Accueil / Tag Archives: Carnets de chômage

Tag Archives: Carnets de chômage

Cris de poussins dans la volière aux rapaces

Horreur, malheur et putréfaction : voilà qu’un groupuscule de vils députés rouges du sang des honnêtes laborieux a tenté de passer en loucedé un amendement perfide pour empêcher de s’auto-exploiter en rond ! Aussitôt c’est le branlebas de combat chez les…

Lire la suite →

Lire la suite

Un intouchable ? P?le Emploi

Comme dirait Coluche, c'est l'histoire d'un mec. Une histoire parmi beaucoup d'autres, mais qui finit tout de même par retenir l'attention. C'est l'histoire d'un mec, donc, qui se retrouve englué dans la violente banalité de la machine à écraser les gens.

Il a passé toute sa jeunesse dans différentes familles d’adoption et foyers de l’Action sanitaire et sociale. À 17 ans, il a trouvé son bonheur en enseignant et en pratiquant la gymnastique. Le 22 juin 1987 au cours d’un entrainement au trampolino survint l’accident qui le laissera tétraplégique à vie. Il est resté pendant quatre ans à l’hôpital avant d’en sortir et de se retrouver à Paris dans un foyer pour personnes handicapées.
Après une année de lutte acharnée, il a réussi à passer le permis de conduire. En 1991, il a  déjà repris son travail en tant qu’éducateur sportif spécialisé en gymnastique artistique féminine.
Didier a été le premier candidat à passer tous ses diplômes d’éducateurs en étant en fauteuil  électrique. Avec succès, il a réussi son brevet d’État du premier degré.

Didier ROY : un Entraîneur de gymnastique, Auteur - Romancier, Comité régional de Gymnastique Île de France 11 décembre 2013

Quand même ! Rien que cela, ça te brosse un personnage, et pas que dans le sens du poil.

Alors que François Cluzet et Omar Sy défoncent le boxoffice avec une belle histoire de paraplégique assisté, cela fait déjà 20 ans que Didier Roy est entraineur de gymnastique. Impressionnant, non ? Et pourtant, le moins qu'on puisse dire, c'est que comme pour le Téléthon, les gens préfèrent les handicapés à la télé, plutôt que dans leur vie quotidienne :

Il a été encouragé à reprendre son métier d'entraîneur lorsqu'il a retrouvé "ses enfants" après son accident et sa rééducation : "Ils n'ont pas vu le fauteuil roulant, ils ont simplement retrouvé Didier". Mais son employeur de l'époque, à Pierrefitte (Seine-Saint-Denis), était réticent. Un ami lui a proposé de travailler à Clichy (Hauts-de-Seine), ce que Didier Roy a fait bénévolement durant deux ans. Mais, ayant besoin de retrouver des revenus, un salaire, il a contacté des clubs de sport : la plupart ont refusé ne serait-ce que de l'entendre lorsqu'ils ont vu le fauteuil roulant. Jusqu'à ce qu'il rencontre à Antony des dirigeants qui lui ont donné sa chance.

"On était en juin 1991, j'ai fait un essai, ils m'ont proposé de rester. Mais tous les parents n'étaient pas d'accord, la moitié ont refusé, j'ai laissé les enfants choisir. Quand en 1993 le club a obtenu un titre de champion de France par équipes en Nationale 2, les parents réticents m'ont demandé de reprendre leurs enfants. Les parents voient les résultats, ils se parlent, ils évoquent la méthode de travail"

Profil Yanous

Et ce n'est pas tout. Parce que le moins que l'on puisse dire, c'est que Didier n'est pas un grand favori de la Baraka. 10 ans plus tôt, sa voiture est incendiée devant chez lui, mais ses collègues se mobilisent pour lui permettre de continuer à se rendre à son travail et un élan de solidarité tente de recueillir les fonds pour lui permettre de remplacer la voiture adaptée qu'il lui est nécessaire pour continuer à travailler.

Donc, Didier est plutôt quelqu'un de combatif, relativement peu enclin à se lamenter sur son sort. Il est aussi écrivain à ses heures perdues. Cela dit, il n'est pas nécessaire de lui coller une auréole sur la tête, il semble que c'est un gars plutôt normal et donc pas forcément héroïque ou monstrueusement plus sympa que les autres. Oui, j'insiste sur sa normalité, parce que je me suis bien rendu compte à l'usage qu'on attend toujours des moches, des gros, des handicapés, etc. d'être fondamentalement meilleurs que les normaux.

