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Le cimeti?re des ?l?phants

Mais où sont donc passés les socialistes ?

Été indienVendredi, c'était ma journée troisième âge. C'est un peu abrupt, dit comme cela et ce n'est pas un exact reflet de la réalité. Disons qu'en d'autres temps, j'avais promis à un ami de veiller sur ses parents qui habitent nettement plus près de chez moi que de chez lui. C'était un deal honorable. Puis notre amitié s'est dissoute dans un océan de non-dits et sont restés les parents et ma promesse. Je me suis posé la question un moment avant de décider qu'une promesse est quelque chose de bien trop sérieux pour en faire un aléa circonstanciel. Et puis aussi, je n'avais aucune raison objective de punir de petits vieux qui ont toujours été parfaitement adorables avec moi.

J'avais un peu relâché le service ces derniers temps. Ça, comme le reste : je fais rarement dans le détail. Pas envie de montrer ma face obscure. Et puis, plus de voiture, ça aide beaucoup à distendre les relations intervillages dans mon coin de planète de grande ruralité. Ce qui aboutit toujours à des arbitrages à la con : se chauffer ou se déplacer. Que la question se soit imposée à moi en plein mois d'août ne change rien à la logique du choix final. Quand j'aurais brûlé la dernière goutte de fuel de la cuve, non seulement j'aurais eu froid, mais en plus j'aurais toujours été à pied, ce qui aurait grandement compromis ma capacité à gagner l'argent de la cuve suivante. Tandis que là, je vais peut-être me peler le cul dès la fin de l'été indien, mais au moins je pourrai continuer à quadriller la cambrousse. En attendant de résoudre mes problèmes de baignoire à mazout, je fais donc le plein de chaleur humaine.

La première visite était pour une de ses amies hospitalisée, grand-mère d'un autre ami, toujours en service actif. C'est rassurant de voir qu'au fil du temps, mon quota de pertes reste acceptable.
Elle se remet doucement d'une chute et d'un AVC, je ne sais plus dans quel ordre, le duo gagnant. Ce dont elle se remet moins bien, c'est de la vieillesse et de son hideux corollaire de dépendances. En gros, plus que ses jambes et son bras qui l'ont lâchée, c'est d'avoir perdu sa liberté de mouvement qui la mine au point où elle préférerait être morte du premier coup. Je comprends. Mais je ne peux pas approuver. Je trouve juste étrange que notre monde hypermédicalisé ne prenne pas du tout en compte les dépressions du troisième âge. On les perfuse, on les masse, on les rafistole, on les maintient vaguement en fonctionnement, et on s'étonne ensuite de les voir pleurer leur déchéance physique et leur peur de la mort. C'est pourtant terriblement humain. Mais on préfère les gaver d'antidépresseurs, histoire de ne pas épouvanter les familles démoralisées par toutes ces larmes de désespoir qui ne parviennent même plus à s'écouler dans les canyons que le temps a creusés dans leurs visages.
Du coup, je repense à une émission vue sur Arte où des médecins un peu expérimentateurs testent des trips de LSD sur les cancéreux en phase terminale. Juste pour apprivoiser la mort et la peur qui rôdent et gâchent souvent leurs derniers instants. Ça lui ferait du bien, un bon trip de LSD, bien plus que mes petites phrases vides pour lui rappeler qu'il y a toujours quelques bons moments à grappiller, jusqu'au bout, mais bon, même sans hallucinogènes, j'arrive à lui arracher quelques maigres sourires et c'est toujours ça de gagné !

La deuxième grand-mère, je ne la connais pas. Elle vit encore chez elle, mais sur elle aussi, l'étreinte du temps se fait sentir. Le temps et la vie. La chienne de vie et ses coups de pute que tu ne souhaiterais même pas à ton pire ennemi. Elle, elle a morflé, question coups de pute, ça, je le savais avant de la voir. J'aime bien le bleu délavé de ses yeux un peu gonflés, de larmes ou de lassitude, je ne sais pas, probablement un peu des deux. Ses traits ont fondu sous les assauts du temps, mais j'entrevois, ici et là, les vestiges de la femme qu'elle a été : une arrête nasale encore vive, un menton pas encore complètement effacé et une vivacité d'esprit que rien n'a encore totalement fait sombrer. J'aimerais tellement la photographier, mais j'ai déjà eu quelques discussions malheureuses avec des femmes comme elles, qui ne se reconnaissent plus depuis longtemps dans le miroir et qui refusent de fixer sur une photo ce que la vie leur a fait subir. Je me contente de photographier son lierre automnal et la laisse papoter avec sa copine un peu perdue de vue. Comme trop souvent, à ces âges.

Je crois qu'elle a suivi le cours de mes pensées, parce qu'elle me dit, alors que je la raccompagne chez elle après notre tournée des vieilles popotes : Vous savez, Agnès, à l'intérieur de moi, je n'aurai jamais mon âge.
Ça aussi, je comprends.

C'est sur le chemin du retour que je suis assaillie par l'odeur reconnaissable entre toutes du métal trop chaud. Quiconque a roulé en guimbarde sait très exactement de quoi je parle, de ce fumet qui anticipe parfois de fort peu le chant du cygne de la voiture. Je vérifie mon frein à main : parfaitement desserré. L'odeur s'accentue. Il y a, à présent, une note d'huile brûlée qui prend le dessus. Je n'ai la Saxo que depuis trois semaines et elle tourne comme une horloge. Je pensais qu'elle me laisserait tranquille plus longtemps. Mon garagiste m'avait félicitée pour la pertinence de mon choix. Trois semaines du pur bonheur d'une voiture qui démarre au quart de tour, qui ronronne doucement, qui me conduit sans à-coup du point A au point B et tout ça avec la consommation d'un dromadaire de compétition. Toujours aucun voyant suspect, aucune sensation étrange de conduite et ça sent la friture de moteur à plein pif.
Et puis, je le vois. Le petit panache de fumée qui s'élève du train arrière... de la Clio devant moi. Papet se traîne sur la départementale, parce que Papet a oublié de desserrer son frein à main.

Première rafale de feux de croisement. Les gars en face le prennent pour eux.
Seconde rafale, pause rapide, je remets ça. Je n'aime pas klaxonner. Je ne sais jamais où est le couineur. Finalement la Clio rouge s'immobilise sur le bas-côté. Je sors à la rencontre du Papet.

