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Cyberespace et espionnage informatique : Le ? Brother panoptique ?

  La foi que beaucoup (des millions de personnes partout dans le monde) ont mis dans Internet m?a toujours surpris. Lors d?un colloque au Chili ? il y a d?j? environ huit ans, un sp?cialiste espagnol en communications m?a indiqu? que la libert? et la transparence existaient encore dans le ...

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La mort du socialisme

Parfois, au cœur de la nuit, je me dis que tout cela n'est qu'une vaste fumisterie, que nous sommes tous morts, si nous avons jamais été vivants, et que c'est exactement ça l'enfer : un endroit de merde où tout marche sur la tête.

Buste au pays-visageCela fait un bail que je ne crois plus aux manifestations, mais ça n'en reste pas moins quelque chose d'autrement plus concret que les foutues pétitions en ligne, tout aussi inefficaces, mais qui flattent l'égo des fainéants individualistes et productivistes en leur donnant l'illusion de continuer à participer aux affaires du monde en un clic, le cul dans leur fauteuil de bureau à vérin hydraulique.

Je suis donc allée à la manifestation du bled en chef pour deux raisons très valables à mes yeux : revoir les potes militants qui sont éparpillés dans tout le département, mais que je suis à peu près certaine de revoir systématiquement à ce genre de rassemblement et aller contempler de mes yeux la trahison socialiste.

Il faut comprendre à quel point le socialisme français contemporain me sort littéralement par les trous de nez : tous ces bons sentiments dégoulinants qui ne sont jamais traduits dans les faits autrement que par l'accès au pouvoir symbolique et par la reddition sans conditions à la logique capitaliste la plus gerbeuse.
Cela fait belle lurette que j'ai acté la trahison de l'élite dirigeante socialiste, trahison évidente depuis 2005, mais déjà largement consommée dès 1983, trahison relativement assumée ces dernières années, sous prétexte de pragmatisme économique et clairement énoncée par Terra Nova par le lâchage programmé des classes populaires, livrées avec paquet cadeau aux griffes des partis fachos.
Cela dit, je conservais quelques doutes quant à la sincérité de l'engagement des militants socialistes, ces hommes et ces femmes de terrain (mais surtout ces hommes, quand même, les femmes en positions éligibles restant anecdotiques!) qui parlent avec leurs tripes et qui croient encore au pacte républicain, même si le rouleau compresseur consumériste a bien aplati toute velléité de lutte des classes depuis longtemps.
Lors des dernières élections, j'avais eu des échanges intéressants avec des socialos de base qui notaient bien le désengagement de leur cadre quant à une quelconque justice sociale, mais qui avaient l'air de penser sincèrement qu'avec les socialistes au pouvoir, ce serait moins pire qu'avec le petit excité ami des riches et des puissants, que les socialos ne sont pas xénophobes, par exemple, qu'on aura forcément mieux que Guéant à l'Intérieur, etc. En gros, l'idée, c'était qu'entre la peste et le choléra, on pouvait encore choisir la dengue.

Et puis, surtout, je me souvenais de la déferlante socialo lors des dernières grandes manifs contre la réforme pourrie des retraites qui se proposait, déjà, de voler deux ans de vie aux travailleurs. Appel à la grève, farandole d'écharpes tricolores en tête de cortège, les socialos gueulaient avec nous contre l'aspect inique de l'allongement de la vie au travail, autrement dit, la réduction brutale de l'espérance de ne pas vieillir dans la misère pour les jeunes générations.

Le fait est qu'entre la réforme de 2010 et celle de 2013, la seule chose qui a changé, c'est la couleur symbolique du gouvernement qui nous l'impose. Personnellement, quand je me fais avoir de cette manière-là, peut m'importe de savoir qui nous la met bien profond, à l'arrivée, on a tous mal au cul de la même manière. En moins fleuri : UMP ou PS, la misère que sèment ces honteuses soumissions aux appétits du MEDEF et de ses potes des organisations internationales de la misère sans frontières aura exactement la même sale saveur en bouche quand elle nous tombera dessus. Et pour être encore plus claire : je me tamponne des discours des uns et des autres, je juge la politique à ses actes et pour le coup, bien malin qui m'expliquera la différence entre une politique antisociale de droite et une politique antisociale de gauche.