Quand nous évoquons notre rencontre avec Didier, nous ressentons la réticence. La réputation de Didier est plutôt négative, ne nous voilons pas la face. « Caractère épouvantable, colérique, intransigeant, situation compliquée…. ». Pour comprendre, remettons nous dans le contexte. J’ai moi-même lu ses livres et cela m’a laissé une sensation très étrange : la perplexité. J’y ai retrouvé effectivement tous ces adjectifs et plus particulièrement la colère et la violence verbale. « Oui, je l’ai fait un peu exprès. Pour choquer, provoquer une réaction », admet-il. Et à aucun moment je ne retrouve cette hauteur philosophique que l’on pense trouver chez ceux qui subissent les handicaps difficiles. Et d’ailleurs, pourquoi pensons-nous que les gens qui souffrent sont plus philosophiques que les autres ? Nous ne pouvons imaginer ce que l’on ressent lorsque du jour au lendemain, on se retrouve cloué dans un lit puis sur un fauteuil pour être dépendant de son auxiliaire de vie, des infrastructures, de la bonne volonté des gens, de l’incompréhension, de l’appréhension, de la peur… Passer de l’état de grand sportif volontaire à plus rien… Mettre une croix sur ses ambitions, ses projets, ses rêves… Ce n’est pas un programme mais une terrible fatalité. 

Portrait dans L'US égalitaire Neudorf, mars 2012

Le couperet

Tout cela pour en arriver au cœur de l'histoire : Didier s'est fait virer.

Pourquoi, comment, ce n'est pas trop la question. Didier a perdu son job comme cela arrive très banalement à beaucoup trop d'entre nous. Donc, Didier, après 23 ans de travail, va s'inscrire à Pôle Emploi. C'est normal. C'est notre assurance chômage, il a cotisé toutes ces années, il y a le droit.

Et c'est là que ça se complique. Parce qu'en fait non, Didier n'a le droit à rien du tout (cela dit, tout le monde était bien content de ramasser ses cotisations sociales pendant 23 ans!)

Je ne sais pas s’il faut en rire ou en pleurer. Cela fait 36 ans que je travaille, que je suis un bon citoyen. J’ai été licencié de mon club la semaine dernière après 23 années de bons et loyaux services et après une rupture de contrat conventionnel, je vais m’inscrire avec un peu de honte pour la première fois de ma vie à Pôle emploi. Je suis reçu hier après que l’on m’ait donné rendez-vous. Je lui dis que je ne suis pas vraiment à l’aise de me retrouver dans ces locaux, car je n’y avais jamais mis les pieds. Elle me répond qu’elle me tire son chapeau, car, vu mon handicap, elle aimerait bien que beaucoup de personnes qui sont présentes, suivent le même chemin. Puis commence à ouvrir mon dossier pour faire mon inscription. Et là, stupeur !!! «Monsieur, j’ai honte de vous annoncer ça, mais je vais aller voir mon directeur pour être sûr de ne pas vous annoncer n’importe quoi» je suis stupéfait !!! Que se passe-t-il ? Quelques minutes plus tard, elle revient tête baissée !! «Je suis sincèrement désolé, je ne peux pas vous inscrire au chômage.» Pour quelle raison ? «M., vous êtes bien invalide troisième catégorie ?» Oui madame, lui réponds-je ! «Nous ne pouvons pas inscrire une personne invalide troisième catégorie, car vous n’avez pas le droit de travailler, il aurait fallu que vous soyez de première ou de seconde catégorie !» Mais comment tout cela a pu arriver, alors que cela fait 36 ans que je travaille et que j’ai ma reconnaissance travailleurs handicapés, lui réponds-je ! D’autant plus, que je suis soumis chaque année à une visite médicale, pour attester que je peux travailler. En plus de tout ça, tous les 10 ans, je dois obligatoirement renouveler cette reconnaissance, ce que j’ai toujours fait ! «Je ne sais vraiment pas comment faire, j’ai honte de cette situation, vous avez toujours cotisé et je ne peux même pas vous donner le RSA, alors qu’ici même, beaucoup de personnes en usent et abusent !» Je me trouve dans une situation, des plus rocambolesques, d’autant que je ne peux bénéficier d’autres choses que de ma pension d’invalidité qui a été calculée sur les 10 dernières années de travail avant mon accident (celui-ci est intervenu alors que j’avais 22 ans et que je n’avais pas deux années d’apprentissage en cuisine, plus une année de travail à mon actif) soit un total aujourd’hui de 364 euros pour vivre. Quelles solutions de recours puis-je avoir ? «À notre niveau, aucune, mais essayez de vous retourner vers les services sociaux». Superbe journée lui dis-je !!! Après avoir pris quelques renseignements, rien ne pourra se décanter sans l’aide d’un avocat et énormément de patience (plus d’une année). Je vais pouvoir faire plaisir à notre cher Président de la République, un chômeur de moins. Si vous avez des solutions, je suis preneur !!! Merci de m’avoir lu et bonne journée à tous.