  • Ça alors, Agnès ! Mais je ne t'aurais jamais reconnue. Mais quelle silhouette tu as, à présent !
Ça doit bien faire deux ans que je n'ai pas vu Le Basque. Bon marcheur. Grand dragueur. Ségoliniste impénitent. Je suis sur sa mailing-list politique, mais depuis la fin de la primaire socialiste, il a pris un petit coup de mou. Ça me fait juste un immense plaisir de le revoir.
  • Et ouais, tu as vu ça ? Ça ne rigole plus !
Et je lui fais la danse des Cachous Lajaunie pour rigoler.
  • Cela dit, je ne t'ai pas fait arrêter sur le bas-côté pour vanter mes nouvelles mensurations, mais bien pour te prévenir que tu es en train de cramer ton système de freinage.
  • De quoi ?
  • Tu as oublié de desserrer ton frein à main, tu fumes depuis Manciet.
  • Oh putain, tu as raison ! Ça ne m'est jamais arrivé ! Oh là là.
Ça fume de partout. Je ne suis pas certaine de l'avoir prévenu à temps. Mais ce n'est pas trop grave.
  • Tu sais quoi ? Ce serait sympa qu'on se refasse une course en montagne, très bientôt.
  • Ben là, mon dos me fait un peu des misères, mais sinon, c'est une bonne idée.

Finalement, la petite voiture roule toujours aussi bien. C'est peu et c'est déjà beaucoup. Il fera encore chaud demain. Et après, on verra bien.

Quant aux socialistes, ils ont voté pour une promesse et ils savent déjà qu'ils ont été trahis. Je le savais avant, mais comme le disait un pote : au moins, ils seront plus cool avec les étrangers.
Ben, même pas ça !
Les prolos et les bonnes âmes sont toujours les grands cocus du bal politique : il y a cinq ans, on leur promettait de gagner plus ; il y a cinq mois, on leur vendait du changement. Et au final, tout se passe exactement comme s'ils n'étaient que des figurants de leur propre vie. Je pense qu'au prochain cirque électoral, on pourra aussi bien voter pour une couille de hamster, vu l'état de notre démocratie, ça ne fera pas plus de différence qu'autre chose.

Alors quoi, où je voulais en venir avec mes histoires sans queue ni tête ?
Nulle part.
Exactement comme pour tout le reste : Nulle part !

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Le cimeti?re des ?l?phants

Mais où sont donc passés les socialistes ?

Été indienVendredi, c'était ma journée troisième âge. C'est un peu abrupt, dit comme cela et ce n'est pas un exact reflet de la réalité. Disons qu'en d'autres temps, j'avais promis à un ami de veiller sur ses parents qui habitent nettement plus près de chez moi que de chez lui. C'était un deal honorable. Puis notre amitié s'est dissoute dans un océan de non-dits et sont restés les parents et ma promesse. Je me suis posé la question un moment avant de décider qu'une promesse est quelque chose de bien trop sérieux pour en faire un aléa circonstanciel. Et puis aussi, je n'avais aucune raison objective de punir de petits vieux qui ont toujours été parfaitement adorables avec moi.

J'avais un peu relâché le service ces derniers temps. Ça, comme le reste : je fais rarement dans le détail. Pas envie de montrer ma face obscure. Et puis, plus de voiture, ça aide beaucoup à distendre les relations intervillages dans mon coin de planète de grande ruralité. Ce qui aboutit toujours à des arbitrages à la con : se chauffer ou se déplacer. Que la question se soit imposée à moi en plein mois d'août ne change rien à la logique du choix final. Quand j'aurais brûlé la dernière goutte de fuel de la cuve, non seulement j'aurais eu froid, mais en plus j'aurais toujours été à pied, ce qui aurait grandement compromis ma capacité à gagner l'argent de la cuve suivante. Tandis que là, je vais peut-être me peler le cul dès la fin de l'été indien, mais au moins je pourrai continuer à quadriller la cambrousse. En attendant de résoudre mes problèmes de baignoire à mazout, je fais donc le plein de chaleur humaine.

La première visite était pour une de ses amies hospitalisée, grand-mère d'un autre ami, toujours en service actif. C'est rassurant de voir qu'au fil du temps, mon quota de pertes reste acceptable.
Elle se remet doucement d'une chute et d'un AVC, je ne sais plus dans quel ordre, le duo gagnant. Ce dont elle se remet moins bien, c'est de la vieillesse et de son hideux corollaire de dépendances. En gros, plus que ses jambes et son bras qui l'ont lâchée, c'est d'avoir perdu sa liberté de mouvement qui la mine au point où elle préférerait être morte du premier coup. Je comprends. Mais je ne peux pas approuver. Je trouve juste étrange que notre monde hypermédicalisé ne prenne pas du tout en compte les dépressions du troisième âge. On les perfuse, on les masse, on les rafistole, on les maintient vaguement en fonctionnement, et on s'étonne ensuite de les voir pleurer leur déchéance physique et leur peur de la mort. C'est pourtant terriblement humain. Mais on préfère les gaver d'antidépresseurs, histoire de ne pas épouvanter les familles démoralisées par toutes ces larmes de désespoir qui ne parviennent même plus à s'écouler dans les canyons que le temps a creusés dans leurs visages.
Du coup, je repense à une émission vue sur Arte où des médecins un peu expérimentateurs testent des trips de LSD sur les cancéreux en phase terminale. Juste pour apprivoiser la mort et la peur qui rôdent et gâchent souvent leurs derniers instants. Ça lui ferait du bien, un bon trip de LSD, bien plus que mes petites phrases vides pour lui rappeler qu'il y a toujours quelques bons moments à grappiller, jusqu'au bout, mais bon, même sans hallucinogènes, j'arrive à lui arracher quelques maigres sourires et c'est toujours ça de gagné !

La deuxième grand-mère, je ne la connais pas. Elle vit encore chez elle, mais sur elle aussi, l'étreinte du temps se fait sentir. Le temps et la vie. La chienne de vie et ses coups de pute que tu ne souhaiterais même pas à ton pire ennemi. Elle, elle a morflé, question coups de pute, ça, je le savais avant de la voir. J'aime bien le bleu délavé de ses yeux un peu gonflés, de larmes ou de lassitude, je ne sais pas, probablement un peu des deux. Ses traits ont fondu sous les assauts du temps, mais j'entrevois, ici et là, les vestiges de la femme qu'elle a été : une arrête nasale encore vive, un menton pas encore complètement effacé et une vivacité d'esprit que rien n'a encore totalement fait sombrer. J'aimerais tellement la photographier, mais j'ai déjà eu quelques discussions malheureuses avec des femmes comme elles, qui ne se reconnaissent plus depuis longtemps dans le miroir et qui refusent de fixer sur une photo ce que la vie leur a fait subir. Je me contente de photographier son lierre automnal et la laisse papoter avec sa copine un peu perdue de vue. Comme trop souvent, à ces âges.

Je crois qu'elle a suivi le cours de mes pensées, parce qu'elle me dit, alors que je la raccompagne chez elle après notre tournée des vieilles popotes : Vous savez, Agnès, à l'intérieur de moi, je n'aurai jamais mon âge.
Ça aussi, je comprends.

