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Monolecte, le 1er mai ?

NDLR: Nous croyons que cet article impitoyable, ?crit « avant », ?m?rite d’?tre relu?aujourd’hui, apr?s…. (Votre ?diteur).

 

Le capitalisme prosp?re sur le mythe de la classe moyenne : faire croire ? un prolo qu?en bossant toute sa vie pour acqu?rir son clapier, il a les m?mes int?r?ts de classe qu?un rentier. Il ne m?a fallu que quelques rayons de soleil pour repartir ? la rencontre du monde qui marche, qui croit et qui esp?re.

Des bouts de route et des embrassades, de longues discussions sur l??tat du monde, l??il riv? sur le paysage de Gascogne en trichromie printani?re?: le vert quasi irlandais des collines qui ondulent jusqu?? la barri?re bleu p?le des Pyr?n?es qui ourle un ciel de nuages noirs et ventrus. Il y avait foule pour le premier mai finalement.

Toujours les m?mes, plus quelques autres, encore port?s par l??lan d?une campagne ?lectorale qui s?est effondr?e au soir du premier tour, rattrap? par la lourdeur d?une ?poque, et qui les laissent un peu orphelins, un peu sans souffle et sans avenir. Et puis, ? chaque fois, un discours diff?rent, des envies diff?rentes, des arguments diff?rents, mais tous concentr?s sur un seul but?: me convaincre de voter Hollande parce que l?id?e de voir Sarkozy cinq ans de plus leur est intol?rable. Le pire, dans tout ?a, c?est que je ne suis m?me pas s?re qu?ils y croient plus? que moi.

Nous sommes au bord de la falaise, scrutant l?ab?me insondable qui?s?ouvre presque sous nos talons, le dos au mur qui se rapproche et ils veulent?bien faire?:

 

  • ?Prends ce bout de papier ? cigarette pour te faire un parachute?
  • ?Non, mais, s?rieusement, tu vois bien, ?a ne va pas le faire, ce n?est juste pas possible?! Le probl?me n?est pas dans le fait d?avoir un parachute, il n?est m?me pas dans le fait qu?il soit visiblement?sous-dimensionn?, le probl?me, c?est le gouffre et ceux qui nous poussent dedans.?
  • ?Oui, mais prends quand m?me, c?est toujours mieux que rien.?

Sauf que l?, franchement, m?me avec un grand effort de concentration, je n?ai?pas assez la foi pour croire que cela va changer quoi que ce soit. Le moins pire. M?me pas.?Le saut de la foi. Qui va faire ??plaf?? en arrivant en bas. Avec le petit bruit mouill? de la past?que bien m?re qui explose au sol.

Ce n?est plus un vote, c?est un r?f?rendum.? Pour ou contre Sarkozy,voil? ? quoi s?est r?duite la d?mocratie. Voil? ce ? quoi j?ai le devoir de participer?: ?pour ta purge lib?rale, pour ta politique de r?cession, tu pr?f?res que le v?to soit sympa ou pas trop???

Comme d?habitude depuis l?enterrement de la volont? des peuples de 2005, la question ne porte plus jamais sur nos choix de soci?t?, mais uniquement sur les modalit?s d?application du programme unique de restriction massive d?acc?s aux ressources. Chacun ?tant, bien s?r, persuad? qu?il arrivera ? prendre bien moins cher que son voisin.

La seule chose notable, par rapport aux autres fois, c?est l?unanimit? de la r?signation?: tout le monde m?a l?air bien convaincu que nous n?avons plus aucune mani?re d??chapper au grand rouleau compresseur, on accepte donc d?en ?tre r?duit ? choisir l?intensit? et la brutalit? avec lesquelles on va nous faire mal. Tout en esp?rant qu?en choisissant bien, le coup tombera plus souvent sur le dos du voisin.

