout le reste de la population condamnée à ne<br />
survivre qu&#8217;au jour le jour. J&#8217;ai particulièrement apprécié cette scène où le<br />
héros trahit sa basse extraction par l&#8217;extrême célérité de ses gestes, seul à<br />
courir dans un microscome où tout le monde à l&#8217;éternité devant lui. Il y a dans<br />
la frénésie imposée à ceux qui vivent l&#8217;œil rivé sur le décompte fatal quelque<br />
chose qui n&#8217;est pas sans m&#8217;évoquer <a href="http://www.lemondepolitique.fr/cours/philosophie_politique/socialisme/alienation.html"><br />
l&#8217;aliénation du prolétaire</a> qui ne peut compter que sur son travail pour<br />
survivre quelques jours de plus.</p>
<p>Avez-vous remarqué combien le temps s&#8217;écoule différemment selon que vous ayez<br />
une certaine stabilité financière ou que vous surnagez dans un océan de<br />
précarité ? Ce n&#8217;est pas ma montre qui me nargue, mais bien le calendrier<br />
qui égrène les échéances des factures, toujours régulières, alors qu&#8217;il faut<br />
toujours pomper comme un Shadok sous amphé pour juste me maintenir un peu<br />
au-dessus du zéro de l&#8217;infamie bancaire. Les perspectives sont cruellement<br />
différentes selon que vous ayez l&#8217;assurance du salaire qui remonte le niveau du<br />
compte à intervalles prévisibles ou que vous soyez dans l&#8217;attente désespérée de<br />
la réponse à une candidature. C&#8217;est un peu comme si deux univers parallèles<br />
coexistaient côte à côte sans jamais se voir et pratiquement ne jamais se<br />
rencontrer. Ceux qui ont un avenir, des projets et <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2007/01/16/Le-salarie-au-sifflet">ceux qui doivent répondre au<br />
sifflet</a> pour grappiller quelques jours de plus.</p>
<p>Plus intéressante encore est la confiscation intentionnelle du temps de ceux<br />
qui en disposent en quantité. Par le travail, certes, mais surtout par<br />
l&#8217;agitation, le <em>timing</em>, l&#8217;agenda, la surcharge permanente du flux du<br />
temps. Pas un temps qui n&#8217;échappe à la norme, même le loisir est chronométré.<br />
D&#8217;où l&#8217;absolue nécessité du contrôle occupationnel des chômeurs. Imaginez, un<br />
seul instant, qu&#8217;ils décident de mettre à profit tout ce temps libéré pour se<br />
mettre à penser par eux-mêmes !<br />
La tyrannie de l&#8217;horloge a poussé le vice jusqu&#8217;à nous être totalement<br />
naturelle : même déféquer dépend moins de notre cycle biologique que des<br />
disponibilités de notre emploi du temps. On se repose quand cela est possible<br />
et non quand on en a besoin, même l&#8217;amour a des créneaux horaires et un<br />
calendrier. On pense rentabiliser notre temps en courant <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2009/09/01/L-autodetermination-du-hamster-dans-sa-roue">comme des<br />
hamsters dans leur roue</a> et du coup, la réplique culte de ce monde<br />
chronométré est devenue : <q>vraiment désolé, j&#8217;aurais beaucoup aimé faire<br />
ceci ou cela avec toi, mais je n&#8217;ai vraiment pas le temps</q>.</p>
<p>Pourtant, nous avons a priori un <em>chouia</em> plus de temps que nos<br />
ancêtres, quelques années de vie arrachées de haute lutte à la fatigue des<br />
corps, aux attaques des bactéries, à l&#8217;injustice de la guerre, plus ou moins le<br />
même temps — sauf accident — que l&#8217;on soit riche ou pauvre, c&#8217;est juste que<br />
nous n&#8217;avons plus de temps pour vivre, seulement du temps pour survivre, entre<br />
deux intervalles de production et de consommation, les deux facettes de la même<br />
aliénation de nos existences au capitalisme totalitaire.</p>
<p>Du coup, les maîtres du temps ont inventé l&#8217;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Obsolescence_programm%C3%A9e">obsolescence<br />
programmée</a>, pas seulement celle des objets, mais aussi celle de la pensée.<br />
Et nous voilà dans la course à la modernité, <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2005/07/15/113-la-democratie-est-elle-soluble-dans-la-societe-de-linformation"><br />
la course à l&#8217;information</a>, où la pensée, l&#8217;événement, l&#8217;action humaine sont<br />
soumis à l&#8217;érosion accélérée du temps frénétique. D&#8217;où le tempo compulsif des<br />
flux ininterrompus : données, argent, information, ressources, tout est<br />
mouvement, la pause est pire que la stase, c&#8217;est la mort. Voilà comment une<br />
information en chasse une autre, puis une autre, inlassablement, pourquoi il ne<br />
faut s&#8217;arrêter sur rien, prendre le temps de penser à rien, de mettre en<br />
perspective. C&#8217;est une amnésie collective programmée qui n&#8217;a d&#8217;autre fonction<br />
que de nous faire réagir <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2011/12/20/Comme-des-poulets-sans-tete">comme des poulets sans tête</a>,<br />
sans histoire, sans passé, sans aucun substrat psychique pour s&#8217;extraire du<br />
flux et y semer les graines de la contestation. D&#8217;où le <em>timing</em> forcené<br />
des forces politiques qui ne visent plus rien d&#8217;autre que l&#8217;instantanéité de la<br />
réponse synaptique au stimulus immédiat : chaque jour, le personnel<br />
politique soumis à cette logique produit <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2004/12/04/10-marketing-politique">une petite histoire écœurante qui<br />
fait réagir</a> et interdit d&#8217;agir. Chaque jour, l&#8217;émotionnel brut, construit<br />
comme une fonction réflexe, prend le pas sur la réflexion, cette lente<br />
construction mentale qui nécessite, pour le moins, de faire un pas de côté et<br />
de prendre le temps de penser.<br />
Ainsi, nous trouvons normal de ne plus pouvoir parler ou raisonner qu&#8217;autour de<br />
ce qui fait <em>l&#8217;actualité</em>, cette petite bulle de temps éphémère<br />
subjectivement construite qui explose au fur et à mesure que l&#8217;on tente de la<br />
toucher du doigt.</p>
<p style=" margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
Ainsi, nous considérons qu&#8217;il est tout à fait normal de toujours nous presser<br />
dans un éternel présent, sans mémoire ni perspective.</p>
<p></p>
<div class="zemanta-pixie"><img class="zemanta-pixie-img" alt="" src="http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=636c5ebe-4d9e-888f-8c11-bfa2592f6612" /></div>
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		<title>Questions de temps</title>
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		<pubDate>Thu, 16 Feb 2012 16:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Monolecte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le temps, ça ne se trouve pas, ça se prend.    Il y a
quelque temps, Le Monde Diplo
m'a proposé d'écrire de petites notes de lecture pour eux. Ouais, quand même,
rien que de l'écrire, ça me fait quelque chose... il faut bien avouer que
Le Diplo,...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le temps, ça ne se trouve pas, ça se prend.</p>
<p style="margin: 0; text-indent: 0;"><a href="http://www.flickr.com/photos/monolecte/4666139808/" title="Courir de Le Monolecte, sur Flickr"><img src="http://farm5.staticflickr.com/4060/4666139808_c9ddbd8169.jpg" alt="Courir" style="float:right;margin:0 0 5px 5px;" height="334" width="500" /></a>Il y a<br />
quelque temps, <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/">Le Monde Diplo</a><br />
m&#8217;a proposé d&#8217;écrire de petites notes de lecture pour eux. Ouais, quand même,<br />
rien que de l&#8217;écrire, ça me fait quelque chose&#8230; il faut bien avouer que<br />
<a href="http://www.monde-diplomatique.fr/">Le Diplo</a>, c&#8217;est quand même une<br />
autre catégorie que l&#8217;emballage à poissons du bled, d&#8217;autant plus qu&#8217;au bled,<br />
on ne mange pas de poisson, mais plutôt du canard. Bref, chaque fois que j&#8217;y<br />
pense, ça me fait remonter ma température interne d&#8217;un bon dixième de<br />
degré.</p>
<p>En dehors du fait que <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2012/02/06/Dans-les-choux">j&#8217;ai<br />
désespérément besoin d&#8217;un vrai boulot</a> avec un vrai salaire et surtout des<br />
droits Sécu, j&#8217;ai tout de suite bien aimé l&#8217;idée de bosser pour eux et je leur<br />
ai immédiatement proposé de parler du bouquin que je lisais à ce moment-là, un<br />
truc pas très connu, qui n’a pas fait la Une des trucmuches littéraires qui<br />
t&#8217;expliquent tout ce qu&#8217;il faut lire ici et maintenant — en gros, le bouquin<br />
d&#8217;un pote de la rédaction — <a href="http://www.plumart.com/vf2400/html/body_3124vinsmythiques.html">un ouvrage<br />
bien documenté sur l&#8217;histoire des cépages interdits</a> écrit par un certain<br />
Freddy Couderc, quelque chose de vraiment intéressant et peu connu sur la<br />
réalité viticole française, prêté par un ami passionné. Très intéressant, très<br />
nouveau dans le paysage médiatique, en prise avec des problématiques<br />
contemporaines, mais voilà, le bousin datait de janvier 2005. Même si le sujet<br />
est toujours d&#8217;actualité (forcément le vin, c&#8217;est quand même toujours<br />
d&#8217;actualité), j&#8217;ai découvert que les livres étaient aussi des produits de<br />
