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Braquage géant chez Smart : les bandits ne courent même pas.

Le démontage en cours du Code du travail a ceci de particulier qu’il nous renvoie à la féodalité sans que personne mesure réellement l’amplitude hallucinante de ce gigantesque bond en arrière. Le simple fait de faire primer l’accord d’entreprise sur…

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Bon débarras!

Franchement, l’année 2014 était médiocre pour la plupart d’entre nous. En dehors de la poignée de profiteurs pour lesquels le pillage des biens communs s’est traduit par un enrichissement personnel totalement indécent, pour la grande majorité des gens, ils peuvent s’estimer…

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L’obsolescence contrariée de notre système politique

La figure paternaliste de l’homme providentiel, du chef, du sauveur, de celui qui sait est totalement dépassée dans une société où le niveau général d’éducation et d’information n’a jamais été aussi élevé. On continue à brandir une professionnalisation politique comme…

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We need to talk about Fran?ois

Dans la vie, le plus difficile à gérer, c'est la déception. Et la plupart des déceptions naissent de grands malentendus.

Lors de l'appel Skype de bonne année, nous parlions cinéma avec mes Américains préférés. On cherchait quels étaient les films de 2013 qui nous avaient vraiment emballés et on en avait rapidement conclu que, finalement, on avait été majoritairement plutôt déçus par ce qu'on avait vu et même, d'autant plus déçus que pour certains, nous avions nourris de grandes espérances. Après avec pris une grosse baffe avec District 9, on pensait en prendre plein la gueule avec le suivant et l'on se retrouve juste déçus par Elysium, son scénario anémique et convenu, son propos politique niveau classe de CM1, alors que ça reste un honnête actionner de SF, tout à fait satisfaisant en tant que tel. Outre Atlantique, c'était World War Z qui s'en tirait le mieux, non pas que le film soit particulièrement bon, mais c'est surtout que nos Américians avaient vu exactement le genre de spectacle qu'on leur avait vendu, ni plus, ni moins.
Encore que Gravity nous avait tous plus ou moins choppés par surprise, avec une exploitation rarement égalée des possibilités concrètes offertes par la 3D en terme de récit immersif.
Malgré George Clooney...

En fait, nous avons tout faux : le cinéma de 2014 nous décevra au moins autant que celui de 2013, tout simplement parce que nous n'avons pas très bien intégré ce que l'on nous vendait (et très cher, d'ailleurs !) réellement. On attend des œuvres radicales, des points de vue d'auteurs assumés, des récits construits au cordeau. En face, c'est l'industrie du cinéma, une machine à produire du fric sans risque et non plus à produire du rêve. Il n'y a plus que des hordes de tacherons qui sont payés pour produire du popcorn movie au kilomètre avec comme seul et unique objectif, non pas de nous distraire et encore moins de nous faire réfléchir, mais de ne froisser absolument personne sur cette planète afin de pouvoir faire un max de blé en fourguant la cam' la plus standardisée possible, markétable et bankable à l'infini. Le cinéma grand public, c'est devenu le MacDo culturel : tu sais très exactement que tu vas y bouffer de la merde, mais tu sais aussi que tu ne seras jamais surpris. Et donc, jamais déçu.

C'est un peu comme François Hollande.

Si, si, vous allez comprendre !

Même chez ses plus ardents supporteurs, chez les archéosocialos qui ont le respect du parti et du chef chevillés au corps, on sent bien que l'heure est à la grosse, à la très grosse déception.

Vous avez entendu les vœux du président ? Avouez, rien de tel pour vous persuader aussitôt que de ce côté-là 2014 sera de nouveau une année de merde ! Étonnez-vous que le Medef soit le premier et quasiment le seul à s’empresser d’y répondre.

Décidément, ce type n’a rien compris. Il enfonce son pays en 2012 et 2013 avec un plan de reprise de chaussettes. Et il récidive en 2014 comme si de rien n’était.

Meilleurs vœux coups de pied au cul, Chronique du Yéti, 1er janvier 2014.

Oui, parce qu'il y a encore des gens qui ont du temps à perdre devant les vœux du président, des gens pour penser que la logorrhée politique, la propagande des petits matins, a encore une quelconque valeur, une quelconque utilité.

