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La faim d’un monde

On a beau faire, cette apocalypse s'annonce bien mal emmanchée.

C'est l'heure de rentrer, même s'il est encore tôt...Déjà, ça manque cruellement de délit d'initiés, vous ne trouvez pas ? Une bonne fin du monde, ça se prévoit, certes, un peu à l'avance, mais surtout, il faut que la date soit bien confirmée avant de pouvoir commencer à songer à régler ses petites affaires en cours. Il y a bien eu des fuites, mais rien de très convaincant, en dehors de l'évasion soi-disant fiscale très suspecte et précipitée d'un gros mangeur vers la région de Néchin. Parce que franchement, en dehors d'une info de première main sur la possibilité de passer à travers les mailles du filet apocalyptique, comment expliquer autrement qu'un type échange un magnifique hôtel particulier avec piscine en plein cœur de Paris pour un pavillon Sam'suffit bien glauque dans un bled sinistre paumé au milieu de nulle part, et tout ça, en brûlant systématiquement tous ces vaisseaux ? Hein ? Juste pour une poignée de millions en plus ? À d'autres !


Bref, il faut des gens pour vendre la mèche, sinon, aller dire ses quatre vérités à quelques personnes bien triées sur le volet demain peut s'apparenter à un suicide social dès lundi prochain quand il faudra retourner au taff devant des collègues hilares et nettement plus prévoyants que vous. Parce que c'est ça, le truc bandant avec la fin du monde, c'est que ça commence par être la fin des conséquences. Un monde sans lendemain est un monde où on n'a pas à assumer ses erreurs, ses conneries, ses lâchetés, ses renoncements, ni même sa gueule de bois. C'est un monde sans règles, sans contraintes, sans sanctions, c'est probablement ce qui se rapproche le plus du paradis néolibéral, la triste réalité en moins. Dans la vraie vie, on peut effectivement se lobotomiser à grands coups de mauvaise foi jusqu'à nier superbement les conséquences sonnantes, trébuchantes et agonisantes de ses décisions égoïstes, mais dans un contexte de fin globale imminente, tout acte est égal à un autre, parce qu'il n'y aura plus personne pour présenter l'ardoise à la fin des festivités.

Le truc, c'est qu'on n'est sûrs de rien. Donc, impossible de flamber tout le PEL de la famille dans un aller simple sous les cocotiers, histoire d'avoir une vue imprenable sur le cataclysme, impossible de régler ses comptes, solder ses rancunes, se libérer de ses chaînes. On est condamné à faire comme d'habitude jusqu'à preuve du contraire et à s'imaginer, horrifiés, que la dernière chose que l'on verra du monde sera Ginette, du service comptable, en train de raconter une blague pas drôle devant la machine à café du deuxième étage. Ça, c'est plus déprimant que toutes les fins du monde réunies !
Pire ! Il y a des gens qui misent sur leur survie ! Des gens qui dépensent sans compter depuis des mois, voire des années, pour se bunkériser dans un placard à godasses avec un an de haricots Heinz sur les étagères et deux fois le stock d'armes des Men in Black dans le buffet pour s'assurer une bonne place dans le monde d'après.

Putain, rien qu'à l'idée que je pourrais survivre à la fin de la civilisation pour me retrouver sur la même planète que ces mecs-là, ça me file gravement le bourdon ! Ce serait comme maintenant, mais sans la douche chaude et Internet et avec plus que des killers pétomanes comme voisins ! Franchement, vous avez toujours envie de survivre ?
Parce que voilà, ce qui est bien, avec la fin du monde, c'est que c'est un peu comme la fin de soi (qui, elle, est totalement certaine et garantie !) sauf qu'on peut la mettre sur Google Agenda et qu'on est sûr de ne rien rater ensuite. Tout comme on est sûr que personne ne dira de conneries sur notre tombe et ça, c'est quand même vachement réconfortant.
Ce qui est aussi très réconfortant, mais à un point tellement inimaginable que cela doit bien expliquer en partie l'engouement pour ce genre de mauvaise nouvelle, c'est qu'il n'existe absolument rien de plus démocratique et égalitaire qu'une bonne fin du monde rondement menée.
Franchement, n'est-il pas réjouissant de penser que Madame Merkel n'a rigoureusement pas plus d'avenir que les Grecs qu'elle a si méticuleusement conduits au bord du suicide collectif ? C'est un peu comme un remake géant des écuries d'Augias, sauf que les chevaux aussi vont y passer. Demain, on nettoie toute la merde, on atomise les blaireaux, les crétins, les profiteurs, les voleurs, les menteurs, les corrompus, les pollueurs, toute la bande d'incompétents qui nous mène tambour battant au bord du précipice dans le plus bel élan de saloperie collective de notre espèce qui n'est pourtant pas novice en la matière. Nettoyés les banquiers, les patrons, les petits-bras, les gros riches et les faméliques. Tout le monde est sur le même bateau et il n'y aura de canot de sauvetage pour personne.