consommation courante, avec une <acronym title="Date Limite de Consommation">DLC</acronym> et tout, et que même dans un<br />
journal différent, indépendant et tout, et bien, la DLC, ça compte. Et tant pis<br />
pour le plaisir de découvrir un livre peu connu qui n&#8217;a pas disposé, en son<br />
temps, de la puissance de tir médiatique nécessaire pour exister.</p>
<p>Heureusement, dans le même temps, j&#8217;ai <a href="http://blog.plafonddeverre.fr/">une copine de blog</a> qui a commis <a href="http://www.pearson.fr/livre/?GCOI=27440100354930">un ouvrage qui résume fort<br />
efficacement son long combat féministe</a> mené sur la blogobulle. Comble de<br />
bonheur, elle m&#8217;en fait parvenir un exemplaire que je m&#8217;empresse de lire et de<br />
compiler. Là, j&#8217;étais quand même sérieusement dans l&#8217;actualité. Même que<br />
c&#8217;était un exemplaire presse, c&#8217;est-à-dire un de ces livres qui vous<br />
parviennent avant que le commun des mortels ne puisse y avoir accès dans les<br />
points de vente dédiés. Autant dire que j&#8217;avais là un bien meilleur<br />
<em>timing</em> que pour ma première proposition. Mais voilà, le contenu<br />
n&#8217;était pas assez novateur. Effectivement. Pour moi qui suis assez engagée dans<br />
la lutte féministe, qui lit beaucoup d’articles sur ce sujet, en écrit aussi<br />
parfois, je n&#8217;ai pas appris grand-chose de <em>neuf</em> dans cet ouvrage,<br />
d&#8217;autant plus que je suis les pérégrinations de l&#8217;auteure en ligne. Mais cela<br />
me semblait par contre tout à fait intéressant pour des gens peu sensibilisés<br />
aux problématiques féministes, un bon bouquin qui démontre clairement et sans<br />
détour pourquoi et comment après 40 ans de luttes féministes, on est encore<br />
bien loin d&#8217;avoir remporté la simple légitimité de notre aspiration à l&#8217;égalité<br />
entre les sexes et à la fin de la domination masculine. Bon, d&#8217;accord, le<br />
lecteur du Diplo, ce n&#8217;est pas un perdreau sorti de sa coquille, et donc, il<br />
n&#8217;a pas besoin d&#8217;être sensibilisé : il sait. Donc, ce qu&#8217;il veut, c&#8217;est du<br />
sérieux, du pêchu.<br />
Du coup, j&#8217;aurais bien parlé d&#8217;un autre bouquin arrivé peu après, <a href="http://maitremo.fr/">toujours l&#8217;œuvre d&#8217;un blogueur</a>, dont <a href="http://www.arnaudgossement.com/archive/2011/12/04/le-guet-apens-de-maitre-mo.html"><br />
la plume profondément humaniste dépeint avec précision et empathie les rouages<br />
internes d&#8217;un monde qui répugne à trop s&#8217;exposer en public</a>, mais bon, j&#8217;ai<br />
bien senti que je n&#8217;étais pas dans ce registre en phase avec le lectorat de ce<br />
qui est probablement le dernier journal de référence de ce pays.</p>
<p>Un autre blogueur m&#8217;a envoyé <a href="http://emmapom.com/blog/2011/07/19/au-coeur-de-la-monnaie-bernard-lietaer-nous-invite-au-voyage/"><br />
un livre très intéressant sur les racines jungiennes de la monnaie</a>, quelque<br />
chose de nettement plus dans la lucarne du journal, mais voilà, c&#8217;est moi qui<br />
ne suis pas à la hauteur des exigences du sablier : voilà un mois que je<br />
lis attentivement le roboratif ouvrage et il y a fort à parier qu&#8217;il m&#8217;en<br />
faudra encore bien autant pour arriver à son terme, ce qui implique que<br />
l&#8217;horloge biologique de la critique littéraire va définitivement me péter à la<br />
gueule.</p>
<h4>En fait, j&#8217;ai un gros problème de synchronicité avec le monde moderne.</h4>
<p style="margin: 0; text-indent: 0;">
Comme l&#8217;écrit fort justement <a href="http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&amp;id_article=149">Mona<br />
Cholet dans son dernier opus</a> — encore un que j&#8217;ai reçu avant tout le monde,<br />
mais qui est suffisamment agréable à lire pour que je puisse espérer le finir<br />
avant sa fin précoce de vie médiatique —, l&#8217;humain a une temporalité interne<br />
qui est propre à chacun de nous, une succession de rythmes de vie, un peu comme<br />
une houle lascive qui berce tranquillement les navires sur l&#8217;océan :</p>
<blockquote>
<p>J&#8217;ai longuement disserté, ailleurs, sur la privation de toute respiration<br />
imaginaire et psychique qui caractérise notre époque dévorée d&#8217;angoisse — entre<br />
crise écologique, souffrance au travail et peur du chômage — et sur les ravages<br />
causés par cette asphyxie. L&#8217;équilibre de l&#8217;individu ne peut reposer que sur<br />
une alternance de temps de participation sociale et de temps de retrait<br />
nécessaire pour refaire ses forces.<br />
<small>In <em>Beauté fatale</em>, éd. Zones, 2012, p. 58-59.</small></p>
</blockquote>
<p style="margin: 0; text-indent: 0;">
Notre époque — et plus particulièrement notre système productiviste —<br />
s’accommode fort mal de notre <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2005/10/04/133-desperates-hours">temporalité humaine</a>, à l&#8217;amplitude<br />
et à la fréquence variables selon chacun. C&#8217;est pour cela que notre temps est<br />
découpé, marqué, décompté, valorisé ou non en fonction des seuls impératifs de<br />
la machine à produire. Ce n&#8217;est pas par hasard si le travail est compté en<br />
heures plutôt qu&#8217;en tonnes, en kilomètres, en calories ou en idées. Parce que<br />
ce temps calibré, accéléré, comptabilisé est un temps qui est confisqué de<br />
notre seul bien propre : <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2008/02/21/Tempus-fugit">notre<br />
temps à vivre</a>.</p>
<p>J&#8217;ai compris cette étrange relation au temps qu&#8217;a notre société frénétique avec<br />
un petit film d&#8217;anticipation qui n&#8217;a pas beaucoup fait parler de lui&#8230; en son<br />
temps. <a style="font-style: italic;" href="http://www.lemonde.fr/cinema/article/2011/11/22/time-out-une-allegorie-politique-paradoxale_1607195_3476.html"><br />
In time</a>(traduit de manière fort amusante et mal à propos par <em>Time<br />
out</em> en&#8230; français) décrit un monde vaguement futuriste où les humains,<br />
génétiquement modifiés, cessent de vieillir à 25 ans. Super bonne nouvelle a<br />
priori sauf qu&#8217;un nouveau système a transformé le temps à vivre en monnaie<br />
d&#8217;échange et si, dans notre monde, <q>plaie d&#8217;argent n&#8217;est pas mortelle</q>,<br />
dans celui-là, le manque de temps se traduit littéralement par la fin de<br />
l&#8217;existence.<br />
Petit conte cruel, ce film éminemment politique raconte avec une précision<br />
glaçante comment une petite élite arrive à accumuler du temps à l&#8217;échelle de<br />
l&#8217;éternité au détriment de tout le reste de la population condamnée à ne<br />
survivre qu&#8217;au jour le jour. J&#8217;ai particulièrement apprécié cette scène où le<br />
héros trahit sa basse extraction par l&#8217;extrême célérité de ses gestes, seul à<br />
courir dans un microscome où tout le monde à l&#8217;éternité devant lui. Il y a dans<br />
la frénésie imposée à ceux qui vivent l&#8217;œil rivé sur le décompte fatal quelque<br />
chose qui n&#8217;est pas sans m&#8217;évoquer <a href="http://www.lemondepolitique.fr/cours/philosophie_politique/socialisme/alienation.html"><br />
l&#8217;aliénation du prolétaire</a> qui ne peut compter que sur son travail pour<br />
survivre quelques jours de plus.</p>
<p>Avez-vous remarqué combien le temps s&#8217;écoule différemment selon que vous ayez<br />
une certaine stabilité financière ou que vous surnagez dans un océan de<br />
précarité ? Ce n&#8217;est pas ma montre qui me nargue, mais bien le calendrier<br />
qui égrène les échéances des factures, toujours régulières, alors qu&#8217;il faut<br />
toujours pomper comme un Shadok sous amphé pour juste me maintenir un peu<br />
au-dessus du zéro de l&#8217;infamie bancaire. Les perspectives sont cruellement<br />
différentes selon que vous ayez l&#8217;assurance du salaire qui remonte le niveau du<br />
compte à intervalles prévisibles ou que vous soyez dans l&#8217;attente désespérée de<br />
la réponse à une candidature. C&#8217;est un peu comme si deux univers parallèles<br />
coexistaient côte à côte sans jamais se voir et pratiquement ne jamais se<br />
rencontrer. Ceux qui ont un avenir, des projets et <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2007/01/16/Le-salarie-au-sifflet">ceux qui doivent répondre au<br />
sifflet</a> pour grappiller quelques jours de plus.</p>
<p>Plus intéressante encore est la confiscation intentionnelle du temps de ceux<br />
qui en disposent en quantité. Par le travail, certes, mais surtout par<br />
l&#8217;agitation, le <em>timing</em>, l&#8217;agenda, la surcharge permanente du flux du<br />
temps. Pas un temps qui n&#8217;échappe à la norme, même le loisir est chronométré.<br />
D&#8217;où l&#8217;absolue nécessité du contrôle occupationnel des chômeurs. Imaginez, un<br />
seul instant, qu&#8217;ils décident de mettre à profit tout ce temps libéré pour se<br />
mettre à penser par eux-mêmes !<br />
La tyrannie de l&#8217;horloge a poussé le vice jusqu&#8217;à nous être totalement<br />
naturelle : même déféquer dépend moins de notre cycle biologique que des<br />
disponibilités de notre emploi du temps. On se repose quand cela est possible<br />