C'est sur le chemin du retour que je suis assaillie par l'odeur reconnaissable entre toutes du métal trop chaud. Quiconque a roulé en guimbarde sait très exactement de quoi je parle, de ce fumet qui anticipe parfois de fort peu le chant du cygne de la voiture. Je vérifie mon frein à main : parfaitement desserré. L'odeur s'accentue. Il y a, à présent, une note d'huile brûlée qui prend le dessus. Je n'ai la Saxo que depuis trois semaines et elle tourne comme une horloge. Je pensais qu'elle me laisserait tranquille plus longtemps. Mon garagiste m'avait félicitée pour la pertinence de mon choix. Trois semaines du pur bonheur d'une voiture qui démarre au quart de tour, qui ronronne doucement, qui me conduit sans à-coup du point A au point B et tout ça avec la consommation d'un dromadaire de compétition. Toujours aucun voyant suspect, aucune sensation étrange de conduite et ça sent la friture de moteur à plein pif.
Et puis, je le vois. Le petit panache de fumée qui s'élève du train arrière... de la Clio devant moi. Papet se traîne sur la départementale, parce que Papet a oublié de desserrer son frein à main.

Première rafale de feux de croisement. Les gars en face le prennent pour eux.
Seconde rafale, pause rapide, je remets ça. Je n'aime pas klaxonner. Je ne sais jamais où est le couineur. Finalement la Clio rouge s'immobilise sur le bas-côté. Je sors à la rencontre du Papet.

  • Ça alors, Agnès ! Mais je ne t'aurais jamais reconnue. Mais quelle silhouette tu as, à présent !
Ça doit bien faire deux ans que je n'ai pas vu Le Basque. Bon marcheur. Grand dragueur. Ségoliniste impénitent. Je suis sur sa mailing-list politique, mais depuis la fin de la primaire socialiste, il a pris un petit coup de mou. Ça me fait juste un immense plaisir de le revoir.
  • Et ouais, tu as vu ça ? Ça ne rigole plus !
Et je lui fais la danse des Cachous Lajaunie pour rigoler.
  • Cela dit, je ne t'ai pas fait arrêter sur le bas-côté pour vanter mes nouvelles mensurations, mais bien pour te prévenir que tu es en train de cramer ton système de freinage.
  • De quoi ?
  • Tu as oublié de desserrer ton frein à main, tu fumes depuis Manciet.
  • Oh putain, tu as raison ! Ça ne m'est jamais arrivé ! Oh là là.
Ça fume de partout. Je ne suis pas certaine de l'avoir prévenu à temps. Mais ce n'est pas trop grave.
  • Tu sais quoi ? Ce serait sympa qu'on se refasse une course en montagne, très bientôt.
  • Ben là, mon dos me fait un peu des misères, mais sinon, c'est une bonne idée.

Finalement, la petite voiture roule toujours aussi bien. C'est peu et c'est déjà beaucoup. Il fera encore chaud demain. Et après, on verra bien.

Quant aux socialistes, ils ont voté pour une promesse et ils savent déjà qu'ils ont été trahis. Je le savais avant, mais comme le disait un pote : au moins, ils seront plus cool avec les étrangers.
Ben, même pas ça !
Les prolos et les bonnes âmes sont toujours les grands cocus du bal politique : il y a cinq ans, on leur promettait de gagner plus ; il y a cinq mois, on leur vendait du changement. Et au final, tout se passe exactement comme s'ils n'étaient que des figurants de leur propre vie. Je pense qu'au prochain cirque électoral, on pourra aussi bien voter pour une couille de hamster, vu l'état de notre démocratie, ça ne fera pas plus de différence qu'autre chose.

Alors quoi, où je voulais en venir avec mes histoires sans queue ni tête ?
Nulle part.
Exactement comme pour tout le reste : Nulle part !

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Le cimeti?re des ?l?phants

Mais où sont donc passés les socialistes ?

Été indienVendredi, c'était ma journée troisième âge. C'est un peu abrupt, dit comme cela et ce n'est pas un exact reflet de la réalité. Disons qu'en d'autres temps, j'avais promis à un ami de veiller sur ses parents qui habitent nettement plus près de chez moi que de chez lui. C'était un deal honorable. Puis notre amitié s'est dissoute dans un océan de non-dits et sont restés les parents et ma promesse. Je me suis posé la question un moment avant de décider qu'une promesse est quelque chose de bien trop sérieux pour en faire un aléa circonstanciel. Et puis aussi, je n'avais aucune raison objective de punir de petits vieux qui ont toujours été parfaitement adorables avec moi.

J'avais un peu relâché le service ces derniers temps. Ça, comme le reste : je fais rarement dans le détail. Pas envie de montrer ma face obscure. Et puis, plus de voiture, ça aide beaucoup à distendre les relations intervillages dans mon coin de planète de grande ruralité. Ce qui aboutit toujours à des arbitrages à la con : se chauffer ou se déplacer. Que la question se soit imposée à moi en plein mois d'août ne change rien à la logique du choix final. Quand j'aurais brûlé la dernière goutte de fuel de la cuve, non seulement j'aurais eu froid, mais en plus j'aurais toujours été à pied, ce qui aurait grandement compromis ma capacité à gagner l'argent de la cuve suivante. Tandis que là, je vais peut-être me peler le cul dès la fin de l'été indien, mais au moins je pourrai continuer à quadriller la cambrousse. En attendant de résoudre mes problèmes de baignoire à mazout, je fais donc le plein de chaleur humaine.

La première visite était pour une de ses amies hospitalisée, grand-mère d'un autre ami, toujours en service actif. C'est rassurant de voir qu'au fil du temps, mon quota de pertes reste acceptable.
Elle se remet doucement d'une chute et d'un AVC, je ne sais plus dans quel ordre, le duo gagnant. Ce dont elle se remet moins bien, c'est de la vieillesse et de son hideux corollaire de dépendances. En gros, plus que ses jambes et son bras qui l'ont lâchée, c'est d'avoir perdu sa liberté de mouvement qui la mine au point où elle préférerait être morte du premier coup. Je comprends. Mais je ne peux pas approuver. Je trouve juste étrange que notre monde hypermédicalisé ne prenne pas du tout en compte les dépressions du troisième âge. On les perfuse, on les masse, on les rafistole, on les maintient vaguement en fonctionnement, et on s'étonne ensuite de les voir pleurer leur déchéance physique et leur peur de la mort. C'est pourtant terriblement humain. Mais on préfère les gaver d'antidépresseurs, histoire de ne pas épouvanter les familles démoralisées par toutes ces larmes de désespoir qui ne parviennent même plus à s'écouler dans les canyons que le temps a creusés dans leurs visages.
Du coup, je repense à une émission vue sur Arte où des médecins un peu expérimentateurs testent des trips de LSD sur les cancéreux en phase terminale. Juste pour apprivoiser la mort et la peur qui rôdent et gâchent souvent leurs derniers instants. Ça lui ferait du bien, un bon trip de LSD, bien plus que mes petites phrases vides pour lui rappeler qu'il y a toujours quelques bons moments à grappiller, jusqu'au bout, mais bon, même sans hallucinogènes, j'arrive à lui arracher quelques maigres sourires et c'est toujours ça de gagné !