Donc, j'étais là, dans le matin gris et humide de cette année merdique que le printemps a déjà déserté que l'automne s'apprête à faire de même, j'étais là et nous étions bien peu à y être. Disparus, les camarades socialos, disparue, la belle solidarité de classe, disparu, le légitime mécontentement alors que tout ce qui fait l'État solidaire est tranquillement démoli pour faire la place au cauchemar économique de la logique assurantielle.
Je savais, au fond de moi, que le socialisme contemporain n'avait plus rien à voir depuis longtemps avec l'idée humaniste et généreuse qu'en avait son fondateur. Je savais, depuis longtemps, que le jeu politique a été confisqué dans son intégralité par une seule classe sociale bourgeoise qui nous joue la comédie démocratique de l'alternance pour mieux continuer ses petites affaires lucratives entre amis. Je savais aussi qu'une grande part de notre corps social s'est fait pondre dans la tête par des décennies de propagande libérale et consumériste et que les gens qui ont encore une conscience politique inspirée par ce qui est gravé aux frontons de nos mairies pourront bientôt tous tenir dans un placard à balais de chiottes, je savais qu'on ne peut être trahi que par ses amis ou tout au moins ceux qui se prétendent comme tels, mais ça fait toujours un peu mal au cul de se rendre compte, une fois de plus, qu'on avait absolument raison sur toute la ligne.

La gauche socialiste populaire est morte et enterrée. Je l'ai vue avaler son extrait de naissance par sa criante absence à un combat que nous ne pouvons pas nous permettre de perdre.

Je me souviens d'avoir prévenu les associations de blogueurs de gauche que l'antisarkozysme primaire était un piège mortel, que nous ne combattions pas un homme, mais un système, une vision du monde, une organisation sociale fondée sur le creusement des inégalités, l'exploitation de la misère, la prédation de tous contre tous. Remplacer Sarko par Hollande n'a absolument rien changé au programme de destruction sociale en cours, pire, les oripeaux de gauche dans lesquels se drape notre nouveau laquais des pouvoirs financiers bloquent une bonne part de l'esprit contestataire de ce pays, tant les gens sincèrement de gauche ont l'impression confuse, mais néanmoins bien ancrée que de dénoncer la politique économique et sociale du PS reviendrait à tirer contre son propre camp.

J'ai vu, j'ai parcouru, je suis revenue. J'ai pu comptabiliser la maigreur de nos troupes, la dispersion de nos idées. J'ai pris plaisir à échanger avec les amis et les gens qui restent fidèles à leurs idéaux, envers et contre tout, et j'ai acté la mort clinique et sans retour du socialisme en tant que force politique.

 La bonne nouvelle, c'est que maintenant la ligne de fracture politique entre la gauche et la droite est parfaitement visible et que nul ne pourra prétendre que le PS est encore un parti de gauche.

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Auto-stops

Sa silhouette p?le s’est brutalement mat?rialis?e ? la lueur de mes phares. Je suis crev?e et il est pit? ? un endroit improbable, ? la sortie du rondpoint, juste ? l?embranchement de la bretelle d?acc?s de la voie rapide. Il agite les bras comme un s?maphore et je me dis ...

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Le retour des bons Fran?ais

L?autre jour, nous f?tions dignement?la fin du monde?en bonne compagnie. Comme il se doit. Parce que la vie ?tant ce qu?elle est, particuli?rement courte et al?atoire, il est important de ne fr?quenter que des gens?? c?t? desquels cela ne me d?rangerait pas trop de mourir. Juan ? appelons-le Juan ? ...

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La voie de son ma?tre

J'ai la naïveté crasse ou la connerie incommensurable de croire que les choses importantes ne peuvent que se dire face à face, le regard vrillé dans le blanc de l'œil de son interlocuteur.

Rosée perlée sur toile arachnéenneDans un premier temps, j'avais dit que je passerai chez eux pour régler des détails, mais la nuit porteuse de conseils s'était étirée en une longue insomnie qui m'avait abondamment rejoué la scène de la morsure, jusqu'à ce que je comprenne bien que retourner me jeter dans la gueule du loup n'était absolument pas indispensable.