et non quand on en a besoin, même l&#8217;amour a des créneaux horaires et un<br />
calendrier. On pense rentabiliser notre temps en courant <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2009/09/01/L-autodetermination-du-hamster-dans-sa-roue">comme des<br />
hamsters dans leur roue</a> et du coup, la réplique culte de ce monde<br />
chronométré est devenue : <q>vraiment désolé, j&#8217;aurais beaucoup aimé faire<br />
ceci ou cela avec toi, mais je n&#8217;ai vraiment pas le temps</q>.</p>
<p>Pourtant, nous avons a priori un <em>chouia</em> plus de temps que nos<br />
ancêtres, quelques années de vie arrachées de haute lutte à la fatigue des<br />
corps, aux attaques des bactéries, à l&#8217;injustice de la guerre, plus ou moins le<br />
même temps — sauf accident — que l&#8217;on soit riche ou pauvre, c&#8217;est juste que<br />
nous n&#8217;avons plus de temps pour vivre, seulement du temps pour survivre, entre<br />
deux intervalles de production et de consommation, les deux facettes de la même<br />
aliénation de nos existences au capitalisme totalitaire.</p>
<p>Du coup, les maîtres du temps ont inventé l&#8217;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Obsolescence_programm%C3%A9e">obsolescence<br />
programmée</a>, pas seulement celle des objets, mais aussi celle de la pensée.<br />
Et nous voilà dans la course à la modernité, <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2005/07/15/113-la-democratie-est-elle-soluble-dans-la-societe-de-linformation"><br />
la course à l&#8217;information</a>, où la pensée, l&#8217;événement, l&#8217;action humaine sont<br />
soumis à l&#8217;érosion accélérée du temps frénétique. D&#8217;où le tempo compulsif des<br />
flux ininterrompus : données, argent, information, ressources, tout est<br />
mouvement, la pause est pire que la stase, c&#8217;est la mort. Voilà comment une<br />
information en chasse une autre, puis une autre, inlassablement, pourquoi il ne<br />
faut s&#8217;arrêter sur rien, prendre le temps de penser à rien, de mettre en<br />
perspective. C&#8217;est une amnésie collective programmée qui n&#8217;a d&#8217;autre fonction<br />
que de nous faire réagir <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2011/12/20/Comme-des-poulets-sans-tete">comme des poulets sans tête</a>,<br />
sans histoire, sans passé, sans aucun substrat psychique pour s&#8217;extraire du<br />
flux et y semer les graines de la contestation. D&#8217;où le <em>timing</em> forcené<br />
des forces politiques qui ne visent plus rien d&#8217;autre que l&#8217;instantanéité de la<br />
réponse synaptique au stimulus immédiat : chaque jour, le personnel<br />
politique soumis à cette logique produit <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2004/12/04/10-marketing-politique">une petite histoire écœurante qui<br />
fait réagir</a> et interdit d&#8217;agir. Chaque jour, l&#8217;émotionnel brut, construit<br />
comme une fonction réflexe, prend le pas sur la réflexion, cette lente<br />
construction mentale qui nécessite, pour le moins, de faire un pas de côté et<br />
de prendre le temps de penser.<br />
Ainsi, nous trouvons normal de ne plus pouvoir parler ou raisonner qu&#8217;autour de<br />
ce qui fait <em>l&#8217;actualité</em>, cette petite bulle de temps éphémère<br />
subjectivement construite qui explose au fur et à mesure que l&#8217;on tente de la<br />
toucher du doigt.</p>
<p style=" margin-top:0; margin-bottom:0; margin-left:0; margin-right:0; -qt-block-indent:0; text-indent:0;">
Ainsi, nous considérons qu&#8217;il est tout à fait normal de toujours nous presser<br />
dans un éternel présent, sans mémoire ni perspective.</p>
<p></p>
<div class="zemanta-pixie"><img class="zemanta-pixie-img" alt="" src="http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=636c5ebe-4d9e-888f-8c11-bfa2592f6612" /></div>
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		</item>
		<item>
		<title>Après eux, la fin du monde</title>
		<link>http://www.centpapiers.com/apres-eux-la-fin-du-monde/92334</link>
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		<pubDate>Tue, 17 Jan 2012 15:34:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Monolecte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Ne ressentez-vous pas, vous aussi, avec quelle extrême complaisance morbide
notre société se vautre dans le catastrophisme le plus poisseux ?    Pas un jour sans une mauvaise nouvelle. Certes, c'est un peu le
pain quotidien du brouhaha médiatique,...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Ne ressentez-vous pas, vous aussi, avec quelle extrême complaisance morbide<br />
notre société se vautre dans le catastrophisme le plus poisseux ?</p>
<p><a title="Je suis blasée... de Le Monolecte, sur Flickr" href="http://www.flickr.com/photos/monolecte/6621572467/"><img style="float: right; margin: 0 0 5px 5px;" src="http://farm8.staticflickr.com/7014/6621572467_a9df76cda4.jpg" alt="Je suis blasée..." width="500" height="336" /></a>Pas un jour sans une mauvaise nouvelle. Certes, c&#8217;est un peu le<br />
pain quotidien du brouhaha médiatique, tant il vrai que le <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2006/06/11/196-happiness">bonheur n&#8217;a jamais fait vendre</a> ce papier<br />
qui salit les doigts sans jamais magnifier les esprits. Mais voilà qu&#8217;on en<br />
fait des caisses dans le pessimisme le plus noir, le plus profond, le plus<br />
désespéré possible et que l&#8217;on se repaît sans cesse des images les plus<br />
tragiques et des histoires les plus apocalyptiques avec une sorte de compulsion<br />
malsaine. Ce ne sont plus des informations, des faits, des données, mais une<br />
procession ininterrompue de pénitents qui s&#8217;autoflagellent jusqu&#8217;à ce que toute<br />
la noirceur de leurs pensées égoïstes suinte de cet écorché qu&#8217;ils ont à<br />
montrer au reste du monde.</p>
<h3>C&#8217;est la fin, vous dit-on, c&#8217;est la fin !</h3>
<p>La fin d&#8217;un monde de jouissances sans limites, la fin d&#8217;une société qui se<br />
célèbre comme stade ultime de l’humanité pensante et industrieuse. Regardez<br />
comme <a href="http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=12892">ils se<br />
repaissent en boucle de ce naufrage</a>, métaphore inespérée de toutes leurs<br />
autres résignations. À croire que dans un éclair de lucidité folle, le<br />
capitaine a voulu offrir à un modèle à la dérive l&#8217;image parfaite de la bête<br />
agonisante, couchée sur son flanc béant. Et pourtant, derrière cette appétence<br />
malsaine pour le pire-disant, on sent bien l&#8217;inéluctable constriction de la<br />
cosmologie contemporaine autour du nombril de ses thuriféraires. Quand le<br />
transatlantique élégant s&#8217;embrochait vivement sur l&#8217;iceberg terminal, le<br />
paquebot ventru des croisières organisées à la petite semaine se vautre<br />
lamentablement sur l&#8217;éperon timide d&#8217;une mer presque intérieure. Il y a un<br />
contentement non dissimulé dans la litanie des catastrophes incommensurables ou<br />
fantasmées qui égrènent le compte à rebours de l&#8217;effondrement final.</p>
<p>Passé la <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2011/12/20/Comme-des-poulets-sans-tete">sidération<br />
naturelle née de cette massive communication de crise</a>, j&#8217;en viens à<br />
m&#8217;interroger sur la source de cette compulsion fataliste irrépressible. Et je<br />
ressens soudain toute la satisfaction narcissique d&#8217;une génération qui, par<br />
<a href="http://blog.monolecte.fr/post/2005/04/23/83-la-loi-du-nombre">la loi du nombre</a>, a estimé<br />
être la seule à peser réellement sur le destin de l&#8217;espèce, une génération qui<br />
se gausse des révoltes actuelles tant elle se pense détentrice à jamais de<br />
l&#8217;élan contestataire fossilisé dans l&#8217;imaginaire soixantuitard qui accoucha<br />
pourtant de la civilisation la plus brutale, égoïste et ravageuse de par son<br />
inconscience, son refus de se projeter au-delà de son propre espace-temps, de<br />
sa propre durée, de ses seuls désirs et besoins. Le <q>jouir sans entraves</q><br />
est devenu le <q>consommer sans conscience</q>, le <q>posséder sans<br />
partage</q>, l’individualisme le plus mortifère élevé au rang de modèle du<br />
progrès social et humain à jamais indépassable. Et maintenant qu&#8217;ils touchent<br />
du doigt leur propre achèvement, les voilà ulcérés par la nouvelle leur<br />
mortalité, eux qui ont toujours vécu comme si après eux, ce serait la fin du<br />
monde.</p>
<p>En fait de crise, de catastrophe, de sueur, de sang et de larmes chaque jour<br />
offerts à nous comme seul héritage de cette cohorte qui s&#8217;est autoproclamée<br />
glorieuse, il ne s&#8217;agit que d&#8217;un nécessaire retour de balancier, un<br />
réajustement qui ne serait pas si douloureux si les égotismes autocélébrés<br />
comme seule condition humaine possible voulaient bien nous lâcher la grappe&#8230;<br />
et la rampe par la même occasion. Ils ne veulent même pas que nous nous<br />
lamentions sur leurs mausolées indécents, ils exigent de nous que nous nous<br />
immolions dans leur tombe qu&#8217;ils refusent d&#8217;avoir aussi froide et sombre que<br />
celle de tous les autres. Ils ont, en leurs derniers instants, des compulsions<br />
pharaoniques pour un grand suicide narcissique.</p>
