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MH370 (43) : « ne faites pas d’erreur »…

Cette fois, c’est une vidéo qui sert de let-motiv à la découverte de ce qu’on redoutait depuis au moins deux années. Celle, fort intrigante, d’une attaque de soldats américains en Jordanie, survenue le 4 novembre 2016 et ayant fait trois morts. Dénuée hélas de son, elle est sans trop d’équivoque : un homme armé d’un M-16 (AR-15), un soldat jordanien, a bien tiré sur des soldats levant les bras devant lui.  Mais au-delà de la querelle de ce qu’elle montre, et des responsabilités induites, il y a dedans une révélation de taille : les trois tués de la Base du roi Fayçal faisaient tous partie de la CIA, des Green berets qui œuvraient tous les trois à un programme secret, mais désormais connu, appelé Timber Sycamore.  Autrement dit l’implication américaine et saoudienne dans la livraison d’armes aux anti-Bachar el Assad, ainsi qu’à la formation de leurs unités, ce dont on se doutait depuis 2014, et décidée au final par Barack Obama par moult hésitations.  Un programme, qui, comme on vient de le voir durant tous ces épisodes, a vu une partie de ses livraisons d’armes fuir chez Daesh…

Nota : à ceux qui pourraient penser récupérateur l’association de la catastrophe du vol MH-370 dans le titre de cette longue série, je rappelle qu’à l’origine il y a la forte suspicion émise par l’un des parents de victimes françaises sur la possibilité que le Boeing 777 incriminé ait pu avoir eu affaire à un trafic de ce genre, ou à une bavure militaire liée à ce trafic.  La série a débuté ici.

 

La mort en plein désert… d’un plongeur 

La vidéo est indubitable, l’action de Maarek Abu Tayeh, appelé aussi « Tawayha » par simplification des médias US, est délibérée. Et la couardise des gardes jordaniens hautement condamnables est coupable également (la famille d’un des soldats décédé en dénombrera « 11 qui n’ont pas bougé le petit doigt ») : l’un, qui a ouvert l’entrée en relevant la barrière est parti au loin dès les premiers coups de feu, un autre s’est dissimulé derrière la porte d’une guérite (à droite ici et pointant le nez quelques instants à gauche sur la  photo) et l’autre le conducteur d’un véhicule qui passe durant tout l’échange de tirs (qui dure plusieurs minutes), sans daigner s’arrêter (mais avoir ralenti).  La thèse invoquée par l’attaquant avait été qu’il avait cru à une attaque de la part des occupants des véhicules qui ramenaient aussi dans un coffre des munitions qui n’avaient pas bien fonctionné.  Le problème est que cette vidéo ne montre pas le tout premier assaut sur le véhicule laissé passé, le deuxième 4×4 contenant le coffre, mais que l’on devine par la fumée des armes à feu, les occupants américains ayant bien tenté de riposter. Les deux occupants, le sergent Lewellen et le sergent McEnroe ont été très vite tués par au moins trente tirs d’AR-15 (M16), tout près de la guérite gardée par le jordanien, dont certains à bout portant… le troisième, le Sgt. James F. Moriarty réfugié derrière un bloc de béton après être sorti vivant du 3 eme véhicule, sera abattu par Abu Tayeh, après avoir chuté (on le voit dans la vidéo quitter son véhicule et tenter de fuir les tirs répétés, puis chuter et être achevé derrière le bloc de béton par l’assaillant). Tayeh étant lui-même ensuite capturé, blessé par les gardes intervenant enfin sur la scène et le quatrième américain étant resté indemne. Lors de son procès, Maarek Abu Tayeh invoquera la légitime défense, les américains n’ayant pas répondu à ses injonctions, selon lui.  Malgré l’absence de son de la bande vidéo de surveillance, on peut raisonnablement penser que ce peut être difficilement un « friendly fire » d’hommes se tirant dessus sans s’être mutuellement signalés (la langue, cet obstacle dont les américains n’ont jamais voulu se soucier étant un élément à prendre aussi en considération), car ils passaient tous les trois tous le jours devant lui, au même endroit pendant les formations sur plusieurs aux explosifs !