La deuxième grand-mère, je ne la connais pas. Elle vit encore chez elle, mais sur elle aussi, l'étreinte du temps se fait sentir. Le temps et la vie. La chienne de vie et ses coups de pute que tu ne souhaiterais même pas à ton pire ennemi. Elle, elle a morflé, question coups de pute, ça, je le savais avant de la voir. J'aime bien le bleu délavé de ses yeux un peu gonflés, de larmes ou de lassitude, je ne sais pas, probablement un peu des deux. Ses traits ont fondu sous les assauts du temps, mais j'entrevois, ici et là, les vestiges de la femme qu'elle a été : une arrête nasale encore vive, un menton pas encore complètement effacé et une vivacité d'esprit que rien n'a encore totalement fait sombrer. J'aimerais tellement la photographier, mais j'ai déjà eu quelques discussions malheureuses avec des femmes comme elles, qui ne se reconnaissent plus depuis longtemps dans le miroir et qui refusent de fixer sur une photo ce que la vie leur a fait subir. Je me contente de photographier son lierre automnal et la laisse papoter avec sa copine un peu perdue de vue. Comme trop souvent, à ces âges.

Je crois qu'elle a suivi le cours de mes pensées, parce qu'elle me dit, alors que je la raccompagne chez elle après notre tournée des vieilles popotes : Vous savez, Agnès, à l'intérieur de moi, je n'aurai jamais mon âge.
Ça aussi, je comprends.

C'est sur le chemin du retour que je suis assaillie par l'odeur reconnaissable entre toutes du métal trop chaud. Quiconque a roulé en guimbarde sait très exactement de quoi je parle, de ce fumet qui anticipe parfois de fort peu le chant du cygne de la voiture. Je vérifie mon frein à main : parfaitement desserré. L'odeur s'accentue. Il y a, à présent, une note d'huile brûlée qui prend le dessus. Je n'ai la Saxo que depuis trois semaines et elle tourne comme une horloge. Je pensais qu'elle me laisserait tranquille plus longtemps. Mon garagiste m'avait félicitée pour la pertinence de mon choix. Trois semaines du pur bonheur d'une voiture qui démarre au quart de tour, qui ronronne doucement, qui me conduit sans à-coup du point A au point B et tout ça avec la consommation d'un dromadaire de compétition. Toujours aucun voyant suspect, aucune sensation étrange de conduite et ça sent la friture de moteur à plein pif.
Et puis, je le vois. Le petit panache de fumée qui s'élève du train arrière... de la Clio devant moi. Papet se traîne sur la départementale, parce que Papet a oublié de desserrer son frein à main.

Première rafale de feux de croisement. Les gars en face le prennent pour eux.
Seconde rafale, pause rapide, je remets ça. Je n'aime pas klaxonner. Je ne sais jamais où est le couineur. Finalement la Clio rouge s'immobilise sur le bas-côté. Je sors à la rencontre du Papet.

  • Ça alors, Agnès ! Mais je ne t'aurais jamais reconnue. Mais quelle silhouette tu as, à présent !
Ça doit bien faire deux ans que je n'ai pas vu Le Basque. Bon marcheur. Grand dragueur. Ségoliniste impénitent. Je suis sur sa mailing-list politique, mais depuis la fin de la primaire socialiste, il a pris un petit coup de mou. Ça me fait juste un immense plaisir de le revoir.
  • Et ouais, tu as vu ça ? Ça ne rigole plus !
Et je lui fais la danse des Cachous Lajaunie pour rigoler.
  • Cela dit, je ne t'ai pas fait arrêter sur le bas-côté pour vanter mes nouvelles mensurations, mais bien pour te prévenir que tu es en train de cramer ton système de freinage.
  • De quoi ?
  • Tu as oublié de desserrer ton frein à main, tu fumes depuis Manciet.
  • Oh putain, tu as raison ! Ça ne m'est jamais arrivé ! Oh là là.
Ça fume de partout. Je ne suis pas certaine de l'avoir prévenu à temps. Mais ce n'est pas trop grave.
  • Tu sais quoi ? Ce serait sympa qu'on se refasse une course en montagne, très bientôt.
  • Ben là, mon dos me fait un peu des misères, mais sinon, c'est une bonne idée.

Finalement, la petite voiture roule toujours aussi bien. C'est peu et c'est déjà beaucoup. Il fera encore chaud demain. Et après, on verra bien.

Quant aux socialistes, ils ont voté pour une promesse et ils savent déjà qu'ils ont été trahis. Je le savais avant, mais comme le disait un pote : au moins, ils seront plus cool avec les étrangers.
Ben, même pas ça !
Les prolos et les bonnes âmes sont toujours les grands cocus du bal politique : il y a cinq ans, on leur promettait de gagner plus ; il y a cinq mois, on leur vendait du changement. Et au final, tout se passe exactement comme s'ils n'étaient que des figurants de leur propre vie. Je pense qu'au prochain cirque électoral, on pourra aussi bien voter pour une couille de hamster, vu l'état de notre démocratie, ça ne fera pas plus de différence qu'autre chose.

Alors quoi, où je voulais en venir avec mes histoires sans queue ni tête ?
Nulle part.
Exactement comme pour tout le reste : Nulle part !

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Les risques du m?tier

Les grandes guerres impérialistes avaient débité de la gueule cassée à la tonne, la grande guerre du capitalisme dégueule ses corps brisés sans même s'en soucier.

ForgeronElle s'extrait de la voiture à grand-peine, à la fois raide et voûtée, et avance vers moi en traînant la patte. Je la sens engoncée dans son corset de douleur et cela fait déjà deux mois que ça dure. Ça doit lui faire mal à gueuler, sinon, elle aurait à cœur de faire comme si de rien n'était. C'est que c'est une dure à cuire, la Jeannette, assez rugueuse et pourtant immensément généreuse quand elle décide enfin d'accorder sa confiance.
C'est sa force de travail qui a forcé mon admiration au départ. Été comme hiver, il faut vraiment un temps de chacal pour l'empêcher d'aller trimer aux vignes. C'est physique les vignes, mais bizarrement, par ici, c'est de plus en plus un boulot de femmes. Donc elle se fait cramer la couenne ou geler les orteils par tous les temps. Et vas-y que je te rabats les flèches, et que je te tire les sarments et que je te taille les grappes ! Déjà l'année dernière, elle avait été arrêtée, puis opérée. Le canal carpien. Ou plutôt on devrait dire les canaux carpiens, mais ça sonne moche. C'est qu'en plus des vignes, il y a les canards. Toujours besoin de bras, les canards. Et ça tombe bien, c'est la nuit. La nuit, elle cueille les palmipèdes dans leur sommeil pour les transferts à l'abattoir. Avant l'aube, c'est pour le gavage. Hop, elle choppe le bestiau, le colle sous son coude, bien serré, paf, elle le gave et elle passe au suivant. C'est bien parce que ça lui permet d'être à la maison pour réveiller les gosses et les emmener à l'école. Cela dit, à force de tirer sur les bras, ça a tendance à coincer. Luxation à l'épaule. Tendinites à répétition aux coudes. Plus les canaux carpiens. Je m'en souviens bien de cette période, elle ne pouvait même plus s'habiller seule. Pour pisser, il lui avait fallu se tortiller pendant des plombes pour réussir à virer la culotte.