Je pense que c'est cette idée qui rend cette fin du monde tellement populaire. Du passé, faire table rase. Une grande aspiration révolutionnaire de sans-couilles, puisque finalement, on attend tranquillement que la fatalité se charge du boulot à notre place. On attend la fin, comme on a attendu tout le reste, comme un gros troupeau de bovidés blasés et résignés. Une fin de règne animal, le suicide d'une espèce.

Donc, il va y avoir pas mal de déçus dans les jours qui viennent. Et c'est peut-être à partir de ce moment-là que les choses vont devenir nettement plus intéressantes. L'idée que notre univers n'en a rien à secouer de nous. Qu'il n'existe pas de Deus ex machina pour liquider le bordel à notre place. Pas plus qu'il n'y a eu d'homme providentiel jailli des urnes pour nous ouvrir la voie vers des lendemains qui chantent.


Ni Dieux, ni maîtres, ni extra-terrestre, que dalle, bernique... juste nous !

Juste nous, nos vies, nos choix, nos renoncements et notre incapacité actuelle à prendre nos destins en main, à accepter l'idée que la vie, c'est agir et non subir.

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La crise d?lib?r

Pendant que les forces de la contestation sociale pansent leurs plaies dans leurs quartiers d'été, celles de l'argent ne relâchent pas leurs efforts pour nous enfoncer chaque jour un peu plus dans la merde.

PrimeurDeux petites informations de rien qui se télescopent dans l'indifférence paresseuse des fausses vacances : d'un côté, une ville espagnole qui va équiper de cadenas les poubelles des supermarchés, de l'autre une ville de Belgique qui entend forcer les mêmes supermarchés à aider les démunis. Deux villes de notre temps, deux visions de l'action politique diamétralement opposées : l'une qui se couche et accompagne toutes les régressions, l'autre qui se dresse et utilise son pouvoir pour changer les choses, même petitement, même à sa seule échelle locale, l'échelle de l'action politique de la soumission ou du refus.

La mairie indique avoir pris cette décision en collaboration avec les propriétaires de supermarchés, « face au risque pour la santé que peut comporter la consommation d'aliments jetés dans les conteneurs et l'alarme sociale que cela provoque ».


Le plus coûteux pour les collabos du système, c'est encore de parvenir à inventer des explications vaguement convaincantes de leurs petites lâchetés ordinaires. Cadenasser les poubelles, c'est tout sauf une préoccupation de santé publique. Il s'agit de la plus honteuse des soumissions à la logique purement marchande qui préfère laisser crever d'inanition plutôt que d'admettre que 50 % de la nourriture produite à grands frais de pesticides et de maltraitances agricoles ne parvient jamais jusqu'à une bouche humaine. Cadenasser les poubelles, c'est aussi raconter la logique purement génocidaire d'une société où il faut absolument de l'argent pour satisfaire nos besoins les plus élémentaires et où, non seulement, on prive de plus en plus de gens de la possibilité d'acquérir le minimum d'argent indispensable pour juste survivre un jour de plus, mais de surcroît, on fait en sorte que toute manière de survivre en dehors de la marchandise est totalement impossible. Il devient alors absolument impossible de concevoir la réalité et la profondeur de la misère actuelle en ce qu'elle est totalement voulue et assumée par ceux qui la créent et qu'elle est d'autant plus ignoble qu'elle se propage dans des sociétés où le nécessaire comme le superflu est surabondant et majoritairement gaspillé.
Les miséreux ont toujours eu le droit de glaner ce qu'ils ne pouvaient acquérir dans le système marchand. Ils ont toujours eu la possibilité d'occuper les interstices du système, de squatter les biens communs, de satisfaire leurs besoins fondamentaux, même si cela a toujours été de manière précaire et largement insatisfaisante : braconnage dans les campagnes, abris de fortune dans les lieux invisibles, glanage des restes dans les champs, les poubelles, les miettes de la bonne société des inclus. Aujourd'hui, il n'y pratiquement plus d'espace public commun, de terres à squatter, de surplus à glaner. Même la flotte appartient toujours à quelqu'un et fait dorénavant toujours l'objet d'un péage et d'un droit d'accès. Même chier ou dormir n'est plus gratuit : les campagnes sont hérissées de clôtures privatives, les villes s'habillent de mobilier hostile à celui qui cherche juste un peu de repos et même l'accès aux déchets encore consommables de notre société du mépris est devenu pratiquement impossible.

