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Le kidnapping du Phocea (3) : le Vanuatu et ses divers trafics

L’îlot idyllique a perdu de sa superbe depuis les ravages du cyclone Pam, qui a tout saccagé sur placent mars 2015.  Mais avant cela déjà, les belles images de carte postale dissimulaient de bien étranges pratiques politiques, économiques ou commerciales sur place.  Les îles composant le pays et celles des Tonga, des îles « voisines », étaient devenues les points de passage obligés de deux trafics ravageurs eux aussi : celui de la drogue et des armes, les deux étant étroitement liés, comme on le sait.  Les banques locales s’adonnant à un autre sport, celui du blanchiment d’argent issu de ces deux plaies.  

Si on y ajoute le trafic de passeports, voilà une image bien écornée en effet, contre laquelle le nouveau gouvernement du président Baldwin Lonsdale semble vouloir s’activer davantage que les précédents,  en ayant jeté en prison de hauts responsables, comme je l’ai dit dans l’article précédent.  

Mais le chemin sera long, tant l’emprise des malfaisants a perduré sur place…

50512_58817783120_5075159_n-1bfa8Revenons en 2012 avec notre yacht géant. Bien entendu, autour de notre tortueux milliardaire thaïlandais, prétendu nouveau propriétaire du Phocea sorti du chapeau de magicien, gravitent des personnes plus ou moins attirées par cet argent neuf qui coule à flots : deux polynésiens, Michael Tagatalakeoa, de Tonga, et Donald Hira Matiupage, des Samoas, montés à bord avant l’arrivée des douanes et, plus surprenant (ou pas vraiment surprenant), également un… serbe, Branislav Gobelijic, alors décrit comme « résidant à Vila »

Etrange personnage encore : c’est aussi le patron de Voda Vrnjci A.D., une faviola_dadisentreprise cotée en Bourse à Belgrade, connue aussi sous le nom de Voda Vrnjci AD, Voda Vrnjci JSC et Factory Voda Vrnjci, installée à Vrnjacka Banja en Serbie, qui est productrice… d’eau minérale ! A bord du Phocea, il y avait aussi Faviola Brugger Dadis (voir épisode précédent), un modèle présenté comme la petite amie américaine du prétendu propriétaire (ici à gauche), ce qui était faux et qui avait posé déjà pour Versace, Puma ou Sauvage : tout le plan « jetset  » habituel est réuni, dans cette incroyable affaire !

Ne manque que des chefs d’Etat étrangers, tiens, au Vanuatu.  En voilà un aussi, tiens, : en photo, en 2006, à Paris, où l’on peut admirer en photo le chef Laukalbi de la tribu Tanna avec un chef d’Etat français bien connu… mais cela n’a rien à voir, pour tout dire (ouf ! (1)) et pour ce qui est du bateau de Colas, on craint alors sa saisie pure et simple comme on a l’a dit dans l’épisode précédent : « les autorités du Vanuatu ont en effet déjà dépensé plus de 200 000 dollars dans leurs enquêtes sur le super yacht, qui devrait re-naviguer roi_vanuatu-7f0b2rapidement pour contrer la saison des cyclones. Le Premier ministre Sato Kilman a demandé que le passeport diplomatique d’Anh Quan soit annulé. Le Phocea est certes toujours magnifique, apparaissant toujours à la une des journaux, mais il est peut-être à nouveau à vendre ! » Mais finalement, la presse locale s’était beaucoup emballée et tout s’était alors « arrangé » (à vous de demander comment dans un pays où la corruption régnait) : le Phocea n’a donc pas été saisi, ni non plus revendu au final.  Il pourra repartir tranquillement… (mais pas tout de suite) vers la Thaïlande : « deux accusations ont été abandonnées contre le capitaine, l’enquête a déterminé qu’il n’avait pas signé d’avoir fausse déclaration donnée à la douane et à l’immigration. pipiteCependant, il a plaidé coupable d’avoir jeté l’ancre illégalement à Paradise Cove, un port d’entrée non autorisé. Il a également été reconnu coupable d’avoir omis de signaler l’arrivée du yacht à la douane. Deux ministres, Alfred Carlot et Marcellino Pipite (ici à gauche (2)) ont été accusés d’avoir illégalement le mois dernier monté dans le bateau. Ils ont plaidé non coupable et devront probablement subir un procès en avril prochain. » Notre prétendu milliardaire prétentieux ne serait ambassadeur de rien, ou à peine du Viet-Nam, mais pas du Pérou en tout cas, ni d’Afrique du Sud, des deux Amériques, ou membre  du « Business Development and Culture » pour la Colombie et l’Afrique du Sud, ou même du Panama, comme prétendu un peu vite par Alfred Carlot, ministre des affaires étrangères du Vanuatu.  Selon le premier ministre, les documents montrés par Pascal Saken aux autorités auraient été des faux.

