Accueil / Tag Archives: bonheur néolibéral

Tag Archives: bonheur néolibéral

Le grand soir

Cela fait tellement de temps qu'on en a marre de tout ça, que je ne me souviens plus d'avant.
Et pourtant, j'ai toujours cette impression persistante de chute interminable et de fuite en avant.
Et pourtant, malgré toutes ces frustrations, ces colères et ces belles envolées lyriques, plus ça va mal et plus on ne fait rien.


Lutte

  • Manière, c'est pas compliqué : dès que ça pète, je sors le manche de pioche !

Puis, il retourne tranquillement négocier sa vie somme toute assez plaisante entre le travail que l'on est bien content d'avoir gardé dans la tourmente et les petites compensations que l'on s'octroie régulièrement pour oublier combien les temps sont durs et l'horizon des jours nouveaux lointain et incertain.


C'est marrant, c'est exactement cette ambiance foutraque que le duo Délépine/kervern, les deux clowns les plus déprimés de l'histoire de la contestation sociale, a si bien décrite dans son film Le Grand Soir. La désespérance des déchus, des jamais soumis, des marginaux qui se heurte de plein fouet avec la résignation consumériste de ceux qui sont encore dans la matrice et s'offrent des indignations à bon compte avant d'aller s'acheter au prix du sang et de la sueur le dernier gadget à la pomme totalement hors de prix et de propos.


En fait, c'est en train de péter


Là, juste maintenant, sous nos yeux et partout. Les gouvernements aux ordres de la finance, des organisations commerciales, des multinationales tapent dur et fort sur les peuples du monde, sous des prétextes plus ou moins vaseux, dont le manque d'imagination et de crédibilité traduit manifestement un grand laissé-aller dans le carnaval pseudodémocratique. C'est gravement en train de péter de partout, les coups d'États financiers ouvrent la voie aux coups d'État parlementaires qui eux-mêmes s'assoient pesamment sur les Constitutions de plus en plus de pays et tout cela provoque partout et en ce moment la misère des peuples et la révolte des opprimés les plus désespérés dans l'indifférence polie du plus grand nombre. 


Sur tous les continents, les conditions de vie de plus en plus de personnes se dégradent significativement selon, toujours, les mêmes modalités : l’explosion de la bulle immobilière américaine a ravagé la classe moyenne laborieuse, avant de s'étendre à l'ensemble de la planète par de très astucieux jeux de contamination financière interbancaire, jusqu'à ce que tout le casino planétaire tremble sur ses fondations. À ce moment-là, les rois du bonneteau financier international ont fait un énorme tapis en réclamant l'aide inconditionnelle des finances publiques sous la menace d'un effondrement total de civilisation. Abondamment nourris et financés par ces géants de pognons aux pieds d'argile, les dirigeants des démocraties mondiales, censés représenter les intérêts des peuples qui les ont portés au pouvoir, ce sont empressé de vider les coffres des nations pour que les grandes lessiveuses à essorer la richesse collective ne ralentissent surtout pas le rythme. Et ensuite, ces mêmes instances financières sont venues chouiner que le braquage des peuples avait quelque peu compromis leur capacité à rembourser leurs dettes iniques nées pour la plupart du changement constant des règles budgétaires et monétaires et dont la ligne directrice depuis 40 ans pourrait se résumer ainsi : privatiser les gains et les ressources, socialiser les pertes ! Et les gouvernements corrompus se sont empressés de détourner leurs mandats prétendument démocratiques pour organiser la grande purge des populations au bénéfice d'une toute petite élite financière pourtant déjà gavé jusqu'à la glotte.