Voilà donc un système où se renchérit chaque jour l'accès aux ressources vitales (eau, nourriture, énergie, abris... etc.), où le travail des gens est toujours plus dévalué, où il y a toujours moins besoin de bras pour faire tourner la machine et il n'est plus possible de survivre en dehors de la matrice.
Où pensez-vous que nous mène réellement cette logique ? Croyez-vous réellement que les gens qui prétendent nous représenter, dans leur grande majorité, œuvrent actuellement à améliorer nos conditions de vie ? Êtes-vous réellement dupes de leurs discours qui nous expliquent que chaque mesure prise sans notre consentement l'est dans une logique de sortie de crise alors que les faits, de plus en plus têtus, nous démontrent précisément le contraire ?

Les gouvernements en place choisissent délibérément la rigueur tout comme ils choisissent délibérément la voie de la paupérisation de masse, et ils le font sous couvert de leur impuissance face aux lois implacables du Marché. Sauf que tout démontre que le Marché ne prend que la place que l'action politique veut bien lui laisser.
Il suffit d'un autre maire, dans une autre ville, pour décider que le supermarché ne sera pas le lieu de la confiscation du droit à vivre de certains, mais celui de la solidarité et de la redistribution, même partielle et encore insuffisante.
Le personnel politique a largement diffusé le récit de son impuissance afin d'en faire une vérité indépassable dont l'objet premier est de dissimuler aux yeux de la foule sa participation active et volontaire à l'entreprise mondiale de déconstruction du social. La récession qui ravage actuellement les classes populaires et menace les classes moyennes des grands pays industrialisés du monde n'est pas la démonstration de l'échec des politiques de rigueur mises en place depuis 2008, mais bien la preuve éclatante que le transfert global des richesses vers une petite part de l'humanité est en train d'entrer dans sa phase efficace.

La grande difficulté des experts politiques et économiques contemporains est bien de construire un discours permettant d'occulter cette réalité afin de convaincre les peuples de la nécessité absolue et inéluctable de poursuivre la refondation actuelle de notre civilisation quand bien même celle-ci repose de manière de plus en plus évidente sur l'éradication malthusienne du gros de leurs effectifs, c'est à dire par une succession de crises alimentaires, sanitaires et environnementales qui devraient fort « naturellement » réguler les populations surnuméraires, entendez par là, celles dont le capitalisme n'a rigoureusement plus besoin pour fonctionner à plein régime.

D'où l'intérêt de ne pas se laisser distraire par des discours trompeurs, des exploits sportifs, des analyses oiseuses ou des informations futiles et de ne pas rater les petites brèves qui en disent tellement plus sur l'état réel de notre monde.
D'où l'intérêt de comparer deux bleds que rien ne relie entre eux, si ce n'est que chacun est diamétralement opposé à l'autre sur le grand échiquier du nouvel ordre mondial émergent.
D'où l'intérêt de se rappeler que l'échelle de l'action politique prioritaire et efficace reste le local et que de petites initiatives peuvent, en frappant les esprits et en éclairant les consciences, déclencher les grands mouvements sociaux dont nous avons terriblement besoin pour stopper la machine qui s'active à nous broyer.

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Pendant que les forces de la contestation sociale pansent leurs plaies dans leurs quartiers d'été, celles de l'argent ne relâchent pas leurs efforts pour nous enfoncer chaque jour un peu plus dans la merde.