Témoignage de Didier Roy, partagé le 28 janvier 2014 sur sa page Facebook

Cela fait une belle histoire pour l'édification du bon petit peuple, non?

Lire la suite

Le monde du travail est-il soluble dans la gauchitude?

Peut-on être dans la communication et de gauche?

Toro LocoC'est la question que m'a posée un de mes lecteurs par mail.
Il attend toujours la réponse.

Je ne compte plus le nombre considérable de fois où j'ai dû justifier de la neutralité politique de mon travail. D'expliquer que dans mon boulot, je fais la part des choses et ceci, cela. Que oui, il est possible de travailler avec moi dans la sérénité, que non, je ne me rends pas au boulot chaque matin avec un couteau entre les dents.

Sauf que cette fois-ci, j'ai décidé de ne pas me retrouver immédiatement sur la défensive, mais plutôt de prendre le temps de réfléchir tranquillement à la question. Longuement. Très longuement. À cette question et à ce qu'elle signifie. Au fait que je l'ai toujours trouvée tellement normale et évidente comme question que je ne me suis même jamais étonnée de la régularité avec laquelle elle m'est infligée. Au fait même que je la considère comme inéluctable, et qu'il m'arrive tout aussi régulièrement de m'interroger sur ma légitimité politique —et non pas professionnelle— à m'engager dans tel ou tel projet avec tels ou tels partenaire, client ou collaborateur.

Prenons le problème sous un autre angle. C'est toujours une bonne idée de que changer de point de vue sur une question. D'inverser les perspectives. De plonger dans la dystopie concrète.
Imaginons donc que je sois de droite.
Là, comme ça.
Froidement.

C'est tout de même une chose suffisamment commune, d'être de droite dans ce pays, pour qu'on se tape plus souvent un gouvernement de ce bord que de l'autre. On ne va même pas discuter de ce que signifie réellement, aujourd'hui, être de droite. Mis à part quelques mal câblés du ciboulot, je pense qu'il y a une belle unanimité à me qualifier spontanément de femme de gauche.

Donc, inversons la proposition.

Mon lecteur m'aurait-il posé la même question si j'étais identifiée de manière aussi évidente et récurrente comme personnalité intrinsèquement de droite ? La question n'est alors pas de se demander si la communication est une activité de droite, mais plutôt, est-ce que les gens de droite ont à rendre des comptes sur leur activité professionnelle ?
Ou, encore plus simplement, est-ce que les gens de droite se posent des questions quant à leur compatibilité professionnelle ?

Ce qui reviendrait à dire qu'être de gauche implique une éthique, une déontologie de chaque instant, un engagement, non seulement politique, mais aussi dans chaque acte de notre vie quotidienne, probablement jusqu'au fond des chiottes ou dans l'intimité feutrée de la chambre à coucher.

L'opinion politique est-elle une cosmologie ?

Dans l'absolu, oui, puisqu'il s'agit concrètement d'une vision du monde, d'un modèle de société. En réalité, non, puisque l'acte politique pour beaucoup de mes concitoyens, se limite à choisir de temps à autre entre la peste et le choléra, à glisser un nom dans l'urne et à râler quotidiennement devant son poste de télé, son journal, ses collègues, contre les impôts, la voirie, l'école, la Sécu, les fonctionnaires, les parasites, les rentiers, les vendus et les pourris tout en soulignant abondamment tous ces propos par de sempiternels :

Non, mais moi, je ne fais pas de politique. D'ailleurs ça ne m'intéresse pas.