De serrages de ceinture permanents en reculs sociaux concertés, tout ce qui avait été plus ou moins mis en place dans le cadre du grand contrat social entre ceux qui créent les richesses par leur travail et ceux qui font du gras en prélevant leur dîme indécente dessus, est en train d'être définitivement détruit. Là où la société exige le respect des règles et des contraintes de la vie collective, l'aliénation d'une part de nos libertés, en échange du bien-être et de la sécurité, il ne reste plus qu'une sorte d'immonde simulacre de la loi de la jungle. Et quand il n'y a plus rien à sacrifier, plus rien à quoi renoncer, quand on a déjà tout perdu, tout ce à quoi l'on croyait, tout ce à quoi on voulait nous faire croire, il ne reste plus alors que le désespoir, la mort ou la révolte. 


Partout, en ce moment, dans le monde, des gens se soulèvent. Ils dénoncent le grand hold-up du siècle. Ils ont pris conscience de l'ampleur du désastre et se retrouvent confrontés aux matraques de ceux qui étaient censés les protéger. Mais ce ne sont que quelques poignées d'enragés, quelques vagues de désespérés, rien qui n'agite encore les courants forts de la révolte sous la ligne de flottaison des foules placides.


On râle, on serre les boulons, on bricole, on traficote à droite et à gauche, on tente de tenir. Juste encore un peu.

En attendant quoi ? En attendant qui ? 

La cavalerie ? Le sauveur ? Le putain de grand soir ?


Le grand soir, c'est nous. 

Et pendant que je vois ces millions de petites fenêtres qui clignotent de publicités et de fausses nouvelles dans le jour déclinant, ces millions de petites histoires transies et honteuses qui s'imaginent vivre dans une autre époque révolue, ces millions de petites lueurs dispersées qui ne parviennent plus à faire reculer les ténèbres, je me dis que le grand soir s'est égaré quelque part au fond de la cinquième étagère de la travée 4 de l'Auchan ou de l'Ikéa du coin et que nous tous, on l'a bien profond dans le cul !

=-=-=-=-=
Powered by Blogilo

Lire la suite

Le grand soir

Cela fait tellement de temps qu'on en a marre de tout ça, que je ne me souviens plus d'avant.
Et pourtant, j'ai toujours cette impression persistante de chute interminable et de fuite en avant.
Et pourtant, malgré toutes ces frustrations, ces colères et ces belles envolées lyriques, plus ça va mal et plus on ne fait rien.


Lutte

  • Manière, c'est pas compliqué : dès que ça pète, je sors le manche de pioche !

Puis, il retourne tranquillement négocier sa vie somme toute assez plaisante entre le travail que l'on est bien content d'avoir gardé dans la tourmente et les petites compensations que l'on s'octroie régulièrement pour oublier combien les temps sont durs et l'horizon des jours nouveaux lointain et incertain.


C'est marrant, c'est exactement cette ambiance foutraque que le duo Délépine/kervern, les deux clowns les plus déprimés de l'histoire de la contestation sociale, a si bien décrite dans son film Le Grand Soir. La désespérance des déchus, des jamais soumis, des marginaux qui se heurte de plein fouet avec la résignation consumériste de ceux qui sont encore dans la matrice et s'offrent des indignations à bon compte avant d'aller s'acheter au prix du sang et de la sueur le dernier gadget à la pomme totalement hors de prix et de propos.


En fait, c'est en train de péter


Là, juste maintenant, sous nos yeux et partout. Les gouvernements aux ordres de la finance, des organisations commerciales, des multinationales tapent dur et fort sur les peuples du monde, sous des prétextes plus ou moins vaseux, dont le manque d'imagination et de crédibilité traduit manifestement un grand laissé-aller dans le carnaval pseudodémocratique. C'est gravement en train de péter de partout, les coups d'États financiers ouvrent la voie aux coups d'État parlementaires qui eux-mêmes s'assoient pesamment sur les Constitutions de plus en plus de pays et tout cela provoque partout et en ce moment la misère des peuples et la révolte des opprimés les plus désespérés dans l'indifférence polie du plus grand nombre. 