<p>Que le monde leur semble cruel au moment où il devient évident qu&#8217;il ne<br />
supportera guère plus longtemps de porter le fardeau de leur<br />
inconséquence ! Qu&#8217;il leur semble injuste de devoir procéder à quelques<br />
menus arbitrages dans la palette des plaisirs terrestres qu&#8217;ils se sont<br />
octroyés, alors que leur descendance est priée de régler dans la peine et<br />
l&#8217;abnégation, la note de frais qu&#8217;ils laissent derrière eux.</p>
<p>D&#8217;où cette fascination obscène pour les signes qui annoncent infailliblement<br />
que cette Terre qu&#8217;ils vont bientôt devoir quitter ne tournera plus rond sans<br />
eux. D&#8217;où ces images de mort, de fin, <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2005/07/14/112-terrorisme-et-relativisme-historique">d&#8217;effondrement</a>,<br />
de naufrage, qui tournent en boucle dans les regards à facettes d&#8217;un monde<br />
d&#8217;écrans, <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2007/04/22/Peur">un monde de peur</a>, un monde de<br />
<a href="http://blog.monolecte.fr/post/2006/07/13/Egoistes">petits vieux égoïstes</a> et brutaux.</p>
<div class="zemanta-pixie"><img class="zemanta-pixie-img" src="http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=2ed76a5e-547e-82bd-ace7-679d3559c2b5" alt="" /></div>
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		</item>
		<item>
		<title>Après eux, la fin du monde</title>
		<link>http://www.centpapiers.com/apres-eux-la-fin-du-monde-2/95709</link>
		<comments>http://www.centpapiers.com/apres-eux-la-fin-du-monde-2/95709#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 17 Jan 2012 15:34:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Monolecte</dc:creator>
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		<category><![CDATA[vieux]]></category>
		<category><![CDATA[violence]]></category>

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		<description><![CDATA[Ne ressentez-vous pas, vous aussi, avec quelle extrême complaisance morbide
notre société se vautre dans le catastrophisme le plus poisseux ?    Pas un jour sans une mauvaise nouvelle. Certes, c'est un peu le
pain quotidien du brouhaha médiatique,...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Ne ressentez-vous pas, vous aussi, avec quelle extrême complaisance morbide<br />
notre société se vautre dans le catastrophisme le plus poisseux ?</p>
<p>    <a href="http://www.flickr.com/photos/monolecte/6621572467/" title="Je suis blasée... de Le Monolecte, sur Flickr"><img src="http://farm8.staticflickr.com/7014/6621572467_a9df76cda4.jpg" alt="Je suis blasée..." style="float:right;margin:0 0 5px 5px;" height="336" width="500" /></a>Pas un jour sans une mauvaise nouvelle. Certes, c&#8217;est un peu le<br />
pain quotidien du brouhaha médiatique, tant il vrai que le <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2006/06/11/196-happiness">bonheur n&#8217;a jamais fait vendre</a> ce papier<br />
qui salit les doigts sans jamais magnifier les esprits. Mais voilà qu&#8217;on en<br />
fait des caisses dans le pessimisme le plus noir, le plus profond, le plus<br />
désespéré possible et que l&#8217;on se repaît sans cesse des images les plus<br />
tragiques et des histoires les plus apocalyptiques avec une sorte de compulsion<br />
malsaine. Ce ne sont plus des informations, des faits, des données, mais une<br />
procession ininterrompue de pénitents qui s&#8217;autoflagellent jusqu&#8217;à ce que toute<br />
la noirceur de leurs pensées égoïstes suinte de cet écorché qu&#8217;ils ont à<br />
montrer au reste du monde.</p>
<h3>C&#8217;est la fin, vous dit-on, c&#8217;est la fin !</h3>
<p>La fin d&#8217;un monde de jouissances sans limites, la fin d&#8217;une société qui se<br />
célèbre comme stade ultime de l’humanité pensante et industrieuse. Regardez<br />
comme <a href="http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=12892">ils se<br />
repaissent en boucle de ce naufrage</a>, métaphore inespérée de toutes leurs<br />
autres résignations. À croire que dans un éclair de lucidité folle, le<br />
capitaine a voulu offrir à un modèle à la dérive l&#8217;image parfaite de la bête<br />
agonisante, couchée sur son flanc béant. Et pourtant, derrière cette appétence<br />
malsaine pour le pire-disant, on sent bien l&#8217;inéluctable constriction de la<br />
cosmologie contemporaine autour du nombril de ses thuriféraires. Quand le<br />
transatlantique élégant s&#8217;embrochait vivement sur l&#8217;iceberg terminal, le<br />
paquebot ventru des croisières organisées à la petite semaine se vautre<br />
lamentablement sur l&#8217;éperon timide d&#8217;une mer presque intérieure. Il y a un<br />
contentement non dissimulé dans la litanie des catastrophes incommensurables ou<br />
fantasmées qui égrènent le compte à rebours de l&#8217;effondrement final.</p>
<p>Passé la <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2011/12/20/Comme-des-poulets-sans-tete">sidération<br />
naturelle née de cette massive communication de crise</a>, j&#8217;en viens à<br />
m&#8217;interroger sur la source de cette compulsion fataliste irrépressible. Et je<br />
ressens soudain toute la satisfaction narcissique d&#8217;une génération qui, par<br />
<a href="http://blog.monolecte.fr/post/2005/04/23/83-la-loi-du-nombre">la loi du nombre</a>, a estimé<br />
être la seule à peser réellement sur le destin de l&#8217;espèce, une génération qui<br />
se gausse des révoltes actuelles tant elle se pense détentrice à jamais de<br />
l&#8217;élan contestataire fossilisé dans l&#8217;imaginaire soixantuitard qui accoucha<br />
pourtant de la civilisation la plus brutale, égoïste et ravageuse de par son<br />
inconscience, son refus de se projeter au-delà de son propre espace-temps, de<br />
sa propre durée, de ses seuls désirs et besoins. Le <q>jouir sans entraves</q><br />
est devenu le <q>consommer sans conscience</q>, le <q>posséder sans<br />
partage</q>, l’individualisme le plus mortifère élevé au rang de modèle du<br />
progrès social et humain à jamais indépassable. Et maintenant qu&#8217;ils touchent<br />
du doigt leur propre achèvement, les voilà ulcérés par la nouvelle leur<br />
mortalité, eux qui ont toujours vécu comme si après eux, ce serait la fin du<br />
monde.</p>
<p>En fait de crise, de catastrophe, de sueur, de sang et de larmes chaque jour<br />
offerts à nous comme seul héritage de cette cohorte qui s&#8217;est autoproclamée<br />
glorieuse, il ne s&#8217;agit que d&#8217;un nécessaire retour de balancier, un<br />
réajustement qui ne serait pas si douloureux si les égotismes autocélébrés<br />
comme seule condition humaine possible voulaient bien nous lâcher la grappe&#8230;<br />
et la rampe par la même occasion. Ils ne veulent même pas que nous nous<br />
lamentions sur leurs mausolées indécents, ils exigent de nous que nous nous<br />
immolions dans leur tombe qu&#8217;ils refusent d&#8217;avoir aussi froide et sombre que<br />
celle de tous les autres. Ils ont, en leurs derniers instants, des compulsions<br />
pharaoniques pour un grand suicide narcissique.</p>
<p>Que le monde leur semble cruel au moment où il devient évident qu&#8217;il ne<br />
supportera guère plus longtemps de porter le fardeau de leur<br />
inconséquence ! Qu&#8217;il leur semble injuste de devoir procéder à quelques<br />
menus arbitrages dans la palette des plaisirs terrestres qu&#8217;ils se sont<br />
octroyés, alors que leur descendance est priée de régler dans la peine et<br />
l&#8217;abnégation, la note de frais qu&#8217;ils laissent derrière eux.</p>
<p>D&#8217;où cette fascination obscène pour les signes qui annoncent infailliblement<br />
que cette Terre qu&#8217;ils vont bientôt devoir quitter ne tournera plus rond sans<br />
eux. D&#8217;où ces images de mort, de fin, <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2005/07/14/112-terrorisme-et-relativisme-historique">d&#8217;effondrement</a>,<br />
de naufrage, qui tournent en boucle dans les regards à facettes d&#8217;un monde<br />
d&#8217;écrans, <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2007/04/22/Peur">un monde de peur</a>, un monde de<br />
<a href="http://blog.monolecte.fr/post/2006/07/13/Egoistes">petits vieux égoïstes</a> et brutaux.</p>
<div class="zemanta-pixie"><img class="zemanta-pixie-img" alt="" src="http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=2ed76a5e-547e-82bd-ace7-679d3559c2b5" /></div>
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		</item>
		<item>
		<title>Amour à mort</title>
		<link>http://www.centpapiers.com/amour-a-mort/91778</link>
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		<pubDate>Tue, 10 Jan 2012 15:32:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Monolecte</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Brouhaha]]></category>
		<category><![CDATA[humanité]]></category>
		<category><![CDATA[moment]]></category>
		<category><![CDATA[mort]]></category>
		<category><![CDATA[vieux]]></category>

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		<description><![CDATA[Je ne suis pas encore assez cynique pour te souhaiter la bonne année.    Ou
alors je te la souhaiterais courte, bien courte, avec effet rétroactif.
Non pas que je ne t'aime pas. Bien au contraire. C'est bien parce que je
t'aime.