Plus personne n?esp?re que ?a change. Plus personne ne veut vraiment que ?a change. Juste ne pas avoir trop mal. Juste unpetit serrage de ceinture en attendant que ?a passe. Sauf ceux qui n?ont plus rien ? perdre, mais ceux-l?, pour l?instant, sont?encore bien minoritaires, bien inaudibles, bien invisibles, bien m?pris?s par tous les autres, tant des ann?es de stigmatisation des perdants du capitalisme ont bien port? leurs fruits pourris.

Quand j?y pense?: que les plus riches aient r?ussi ? d?signer les plus pauvres ? la vindicte populaire en les pr?sentant comme des privil?gi?s, des profiteurs, des parasites?! Que les rentiers aient pu r?gurgiter sans cesse leur amour immod?r? pour la valeur travail, la grande valeur travail, ? laquelle ils prennent bien soin de ne jamais toucher.

Que l?on ait pu nous vendre le mythe de la France des proprios, un peu comme celui de la France des entrepreneurs?: tous rentiers, tous patrons, tous auto-exploit?s, tous soumis ? la loi de la banque, de la dette et du moins-disant?! Et ensuite, ils font mine de ne pas comprendre le vote FN?!

Un demi-si?cle qu?on marchandise tous les aspects de la vie humaine?! Un demi-si?cle que l?on cl?ture, que l?on poss?de, que l?on d?limite par les barri?res de l?argent. Un demi-si?cle, c?est ce qu?il leur a fallu pour que nous trouvions totalement normal et ind?passable l?id?e que tout, absolument tout se vend et s?ach?te. Y compris et surtout nos besoins primaires.

Il n?y a plus de biens communs, plus de bois o? glaner de quoi se chauffer, plus de sources o? s?abreuver, plus de recoins o? chier en paix. Tout appartient ? quelqu?un. Il ont m?me commenc? ? prendre des options sur des ast?ro?des?! Comment justifier un droit de propri?t? sur un bout d?ast?ro?de?? Comment justifier l?id?e que l?eau, la ressource la plus vitale, ne soit plus qu?une denr?e, c?est-?-dire que son acc?s d?pend uniquement de notre acc?s ? l?argent?? ? qui appartient l?eau?? Y a-t-il eu une OPA sur les nuages??

Il faut de l?argent pour tout. L?argent est devenu le fluide du corps social?: ne pas en avoir, c?est mourir. Et ils n?ont eu de cesse de?rar?fier l?argent. En cr?ant des barrages, des retenues, des points d?accumulation en aval desquels il devient de plus en plus dur de survivre. Et cela devrait s?amplifier. Parce qu?ils vont fermer encore plus les robinets. Ils appellent ?a la n?cessaire rigueur et ils sont tous d?accord pour nous l?infliger.

Des milliards d?euros en plus vont ?tre retir?s de la circulation?: gel des d?penses, coupes dans tous les dispositifs de?redistribution, restrictions salariales au menu, d?construction du Droit du travail pour un rapport de forces encore plus d?s?quilibr?. Le corps social se meurt de n??tre plus correctement irrigu?. Il est perclus des an?vrismes des plus riches et ils parlent d?une nouvelle saign?e. Et ils nous demandent de choisir l?outil qu?ils vont nous plonger dans l?art?re!

Nous n?avons jamais ?t? collectivement plus riches qu?en ce moment et jamais plus convaincus que plus rien n?est possible?: ni une bonne sant?, ni une bonne ?ducation, ni une bonne retraite, ni rien de ce qui fait une bonne vie?! Nous n?avons jamais ?t? aussi riches et jamais nos imaginaires sociaux et politiques n?ont ?t? aussi pauvres, aussi r?duits, aussi mesquins, aussi?m?diocres.

Tout ceci n?est qu?un vaste mensonge, une sale mise en sc?ne, la pire des revanches de classe depuis le 19e si?cle. Il est l?heure de se r?veiller. Il est temps de se remettre ? exiger.

MONOLECTE

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