Accueil / Tag Archives: administration

Tag Archives: administration

USA: 6 mois de vie à attendre que le feu passe au vert

Les citoyens états-uniens passent en moyenne six mois de leur vie à attendre que le feu passe au vert   Paperasse et formulaires ont envahi nos vies, et de plus en plus de gens pensent que leur travail est inutile, n’apportant aucune contribution au monde. Malgré ce que martèlent les ...

Lire la suite

Open bar pour les patrons

« Un scandale d’État ? » titre le quotidien économique en ligne la Tribune à propos du CICE. C’est dire qu’il y a matière à vraiment s’interroger sur une politique qui a fait pleuvoir les milliards sur les entreprises.  Le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) a été mis en place ...

Lire la suite

Fête du slip au sommet

 « Passées les bornes, y a plus de limites », disait Alphonse Allais… et depuis l’affaire Cahuzac qui mentait les yeux dans les yeux, jusqu’à l’affaire Baupin qui jure n’avoir commis aucun délit d’harcèlement sexuel, en passant par Macron pris la main dans le sac pour mésestimation de patrimoine, les casseroles font ...

Lire la suite

Un intouchable ? P?le Emploi

Comme dirait Coluche, c'est l'histoire d'un mec. Une histoire parmi beaucoup d'autres, mais qui finit tout de même par retenir l'attention. C'est l'histoire d'un mec, donc, qui se retrouve englué dans la violente banalité de la machine à écraser les gens.

Il a passé toute sa jeunesse dans différentes familles d’adoption et foyers de l’Action sanitaire et sociale. À 17 ans, il a trouvé son bonheur en enseignant et en pratiquant la gymnastique. Le 22 juin 1987 au cours d’un entrainement au trampolino survint l’accident qui le laissera tétraplégique à vie. Il est resté pendant quatre ans à l’hôpital avant d’en sortir et de se retrouver à Paris dans un foyer pour personnes handicapées.
Après une année de lutte acharnée, il a réussi à passer le permis de conduire. En 1991, il a  déjà repris son travail en tant qu’éducateur sportif spécialisé en gymnastique artistique féminine.
Didier a été le premier candidat à passer tous ses diplômes d’éducateurs en étant en fauteuil  électrique. Avec succès, il a réussi son brevet d’État du premier degré.

Didier ROY : un Entraîneur de gymnastique, Auteur - Romancier, Comité régional de Gymnastique Île de France 11 décembre 2013

Quand même ! Rien que cela, ça te brosse un personnage, et pas que dans le sens du poil.

Alors que François Cluzet et Omar Sy défoncent le boxoffice avec une belle histoire de paraplégique assisté, cela fait déjà 20 ans que Didier Roy est entraineur de gymnastique. Impressionnant, non ? Et pourtant, le moins qu'on puisse dire, c'est que comme pour le Téléthon, les gens préfèrent les handicapés à la télé, plutôt que dans leur vie quotidienne :

Il a été encouragé à reprendre son métier d'entraîneur lorsqu'il a retrouvé "ses enfants" après son accident et sa rééducation : "Ils n'ont pas vu le fauteuil roulant, ils ont simplement retrouvé Didier". Mais son employeur de l'époque, à Pierrefitte (Seine-Saint-Denis), était réticent. Un ami lui a proposé de travailler à Clichy (Hauts-de-Seine), ce que Didier Roy a fait bénévolement durant deux ans. Mais, ayant besoin de retrouver des revenus, un salaire, il a contacté des clubs de sport : la plupart ont refusé ne serait-ce que de l'entendre lorsqu'ils ont vu le fauteuil roulant. Jusqu'à ce qu'il rencontre à Antony des dirigeants qui lui ont donné sa chance.

"On était en juin 1991, j'ai fait un essai, ils m'ont proposé de rester. Mais tous les parents n'étaient pas d'accord, la moitié ont refusé, j'ai laissé les enfants choisir. Quand en 1993 le club a obtenu un titre de champion de France par équipes en Nationale 2, les parents réticents m'ont demandé de reprendre leurs enfants. Les parents voient les résultats, ils se parlent, ils évoquent la méthode de travail"

Profil Yanous

Et ce n'est pas tout. Parce que le moins que l'on puisse dire, c'est que Didier n'est pas un grand favori de la Baraka. 10 ans plus tôt, sa voiture est incendiée devant chez lui, mais ses collègues se mobilisent pour lui permettre de continuer à se rendre à son travail et un élan de solidarité tente de recueillir les fonds pour lui permettre de remplacer la voiture adaptée qu'il lui est nécessaire pour continuer à travailler.