Quand le coup des canaux carpiens a passé, je me suis dit qu'elle allait enfin aller mieux. Mais ça n'a pas duré. Là, c'est le dos qui l'a lâchée. Faut dire que lui aussi, il prend cher, et depuis longtemps. Parce qu'en plus de la vigne le jour et les canards la nuit, elle se fait des extra le WE. Je crois qu'elle fait le service au circuit automobile. Pour compléter. Elles sont pas mal à compléter, par ici. Forcément, ça force le respect, tout ça. Ça lui fait aussi des journées bien remplies. En tout cas plus que son porte-feuille. Je me demande si elle continue les ménages. Une heure par ci, une autre par là.
Elle ne se plaint pas. Elle a son caractère. Sa fierté. Un jour, je lui ai dit qu'elle m'épatait. Mais je crois qu'elle a pensé que je me payais sa fiole.
L'autre jour, j'ai croisé son ex. On a parlé de son dos, de ses douleurs à répétition, du fait qu'elle ne peut plus arquer. Que je crois sincèrement que c'est quelqu'un de solide qui est juste en train de se tuer à la tâche. Que son corps la lâche, irrémédiablement. Qu'il lui faudrait un autre boulot, d'urgence.
  • Mais qu'est-ce que tu veux ? Par ici, sans avoir bossé assez à l'école, y a pas vraiment le choix.
Alors ça traîne. On lui a filé des antidouleurs, un peu de kiné. Rien n'y fait : elle se traîne comme une petite vieille et ça la rend furieuse. Je comprends. Moi aussi, ça me rendrait furieuse.
Ah oui, j'oubliais : elle est plus jeune que moi.

  • Vous direz ce que vous voudrez, c'est une hernie discale, j'en suis sûre !
Elle sait de quoi elle parle, Isabelle. Quelques années de caisse, avec la nouvelle flexibilité. Officiellement, elle est caissière. En vrai, elle fait tout : réception des camions, conduire le transpalette, décharger les cartons, la mise en rayon, nettoyer le magasin, trier et virer les invendus. Et la caisse aussi. 3000 articles de l'heure. Plus l'encaissement et tout. Faites vos comptes : si elle était payée à la tonne déplacée, elle serait millionnaire. En euros. Au lieu de cela, un beau matin, elle n'a pas pu sortir de son lit. Coincée. À mort. Un peu comme Jeannette. Un mal de chien que rien ne calme.
  • Tu étais en accident de travail au moins ?
  • Tu parles, le médecin du travail a dit que ça n'avait rien à voir avec le boulot.
Donc tarif sécu, perte de salaire et corps médical en mode placebo. Au bout du compte, elle en a eu ras le cul d'être handicapée et elle a fait le forcing jusqu'à un service hospitalier de métropole régionale. IRM et paf, le verdict : hernie discale. Depuis l'opération, elle est soulagée et elle a repris le boulot normalement. Elle laisse les packs de flotte et de lait au fond du caddie. Elle tente de s'économiser. Mais là aussi, c'est un boulot exigeant pour l'organisme, traumatisant pour les articulations. Elle fait gaffe.
Elle aussi, elle est plus jeune que moi.

J'en connais plein des comme ça. Le menuisier qui s'est fait aplatir l'index dans le tour et qu'on n'a pas jugé utile d'envoyer en clinique de la main. Ou ce maçon, à peine plus vieux que moi qui a perdu une partie de la flexibilité de ses doigts et à qui on a répondu qu'il allait devoir faire avec. Et ces dos, tous ces dos ! Ils disent que c'est la maladie du siècle. Je réponds que c'est le symptôme du productivisme, de l'indifférence de la machine envers ceux qu'elle utilise chaque jour, qu'elle broie et qu'elle jette quand elle ne peut plus rien en tirer. Sans compter tous les autres, comme le technicien offset qui a sniffé des solvants toute sa vie, mais qui claquera un peu après son pot de retraite, d'un cancer du sang ou des voies respiratoires. Ou tous ces agriculteurs à qui ont n'a pas toujours dit qu'il fallait s'habiller comme un astronaute pour manipuler leurs putains de produits. Qui ne s'étonnent même pas qu'il faille une combinaison intégrale pour traiter ce que l'on doit manger plus tard. Qui, quand on leur parle toxicité des phytosanitaires, lèvent les yeux au ciel et te répondent que ce n'est pas si cher payé pour avoir le privilège de nourrir sa famille.

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Les risques du m?tier

Les grandes guerres impérialistes avaient débité de la gueule cassée à la tonne, la grande guerre du capitalisme dégueule ses corps brisés sans même s'en soucier.

ForgeronElle s'extrait de la voiture à grand-peine, à la fois raide et voûtée, et avance vers moi en traînant la patte. Je la sens engoncée dans son corset de douleur et cela fait déjà deux mois que ça dure. Ça doit lui faire mal à gueuler, sinon, elle aurait à cœur de faire comme si de rien n'était. C'est que c'est une dure à cuire, la Jeannette, assez rugueuse et pourtant immensément généreuse quand elle décide enfin d'accorder sa confiance.
C'est sa force de travail qui a forcé mon admiration au départ. Été comme hiver, il faut vraiment un temps de chacal pour l'empêcher d'aller trimer aux vignes. C'est physique les vignes, mais bizarrement, par ici, c'est de plus en plus un boulot de femmes. Donc elle se fait cramer la couenne ou geler les orteils par tous les temps. Et vas-y que je te rabats les flèches, et que je te tire les sarments et que je te taille les grappes ! Déjà l'année dernière, elle avait été arrêtée, puis opérée. Le canal carpien. Ou plutôt on devrait dire les canaux carpiens, mais ça sonne moche. C'est qu'en plus des vignes, il y a les canards. Toujours besoin de bras, les canards. Et ça tombe bien, c'est la nuit. La nuit, elle cueille les palmipèdes dans leur sommeil pour les transferts à l'abattoir. Avant l'aube, c'est pour le gavage. Hop, elle choppe le bestiau, le colle sous son coude, bien serré, paf, elle le gave et elle passe au suivant. C'est bien parce que ça lui permet d'être à la maison pour réveiller les gosses et les emmener à l'école. Cela dit, à force de tirer sur les bras, ça a tendance à coincer. Luxation à l'épaule. Tendinites à répétition aux coudes. Plus les canaux carpiens. Je m'en souviens bien de cette période, elle ne pouvait même plus s'habiller seule. Pour pisser, il lui avait fallu se tortiller pendant des plombes pour réussir à virer la culotte.