Ils sont donc venus chez moi, le matin suivant, le mari et la femme. Je leur demande s'ils veulent boire quelque chose, histoire de fluidifier le dialogue. J'ai eu toute la nuit pour repenser au fait qu'à aucun moment il ne s'est soucié de moi ou de mon état, qu'elle seule s'est inquiétée de ma blessure, mais je mets cette réaction primaire sur le compte de l'émotion. J'ai déjà pu expérimenter qu'être témoin d'un incident est pratiquement aussi stressant que d'y participer. Nos réactions instinctives sont violentes, impérieuses et assez imprévisibles. Nul ne sait réellement comment il réagira tant qu'il n'est pas lui-même soumis à l'adversité. Ce sont des voisins agréables avec qui je pense entretenir de bons rapports. Je n'ai pas de raisons particulières de me méfier d'eux en dehors d'un vague malaise que j'attribue à ma fatigue cumulée et à un brin de culpabilité quant à la suite des événements.

Il commence par me proposer un arrangement à l'amiable, c'est à dire sans impliquer les assurances. Comme j'ai passé une bonne partie de la nuit à repenser à la jambe de Guillaume Depardieu et que dans mes rares moments de sommeil comateux, je me suis vue escalader une falaise avec une prothèse en fibre de carbone profilée pour la grimpe, je décline l'offre en précisant qu'en cas de complications, comme un staphylo récalcitrant, ça pourrait vite chiffrer sec cette histoire, et qu'il vaut mieux qu'il pense à protéger financièrement ses arrières. Il souscrit à mes arguments et j'éprouve comme un grand soulagement à l'idée que l'affaire va bientôt être réglée, que je vais juste me taper 15 jours de soins infirmiers un peu pénibles et qu'ensuite, tout va rentrer dans l'ordre dans le meilleur des mondes.

Au moment de se quitter, je me sens moralement obligée de le regarder dans les yeux pour lui dire :

Et là, c'est le drame !
Immédiatement, il se fige, son visage se crispe dans un rictus mauvais et il me balance d'une voix totalement méconnaissable :
  • Nous y voilà. Je le savais depuis le début que c'est ce que tu cherchais. Je le savais. C'est ce que tu voulais. J'ai toujours su que tu étais une femme à problèmes. De toute manière, tout le monde le sait. À la MMA, tout à l'heure, ils m'ont dit qu'ils te connaissaient bien, va. Tu cherches des ennuis ? Et bien, avec moi, tu vas les trouver !

Je reçois sa haine en pleine face et immédiatement un flot d'adrénaline pure noie l'ensemble de mon organisme. Je ressens physiquement et intellectuellement la puissance du flux hormonal. La peur à l'état brut. La sensation de solitude absolue, de vulnérabilité. Chaque fibre de mon corps me pousse à la contre-attaque, à l'affrontement. Je me sens agressée au plus profond de moi. J'étais victime, me voilà coupable. La seconde d'après, la colère, brutale, sauvage, prend le relais, cette bonne vieille colère qui me porte, qui soutient mes jambes brusquement toutes molles. J'ai une pulsion immonde, une envie folle de lui dégueuler ma rage et mon dégoût à la face, de lui hurler tout ce que je contiens depuis la veille au soir.
Mais ce n'est pas ce que je veux. Ce n'est pas ce qui doit se passer. Je ne suis pas un animal et je ne veux pas être soumise à mes émotions. Je veux penser. Je veux être la plus forte. Je veux être raisonnable pour tout le monde. C'est au prix d'un effort violent et désespéré que je parviens à ne pas exploser, à continuer à lui faire face et à commencer à argumenter d'une voix que je tente de contrôler de toutes mes forces.
  • Je te rappelle que tout ce que je faisais, c'était de rentrer chez moi à vélo.
  • C'est bon, on avait réglé les questions d'argent. Comme si je n'avais pas assez d'ennuis comme ça.
  • Des ennuis !?! Tu n'as pas la moindre idée de ce que tu aurais pu avoir comme ennuis. Tu ne te rends même pas compte à quel point tu as du bol d'être tombé sur moi et pas sur quelqu'un d'autre. La plupart des gens ne se seraient pas fait chier à venir te parler en face. Tu sais très bien que si ça avait été un des gars du coin, il serait revenu avec un fusil et aurait plombé ton chien dans l'élan.
  • Tu n'as jamais aimé mon chien.
  • Non, c'est vrai, il fait chier tout le monde depuis un sacré bout de temps. Mais tu ne te rends vraiment pas bien compte. Deux heures avant, je passais là avec ma gosse. Putain, tu te rends compte ? Et si ça avait été un gosse, hein ? Si ça avait été le petit de chez Tintin, hein ? Ou Chacha ? Tu te vois en train de vivre avec un gosse bouffé sur la conscience ? Non, mais tu te rends compte ?
  • Non, mais ça va, on n'a plus rien à faire ici. Vas-y, fais ce que tu veux, mais on sait tous qui tu es.
Elle se tourne vers moi avec un grand air désolé :
  • Non, vraiment, je ne vois pas à quoi ça sert.
Je les suis jusqu'à leur voiture :
  • Tu ne te rends pas compte : et si ça avait été un gosse ?
  • Je l'ai toujours su, des ennuis. Mais là, tu vas les trouver.