Ç’était en tout cas la version proposée au départ par les jordaniens, pas désireux du tout de révéler à leurs alliés US que des éléments infiltrés auraient pu attenter dans leur base même à la vie de soldats américains et encore mois d’avoir à expliquer ce que ces américains faisaient là. A gauche l’enterrement du Green Beret  Jimmy Moriarty  en présence de son père James. La suite a été chaotique dans les relations entre les deux pays, les jordaniens finissant par modifier leur point de vue et envoyer en prison l’attaquant capturé, au tarif fort : il a écopé en effet de la prison à vie, une sentence prononcée le 17 juillet 2017 (malgré les protestations de son influente tribu des Hweitat auprès du roi de Jordanie, qui semble apprécier les armes bien davantage qu’on ne l’imaginait et surtout le Sig-Sauer MCX et le JTK-1911 ). Ici le rapport sur l’incident, largement rewrité par la CIA et ses habituelles zones noires ! A noter que la Jordanie dispose d’un endroit très spécial pour que s’entraînent les forces spéciales... le King Abdullah Special Operations Training Center (KASOTC), avec ses maquettes d’Airbus et B-737 pour s’entraîner… En fait, les Green Berets, tel l’infortuné Moriarty, ne sont pas n’importe quels soldats.  On peut voir ici ce denier avec un équipement bien particulier (ici à droite), celui du respirateur en circuit fermé (« rebreather » )  de l’unité du 1st Special Forces Group combat dive, le Larv V, qui ne laisse pas de bulles apparentes, autrement dit… des plongeurs de l’armée (ici en train de s’entraîner). Le même équipement que les Navy Seals ! Qu’était donc venu faire un plongeur dans le désert, voilà toute la question… (à moins d’une opération « spéciale » ?).  Ci-dessous le fameux KASOTC avec son Airbus à gauche :

Des milliers de kaklachnikovs volées et revendues

Nous étions alors en novembre 2016, et les relations n’étaient pas au mieux avec les alliés jordaniens, car en juin une terrible information était remontée jusqu’au Pentagone : un scandale énorme, en fait venait d’émerger :  « des milliers de fusils d’assaut Kalachnikov, de mortiers et de grenades propulsées par fusée – destinés aux groupes d’opposition soutenus par les États-Unis et combattant les forces du président Bashar al-Assad – se sont retrouvés aux mains de criminels. Le vol aurait été commis par des officiers ayant un accès direct à la cargaison, qui « siphonnaient régulièrement des camions chargés » d’armes tout en livrant toujours certains aux dépotoirs désignés. Selon une enquête menée conjointement par le New York Times et Al-Jazeera, les officiers jordaniens participant au programme « ont tiré profit de la vente et ont utilisé cet argent pour acheter des iPhones, des SUV et d’autres produits de luxe ». Le projet a duré pendant un certain temps et n’a été arrêté que quelques mois auparavant, lorsque les États-Unis ont pris connaissance d’informations selon lesquelles des trafiquants d’armes se vanteraient d’avoir des stocks importants d’armes de la CIA. Après que les Américains se soient plaints, les enquêteurs jordaniens ont arrêté plusieurs dizaines d’officiers «subalternes» impliqués dans le stratagème, avant de les relâcher. La plupart des armes volées n’ont pas pu être retrouvées, mais les experts supposent qu’elles pourraient être en possession de réseaux criminels ou de sympathisants de l’État islamique. Au cours des derniers mois, Isil est devenu de plus en plus actif dans le royaume hachémite et a revendiqué lundi la responsabilité d’un attentat-suicide contre un poste de l’armée jordanienne à la frontière syrienne. Il a toutefois été découvert qu‘une partie de ces armes avait été utilisée par un officier jordanien lors de la mort de deux entrepreneurs américains en novembre dernier dans une base de formation de la police à Amman, la capitale ». L’attaque était celle survenue le 9 novembre 2015 en effet, perpétrée contre le Jordan International Police Training Centre (JIPTC), localisée à Al-Muwaqqar dans l’Amman Governorate. Les deux américains tués étaient des « contractors » de chez DynCorp, James « Damon » Creach de New Tampa, et Lloyd « Carl » Fields Jr. de Cape Coral, tous deux de Floride, donc (1).  A droite, James Crash sa famille, ses trois enfants. Cette fois-ci aussi, les jordaniens avaient nié tout lien avec des terroristes de la part de l’assaillant, un officier de l’armée appelé Anwar Abu Ubayd. Il sera décrit comme un « loup solitaire » sans lien avec un quelconque mouvement. Et pourtant : l’attaque avait eu lieu le jour anniversaire de celle des explosions des bombes déposées par al-Qaeda (en Irak) contre trois hôtels d’Amman ( le Grand Hyatt Hotel, le Radisson SAS Hotel, et le Days Inn, attentat qui avait fait 50 morts !!!  Non, décidément, fin 2016, il devenait fort difficile de dissimuler l’organisation d’un réseau de fourniture massive d’armes de la part de la CIA aux rebelles.