PrimeurDeux petites informations de rien qui se télescopent dans l'indifférence paresseuse des fausses vacances : d'un côté, une ville espagnole qui va équiper de cadenas les poubelles des supermarchés, de l'autre une ville de Belgique qui entend forcer les mêmes supermarchés à aider les démunis. Deux villes de notre temps, deux visions de l'action politique diamétralement opposées : l'une qui se couche et accompagne toutes les régressions, l'autre qui se dresse et utilise son pouvoir pour changer les choses, même petitement, même à sa seule échelle locale, l'échelle de l'action politique de la soumission ou du refus.

La mairie indique avoir pris cette décision en collaboration avec les propriétaires de supermarchés, « face au risque pour la santé que peut comporter la consommation d'aliments jetés dans les conteneurs et l'alarme sociale que cela provoque ».


Le plus coûteux pour les collabos du système, c'est encore de parvenir à inventer des explications vaguement convaincantes de leurs petites lâchetés ordinaires. Cadenasser les poubelles, c'est tout sauf une préoccupation de santé publique. Il s'agit de la plus honteuse des soumissions à la logique purement marchande qui préfère laisser crever d'inanition plutôt que d'admettre que 50 % de la nourriture produite à grands frais de pesticides et de maltraitances agricoles ne parvient jamais jusqu'à une bouche humaine. Cadenasser les poubelles, c'est aussi raconter la logique purement génocidaire d'une société où il faut absolument de l'argent pour satisfaire nos besoins les plus élémentaires et où, non seulement, on prive de plus en plus de gens de la possibilité d'acquérir le minimum d'argent indispensable pour juste survivre un jour de plus, mais de surcroît, on fait en sorte que toute manière de survivre en dehors de la marchandise est totalement impossible. Il devient alors absolument impossible de concevoir la réalité et la profondeur de la misère actuelle en ce qu'elle est totalement voulue et assumée par ceux qui la créent et qu'elle est d'autant plus ignoble qu'elle se propage dans des sociétés où le nécessaire comme le superflu est surabondant et majoritairement gaspillé.
Les miséreux ont toujours eu le droit de glaner ce qu'ils ne pouvaient acquérir dans le système marchand. Ils ont toujours eu la possibilité d'occuper les interstices du système, de squatter les biens communs, de satisfaire leurs besoins fondamentaux, même si cela a toujours été de manière précaire et largement insatisfaisante : braconnage dans les campagnes, abris de fortune dans les lieux invisibles, glanage des restes dans les champs, les poubelles, les miettes de la bonne société des inclus. Aujourd'hui, il n'y pratiquement plus d'espace public commun, de terres à squatter, de surplus à glaner. Même la flotte appartient toujours à quelqu'un et fait dorénavant toujours l'objet d'un péage et d'un droit d'accès. Même chier ou dormir n'est plus gratuit : les campagnes sont hérissées de clôtures privatives, les villes s'habillent de mobilier hostile à celui qui cherche juste un peu de repos et même l'accès aux déchets encore consommables de notre société du mépris est devenu pratiquement impossible.

Voilà donc un système où se renchérit chaque jour l'accès aux ressources vitales (eau, nourriture, énergie, abris... etc.), où le travail des gens est toujours plus dévalué, où il y a toujours moins besoin de bras pour faire tourner la machine et il n'est plus possible de survivre en dehors de la matrice.
Où pensez-vous que nous mène réellement cette logique ? Croyez-vous réellement que les gens qui prétendent nous représenter, dans leur grande majorité, œuvrent actuellement à améliorer nos conditions de vie ? Êtes-vous réellement dupes de leurs discours qui nous expliquent que chaque mesure prise sans notre consentement l'est dans une logique de sortie de crise alors que les faits, de plus en plus têtus, nous démontrent précisément le contraire ?

Les gouvernements en place choisissent délibérément la rigueur tout comme ils choisissent délibérément la voie de la paupérisation de masse, et ils le font sous couvert de leur impuissance face aux lois implacables du Marché. Sauf que tout démontre que le Marché ne prend que la place que l'action politique veut bien lui laisser.
Il suffit d'un autre maire, dans une autre ville, pour décider que le supermarché ne sera pas le lieu de la confiscation du droit à vivre de certains, mais celui de la solidarité et de la redistribution, même partielle et encore insuffisante.
Le personnel politique a largement diffusé le récit de son impuissance afin d'en faire une vérité indépassable dont l'objet premier est de dissimuler aux yeux de la foule sa participation active et volontaire à l'entreprise mondiale de déconstruction du social. La récession qui ravage actuellement les classes populaires et menace les classes moyennes des grands pays industrialisés du monde n'est pas la démonstration de l'échec des politiques de rigueur mises en place depuis 2008, mais bien la preuve éclatante que le transfert global des richesses vers une petite part de l'humanité est en train d'entrer dans sa phase efficace.

