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Modération et Parcimonie

Assuétude textuelle

  Ce sont les deux inséparables de notre époque. Modération et Parcimonie ne cessent de se donner la main pour nous inviter à la tempérance. En toute chose, la pondération s’impose par la loi. La prudence, la sagesse ou bien le principe de précaution sont là pour vous remettre dans le droit chemin : celui que doivent emprunter les bons citoyens, les assurés sociaux et les candidats à la maison de retraite.

Nos vies doivent être menées avec la rigueur d’un ecclésiastique se donnant la macération comme unique ligne de conduite. Aucun abus, une parfaite maîtrise de tout ce que nous mangeons ; le rejet de l’alcool ; le refus des sports à risques ; une vie sans relief ni écarts. Les conseils ne cessent de nous tomber sur la tête ; des slogans absurdes, financés par un ministère quelconque pour nous inciter à rester dans le moule, comme des moutons bien sages.

Que cette tendance qui ne cesse de s’amplifier fleure bon le totalitarisme mou ! Nos vies sont sous surveillance permanente. Nous devons répondre docilement à toutes les injonctions qui veulent faire de nous des êtres parfaits, sans aspérité, sans vice, et de si peu de vertu. C’est la prohibition par la norme, la règle ou bien l’espérance de vie. Nous n’avons plus le droit de franchir la ligne blanche, ou nous passons pour des mauvais citoyens.

Curieusement, dans le même temps, en marge de ce discours lénifiant, les transgressions n’ont jamais été aussi fortes, aussi massives, aussi délirantes même, poussant l’abus, la pratique à risque, la folie, ou bien l’assuétude à son paroxysme. N’est-ce pas une conséquence, induite par ce discours de père la morale, qui nous vient de partout ?

Trop d’annonces, trop de conseils, trop de bornes et de limites vont à rebours des buts recherchés. La mesure a, depuis longtemps, été largement dépassée, et à chaque nouvelle campagne de sensibilisation, j’ai de plus en plus le sentiment que ceux qui les organisent nous prennent pour des demeurés, des débiles mentaux, des êtres immatures et déraisonnables.

C’est insupportable, déplacé le plus souvent, et si condescendant qu’une envie furieuse nous prend d’enfreindre l’injonction stupide qui tourne en boucle sur les ondes. Modération et Parcimonie devraient considérer qu’elles n’échappent pas, elles non plus, aux conseils qu’elles nous assènent de manière si assommante.

Je sais qu’on va me rétorquer que nos voisins ont besoin de ce rabâchage pour finir par intégrer la recommandation. C’est une manière assez curieuse que d’affirmer que la population n’est constituée que de gens qui ont besoin d’entendre mille fois un conseil pour être en mesure de le comprendre. Serions-nous devenus un peuple de décervelés ? Il faut admettre que nos dirigeants ont tout fait pour atteindre cet objectif.

Soudain, je comprends que les deux compagnes de l’heure, Modération et Parcimonie, m’étaient destinées. C’est mon abus de billets, de contes, de récits qui finit par lasser ceux qui me lisent. J’avoue que la critique n’est pas sans fondement. Il faut soigner le malade qui passe son temps à coucher sur le papier des mots incertains, des idées oiseuses, des fictions bancales. Mais comment s’y prendre ?

Le vin de Loire serait bien une alternative acceptable, si ce n’est que l’abus d’alcool est mauvais pour la santé. Le tabac me permettrait sans doute de calmer mes énervements, mais là encore, il se murmure que fumer tue. Je pourrais me lancer dans la boulimie, si la nécessité d’une alimentation équilibrée et restreinte ne m’était fortement recommandée. Le jeu pourrait constituer un formidable dérivatif, si ce n’est qu’il risque de mettre en cause mon équilibre financier.

Je suis pris au piège d’une pratique compulsive qui n’entre pas dans le cadre de ses consœurs, bénéficiant, quant à elles, de mesures spécifiques pour sortir de l’enfer de toutes les toxicomanies possibles. Ne pouvant m’inscrire dans un cercle de blogueurs anonymes, ne disposant pas de cure de désintoxication à la rédaction quotidienne, ne pouvant démontrer la nocivité de mon vice incontrôlé, je suis contraint de poursuivre jusqu’à ce que des mesures de santé publique soient décrétées pour me venir en aide.

Je renonce donc à me soigner et célèbre sans honte ni pudeur mes chers camarades : Abus et Excès qui sont tous les deux masculins. Ce ne doit pas être le fruit du hasard.

Excessivement vôtre.

C’est Nabum

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