Une « Operation Cyclone » bis !

Le mal était fait : dès l’annonce de la disparition de milliers d’armes, il devenait évident qu’une aide d’ampleur aux rebelles anti-Assad avait été mise en place, en effet, et que la Jordanie y participait (rappelez-vous ces gros porteurs Ill-76 allongés vus à l’épisode N°12).  Le centre d’entraînement attaqué n’étant qu’un bout de l’iceberg, 500 millions de dollars pour entraîner des systèmes à vaincre l’Etat Islamique. Au même endroit étaient entraînés les policiers irakiens. L’effort mis en place, baptisé Timber Sycamore, devait conduire à la déposition d’Assad, qui, en 2014 reculait partout déjà. Davantage d’armes encore aurait fini par lui faire abandonner la partie, surtout que cet effort portait désormais sur un milliard de dollars et la livraison massive d’engins capables de détruire ses chars : des lance-missiles TOW, notamment, abondamment fournis désormais. L’opération Timber Sycomare par bien des aspects, ressemblant par trop à l’aide apportée à Al Qaeda dans les années 1980 par la CIA, avec l’aide des services secrets Pakistanais de l’ISI pour aider les mudjahideen à renverser le régime soviétique en Afghanistan, une opération qui avait été baptisée Cyclone.  A l’époque, on avait livré des missiles Stinger (que les américains rachèteront plus tard à prix d’or, par crainte qu’ils ne se retournent contre leurs propres avions !). Ils avaient aussi fournis des SA-7 russes, achetés par la bande… en 2015, cette fois, c’étaient les Kornet qui avaient été les voisins d’envois des TOW, les américains refusant cette fois de se lancer dans la guerre aérienne … mais les distributions non contrôlées, comme aux temps des brokers qui se servaient à Gerdec, ou les jordaniens qui n’avaient pas joué le jeu commençaient à faire craindre la même issue.. des armes quasiment distribuées à l’Etat Islamique, via ces groupuscules d’opposants aux contours bien trop flous, ce qu’une députée démocrate (et non républicaine !), Tulsi Gabbard, dénoncera vertement en juin 2017 au retour d’une mission en Syrie: « il ne s’agit pas de donner des armes à des gens, mais ils finissent par tomber entre de mauvaises mains. Nous armons directement les militants qui travaillent sous le commandement d’Al-Qaïda, le tout dans le but de renverser le gouvernement syrien », Gabbard a expliqué. « Nous apportons un soutien direct et indirect à Al-Qaïda, le groupe qui nous a attaqués le 11 septembre, contre lequel nous continuons prétendument à lutter et à essayer de le vaincre. » Elle ajoutait encore que « ce qui devrait rendre tout le monde malade, c’est que les gens préféreraient soutenir, directement et indirectement, Al-Qaïda, au lieu d’abandonner leurs objectifs de changement de régime « , a ajouté M. Gabbard. » Ce qu’on appelle un réveil tardif, à l’évidence… l’arrivée sur scène des bombardiers de Poutine fin 2015 ayant rebattu toutes les cartes en faveur de Bachar el -Assad !!!