Je n'ai pas perdu la tête, mais maintenant que l'adrénaline reflue une fois de plus, je suis totalement désemparée et je ne sais absolument plus quoi faire. Jusque-là, les choses étaient totalement limpides pour moi, sauf que je commence à me demander ce que j'attendais de cette confrontation.
Une sorte de happy end tout pourri à la Hollywood, avec le mec qui prend un air dramatique et pénétré et me sort : ça me déchire le cœur en deux, mais j'ai pris conscience de la situation et je vais faire ce qui doit être fait.
J'ai connu des chasseurs et des amoureux des chiens et tous m'ont appris la loi du maître : chien qui mord = chien mort. Il y a un an ou deux, c'était le caniche de mon beau-père qui avait mordu sans raison ma fille à la cuisse, la renforçant dans sa peur des canidés. Le beau-père, ça l'avait ravagé, mais le lendemain, il amenait son chien adoré chez le véto. Il avait dû passer une sale nuit avec son clebs blotti au creux des bras, mais il avait fait ce qu'il devait faire. Pour tout l'or du monde, je n'aurais pas voulu être à sa place.

Et là, personne n'y est, à ma place.
Une femme à problèmes... Tout le monde le sait.
Lui, il est du bled. Un gars du coin. Moi, je suis une estrangers. Qu'est-ce qui va se passer, ensuite ? Les gens vont penser que je suis une fouteuse de merde, que je réglais un putain de compte personnel avec le voisin ? Si le village se ligue contre moi, ma vie va devenir un vaste océan de merde.
On rentre les chats. Surtout le gros plein de poils, confiant et aimable. De la viande à plombs, oui !

Et ma fille ? Dans trois semaines, elle descendra du bus scolaire avec les autres gosses du quartier. Puis elle devra rentrer toute seule à la maison, en passant forcément devant chez le type aux menaces et son chien con de 25kg. Qu'est-ce qui est juste ? Qu'est-ce qui est rationnel ? J'ai peur et je n'ai pas honte de le dire. J'ai peur et je me sens seule. J'ai peur et je n'arrive plus à penser. Je pleure de trouille immonde.

Comme je ne sais plus rien, je fais comme chez Foucault : j'appelle un ami. Ceux qui sont là quand tout le reste fout le camp. Je sanglote comme une merde dans l'oreille de sa femme.
  • Appelle le maire : ce genre de merde, c'est son job. Tu peux me croire, mon père a été maire de son bled pendant des années.
Je n'y avais même pas pensé.
J'appelle et je n'arrive même pas à parler.
J'ai eu peur du chien, j'ai eu mal, j'ai été aux urgences, je n'ai pas dormi, mais le maître, sa haine et sa connerie hargneuse, c'est juste trop pour moi.

Dix minutes plus tard, le maire de mon village est là et on parle. Effectivement, ce genre de merde, c'est son pain quotidien. Il appelle son premier adjoint au boulot. Il m'apprend alors que tout le quartier s'est déjà plaint du chien, mais comme ça, en informel, en discutant. Pas un voisin qui ne s'est pas déjà fait coincer par le clébard. Des mois que ça dure. Et tout le monde qui s'attendait à ce qui se passe quelque chose. Une tuile.