Quand le coup des canaux carpiens a passé, je me suis dit qu'elle allait enfin aller mieux. Mais ça n'a pas duré. Là, c'est le dos qui l'a lâchée. Faut dire que lui aussi, il prend cher, et depuis longtemps. Parce qu'en plus de la vigne le jour et les canards la nuit, elle se fait des extra le WE. Je crois qu'elle fait le service au circuit automobile. Pour compléter. Elles sont pas mal à compléter, par ici. Forcément, ça force le respect, tout ça. Ça lui fait aussi des journées bien remplies. En tout cas plus que son porte-feuille. Je me demande si elle continue les ménages. Une heure par ci, une autre par là.
Elle ne se plaint pas. Elle a son caractère. Sa fierté. Un jour, je lui ai dit qu'elle m'épatait. Mais je crois qu'elle a pensé que je me payais sa fiole.
L'autre jour, j'ai croisé son ex. On a parlé de son dos, de ses douleurs à répétition, du fait qu'elle ne peut plus arquer. Que je crois sincèrement que c'est quelqu'un de solide qui est juste en train de se tuer à la tâche. Que son corps la lâche, irrémédiablement. Qu'il lui faudrait un autre boulot, d'urgence.
  • Mais qu'est-ce que tu veux ? Par ici, sans avoir bossé assez à l'école, y a pas vraiment le choix.
Alors ça traîne. On lui a filé des antidouleurs, un peu de kiné. Rien n'y fait : elle se traîne comme une petite vieille et ça la rend furieuse. Je comprends. Moi aussi, ça me rendrait furieuse.
Ah oui, j'oubliais : elle est plus jeune que moi.

  • Vous direz ce que vous voudrez, c'est une hernie discale, j'en suis sûre !
Elle sait de quoi elle parle, Isabelle. Quelques années de caisse, avec la nouvelle flexibilité. Officiellement, elle est caissière. En vrai, elle fait tout : réception des camions, conduire le transpalette, décharger les cartons, la mise en rayon, nettoyer le magasin, trier et virer les invendus. Et la caisse aussi. 3000 articles de l'heure. Plus l'encaissement et tout. Faites vos comptes : si elle était payée à la tonne déplacée, elle serait millionnaire. En euros. Au lieu de cela, un beau matin, elle n'a pas pu sortir de son lit. Coincée. À mort. Un peu comme Jeannette. Un mal de chien que rien ne calme.
  • Tu étais en accident de travail au moins ?
  • Tu parles, le médecin du travail a dit que ça n'avait rien à voir avec le boulot.
Donc tarif sécu, perte de salaire et corps médical en mode placebo. Au bout du compte, elle en a eu ras le cul d'être handicapée et elle a fait le forcing jusqu'à un service hospitalier de métropole régionale. IRM et paf, le verdict : hernie discale. Depuis l'opération, elle est soulagée et elle a repris le boulot normalement. Elle laisse les packs de flotte et de lait au fond du caddie. Elle tente de s'économiser. Mais là aussi, c'est un boulot exigeant pour l'organisme, traumatisant pour les articulations. Elle fait gaffe.
Elle aussi, elle est plus jeune que moi.

J'en connais plein des comme ça. Le menuisier qui s'est fait aplatir l'index dans le tour et qu'on n'a pas jugé utile d'envoyer en clinique de la main. Ou ce maçon, à peine plus vieux que moi qui a perdu une partie de la flexibilité de ses doigts et à qui on a répondu qu'il allait devoir faire avec. Et ces dos, tous ces dos ! Ils disent que c'est la maladie du siècle. Je réponds que c'est le symptôme du productivisme, de l'indifférence de la machine envers ceux qu'elle utilise chaque jour, qu'elle broie et qu'elle jette quand elle ne peut plus rien en tirer. Sans compter tous les autres, comme le technicien offset qui a sniffé des solvants toute sa vie, mais qui claquera un peu après son pot de retraite, d'un cancer du sang ou des voies respiratoires. Ou tous ces agriculteurs à qui ont n'a pas toujours dit qu'il fallait s'habiller comme un astronaute pour manipuler leurs putains de produits. Qui ne s'étonnent même pas qu'il faille une combinaison intégrale pour traiter ce que l'on doit manger plus tard. Qui, quand on leur parle toxicité des phytosanitaires, lèvent les yeux au ciel et te répondent que ce n'est pas si cher payé pour avoir le privilège de nourrir sa famille.

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Faut-il museler Valerie Trierweiler?

Pour ceux qui auraient raté les épisodes précédents : nous avons un nouveau président qui nous a promis plein de changements et qui commence par arriver au pouvoir même pas marié. En plus, sa copine, elle est journaliste et elle n'a pas l'intention de s'effacer devant la carrière de l'homme, à la surprise générale. Et non contente de ne pas rester à sa place, elle exprime des opinions.

Voilà l'objet du délit : un peu moins de 140 caractères sur le réseau social où tout le monde balance un peu tout et n'importe quoi. Franchement, c'est un non-événement absolu. Mais ce qui l'est moins, ce sont les réactions immédiates sur le réseau, des cris d'indignation, des accusations de règlements de comptes, de faute politique grave, d'absence d'un très hypothétique devoir de réserve et j'en passe.

Voilà donc une femme indépendante, autonome, qui lie sa vie avec un homme politique. Elle n'est pas la première, elle ne sera pas la dernière. Tant que François Hollande avait une envergure de flanc au caramel, tout le monde s'en foutait un peu de la nana avec laquelle il s'envoyait en l'air et de mon point de vue, c'est très bien comme cela et cela aurait pu continuer longtemps. Mais voilà, un troussage de domestique plus tard, et François est propulsé dans une campagne présidentielle à laquelle il n'osait même plus rêver le matin en se rasant, face au type le plus détesté de la Véme République. Et même comme ça, il passe juste, mais il passe et nous voilà avec un couple non marié à l'Élysée, ce qui est effectivement un grand changement, juste après le premier bébé présidentiel. C'est dire si on aime le changement, quand même, hein !