La vraie question éludée

Dans toute cette affaire fort douteuse, peu de journaux s’étaient posés les bonnes questions : « Carlot connaît Pascal Anh Quan Saken, auto-proclamé propriétaire du Phocea méga-yacht, car ils sont allés à la maternelle ensemble à Vila. Par contre, il n’a pas été révélé comment et où Pascal Anh Quan Saken avait fait tellement d’argent depuis ses jeunes années, ni comment il avait pu si rapidement et facilement obtenir la citoyenneté et le statut d’ambassadeur au Vietnam, ou devenir l’envoyé spécial du Vanuatu pour le Pérou. Les ressortissants étrangers doivent résider au Vanuatu pendant 10 ans avant de pouvoir devenir des citoyens du Vanuatu, selon le droit de l’Etat Vanuatu…  »  On retombait obligatoirement sur de fortes présomptions de corruption ! Voire de fortune gagnée fort rapidement, là où il n’y a pas quatre moyens d’y arriver, on le sait.  Deux, principalement, dirait notre ami Koutouzis, spécialiste de la question : la drogue ou le commerce des armes étant les deux choses les plus lucratives, c’est bien connu.  Et là aussi, le Vanuatu fait figure de pays bien placé.., comme je l’avais découvert il y a quelques années déjà…

Le Vanuatu et le commerce des armes

air_west_georgia-b7f27Car au Vanuatu, il n’y a pas que notre milliardaire thaïlandais sorti de nulle part de caché.  Il y en a d’autres, dont le fameux Geoffrey Taylor, ce néozélandais qui lui aussi faisait soi-disant dans l’agriculture, en vendant au départ des tracteurs Moldaves, au milieu de ses 2496 entreprises différentes (???), dont une créée en 1992, à Chisinau, la capitale de la… Moldavie. L’une d’entre elles, une compagnie d’aviation… SP Trading, déguisée en « Air West Georgia » de son « GT Group », liée étroitement à Victor Bout, transportait en fait des armes partout dans le monde. On avait découvert son rôle le soir du 11 décembre 2012 : « SP Trading est devenu connue le 12 décembre dernier, lorsque les agences de renseignements de la police thaïlandaise ont inspecté l’Ill-76, l’ avion qui s’est arrêté pour faire le plein de Bangkok en provenance de Pyongyang vers Téhéran. Le certificat de transport aérien a décrit les marchandises comme « du matériel pour champ de pétrole » mais à l’intérieur des 147 caisses ont été trouvé des explosifs, des grenades propulsées par fusée et des lanceurs de missiles informatisés. L’équipage était Kazakh et Biélorusse, et était dans l’ignorance du contenu de la cargaison. Comme le disait aussi le GT Group, jusqu’à ce que des documents ont révélé que l’avion avait été loué à la SP Trading ». Une photo du contenu à bord laissait entrevoir d’autres choses encore, dont des containers à missiles plus sophistiqués :

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On retrouvera des mois après la « directrice » de SP Trading : c’était une ancienne employée d’un Burger King d’Auckland, âgée de 28 ans, qui ne servait que de boîte à lettres !!!… L’entreprise sera étroitement mêlée à l’énorme scandale Wachovia, cette banque qui lessivait l’argent sale de la drogue mexicaine à tour de bras…via sa filiale « Casa de Cambio Puebla. » La banque qui avait avancé l’argent pour que Pedro Benavides Natera achète onze avions, tous retrouvés comme ayant servi à transporter de la drogue ! Tous achetés chez Skyway Aircraft Inc. de Clearwater, près de St. Petersburg, Floride, et Planes and Parts Enterprises LLC de Doral, en Floride, un peu comme le bateau retrouvé aux îles Tonga, vendu par un broker de Floride ! Retour à notre case « avions de la drogue » !!!