Les avions transporteurs jordaniens à l’ouvrage

Pour transporter ces armes (avant de les revendre ?) les jordaniens ont utilisé, on l’a vu, leurs gros porteurs Ill-76 (à droite le JY-JID de Jordan International Air Cargo en photo à Francfort, le 16 octobre 2011. « Les officiers des services de renseignement américains ont aidé les gouvernements arabes à acheter des armes, y compris un important achat auprès de la Croatie, et ont contrôlé les commandants et les groupes rebelles afin de déterminer qui devait recevoir les armes dès leur arrivée », rapporte le Times. (A gauche l’Ill-76 JY-JIC vu au Nis – Konstantin Veliki Airport de Serbie, au nord-est de Pristina, le 15 mai 2016, venu faire ses emplettes). « L’article cite également plusieurs commandants rebelles qui ont carrément déclaré qu’ils recevaient des envois d’armes de l’extérieur. Naturellement, les Jordaniens nient toutes ces allégations de la manière la plus plate possible. « Ce sont tous des mensonges », a déclaré Muhammad Jubour, directeur de la cargaison chez Jordanian International Air Cargo. « Nous n’avons jamais fait une telle chose. » Les responsables gouvernementaux turcs et saoudiens ont refusé de commenter. Lorsqu’on lui a demandé d’expliquer la structure du trafic aérien des avions cargo Ilyushin-76MF à destination et en provenance de Croatie, M. Jubour a affirmé que la compagnie aérienne ne possédait aucun de ces avions. Jubour, confronté à des preuves photographiques allant dans le sens contraire sur son propre site Web, n’a pas répondu aux journalistes du Times, C.J. Chivers et Eric Schmitt. Le site Web de la société a été rapidement supprimé. Foreign Policy a réalisé des captures d’écran d’une ancienne version du site Web de la JIAC, dans laquelle l’Ilyushin-76MF est mis en évidence dans la section «Flotte» du site Web. Le gouvernement jordanien a affirmé n’avoir jamais fourni que de l’aide humanitaire à la Syrie et a estimé que son pays accueillait actuellement plus de 400 000 réfugiés syriens. Ces avions, portant des logos de société bien visibles, ont déjà été repérés dans le monde entier »… et en particulier en Turquie qu’ils traversaient, comme ici le N°361 de la Royal Jordanian Air Force (RJAF) pris en photo à Konya, en Turquie, le 10 juin 2016. On notera la longueur de l’oiseau, rallongé de 6,6 mètres dans sa version Ill-76MF et ses moteurs à plus larges soufflantes, des Perm PS-90A-76.  Il peut en soute embarquer directement quatre containers maritimes de 20 pieds !  Selon The GUN, les avions utilisés étaient bien ceux cités ici.  » Ci-dessous, un extrait de données provenant d’un observateur d’avion à Chypre, qui a enregistré les signaux du transpondeur S de deux avions Ilyushin-76MF appartenant à des Jordaniens lors de la navette aller-retour entre la Croatie et le Moyen-Orient. Il s’agit d’une étape du pont aérien multinational secret organisé avec C.I.A. assistance, pour aider les combattants antigouvernementaux de la Syrie. Dans la colonne L, la première colonne indique les dates de vol, la deuxième colonne indique la fenêtre de temps pendant laquelle le signal du répéteur a été enregistré au-dessus de la Méditerranée alors qu’il passait à portée de l’antenne de l’observateur, et la troisième colonne indiquait l’identification militaire de l’aéronef. Deux avions étaient impliqués, RJZ360 et RJZ361 – une paire d’Ilyushin-76MF livrés par la Russie à la Jordanie en 2011.  Au début, lorsque le New York Times l’a approché, Jordan Cargo a insisté sur le fait que ses avions cargos n’avaient pas emprunté cette route ou n’avaient jamais été en Croatie. Ensuite, un responsable a déclaré que Jordan Cargo ne possédait pas de tels avions. La photo ci-dessus montre une image de l’un des aéronefs avec l’immatriculation 360 peinte près de sa queue, juste derrière le drapeau de la Jordanie. L’image de ce post montre le même avion sur le tarmac de Zagreb, dans l’obscurité, lors de l’un des vols énumérés ci-dessous. Juste derrière le cockpit, vous verrez le logo au pochoir de l’opérateur apparent: Jordan International Air Cargo. » En conclusion, la confusion Royal Jordanian Air Force et Jordan International Air Cargo était évidente… A gauche, l’avion décrit de Jordan International Air Cargo prise en photo par un spotter à Zagreb, en Croatie; le 23 décembre 2012, là où il ne serait jamais allé selon Muhammad Jubour !!! A gauche, ce qu’il était venu chercher : des obus autopropulsés RAK-12 fabriquées en 1994, variante du M-63 Plamen 128mm MRL, vus ici chez les rebelles syriens en 2015. A droite l’affût de 12 tubes pour les lancer, celui de la Free Syrian Army et sa division Nour al-Din al-Zenki, cette fois (et ici à Lattakié en 2016). Des obus datant de la défunte entreprise Koncar de Sesvetski Kraljevec en Croatie. Ici le même engin à Alep en 2014. Ci-dessous l’infographie du NYT sur les trajets :en