La grande difficulté des experts politiques et économiques contemporains est bien de construire un discours permettant d'occulter cette réalité afin de convaincre les peuples de la nécessité absolue et inéluctable de poursuivre la refondation actuelle de notre civilisation quand bien même celle-ci repose de manière de plus en plus évidente sur l'éradication malthusienne du gros de leurs effectifs, c'est à dire par une succession de crises alimentaires, sanitaires et environnementales qui devraient fort « naturellement » réguler les populations surnuméraires, entendez par là, celles dont le capitalisme n'a rigoureusement plus besoin pour fonctionner à plein régime.

D'où l'intérêt de ne pas se laisser distraire par des discours trompeurs, des exploits sportifs, des analyses oiseuses ou des informations futiles et de ne pas rater les petites brèves qui en disent tellement plus sur l'état réel de notre monde.
D'où l'intérêt de comparer deux bleds que rien ne relie entre eux, si ce n'est que chacun est diamétralement opposé à l'autre sur le grand échiquier du nouvel ordre mondial émergent.
D'où l'intérêt de se rappeler que l'échelle de l'action politique prioritaire et efficace reste le local et que de petites initiatives peuvent, en frappant les esprits et en éclairant les consciences, déclencher les grands mouvements sociaux dont nous avons terriblement besoin pour stopper la machine qui s'active à nous broyer.

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Pendant que les forces de la contestation sociale pansent leurs plaies dans leurs quartiers d'été, celles de l'argent ne relâchent pas leurs efforts pour nous enfoncer chaque jour un peu plus dans la merde.

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La mairie indique avoir pris cette décision en collaboration avec les propriétaires de supermarchés, « face au risque pour la santé que peut comporter la consommation d'aliments jetés dans les conteneurs et l'alarme sociale que cela provoque ».


Le plus coûteux pour les collabos du système, c'est encore de parvenir à inventer des explications vaguement convaincantes de leurs petites lâchetés ordinaires. Cadenasser les poubelles, c'est tout sauf une préoccupation de santé publique. Il s'agit de la plus honteuse des soumissions à la logique purement marchande qui préfère laisser crever d'inanition plutôt que d'admettre que 50 % de la nourriture produite à grands frais de pesticides et de maltraitances agricoles ne parvient jamais jusqu'à une bouche humaine. Cadenasser les poubelles, c'est aussi raconter la logique purement génocidaire d'une société où il faut absolument de l'argent pour satisfaire nos besoins les plus élémentaires et où, non seulement, on prive de plus en plus de gens de la possibilité d'acquérir le minimum d'argent indispensable pour juste survivre un jour de plus, mais de surcroît, on fait en sorte que toute manière de survivre en dehors de la marchandise est totalement impossible. Il devient alors absolument impossible de concevoir la réalité et la profondeur de la misère actuelle en ce qu'elle est totalement voulue et assumée par ceux qui la créent et qu'elle est d'autant plus ignoble qu'elle se propage dans des sociétés où le nécessaire comme le superflu est surabondant et majoritairement gaspillé.
Les miséreux ont toujours eu le droit de glaner ce qu'ils ne pouvaient acquérir dans le système marchand. Ils ont toujours eu la possibilité d'occuper les interstices du système, de squatter les biens communs, de satisfaire leurs besoins fondamentaux, même si cela a toujours été de manière précaire et largement insatisfaisante : braconnage dans les campagnes, abris de fortune dans les lieux invisibles, glanage des restes dans les champs, les poubelles, les miettes de la bonne société des inclus. Aujourd'hui, il n'y pratiquement plus d'espace public commun, de terres à squatter, de surplus à glaner. Même la flotte appartient toujours à quelqu'un et fait dorénavant toujours l'objet d'un péage et d'un droit d'accès. Même chier ou dormir n'est plus gratuit : les campagnes sont hérissées de clôtures privatives, les villes s'habillent de mobilier hostile à celui qui cherche juste un peu de repos et même l'accès aux déchets encore consommables de notre société du mépris est devenu pratiquement impossible.