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Le Vanuatu et le trafic de drogue

levin-carlLe Vanuatu, aussi laxiste que les Seychelles, dénoncé dans un rapport sanglant, attirait en effet toutes les convoitises financières et le blanchiment bancaire de la drogue : « les 115 îles des Seychelles, hébergent en effet un nombre incalculable d’adresses de sociétés fictives, au point de mettre en alerte deux sénateurs américains qui dénoncent bientôt ces paravents évidents : l’actif député démocrate du Wyoming (celui avec les lunettes au bout du nez – ici à droite), Carl Levin, et juste après lui Barack Obama, qui part en campagne électorale sur davantage d’éthique dans le commerce. Rejoints tous deux par le républicain Républicain Norm Coleman, ils tenteront de faire passer un projet de loi (Stop Tax Haven Abuse Act) qui avait pour objectif de mettre fin à la fraude fiscale aux USA (où le le Trésor américain perd, dit-on, 100 milliards par an). Aux Barbades, on s’en gausse. Dans la liste des pays suspicieux cité dans le projet on trouve en 24 eme position… le Vanuatu…. « . 

yacht_drug_australia-da474Outre les armes et le blanchiment d’argent, le Vanuatu sert-il aujourd’hui comme les Tonga de relais aux passages de drogue en provenance d’Amérique du Sud ? Sans aucun doute, et ce sont des espagnols et des colombiens qui se sont emparés de cette route privilégiée. Avant le Phocéa, un autre bateau s’était fait prendre au jeu. survey_drug_boat_australia-62f34Le 14 novembre, le yacht « Friday Freedom », ketch de 17 m, piloté par un couple de trentenaires, nommés Valea et Fernandez, était intercepté à Bundaberg, en Australie. Le bateau, faufilé de façon très adroite au milieu d’une flotte de 85 navires participants à une longue régate, avait été en fait suivi par la police depuis son point de départ du Vanuatu, surveillé par deux Dash-8 australiens équipés de matériels vidéos aériens. Deux autres personnes étaient montées à bord sur la côte du Sud Queensland : Jose Herrero-Calvo, de Sydney, et Miguel Angel Sanchez Barrocal, venus de la Gold Coast australienne, deux trafiquants notoires, venus rejoindre le couple « d’employés » marins du trafic de drogue. Au total quatre espagnols, emportant pour 300kg de cocaïne valant 120 millions de dollars et 3,5 millions de dollars en cash !

Drogues et armes, trafics similaires

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mindlakL’échouage du yacht de 13-metre « JeReVe », un Jeanneau Odyssey 44 (acheté au Panama l’été précédent) le 7 novembre 2012  (découvert le 16) avait lui aussi révélé l’ampleur du trafic.  Le navire s’était échoué en fort piteux état sur l’atoll de Luatafito, à 10 miles nautiques des Tonga.  A goodbord, 204 kilos de cocaïne, valant 116 millions de dollars… et un cadavre décomposé resté accroché sur son pont.  Le voilier avait été suivi par la police depuis son départ, paraît-il.  Mais, le 5 octobre, le contact avait été perdu avec le voilier parti de l’Equateur, vu en dernier dans l’entourage des îles Vava, aux Tongas. Le 26, on découvrait qui était à bord : Milan Rindzak, 35 ans, un slovène (???) originaire du petit village d’Humennom, dans la région de Prešov, dont le corps avait près de lui des passeports différents, encore eux : ceux des Etats-Unis, de la Républicaine Dominicaine et de la Pologne !!!  L’homme avait jadis été privé de liberté par le tribunal de district de Bratislava, le 3 août 2010 et, deux ans plus tard, le même tribunal avait délivré un mandat d’arrêt européen à son encontre (3).  Derrière cet échouage, la découverte d’un double trafic : celui du « Viktor Bout des mers« , à savoir Paul Calder Le Roux (4), un sud-africain hyperdoué pour l’informatique devenu marchand d’armes et de drogue.  En 2009 un navire plein de fusils d’assaut Israéliens Galil et des Pindad SS1 Pindad indonésiens, le Captain Ufuk, avait été affrété par lui pour les Philippines.  Son capitaine anglais, Bruce Jones, qui avait affirmé ne rien savoir de sa cargaison, à part qu’elle aurait été commandée par le ministère de la sécurité publique au Mali (???).  Relâché, il avait demandé la protection de la police : on l’avait retrouvé abattu peu de temps après en novembre 2010 à Angeles City, près de Manille.  En juillet 2011, l’ONU retrouvait une nouvelle fois la trace du mystérieux LeRoux derrière un homme ayant approvisionné pour 3 millions de dollars d’armes, des AK-47 cette fois, à des milices somaliennes.  En photo, à gauche, la découverte des armes à bord du Captain Ufuk.