Il y a 20 ans déjà, la Jordanie…

A noter que de Jordanie, déjà, il y a 20 ans, en 1998, des armes sophistiquées avaient déjà connu un détour bien particulier comme le rappelait le dossier de juin 2017 « The proliferation of small arms and light weapons: definitions and challenges » de Denis Jacqmin du GRIP : « en 1998, le FN a livré 100 mitraillettes P-90 pour équiper les forces spéciales jordaniennes. La commande émanait du marchand d’armes suisse, M. Thomet (Brügger et Thomet AG -nota : un broker bien connu plusieurs fois nommé dans des trafics d’armes. comme on a vu). Les armes retransférées de Jordanie en Suisse, d’où elles ont été envoyées à un armurier néerlandais, J.F.Y., à Maarsen (NL).  Les armes ont été transformées en semi-automatique pour être vendues sur le marché civil en Suisse. La société suisse possédait tous les documents légaux requis pour importer, exporter et faire une vente privée. Des armes ont été vendues à des civils en Suisse, à un concurrent du FN (Heckler und Koch) 20, demeurant à T.-N.-L. en paiement de l’opération de conversion. Certains ont été trouvés entre des mains de voleurs armés. Cela montre l’importance de la communication entre les États (la Suisse aurait dû contacter les autorités belges (pays de fabrication), et la même chose pour les Néerlandais. La question des munitions aurait dû faire mouche parmi les autorités belges de contrôle des exportations (cartouches spécifiques de 5,7 mm, trafic de munitions de l’usine en Belgique)… » des engins de ce type, fort reconnaissables ont été retrouvés, on l’a vu, en Libye, comme ici à droite.  On y a même trouvé en 2011 son plus récent successeur, le FN F2000 au look d’arme de science-fiction.  L’engin est plutôt rare :  la Libye en avait acheté 367 exemplaires en 2008 (le même nombre que de P90).  On l’a vue resurgir, très certainement venue de Palestine, en 2012, chez les Brigades du Jihad al-Quds

Des chiffres impressionnants, l’Arabie Saoudite comme trésorière

Selon L’OCCRP, « la Croatie a été parmi les premiers pays à fournir des armes aux rebelles syriens à l’hiver 2012. L’expédition a été acheminé par la Jordanie avec le soutien logistique de la CIA et payé par l’Arabie saoudite, selon une enquête 2013 par le New York Times. Après une vague de couverture embarrassante de nouvelles, la Croatie a supprimé des informations clés, telles que la destination finale de ses exportations, à partir des rapports officiels pour tenter de garder les détails de ce commerce sur les titres. Le Ministère de l’Economie, qui est responsable de la délivrance des licences d’importation / exportation d’armes et de munitions, et OCCRP dit BIRN qu’une loi 2012 sur la protection des données personnelles qu’elle interdit de donner cette information. Ceci est contesté par l’Agence de protection des données croate, qui a déclaré la législation applique uniquement aux particuliers et non aux entreprises ou gouvernements. Cinq organisations non gouvernementales ont décrit la suppression de l’information comme un « déclin troublant de la transparence » dans leur soumission à une Organisation des Nations Unies (ONU) dont le Comité des droits de l’homme sur la Croatie en mars 2015. Les reporters, cependant, ont obtenu les données par le biais d’une base de données peu connue, Comtrade, qui contient des statistiques sur le commerce international annuel de plus de 170 pays. La base de données des Nations Unies a révélé que la Croatie a exporté des munitions en Jordanie pour 36 millions de dollars au cours des deux années écoulées depuis que le conflit syrien a commencé en 2012. Après que le rôle de la Croatie ait été rendu public, l’Arabie Saoudite a repris l’importation de plus de 124 millions de dollars de munitions depuis 2014 – les deux tiers dans les neuf premiers mois de 2016 seulement. Les deux pays ont également importé plus de 21 millions de dollars en armes, y compris des lance-roquettes et de grenades, depuis 2012 (à droite un Multiple Grenade Launcher Type RBG-6 croate bien reconnaissable retrouvé en Syrie. On trouve sa version plus récente à 1350 dollars pièces au marché noir en Syrie) . Avant 2012, le commerce des armes entre la Croatie, la Jordanie et l’Arabie Saoudite était pratiquement inexistant. » A droite, un des RBG-6 tombé aux mains de Daesh.

