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Arnie Gundersen – Que savaient-ils, et quand le savaient-ils ? (2)

[2ème partie de "Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et quand le savaient-ils ?"]

Retour vers la 1ère partie

 

 

 

Il y a 4 détecteurs de radiations qui ont continué à fonctionner après l'accident de Daiichi. Pratiquement tous n'étaient plus alimentés, mais quelques-uns avaient une batterie, et ils n'ont découvert les données que récemment.

Le bruit de fond normal sur ces détecteurs de radioactivité était de 0,04 microsieverts.

À 5 heures du matin, juste après l'accident, la radioactivité sur les détecteurs était de 10 fois la valeur normale.

À 6 heures, 60 fois la valeur normale.

À 9 heures, 150 fois la valeur normale.

À 10 heures, 700 fois la valeur normale.

Ce que cela signifie, c'est que quelqu'un à proximité de ces détecteurs recevait  une dose annuelle en 12 heures. Puis les évents ont été ouverts. C'est donc une indication claire que les confinements fuyaient bien avant que les évents ne soient ouverts. Donc à 15 heures, les mêmes détecteurs mesuraient 30 000 fois la valeur normale. Cela signifie une dose annuelle en 10 minutes pour les gens de Chiba.

Mais il est important de réaliser que ça n'est peut-être pas le pire. Cela correspond à l'endroit où étaient les détecteurs. Mais ça ne veut pas dire que le nuage a choisi d'aller sur les détecteurs pour donner ces valeurs.

 

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et quand le savaient-ils ? (2)

C'est une diapo compliquée mais elle montre exactement de quoi je parle ici, géographiquement. Un détecteur était ici. Ici se trouve la centrale. Un détecteur se trouvait ici, voici son pic. Un autre détecteur était ici, voici son pic. Un autre ici, voilà son pic. Donc cela situe géographiquement ces données alentours.

Donc il est clair que ce nuage a tracé des méandres partout des côtés Ouest et Nord de la centrale. Avant même avant que les évents ne soient ouverts.

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et quand le savaient-ils ? (2)

Un des détecteurs a également continué à fonctionner et voici les pics sur ce détecteur. Il n'y a pas de corrélation entre ces pics et le moment où les dépressurisations ont eu lieu, et le moment ou les explosions se sont produites.

Il n'y a pas de corrélation, ce qui veut dire qu'un autre phénomène a dû également se produire, que les scientifiques n'ont pas encore évalué.

 

Hypothèse n°4 : le facteur de décontamination pour le césium.

Et je suis désolé, c'est un peu technique, mais la NRC suppose qu'après un accident nucléaire, l'eau contenue dans le tore, qui est l'anneau au bas du confinement, retient 99% du césium. C'est appelé un facteur de décontamination de 100. C'est vraiment écrit dans la loi, ils pensent que ça arrive.

Mais ils disent également que si l'eau atteint l'ébullition, il n'y a pas de facteur de décontamination, l'eau est incapable de capturer le césium.

Hé bien les données de Fukushima montrent que l'eau dans ce tore au bas du confinement a bouilli. Pourquoi a-t-elle bouilli ? Parce que ces pompes dont je parlais pour refroidir les diesels ont aussi été conçues pour refroidir le tore.

Donc nous avions de l'eau bouillante dans le tore et cela signifiait que le césium n'était pas retenu. Maintenant, alors que les Japonais essayent de reconstituer cet accident, ils prétendent que le césium a été capturé dans ce tore, mais la loi et les données montrent que cela ne pouvait être. Il n'y avait pas de dépôt de césium, pas de rétention à l'intérieur de la piscine de suppression.

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et quand le savaient-ils ? (2)

Comment est-ce que je sais cela ? C'est une diapo importante. C'est un peu... flou.

C'est une image infrarouge de l'unité 3. La large tache au centre de la scène est la piscine à combustible usé de l'unité 3. Et la température des gaz émanant de cette piscine est de 62°C, ce qui signifie que le combustible bouillait et se mélangeait à l'air froid, et il y avait un bain d'air chaud radioactif au dessus de la piscine à 62°C, c'est plutôt mauvais.