Sur tous les continents, les conditions de vie de plus en plus de personnes se dégradent significativement selon, toujours, les mêmes modalités : l’explosion de la bulle immobilière américaine a ravagé la classe moyenne laborieuse, avant de s'étendre à l'ensemble de la planète par de très astucieux jeux de contamination financière interbancaire, jusqu'à ce que tout le casino planétaire tremble sur ses fondations. À ce moment-là, les rois du bonneteau financier international ont fait un énorme tapis en réclamant l'aide inconditionnelle des finances publiques sous la menace d'un effondrement total de civilisation. Abondamment nourris et financés par ces géants de pognons aux pieds d'argile, les dirigeants des démocraties mondiales, censés représenter les intérêts des peuples qui les ont portés au pouvoir, ce sont empressé de vider les coffres des nations pour que les grandes lessiveuses à essorer la richesse collective ne ralentissent surtout pas le rythme. Et ensuite, ces mêmes instances financières sont venues chouiner que le braquage des peuples avait quelque peu compromis leur capacité à rembourser leurs dettes iniques nées pour la plupart du changement constant des règles budgétaires et monétaires et dont la ligne directrice depuis 40 ans pourrait se résumer ainsi : privatiser les gains et les ressources, socialiser les pertes ! Et les gouvernements corrompus se sont empressés de détourner leurs mandats prétendument démocratiques pour organiser la grande purge des populations au bénéfice d'une toute petite élite financière pourtant déjà gavé jusqu'à la glotte.


De serrages de ceinture permanents en reculs sociaux concertés, tout ce qui avait été plus ou moins mis en place dans le cadre du grand contrat social entre ceux qui créent les richesses par leur travail et ceux qui font du gras en prélevant leur dîme indécente dessus, est en train d'être définitivement détruit. Là où la société exige le respect des règles et des contraintes de la vie collective, l'aliénation d'une part de nos libertés, en échange du bien-être et de la sécurité, il ne reste plus qu'une sorte d'immonde simulacre de la loi de la jungle. Et quand il n'y a plus rien à sacrifier, plus rien à quoi renoncer, quand on a déjà tout perdu, tout ce à quoi l'on croyait, tout ce à quoi on voulait nous faire croire, il ne reste plus alors que le désespoir, la mort ou la révolte. 


Partout, en ce moment, dans le monde, des gens se soulèvent. Ils dénoncent le grand hold-up du siècle. Ils ont pris conscience de l'ampleur du désastre et se retrouvent confrontés aux matraques de ceux qui étaient censés les protéger. Mais ce ne sont que quelques poignées d'enragés, quelques vagues de désespérés, rien qui n'agite encore les courants forts de la révolte sous la ligne de flottaison des foules placides.


On râle, on serre les boulons, on bricole, on traficote à droite et à gauche, on tente de tenir. Juste encore un peu.

En attendant quoi ? En attendant qui ? 

La cavalerie ? Le sauveur ? Le putain de grand soir ?


Le grand soir, c'est nous. 

Et pendant que je vois ces millions de petites fenêtres qui clignotent de publicités et de fausses nouvelles dans le jour déclinant, ces millions de petites histoires transies et honteuses qui s'imaginent vivre dans une autre époque révolue, ces millions de petites lueurs dispersées qui ne parviennent plus à faire reculer les ténèbres, je me dis que le grand soir s'est égaré quelque part au fond de la cinquième étagère de la travée 4 de l'Auchan ou de l'Ikéa du coin et que nous tous, on l'a bien profond dans le cul !

=-=-=-=-=
Powered by Blogilo

Lire la suite

Le grand soir

Cela fait tellement de temps qu'on en a marre de tout ça, que je ne me souviens plus d'avant.
Et pourtant, j'ai toujours cette impression persistante de chute interminable et de fuite en avant.
Et pourtant, malgré toutes ces frustrations, ces colères et ces belles envolées lyriques, plus ça va mal et plus on ne fait rien.


Lutte

  • Manière, c'est pas compliqué : dès que ça pète, je sors le manche de pioche !

Puis, il retourne tranquillement négocier sa vie somme toute assez plaisante entre le travail que l'on est bien content d'avoir gardé dans la tourmente et les petites compensations que l'on s'octroie régulièrement pour oublier combien les temps sont durs et l'horizon des jours nouveaux lointain et incertain.