Voilà donc un système où se renchérit chaque jour l'accès aux ressources vitales (eau, nourriture, énergie, abris... etc.), où le travail des gens est toujours plus dévalué, où il y a toujours moins besoin de bras pour faire tourner la machine et il n'est plus possible de survivre en dehors de la matrice.
Où pensez-vous que nous mène réellement cette logique ? Croyez-vous réellement que les gens qui prétendent nous représenter, dans leur grande majorité, œuvrent actuellement à améliorer nos conditions de vie ? Êtes-vous réellement dupes de leurs discours qui nous expliquent que chaque mesure prise sans notre consentement l'est dans une logique de sortie de crise alors que les faits, de plus en plus têtus, nous démontrent précisément le contraire ?

Les gouvernements en place choisissent délibérément la rigueur tout comme ils choisissent délibérément la voie de la paupérisation de masse, et ils le font sous couvert de leur impuissance face aux lois implacables du Marché. Sauf que tout démontre que le Marché ne prend que la place que l'action politique veut bien lui laisser.
Il suffit d'un autre maire, dans une autre ville, pour décider que le supermarché ne sera pas le lieu de la confiscation du droit à vivre de certains, mais celui de la solidarité et de la redistribution, même partielle et encore insuffisante.
Le personnel politique a largement diffusé le récit de son impuissance afin d'en faire une vérité indépassable dont l'objet premier est de dissimuler aux yeux de la foule sa participation active et volontaire à l'entreprise mondiale de déconstruction du social. La récession qui ravage actuellement les classes populaires et menace les classes moyennes des grands pays industrialisés du monde n'est pas la démonstration de l'échec des politiques de rigueur mises en place depuis 2008, mais bien la preuve éclatante que le transfert global des richesses vers une petite part de l'humanité est en train d'entrer dans sa phase efficace.

La grande difficulté des experts politiques et économiques contemporains est bien de construire un discours permettant d'occulter cette réalité afin de convaincre les peuples de la nécessité absolue et inéluctable de poursuivre la refondation actuelle de notre civilisation quand bien même celle-ci repose de manière de plus en plus évidente sur l'éradication malthusienne du gros de leurs effectifs, c'est à dire par une succession de crises alimentaires, sanitaires et environnementales qui devraient fort « naturellement » réguler les populations surnuméraires, entendez par là, celles dont le capitalisme n'a rigoureusement plus besoin pour fonctionner à plein régime.

D'où l'intérêt de ne pas se laisser distraire par des discours trompeurs, des exploits sportifs, des analyses oiseuses ou des informations futiles et de ne pas rater les petites brèves qui en disent tellement plus sur l'état réel de notre monde.
D'où l'intérêt de comparer deux bleds que rien ne relie entre eux, si ce n'est que chacun est diamétralement opposé à l'autre sur le grand échiquier du nouvel ordre mondial émergent.
D'où l'intérêt de se rappeler que l'échelle de l'action politique prioritaire et efficace reste le local et que de petites initiatives peuvent, en frappant les esprits et en éclairant les consciences, déclencher les grands mouvements sociaux dont nous avons terriblement besoin pour stopper la machine qui s'active à nous broyer.

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Le Gascon reste con jusqu’au bout

La maison de la clarinette

Petite balade aux flambeaux dans les rues de Lectoure.


Ce n'est pas parce qu'on ne peut pas partir en vacances qu'on doit se priver de la béatitude exploratrice du touriste en goguette. Du coup, je pratique avec assiduité et un certain bonheur ce que j'appelle le tourisme de proximité. Un peu dans cet esprit : si Mahomet ne pas va pas à la montagne, alors la montagne ira à Mahomet.

Ruelle de Lectoure en mode nocturneDimanche dernier, c'était donc une belle soirée pour se faire un petit coup de tourisme intérieur. Une bonne heure de route, quand même, à travers la campagne gersoise bien trop verdoyante pour la saison. À peine quelques blés jaunis qui peinent à mûrir pendant les trop rares journées ensoleillées de cet été qui ressemble à un début de printemps. À l'arrivée, tel un paquebot voguant sur l'horizon, la citadelle de Lectoure baigne ses murailles dans l'éclat doré du soleil couchant. C'est un village magnifique dont les ruelles étroites s'ouvrent presque toutes sur l'immensité ondoyante des collines gasconnes. J'aime m'y promener et la promesse d'une épopée aux flambeaux me ramène dans ses pierres.