Mais ce qui est pire, c'est le pic que montre la photo.

TEPCO savait depuis 2 ans mais n'en a pas parlé.

Ce pic, juste ici, est exactement là où le confinement doit se trouver.

Et ce pic est à 128°C, ce qui signifie que ce n'est pas de la vapeur.

La vapeur peut atteindre plus de 100° C. C'est ce que les ingénieurs appellent des tableaux de vapeur. Mais à la pression atmosphérique actuelle, quand on fait bouillir [de l’eau], la vapeur ne dépasse pas 100 °C.

Ces pics sont à 128°, ce qui veut dire que ce n'est pas de la vapeur, ça signifie que ce sont des gaz chauds radioactifs, relâchés directement du confinement. Cela veut aussi dire qu'à l'intérieur du confinement, ça n'était pas sous le point d’ébullition de l'eau, c'était au dessus du point d’ébullition. Il n'y avait pas d'eau sous forme liquide dans ce confinement. C'était le 20 Mars, 9 jours après l'accident. Le confinement relâche des gaz chauds radioactifs directement dans l'environnement. C'est positivement une preuve à mon avis.

Et TEPCO – évidemment ce sont de bons ingénieurs, et ils ont dû voir l'émission de ce pic chaud radioactif à 128°C, environ 250°[F], sur cette photo infrarouge. Donc ils savaient depuis longtemps que d'énormes quantités de césium étaient relâchées directement dans l'air, car elles n'étaient pas piégées dans l'eau de la piscine de suppression.

 

La dernière hypothèse, ce sont les particules chaudes.

C'est moi et Reiko, co-auteur du livre que nous avons écrit en Japonais, prenant un échantillon quand j'étais au Japon en février de l'an dernier.

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et quand le savaient-ils ? (2)

Le sol... j'ai pris 5 échantillons en 5 jours. Je suis simplement allé dans une partie pavée, une partie... Dans un cas c'était un parc pour enfants juste à côté d'une école, les gamins jouaient juste à côté de moi à lancer des cailloux comme font les enfants.  J'ai pris un sachet d'échantillons et j'ai ramené les 5 échantillons, les ai déclaré  aux douanes, ils ont été analysés par Marco Kaltofen à Worcester Polytech. Et chacun des échantillons excédait 7000 Becquerels par kilogramme.

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et quand le savaient-ils ? (2)

Cela signifie que dans une boite d'échantillons de deux livres, nous avions 7.000 désintégrations par secondes de césium, à Tokyo - à plus de 160 kilomètres de l'accident.

Pensez à cela, c'est comme ...  vous savez … New York ... Tokyo et New York sont en gros comparables pour leur importance dans leur pays, et 7.000 Becquerels par kilo est classé comme déchets radioactifs aux États Unis. Donc les gens à Tokyo marchent dans des points où il y a des déchets radioactifs. Et je n'ai pas cherché pour trouver ça, c'était juste au bord du trottoir.

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et quand le savaient-ils ? (2)

C'est une autoradiographie de filtre à air de voiture...

Ce que ça signifie... nous avons eu des gens, Fairewinds a eu des gens qui nous ont envoyé des filtres à air, et il est arrivé un colis totalement inattendu. Comme je m'approchais avec mon compteur Geiger, il a commencé à partir hors-échelle à une distance de 5 pieds [~ 1,5m]. C'était un filtre à air de voiture. Nous l'avons déposé sur une plaque à rayons X, Marco Kaltofen à fait cela à Worcester Poly. Et ce sont les marques de brûlures sur la plaque après qu'elle ait été mise dans un coffre pendant plusieurs jours.

Fukushima City [non pas Daiichi] est à droite, Tokyo est au milieu. Cela montre les particules chaudes radioactives prisonnières des filtres à air. Hé bien il y avait des gens dans ces voitures. Il y avait des enfants dans ces voitures. Si c'est dans leurs poumons...  Si c'est dans leurs filtres à air, c'est dans leurs poumons. Je pense qu'il est permis de supposer que les gens à Fukushima et les gens à Tokyo ont eu une exposition énorme à des particules chaudes directement dans leurs poumons.