Les étranges liens du vendeur d’armes Le Roux

lerouxUn témoignage du Daily Mail nous explique ce qui s’est passé avant le départ du yacht retrouvé échoué aux Tonga. « Lachlan McConnell, un entrepreneur de sécurité, qui fait face à des accusations liées aux escroqueries de Le Roux, a déclaré au New York Times: «Les « coups » de Le Roux étaient énormes. Il a organisé des opérations à Manille, à Hong Kong, en Colombie, en Afrique, au Brésil. C’était des fusils, de l’or, de la drogue, ce que vous voulez. Il était grand, très grand. Tard dans la nuit à la mi-mai 2012 Le Roux était arrivé à l’aéroport Galeao de Rio de Janeiro, accompagné de son épouse philippine, Cindy Cayanan, et de leur fille de cinq ans. Il avait alors dit à des agents d’immigration qu’il avait amené sa famille avec lui pour lui montrer les alentours. Mais ce «tour» ne va se passer comme prévu. Les autorités anti-drogue dans des États-Unis, de l’Australie et de  Kong suivaient la trace de Le Roux et savaient que sa visite n’avait rien à voir avec le tourisme – mais pour organiser une autre opération de transport de drogue. Ils l’ont suivi comme il se promenait en passant par les centres commerciaux en short et sandales, en jouant son rôle habituel d’innocent.2012_11_16_tonga_yacht_021 Cette visite particulière, cependant, consistait à prendre des dispositions pour le départ de deux bateaux équatoriens pour un transport de drogue, chaque voyage, prévoyant près de 200 kilos de cocaïne, un prévu pour les Philippines, l’autre pour l’Australie. Le bateau se dirigeant vers les Philippines a atteint sa destination sans incident – mais le second navire, le yacht JeReVe, a été emporté dans une tempête au large de la côte de Tonga. Il est arrivé sur un récif, avec un homme mort en décomposition et un autre manquant, ce qu’a constaté l’équipe de plongeurs sur place. Le Roux, qui vit au Libéria, a été arrêté par les agents de la DEA. Il a été emmené aux États-Unis et son interrogatoire a commencé. Il semble qu’il ait beaucoup à dire. Mais en regardant les détails qui auraient pu provenir des pages d’un roman d’espionnage international, l’homme qui depuis deux décennies a prétendument dépensé des millions pour financer son entreprise criminelle mondiale, a mis un lourd tribut sur sa propre tête. Il avait déjà aidé le FBI et la DEA pour piéger son propre ancien garde du corps, Joseph Hunter – surnommé Rambo. Hunter a été pris dans un raid lorsque des agents ont manipulé  une commande pour embaucher l’ancien sniper de l’armée américaine d’assassiner un officiel anti-drogue fédéral pour 800.000 dollars »…  Au final, le cas Leroux est énorme; pas loin de celui de Viktor Bout…  Il avait commencé en Israël (deux des employés installés en Roumanie s’appelaient Moran Oz et Omer Bezalel) : il y gagnait entre 8 et 25 millions de dollars par semaine (en photo son arrestation en 2012) !

Le Roux, Israël et le Vanuatu

powDans le site Neo Eastern Look, on découvre que le Roux avait aussi un pied au Vanuatu (et un ami bien particulier, un « lobbyiste montréalais« ) : « Le Roux était également impliqué avec Ari Ben-Menashe, un ancien espion israélien, consultant politique et auteur ( « Profits of War: Inside the Secret US-Israeli Arms Network”). Selon les documents du DOJ, la firme canadienne de Ben-Menashe, Dickens et Madson, a fait du lobbying pour offrir des services à Le Roux. Ben-Menashe a dit aux journalistes que les services de proposition n’impliquaient que des terres au Zimbabwe où Le Roux avait tenté de sous-louer à nouveau des  terres du gouvernement à des agriculteurs blancs. Les terres avaient été saisis par le gouvernement au Zimbabwe lors d’un plan de réforme agraire. Selon les rapports, Le Roux aurait transféré autour de 12 millions de dollars à Ben-Menashe entre mars 2007 et février 2008. Menashe a nié qu’il y avait pu avoir quelque chose d’inapproprié sur les transferts d’argent. Parlant de son cabinet, Traeger and Logistics à Montréal (cité ici par Wikileaks) au Québec,kauris Menashe a déclaré que les paiements avaient été tant pour le lobbying que pour la terre du Zimbabwe. Menashe a aussi déclaré que Le Roux lui a demandé de faire pression pour lui au Vanuatu, où Menashe dit que Le Roux était propriétaire d’une société d’exploitation forestière et qu’il voulait obtenir de l’aide pour extraire les arbres hors du Vanuatu (des « kauri », ou Agathis australis, conifère géant de la taille des séquoias, très recherchés pour faire des mâts de bateau). 233x23387Tout a été public et tous les fonds ont été signalés», avait déclaré Menashe (en fait dès le contrat signé, Le Roux avait disparu !). L’ancien employé israélien de RX Limited conteste cette version « Menashe travaillait avec Le Roux à mettre en place des sociétés fictives et faux comptes de traitement de carte de crédit, » il déclare. En étant confronté à cette allégation, Menashe a commencé à rire , en déclarant « Le Roux a assez de sociétés-coquilles sans mon aide! » Le Roux sera aussi un adepte des faux passeports diplomatiques, dont un en date de 2008 au nom de la République démocratique du Congo – quel hasard- fabriqué au nom de « Paul Solotshi Calder Le Roux » né le 24 décembre 1982. Le Roux a été arrêté en 2012, on ne l’a appris qu’en 2014 et depuis nul ne sait où il est ou quand il sera jugé… aux USA.  On a pensé à Viktor Bout, mais il ressemble plus au cas d’un certain Ali Mohamed, en fait… Il a cependant fait une rapide apparition dans une cour de justice le mars 2016... assez rapide pour dire néanmoins qu’il reconnaissait 7 meurtres à son actif !