Pourtant, plus un gars ne fait pas de politique et plus il a tendance à avoir un discours de droite. À croire qu'être de droite consiste essentiellement à ne pas se sentir concerné par la chose politique. Sauf que si c'était vraiment le cas, les gens de droite n'iraient pas jusqu'aux urnes et que nous passerions des temps forts intéressants à être exclusivement gouvernés par des gens vraiment intrinsèquement de gauche.
Ce qui n'est —vous en conviendrez aisément— absolument pas le cas.

À moins d'admettre que le simple acte de voter soit la quintessence de la démission démocratique, celui qui consiste à dire à la face du monde :

Vous m'avez déjà fait perdre assez de temps comme cela : maintenant gérez le merdier et ne venez surtout plus me casser les couilles avant la prochaine grande messe électorale, celle-là même qui me permet de jouer à la démocratie tout en n’en ayant absolument rien à secouer.

Ce qui nous éloigne terriblement de la question initiale qui est de savoir si je suis gaucho-compatible avec mon gagne-pain.

Ce que je trouve assez remarquable, en creusant quelque peu dans mes souvenirs professionnels, c'est que, oui, généralement, les gens de droite ont plutôt tendance à se trouver légitimes, quelle que soit leur fonction dans le système. Ils se trouvent d'autant plus légitimes qu'ils sont hauts dans la hiérarchie et dans la fourchette des salaires. En fait, l'aisance des gens de droite dans le monde professionnel contemporain aurait tendance à conforter l'idée que le système socioéconomique actuel leur convient parfaitement et qu'ils y sont comme des poissons dans l'eau.
Le gars de droite trouve ses convictions renforcées par ses réussites concomitantes matérielles et professionnelles quand le gauchiste éprouve toujours une certaine culpabilité à l'amélioration sensible de ses conditions de vie, un peu comme s'il lui avait fallu pactiser avec l'ennemi ou transiger avec ses convictions pour se couler dans un moule bien inconfortable pour ses idées.

Un peu comme si le système lui-même était profondément de droite.

Mais si nous transplantons le gars de droite dans un secteur socioéconomique profondément de gauche —des trucs improbables comme l'économie sociale et solidaire ou le milieu associatif— il est toujours étonnant de voir à quel point le gars de droite ne se pose jamais la question de sa légitimité professionnelle. Il arrive un peu comme un New-Yorkais de Manahattan tombant en panne au cœur des vertes collines bouseuses de Gascogne. Il observe ce qui est un évident décalage entre les pratiques concrètes de son nouveau milieu et les modèles implantés de longue date par la certitude de faire partie de ceux qui ont toujours raison. Et il arrive très rapidement à la conclusion que s'il y a bien dissonance entre lui et son boulot, cela vient forcément des autres. Et il met en œuvre ce qu'il appelle son esprit réformateur, son sens de la modernité et des réalités en bousillant absolument tout ce qui ne répond pas à des impératifs de rentabilité immédiate et de profitabilité maximum, à sa propre vision du monde du travail.

Autrement dit, le gars de droite n'est jamais dans une posture de remise en cause professionnelle, c'est le reste du monde qui doit s'adapter à sa cosmologie personnelle.
Et c'est probablement ce qui fait tout sa force, pendant les gauchistes continuent de s'autoflageller de n'être pas vraiment à la hauteur de leurs utopies.

Le gars de droite, c'est le Midas des temps modernes qui transforme en merde capitaliste absolument tout ce qu'il touche pendant que le gars de gauche se perd en circonvolutions métaphysiques ineptes, du genre :

Mais est-ce que je peux être dans la communication et de gauche ?

Un gars de droite dans une association à caractère social ou culturel ne va jamais se dire qu'il n'est pas du tout à sa place (ce qui est pourtant le cas). Non, il va juste peser de toute la force de sa conviction intime qu'il est le meilleur et qu'il a toujours raison pour faire d'une structure démocratique, fondée sur la coopération, l'échange et la solidarité, une bonne grosse machine de guerre économique, qui élimine les activités non rentables, compresse les couts (à commencer par les personnes) et augmente les profits en se focalisant sur les prestations à haute valeur ajoutée. Si, en plus, les politiques et gouvernants marchent dans la combine en étranglant financièrement tout ce qui est de l'ordre du non marchand, on voit alors avec quelle efficacité une pensée politique n'a absolument pas besoin de passer par le cirque médiatique et électoral pour s'imposer brutalement à tous.