 

Nous avons aussi demandé des chaussures d'enfants. C'est la concentration de césium dans ces chaussures. Les enfants attachent leurs chaussures. Les enfants mangent avec leurs mains. C'est dans leur estomac. C'est dans leurs intestins.

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et quand le savaient-ils ? (2)

J'ai pensé comparer les inventaires disponibles de radioactivité du césium par rapport à Fukushima Daiichi. On appelle cela petabecquerels ou PBecquerels et c'est tout un tas de zéros à la fin d'un nombre. [1015 ]. La totalité du césium disponible à Tchernobyl était de 2,9 avec 17 zéros derrière, en césium. Il y avait pratiquement 3 fois plus de césium disponible pour être relâché à Daiichi 1, 2 et 3.

Nous savons que de fait, 300 %, trois fois plus, de gaz nobles ont été relâchés par Daiichi, il ne peut y avoir de discussion à ce sujet.

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et quand le savaient-ils ? (2)

Maintenant, les gens se demandent combien de césium a été libéré.

Tchernobyl montre qu'environ un tiers du césium a été libéré à Tchernobyl, et les experts japonais disent que ''Oh non, il ne peut y avoir que 1 % du césium qui a été relâché, peut être 2 % du césium a été libéré à Fukushima''. Je ne pense pas que cela soit vrai. Et je ne pense pas que cela soit vrai à cause de l'image que je vous ai montrée avant, où la température dans ce réacteur était de l'ordre de – dans le confinement –  était si chaude qu'il n'y avait pas d'eau sous forme liquide pour retenir le césium. Les experts japonais croient que le césium a été retenu dans l'eau. Mais cette photo infrarouge que je vous ai montrée plus tôt montre clairement que ça ne pouvait pas se produire.

Donc j'en conclus que les gaz nobles étaient 3 fois plus nombreux qu'à Tchernobyl, et le taux de fuite du confinement était de 300 % par jour – c'est un chiffre de la NRC – et que la décontamination du césium a été de zéro. Rien n'a été filtré en sortie, nettoyé dans la piscine de suppression.

La seule bonne chose qu'il y ait eu à Fukushima, et pas à Tchernobyl, c'est que d'un côté il y avait de l'eau et souvent le vent soufflait vers la mer. Mais pour compenser cela il y avait la dernière partie de la page qui est que la densité de population au Japon est diablement pire que la population... autour du réacteur de Tchernobyl.

 

Et finalement il y a les rejets liquides. Je n'ai vraiment pas assez de temps pour en parler, mais ils vont continuer pendant des années et des années à venir, et nous savons déjà que les rejets liquides sont de 10 fois ceux de Tchernobyl.

Arnie Gundersen - Que savaient-ils, et quand le savaient-ils ? (2)

Tokyo regroupe 35 millions de personnes dans sa métropole. Et le Premier Ministre Kan a dit ''Notre existence en tant que nation souveraine était en danger''. Je sais déjà que j'ai pris les 5 échantillons qui montrent que des parties de Tokyo, partout dans la ville, étaient radioactives au point que nous aurions dû les envoyer dans un lieu d'entreposage de matières radioactives ici aux États-Unis. Donc je pense que le point important est  ''À  quel moment les risques d'une technologie deviennent-ils inacceptables ?''

 

Ma conclusion est que tôt ou tard, dans tout système infaillible, les imbéciles vont prendre le pas sur les preuves !  [Les systèmes infaillibles n'existent pas]

 

Merci.

Transcription anglaise par Cécile Monnier

Relecture par kna, Afaz.at, Mali Lightfoot, Arnie Gundersen pour un point technique spécifique sur la vapeur au dessus ou en dessous de 100°C.

Traduction par Cécile Monnier

Relecture & édition par kna

 

 

Article de Kna60 sur son blog

 

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Rentr

Tout à l’heure, elle a préféré qu’on ne l’accompagne pas dans la cour de récréation.

Éclaboussures C’est assez logique : elle revient en territoire connu, c’est sa dernière année d’école, celle d’avant le grand saut dans l’inconnu, celle où elle fait enfin partie des grands avant de redevenir une petite nouvelle.