On retrouve un peu la même ambiance de franche amertume chez les camarades de la première heure, les indéfectibles piliers du PS, les irréductibles socialos de cœur et d'esprit :

Le 1er janvier 2014 va, hélas, se présenter comme un mauvais jour pour la gauche, pour notre parti, le parti socialiste et pour le gouvernement de la gauche. La TVA va augmenter de 19,6 % à 20 %. Ce, en dépit de tout ce qui a été défendu lors de la campagne présidentielle, et dans les tracts et affiche de notre parti socialiste en fin 2012. Nous proclamions alors que la hausse de la TVA serait « injuste » et une « faute économique ». Mais voilà que le gouvernement fait, hélas, maintenant, le contraire.

Le bilan social de l’année 2013 n’était déjà pas fameux.

Gérard Filoche, 28 décembre 2013

C'est acide comme une régurgitation de Coca-Cola un soir de réveillon.

Personnellement, François Hollande ne m'a pas du tout déçue. Pas un poil, rien, nada. Ce type est parfait de bout en bout. Il fait très exactement ce qu'attendaient de lui ceux qui l'on réellement mis au pouvoir... c'est-à-dire aucun de ces cons de cochons d'électeurs que nous sommes !

Franchement, comment être surpris par le blairisme revendiqué de l'ex de la nana qui a déclaré à l'issue d'une campagne présidentielle perdue qu'elle avait défendu des tas de trucs auxquels elle ne croyait pas un instant, comme l'augmentation du SMIC ? Parce que Ségolène Royale, ce n'était pas pendant la campagne qu'il fallait l'écouter, c'était juste après qu'elle ait été battue, au moment où, amère et déçue, elle s'était laissé aller à dire ce qu'il convient de ne jamais dévoiler en politique.

Ceux qui sont actuellement déçus par François Hollande sont surtout ceux qui pensaient que ce mec était de gauche ou même simplement socialiste. Il leur aurait pourtant fallu connaitre un peu le gus pour savoir que si Hollande est au PS, c'est uniquement parce que tous les arrivistes de sa génération ne pouvaient pas tous rallier l'UMP et qu'il en fallait bien quelques-uns qui se dévouent pour nous jouer encore un peu la comédie de l'alternance politique.

« Finis les rêves, enterrées les illusions, évanouies les chimères. Le réel envahit tout. Les comptes doivent forcément être équilibrés, les prélèvements obligatoires abaissés, les effectifs de la police renforcés, la Défense nationale préservée, les entreprises modernisées, l’initiative libérée. »

C'est beau comme du Sarko, mais non, c'est du Hollande!
Et pas du Hollande de la dernière crise, non, du Hollande de 1985, dans un petit pensum cooécrit avec quatre copains de promo, un concentré de pensée 100 % libérale et cynique.

Les auteurs de La Gauche bouge assument le tournant néolibéral masqué sous le thème de la « rigueur » : « En réhabilitant, non sans opportunité, l’entreprise et la réussite, la gauche, avec l’ardeur du néophyte, retrouve des accents que la droite n’osait plus prononcer, depuis des lustres, de peur d’être ridicule. Mais prenons garde d’en faire trop : pour faire oublier nos frasques égalitaristes, ne gommons pas notre vocation sociale. » Et le cynisme continue : « Ce n’est pas par calcul ou par malignité que la gauche a accepté de laisser fermer les entreprises ou d’entamer le pouvoir d’achat des Français. C’est par lucidité. Refuser ces évolutions et c’en aurait été fait de la perspective d’une gestion régulière du pays par la gauche. » Finis les idéaux politiques, bienvenue à l’expertise et à la gestion avec les postes et les positions de pouvoir liés à une alternance entre la droite et la gauche en harmonie avec le néolibéralisme anglo-saxon, ses « démocrates » et ses « républicains » aux États-Unis, ses « travaillistes » et ses « conservateurs » au Royaume-Uni. « Depuis 1981, une redistribution des cartes s’opère sous nos yeux. Elle traduit l’aspiration croissante des Français à refuser les alternances brutales, et à voir se dégager entre deux grands projets de société, l’un conservateur, l’autre réformiste, les compromis nécessaires sur la gestion de l’économie comme du système de protection sociale, sur la construction européenne comme sur les grands axes de la politique internationale […]. Face à un Parti communiste qui se durcit et se marginalise dans une opposition radicale à la social-démocratie, le Parti socialiste retrouve les marges de manœuvre nécessaires pour s’affirmer comme le pôle essentiel de rassemblement des réformistes et des modernistes. » L’alternance doit désormais apparaître naturelle, normale et durable. « Il n’y a donc plus pour les socialistes de perspective concevable d’union avec le Parti communiste français note. » C’est tout naturellement que le club des cinq se revendique « libéral de gauche ».