Tout est politique, y compris et surtout, le champ professionnel!

Si l'on s'intéresse quelque peu au monde de la communication contemporaine, on y trouve effectivement une belle brochette d'affabulateurs dont le talent se résume souvent à prendre le reste du monde pour un ramassis de crétins auquel il convient de s'adresser en beuglant des insanités grotesques avec toute la puissance de conviction que seule la médiocrité d'esprit la plus profonde peut conférer aux fumistes flamboyants. La communication, coco, c'est l'univers de l'esbroufe, du clinquant, du mépris social et du mensonge institutionnalisé. C'est bien évidemment un repaire de tout ce qui pense à droite, vit à droite, respire à droite et n'a toujours pas compris la profonde différence entre l'information et la propagande.
À priori, c'est tout, sauf une profession compatible avec des idées de gauche.

Sauf que si on retourne la proposition, la communication, c'est avant tout ce que l'on en fait. On peut bien sûr laisser les coudées franches à toute cette mentalité réductrice et vaine que l'on combat chaque jour dans ses effets les plus pernicieux tout en se plaignant de perdre bataille sur bataille dans le domaine des représentations sociales que les médias aux ordres pondent chaque jour un peu plus dans la tête de nos concitoyens. En gros, on peut faire nos dégoutés, n'y toucher qu'avec des gants et une pince à linge plantée sur le nez, mais on peut aussi décider, à l'instar des petits Midas de l'entreprise, que la communication gagnerait beaucoup à évoluer vers une configuration déontologique plus conforme à notre confort intellectuel.

On peut juste estimer que communiquer, c'est rendre des informations visibles et intelligibles au plus grand nombre, c'est porter le message, l'amplifier, l'adapter sans jamais le faire mentir, sans jamais tenter de tromper le chaland, c'est participer à la petite musique des mots et à la symphonie des images, c'est créer du lien, bâtir des passerelles, construire des émulations, des coopérations là où il n'y avait que du vide, de l'incompréhension et des rodomontades.

Finalement chacun de nous porte la possibilité de ses choix, même les plus contraints, en ce qu'il peut toujours décider de tendre à vivre conformément à ce qu'il croit juste et nécessaire. Pourquoi seules les outres à vents réactionnaires et imbéciles pourraient-elles choisir de transformer le monde dans lequel elles évoluent ? Pourquoi devrait-on toujours jouer selon leurs règles, réécrites au fil de l'eau afin de toujours rester en leur faveur ? Pourquoi ne seraient-ce que leurs idées moisies qui ont le droit de citer dans cet implacable monde du travail qu'elles ont façonné à leur sinistre image étriquée du bulbe depuis tant d'années et avec le triste résultat que nous ne pouvons plus feindre d'ignorer ?

Nous avons depuis toujours la force du nombre avec nous. Il nous reste à remporter la bataille des convictions et la guerre des idées et cela commence ici et maintenant, au cœur même de la bête, dans chacune des activités dans lesquelles nous passons tant de notre temps de vie.

Lire la suite

Les risques du m?tier

Les grandes guerres impérialistes avaient débité de la gueule cassée à la tonne, la grande guerre du capitalisme dégueule ses corps brisés sans même s'en soucier.

ForgeronElle s'extrait de la voiture à grand-peine, à la fois raide et voûtée, et avance vers moi en traînant la patte. Je la sens engoncée dans son corset de douleur et cela fait déjà deux mois que ça dure. Ça doit lui faire mal à gueuler, sinon, elle aurait à cœur de faire comme si de rien n'était. C'est que c'est une dure à cuire, la Jeannette, assez rugueuse et pourtant immensément généreuse quand elle décide enfin d'accorder sa confiance.
C'est sa force de travail qui a forcé mon admiration au départ. Été comme hiver, il faut vraiment un temps de chacal pour l'empêcher d'aller trimer aux vignes. C'est physique les vignes, mais bizarrement, par ici, c'est de plus en plus un boulot de femmes. Donc elle se fait cramer la couenne ou geler les orteils par tous les temps. Et vas-y que je te rabats les flèches, et que je te tire les sarments et que je te taille les grappes ! Déjà l'année dernière, elle avait été arrêtée, puis opérée. Le canal carpien. Ou plutôt on devrait dire les canaux carpiens, mais ça sonne moche. C'est qu'en plus des vignes, il y a les canards. Toujours besoin de bras, les canards. Et ça tombe bien, c'est la nuit. La nuit, elle cueille les palmipèdes dans leur sommeil pour les transferts à l'abattoir. Avant l'aube, c'est pour le gavage. Hop, elle choppe le bestiau, le colle sous son coude, bien serré, paf, elle le gave et elle passe au suivant. C'est bien parce que ça lui permet d'être à la maison pour réveiller les gosses et les emmener à l'école. Cela dit, à force de tirer sur les bras, ça a tendance à coincer. Luxation à l'épaule. Tendinites à répétition aux coudes. Plus les canaux carpiens. Je m'en souviens bien de cette période, elle ne pouvait même plus s'habiller seule. Pour pisser, il lui avait fallu se tortiller pendant des plombes pour réussir à virer la culotte.