La rentrée, c’est toujours pareil et c’est toujours différent. Ou alors, c’est nous qui changeons et c’est cette récurrence des cycles de vie qui nous informe que la grande horloge continue de tourner inexorablement vers l’heure de la sortie.
J’ai eu mon content de petits matins de septembre frisquet, de platanes jaunissants, de cette formidable impatience de devoir tout recommencer tout en sachant que ce sera totalement différent.

J’ai toujours aimé ces derniers jours d’été, où la chaleur se fait moins mordante, mais où le ciel est d’un bleu implacable. J’ai toujours, en même temps, regretté ce moment de l’année où je remarque à de petits signes que les jours sont nettement plus courts. J’aime le rythme de l’été, ces matins à peine frais où l’on est réveillé de bonne heure par la lumière du jour et on l’on étire les soirées dans un crépuscule lent et paresseux, à l’ombre des étoiles pâles. Mais j’aimais aussi, en même temps, cette sorte de retour à la vie, à frénésie du troupeau, à la nécessité du temps, tout en rejetant formellement la dictature de l’horloge. Je crois que j’aurais voulu vivre toute l’année des journées de juillet avec les couleurs et les sons de septembre, juste pour en avoir un peu plus, un peu plus longtemps.

Quand j’étais gosse, les vacances me faisaient un peu suer. Non pas que je n’aimais pas retrouver mon père et nos amis communs ou que je n’appréciais pleinement la rupture des rythmes, le changement de décor, d’activités, de socialité et l’exquis sentiment d’étrangeté à moi-même que cela me procurait, mais en même temps, je trouvais trop long ce temps hors du temps, hors de la vraie vie, celle des copains, du quotidien parfois ennuyeux, et de l’apprentissage, de ces connaissances que l’école ne distribuait pourtant qu’avec une parcimonie mesquine.
Après le 15 aout, déjà, j’avais envie d’ombre, de papier neuf et craquant et de l’odeur follement enivrante des manuels scolaires fraichement sortis de la presse. Que je sois parachutée dans une école où je ne connaissais rien ni personne — ce qui m’est arrivé bien souvent — ou que je retourne en terrain conquis, auprès de ces amis que j’aurais tant voulu garder toute ma vie, je finissais toujours par crever d’impatience de replonger dans le carcan rigide et rassurant de l’Éducation nationale, ne serait-ce que parce que là, j’avais enfin des règles à enfreindre et d’autres à inventer.

Je ne me souviens pas d’un temps où je n’ai pas aimé profondément ce lieu où l’on détient pourtant tant d’enfants contre leur gré. Je crois que j’ai même dû aimer l’effroi du premier plongeon dans l’inconnu, de la première séparation, de cette promesse de conquête d’une nouvelle autonomie, de découverte d’un nouveau monde, de nouveaux visages, de nouvelles sensations. J’ai toujours aimé la manière dont le piaillement aigu des enfants rebondit sous le préau, les jours de crachin, le grondement rocailleux des pieds de chaises que l’on traine sur le parquet balafré par les générations, la pluie mate des semelles de basket dans les escaliers, le murmure des files d’attente dans les couloirs, les hurlements de délivrance lors de la dernière sonnerie du soir, la cacophonie indigeste et métallique de la cantine aux heures de pointe, les chuchotements sous la couette, le soir, après l’extinction des feux, le bourdonnement du silence pendant les interros, tout ce brouhaha de la vie en collectivité.

 La gosse m’a l’air bien moins émotive en ce premier jour de sa dernière année d’écolière. Envie de voir les potes, certes, de raconter nos petites aventures de l’été, mais pas de réelle impatience, plutôt une sorte de volonté contrôlée de vivre le moment, juste le moment.
Elle n’avait pas besoin du rituel du premier jour, un peu comme si elle l’économisait pour le grand saut dans le monde de l’année prochaine.
Je la regarde traverser les mêmes instants que ceux par lesquels je suis passée. C’est la même chose, mais c’est définitivement différent. Chaque moment est complètement différent parce que c’est un peu comme si, aujourd’hui, je le revivais, mais de l’autre côté du miroir.

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