Hollande 2014 joue l'étonné que la rigueur joue les prolongations ? Hollande 1985 devait chercher le prétexte pour appliquer de force la seule politique économique possible à ses yeux : la rigueur.

L’histoire bégaie. Les spéculateurs ont mis en péril la finance mondiale. Les travailleurs devront payer les pots cassés. La part des profits passe de 28 à 37 % dans le partage de la valeur ajoutée entre 1982 et 1989. Après Thatcher, ils ont eu Blair. Après Sarkozy, nous avons Hollande. Il va falloir que l’histoire parle clair.

François Hollande est, semble-t-il, conscient du préjudice que lui causerait la révélation de sa coopération à cette profession de foi néolibérale puisqu’il ne mentionne pas l’ouvrage La Gauche bouge parmi ses œuvres dans sa notice du Who’s Who de 2013.

Le tournant néolibéral du Parti socialiste en 1983 est ainsi confirmé par cet ouvrage particulièrement important à lire puisque François Hollande s’est fait élire président de la République en annonçant de faux combats contre les riches et contre la finance soi-disant sans visage. Il fallait en finir avec le « président des riches », et nous avons voté au second tour pour François Hollande, il est vrai sans beaucoup d’illusions. Mais nous avons été déçus objectivement tant le bilan est alourdi, avec la montée des licenciements boursiers, et aussi subjectivement, avec la perte de tout espoir et de tout crédit en la parole politique des socialistes.

La violence des riches, Michel Pinçon & Monique Pinçon-Charlot, éditions Zones, septembre 2013.

François Hollande n'est pas sorti des urnes en 2012 par hasard, mais parce que ces copains les riches, les affairistes, les accapareurs de tous poils savaient que la pseudo-crise et Sarko avaient bien balisé le terrain pour pouvoir mettre la gomme sur la grande purge économique. Cette politique propagandaire qui consiste à appeler rigueur ce qui n'est jamais que la continuité et le durcissement du plus grand holdup de tous les temps, celui qui consiste à faire croire au populo que non seulement, c'est le merdier, mais qu'en plus, c'est entièrement de sa faute et que la seule solution, c'est de l'enfoncer chaque jour un peu plus dans la merde.

C'est tout.
Ce n'est que ça.
La justification idéologique de l'appauvrissement à marche forcée du plus grand nombre. Servi par le gars dont la posture politique lui permet d'aller plus loin et plus fort que n'aurait jamais pu le rêver la droite dure et le patronat réunis.

Forcément, de ce point de vue, je ne risquais pas d'être déçue, non ?

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L’?nerv?e de service


Alors ? Toujours de gauche ?

C'était ainsi que j'avais été accueillie lors d'un diner entre amis. Ce n'est pas vraiment à ce moment-là que j'ai pris conscience de mon statut particulier d'énervée de service, mais c'est à partir de là que j'ai commencé à douter de la sincérité de quelques-unes de mes relations. C'était un peu comme si j'étais l'invitée d'honneur d'un diner de cons, mais dans sa version politique.

En fait, tout le monde sait très bien où je me situe, comment je pense, comment je vois ce monde de merde dans lequel nous sommes condamnés à godiller tant bien que mal. La question n'était même pas purement rhétorique, c'était juste un peu comme craquer une allumette devant la mèche au moment de lancer le feu d'artifice, le clou du spectacle. Je n'étais pas là pour échanger, discuter, argumenter, réfléchir ou même simplement passer un bon moment. J'étais là parce que ma simple présence était l'assurance d'un show qui envoie le bois pour la petite compagnie.
Et c'est extrêmement vexant.