Donc, Didier est plutôt quelqu'un de combatif, relativement peu enclin à se lamenter sur son sort. Il est aussi écrivain à ses heures perdues. Cela dit, il n'est pas nécessaire de lui coller une auréole sur la tête, il semble que c'est un gars plutôt normal et donc pas forcément héroïque ou monstrueusement plus sympa que les autres. Oui, j'insiste sur sa normalité, parce que je me suis bien rendu compte à l'usage qu'on attend toujours des moches, des gros, des handicapés, etc. d'être fondamentalement meilleurs que les normaux.

Quand nous évoquons notre rencontre avec Didier, nous ressentons la réticence. La réputation de Didier est plutôt négative, ne nous voilons pas la face. « Caractère épouvantable, colérique, intransigeant, situation compliquée…. ». Pour comprendre, remettons nous dans le contexte. J’ai moi-même lu ses livres et cela m’a laissé une sensation très étrange : la perplexité. J’y ai retrouvé effectivement tous ces adjectifs et plus particulièrement la colère et la violence verbale. « Oui, je l’ai fait un peu exprès. Pour choquer, provoquer une réaction », admet-il. Et à aucun moment je ne retrouve cette hauteur philosophique que l’on pense trouver chez ceux qui subissent les handicaps difficiles. Et d’ailleurs, pourquoi pensons-nous que les gens qui souffrent sont plus philosophiques que les autres ? Nous ne pouvons imaginer ce que l’on ressent lorsque du jour au lendemain, on se retrouve cloué dans un lit puis sur un fauteuil pour être dépendant de son auxiliaire de vie, des infrastructures, de la bonne volonté des gens, de l’incompréhension, de l’appréhension, de la peur… Passer de l’état de grand sportif volontaire à plus rien… Mettre une croix sur ses ambitions, ses projets, ses rêves… Ce n’est pas un programme mais une terrible fatalité. 

Portrait dans L'US égalitaire Neudorf, mars 2012

Le couperet

Tout cela pour en arriver au cœur de l'histoire : Didier s'est fait virer.

Pourquoi, comment, ce n'est pas trop la question. Didier a perdu son job comme cela arrive très banalement à beaucoup trop d'entre nous. Donc, Didier, après 23 ans de travail, va s'inscrire à Pôle Emploi. C'est normal. C'est notre assurance chômage, il a cotisé toutes ces années, il y a le droit.

Et c'est là que ça se complique. Parce qu'en fait non, Didier n'a le droit à rien du tout (cela dit, tout le monde était bien content de ramasser ses cotisations sociales pendant 23 ans!)