Cela fait cinq ans ...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je ne suis pas encore assez cynique pour te souhaiter la bonne année.</p>
<p><a title="Couchant de Le Monolecte, sur Flickr" href="http://www.flickr.com/photos/monolecte/6601134055/"><img style="float: right; margin: 0 0 5px 5px;" src="http://farm8.staticflickr.com/7008/6601134055_803744290a.jpg" alt="Couchant" width="500" height="336" /></a>Ou<br />
alors je te la souhaiterais courte, bien courte, avec effet rétroactif.<br />
Non pas que je ne t&#8217;aime pas. Bien au contraire. C&#8217;est bien parce que je<br />
t&#8217;aime.</p>
<blockquote><p><q>Cela fait cinq ans et deux mois.</q></p></blockquote>
<p>Il a annoncé ça entre la poire et le fromage et je l&#8217;ai pris en pleine face,<br />
comme une sentence.<br />
Putain, cinq ans !<br />
Je n&#8217;arrive juste pas à imaginer ce que cela représente pour toi&#8230; vraiment.<br />
Je n&#8217;y arrive juste pas, comme je n&#8217;arrive toujours pas à me représenter la<br />
mort, ce grand néant, ce grand rien. Non, même pas du rien. Quelque chose de<br />
profondément inhumain et de définitivement hors de notre portée intellectuelle.<br />
Enfant, au cœur de la nuit, quand il n&#8217;y avait plus ni bruit ni lumière, je<br />
tentais de ne plus exister pour imaginer le moment où je ne serais plus. Et je<br />
me noyais immédiatement dans un flot de terreur pure dont j&#8217;émergeais aussitôt<br />
d&#8217;un sursaut nauséeux.<br />
Un peu comme pour toi.<br />
Sauf que je ne peux pas m&#8217;empêcher de me dire que ce qui t&#8217;arrive est encore<br />
pire. Pire et monstrueux dans sa simplicité indicible.</p>
<p>Je ne vais presque plus te voir.<br />
Non pas que l&#8217;odeur douceâtre et pénétrante de ta chair qui se putréfie<br />
lentement me dérange plus que cela. Ou ton visage émacié qui ne te ressemble<br />
plus depuis longtemps, si longtemps. Ou ton regard fou qui traverse<br />
l&#8217;insubstance du temps et des êtres et dont je n&#8217;ose pas imaginer ce qu&#8217;il peut<br />
bien voir, depuis tout ce temps, comme si tes yeux étaient la porte d&#8217;entrée<br />
vers ce non-monde qui nous terrifie encore tous tellement. Ou même tes<br />
gémissements lugubres qui glissent sur la moquette feutrée, hors de ta<br />
chambre-nécropole et nous rattrape dans l&#8217;escalier quant on se croit enfin<br />
partis. Ni tes hurlements de douleur animale quand l&#8217;infirmière doit te vider<br />
le rectum pour que tu ne meures pas empoisonnée par tes pauvres fèces à moitié<br />
pétrifiées. Ni ta bouche sèche et béante qui s&#8217;acharne à pomper encore quelques<br />
décilitres d&#8217;air comme un poisson affolé. Ni ton souffle noyé par tes propres<br />
crachats. Ni ta prison de chair qui fond, qui se rétrécit, mais ne te lâche<br />
pas. Ni même ce masque mortuaire qui te sert de visage et qui se déforme en un<br />
obscène masque de douleur surhumaine quand, par hasard, ton esprit reste<br />
quelques secondes suspendu avec nous et que tout ton être se fige dans<br />
l&#8217;immonde révélation de l&#8217;horreur de ta situation.<br />
Non, rien de toute ton agonie qui n&#8217;en finit plus n&#8217;est insurmontable pour<br />
moi.<br />
Ce que je ne supporte plus, c&#8217;est nous.</p>
<p>Nos mots creux. Nos sourires factices. Notre comédie polie et civilisée. Son<br />
amour insensé qui te maintient en vie, alors que tout cela, pour moi, n&#8217;est ni<br />
de la vie, ni de l&#8217;amour.<br />
Parce que si c&#8217;est ça, l&#8217;amour, je veux bien m&#8217;en passer jusqu&#8217;à la fin de mes<br />
jours. Surtout à la fin de mes jours. Je veux que personne n&#8217;ait besoin de moi<br />
au point de me refuser une sortie digne du théâtre de l&#8217;existence. Je veux que<br />
nul ne puisse s&#8217;arroger le droit de me faire durer au-delà du terme décent de<br />
ma vie, juste pour s&#8217;offrir une sorte de rédemption morbide. Je ne veux juste<br />
pas qu&#8217;un amour m&#8217;enferme jusqu&#8217;à la totale négation de mon être, jusqu&#8217;à ce<br />
que je ne sois plus que l&#8217;incarnation débile et racornie de regrets qui n&#8217;ont<br />
plus lieu d&#8217;être. Si je devais un jour me retrouver réduite à ce simulacre<br />
d&#8217;existence, je voudrais juste que quelqu&#8217;un ait assez de force et d&#8217;amour pour<br />
moi, justement, pour me coller un oreiller sur la gueule, le temps qu&#8217;il faut,<br />
capable de comprendre que l&#8217;amour n&#8217;est pas ce qui garde, ce qui maintient, ce<br />
qui enferme, ce qui prolonge à tout prix, mais bien ce qui élève et ce qui<br />
libère l&#8217;autre, même au dépens de soi.</p>
<div class="zemanta-pixie"><img class="zemanta-pixie-img" src="http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=653e616a-5a2b-8c3b-94eb-ae13ba72c882" alt="" /></div>
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		</item>
		<item>
		<title>Amour à mort</title>
		<link>http://www.centpapiers.com/amour-a-mort-2/92352</link>
		<comments>http://www.centpapiers.com/amour-a-mort-2/92352#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 10 Jan 2012 15:32:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Monolecte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Je ne suis pas encore assez cynique pour te souhaiter la bonne année.    Ou
alors je te la souhaiterais courte, bien courte, avec effet rétroactif.
Non pas que je ne t'aime pas. Bien au contraire. C'est bien parce que je
t'aime.


Cela fait cinq ans ...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je ne suis pas encore assez cynique pour te souhaiter la bonne année.</p>
<p>    <a href="http://www.flickr.com/photos/monolecte/6601134055/" title="Couchant de Le Monolecte, sur Flickr"><img src="http://farm8.staticflickr.com/7008/6601134055_803744290a.jpg" alt="Couchant" style="float: right; margin: 0 0 5px 5px;" height="336" width="500" /></a>Ou<br />
alors je te la souhaiterais courte, bien courte, avec effet rétroactif.<br />
Non pas que je ne t&#8217;aime pas. Bien au contraire. C&#8217;est bien parce que je<br />
t&#8217;aime.</p>
<blockquote>
<p><q>Cela fait cinq ans et deux mois.</q></p>
</blockquote>
<p>Il a annoncé ça entre la poire et le fromage et je l&#8217;ai pris en pleine face,<br />
comme une sentence.<br />
Putain, cinq ans !<br />
Je n&#8217;arrive juste pas à imaginer ce que cela représente pour toi&#8230; vraiment.<br />
Je n&#8217;y arrive juste pas, comme je n&#8217;arrive toujours pas à me représenter la<br />
mort, ce grand néant, ce grand rien. Non, même pas du rien. Quelque chose de<br />
profondément inhumain et de définitivement hors de notre portée intellectuelle.<br />
Enfant, au cœur de la nuit, quand il n&#8217;y avait plus ni bruit ni lumière, je<br />
tentais de ne plus exister pour imaginer le moment où je ne serais plus. Et je<br />
me noyais immédiatement dans un flot de terreur pure dont j&#8217;émergeais aussitôt<br />
d&#8217;un sursaut nauséeux.<br />
Un peu comme pour toi.<br />
Sauf que je ne peux pas m&#8217;empêcher de me dire que ce qui t&#8217;arrive est encore<br />
pire. Pire et monstrueux dans sa simplicité indicible.</p>
<p>Je ne vais presque plus te voir.<br />
Non pas que l&#8217;odeur douceâtre et pénétrante de ta chair qui se putréfie<br />
lentement me dérange plus que cela. Ou ton visage émacié qui ne te ressemble<br />
plus depuis longtemps, si longtemps. Ou ton regard fou qui traverse<br />
l&#8217;insubstance du temps et des êtres et dont je n&#8217;ose pas imaginer ce qu&#8217;il peut<br />
bien voir, depuis tout ce temps, comme si tes yeux étaient la porte d&#8217;entrée<br />
vers ce non-monde qui nous terrifie encore tous tellement. Ou même tes<br />
gémissements lugubres qui glissent sur la moquette feutrée, hors de ta<br />
chambre-nécropole et nous rattrape dans l&#8217;escalier quand on se croit enfin<br />
partis. Ni tes hurlements de douleur animale quand l&#8217;infirmière doit te vider<br />
le rectum pour que tu ne meures pas empoisonnée par tes pauvres fèces à moitié<br />
pétrifiées. Ni ta bouche sèche et béante qui s&#8217;acharne à pomper encore quelques<br />
décilitres d&#8217;air comme un poisson affolé. Ni ton souffle noyé par tes propres<br />
crachats. Ni ta prison de chair qui fond, qui se rétrécit, mais ne te lâche<br />
pas. Ni même ce masque mortuaire qui te sert de visage et qui se déforme en un<br />
obscène masque de douleur surhumaine quand, par hasard, ton esprit reste<br />
quelques secondes suspendu avec nous et que tout ton être se fige dans<br />
l&#8217;immonde révélation de l&#8217;horreur de ta situation.<br />
Non, rien de toute ton agonie qui n&#8217;en finit plus n&#8217;est insurmontable pour<br />
moi.<br />
Ce que je ne supporte plus, c&#8217;est nous.</p>
<p>Nos mots creux. Nos sourires factices. Notre comédie polie et civilisée. Son<br />
amour insensé qui te maintient en vie, alors que tout cela, pour moi, n&#8217;est ni<br />
de la vie, ni de l&#8217;amour.<br />
Parce que si c&#8217;est ça, l&#8217;amour, je veux bien m&#8217;en passer jusqu&#8217;à la fin de mes<br />
jours. Surtout à la fin de mes jours. Je veux que personne n&#8217;ait besoin de moi<br />
au point de me refuser une sortie digne du théâtre de l&#8217;existence. Je veux que<br />
nul ne puisse s&#8217;arroger le droit de me faire durer au-delà du terme décent de<br />
ma vie, juste pour s&#8217;offrir une sorte de rédemption morbide. Je ne veux juste<br />
pas qu&#8217;un amour m&#8217;enferme jusqu&#8217;à la totale négation de mon être, jusqu&#8217;à ce<br />