J'ai déjà dit que la personnalisation outrancière de la vie politique me sort d'autant plus par les trous de nez qu'elle débouche nécessairement sur sa pipolisation, c'est-à-dire le siphonnage de tout débat d'idées ou de société au profit d'une hystérie incantatoire autour de la personnalité — réelle ou supposée — du personnel politique. Autrement dit, c'est la condition indépassable pour pouvoir remplir du papier et des tuyaux multimédias par un fatras de déclarations sans aucune espèce d'importance pour noyer le poisson politique et masquer le fait que tout ce petit monde avance sans projet de société, sans marge de manœuvre et n'est qu'un troupeau d'exécutants à la solde d'instances décisionnaires non démocratiques. En gros, ça nous occupe, nous distrait et ne nous mène nulle part.

Donc, tout comme je me contrefoutais de Sarko, ses tics, ses vannes de pompier pyromane et son Sarkoshow vain et pitoyable, je me bats les steaks de Hollande, de sa photo sous-ex, de son régime (de sa diète, comme disent nos cousins d'outre-Atlantique à l'accent charmant), ses costards et sa prétendue simplicité (cela s'appelle juste du marketing politique ou comment on vous a fourgué la normalité de ce type comme argument de vente pour le job de Président) et encore plus de sa gonzesse. Ce qui m'intéresse, comme toujours, ce sont les actes, les décisions politiques et pour l'instant, de ce point de vue là, c'est loin d'être la fête du slip ; de vagues promesses et de la réforme conditionnelle qui ne remettent absolument rien en question des désastres sociaux de l'équipe Sarko, qui se contentent de petites opérations cosmétiques à la marge. Sur les retraites, par exemple, où l'on modifie quelques dispositions périphériques sans toucher à l'essentiel, ce qui revient à prendre acte du recul définitif de l'âge légal de la retraite.

Donc, on imagine à quel point j'ai été à la fois étonnée et indifférente quant au brouhaha médiatique vain qui a entouré l'arrivée de la copine du monsieur de l'Élysée. Je m'en fous. Je me fous d'ailleurs complètement qu'elle continue à exercer son métier de journaliste. Tout comme tout le monde se fout généralement de savoir que la majorité des organes de presse grand public de ce pays appartiennent à des amis intimes de l'ex-président. En terme d'influence, d'impartialité et de déontologie, je ne vois pas trop pourquoi la femme qui couche avec un homme politique est moins légitime pour continuer à bosser dans la presse que le gars qui est parrain du fils du président. À moins que la sujétion idéologique passe plus par les fluides sexuels que par les flux financiers, ce dont je doute fort.
Donc, passons encore ces tristes affaires où l'on considère par défaut qu'une femme journaliste perd forcément son indépendance d'esprit dans le lit d'un homme politique, alors que la relation inverse n'est jamais évoquée, à croire qu'il n'existe pas de femmes en politique ou que les hommes sont biologiquement immunisés contre la sujétion sexuelle ou financière. Et venons-en donc au vif du sujet : la place de la femme.

Parce qu'en gros, tout est là : la femme, cet éternel faire-valoir de l'homme public, cette assistante dévouée, image de marque de son seigneur et maître auquel elle doit soumettre son indépendance, qu'elle soit financière ou idéologique.
Ce que l'on reproche, dans un premier temps, à la copine du président, c'est d'avoir exprimé publiquement (enfin, pas pendant une conférence de presse, mais sur son compte Twitter) sa préférence pour un candidat. Ce qu'elle a parfaitement le droit de faire, il me semble, non ? De toute manière, en terme de conneries diverses et variées postées sur les réseaux sociaux, la dernière législature nous avait habitués à du grand n'importe quoi et à quelques belles saillies bouffonnes. Bref, on s'en fout. Pendant ce temps, ce qui est important, c'est le bordel en Grèce et en Espagne, le discours de l'Officiel devant le Conseil Économique et Social où il annonce grosso modo que la purge pourra commencer dès la fin de la pantalonnade électorale législative, ce genre de chose.

Mais voilà, ce qui intéresse le landerneau, c'est que la copine du Président n'a pas su rester à sa place, celle de la bonne potiche dont on peut détailler à longueur d'éditoriaux insipides et vains les efforts de toilette. Ce qui intéresse le microcosme politicomédiatique, c'est de casser de la femelle récalcitrante et en tant que féministe, ça finit par m'intéresser aussi. Et voilà comment je me suis retrouvée à défendre la copine du Président sur Twitter alors même que sa vie et son œuvre m’indiffèrent profondément. Parce que soudain, devant la violence des réactions, il m'est apparu que ce qu'elle venait de transgresser, c'est cet ordre bien établi qui, sous des discours paritaires de façade, entend bien verrouiller encore quelques bonnes décades la place des nanas loin de la sphère publique, loin des places stratégiques où tout se décide, sauf dans l'ombre du monsieur, sauf dans le jeu des confidences sur l'oreiller, toujours dans la bonne vieille époque des Putains de la République et des pourvoyeuses discrètes d'enfants cachés. La femme de l'homme public n'a pas le droit d'avoir ses opinions propres et sa liberté d'expression s'arrête là où commence le plan marketing du conjoint tout-puissant. Je rappelle que la question de la dépendance idéologique des femmes à leurs maris avait été la principale raison qui avait permis aux vieux cons cacochymes de repousser tant et plus le droit de vote des femmes. Les femmes n'ayant que l'opinion de leur mari et maître, leur donner un bulletin de vote revenait à permettre à l'homme marié de voter deux fois.
Ne rigolez pas, c'est encore tout frais, cette histoire de suffragettes et les préjugés sexistes qu'elle sous-tendait, comme cette stupide affaire de tweet le souligne.

Que les attaques contre la nana du président soient essentiellement sexistes ne fait pour moi aucun doute, comme en témoigne la nature des critiques qui lui sont faites. Mais plutôt que de m'épuiser à draguer les boues sordides du web encombrées depuis hier de propos inintéressants au possible, je vais juste porter à votre connaissance le malheureux papier pondu par un ennemi de classe que j'apprécie tout de même parfois et par ailleurs (les fautes sont d'origine).

Cherchez la Femme

Par Samuel, mardi 12 juin 2012

Valérie Treiweiler vient de commettre une énorme faute politique. Un merveilleux cadeau pour l'opposition, des ennuis à répétition pour François Hollande, avec un processus de réaction en chaîne, car on voir mal Ségolène rester les bras ballants avec un truc pareil, alors qu'elle lutte pour sa survie politique. Et le tout au pire moment, entre les deux tours des législatives...


Je rappelle l'objet de l'ÉnÔrme faute politique de la dame : un tweet de soutien pour un candidat socialo aux législatives. À la limite, si elle avait annoncé qu'elle soutenait un candidat FN, j'aurais compris que cela provoque quelques remous dans le marigot, tout en rappelant qu'elle aurait parfaitement le droit de ne pas du tout penser comme son mec. Quant à l'idée même de faute politique sur Twitter, j'invite tout un chacun d'aller se payer quelques bons fous rires sur les comptes de notre ancienne équipe gouvernementale : il y a là quelques bonnes pépites du genre.