C'est marrant, c'est exactement cette ambiance foutraque que le duo Délépine/kervern, les deux clowns les plus déprimés de l'histoire de la contestation sociale, a si bien décrite dans son film Le Grand Soir. La désespérance des déchus, des jamais soumis, des marginaux qui se heurte de plein fouet avec la résignation consumériste de ceux qui sont encore dans la matrice et s'offrent des indignations à bon compte avant d'aller s'acheter au prix du sang et de la sueur le dernier gadget à la pomme totalement hors de prix et de propos.


En fait, c'est en train de péter


Là, juste maintenant, sous nos yeux et partout. Les gouvernements aux ordres de la finance, des organisations commerciales, des multinationales tapent dur et fort sur les peuples du monde, sous des prétextes plus ou moins vaseux, dont le manque d'imagination et de crédibilité traduit manifestement un grand laissé-aller dans le carnaval pseudodémocratique. C'est gravement en train de péter de partout, les coups d'États financiers ouvrent la voie aux coups d'État parlementaires qui eux-mêmes s'assoient pesamment sur les Constitutions de plus en plus de pays et tout cela provoque partout et en ce moment la misère des peuples et la révolte des opprimés les plus désespérés dans l'indifférence polie du plus grand nombre. 


Sur tous les continents, les conditions de vie de plus en plus de personnes se dégradent significativement selon, toujours, les mêmes modalités : l’explosion de la bulle immobilière américaine a ravagé la classe moyenne laborieuse, avant de s'étendre à l'ensemble de la planète par de très astucieux jeux de contamination financière interbancaire, jusqu'à ce que tout le casino planétaire tremble sur ses fondations. À ce moment-là, les rois du bonneteau financier international ont fait un énorme tapis en réclamant l'aide inconditionnelle des finances publiques sous la menace d'un effondrement total de civilisation. Abondamment nourris et financés par ces géants de pognons aux pieds d'argile, les dirigeants des démocraties mondiales, censés représenter les intérêts des peuples qui les ont portés au pouvoir, ce sont empressé de vider les coffres des nations pour que les grandes lessiveuses à essorer la richesse collective ne ralentissent surtout pas le rythme. Et ensuite, ces mêmes instances financières sont venues chouiner que le braquage des peuples avait quelque peu compromis leur capacité à rembourser leurs dettes iniques nées pour la plupart du changement constant des règles budgétaires et monétaires et dont la ligne directrice depuis 40 ans pourrait se résumer ainsi : privatiser les gains et les ressources, socialiser les pertes ! Et les gouvernements corrompus se sont empressés de détourner leurs mandats prétendument démocratiques pour organiser la grande purge des populations au bénéfice d'une toute petite élite financière pourtant déjà gavé jusqu'à la glotte.


De serrages de ceinture permanents en reculs sociaux concertés, tout ce qui avait été plus ou moins mis en place dans le cadre du grand contrat social entre ceux qui créent les richesses par leur travail et ceux qui font du gras en prélevant leur dîme indécente dessus, est en train d'être définitivement détruit. Là où la société exige le respect des règles et des contraintes de la vie collective, l'aliénation d'une part de nos libertés, en échange du bien-être et de la sécurité, il ne reste plus qu'une sorte d'immonde simulacre de la loi de la jungle. Et quand il n'y a plus rien à sacrifier, plus rien à quoi renoncer, quand on a déjà tout perdu, tout ce à quoi l'on croyait, tout ce à quoi on voulait nous faire croire, il ne reste plus alors que le désespoir, la mort ou la révolte. 


Partout, en ce moment, dans le monde, des gens se soulèvent. Ils dénoncent le grand hold-up du siècle. Ils ont pris conscience de l'ampleur du désastre et se retrouvent confrontés aux matraques de ceux qui étaient censés les protéger. Mais ce ne sont que quelques poignées d'enragés, quelques vagues de désespérés, rien qui n'agite encore les courants forts de la révolte sous la ligne de flottaison des foules placides.