que je ne sois plus que l&#8217;incarnation débile et racornie de regrets qui n&#8217;ont<br />
plus lieu d&#8217;être. Si je devais un jour me retrouver réduite à ce simulacre<br />
d&#8217;existence, je voudrais juste que quelqu&#8217;un ait assez de force et d&#8217;amour pour<br />
moi, justement, pour me coller un oreiller sur la gueule, le temps qu&#8217;il faut,<br />
capable de comprendre que l&#8217;amour n&#8217;est pas ce qui garde, ce qui maintient, ce<br />
qui enferme, ce qui prolonge à tout prix, mais bien ce qui élève et ce qui<br />
libère l&#8217;autre, même au dépens de soi.</p>
<div class="zemanta-pixie"><img class="zemanta-pixie-img" alt="" src="http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=653e616a-5a2b-8c3b-94eb-ae13ba72c882" /></div>
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		<title>La géothermie fait un pas en avant grâce à l&#8217;EGS</title>
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		<pubDate>Sat, 31 Dec 2011 05:00:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>gauthier</dc:creator>
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		<description><![CDATA[«Energy production and energy consumption cause more environmental damage than any other peacetime activity on earth. » Christine Ervin, U.S DOE. Problème des énergies fossiles : Aujourd’hui, l’utilisation par l’humanité de quantités considérables de combustibles fossiles est à l’origine d’un déséquilibre important du cycle du carbone, ce qui provoque une augmentation de la concentration de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a class="highslide" onclick="return vz.expand(this)" href="http://www.centpapiers.com/la-geothermie-fait-un-pas-en-avant-grace-a-legs/90877/image-ecologie" rel="attachment wp-att-90878"><img class="aligncenter size-medium wp-image-90878" title="image ecologie" src="http://www.centpapiers.com/wp-content/uploads/2011/12/image-ecologie-510x380.jpg" alt="" width="510" height="380" /></a><br />
«Energy production and energy consumption cause more environmental damage than any other peacetime activity on earth. » Christine Ervin, U.S DOE.<br />
<strong><br />
Problème des énergies fossiles :</strong></p>
<p>Aujourd’hui, l’utilisation par l’humanité de quantités considérables de combustibles fossiles est à l’origine d’un déséquilibre important du cycle du carbone, ce qui provoque une augmentation de la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère terrestre et, par voie de conséquence, entraîne des changements climatiques. L’ONU rappelait en 2007 dans son rapport GEO-4 que la « combustion des carburants fossiles dans les centrales électriques et dans les véhicules est la principale source d’émissions de CO2, de SO2 et de NOx », précisant que « les liens entre l’exposition aux polluants atmosphériques et les problèmes sanitaires humains ne font aucun doute. Dans les premières années de notre décennie, on estime que la pollution de l’air a été à l’origine de 70 000 morts prématurées par an aux États-Unis et de 5 900 au Canada. On sait qu’elle favorise l’asthme, dont l’augmentation du nombre de cas est importante, en particulier chez les enfants. Le mercure émis lors de la combustion du charbon dans les centrales électriques entre dans la chaîne alimentaire, affectant les peuples indigènes du Nord plus que tout autre Nord Américain (…). Ses effets sur la santé peuvent être très graves » <a href="#liens">(1)</a>.</p>
<p>La géopolitique du pétrole décrit l’impact des besoins en pétrole, matière première devenue essentielle à la vie économique mondiale, sur le comportement des pays les plus puissants. Les gisements de pétrole étant limités et leur emplacement géographique ne coïncidant généralement pas avec celui des pays consommateurs, l’exploitation des ressources pétrolifères est source de tension. Les pays consommateurs, généralement de grandes puissances militaires, sont alors tentés d’employer des moyens violents pour avoir accès à ces ressources. Le pétrole, matière hautement stratégique, est fréquemment associé aux affrontements internationaux depuis le début du XXe siècle <a href="#liens">(2)</a>.</p>
<p>La combustion de combustibles fossiles génère des acides sulfuriques, carboniques et nitriques, qui retombent sur Terre sous formes de pluies acides. Les combustibles fossiles contiennent aussi des matières radioactives, principalement de l’uranium et du thorium, qui sont libérées dans l’atmosphère. En 2000, environ 12 000 tonnes de thorium et 5 000 tonnes d’uranium ont été relâchés dans le monde entier due à la combustion du charbon <a href="#liens">(3)</a>.<br />
<strong><br />
Les centrales électriques géothermiques :</strong><br />
L’usage de la géothermie remonte aux grandes civilisations de l’antiquité pour la construction de thermes. Mais son intérêt sur ses autres capacités fut suscité qu’au début du 20ème siècle par le Prince italien Piero Ginori Conti, utilisant le flux géothermique pour une génération électrique. Bien que ces qualités furent connues et utilisées à basse échelle pendant plus de 80 ans, ce n’est que depuis trois décennies que la curiosité se développe sur cette ressource <a href="#liens">(4)</a>. La dernière technologie implantée dans les centrales géothermiques pour convertir l&#8217;énergie thermique en énergie électrique est le &laquo;&nbsp;binary cycle&nbsp;&raquo;. Le principe permet de transférer la chaleur des fluides provenant du réservoir à ceux se dirigeant vers l’installation électrique sans qu’ils ne se mélangent <a href="#liens">(5)</a>. Cela a deux atouts : ne laisser échapper aucun gaz à effet de serre présent dans le réservoir <a href="#liens">(6)</a>, et se servir de fluides ayant un point d&#8217;ébullition bas, permettant ainsi d&#8217;élargir la quantité de sites exploitables <a href="#liens">(7)</a>. La centrale de Chena Hot Springs en est l’un des meilleurs exemples fonctionnant avec un gaz élevé à seulement 57°C <a href="#liens">(8 )</a>. De surplus, la production électrique par géothermie ne nécessite pas un transport de la matière première contrairement aux énergies fossiles ou au biocarburant <a href="#liens">(9)</a>. De nos jours le MIT recommande aux USA de participer activement aux projets de développement de l&#8217;énergie géothermique des pays étrangers <a href="#liens">(10)</a>.</p>
<p><strong>Un pas en avant grâce à L&#8217;EGS :</strong><br />
L’Enhanced Geothermal System (EGS) est un procédé récemment mis au point pour améliorer l&#8217;exploitation des ressources thermiques de la planète, Les premiers essais furent réalisés à Fenton Hill dans les années 70 <a href="#liens">(11)</a>. Contrairement à la géothermie classique, l&#8217;EGS ne nécessite pas de réservoir préalable, celui-ci est directement formé en cisaillant la roche par voie hydraulique ou chimique. Cette technique a donc le précieux avantage de permettre une exploitation presque planétaire de cette énergie si le site dispose d&#8217;un sous-sol avec une température suffisamment élevée et aux fracturations naturelles propice pour le développement d&#8217;une telle centrale <a href="#liens">(12)</a>. Le MIT évalue les ressources thermiques aux USA à plus de 13 000 zettajoules(* ) avec une proportion raisonnable extractible excédant les 200 zettajoules : soit l’équivalent de 2 000 fois la consommation annuel d’énergie primaire des américains en 2005. Grâce aux améliorations technologiques, la quantité exploitable pourrait être multipliée par 10 <a href="#liens">(13)</a>. Ces experts pensent qu&#8217;il serait envisageable sur le long terme d&#8217;utiliser le CO2 comme fluide caloporteur, afin d’accroitre les performances du réservoir grâce à ses vertus en conditions supercritique, permettant de même une séquestration de grands volumes de ce gaz à effet de serre <a href="#liens">(14)</a>. Le MIT estime qu&#8217;en utilisant cette technique, un réservoir géothermique pourrait être considéré comme ressource entièrement renouvelable si moins de 10% par an de son énergie évalué en est extraite <a href="#liens">(15)</a><a name="liens"></a>.</p>
<p>(* ) ZettaJoules : mille milliards de milliards de joules.<br />
(1) <a title="impactes sanitaires" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89nergie_fossile#Impacts_sanitaires" target="_blank">impactes sanitaires</a><br />
(2) <a title="géopolitique du pétrole" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9opolitique_du_p%C3%A9trole" target="_blank">géopolitique du pétrole</a><br />
(3) <a title="effets environnementaux" href="http://en.wikipedia.org/wiki/Fossil_fuel#Environmental_effects" target="_blank">effets environnementaux</a><br />
(4) <a title="histoire de la géothermie" href="http://www.geothermal-energy.org/files-11.html" target="_blank">histoire de la géothermie : page 3, paragraphe : « Present use and potential of geothermal »</a><br />
(5) <a title="Technique binary cycle" href="http://en.wikipedia.org/wiki/Geothermal_power#Binary_cycle_power_plants" target="_blank">Technique binary cycle</a><br />
(6) <a title="technique sans gaz à effet de serre" href="http://www1.eere.energy.gov/geothermal/pdfs/evaluation_egs_tech_2008.pdf" target="_blank">technique sans gaz à effet de serre : page 7 : « If the plant uses a<br />
closed-loop binary cycle… »</a><br />
(7) <a href="http://www.geothermal-energy.org/326,other_documents.html" target="_blank">« Geothermal brochure – updated in April 2010? p3 : « In a binary cycle plant of Organic Rankine Cycle (ORC)<br />
type the geothermal fluid (water, steam or both) »</a><br />