Indignez-vous, mais arrêtez de faire chier vos proches avec ça

En fait, je ne sais pas si je suis de plus en plus aigrie en vieillissant ou si la situation plonge inexorablement vers des lendemains toujours plus merdiques que la veille. Déjà, du temps de Sarko, c'était assez facile d'avoir un coup de sang dès potron-minet. Je buvais mon thé chaque matin devant l'écran des nouvelles et en moins de 10 secondes, paf !, j'étais tombée sur le titre qui allait me faire grimper au plafond, toutes griffes dehors. On pourrait dire que j'ai toujours été profondément soupe au lait, mais en vérité, je n'ai jamais pu rester calme devant l'abjecte connerie de notre temps, sa déshumanisation forcenée et encore plus ses défenseurs mercantiles et décérébrés. Un peu comme s'il fallait rester courtois et de bonne composition au moment même où votre voisin de serviette entreprend de chier dans votre assiette.

Je suis une femme de convictions, j'ai la passion des idées, des débats et jusqu'au fond de mes tripes, je sais que nous vivons des temps intéressants, des moments où l'Histoire bascule d'un côté ou de l'autre.
Sauf que, manifestement, c'est plutôt de l'autre.
Alors, je les trouve bien dérisoires mes petites colères entre amis, bien peu constructives aussi, stériles et égocentriques. Sans compter qu'elles usent la patience de mes proches.

Il faut s'imaginer vivre avec moi au quotidien. Entendre mes beuglements le matin au moment de partir au boulot. Se taper l'intégrale des petites lâchetés corruptives du jour à l'heure du déjeuner. S'en reprendre une couche, le soir, autour du cassoulet.
Alors, un jour, j'ai créé Le Monolecte.

Au début, c'était juste une manière de fixer mon indignation du jour, ma réflexion à l'envers, sortir du cadre de la pensée unique.
Puis les lecteurs sont arrivés. Et les commentateurs.
Et le débat a commencé.
Toujours de la colère, bien sûr, mais bien plus que cela, aussi.
Le lent travail de maturation des idées, les échanges enrichissants, les détracteurs qui poussent la logique dans ses retranchements, jusqu'à forcer à repenser toute la thématique autrement. Dépasser le réflexe pavlovien devant la connerie ambiante. Dénoncer les manipulations du langage, des chiffres, des images. Lire entre les lignes, porter la critique dans la plaie béante. Construire une pensée d'opposition qui ne se sent plus obligée d'éructer, qui ne se contente pas des objets de cristallisation de la haine normalement proposés.

Le confort de l'entresoi

Il y a eu toute une période vraiment détendanteLe Monolecte a parfaitement bien rempli son rôle de passerelle, de passe-plats, aussi, un peu. Alors que la pensée unique tenait toutes les manettes du pouvoir et des médias, il était possible d'exister en tant qu'espace contestataire où nous étions surpris et ravis de nous retrouver si nombreux et tellement d'accord et tellement moins isolés, désespérés, marginalisés.
C'était terriblement réconfortant.
Nécessaire, aussi, pour recharger les batteries, reprendre du poil de la bête. Et briser les cercles vicieux de la solitude et de l'intense sensation d'impuissance dans laquelle nous plonge implacablement la société de l'individualisme forcené.

Reconstruire du collectif, du vivre-ensemble, sortir de nos coquilles plutôt que de nos gonds. Nous engueuler, quand même, souvent, abondamment, et tout effacer autour d'une bonne bouffe, pendant une bonne marche, dans le cortège d'une bonne manif.

Rien que pour cela, ça valait le coup de passer toutes ces longues heures à coucher sur l'écran toutes ces colères, à trouver des mots pour dépasser l'indicible, à partager les petites joies et les grandes désespérances. C'est fou, quand j'y pense, le nombre de gens absolument formidables que ce foutu blog m'a permis de rencontrer.

Et puis, quand vient le temps de la petite notoriété, vient aussi celui de la tentation de plaire, de flatter son public, d'obtenir son satisfécit, de se faire flatter longuement dans le sens du poil. Ce que j'écris et ce que je vis, ce que je suis, et tous ceux qui partagent ma vie ou juste quelques instants avec moi, tout cela devient un objet public, un récit, une fiction, aussi, qui me dépasse et, quelque part, me contraint, me limite et me renvoie inexorablement à mon foutu rôle de poil à gratter.