Ils ont tenté de raisonner le maître. Deux maires, un pour chaque commune concernée. Je vois bien à la tête du mien que ça a marché autant que de pisser dans un violon. Ils ont obtenu un suivi vétérinaire obligatoire et un signalement en gendarmerie.
Ils sont revenus le soir prendre de mes nouvelles et m'en donner. Le maire et le conseiller préféré. Ils sont plutôt bien emmerdés par la tournure des événements.
  • Son fils est passé me voir pour le premier PV du véto, lequel a déclaré que c'est un gentil chien. Et ils ont décidé de l'enchaîner.
  • Comprends-nous bien, Agnès, du point de vue de notre responsabilité collective, ce n'est pas très satisfaisant : une chaîne, ça finit toujours par casser, et ce jour-là, on aura un fait divers sur les bras. C'est l'arrêt de bus du village. C'est 10 gamins qui vont attendre tous les jours à l'endroit même où tu as été mordue. Je comprends qu'il est venu t'intimider pour que tu ne portes pas plainte et je vois qu'il a réussi. En attendant, c'est toi qui as été mordue et il n'y a que toi qui peux porter plainte. Voilà où on en est. On ne parle pas d'un petit problème isolé, on parle d'un chien qui sort de chez lui depuis des mois, qui terrorise tout le quartier et pour lequel le maître ne fait rien. On parle des voisins qui n'osent plus se promener dans le coin, des gosses qui ne sortent plus, de gens qui se sont déjà fait coincer par le chien.
  • Je sais, je sais, mais je n'ai pas honte d'avoir peur. Le gars agit comme si j'étais responsable de tous ses malheurs et il en fait une affaire personnelle.
  • Tu sais qu'on est avec toi. On comprend que tu as été impressionnée, mais je pensais que tu avais plus de gueule que cela.
  • Tu sais, je rentrais juste chez moi à vélo, un soir. Et depuis, c'est le merdier. Ma vie est un merdier. Et c'est moi la plus emmerdée dans l'histoire. Je dois écrire pour des clients, c'est mon gagne-pain et je n'ai que de la merde qui sort. Je suis sûre que l'autre dort sur ses deux oreilles, en ce moment.
  • Non, on est tous emmerdés et la vérité, c'est que si ce chien bouffe un gosse, nous serons juste tous responsables, tous autant qu'on est.


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La voie de son ma?tre

J'ai la naïveté crasse ou la connerie incommensurable de croire que les choses importantes ne peuvent que se dire face à face, le regard vrillé dans le blanc de l'œil de son interlocuteur.

Rosée perlée sur toile arachnéenneDans un premier temps, j'avais dit que je passerai chez eux pour régler des détails, mais la nuit porteuse de conseils s'était étirée en une longue insomnie qui m'avait abondamment rejoué la scène de la morsure, jusqu'à ce que je comprenne bien que retourner me jeter dans la gueule du loup n'était absolument pas indispensable.

Ils sont donc venus chez moi, le matin suivant, le mari et la femme. Je leur demande s'ils veulent boire quelque chose, histoire de fluidifier le dialogue. J'ai eu toute la nuit pour repenser au fait qu'à aucun moment il ne s'est soucié de moi ou de mon état, qu'elle seule s'est inquiétée de ma blessure, mais je mets cette réaction primaire sur le compte de l'émotion. J'ai déjà pu expérimenter qu'être témoin d'un incident est pratiquement aussi stressant que d'y participer. Nos réactions instinctives sont violentes, impérieuses et assez imprévisibles. Nul ne sait réellement comment il réagira tant qu'il n'est pas lui-même soumis à l'adversité. Ce sont des voisins agréables avec qui je pense entretenir de bons rapports. Je n'ai pas de raisons particulières de me méfier d'eux en dehors d'un vague malaise que j'attribue à ma fatigue cumulée et à un brin de culpabilité quant à la suite des événements.

Il commence par me proposer un arrangement à l'amiable, c'est à dire sans impliquer les assurances. Comme j'ai passé une bonne partie de la nuit à repenser à la jambe de Guillaume Depardieu et que dans mes rares moments de sommeil comateux, je me suis vue escalader une falaise avec une prothèse en fibre de carbone profilée pour la grimpe, je décline l'offre en précisant qu'en cas de complications, comme un staphylo récalcitrant, ça pourrait vite chiffrer sec cette histoire, et qu'il vaut mieux qu'il pense à protéger financièrement ses arrières. Il souscrit à mes arguments et j'éprouve comme un grand soulagement à l'idée que l'affaire va bientôt être réglée, que je vais juste me taper 15 jours de soins infirmiers un peu pénibles et qu'ensuite, tout va rentrer dans l'ordre dans le meilleur des mondes.