Nous sommes une petite dizaine de touristes à coller aux basques de notre jeune guide. Comme je n'ai pas d'accent, je ne fais pas trop locale. En fait de flambeaux, nous avons hérité de lampes Coleman. C'est de la bonne camelote, mais je suis un peu déçue que les impératifs de sécurité aient une fois de plus pris le pas sur la dimension esthétique de la démarche. Des jardins de la mairie en passant par le pied de la muraille du couvent des carmélites, je prends plaisir à accompagner la tombée de la nuit dans cette cité hors du temps. C'est d'un calme apaisant, juste bousculé par les anecdotes que nous raconte notre guide dans un registre lexical des plus contemporains : Et là, Jean Lannes se prend un boulet. On voit bien la scène dans le film qui est passé sur France 3 l'autre jour. Du coup, sa jambe gauche, t'oublies et la droite, c'est pas mieux !

Mais ce que j'ai préféré, c'est le castet de las clarinettos.

La maison des clarinettes


C'est l'histoire de Polycarpe Sourbès, aimable Gascon de la fin du XIXe siècle, c'est-à-dire un brave gars qui vit au rythme de ses obsessions, têtu comme une mule et capable de bien des choses, juste pour avoir le dernier mot. La passion de Polycarpe Sourbès, c'était la musique et plus particulièrement la clarinette dont il jouait à l’harmonie du bled et pour laquelle il s'entraînait âprement, à toute heure du jour et de la nuit. Le problème, c'est que la citadelle de Lectoure, comme beaucoup des enceintes fortifiées de son espèce, a dû se densifier au fil du temps dans le maigre espace délimité par ses puissantes fortifications. Du coup, les ruelles y sont fort étroites et le son a tendance à bien les habiter. Or, en face de la maison de Polycarpe Sourbès, pratiquement à portée de savate, s’élève le magnifique palais du sous-préfet du coin. Et le brave homme et sa femme avaient cette oreille parfaite et sensible qu'écorchaient continuellement les répétitions intempestives de notre Gascon. Il a dû s'en suivre une bonne guerre de voisinage, bien tendue et passionnée, comme seule peut l'être une bonne guerre de voisinage, lorsque l'objet de toute votre fureur nous nargue continuellement, juste sous votre nez.

Comme me le disait l'autre jour mon ami l'Ours (et je me demande encore à quel sujet !) : le Gascon reste con jusqu'au bout !
Polycarpe Sourbès ne dérogea pas à la règle immuable du pays aux belles collines alanguies et décida que si Sa Majesté le sous-préfet ne pouvait souffrir d'entendre sa musique, il allait se la bouffer par les yeux. Le Gascon furibard fit donc surélever sa maison d'un étage supplémentaire, ce qui eut pour effet immédiat de pourrir la vue sublime que le sous-préfet avait jusqu'alors sur le sublime paysage de Lomagne. Mais notre Gascon alla bien plus loin et ravala toute sa façade de stuc et de peintures en trompe-l'oeil en forme de... clarinettes. Il répéta le motif jusqu'à plus soif, dans les encorbellements, les forges de la porte, les encadrements, tout. Il paraît même qu'il redécora de la même manière l'intérieur sa demeure quand bien même le voisin récriminant ne pouvait y jeter un regard : carrelage, rampe d'escalier, tout, absolument tout, est redessiné en forme de clarinette.
Et pour parachever son œuvre vengeresse, le fieffé rancunier fit graver en façade cet immense écusson de pierre, bien visible des appartements de l'ennemi, où il a baptisé sa demeure dans la langue de son pays : maison des clarinettes.

Et quand je pense que je ne suis Gasconne que par ma grand-mère, je mesure la puissance de ce caractère ombrageux, particulier aux gens de ce pays.

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Questions de temps

Le temps, ?a ne se trouve pas, ?a se prend. Il y a quelque temps, Le Monde Diplo m'a propos? d'?crire de petites notes de lecture pour eux. Ouais, quand m?me, rien que de l'?crire, ?a me fait quelque chose... il faut bien avouer que Le Diplo,...

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Questions de temps

Le temps, ?a ne se trouve pas, ?a se prend. Il y a quelque temps, Le Monde Diplo m'a propos? d'?crire de petites notes de lecture pour eux. Ouais, quand m?me, rien que de l'?crire, ?a me fait quelque chose... il faut bien avouer que Le Diplo,...

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