On râle, on serre les boulons, on bricole, on traficote à droite et à gauche, on tente de tenir. Juste encore un peu.

En attendant quoi ? En attendant qui ? 

La cavalerie ? Le sauveur ? Le putain de grand soir ?


Le grand soir, c'est nous. 

Et pendant que je vois ces millions de petites fenêtres qui clignotent de publicités et de fausses nouvelles dans le jour déclinant, ces millions de petites histoires transies et honteuses qui s'imaginent vivre dans une autre époque révolue, ces millions de petites lueurs dispersées qui ne parviennent plus à faire reculer les ténèbres, je me dis que le grand soir s'est égaré quelque part au fond de la cinquième étagère de la travée 4 de l'Auchan ou de l'Ikéa du coin et que nous tous, on l'a bien profond dans le cul !

=-=-=-=-=
Powered by Blogilo

Lire la suite

L’infinie solitude du ma?tre nageur un jour de pluie

La vraie valeur des choses, c'est le prix que les gens sont prêts à payer pour les avoir.

L'infinie solitude du maître nageur un jour de pluieNon, vraiment, c'est un objet magnifique, en parfait état de conservation, il est nickel. De la belle ouvrage, toujours parfaitement fonctionnel, poursuit-il. Mais voilà, ça ne suffit pas. En ce moment, il n'y a plus de marché pour cela. Ça vaut le prix du métal, pas plus, mais ce serait vraiment dommage.
L’horloger repose la montre centenaire dans son écrin avec un air désolé. Il y a quelques années encore, les collectionneurs étaient à l'affût de ce genre d'objet, pas extrêmement rare certes, mais une manifestation concrète du génie industrieux humain, le témoignage du temps patiemment investi par un homme méticuleux, soigneux et maître de son art. Cet objet avait la valeur du travail humain, de sa beauté intrinsèque, du soin dont il avait été entouré pendant toutes ces années, de sa capacité à survivre à l'histoire et à l'entropie naturelle des choses. C'était ce genre de choses qui importait.
Plus maintenant.

Maintenant, ça ne vaut que pour sa matière première, son prix comme valeur refuge, investissement sonnant et trébuchant en des temps de vaches maigres. À peine le prix d'un smartphone débité à la chaîne dans une usine à sueur, quelque part, à l'autre bout du monde, dans un de ces pays où la vie humaine est encore moins chère.

Bien sûr, cette valeur hautement subjective est la cible de toutes les manipulations, selon que l'on se trouve du côté de ceux qui vendent ou de celui de ceux qui veulent ou ont besoin. C'est qu'il en a fallu des émissions de M6 and co, rabâchées pendant des années, pour convaincre la population qu'un placard à balai suintant d'humidité dans un gros bourg de province pouvait valoir une vie de SMIC. Au début des années 90, un pavillon habitable dans une ville moyenne valait dans les 300 000 francs. De nos jours, le même à rafraîchir, le même chiffre, mais en euros. Six fois plus cher, la vétusté en prime.
C'est ça le marketing : créer un consensus sur la valeur des choses. Et perdre de vue leur coût véritable. Remplacer la rationalité économique de la valeur d'échange par la portée symbolique des valeurs attachées à cet échange.

De la foutue pensée magique.

Dans le même temps, on n'a cessé de nous asséner que le travail coûtait trop cher. Toujours trop cher, le travail, surtout celui des autres.
Mais voyons, ma bonne dame, le SMIC, c'est la ruine des entreprises, les salaires, ce sont les ennemis de la compétitivité ! Celle qui permet de fabriquer aujourd'hui des voitures même pas fiables (mais avec un GPS intégré !) pour le prix de la villa de mon adolescence, mais avec 10 fois moins d'ouvriers. On nous l'a tellement joué ce petit air-là que plus personne ne s'indigne de la progression des travailleurs pauvres dans notre société. Que plus personne ne sourcille quand on nous annonce que d'un côté, on va augmenter le SMIC de 2 % (et ça va ruiner les PME) et que de l'autre le gaz va prendre 10 % de plus. Donc les Smicards, c'est cher, mais pas le gaz. 10 % de charges énergétiques de plus dans une entreprise, ça fait moins mal que 2 % de SMIC.
Comprenne qui pourra.