Quand le coup des canaux carpiens a passé, je me suis dit qu'elle allait enfin aller mieux. Mais ça n'a pas duré. Là, c'est le dos qui l'a lâchée. Faut dire que lui aussi, il prend cher, et depuis longtemps. Parce qu'en plus de la vigne le jour et les canards la nuit, elle se fait des extra le WE. Je crois qu'elle fait le service au circuit automobile. Pour compléter. Elles sont pas mal à compléter, par ici. Forcément, ça force le respect, tout ça. Ça lui fait aussi des journées bien remplies. En tout cas plus que son porte-feuille. Je me demande si elle continue les ménages. Une heure par ci, une autre par là.
Elle ne se plaint pas. Elle a son caractère. Sa fierté. Un jour, je lui ai dit qu'elle m'épatait. Mais je crois qu'elle a pensé que je me payais sa fiole.
L'autre jour, j'ai croisé son ex. On a parlé de son dos, de ses douleurs à répétition, du fait qu'elle ne peut plus arquer. Que je crois sincèrement que c'est quelqu'un de solide qui est juste en train de se tuer à la tâche. Que son corps la lâche, irrémédiablement. Qu'il lui faudrait un autre boulot, d'urgence.
  • Mais qu'est-ce que tu veux ? Par ici, sans avoir bossé assez à l'école, y a pas vraiment le choix.
Alors ça traîne. On lui a filé des antidouleurs, un peu de kiné. Rien n'y fait : elle se traîne comme une petite vieille et ça la rend furieuse. Je comprends. Moi aussi, ça me rendrait furieuse.
Ah oui, j'oubliais : elle est plus jeune que moi.

  • Vous direz ce que vous voudrez, c'est une hernie discale, j'en suis sûre !
Elle sait de quoi elle parle, Isabelle. Quelques années de caisse, avec la nouvelle flexibilité. Officiellement, elle est caissière. En vrai, elle fait tout : réception des camions, conduire le transpalette, décharger les cartons, la mise en rayon, nettoyer le magasin, trier et virer les invendus. Et la caisse aussi. 3000 articles de l'heure. Plus l'encaissement et tout. Faites vos comptes : si elle était payée à la tonne déplacée, elle serait millionnaire. En euros. Au lieu de cela, un beau matin, elle n'a pas pu sortir de son lit. Coincée. À mort. Un peu comme Jeannette. Un mal de chien que rien ne calme.
  • Tu étais en accident de travail au moins ?
  • Tu parles, le médecin du travail a dit que ça n'avait rien à voir avec le boulot.
Donc tarif sécu, perte de salaire et corps médical en mode placebo. Au bout du compte, elle en a eu ras le cul d'être handicapée et elle a fait le forcing jusqu'à un service hospitalier de métropole régionale. IRM et paf, le verdict : hernie discale. Depuis l'opération, elle est soulagée et elle a repris le boulot normalement. Elle laisse les packs de flotte et de lait au fond du caddie. Elle tente de s'économiser. Mais là aussi, c'est un boulot exigeant pour l'organisme, traumatisant pour les articulations. Elle fait gaffe.
Elle aussi, elle est plus jeune que moi.