Voilà qu'on m'attend au tournant, qu'on se délecte du coup de gueule, qu'on jubile quand je passe l'ennemi au lance-flamme. Me voilà exactement à faire ce que je reproche aux autres : l'exaltation de la petite phrase assassine, le bon mot pour lequel on tuerait père et mère, jusqu'au moment où, de nouveau, on se retrouve à se caricaturer soi-même.

Sans compter la responsabilité, écrasante, que l'on endosse, quand on est lu. Je trouve ça marrant, la nécessité absolue qui s'impose alors de devoir mesurer ses propos et leur portée réelle, comme cela, au doigt mouillé, comme si on roulait à fond dans un tunnel en marche arrière, sans lumière et en se basant seulement sur le petit reflet tremblotant du rétroviseur.
Cela implique d'apprendre à se taire, plutôt que de risquer de dire des conneries, ou de blesser, ou de se planter; cela paralyse aussi lentement et surement que le venin de l'araignée, avant de dissoudre les pensées dans le néant de l'hésitation et de l'autocensure.

L'asphyxie de la pensée de gauche

La pire chose qui pouvait nous arriver, quelque part, c'est Hollande.

Bien sûr, il n'est pas arrivé par hasard. La radicalisation des esprits, la droitisation de la société, son embourgeoisement symbolique à l'heure même où les perdants du système se font plus nombreux que jamais, tout cela s'est mis en place patiemment, tranquillement, au fil du temps, selon des théories de manipulation des masses qui sont nées bien avant moi. Mais paradoxalement, ce totalitarisme politicoéconomique prend toute son ampleur à l'avènement du régent Hollande, après les frasques épiques du roitelet Sarkozy.

Parce que beaucoup avaient fait l'erreur de croire que l'ennemi, c'était Sarko, qu'ils ont concentré leurs pensées, leurs arguments, leur énergie contre Sarko, qu'ils ont réalisé l'union sacrée contre Sarko, qu'ils ont nourri la pensée magique que, libérés de Sarko, nous allions, en quelque sorte, repartir vers une autre forme de société, plus juste, plus égalitaire, plus humaine... en fait non, il y avait déjà une part de renoncement dans l'antisarkozysme primaire, juste la foi hallucinée que sans lui, ce serait juste un peu plus supportable.

Du coup, quand la gauche s'imagine revenue au pouvoir, la gauche se retrouve totalement désarmée, désemparée, incapable de penser la critique, la contestation, l'opposition, en fait, dans laquelle est embourbée plus que jamais, malgré —et surtout— à cause de l'arrivée des socialistes au pouvoir.

Les socialistes de la réalpolitik au pouvoir, ce sont les fossoyeurs de la pensée de gauche qui sévissent à plein régime, avec un discours hypocrite, destiné à désarmer intellectuellement tous ceux qui ont compris la nécessité impérative de concevoir le fonctionnement social autrement, et des actes cyniques et d'autant plus brutaux dans leur cadence et leurs effets, qu'ils savent qu'ils ont neutralisé toute espèce de dénonciation. Le pire poison possible, c'est celui qui nous est instillé depuis bientôt un an et demi, celui de l'inéluctabilité d'un monde profondément malade et insupportable, celui de notre impuissance à changer les choses démocratiquement, celui de notre résignation à un ordre totalement injuste et mortifère.
En cela, seuls les socialistes pouvaient le faire.

Comment penser l'impensable? Comment s'extraire de l'abattement, de la sidération née de la prise de conscience concrète que notre pouvoir, notre droit élémentaire à choisir notre destinée nous ont été confisqués?

Des armes pour les poètes et les chansonniers !

Je n'écris plus beaucoup ici parce que je réfléchis ailleurs. Je discute. Je me tais. Je lis. Je partage. D'autres bruits de fond. D'autres murmures.

Dernièrement sur Seenthis, nous avons créé un nouveau tag, vous savez, ces mots-clés qui permettent d'extraire en un clic toutes discussions ayant trait à un sujet spécifique. Ce tag s'appelle #gorafi_encore_plagié et je vous invite à y jeter un œil, comme ça, pour comprendre la suite.