Je ne sais pas s’il faut en rire ou en pleurer. Cela fait 36 ans que je travaille, que je suis un bon citoyen. J’ai été licencié de mon club la semaine dernière après 23 années de bons et loyaux services et après une rupture de contrat conventionnel, je vais m’inscrire avec un peu de honte pour la première fois de ma vie à Pôle emploi. Je suis reçu hier après que l’on m’ait donné rendez-vous. Je lui dis que je ne suis pas vraiment à l’aise de me retrouver dans ces locaux, car je n’y avais jamais mis les pieds. Elle me répond qu’elle me tire son chapeau, car, vu mon handicap, elle aimerait bien que beaucoup de personnes qui sont présentes, suivent le même chemin. Puis commence à ouvrir mon dossier pour faire mon inscription. Et là, stupeur !!! «Monsieur, j’ai honte de vous annoncer ça, mais je vais aller voir mon directeur pour être sûr de ne pas vous annoncer n’importe quoi» je suis stupéfait !!! Que se passe-t-il ? Quelques minutes plus tard, elle revient tête baissée !! «Je suis sincèrement désolé, je ne peux pas vous inscrire au chômage.» Pour quelle raison ? «M., vous êtes bien invalide troisième catégorie ?» Oui madame, lui réponds-je ! «Nous ne pouvons pas inscrire une personne invalide troisième catégorie, car vous n’avez pas le droit de travailler, il aurait fallu que vous soyez de première ou de seconde catégorie !» Mais comment tout cela a pu arriver, alors que cela fait 36 ans que je travaille et que j’ai ma reconnaissance travailleurs handicapés, lui réponds-je ! D’autant plus, que je suis soumis chaque année à une visite médicale, pour attester que je peux travailler. En plus de tout ça, tous les 10 ans, je dois obligatoirement renouveler cette reconnaissance, ce que j’ai toujours fait ! «Je ne sais vraiment pas comment faire, j’ai honte de cette situation, vous avez toujours cotisé et je ne peux même pas vous donner le RSA, alors qu’ici même, beaucoup de personnes en usent et abusent !» Je me trouve dans une situation, des plus rocambolesques, d’autant que je ne peux bénéficier d’autres choses que de ma pension d’invalidité qui a été calculée sur les 10 dernières années de travail avant mon accident (celui-ci est intervenu alors que j’avais 22 ans et que je n’avais pas deux années d’apprentissage en cuisine, plus une année de travail à mon actif) soit un total aujourd’hui de 364 euros pour vivre. Quelles solutions de recours puis-je avoir ? «À notre niveau, aucune, mais essayez de vous retourner vers les services sociaux». Superbe journée lui dis-je !!! Après avoir pris quelques renseignements, rien ne pourra se décanter sans l’aide d’un avocat et énormément de patience (plus d’une année). Je vais pouvoir faire plaisir à notre cher Président de la République, un chômeur de moins. Si vous avez des solutions, je suis preneur !!! Merci de m’avoir lu et bonne journée à tous.

Témoignage de Didier Roy, partagé le 28 janvier 2014 sur sa page Facebook

Cela fait une belle histoire pour l'édification du bon petit peuple, non?

Lire la suite

? l?heure o? les grands fauves vont boire

Conversation au coin du zinc un soir d’été ou comment prendre le pouls d’un monde à la con.

Pont levant Chaban-DelmasCela faisait un bail que je n’avais pas croisé Juju. Il faut dire que je ne fréquente pas tant que cela les abreuvoirs du bled, mais pendant que l’été resserre enfin son étreinte de feu sur la cambrousse, j’ai eu envie de me faire une petite mousse en terrasse.

— Comment va ?

— Pff, je viens de me faire lourder de mon taf !

— Arf, raconte, c’était quoi ?

Juju a toujours été comme ça, pas spécialement une grande gueule, mais quand même. Le genre de gars qui vit comme il en a envie et qui dit toujours strictement ce qu’il pense, même et surtout, si ça défrise les poils de cul de son interlocuteur. Il est parti, un moment, faire le tour d’Europe dans une camionnette de bric et de broc. Il voulait apprendre le métier, il l’a fait comme un compagnonnage, mais sans toutes les conneries qui vont avec et qui l’auraient fait chier : ni Dieu ni maitre. Un foutu anar libertaire, voilà ce qu’il est.

— Je suis sur le chantier de la médiathèque de l’autre bled.

— Ha bon, ils font une médiathèque ?

— Ouais, un gros caprice d’élu à 2 barres, le truc qui va servir à trois papys, qui va tomber en ruine dans 10 ans tellement que c’est mal branlé et qui va laisser une jolie petite dette à tous les habitants. Mais l’autre con aura son nom sur la plaque, et c’est tout ce qui compte, non ?

— Mais c’est bien, une médiathèque, non ?

— Oui, j’aime lire, j’ai rien contre, mais pour 10 fois moins cher, on pouvait faire un truc plus modeste, plus fonctionnel, plus en phase avec les besoins des gens et financer d’autres trucs qui sont toujours remis à plus tard et donc à jamais.

— Genre ?

— Tu savais que depuis La Libération, il n’y avait pratiquement pas une thune d’investie dans la réfection des écoles, que le lycée du bled, c’est un casernement nazi ?