L’Australie, via les Tonga 

zucato-94429Des éléments graves, que ces divers trafics, qui ont fait dire à Kevin Zuccato (ici à droite) en charge en Australie de l’enquête, que de hautes personnalités de Tonga étaient en cause dans ce trafic. « Un syndicat du crime international dirigé par les Colombiens auraient soudoyé le Président du Parlement de Tonga dans le cadre d’un complot visant à importer des tonnes de cocaïne en Australie. The Herald peut révéler que la police fédérale australienne qui a dirigé l’enquête « Operation Stair » à découvert une opération de trafic global qui aurait utilisé des yachts pour transportongan_mp_lord_tu_ilakepa-34165ter de la cocaïne en provenance d’Amérique du Sud vers Tonga. La drogue aurait ensuite été passée en contrebande à bord de navires conteneurs et transportée vers des marchés lucratifs en Australie et en Chine. L’année dernière, le syndicat aurait soudoyé le président de l’Assemblée législative de Tonga, le seigneur Tu’ilakepa (Malakai Fakatoufifita, ici à gauche), qui est aussi un noble Tonga, pour parrainer un baron de la drogue colombien et le faire venir sur l’île du Pacifique. Le baron de la drogue, Obeil Antonio Gomez Zuluaga, voulait diriger un réseau d’exploitation présumé sur Tonga et y surveiller les expéditions de cocaïne. Il est allégué que des australiens, des tongiens, des colombiens, des péruviens et des africains de l’Ouest ont joué des rôles différents dans cette conspiration mondiale, avec des responsables corrompus de l’industrie maritime. Le commissaire adjoint Kevin Zuccato, qui dirige les opérations de l’AFP contre le crime organisé, a déclaré à l’Herald que « Operation Stair » a montré la menace mondialisée et les connaissances en technologie modernes posées par les organisations criminelles.  » Le fait que vous voyez un groupe du crime orgacrimes_trafics_reseaux-67658nisé de la Colombie et du Pérou activement engagé dans des lieux comme les Tonga, puis qui transporte les stupéfiants vers l’Australie … c’est juste un autre exemple à quel point ces groupes sont devenus grands et sophistiqués, » a-t-il dit. Notre milliardaire dénoncé par Marie-Noëlle Ferrieux Patterson fait-il partie de ce réseau… Les faits découverts étaient en tout cas implacables contre le noble Tu’ilakepa : « Les appels téléphoniques surveillés ont révélé le groupe colombien avait demandé l’aide du Seigneur Tu’ilakepa à la fin de l’année dernière pour aider Gomez à obtenir un visa de visiteur. Dans une lettre adressée au chef de Tonga ministère de l’Immigration, le politicien Tongais a écrit que » Moi, Seigneur Tu’ilakepa, Noble du royaume et le Président de l’Assemblée législative de Tonga parraine le visa d’Obeil Antonio Gomez Zuluaga. » Gomez a été depuis emprisonné pour trafic de drogue » (ci-dessous les armes saisies chez Tu’ilakepa).

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1324051200000-1Pire encore : chez lui, le seigneur local avait aussi détourné des armes de la police, pour se constituer un véritable arsenal : « la police a d’abord été alertée par les armes et de vastes cachettes de munitions du Seigneur Tu’ilakepa par une note qu’il avait remit à un officier de police. Tu’ilakepa a été mis en garde à vue après avoir été arrêté sous l’inculpation de posséder des armes à feu quand il a remis la note à un officier qu’il connaissait déjà. La note aurait demandé à sa femme de détruire les armes et de munitions dans leurs différentes propriétés. La police fait une descente immédiatement une de ses maisons et a trouvé un certain nombre d’armes et de munitions« . Michel Koutouzis, dans son livre, parle beaucoup des liens étatiques qu’entretiennent les plus gros trafiquants : notre homme correspond exactement au portrait. Un homme qui pourtant s’en sortira blanc comme neige : selon les journalistes de Stuff l’accusation d’avoir accepté un pot-de-vin du baron colombien de la drogue, Obeil Antonio Zuluaga Gomez, n’a pas fait hélas long feu. « Les poursuites ont finalement été abandonnées, la justice estimant l’affaire trop compliquée et considérant que des écoutes téléphoniques australiennes ne pouvaient pas être prises en compte »… scandaleux !!!