Pour comprendre la suite, il faut revenir au début, à savoir le succès grandissant et amplement mérité du Gorafi. Alors que les journées passent, mornes, comme des empilements branlants de nouvelles toutes aussi maussades les unes que les autres, voilà que des dépêches déboulent dans le lot, avec ce petit quelque chose en plus qui fait basculer notre univers dans le surréalisme. Je crois qu'on s'est tous fait piégé à un moment ou un autre par un article du Gorafi que nous avons lu sans vérifier la provenance et on s'est tous, à un moment ou un autre, retrouvé à gueuler comme des putois qu'on vivait vraiment dans un monde de cons qui marche complètement sur la tête.
Jusqu'au moment où l'on s'est rendu compte que c'est une parodie.
Mais tellement bien tournée, qu'on la croirait aussi réelle que le reste.
Et on s'amuse de la blague, tout en se trouvant un peu ridicule d'avoir foncé tête baissée dans le piège, comme un vulgaire taureau de combat sur la muléta.
Parce qu'on vaut tout de même bien mieux que ça.
Parce que l'on est tout de même plus malins que ça.

Jusqu'au moment où l'on se marre d'une bonne pantalonnade du Gorafi et qu'on se rend compte que l'on n'est pas sur le Gorafi...

Que notre monde est encore plus surréaliste que cette parodie déjantée.
Que le Gorafi est bien plus qu'une bonne blague de potache pour se détendre au bureau pendant la pause Internet, celle où se partagent des articles sur Facebook avec les collègues du bureau d'à côté, ceux avec lesquels on ne cause jamais.

Le moment où l'on comprend qu'il est vain de chercher à dénoncer un système totalement absurde avec des arguments rationnels.

Le moment où l'on comprend que l'Empereur est nu et qu'il va falloir retrouver une âme d'enfant pour le balancer sur la place publique.

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De la marchandisation des droits

À quoi sert un droit si l’on est dépossédé des moyens concrets de le réaliser ?


Résistances
Il y a ce que l’on appelle communément des droits acquis. C’est un peu un abus de langage parce que chacun sait bien que depuis le règne de Laurence Parisot et avant elle, celui de Madame Thatcher, que tout est précaire, surtout quand il s’agit précisément des droits des plus fragiles et que donc, rien ne doit jamais être tenu pour acquis.

Prenons la retraite, comme ça, totalement au hasard.

Personne ne se pointera jamais en balançant tout de go : « dans notre modèle économique actuel, il est impossible de continuer à dépenser des ressources forcément limitées pour des éléments parasitaires parce que n’étant plus productifs. » Non, c’est impensable de dire des choses pareilles, c’est un coup à déclencher une flash mob... voire, pire : une pétition en ligne.

Au contraire, il faut s’afficher délibérément en train de sauver ce fameux droit acquis à la retraite : « parce que nous voulons sauvegarder le régime de retraite par répartition, nous allons juste faire en sorte que plus personne n’y accède et que tout le monde crève avant. Comme ça, il y aura plein d’argent dans les caisses et le régime des retraites par répartition sera sauvé... des retraités. »

Ça non plus, personne ne le dira clairement. À la place, on va sauver le droit à la retraite en le rendant juste... absolument impossible à réaliser. C’est tout le principe de la conditionnalité. En fait, dès qu’un droit s’assortit de conditions d’accès, il devient plus difficile à réaliser pour une partie de la population... tout en restant un droit.

Ainsi, on ne supprime pas le droit à la retraite, on se contente de durcir les conditions d’accès. En allongeant le temps de cotisation obligatoire, par exemple. C’est là un très bon moyen de virtualiser la retraite en faisant en sorte que la majorité des ayants droit décèdent avant de le faire valoir. Pour les gens de ma génération, on se propose de le reculer à 43 ou 44 ans de cotisation. Tout en sachant pertinemment que cette même génération est entrée plus tardivement sur le marché du travail pour cause d’allongement du temps de formation initiale. Après, on peut encore ergoter en rappelant que ma génération a été marquée par des accès plus difficiles à l’emploi, sur fond de baisse des rémunérations (un jeune diplômé touche moins qu’un insider senior moins formé), de chômage et d’emploi précaire. Ainsi, beaucoup d’entre nous ont commencé à travailler aux alentours de 25 ans. Ce qui nous fait déjà un âge théorique d’accès au droit de la retraite à 69 ans.