Si ce n'est que nous jouons à la rationalité économique alors que nous nous vautrons dans la subjectivité des valeurs, dictées en fonction des intérêts d'un tout petit groupe, probablement les mêmes gens qui hurlent au gaspillage quand on finance les écoles ou les hôpitaux juste d'avant d'exiger le poing sur la table que l'on renfloue à perte et sans poser de question le tonneau des Danaïdes bancaires.

La vie d'un homme ne vaut plus rien. Seul son compte en banque fait loi. Il faut sauver une poignée de privilégiés corrompus, quitte à sacrifier des millions de personnes dans la balance.
Absurdes valeurs de notre temps où nous consacrons le meilleur de nous-mêmes à amasser des colifichets qui n'ont que le prix de notre asservissement. Dilution de notre humanité dans le consommateur éclairé qui purgera ses accumulations vaines dans un vide-grenier à 50 cts la pièce.

Et nous, qu'est-ce que l'on vaut vraiment dans ce merdier sans nom ? Une ligne comptable dans un bilan d'entreprise, un item noyé dans une moyenne statistique ?
Qu'est-ce qui compte vraiment quand on vit dans un monde de petits boutiquiers ? Qu'est-ce qui est vraiment important à mes yeux pour que j'y consacre du temps ?

Du temps.
Voilà la denrée rare.

Même le plus riche d'entre nous ne pourra jamais acheter des minutes pour les ajouter à ses heures.

Il y a le temps consacré à de vaines transactions, cette vie que l'on perd à la gagner, ces temps morts, des temps pour rien, des instants précieux qui nous filent entre les doigts comme s'égrènent des regrets. Il y a ces temps volés, où l'on nous distrait de l'essentiel, où l'on nous perd dans des considérations vaines, où l'on focalise notre attention sur des choses éphémères, sans consistance, sans aucune espèce d'importance, des choses que nous aurons oubliées demain à la faveur d'un nouveau mouvement de muleta.

Et puis il y a tout ce temps que l'on remplit de rires, de sourires, du brouhaha apaisant des discussions entre amis, du temps de vie, du temps pour vivre, du temps pour aimer. Le temps qui compte, le temps que l'on vit avec cette intensité toute spéciale, ce temps précieux où chaque seconde s'étire en une petite goutte d'éternité. C'est un temps grave, mais aussi un temps léger, celui que l'on prend, que l'on arrache à la futilité des temps frénétiques, un temps que l'on savoure, que l'on goûte pleinement, comme une gorgée précieuse d'un très bon vin, celui qui reste en bouche. Longtemps.

À moment donné, j'ai atteint cette sublime lévitation intérieure, cette faim d'absolu qui se nourrit de petits riens. C'est comme cela. Une ouverture, une aptitude, un élan et le monde entier sourit. Je savais déjà pendant ces instants précieux qu'il s'agissait là de quelque chose d'autant plus unique et important qu'ils étaient fragiles, éphémères, qu'il faut juste se contenter de prendre la vague et de se laisser porter, jusqu'à l'endroit où elle finit immanquablement par nous déposer. Cet état de grâce, je l'ai vécu avec d'autant plus de force, de puissance, que je voulais le graver dans ma mémoire pour les temps futurs et incertains où je serais de nouveau obligée de me coltiner avec la lassitude du quotidien au lieu de planer à la surface des choses. Je voulais encapsuler au plus profond de moi ces petites bulles de félicité afin de pouvoir ensuite m'en souvenir et me servir de leur puissance évocatrice pour allumer quelques lueurs dans les heures plus sombres.

La vague est repartie, comme elle est venue.
Mais j'ai gardé le goût de collectionner les petits instants précieux et je m'efforce, chaque jour, de me souvenir de ce qui compte vraiment pour moi et de ne plus trop m'en détourner.

