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Missionnaires nouveau genre

Quelque 150 paroissiens prennent place sur les vieux bancs de bois de l??glise de Sainte-Anne-des-Plaines, dans les Laurentides. La messe est sur le point de commencer. L?orgue finit par souffler ses premi?res notes, coup d?envoi d?une procession qui s?amorce ? l?arri?re de l??glise. ? la queue du cort?ge, le cur? ne passe pas inaper?u. Sa soutane blanche contraste avec sa peau noire.

Olivier Bachand Dossier Religion et spiritualit?

missionnaire-cure-pretre-eglise-religion-spiritualite??a ne m?a pas inqui?t? d?arriver dans la paroisse, m?me si je savais qu?il n?y avait pas beaucoup de Noirs, confie l?abb? Urbain Mumina, un Africain. ?a m?a plut?t surpris qu?une ville de la taille de Sainte-Anne-des-Plaines n?ait pas beaucoup de minorit?s visibles.? Arriv? de la R?publique d?mocratique du Congo il y a pr?s de trois ans, il est le premier cur? ?de couleur? de l?histoire de la paroisse, fond?e en 1787.

L?homme de 47 ans n?avait jamais mis les pieds au Qu?bec avant de venir y exercer ses fonctions eccl?siastiques. Depuis ao?t 2005, il pr?side la messe dans la municipalit? rurale de 13 000 habitants, o? les Noirs et autres minorit?s se comptent pratiquement sur les doigts d?une main.

?J?ai re?u un accueil chaleureux et je me suis vite senti accept?. Dans plusieurs occasions, je suis le seul Noir pr?sent et ?a ne me d?range pas, raconte-t-il. Les gens me posent beaucoup de questions sur mon pays et sur ma famille. Ils m?invitent parfois ? souper chez eux. Je leur raconte mon histoire et eux me parlent de celle de la paroisse.?

Pour plusieurs fid?les, voir leur ?glise dirig?e par un Noir aurait ?t? impensable il y a quelques dizaines d?ann?es. ?Quand j??tais jeune, il n?y avait pas de Noirs ici, lance Reina Racine-Fournelle, une dame enracin?e ? Sainte-Anne-des-Plaines depuis 76 ans. Maintenant, il y en a partout. Je n?ai donc pas ?t? surprise quand le nouveau cur? est arriv?? et je le trouve tr?s bien.?

Depuis qu?il a la responsabilit? de la paroisse, Urbain Mumina n?a v?cu aucune situation d?sagr?able en raison de son origine ethnique. ?Jamais personne n?a pass? de commentaire n?gatif ? mon endroit? du moins que je sache. De toute fa?on, je ne tiens compte que des commentaires positifs!?

Chose certaine, la pr?sence d?un pr?tre noir n?a pas fait fuir les habitu?s de l??glise du dioc?se de Saint-J?r?me. Il y a quelques ann?es seulement, beaucoup moins de croyants allaient y prier le Seigneur. Maintenant, on peut dire avec justesse qu?il y a du monde ? la messe. ?Tant mieux si ma pr?sence a ramen? des gens, il faut rendre gr?ce ? Dieu!?, blague le cur?.

S?accommoder au Qu?bec

Le plus grand d?fi qu?a relev? l?abb? depuis son arriv?e a ?t? de s?adapter ? la r?alit? de l??glise catholique d?ici. Au Congo, la majorit? de la population est toujours pratiquante, contrairement au Qu?bec, o? seul un catholique sur dix fr?quente la maison de Dieu. ?Dans mon pays, quand vous arrivez en retard ? l??glise, vous devez passer la messe debout, car toutes les places sont occup?es, illustre Urbain Mumina. Ici, il y a toujours de la place.?

S?il ne s?attendait pas ? voir arriver une foule pour les c?l?brations dominicales, il croyait n?anmoins que plus de fid?les s?y pr?senteraient. ?C?est rare qu?on voit des enfants, des ados ou des jeunes couples, d?plore-t-il. Chez moi, les gens de tous les ?ges sont pratiquants.?

Le degr? de ferveur religieuse n?est pas la seule diff?rence entre l??glise catholique congolaise et qu?b?coise. ?C?est dans la mani?re dont nous exprimons notre foi que ?a peut ?tre extr?mement diff?rent. Les c?l?brations liturgiques chez nous, c?est beaucoup plus vivant, engag?, participant avec toute l?assembl?e, explique Urbain Mumina. Tout le monde chante et fait des gestes. Des enfants dansent autour de l?autel, ?a met de la joie. Ici, c?est beaucoup plus froid.? L?aum?nier a tout de m?me constat? un engouement de ses paroissiens pour une messe plus dynamique. ?On a d?j? fait venir une chorale congolaise de Montr?al ? l??glise et les gens ont appr?ci? cette fa?on de prier.?