69 ans... je veux que vous visualisiez bien ce chiffre et que vous vous projetiez dans un univers d’hyper-productivité à cet âge.

Mais ça, c’est pour les veinards qui ont trouvé un boulot directement en sortant du système éducatif et sans ne plus jamais en changer.

Dans la vraie vie, beaucoup d’entre nous ont navigué entre des stages non rémunérés et des petits boulots sans lendemain, le tout entrecoupé de va-et-vient à Pôle Emploi, pas toujours comptabilisés ou même indemnisés. Et je ne parle même pas de ceux qui ont réussi à survivre à l’ombre du salariat en s’improvisant autoentrepreneurs et à qui on n’a jamais clairement expliqué que la plupart de ces années de travail en pointillés comptent pour du beurre.

Par jeu, en tenant compte de la nécessité d’augmenter encore la durée minimale de cotisation pour obtenir le droit à une retraite pleine et entière, j’ai calculé qu’il me faudrait probablement vivoter jusqu’à mes 78 ans pour espérer palper royalement le minimum vieillesse... s’il existe toujours.

Autrement dit, même si le droit à la retraite est maintenu, pour beaucoup d’entre nous, dans les faits, il n’est plus réalisable. C'est devenu un droit virtuel.

C'est tendance, le virtuel.

Ce qui vaut pour la retraite vaut pour de plus en plus de nos droits. Nous avons acquis le droit au logement, mais en l’absence d’une politique réelle et volontariste d’adaptation du parc immobilier aux besoins et aux moyens réels de la population, ce droit est juste un droit pour rire... mais surtout pour pleurer.

Nous avons le droit à l’information, mais il nous manque en face un financement pérenne et efficace qui garantisse une véritable liberté de la presse et son indépendance tant du pouvoir régalien que du pouvoir de l’argent.

Nous avons le droit de vote, mais dans les faits nous n’avons le choix qu’entre différentes personnalités toutes issues du même sérail politique et dont la vision du monde et les options politiques sont strictement identiques, ce qui nous ôte, de fait, tout contrôle démocratique du fonctionnement de notre société.

Nous avons le droit à la santé, mais de déremboursements en franchises, en passant par le non-renouvellement des praticiens dans une population qui continue de croître, sans compter les dépassements d’honoraires raisonnables à 150 % du tarif de la Sécu, les fermetures de lits, d’hôpitaux, etc., beaucoup d’entre nous ont déjà renoncé à pleinement exercer ce droit, faute de moyens ou même juste d’un rendez-vous à moins de 12 mois pour une spécialité en voie de disparition comme la gynécologie ou l’ophtalmologie.

Nous avons le droit à l’éducation, mais on continue à réduire le nombre des profs, à fermer des classes, puis des écoles, à alléger les programmes, à vider de sa substance toute l’architecture complexe de l’Éducation Nationale sous prétexte de dégraisser le mammouth et au final, on s’étonne que tout cela ne soit plus qu’une grande machine folle à trier les enfants et à reproduire les inégalités sociales en les creusant. 

Il y a 20 ans, j’ai eu le droit d’accéder à un enseignement supérieur, à présent je doute d’avoir les moyens financiers de rendre la pareille à ma fille.

Nous avons donc des droits, mais des droits de papier, des droits conditionnels, des droits inaccessibles, des droits virutels... pour amuser la galerie.

En fait, on nous a surtout laissé le choix de mettre le prix nécessaire pour continuer à jouir de nos droits

On nous laisse donc ce choix de l'argent, en nous expliquant qu’avoir le choix, c’est la liberté.

Nous avions donc des droits universels et nous voilà avec le choix de payer pour continuer à jouir pleinement de nos droits les plus élémentaires... et un droit qui s’achète, ce n’est plus un droit, tout au plus un produit.

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Schiste happens

Les plus confiants d’entre nous en étaient restés à l’idée rassurante et confortable que le nouveau président en exercice avait interdit pour toute la durée de son quinquennat l’exploitation des gaz de schiste par fracturation hydraulique, ce qui nous laisserait largement le temps de voir si ce nouvel eldorado énergétique tenait vraiment toutes ses promesses dans les autres coins du monde où il tourne à plein régime.