Powered by ScribeFire.

Lire la suite

L’infinie solitude du ma?tre nageur un jour de pluie

La vraie valeur des choses, c'est le prix que les gens sont prêts à payer pour les avoir.

L'infinie solitude du maître nageur un jour de pluieNon, vraiment, c'est un objet magnifique, en parfait état de conservation, il est nickel. De la belle ouvrage, toujours parfaitement fonctionnel, poursuit-il. Mais voilà, ça ne suffit pas. En ce moment, il n'y a plus de marché pour cela. Ça vaut le prix du métal, pas plus, mais ce serait vraiment dommage.
L’horloger repose la montre centenaire dans son écrin avec un air désolé. Il y a quelques années encore, les collectionneurs étaient à l'affût de ce genre d'objet, pas extrêmement rare certes, mais une manifestation concrète du génie industrieux humain, le témoignage du temps patiemment investi par un homme méticuleux, soigneux et maître de son art. Cet objet avait la valeur du travail humain, de sa beauté intrinsèque, du soin dont il avait été entouré pendant toutes ces années, de sa capacité à survivre à l'histoire et à l'entropie naturelle des choses. C'était ce genre de choses qui importait.
Plus maintenant.

Maintenant, ça ne vaut que pour sa matière première, son prix comme valeur refuge, investissement sonnant et trébuchant en des temps de vaches maigres. À peine le prix d'un smartphone débité à la chaîne dans une usine à sueur, quelque part, à l'autre bout du monde, dans un de ces pays où la vie humaine est encore moins chère.

Bien sûr, cette valeur hautement subjective est la cible de toutes les manipulations, selon que l'on se trouve du côté de ceux qui vendent ou de celui de ceux qui veulent ou ont besoin. C'est qu'il en a fallu des émissions de M6 and co, rabâchées pendant des années, pour convaincre la population qu'un placard à balai suintant d'humidité dans un gros bourg de province pouvait valoir une vie de SMIC. Au début des années 90, un pavillon habitable dans une ville moyenne valait dans les 300 000 francs. De nos jours, le même à rafraîchir, le même chiffre, mais en euros. Six fois plus cher, la vétusté en prime.
C'est ça le marketing : créer un consensus sur la valeur des choses. Et perdre de vue leur coût véritable. Remplacer la rationalité économique de la valeur d'échange par la portée symbolique des valeurs attachées à cet échange.

De la foutue pensée magique.

Dans le même temps, on n'a cessé de nous asséner que le travail coûtait trop cher. Toujours trop cher, le travail, surtout celui des autres.
Mais voyons, ma bonne dame, le SMIC, c'est la ruine des entreprises, les salaires, ce sont les ennemis de la compétitivité ! Celle qui permet de fabriquer aujourd'hui des voitures même pas fiables (mais avec un GPS intégré !) pour le prix de la villa de mon adolescence, mais avec 10 fois moins d'ouvriers. On nous l'a tellement joué ce petit air-là que plus personne ne s'indigne de la progression des travailleurs pauvres dans notre société. Que plus personne ne sourcille quand on nous annonce que d'un côté, on va augmenter le SMIC de 2 % (et ça va ruiner les PME) et que de l'autre le gaz va prendre 10 % de plus. Donc les Smicards, c'est cher, mais pas le gaz. 10 % de charges énergétiques de plus dans une entreprise, ça fait moins mal que 2 % de SMIC.
Comprenne qui pourra.

Si ce n'est que nous jouons à la rationalité économique alors que nous nous vautrons dans la subjectivité des valeurs, dictées en fonction des intérêts d'un tout petit groupe, probablement les mêmes gens qui hurlent au gaspillage quand on finance les écoles ou les hôpitaux juste d'avant d'exiger le poing sur la table que l'on renfloue à perte et sans poser de question le tonneau des Danaïdes bancaires.