(8 ) <a href="http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0375650508000576" target="_blank">« the system could provide sufficient hot fluids (~57 °C) to run a 400-kWe binary power plant »</a><br />
(9) <a href="http://geothermal.inel.gov/publications/future_of_geothermal_energy.pdf" target="_blank">p40 : « Unlike fossil and biomass fuels, geothermal energy is not processed and transported over great distances »</a><br />
(10) <a title="recommandations" href="http://geothermal.inel.gov/publications/future_of_geothermal_energy.pdf" target="_blank">Recommandation du MIT : page 21, paragrahe 5-</a><br />
(11) <a href="http://geothermal.inel.gov/publications/future_of_geothermal_energy.pdf" target="_blank">p 18, paragraphe 4 : « EGS technology has advanced since its infancy in the 1970s at Fenton Hill »</a><br />
(12) <a href="http://geothermal.inel.gov/publications/future_of_geothermal_energy.pdf" target="_blank">page 115 : « The most important conclusion… »</a><br />
(13) <a href="http://geothermal.inel.gov/publications/future_of_geothermal_energy.pdf" target="_blank">p 18, paragraphe 2 : « we have estimated the total EGS<br />
resource base to be more than 13 million exajoules… »</a><br />
(14) <a href="http://geothermal.inel.gov/publications/future_of_geothermal_energy.pdf" target="_blank">p19 : « For the longer term, using CO2… »</a><br />
(15) <a href="http://geothermal.inel.gov/publications/future_of_geothermal_energy.pdf" target="_blank">page 97 : « However, as long as the fraction of stored heat that is being mined in any year is a small fraction (&lt;10%)… »<br />
</a></p>
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		<title>L&#8217;Autre Monde 21 novembre 2011: Fukushima, Goldman Sachs s&#8217;empare de l&#8217;Europe et la guerre se prépare contre la Syrie et l&#8217;Iran</title>
		<link>http://www.centpapiers.com/lautre-monde-21-novembre-2011-fukushima-goldman-sachs-sempare-de-leurope-et-la-guerre-se-prepare-contre-la-syrie-et-liran/87871</link>
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		<pubDate>Sun, 27 Nov 2011 05:00:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>François Marginean</dc:creator>
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		<description><![CDATA[L’Autre Monde 14 novembre 2011: Fukushima &#38; l’élite financière fracasse et prend contrôle de l’Europe Pour écouter, ou pour télécharger, simplement cliquer sur le lien ici: L’Autre Monde 21 novembre 2011 120 min / Radio de l’UQAM, CHOQ FM &#160; &#160; &#160; Au programme cette semaine: - Actualité mondiale &#8211; suivi de la situation avec [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://bp1.blogger.com/_IgsjM-W_tDQ/R7Xpqu_A3nI/AAAAAAAAA78/_FJXXAIZYew/s1600-h/Logo_Choq_Fondblanc_300px.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5167293067853618802" src="http://bp1.blogger.com/_IgsjM-W_tDQ/R7Xpqu_A3nI/AAAAAAAAA78/_FJXXAIZYew/s320/Logo_Choq_Fondblanc_300px.jpg" alt="" width="366" height="83" border="0" /></a></p>
<p><a href="http://bp2.blogger.com/_IgsjM-W_tDQ/R7Xpq-_A3oI/AAAAAAAAA8E/-Ox67eAKykA/s1600-h/autremonde+JEUDI.jpg"><br />
</a></p>
<div><a href="http://1.bp.blogspot.com/_IgsjM-W_tDQ/TVKM1kxmlrI/AAAAAAAACNI/A9xxVRBrv7g/s1600/autremondeHiver2011.jpg"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5571670541043406514" src="http://1.bp.blogspot.com/_IgsjM-W_tDQ/TVKM1kxmlrI/AAAAAAAACNI/A9xxVRBrv7g/s400/autremondeHiver2011.jpg" alt="" width="499" height="130" border="0" /></a></div>
<p><strong>L’Autre Monde 14 novembre 2011: Fukushima &amp; l’élite financière fracasse et prend contrôle de l’Europe</strong></p>
<p><em>Pour écouter, ou pour télécharger, simplement cliquer sur le lien ici:</em></p>
<p><a href="http://archives.choq.fm/2011-10-17/128_129.mp3"><br />
</a><strong></strong></p>
<p><a href="http://archives.choq.fm/2011-11-21/128_129.mp3"><span style="font-size: large;"><strong>L’Autre Monde 21 novembre 2011</strong></span></a><br />
<span style="font-size: large;"> 120 min / Radio de l’UQAM, <a href="http://www.choq.fm/lautremonde.html">CHOQ FM</a></span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><object width="500" height="369" classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowscriptaccess" value="always" /><param name="src" value="http://www.youtube.com/v/AvaHCooEJDU?version=3&amp;hl=en_US&amp;rel=0" /><param name="allowfullscreen" value="true" /><embed width="500" height="369" type="application/x-shockwave-flash" src="http://www.youtube.com/v/AvaHCooEJDU?version=3&amp;hl=en_US&amp;rel=0" allowFullScreen="true" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true" /></object></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="text-decoration: underline; color: #000000;"><strong>Au programme cette semaine:</strong></span></p>
<p><span style="color: #000080;"><strong>- Actualité mondiale &#8211; suivi de la situation avec l&#8217;Iran, Israël, la Syrie et le développement vers un conflit majeur</strong></span></p>
<p><span style="color: #000080;"><strong>- Économie &#8211; Goldman Sachs prend contrôle de l&#8217;Europe avec le reste des banquiers privés internationaux.</strong></span></p>
<p><span style="color: #000080;"><strong>- Fukushima et le nucléaire.</strong></span></p>
<p><span style="color: #000080;"><strong> C&#8217;est en rendez-vous le lundi dès 15h pour l&#8217;émission la plus écoutée de CHOQ FM, la radio officielle de l&#8217;Université du Québec à Montréal !</strong></span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="font-size: medium;"><a href="http://lesnouvellesinternationales.blogspot.com/2011/11/lautre-monde-21-novembre-2011-fukushima.html"><strong>***Hyperliens vers les sources des informations discutées sur l&#8217;émission***</strong></a></span></p>
<p><a class="highslide" onclick="return vz.expand(this)" href="http://www.centpapiers.com/lautre-monde-21-novembre-2011-fukushima-goldman-sachs-sempare-de-leurope-et-la-guerre-se-prepare-contre-la-syrie-et-liran/87871/3091287-4412016" rel="attachment wp-att-87874"><img class="alignnone size-full wp-image-87874" title="3091287-4412016" src="http://www.centpapiers.com/wp-content/uploads/2011/11/3091287-4412016.jpg" alt="" width="339" height="200" /></a></p>
<p>CHOQ.FM &#8211; François Marginean pour l&#8217;Autre Monde &#8211; 21 Novembre 2011 &#8211; L&#8217;intégrale</p>
<p>Retrouvez tous les liens sur le blog « Les Nouvelles Internationales » ici :<br />
<a title="http://lesnouvellesinternationales.blogspot.com/2011/11/lautre-monde-21-novembre-2011-fukushima.html" dir="ltr" href="http://www.youtube.com/redirect?q=http%3A%2F%2Flesnouvellesinternationales.blogspot.com%2F2011%2F11%2Flautre-monde-21-novembre-2011-fukushima.html&amp;session_token=2svqwEWA9d1nVD4g0K3xGVXT6n18MTMyMjQ0NTI4OEAxMzIyMzU4ODg4" rel="nofollow" target="_blank" data-redirect-href-updated="true">http://lesnouvellesinternationales.blogspot.com/2011/11/l&#8230;</a></p>
<p>L&#8217;Autre Monde du 21 Novembre 2011 découpé par sujets traités c&#8217;est ici :<br />
<a title="http://www.youtube.com/playlist?list=PL842FCB5BABF7EDA3&amp;feature=viewall" dir="ltr" href="http://www.youtube.com/playlist?list=PL842FCB5BABF7EDA3&amp;feature=viewall" rel="nofollow" target="_blank">http://www.youtube.com/playlist?list=PL842FCB5BABF7EDA3&amp;a&#8230;</a></p>
<p>Télécharger l&#8217;émission intégrale du 21 Novembre 2011 pour une écoute audio au format mp3 ici :<br />
<a title="http://archives.choq.fm/2011-11-21/128_129.mp3" dir="ltr" href="http://archives.choq.fm/2011-11-21/128_129.mp3" rel="nofollow" target="_blank">http://archives.choq.fm/2011-11-21/128_129.mp3</a></p>
<p>Le blog de l&#8217;Autre Monde c&#8217;est ici :<br />
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		<title>Je suis un danseur brésilien</title>
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		<pubDate>Thu, 24 Nov 2011 23:44:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Monolecte</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Peut-être que le meilleur dans la vie, c'est l'impromptu, le moment que l'on
n'attendait pas et qui change tout, ou rien, mais en fait, cela n'a aucune
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C'est un soir comme un autre, avec cette petite flemme en plus de
devoir poursuivre...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Peut-être que le meilleur dans la vie, c&#8217;est l&#8217;impromptu, le moment que l&#8217;on<br />
n&#8217;attendait pas et qui change tout, ou rien, mais en fait, cela n&#8217;a aucune<br />
importance.</p>
<p style="margin: 0; text-indent: 0;"><a title="Dance gasconne de Le Monolecte, sur Flickr" href="http://www.flickr.com/photos/monolecte/4789685020/"><img style="float: right; margin: 0 0 5px 5px;" src="http://farm5.staticflickr.com/4082/4789685020_1d89b06570.jpg" alt="Dance gasconne" width="320" height="500" /></a>C&#8217;est un soir comme un autre, avec cette petite flemme en plus de<br />
devoir poursuivre la routine, et il dit juste : <q>sortons !</q><br />
Comme ça, pour rien, juste voir ailleurs si on y est. Cela nous arrive de temps<br />
à autre, peut-être un peu moins souvent, maintenant que tout compte, que<br />
l&#8217;argent se raréfie comme l&#8217;eau de la dernière pluie s&#8217;évapore dans le<br />
désert.</p>
<p>Parfois, on tombe bien, d&#8217;autres fois, on mange des portes, ou des cloportes,<br />
la fermeture annuelle, le congé à durée indéterminée, le changement de patron,<br />
et puis non, c&#8217;est complet et puis, manifestement, on n&#8217;est pas dans le ton,<br />
dans l&#8217;ambiance. Bref, c&#8217;est toujours l&#8217;aventure.</p>
<p>Là, on est seuls, tellement seuls qu&#8217;on se dit qu&#8217;ils vont fermer de désespoir<br />