J'en connais plein des comme ça. Le menuisier qui s'est fait aplatir l'index dans le tour et qu'on n'a pas jugé utile d'envoyer en clinique de la main. Ou ce maçon, à peine plus vieux que moi qui a perdu une partie de la flexibilité de ses doigts et à qui on a répondu qu'il allait devoir faire avec. Et ces dos, tous ces dos ! Ils disent que c'est la maladie du siècle. Je réponds que c'est le symptôme du productivisme, de l'indifférence de la machine envers ceux qu'elle utilise chaque jour, qu'elle broie et qu'elle jette quand elle ne peut plus rien en tirer. Sans compter tous les autres, comme le technicien offset qui a sniffé des solvants toute sa vie, mais qui claquera un peu après son pot de retraite, d'un cancer du sang ou des voies respiratoires. Ou tous ces agriculteurs à qui ont n'a pas toujours dit qu'il fallait s'habiller comme un astronaute pour manipuler leurs putains de produits. Qui ne s'étonnent même pas qu'il faille une combinaison intégrale pour traiter ce que l'on doit manger plus tard. Qui, quand on leur parle toxicité des phytosanitaires, lèvent les yeux au ciel et te répondent que ce n'est pas si cher payé pour avoir le privilège de nourrir sa famille.

Powered by ScribeFire.

Lire la suite

Les risques du m?tier

Les grandes guerres impérialistes avaient débité de la gueule cassée à la tonne, la grande guerre du capitalisme dégueule ses corps brisés sans même s'en soucier.

ForgeronElle s'extrait de la voiture à grand-peine, à la fois raide et voûtée, et avance vers moi en traînant la patte. Je la sens engoncée dans son corset de douleur et cela fait déjà deux mois que ça dure. Ça doit lui faire mal à gueuler, sinon, elle aurait à cœur de faire comme si de rien n'était. C'est que c'est une dure à cuire, la Jeannette, assez rugueuse et pourtant immensément généreuse quand elle décide enfin d'accorder sa confiance.
C'est sa force de travail qui a forcé mon admiration au départ. Été comme hiver, il faut vraiment un temps de chacal pour l'empêcher d'aller trimer aux vignes. C'est physique les vignes, mais bizarrement, par ici, c'est de plus en plus un boulot de femmes. Donc elle se fait cramer la couenne ou geler les orteils par tous les temps. Et vas-y que je te rabats les flèches, et que je te tire les sarments et que je te taille les grappes ! Déjà l'année dernière, elle avait été arrêtée, puis opérée. Le canal carpien. Ou plutôt on devrait dire les canaux carpiens, mais ça sonne moche. C'est qu'en plus des vignes, il y a les canards. Toujours besoin de bras, les canards. Et ça tombe bien, c'est la nuit. La nuit, elle cueille les palmipèdes dans leur sommeil pour les transferts à l'abattoir. Avant l'aube, c'est pour le gavage. Hop, elle choppe le bestiau, le colle sous son coude, bien serré, paf, elle le gave et elle passe au suivant. C'est bien parce que ça lui permet d'être à la maison pour réveiller les gosses et les emmener à l'école. Cela dit, à force de tirer sur les bras, ça a tendance à coincer. Luxation à l'épaule. Tendinites à répétition aux coudes. Plus les canaux carpiens. Je m'en souviens bien de cette période, elle ne pouvait même plus s'habiller seule. Pour pisser, il lui avait fallu se tortiller pendant des plombes pour réussir à virer la culotte.

Quand le coup des canaux carpiens a passé, je me suis dit qu'elle allait enfin aller mieux. Mais ça n'a pas duré. Là, c'est le dos qui l'a lâchée. Faut dire que lui aussi, il prend cher, et depuis longtemps. Parce qu'en plus de la vigne le jour et les canards la nuit, elle se fait des extra le WE. Je crois qu'elle fait le service au circuit automobile. Pour compléter. Elles sont pas mal à compléter, par ici. Forcément, ça force le respect, tout ça. Ça lui fait aussi des journées bien remplies. En tout cas plus que son porte-feuille. Je me demande si elle continue les ménages. Une heure par ci, une autre par là.
Elle ne se plaint pas. Elle a son caractère. Sa fierté. Un jour, je lui ai dit qu'elle m'épatait. Mais je crois qu'elle a pensé que je me payais sa fiole.
L'autre jour, j'ai croisé son ex. On a parlé de son dos, de ses douleurs à répétition, du fait qu'elle ne peut plus arquer. Que je crois sincèrement que c'est quelqu'un de solide qui est juste en train de se tuer à la tâche. Que son corps la lâche, irrémédiablement. Qu'il lui faudrait un autre boulot, d'urgence.
  • Mais qu'est-ce que tu veux ? Par ici, sans avoir bossé assez à l'école, y a pas vraiment le choix.
Alors ça traîne. On lui a filé des antidouleurs, un peu de kiné. Rien n'y fait : elle se traîne comme une petite vieille et ça la rend furieuse. Je comprends. Moi aussi, ça me rendrait furieuse.
Ah oui, j'oubliais : elle est plus jeune que moi.