La vie d'un homme ne vaut plus rien. Seul son compte en banque fait loi. Il faut sauver une poignée de privilégiés corrompus, quitte à sacrifier des millions de personnes dans la balance.
Absurdes valeurs de notre temps où nous consacrons le meilleur de nous-mêmes à amasser des colifichets qui n'ont que le prix de notre asservissement. Dilution de notre humanité dans le consommateur éclairé qui purgera ses accumulations vaines dans un vide-grenier à 50 cts la pièce.

Et nous, qu'est-ce que l'on vaut vraiment dans ce merdier sans nom ? Une ligne comptable dans un bilan d'entreprise, un item noyé dans une moyenne statistique ?
Qu'est-ce qui compte vraiment quand on vit dans un monde de petits boutiquiers ? Qu'est-ce qui est vraiment important à mes yeux pour que j'y consacre du temps ?

Du temps.
Voilà la denrée rare.

Même le plus riche d'entre nous ne pourra jamais acheter des minutes pour les ajouter à ses heures.

Il y a le temps consacré à de vaines transactions, cette vie que l'on perd à la gagner, ces temps morts, des temps pour rien, des instants précieux qui nous filent entre les doigts comme s'égrènent des regrets. Il y a ces temps volés, où l'on nous distrait de l'essentiel, où l'on nous perd dans des considérations vaines, où l'on focalise notre attention sur des choses éphémères, sans consistance, sans aucune espèce d'importance, des choses que nous aurons oubliées demain à la faveur d'un nouveau mouvement de muleta.

Et puis il y a tout ce temps que l'on remplit de rires, de sourires, du brouhaha apaisant des discussions entre amis, du temps de vie, du temps pour vivre, du temps pour aimer. Le temps qui compte, le temps que l'on vit avec cette intensité toute spéciale, ce temps précieux où chaque seconde s'étire en une petite goutte d'éternité. C'est un temps grave, mais aussi un temps léger, celui que l'on prend, que l'on arrache à la futilité des temps frénétiques, un temps que l'on savoure, que l'on goûte pleinement, comme une gorgée précieuse d'un très bon vin, celui qui reste en bouche. Longtemps.

À moment donné, j'ai atteint cette sublime lévitation intérieure, cette faim d'absolu qui se nourrit de petits riens. C'est comme cela. Une ouverture, une aptitude, un élan et le monde entier sourit. Je savais déjà pendant ces instants précieux qu'il s'agissait là de quelque chose d'autant plus unique et important qu'ils étaient fragiles, éphémères, qu'il faut juste se contenter de prendre la vague et de se laisser porter, jusqu'à l'endroit où elle finit immanquablement par nous déposer. Cet état de grâce, je l'ai vécu avec d'autant plus de force, de puissance, que je voulais le graver dans ma mémoire pour les temps futurs et incertains où je serais de nouveau obligée de me coltiner avec la lassitude du quotidien au lieu de planer à la surface des choses. Je voulais encapsuler au plus profond de moi ces petites bulles de félicité afin de pouvoir ensuite m'en souvenir et me servir de leur puissance évocatrice pour allumer quelques lueurs dans les heures plus sombres.

La vague est repartie, comme elle est venue.
Mais j'ai gardé le goût de collectionner les petits instants précieux et je m'efforce, chaque jour, de me souvenir de ce qui compte vraiment pour moi et de ne plus trop m'en détourner.

Powered by ScribeFire.

Lire la suite

L’impasse

Ce n'est pas comme si nous n'avions pas ?t? patients. Ce n'est pas comme si nous n'avions pas particip? massivement (bien que souvent ? notre corps d?fendant?!) au grand effort collectif (pour une fois?!) de modernisation du monde. Ce n'est pas ...

Lire la suite

L’impasse

Ce n'est pas comme si nous n'avions pas ?t? patients. Ce n'est pas comme si nous n'avions pas particip? massivement (bien que souvent ? notre corps d?fendant?!) au grand effort collectif (pour une fois?!) de modernisation du monde. Ce n'est pas ...

Lire la suite