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	<title>CentPapiers &#187; Espace libre</title>
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	<description>Plateforme québécoise de journalisme citoyen</description>
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		<title>Oreilles en criss</title>
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		<pubDate>Tue, 31 Mar 2009 15:04:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Olivier Bruel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Arts]]></category>
		<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Espace libre]]></category>
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<p><span style="font-size: 8pt; font-family: Verdana;"></p>
<div id="attachment_6434" class="wp-caption alignnone" style="width: 504px"><img class="size-full wp-image-6434" title="Sauce Brune" src="http://www.centpapiers.com/wp-content/uploads/2009/03/saucebrune.jpg" alt="Photo : Espace Libre" width="494" height="329" /><p class="wp-caption-text">Photo : Espace Libre</p></div>
<p></span></p>
<p class="MsoNormal">
<p class="MsoNormal"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">En entrevue avec Aurélie Olivier, de l’hebdomadaire <em>Voir</em>, Simon Boudreau le confiait tout de go: «Au Québec, le sacre est lié à quelque chose de viscéral, d&#8217;instinctif, comme un débordement d&#8217;émotion». Quarante ans après Michel Tremblay, qui faisait entrer le joual dans la dramaturgie québécoise, Boudreau, l’improvisateur devenu auteur, tente d’élever le sacre au rang de langage.</span></p>
<p class="MsoNormal"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;"> </span></p>
<p class="MsoNormal"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">Comprenons-nous bien: malgré son dépouillement, il ne s’agit pas d’un langage universel mais de la <em>parlure</em> d’une classe sociale. Celle des oubliées de notre époque, des femmes qu’on ne voit plus.</span></p>
<p class="MsoNormal"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;"> </span></p>
<p class="MsoNormal"><em><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">Sauce brune</span></em><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;"> prend place dans un univers clos, secret et peu ragoûtant: la cuisine d’une cafétéria d’école secondaire, près de chez vous. Ce microcosme poisseux est garni de chaudrons et peuplé de quatre cantinières dont les heurts résument à la perfection des archaïsmes familiers: conflits d’autorité, jalousie, délation, commérages, humiliation, affrontement… mais aussi partage, solidarité, rire et confidences.</span></p>
<p class="MsoNormal"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;"> </span></p>
<p class="MsoNormal"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">Armande (Johanne Fontaine), la <em>chef cook</em>, est une figure maternelle – et probablement aussi paternelle – tiraillée entre l’autorité dont elle est investie, la crainte de perdre sa place, et une tendresse instinctive et maladroite. Sans horizon, elle vit <em>pour</em> et <em>par</em> la présence de ses trois jeunes assistantes: une «agace» au grand cœur (Marie-Ève Pelletier), une incarnation du cynisme (Anne Paquet) et une femme battue (Catherine Ruel).</span></p>
<p class="MsoNormal"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;"> </span></p>
<p class="MsoNormal"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">Dans cette société de femmes surchauffées, l’homme brille par son absence; il est prédateur ou, au mieux, proie. Le langage est aussi cru que cette matière brune que les femmes pétrissent, pèlent et coupent sans relâche, avant de la plonger au fond d’un gros chaudron.</span></p>
<p class="MsoNormal"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;"> </span></p>
<p class="MsoNormal"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">Brassée à feu vif, l’humanité des personnages remonte à la surface. Les sacres, qui surprenaient au début par leur accumulation, semblent disparaître et se révéler pour ce qu’ils sont: des béquilles pour l’émotion. Ça et là naissent de petites bulles de poésie (trop rares) qui suspendent l’énergie animale des cuisinières et passent comme de savoureux entremets…</span></p>
<p class="MsoNormal"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;"> </span></p>
<p class="MsoNormal"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">Née de l’initiative de Simon Boudreault, Marie-Ève Pelletier et Catherine Ruel, la jeune compagnie Simoniaques Théâtre vise à «créer de nouveaux langages dramatiques». La démonstration est ici fort convaincante, en dépit de quelques bredouillages bien excusables et de légers accrocs dans le rythme. On apprécie le retour théâtral de Johanne Fontaine dans un contre-emploi très masculin et chargé d’émotions contradictoires, passant du badinage à la colère, de la candeur à l’angoisse.</span></p>
<p class="MsoNormal"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;"> </span></p>
<p class="MsoNormal"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">Le spectateur en ressort le ventre et le cerveau pleins de cette «comédie brune», volontiers indigeste, voire scatologique, ayant notamment réalisé à la fin de la représentation un fantasme d’écolier particulièrement défoulant!</span></p>
<p class="MsoNormal"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;"> </span></p>
<p class="MsoNormal"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">«C&#8217;est un énorme défi pour [les comédiennes] que de véhiculer l&#8217;intimité, la vulnérabilité des personnages avec cette langue-là», confiait l’auteur. Défi relevé: la sauce prend!</span></p>
<p class="MsoNormal"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;"> </span></p>
<p class="MsoNormal"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;"> </span></p>
<p class="MsoNormal"><em><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">Sauce brune</span></em><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">, écrit et mis en scène par Simon Boudreault, à l’Espace Libre jusqu’au 4 avril 2009</span></p>
<p class="MsoNormal">
<p></mce></p>
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