  • Vous direz ce que vous voudrez, c'est une hernie discale, j'en suis sûre !
Elle sait de quoi elle parle, Isabelle. Quelques années de caisse, avec la nouvelle flexibilité. Officiellement, elle est caissière. En vrai, elle fait tout : réception des camions, conduire le transpalette, décharger les cartons, la mise en rayon, nettoyer le magasin, trier et virer les invendus. Et la caisse aussi. 3000 articles de l'heure. Plus l'encaissement et tout. Faites vos comptes : si elle était payée à la tonne déplacée, elle serait millionnaire. En euros. Au lieu de cela, un beau matin, elle n'a pas pu sortir de son lit. Coincée. À mort. Un peu comme Jeannette. Un mal de chien que rien ne calme.
  • Tu étais en accident de travail au moins ?
  • Tu parles, le médecin du travail a dit que ça n'avait rien à voir avec le boulot.
Donc tarif sécu, perte de salaire et corps médical en mode placebo. Au bout du compte, elle en a eu ras le cul d'être handicapée et elle a fait le forcing jusqu'à un service hospitalier de métropole régionale. IRM et paf, le verdict : hernie discale. Depuis l'opération, elle est soulagée et elle a repris le boulot normalement. Elle laisse les packs de flotte et de lait au fond du caddie. Elle tente de s'économiser. Mais là aussi, c'est un boulot exigeant pour l'organisme, traumatisant pour les articulations. Elle fait gaffe.
Elle aussi, elle est plus jeune que moi.

J'en connais plein des comme ça. Le menuisier qui s'est fait aplatir l'index dans le tour et qu'on n'a pas jugé utile d'envoyer en clinique de la main. Ou ce maçon, à peine plus vieux que moi qui a perdu une partie de la flexibilité de ses doigts et à qui on a répondu qu'il allait devoir faire avec. Et ces dos, tous ces dos ! Ils disent que c'est la maladie du siècle. Je réponds que c'est le symptôme du productivisme, de l'indifférence de la machine envers ceux qu'elle utilise chaque jour, qu'elle broie et qu'elle jette quand elle ne peut plus rien en tirer. Sans compter tous les autres, comme le technicien offset qui a sniffé des solvants toute sa vie, mais qui claquera un peu après son pot de retraite, d'un cancer du sang ou des voies respiratoires. Ou tous ces agriculteurs à qui ont n'a pas toujours dit qu'il fallait s'habiller comme un astronaute pour manipuler leurs putains de produits. Qui ne s'étonnent même pas qu'il faille une combinaison intégrale pour traiter ce que l'on doit manger plus tard. Qui, quand on leur parle toxicité des phytosanitaires, lèvent les yeux au ciel et te répondent que ce n'est pas si cher payé pour avoir le privilège de nourrir sa famille.

Powered by ScribeFire.

Lire la suite

Dans les choux

Pendant que certains enfument la campagne ?lectorale avec de petites saillies assassines qui n'ont d'autre objet que de faire parler pour ne rien dire, je vais me contenter de vous parler de la vraie vie, en l?occurrence de la mienne. Dans la s?...

Lire la suite

Dans les choux

Pendant que certains enfument la campagne ?lectorale avec de petites saillies assassines qui n'ont d'autre objet que de faire parler pour ne rien dire, je vais me contenter de vous parler de la vraie vie, en l?occurrence de la mienne. Dans la s?...

Lire la suite

De l’art subtil de l’automystification

Je commence ? comprendre que je viens de passer l'essentiel de ma vie ? tenter de faire entrer une cl? carr?e dans une serrure triangulaire. Forc?ment, ?a n'a pas march?. Plus on nous exhorte ? ?tre nous-m?mes, plus on nous apprend ? nous...

Lire la suite