de nous voir si seuls. Je lui avais parlé de mes Brésiliens, de cette<br />
rencontre, déjà formidable, que j&#8217;avais faite en Allemagne lors de <a href="http://blog.monolecte.fr/post/2010/06/29/Esperanto-me">la remise de mon Bob&#8217;s</a>. Et puis peut-être<br />
que ça allait bien avec les couleurs de l&#8217;automne, ou qu&#8217;il fallait juste<br />
conjurer l&#8217;hiver qui approche, lentement mais sûrement.</p>
<ul>
<li><q>En fait, on n&#8217;ouvre que dans 20 minutes.</q></li>
</ul>
<p style="margin: 0; text-indent: 0;">Ha ! D&#8217;habitude, le Gascon nous éclate les arpions avec son volet de fer à<br />
peu près à la même heure, ils bouffent comme les poules dans le bled. À 20h<br />
pétantes, c&#8217;est la ville fantôme et les regards assassins des serveurs pressés<br />
de fermer boutique. Il y en avait un qui annonçait de manière extravagante et<br />
quelque peu exagérée un service jusqu&#8217;à 22 h. Je m&#8217;y pointe un soir d&#8217;été,<br />
après une longue boucle à vélo, affamée, sur les coups de 21 h 30. La<br />
serveuse vient de prendre la commande de mes amis que j&#8217;ai rejoints sur<br />
place : deux pizzas qui me semblent être les meilleures choses produites<br />
par la main de l&#8217;homme. Elle passe un certain temps à faire mine de ne pas me<br />
voir. Je suis un angle mort de la restauration, c&#8217;est comme ça. Je m&#8217;installe à<br />
une table, je m&#8217;accoude à un bar et subitement, tout le personnel devient sourd<br />
et aveugle. Il n&#8217;est pas rare que je reparte sans que quiconque n&#8217;ait daigné<br />
m&#8217;adresser la parole. Avec le temps et l&#8217;expérience, j&#8217;ai appris à agiter les<br />
bras comme le drapeau d&#8217;un commissaire de course, voire à beugler mon<br />
insatisfaction sur le ton indigné d&#8217;une corne de brume. Je crois que je<br />
pourrais aussi bien me coiffer de ma culotte et danser le <em>french<br />
cancan</em> sur la table.<br />
Au bout d&#8217;un moment moins long que mon agacement et ma faim torride me le font<br />
ressentir, elle revient avec les objets du délice, sans toutefois parvenir à<br />
accrocher mon regard de cocker mendiant. Mon ami finit par lui demander de<br />
prendre ma commande, ce qu&#8217;elle consent avec une mauvaise grâce plus pesante<br />
qu&#8217;un article d&#8217;Alain Minc pour me signifier sèchement qu&#8217;ils ne font plus de<br />
pizzas, ni de pâtes, ni rien de ce que je veux et que mon estomac réclame avec<br />
une exigence grandissante. Elle me concède une salade composée qui me désespère<br />
et prend la commande de pizzas des clients de la table d&#8217;à côté dans l&#8217;élan.<br />
Juste assez fort pour être bien certaine que je l&#8217;entends.</p>
<ul>
<li><q>Mais vous pouvez tout à fait patienter au bar en attendant.</q></li>
</ul>
<p style="margin: 0; text-indent: 0;">Il nous sourit comme si nous étions de vieux amis qu&#8217;il n&#8217;a pas vus depuis<br />
longtemps et nous pilote vers le bar sur un pas de salsa. Je n&#8217;ai même pas<br />
encore commandé mon <em>mojito</em> que je sais déjà qu&#8217;avec lui, ça va le<br />
faire. Il ondule en nous préparant nos cocktails et entreprend de nous<br />
commenter la carte. Ce n&#8217;est pas qu&#8217;il est particulièrement gracieux, ou<br />
charmant, ou abordable, ou spécialement affable, c&#8217;est juste qu&#8217;il est<br />
merveilleusement bien là où il est, ici et maintenant.</p>
<ul>
<li><q>Oui, oui, ça, c&#8217;est vraiment délicieux, vous allez adorez :<br />
d&#8217;ailleurs, je sais de quoi je parle, c&#8217;est moi qui l&#8217;ai préparé cet<br />
après-midi.</q></li>
<li><q>Vous êtes cuisinier ?</q></li>
<li><q>Non, je suis danseur.</q></li>
<li><q>Haaa ! Brésilien ?</q></li>
<li><q>Non, pas du tout, mais j&#8217;y ai vécu un temps. Je suis juste venu donner<br />
un coup de main au patron, qui est un ami.</q></li>
<li><q>Mais&#8230; qu&#8217;est-ce qu&#8217;un danseur de salsa peut bien faire dans le<br />
bled ?</q></li>
</ul>
<p style="margin: 0; text-indent: 0;">Et là, c&#8217;est parti. Il me raconte juste sa vie. Avec simplicité. Et légèreté.<br />
C&#8217;est ça que j&#8217;ai tout de suite repéré chez lui : ce petit quelque chose<br />
de complètement aérien. Il aime la danse et la danse le lui rend bien. Grâce à<br />
son art, sa passion, il a fait le tour du monde et lui aussi, il a fait des<br />
rencontres extraordinaires.</p>
<ul>
<li><q>Mais ça n&#8217;a pas toujours été facile pour moi. Tenez, au début, je ratais<br />
tout. J&#8217;avais une audition, je me préparais comme un fou, j&#8217;y allais, à fond<br />
dans le moment, bouffé par le trac et je me plantais. À chaque fois, je me<br />
plantais. Mais j&#8217;avais tellement envie de réussir, tellement besoin de danser.<br />
Un matin, je me suis levé et je me suis juste dit : </q><q>bon, après tout, ce<br />
n&#8217;est jamais qu&#8217;une audition, ce n&#8217;est pas comme si ma vie en dépendait</q>.<br />
Sauf que c&#8217;était ça. Jusqu&#8217;à ce jour, j&#8217;allais à chaque audition comme si toute<br />
ma vie en dépendait. Là, j&#8217;y suis allé, comme ça, et j&#8217;ai été pris. Et ensuite,<br />
pour chaque audition que j&#8217;ai passé, j&#8217;ai été pris. Non pas parce que j&#8217;étais<br />
le meilleur ou le plus beau, mais juste parce que j&#8217;y allais comme ça, avec<br />
l&#8217;envie de danser, mais en ayant bien conscience que finalement, tout cela<br />
n&#8217;est pas si grave.</li>
<li><q>Parce qu&#8217;il ne pas faut y aller comme si notre vie en<br />
dépendait.</q></li>
<li><q>Oui, c&#8217;est exactement ça : plus que le talent, c&#8217;est un état<br />
d&#8217;esprit, le fait que l&#8217;échec, ce n&#8217;est pas si grave. Des occasions, il y en<br />
aura toujours d&#8217;autres, on ne joue pas tout sur un seul coup de poker. Et du<br />
coup, c&#8217;est comme si je ne pesais plus des tonnes.</q></li>
<li><q>C&#8217;est marrant ce que vous dites : cela fait des années que j&#8217;empile<br />
les gadins comme d&#8217;autres les trophées et un ami m&#8217;a justement dit qu&#8217;il<br />
fallait que j&#8217;arrête d&#8217;y aller comme si toute ma vie en dépendait.</q></li>
<li><q>Vous savez, j&#8217;ai aussi une amie que j&#8217;adore, une danseuse, comme moi,<br />
sauf qu&#8217;elle, elle est vraiment très douée, très belle, très gracieuse. Ce<br />
n&#8217;est pas compliqué, quand elle s&#8217;entraîne avec nous, elle danse tellement<br />
bien, c&#8217;est tellement beau ce qu&#8217;elle fait, que le plus souvent, on s&#8217;arrête<br />
juste pour la regarder danser. Et bien, cette fille elle s&#8217;est toujours<br />
plantée, elle rate toutes ses auditions. C&#8217;est pourtant la meilleure d&#8217;entre<br />
nous, mais quand elle y va, ça ne passe pas, ça ne passe jamais. Parce qu&#8217;elle<br />
n&#8217;a pas ce truc, ce&#8230;</q></li>
<li><q>Cette légèreté ?</q></li>
<li><q>Oui, c&#8217;est ça. Cette légèreté. Ce n&#8217;est pas que je m&#8217;en fous, mais je ne<br />
prends plus les choses autant à cœur. Je vais là où me portent mes pas et je<br />
m&#8217;adapte. Comme au Brésil. J&#8217;y suis allé comme ça, pour des vacances, avec une<br />
troupe du nord que je trouvais sympa. Une fois arrivé là-bas, je me rends<br />
compte que je suis dans la seule région du monde où ma mastercard n&#8217;est<br />
acceptée par aucune banque à plus de 300 km à la ronde. Je suis dans la<br />
jungle, dans un pays que je ne connais pas, avec une langue que je ne parle<br />
pas, je n&#8217;ai pas une thune sur moi&#8230; et bien, je me suis débrouillé. J&#8217;ai logé<br />
chez l&#8217;habitant, des trucs qu&#8217;on n’imagine pas, avec une chaleur moite<br />
terrible, des insectes monstrueux, les latrines collectives creusées derrière<br />
la colline. Les gens me demandaient comment je faisais, moi qui venais d&#8217;un<br />
pays où les standards étaient nettement plus élevés. Je leur disais que tout<br />
allait bien pour moi&#8230; et en fait, c&#8217;était vrai. J&#8217;ai vraiment adoré le temps<br />
que j&#8217;ai passé avec eux, ce qu&#8217;on a partagé, des gens incroyables. J&#8217;y suis<br />
resté six mois, le temps de récupérer assez d&#8217;argent pour aller jusqu&#8217;à<br />
Rio.</q></li>
</ul>
<p style="-qt-block-indent: 0; text-indent: 0; margin: 0;">
Et là, de nouvelles rencontres, un logement à la périphérie d&#8217;une des plus<br />
grosses favelas de Rio et le rêve de sa vie, participer au célèbre carnaval,<br />
comme ça, au fil de l&#8217;eau, juste porté par sa passion, le hasard et une<br />
farouche joie de vivre.</p>
<p>Ses mots dansent comme ses pieds derrière le comptoir. Peut-être que le<br />
<em>mojito</em> y est pour quelque chose. Les premiers clients arrivent<br />
finalement une heure plus tard. S&#8217;ils n&#8217;étaient pas venus, peut-être<br />
aurions-nous continué à parler, comme ça jusqu&#8217;au bout de la nuit, dans un élan<br />
gigantesque, de toutes ses petites choses qui font que la vie d&#8217;un homme n&#8217;est<br />
jamais banale et qu&#8217;elle porte toujours en elle une leçon pour ceux qui veulent<br />
bien s&#8217;attarder un peu autour de son récit.</p>
<p>Ce soir, la Gascogne vibre sur un air de salsa et je sais qu&#8217;à partir de<br />
maintenant, je vais parcourir ma vie comme un danseur brésilien.</p>
<div class="zemanta-pixie"><img class="zemanta-pixie-img" src="http://img.zemanta.com/pixy.gif?x-id=010032e2-f7bb-88cc-b825-1ae8daab41d7" alt="" /></div>
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