La zone pacifique en danger

valise_drogue-4eb43La zone Pacifique devient-elle rongée par la corruption, on serait fort tenté de le croire à lire le lourd récapitulatif du journal « Tahiti Pacifique« , qui résume ainsi l’affaire en septembre dernier : « Au Vanuatu, le ministre des Affaires étrangères vole au secours du propriétaire du Phocéa (ex-Club Med d’Alain Colas qui naviguait à Tahiti). Alfred Carlot estime que les médias font un portrait volontairement négatif de Pascal Anh Quan Saken. Le ministre explique que M. Saken l’a beaucoup aidé financièrement. Alfred Carlot l’a même nommé consul honoraire du Vanuatu au Vietnam. Le ministre va comparaître devant les juges en compagnie d’un de ses collègues, Marcellino Pepite. Les deux hommes sont accusés d’être montés à bord du Phocéa avant la fin des formalités de dédouanement. Quant au propriétaire, Pascal Anh Quan Saken, il comparaîtra pour trafic de faux papiers. Fin juillet, la police a trouvé dans le yacht une vingtaine d’armes à feu, des faux passeports, de l’argent et de la drogue. Le Phocéa a donc été saisi alors qu’il ralliait Panama à Tonga, via l’Italie. Le yacht a aussi été saisi en Thaïlande en début d’année, pour trafic d’armes illégal ». Là encore, aucune trace de disponible de cette première arrestation ignorée de la presse européenne. Pourquoi, donc, cela devient… inquiétant ! N’aurait-on pas plutôt confondu avec un autre yacht ?

luganville_holy_spirit_1-ce7efBref, les trafiquants de tous poils s’abattaient alors sur le Vanuatu, comme les sauterelles furent la plaie de l’Egypte. D’autres sauterelles arrivent, hélas, prévient notre journal favori : « Il devrait y avoir une nouvelle chaîne de télévision consacrée aux télévangélistes américains. C’est ça, une autre, 24 heures par jour. Vanuatu est déjà a 99% chrétien, et il est saturé avec toutes les saveurs de l’église chrétienne. Avons-nous vraiment besoin de cette nouvelle chaîne de télévision étrangère ? Selon nos sources dans les banques de la capitale, les habitants de Vanuatu sont déjà des centaines de milliers à faire des virements de vatu (monnaie locale) chaque semaine à ces télévangélistes, qui utilisent l’argent pour s’acheter d’agréables propriétés somptueuses et des jets privés. Ces évangélistes font une part importante de leur argent avec les dons de personnes dans les pays en développement et dans les plus basses classes socio-économiques dans les pays occidentaux. Est-il éthique de soutirer de l’argent aux pauvres, déjà assez crédules et ignorants comme ça ? Est-il chrétien de faire ainsi ? ».