Il est évident que Valérie règle ses comptes privés avec Ségolène.


Ceci est une assertion sortie du slip du narrateur. Il faut d'ailleurs toujours se méfier des évidences !

La nouvelle femme qui flingue l'ex, un grand classique. Que Ségolène Royal et Valérie Trierweiler s'expliquent vigoureusement, voire en viennent physiquement aux mains dans un cadre purement privé, c'est leur affaire.


Donc, en guise d'analyse, on passe directement en mode cliché, avec option crêpage de chignons. Parce que bien sûr, tout ce que les femelles savent faire dans la vie, c'est se battre pour le mâle dominant.

Mais que la vie privée du président et de sa famille aient des répercussions politiques, c'est autre chose. Cela révèle au grand jour ce que certains savaient, c'est que la situation "familiale" et notamment conjugale de François Hollande est compliquée.


Ce qui a des répercussions politiques, ce n'est pas la vie privée du président, c'est le fait que les journalistes se soient emballés sur ce petit os à ronger. Quant à dire que le président a une vie compliquée, cela implique qu'il transgresse la normalité nuptiale telle qu'elle est pensée par le commentateur, alors même que les couples en union libre et les familles recomposées sont devenus la norme dans notre société. Non, Hollande n'a pas une vie familiale compliquée, pour le coup, il en a même eu carrément bien banale et comme la plupart des adultes de notre pays, il gère sa polygamie verticale, autrement dit, ses ex.

Visiblement, il aime les harpies dominatrices.


Mais où serais-je allée pêcher l'idée de cette polémique est sexiste, hein ?

Chacun ses goûts et le SM, entre adultes consentants, n'est pas illégal. On voit ici, indirectement, la psychologie profonde de François Hollande, et on se demande s'il est vraiment taillé dans l'étoffe dont on fait les grands présidents (trop tard de toute façon...).


Je vous la résume avec mes mots à moi, pour que les choses soient bien claires pour tout le monde : un mec qui ne domine pas son gynécée, en gros, c'est qu'il n'a pas assez de couilles pour diriger un pays. Vous pouvez tenter de trouver une autre idée cachée dans cette fine analyse du père Authueil qui a déjà été nettement moins lamentable que ça.
En deuxième lecture, on comprend aussi qu'on n’est pas prêts d'avoir des femmes aux postes à responsabilités, postes à cojones !

Et en plus, il semble incapable d'empêcher les deux femmes de sa vie de se crêper le chignon en public.


Mais puisqu'on vous dit que le règlement de compte contre Valérie Treiweiler n'est pas sexiste !

Si en tant que président de la République, il n'a pas l'autorité pour empêcher sa compagne de sortir des trucs pareils en plein entre-deux-tours d'une élection cruciale, c'est grave et inquiétant pour la suite. A chaque visite officielle, on pourrait courir le risque de voir Valérie Trierweiler envoyer son verre à la figure de la femme d'un chef d'Etat étranger, ou quitter brusquement une manifestation officielle en claquant la porte...


En fait, c'est plutôt l'idée qu'en tant que mec, il devrait avoir autorité pour museler sa gonzesse, comme au bon vieux temps où les femmes juraient obéissance le jour de leur mariage. Voilà, ça c'est dans l'ordre des choses. Après, en tant que président, je ne pense pas qu'il ait une quelconque autorité pour empêcher quiconque d'exercer la liberté d'expression dans notre pays !
Une femme qui s'exprime ! C'est donc forcément une hystérique instable qui ne sait pas tenir son rang et qui va lui faire honte devant tout le monde. Elle n'a pas d'opinion, elle n'a pas de cerveau, elle est juste capable de réactions émotionnelles incontrôlables. C'est donc bien une femelle !

Deuxième problème majeur : la "première dame" fait de la politique. Et elle n'a pas attendu longtemps ! Pourtant, l'histoire très récente comme très ancienne montre bien qu'il n'est jamais bon que la femme du chef, que ce soit la légitime ou la favorite, exerce une quelconque influence sur la conduite des affaires du pays.


La copine du président n'est rien de spécial. Même si elle était sa femme, d'ailleurs. Cette manie de mêler les conjointes à l'apparat officiel a un relent monarchique que j'ai toujours trouvé nauséabond. Les femmes de présidents doivent parler chiffons, cuisine, couture et faire gentiment la charité pour montrer qu'elles ont du cœur. Elles sont donc bien des faire-valoir. Et n'ont pas le droit coutumier d'avoir une vie intellectuelle, professionnelle ou politique propre. On se souvient d'une certaine princesse qui s'était rebellée contre son statut de plante verte et qui l'avait assez cher payé. En gros, la place de la femme est bien la question centrale de cette histoire. Qui se préoccupe de la place de monsieur Merkel ?

Valérie Trierweiler vient d'envoyer un message que même Cécilia Sarkzoy n'aurait pas osé envoyer. Après ça, on va lui prêter une influence décisive, voir sa patte dans des nominations, des renvois, des choix politiques. Elle aura beau démentir, le mal est fait, elle a ouvert la boite de Pandore.


Ce qui est certain aussi, c'est que je ne comprends pas le cabinet élyséen de la nana du président. Après oui, il y a des chances qu'il parle boutique avec elle, tout comme il doit aussi en parler avec ses potes, sa famille, ses proches.

Pour François Hollande, c'est une épine dans le pied pendant 5 ans. Comme si l'exemple de son prédécesseur n'avait pas suffi...

Très immédiatement, François Hollande est devant un énorme problème. Il va devoir, publiquement, remettre de l'ordre dans sa vie privée.


Remettre de l'ordre dans sa vie privée... je vous laisse bien lire et bien savourer ses mots. Une femme qui pense et qui s'exprime, c'est forcément le bordel, l'anarchie, c'est la perte du contrôle de l'homme....

Ce n'est jamais agréable, mais quand en plus c'est dans l'urgence, quand tout part en vrille entre les deux tours d'une élection, c'est horrible. En plus, trancher entre les deux femmes est quelque chose devant lequel il a sans doute toujours reculé et fuit (comme tout homme normalement constitué). Il va également devoir gérer la fureur du fan-club de Ségolène. Et si par malheur pour Hollande, Ségolène est élue députée et dans la foulée présidente de l'Assemblée nationale, ça va être l'horreur s'il n'a pas purgé le problème. Déjà qu'elle est ingérable en temps normal, si en plus elle a un compte très personnel à régler, Ségolène Royal va être infecte.


Ah ben oui, une femme qui réglerait de supposés comptes personnels, c'est forcément infecte. Alors qu'un homme, c'est rationnel, c'est propre, c'est civilisé et ça ne pense jamais avec ses gonades !

Madame Trierweiler, au nom de toute l'opposition, merci de tout coeur !


Samuel, au nom du mouvement féministe entier, je te remercie pour cette belle saillie !

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