Autre distinction, la situation financi?re de l??glise catholique au Congo est beaucoup plus difficile que celle des ?glises de la province, indique l?abb? Mumina. ?Les moyens d?une paroisse sont tr?s modestes au Congo. C?est inh?rent ? l??conomie du pays. Beaucoup de gens n?ont pas d?emploi et ceux qui travaillent ne gagnent pas grand-chose. On re?oit surtout des dons en nature. Mais on n?a pas ? se casser la t?te pour le chauffage, il n?y a pas d?hiver!?

Partir ou rester ?

Pr?tre depuis plus de 18 ans, Urbain Mumina peut exercer son minist?re ? Sainte-Anne-des-Plaines en vertu d?une entente intervenue entre son dioc?se d?accueil et celui d?Idiofa d?o? il vient. Son contrat avec le dioc?se de Saint-J?r?me, qui devait prendre fin en juillet prochain, a ?t? reconduit pour trois autres ann?es. ?J?ai eu mon mot ? dire quant ? savoir si je voulais rester ou non. Mon ?v?que au Congo a aussi eu ? se prononcer, tout comme Mgr Cazabon, l??v?que de Saint-J?r?me.?

Malgr? les nombreuses diff?rences entre l??glise catholique au Qu?bec et au Congo, l?abb? Mumina s?est bien accoutum? ? la Belle Province et y poursuivra donc sa mission. ?Je veux continuer d?aider l??glise d?ici, qui a plus besoin de moi que celle du Congo. Il n?y a pas assez de pr?tres et ceux qui sont en place ont un ?ge avanc? (voir autre texte). Ce n?est pas pour rien qu?on ferme des ?glises et qu?on regroupe des paroisses, fait-il valoir. L?Afrique a re?u beaucoup de missionnaires des pays occidentaux. C?est maintenant ? notre tour d??tre missionnaires pour les ?glises d?Occident.?

Plus de six millions de Qu?b?cois sont catholiques, mais seulement 10% d?entre eux sont pratiquants. La province compte quelque 2 100 pr?tres encore actifs, ?g?s en moyenne de 75 ans. On recense plus de 1 700 paroisses et missions r?parties dans 22 dioc?ses sur le territoire qu?b?cois.

Pr?tres: des renforts de l??tranger

?J?ai longtemps v?cu ? Montr?al alors je ne suis pas surprise de voir un Noir, dit une paroissienne de Sainte-Anne-des-Plaines, Rosyne Gavrilchik. Ce qui m??tonne, c?est plut?t qu?il y en ait un qui soit pr?tre dans une petite ville comme ici!?

Bien que marginale pour l?instant, cette situation risque de devenir de plus en plus commune au Qu?bec, alors que la moyenne d??ge des pr?tres catholiques atteint 75 ans et que la rel?ve est nettement insuffisante. ?Il y a un manque de pr?tres dans plusieurs dioc?ses, confirme le pr?sident de l?Assembl?e des ?v?ques catholiques du Qu?bec (AECQ), Mgr Martin Veillette. On se demande comment nous allons faire pour remplacer ceux qui partent.?

Les premiers pr?tres appel?s en renfort de l??tranger sont arriv?s ? Montr?al il y a une quinzaine d?ann?es, indique-t-il. ?Ailleurs en province, c?est beaucoup plus r?cent. C?est quelque chose que l?on voit seulement depuis quatre ou cinq ans.? ? l?heure actuelle, gu?re plus d?une cinquantaine d?aum?niers venus d?ailleurs ont un minist?re sous leur responsabilit? au Qu?bec.

L?arriv?e de ces eccl?siastiques n?est toutefois pas une solution qui pla?t ? tous. ?On fait venir des pr?tres qui ne connaissent pas la culture d?ici. Ils tentent d?imposer leur vision des choses et apr?s, ils s?en vont, soutient l?abb? Raymond Gravel, connu pour ses positions allant ? l?encontre de celles du Saint-Si?ge. On a reproch? aux missionnaires qu?b?cois d?imposer leur culture ailleurs dans le monde. Je ne suis pas certain que ce soit une bonne id?e de r?p?ter le ph?nom?ne inverse.?