— Non

— Ben voilà, on a les priorités qu’on peut, hein ! Des médiathèques vides, des fontaines pour faire joli... du pognon, y en a plein les caisses, plein. Pour les crèches, pour les vieux, pour les écoles, y a jamais de pognon. Mais pour la frime, t’inquiètes, il y en a des matelas comme ça... et je ne te raconte pas tout.
Là, les gars viennent sur le chantier tous les 36 du mois... je ne te parle même pas de la manière dont ils ont signé les plans, vite fait bien fait, juste pour boucler à temps pour chopper un financement européen... du coup, ils viennent et à chaque fois, on a le droit au caprice du jour : « on pourrait pas mettre plutôt ce revêtement par terre ou éclairer toutes les marches, une par une ? ». Le mec, il y connait rien, mais il a vu la même chose dans la mairie d’un copain, alors il veut pareil. « Ben non, ce n’est pas possible, parce que le carreleur a fini depuis un mois, que les peintres viennent de terminer et qu’il faudrait tout péter pour tirer du câble même pas prévu sur les plans. — Ce n’est pas grave, on peut payer des suppléments. — Ce chantier a déjà trois mois de retard, ce revêtement vieillit très mal et pour trois marches, je ne vois pas l’intérêt de tout refaire. » Alors, les gars, je les fais chier. Mais c’est mon boulot. Et ça m’énerve leurs caprices de gosses.

— C’est pour ça que tu t’es fait jeter ?

— Non, c’était pour le caprice de trop, mais c’est tout comme. L’autre jour, les revoilà, la brochette d’élus qui se pavanent, les conseillers de mes deux, tout l’aréopage. Déjà, la fois d’avant, ils m’avaient pété les couilles avec une idée de volets roulants électriques qu’ils ont sortis du nulle part.

— C’est pas grave.

— Toi, on voit que tu n’es pas du métier. Parce que tu vois, les volets roulants, c’est pas du wifi. Tu colles pas un bouton sur le mur et hop, tout descend par magie. Faut du câble, faut intégrer les caissons dans le bâti, bref, c’est typiquement le genre de truc auquel il faut penser bien avant la pose du placo, pas quand les peintres sont en train de bosser. Là aussi, faut tout péter et tout refaire, faut rallonger du pognon alors qu’il y en a déjà trop dans ce merdier et puis c’est n’importe quoi, fallait y penser au départ. Bref, le gus, il est frustré, il veut des volets, alors il appelle un type qui lui fait un système avec des clayettes en bois et tout. Je dis au mec : « on va juste en poser un pour voir ce que ça donne. » À la fin de la journée, c’était remballé, personne dans la boite ne comprenait comment ça marchait. Nous, on y arrivait, mais c’est parce qu’on s’était tapé les 6 pages du mode d’emploi.

— Ah ben cool, il ne restait plus qu’à facturer deux jours de formation volet au personnel !

— Oui, c’est vrai, après tout, ce n’est que le fric du contribuable. Je sais, c’est mon gagne-pain, je donne l’impression de cracher dans la soupe. Mais tu vois, j’oublie jamais que je suis aussi un citoyen et forcément, tout ce gaspillage, ça me fait chier. On pourrait tellement faire de choses plus utiles.

— Mais ce n’est pas l’affaire des volets qui a foutu la merde, c’est ça ?

— Non, pas plus que tout le reste. Moi, ça fait des mois que je me dis qu’on aurait pu vraiment faire un truc plus chouette que ce bâtiment de merde, en réhabilitant de l’existant qui tombe en ruine. Si tu voyais tout ce qui tombe en ruine dans le coin, au lieu de faire des trucs où tout le monde prend sa part et qui ne serviront presque pas. Tu vois, garder le fric pour les livres par exemple, rien que ça, plein de livres, du bon mobilier. J’ai travaillé sur un autre projet dans un autre département. Il y avait des super fauteuils design partout, c’était vraiment joli, de la lumière, des délires architecturaux et des poufs pour se vautrer dedans. Je me dis : « putain, je veux les mêmes », donc, je prends un livre et je me jette dedans, pour voir... putain, faut vraiment avoir l’envie de lire chevillée au corps pour tenir plus de 10 minutes sur ses merdes toutes dures. T’avais l’impression d’être sur une bosse en béton. Le mec qui a installé ça, je te le dis : il n’aime pas lire ! Bref, encore du fric foutu en l’air.

— Et ton histoire, alors ?

— Revoilà les gus pour le caprice du jour. On est là, on a presque fini, l’architecte se paluche sur son œuvre pendant que derrière nous, il y a la petite nana de la bibliothèque avec son charriot en train de bien consciencieusement remplir les rayonnages de bouquins. Ils sont là, très contents d’eux quand il y en a un qui sort comme ça : « Et si on faisait les montants de portes en merisier ? C’est joli le merisier ! »

— Oui, il a raison, c’est joli.