Au moment de se quitter, je me sens moralement obligée de le regarder dans les yeux pour lui dire :

Et là, c'est le drame !
Immédiatement, il se fige, son visage se crispe dans un rictus mauvais et il me balance d'une voix totalement méconnaissable :
  • Nous y voilà. Je le savais depuis le début que c'est ce que tu cherchais. Je le savais. C'est ce que tu voulais. J'ai toujours su que tu étais une femme à problèmes. De toute manière, tout le monde le sait. À la MMA, tout à l'heure, ils m'ont dit qu'ils te connaissaient bien, va. Tu cherches des ennuis ? Et bien, avec moi, tu vas les trouver !

Je reçois sa haine en pleine face et immédiatement un flot d'adrénaline pure noie l'ensemble de mon organisme. Je ressens physiquement et intellectuellement la puissance du flux hormonal. La peur à l'état brut. La sensation de solitude absolue, de vulnérabilité. Chaque fibre de mon corps me pousse à la contre-attaque, à l'affrontement. Je me sens agressée au plus profond de moi. J'étais victime, me voilà coupable. La seconde d'après, la colère, brutale, sauvage, prend le relais, cette bonne vieille colère qui me porte, qui soutient mes jambes brusquement toutes molles. J'ai une pulsion immonde, une envie folle de lui dégueuler ma rage et mon dégoût à la face, de lui hurler tout ce que je contiens depuis la veille au soir.
Mais ce n'est pas ce que je veux. Ce n'est pas ce qui doit se passer. Je ne suis pas un animal et je ne veux pas être soumise à mes émotions. Je veux penser. Je veux être la plus forte. Je veux être raisonnable pour tout le monde. C'est au prix d'un effort violent et désespéré que je parviens à ne pas exploser, à continuer à lui faire face et à commencer à argumenter d'une voix que je tente de contrôler de toutes mes forces.
  • Je te rappelle que tout ce que je faisais, c'était de rentrer chez moi à vélo.
  • C'est bon, on avait réglé les questions d'argent. Comme si je n'avais pas assez d'ennuis comme ça.
  • Des ennuis !?! Tu n'as pas la moindre idée de ce que tu aurais pu avoir comme ennuis. Tu ne te rends même pas compte à quel point tu as du bol d'être tombé sur moi et pas sur quelqu'un d'autre. La plupart des gens ne se seraient pas fait chier à venir te parler en face. Tu sais très bien que si ça avait été un des gars du coin, il serait revenu avec un fusil et aurait plombé ton chien dans l'élan.
  • Tu n'as jamais aimé mon chien.
  • Non, c'est vrai, il fait chier tout le monde depuis un sacré bout de temps. Mais tu ne te rends vraiment pas bien compte. Deux heures avant, je passais là avec ma gosse. Putain, tu te rends compte ? Et si ça avait été un gosse, hein ? Si ça avait été le petit de chez Tintin, hein ? Ou Chacha ? Tu te vois en train de vivre avec un gosse bouffé sur la conscience ? Non, mais tu te rends compte ?
  • Non, mais ça va, on n'a plus rien à faire ici. Vas-y, fais ce que tu veux, mais on sait tous qui tu es.
Elle se tourne vers moi avec un grand air désolé :
  • Non, vraiment, je ne vois pas à quoi ça sert.
Je les suis jusqu'à leur voiture :
  • Tu ne te rends pas compte : et si ça avait été un gosse ?
  • Je l'ai toujours su, des ennuis. Mais là, tu vas les trouver.

Je n'ai pas perdu la tête, mais maintenant que l'adrénaline reflue une fois de plus, je suis totalement désemparée et je ne sais absolument plus quoi faire. Jusque-là, les choses étaient totalement limpides pour moi, sauf que je commence à me demander ce que j'attendais de cette confrontation.
Une sorte de happy end tout pourri à la Hollywood, avec le mec qui prend un air dramatique et pénétré et me sort : ça me déchire le cœur en deux, mais j'ai pris conscience de la situation et je vais faire ce qui doit être fait.
J'ai connu des chasseurs et des amoureux des chiens et tous m'ont appris la loi du maître : chien qui mord = chien mort. Il y a un an ou deux, c'était le caniche de mon beau-père qui avait mordu sans raison ma fille à la cuisse, la renforçant dans sa peur des canidés. Le beau-père, ça l'avait ravagé, mais le lendemain, il amenait son chien adoré chez le véto. Il avait dû passer une sale nuit avec son clebs blotti au creux des bras, mais il avait fait ce qu'il devait faire. Pour tout l'or du monde, je n'aurais pas voulu être à sa place.