C’était bien, cette idée que la mobilisation citoyenne fait reculer les hyènes capitalistes, celles qui ne s’encombrent d’aucune préoccupation annexe en dehors de se faire un maximum de fric, le plus vite possible. Cela dit, les collectifs citoyens sont restés vigilants et comme d’habitude, cette prudence s’est révélée fondée.
Assez rapidement, il s’est avéré que les permis d’exploration des gaz de schiste déjà accordés étaient toujours en cours de validité et surtout que de nouvelles demandes de permis sont régulièrement déposées par des compagnies minières et qu’à notre surprise générale, elles reçoivent régulièrement des réponses positives. Voilà qui contraste singulièrement avec la position officielle d’interdiction totale des conneries schisteuses.

Dans mon bled, c’est à dire là où vivent les pedzouilles de la République, autrement dit, des gens considérés comme suffisamment négligeables pour être passés prestement en pertes et profits, le moins que l’on puisse dire, c’est que nous n’avons pas franchement l’impression d’être à l’abri des dommages collatéraux des gaz de schistes. Et la dernière grande charge médiatique des pro-schiste (qui ont généralement l’intéressante caractéristique d’habiter très loin des zones d’explorations, ce qui relativise grandement leurs discours lénifiants) n’est pas pour nous rassurer. Puisqu’il n’est pas possible de fracturer la roche, ce qui, vous en conviendrez, est assez barbare, ils se proposent doctement de la masser, ce qui est nettement plus avenant.

Donc, il faut bien comprendre que le lobby des profiteurs des gaz de schiste n’a jamais désarmé et s’est, très récemment, remis en bon ordre de marche propagandaire, à nous asséner que les gaz de schiste, c’est écolo, c’est beau, ça va résoudre tous nos problèmes d’un coup, à commencer par la Vilaine Crise qui nous sape le moral depuis 2008, comme une grosse dépression sibérienne qui stationnerait sur nos têtes depuis trop longtemps. En gros, les gaz de schiste, c’est notre anticyclone des Açores, mais en mieux !
Pour ceux qui pensent que j’exagère, on peut aussi se souvenir des discours lénifiants sur les nombreux avantages que nous tirerions de la diffusion massive des OGM. Souvenez-vous, Monsanto, en fait, c’était Mère Thérésa et tout ça, c’était juste pour éradiquer la faim dans le monde, rien que ça. Mais si cet exemple célèbre d’altruisme éhonté ne suffit pas, voici ce que les habitants du bled ont trouvé sur leur pare-brise ce week-end pascal (et accessoirement grande messe de la course automobile).

  

C’est beau, comme un démontage de MacDo par José Bové !
On admire la rhétorique fine et enlevée : les gaz de schiste vont nous sortir de la crise ! Rien que ça ! Moi qui croyais bêtement que c’était de la faute aux 35h ! Et puis, c’est propre, les gaz de schiste, même qu’il y a des autorités indépendantes et incontestables qui le clament ! Alors que les opposants, ce ne sont rien que des menteurs et des falsificateurs. On admire le style très dépouillé de la maquette, façon militants roulés sous aisselles, parce qu’il ne faudrait pas que ça fasse trop agence de com' grassement rémunérée qui tente un coup de marketing viral en tractant comme des gauchistes de l’ancien temps; parce qu’on est bien d’accord, pour toucher les bouseux, il faut tracter sur les parebrise, vu qu’on n’a pas encore découvert l’Internet dans nos contrées sauvages aux sous-sols affolants.
En tout cas, je suis bien d’accord avec ces braves gens : effrayer n’est pas informer ! Et quand on prétend lutter contre la désinformation, on commence par le faire à visage découvert et non pas avec un bout de papier même pas signé !

Et si, encore, les gaz de schiste n’étaient que la chronique d’une catastrophe écologique annoncée ! Mais non, même d’un point de vue purement économique, c’est une énorme impasse.
Bref, pour vous faire une bonne idée des enjeux et des réalités de la guerre des gaz de schiste, je ne peux que vous conseiller de lire et suivre assidûment la compilation Seenthis des gaz de schiste.

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