Blanchiment, couverture du terrorisme… le tableau demeure sombre

seriousMême encore aujourd’hui, alors que des efforts ont été faits (au Vanuatu notamment !), le problème demeure inquiétant : « en novembre dernier (2016) Un rapport du GAFI an dernier a déclaré que les problèmes de régulation financière de Vanuatu proviennent du blanchiment des produits étrangers de la criminalité, en particulier celles liées à l’évasion fiscale. Il a déclaré que, entre Vt 1,8 milliard et Vt 4,5 milliards ( 16.6M- 41,7 millions de dollars US) sont blanchis au Vanuatu chaque année, ajoutant que les groupes criminels organisés avaient utilisé le Vanuatu pour la contrebande d’armes et l’envoi de drogues et de produits chimiques illicites. Le rapport a également indiqué que le pays exploite un registre largement non réglementé de pavillons de complaisance d’expédition qui pourrait être utilisé pour faciliter la pêche étrangère illégale et la circulation des marchandises prohibées à travers les frontières. Il y a « peu de compréhension entre les autorités du Vanuatu et les risques et les vulnérabilités relatifs au secteur financier international a (offshore), a déclaré le rapport. Les informations sur la propriété véritable des entreprises internationales au Vanuatu ont été également « extrêmement difficile à obtenir » rendant le pays « particulièrement attrayant pour les criminels » qui veulent blanchir de l’argent, dit le rapport. Les cabinets d’avocats vantent souvent le Vanuatu comme un endroit attrayant pour les sociétés fictives de base, citant des coûts bas et un enregistrement rapide. Des entreprises internationales offshores du Vanuatu peuvent être contre-enregistrées en Australie et en Nouvelle-Zélande et elles sont couramment utilisés par les particuliers et les entreprises qui veulent cacher leur richesse. Les entreprises ont généralement des «administrateurs» au Vanuatu qui peuvent ne pas exister, mais qui figurent sur les registres des sociétés dans le monde entier. La proximité de la Papouasie-Nouvelle-Guinée a également bafoué les règles de financement du terrorisme dans le passé, mais elle a été retiré de la liste non-conformité du GAFI après que le gouvernement ait annoncé un changement de cadre juridique. Les îles Cook, Nauru et Samoa ont également été répertoriées, puis retirées, pour des raisons diverses. Les experts disent que, bien que ces petits pays ne financent pas le terrorisme, ils sont néanmoins tenus de mettre en œuvre des règles et des règlements du GAFI, qui peuvent être coûteux. «Le coût pour le gouvernement de traiter avec le régime du GAFI est significatif », a déclaré Tess Newton Cain, le principal consultant et chercheur basé au Vanuatu (TNC Pacific Consulting) ». C’est bien ça aussi le problème : les sommes d’argent brassées sont telles que les soupçons de financement du terrorisme étaient aussi apparus…

tropical_christmas-9b6edEntre-temps, le grand yacht était déjà reparti, la saison des croisières allant bientôt reprendre, une fois tous les cyclones passés au nord pacifique… Au Vanuatu, on a déjà tout prévu…pour les fêtes de fin d’année ! Dont 300 000 dollars, par exemple, retrouvés à la résidence de Surfers Paradise des deux malfrats arrêtés (Valea et Fernandez).  Deux autres trafiquants espagnols toujours, nommés Herrero-Calvo et Barrocal ayant fait le trajet de la Gold Coast australienne jusque Bundaberg pour emporter du bateau deux valises contenant au total 100kg de coke, avaient été arrêtés le lendemain même. phocea_equipage-a9d9f Comme le disait en effet la presse locale, l’affaire du Phocea (à droite son équipage, débarqué à terre en attendant le jugement, visible plus en grand ici) a depuis dégénéré, avec la découverte de drogue et d’armes à bord. « L’histoire dégénère ensuite sur la revendication et la demande conventionnelle sur à la fois la fraude et de tromperie par la police et les politiciens locaux. Cette semaine, des sources proches des ports et de la marine de Vanuatu indiquent que 40 000 dollars auraient été prévus dans un accord à l’amiable pour que le yacht soit autorisé à quitter le port de Port-Vila. Mais des experts en Yachting disent que si le Phocea est mis en vente, le Vanuatu pourrait obtenir plus de six millions de dollars, une somme dérisoire, compte tenu de la somme dépensée pour enquêter sur le yacht »… Voilà ce qu’il avait risqué : sa saisie et sa mis en vente… d’où le silence gêné de ses véritables propriétaires français, on suppose ! Nous verrons demain ce qu’il en a été ensuite…

(1) les ennuis de Chirac proviennent plutôt de Tahiti…

http://rue89.nouvelobs.com/2007/09/10/compte-japonais-de-chirac-du-nouveau-cote-tahiti-2760

http://admi.net/archive/www.bakchich.info/Nouvelles-pieces-sur-Chirac-dans,06495.

htmlhttps://www.franceinter.fr/dossier/l-affaire-jpk

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(2) sur Marcelino Pipite, condamné 3 ans plus tard pour corruption, un rappel de Wikipedia :  « le 9 octobre 2015, il est l’un des quinze députés de la majorité parlementaire (dont six ministres) reconnus coupables de corruption. Exerçant la présidence de la République pendant que le président Baldwin Lonsdale est à l’étranger, Pipite se gracie immédiatement lui-même, ainsi que treize de ses collègues ; seul le ministre des Finances Willie Jimmy, le seul à avoir plaidé coupable et dont le procès s’était donc achevé avant les autres, n’est pas gracié. De retour au Vanuatu quelques heures plus tard, le président Lonsdale réagit avec colère, s’interroge publiquement sur la légalité de l’acte de Pipite, et promet de « nettoyer » la situation pour lutter contre la corruption et s’assurer que personne ne soit au-dessus des lois.. Le 16 octobre, alors que Kilman conserve le silence, Lonsdale annule la grâce accordée aux quatorze députés, pour motif constitutionnel (le droit de grâce ne porte que sur l’application d’une peine, et non sur une condamnation en soi). Les ministres Paul Telukluk, Tony Nari, Thomas Laken et Tony Wright, ainsi que Marcellino Pipite et six députés d’arrière-ban sont immédiatement arrêtés pour conspiration à pervertir le cours de la justice (pour avoir orchestré cet usage illégal du droit de grâce). Les ministres arrêtés sont limogés par Kilman. Le 22 octobre, Pipite est condamné à trois ans de prison ferme pour corruption« Lire aussi ici sur l’affaire Pipite.