Et là, personne n'y est, à ma place.
Une femme à problèmes... Tout le monde le sait.
Lui, il est du bled. Un gars du coin. Moi, je suis une estrangers. Qu'est-ce qui va se passer, ensuite ? Les gens vont penser que je suis une fouteuse de merde, que je réglais un putain de compte personnel avec le voisin ? Si le village se ligue contre moi, ma vie va devenir un vaste océan de merde.
On rentre les chats. Surtout le gros plein de poils, confiant et aimable. De la viande à plombs, oui !

Et ma fille ? Dans trois semaines, elle descendra du bus scolaire avec les autres gosses du quartier. Puis elle devra rentrer toute seule à la maison, en passant forcément devant chez le type aux menaces et son chien con de 25kg. Qu'est-ce qui est juste ? Qu'est-ce qui est rationnel ? J'ai peur et je n'ai pas honte de le dire. J'ai peur et je me sens seule. J'ai peur et je n'arrive plus à penser. Je pleure de trouille immonde.

Comme je ne sais plus rien, je fais comme chez Foucault : j'appelle un ami. Ceux qui sont là quand tout le reste fout le camp. Je sanglote comme une merde dans l'oreille de sa femme.
  • Appelle le maire : ce genre de merde, c'est son job. Tu peux me croire, mon père a été maire de son bled pendant des années.
Je n'y avais même pas pensé.
J'appelle et je n'arrive même pas à parler.
J'ai eu peur du chien, j'ai eu mal, j'ai été aux urgences, je n'ai pas dormi, mais le maître, sa haine et sa connerie hargneuse, c'est juste trop pour moi.

Dix minutes plus tard, le maire de mon village est là et on parle. Effectivement, ce genre de merde, c'est son pain quotidien. Il appelle son premier adjoint au boulot. Il m'apprend alors que tout le quartier s'est déjà plaint du chien, mais comme ça, en informel, en discutant. Pas un voisin qui ne s'est pas déjà fait coincer par le clébard. Des mois que ça dure. Et tout le monde qui s'attendait à ce qui se passe quelque chose. Une tuile.

Ils ont tenté de raisonner le maître. Deux maires, un pour chaque commune concernée. Je vois bien à la tête du mien que ça a marché autant que de pisser dans un violon. Ils ont obtenu un suivi vétérinaire obligatoire et un signalement en gendarmerie.
Ils sont revenus le soir prendre de mes nouvelles et m'en donner. Le maire et le conseiller préféré. Ils sont plutôt bien emmerdés par la tournure des événements.
  • Son fils est passé me voir pour le premier PV du véto, lequel a déclaré que c'est un gentil chien. Et ils ont décidé de l'enchaîner.
  • Comprends-nous bien, Agnès, du point de vue de notre responsabilité collective, ce n'est pas très satisfaisant : une chaîne, ça finit toujours par casser, et ce jour-là, on aura un fait divers sur les bras. C'est l'arrêt de bus du village. C'est 10 gamins qui vont attendre tous les jours à l'endroit même où tu as été mordue. Je comprends qu'il est venu t'intimider pour que tu ne portes pas plainte et je vois qu'il a réussi. En attendant, c'est toi qui as été mordue et il n'y a que toi qui peux porter plainte. Voilà où on en est. On ne parle pas d'un petit problème isolé, on parle d'un chien qui sort de chez lui depuis des mois, qui terrorise tout le quartier et pour lequel le maître ne fait rien. On parle des voisins qui n'osent plus se promener dans le coin, des gosses qui ne sortent plus, de gens qui se sont déjà fait coincer par le chien.
  • Je sais, je sais, mais je n'ai pas honte d'avoir peur. Le gars agit comme si j'étais responsable de tous ses malheurs et il en fait une affaire personnelle.
  • Tu sais qu'on est avec toi. On comprend que tu as été impressionnée, mais je pensais que tu avais plus de gueule que cela.
  • Tu sais, je rentrais juste chez moi à vélo, un soir. Et depuis, c'est le merdier. Ma vie est un merdier. Et c'est moi la plus emmerdée dans l'histoire. Je dois écrire pour des clients, c'est mon gagne-pain et je n'ai que de la merde qui sort. Je suis sûre que l'autre dort sur ses deux oreilles, en ce moment.
  • Non, on est tous emmerdés et la vérité, c'est que si ce chien bouffe un gosse, nous serons juste tous responsables, tous autant qu'on est.


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