— Attends, on a déjà toutes les portes en chêne massif, là, il veut des montants en merisier. 15000€ par porte. Voilà, il parle de 15000€ la porte et derrière lui, il y a la petite nana en Emploi d’Avenir de mes couilles à 200€/mois plus le putain de complément des Assedics. Ben là, j’ai pété un plomb et je lui ai dit de dégager, qu’il n’avait aucune décence, ce mec, que de parler de mettre autant de pognon dans des conneries pour se faire mousser alors que derrière, il n’y a jamais, jamais une thune pour payer correctement les gens. Tu sais ce qu’il me répond, ce con ? « Ah, mais ce n’est pas de ma responsabilité ! » Et voilà ! Le type, il s’en foutait, ils s’en foutent tous. Ils ne l’avaient même pas vue, la petite nana qui va trimer pour que dalle dans leur joli caprice d’élus.
Alors, je l'ai envoyé chier, lui, son projet de merde et son petit système à la con. Parce que ça me fait chier à force. Parce que ça devrait tous nous faire chier puissamment !

Lire la suite

Au nom du p?re

La polémique autour du mariage pour tous a surtout été une belle occasion ratée d’avoir un vrai débat de fond sur la société au lieu d’un affrontement stérile autour d'une problématique d’un autre âge.

La rencontreCela dit, cette pénible surenchère a toujours eu le mérite, pour le pouvoir en place, de détourner l’attention de ce qu’il trame en coulisse et une belle occasion, pour les médias de remplir des colonnes et des éditoriaux à la truelle avec un fond de réflexion qui aurait largement pu tenir sur le recto d’un confetti.

Finalement, on a surtout eu le droit à une immense diversion : deux camps qui s’affrontent et à la fin, un qui gagne. Au milieu, même pas l’embryon d’un débat de société sur un sujet pourtant hautement fondamental : qu’est-ce qu’une famille aujourd’hui ?

Je n’évacue pas le bienfondé de la démarche des homosexuels quant à avoir accès aux mêmes droits fondamentaux que les autres familles, mais cela devait-il nécessairement passer par le renforcement du mariage comme acte fondateur d’une famille et de l’attachement de droits divers et vaguement égalitaires à cette seule construction ?
Tout ce bruit pour rien, pour quelques centaines de personnes par an, tout au plus, alors que des millions d’entre nous n’ont plus de place, ne se reconnaissent plus dans des structures sociales héritées de siècles de pouvoir patriarcal.

De quoi parle-t-on vraiment quand on parle de mariage ?

On parle de cet acte public qui consiste à poser le fondement d’une famille dans le sens le plus traditionnel et restrictif du terme : un homme qui donne son nom à une femme et qui par là même revendique la propriété de son ventre quant à toute la progéniture qui en sortira dorénavant. C’est un acte qui s’inscrit dans l’idée de la transmission du nom et de la propriété privée. C’est une démonstration politique de l’alliance au sens propre et figuré de deux familles et de leur patrimoine à travers leur descendance commune.
Voilà ce qu’est réellement le mariage et le fait que la Révolution française l’a rendu civil, c’est à dire a offert la possibilité de contracter cet engagement sans l’intervention de l’Église ne gâche en rien le fait que la mariée est là l’enjeu d’une transaction génétique et financière, que le père continue de la donner au mari, comme un bien qui s’échange, que dans la majorité des cas, l’identité des femmes continue à s’effacer au profit du patronyme qui sera automatiquement légué aux enfants de cette femme, à savoir la prédominance du nom du père. D’ailleurs, dans nos contrées, on continue toujours à désigner les familles par leur patronyme : voilà les Machins, c’est ici que vivent les Bidules, tiens, ce ne serait pas le petit Trucmuche ? Nombre de courriers administratifs et commerciaux continuent d’être adressés à « monsieur et madame prénom et nom de l’homme », la femme n’étant plus qu’une extension du mari, dépossédée jusque de son prénom.

Et c’est donc pour défendre l’extension de cette conception bien particulière et restrictive de la famille que des millions de laïcards, gays, lesbiennes, gauchistes et progressistes ont défilé, alors que fondamentalement, les défenseurs du mariage que pour leur gueule, dans le cadre de la famille rétrograde et figée dans le temps, avaient bien raison de défendre le caractère bourgeois et patriarcal d’une institution à travers laquelle ils continuent à s’assurer la perpétuation de valeurs (et de patrimoines, en passant) biens moisies.