Les bonnes relations entre les pr?tres issus de l??tranger et leur communaut? d?accueil d?pendent largement des qualit?s personnelles du nouvel aum?nier, estime le pr?sident de l?AECQ. ?Dans certains cas, l?int?gration se fait bien, alors que d?autres ont plus de difficult? et n?obtiennent pas le m?me succ?s.?

? Sainte-Anne-des-Plaines, le cur? Urbain Mumina a su s?int?grer ? la population et semble fort appr?ci? des paroissiens. Comme quoi l?exp?rience peut ?tre b?n?fique pour tous, ? condition d?y mettre du sien.

Pr?tres ?trangers au Qu?bec

? l?ext?rieur des paroisses montr?alaises, les pr?tres ?trangers se font rares. Le ph?nom?ne est si r?cent qu?aucune statistique officielle n?est disponible ? ce sujet.

Selon l?Assembl?e des ?v?ques catholiques du Qu?bec (AECQ), les abb?s venus d?ailleurs ?uvrant ? l?ext?rieur de Montr?al sont surtout des Africains, des Ha?-tiens et des Latino-am?ricains. Les seules donn?es comptabilis?es quant au nombre de pr?tres ?trangers et leur provenance concernent la m?tropole.

Les pr?tres ?trangers ? Montr?al

  • Afrique: 26
  • Am?rique latine: 2
  • Asie: 4
  • Europe: 10
  • Ha?ti: 4
  • Proche-Orient: 3

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E.

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6 Commentaire

  1. avatar

    La photo qui accompagne cet article en couverture a été prise en 1942 dans une école de Montréal. Ce sont les « bolés » de la classe récompensés par le privilège de se costumer en missionnaires. C’était une option de carriere enviée de devenir missionnaire.

    Ii n’y avait aucune malveillance envers les quelques milliers de Noirs qui habitaient la rue St-Antoine, portant les valises à la gare Viger ou chantant dans des bars du quartier. Curiosité, pas plus. Comme dit Hortefeux, quad il n’y en a qu’un …

    A la meme époque, la Sainte-Enfance vendait 25 cents le privilege de nommer un petit Chinois à baptiser….

    Bizarre comme les choses changent, disait Tacite

    Pierre JC Allard

    • avatar

      Bonjour M. Allard.

      Je ne comprends pas le sens de votre commentaire.

      La photo qui accompagne le texte a été prise en 2008 par notre photographe, M. François Laplange Delagrave. Le journaliste qui a écrit le texte, M. Olivier Bachand, travaillait aussi pour moi avant qu’il ne soit repêché par Radio-Canada.

      M. Bachand a rencontré l’abbé Urbain Mumina pour faire ce reportage. Notre photographe, tout ocmme notre journaliste, s’est déplacé jusqu’à Ste-Anne des Plaines pour faire un photo reportage dont voici le lien http://www.refletdesociete.com/Reportage-photo-pretre.html

      M. Allard, si vous persistez à dire que la photoqui accompagne cet article a été prise en 1942 dans une école de Montréal au lieu d’accepter que les photos ont été prises en 2008 à Ste-Anne des Plaines, j’aimerais que vous me donniez votre argumentaire qui peut vous laissez supposer que ce ne sont pas des photos originales que nous avons payées pour les obtenir.

      Raymond.

    • avatar

      J’ai corrigé l’infographie du texte. Je ne sais pas pourquoi, mais les paragraphes n’ont pas suivi quand je l’ai mis en ligne.

    • avatar

      Mais non, Raymond ! … Je ne discute évidemment pas de la photographie que vous avez mise dans l’article, mais de celle de 5 enfants de 7 a 8 ans que j’ai mise en couverture sur CP pour accompagner votre texte, parce que les photos verticales ne s’adaptent pas à la mise en page de CP; il me faut du 500X260 pour la fenetre chronique du jour où vont automatiquement les articles quotidiens qui montent des 7. Si vous allez voir sur CP ca vous sautera aux yeux (H) toute confusion est vraiment, vraiment impossible…

      Pierre JC

    • avatar

      Merci M. Allard pour les éclaircissements.

      Je n’ai jamais pu voir le texte avec la photo dont vous parlez, même en regardant la journée même de publication.

      Au plaisir,

      Raymond.

  2. avatar

    @ Raymond Ca m’inquiete beaucoup, car si ces photos disparaissent, c’est beaucoup de travail pour peu de résultats… Je mets ici en bas de l’article la photo en question, libre a vous de l’enlever quand vous l’aurez vue

    Pierre JC

    PS Qu’y avait-il en Une de CP pour accompagner votre article le jour de la parution ?