(3) comme personne n’a réclamé le corps, des rumeurs ont couru comme quoi il serait s’agit d’un autre homme, appelé Maroš Deák, arrêté à Hong-Kong pour le transport d’une énorme quantité de nitrate d’ammonium -24 tonnes – susceptible de devenir une gigantesque bombe, plus grande que celle d’Oklahoma City. Il était recherché depuis 1999 pour le meurtre de son propre frère. Ayant réussi à s’échapper, il s’était enfui à Rio de Janeiro !

(4) aussi présenté comme un « geek », parfois et pas un petit, loin de là : il serait en effet à l’origine aussi de TrueCrypt, le logiciel de cryptologie que l’on retrouve chez ceux qui avaient reçu en premier les documents de Snowden !!! « Personne ne sait avec certitude qui a développé TrueCrypt, qui a émergé en 2004 après que Le Roux ait quitté la sa femme et le calme de la banlieue de Sydney pour s’embarquer sur une vie de grande criminalité. Mais ceux qui ont suivi son ascension et la chute voient ses empreintes digitales partout dans le super-chiffrement. « Je ne suis pas sûr que TrueCrypt aurait existé s’il n’avait pas publié son code source dans le monde », dit son ancien collègue Shaun Hollingworth, un programmeur informatique britannique (l’auteur de Scramdiskqui a travaillé avec Le Roux chez une société de logiciels allemande, SecurStar, en 2000, un arrêt au stand sur sa route vers l’infamie. « J’en doute fort, pour être honnête. A l’évidence, il a été fortement basée sur E4M. Ils n’ont même pas pris la peine même de changer le look and feel de l’interface utilisateur  » peut-on lire un peu éberlué dans The Australian en date du 2 avril 2016.  Et le magazine de jeter un gros doute de plus : « La chose étrange à ce sujet est qu’ils (les distributeurs de TrueCrypt) semblaient toujours avoir accès à l’information qu’il difficile pour quelqu’un d’autre d’obtenir, Même ceux d’entre nous qui travaillent professionnellement dans l’entreprise de chiffrement. « Paul était un génie sur ces choses et aurait été l’un des rares personnes que je connais qui aurait pu faire cela ». « Paul semblait avoir un don et d’être capable de travailler sur la façon de réaliser des choses sur un logiciel et ce qu’il voulait faire, plus vite que quelqu’un d’autre que j’aurais pu connaître durant mes plus de 30 années passées dans le développement de logiciels. » Mais en mai 2014, le site Web utilisé pour distribuer le logiciel a été mis à jour avec un avertissement en rouge aux utilisateurs sur le fait que TrueCrypt n’était plus sécurisé car il pouvait contenir des questions de sécurité non fixées (nota : le communiqué propose de le remplacer par BitLocker de Microsoft, pourtant réputé pour fournir des portes dérobées aux services de renseignement !!!) Les gens se demandaient ce que cela signifiait pour TrueCrypt et son progéniteur de l’ombre (« shadowy ») Le Roux. Les théories du complot ont abondé. C’est que personne dans la communauté de la cryptologie ne savait qu’il avait passé les 18 mois précédents à travailler avec les organismes de police des États-Unis pour identifier, piéger et arrêter les membres d’un réseau criminel mondial de tueurs et de trafiquants de drogue, qu’il avait lui-même créé, selon les procureurs américains ».

documents :

sur Le Roux :

http://www.theaustralian.com.au/news/inquirer/the-geek-paul-calder-le-roux-the-guns-the-drugs-and-the-bodies/news-story/5e21610c24b36726cf0581f085a09163

sur Taylor :

https://www.icij.org/offshore/geoffrey-taylor

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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A propos de ghostofmomo

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3 Commentaire

  1. avatar

    Ari ben Menash qui avait collaboré , au sein de la division africaine du cabinet d’avocats canadien Heenan Blaikie, avec Philippe Hababou Solomon

  2. avatar

    Alexandre Benalla, sans « h », pardon…

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