Qu’est-ce qu’une famille?

En gros, depuis le code Napoléon, un concept qui n’a pas beaucoup bougé : le père, la mère, les gosses. L’essentiel de notre système social est construit autour de cette gentille image d’Épinal dont le pivot est encore et toujours l'inusable « chef de famille ».
Dans la vraie vie, ces dernières années, j’observe surtout que les exceptions sont en passe de devenir plus abondantes que la règle. Cette semaine encore, on rappelait que de plus en plus de nos compatriotes vivaient totalement seuls, des célibataires et donc pas des familles. J’observe aussi le nombre incroyable de mères célibataires qui jonglent comme elles le peuvent pour élever plus ou moins seules leurs enfants dans un monde où absolument rien n’est pensé pour leur faciliter un tant soit peu la tâche. Bien plus encore, la structure familiale est aujourd’hui une sorte de nébuleuse totalement éclatée, aux contours flous, et il n’est pas rare de retrouver jusqu’à 4 ou 5 patronymes différents sur la même boite aux lettres.

Quel cadre, quelles lois, quels droits pour ces très nombreuses familles recomposées au hasard de la vie, avec des parents en garde alternée, des coparents, plus ou moins présents, des enfants de plusieurs lits qui cohabitent avec les enfants en commun et ceux des pièces rapportées. À l’arrivée, voilà des foyers où le nombre de présents varie perpétuellement de 1 à 10 membres, selon les jours de la semaine ou les périodes de l’année.
Dites-moi de quelle manière notre système social intègre cette nouvelle réalité des liens flous, limités dans le temps et l’espace, en perpétuelle reconstruction et invention. Comment sont pris en compte les grands enfants qui reviennent chez l’un ou l’autre à la faveur d’une carrière en dents de scie, les vieux parents qui ne peuvent acquitter le double SMIC de la maison de retraite, le bébé éprouvette de la nouvelle copine de la mère de mon pote ou ce couple qui fonctionne mieux à trois ?
Comment distingue-t-on les couples sexués des colocations fluctuantes, des mobilités permanentes, des infidélités au long cours ? Pourquoi n’y a-t-il pas de statut de la maitresse quand bien même nous avons déjà eu un président de la République célèbre pour sa polygamie, même si personne n’a jamais osé prononcer le mot pour parler de sa deuxième vie, de sa deuxième famille ? Comment admettre que l’époux de la dernière heure ait plus de droits que le compagnon de toute une vie ? Pourquoi continue-t-on à déterminer les droits sociaux des femmes en fonction de leur statut sentimental et trouve-t-on normal que toute femme célibataire qui couche doive se faire entretenir par son compagnon ? Pourquoi ne soupçonne-t-on jamais deux colocataires de même sexe d’être un couple alors que l’inverse est systématique ? Pourquoi la plupart de nos droits sociaux, patrimoniaux ou fiscaux sont-ils encore liés à notre statut marital alors qu’il est aisé de voir à quel point cet ancrage est de plus en plus diffus, temporaire et mouvant ?

Voilà ce que j’aurais préféré que l’on porte sur la place publique plutôt qu’une polémique stérile sur l’extension d’une tradition patriarcale pour une infime minorité, au détriment de toutes les autres. Un débat sur la famille au XXIe siècle aurait probablement évité l’écueil de la stigmatisation des gays, alors que la question de l’égalité des droits dans notre société concerne tellement plus de gens.

Le mariage pour tous ou l’universalité des droits sociaux sans conditions discriminantes d’âge, de sexe, d’origine ou de mode de vie : ma religion est faite!

Lire la suite

Dans les choux

Pendant que certains enfument la campagne ?lectorale avec de petites saillies assassines qui n'ont d'autre objet que de faire parler pour ne rien dire, je vais me contenter de vous parler de la vraie vie, en l?occurrence de la mienne. Dans la s?...

Lire la suite

Dans les choux

Pendant que certains enfument la campagne ?lectorale avec de petites saillies assassines qui n'ont d'autre objet que de faire parler pour ne rien dire, je vais me contenter de vous parler de la vraie vie, en l?occurrence de la mienne. Dans la s?...

Lire la suite