Le deuxième scandale:  les 500 millions de dollars d’armes «  perdues » au Yémen

L’annonce est aussi sidérante que celle du pillage systématique des entrepôts irakiens laissés sous la surveillance de David Petraeus (ou près de l’armée irakienne corrompue ou incapable de résister aux poussées rebelles). En mars 2015, le Pentagone annonce candidement qu’il a totalement perdu la trace d’armements octroyés au gouvernement du Yemen pour lutter contre les rebelles. Il y en a pour 500 millions de dollars : les militaires US ont en effet réussi la prouesse d’égarer pour 1/2 milliard de dollars d’armes. Et pas n’importe lesquelles, puisque l’on déplore dans le lot 160 Humvees, quatre hélicoptères Huey II, quatre drones lancés à la main, deux avions Cessna 208 de surveillance et même un avion de transport CASA CN-235 (le N°188, ici à droite arborant encore ce chiffre de production sur ses flancs) et pas moins de quatre vedettes rapides… Où a donc bien pu passer cette armada, dont la livraison a démarré en 2007, tout le monde l’ignore. Quatre avions Air Tractor armés, prévus eux aussi, ont échappé à la livraison, ainsi que 12 Maule de surveillance et 12 drones Scan Eagle, plus 48 jeeps J8.  Dans le lot des choses « égarées », 1,250 million de balles, 200 pistolets Glock et 200 fusils M4, plus des lunettes de vision nocturne (300 exemplaires) et des gilets pare-balles (250).  Sidérant !!! Le 26 mars 2015, on a retrouvé trace, pourtant, du fameux CASA portant les couleurs de l’armée yéménite ainsi que des hélicoptère Huey :  ils ont en fait été détruits lors d’un bombardement de la base aérienne d’al-Dailami, qui partage la piste d’atterrissage avec l’aéroport international de Sanaa, effectué par les forces de l’Arabie Saoudite !!! « Un total de quatre UH-1H-II ont été donnés au Yémen en 2010 dans le cadre d’un accord d’aide d’une valeur de 27 millions de dollars. Les UH-1H ont été mis à niveau au standard UH-1H-II avant leur livraison et sont arrivés en toute sécurité au Yémen au début de 2011. Bien que livrés à l’origine pour aider le gouvernement du Yémen de Saleh à lutter contre le terrorisme, ils passaient la plupart de leur temps sur le terrain. La YAF a trouvé que les Mi-171 Shs russes étaient plus adaptés à la tâche. La commande du CN-235 avait été passée début 2011 dans le cadre d’une subvention d’aide militaire de 38 millions de dollars. Elle était donc entièrement à la charge des États-Unis. Alors que l’appareil était prêt à être livré à la fin de 2012, il restait entreposé en Espagne et a été transféré au Yémen fin 2013, ce qui souligne le peu d’enthousiasme du Yémen vis-à-vis de la réception de l’avion. Le CN-235 est entré en service en 2014 et a été utilisé pour transporter du matériel et de la main-d’œuvre à travers le pays. L’épave du CN-235 (image du titre), complètement brûlée, repose maintenant tristement dans son hangar, rappel ironique de la façon dont le champ géopolitique peut rapidement ridiculiser les relations passées. Cela est particulièrement vrai au Yémen, où les situations se développent souvent plus rapidement que les médias ne peuvent les détecter, ce qui a abouti à une nouvelle guerre ouverte au Moyen-Orient ». En résumé, la force aérienne refilée n’a jamais servi, ou presque, et c’est le grand allié des Etats-Unis qui l’a détruite : une partie des 500 millions est bien partie en fumée !!!  Encore plus sidérant !!  Et le même phénomène que celui perçu en Irak ou en Afghanistan a donc pu se répandre, comme le remarque le dossier d’experts de l’ONU S/2016/73, affligeant pour les dirigeants dont principalement Ali Abdullah Saleh : « en 2015, des groupes armés ont détourné des armes appartenant à l’État dans tout le Yémen sans rencontrer de résistance de l’armée régulière. Tout semble indiquer que ces armes ont été remises aux houthistes, aux chefs de guerre tribaux, à Al-Qaida dans la péninsule arabique et aux groupes y affiliés selon un scénario préétabli, comme le montre le pillage des armes de la 19e brigade à Beihan (-ou Bayhan- province de Chaboua) par des combattants tribaux. En effet, le 12 février, Ansar el-Charia et des combattants tribaux ont attaqué la base principale, qui abrite habituellement plus de 700 soldats et où est stockée la majorité du matériel de la brigade. Les assaillants n’ont rencontré aucune résistance, un seul soldat ayant été tué et six autres blessés » (voir annexe 14, la photo de l’entrée d’Ansar el Sharia étant photographiée ici à droite). « Il ressort de sources médiatiques que sept autres brigades ont été pillées par Ansar el-Charia, à Abian, Chaboua, Hadramout et Mahra (voir annexe 18). Selon des militants et des représentants du Gouvernement, la plupart de ces pillages étaient en fait une simple remise des armes orchestrée par des responsables militaires fidèles à Saleh ». Si bien que les attaques de la coalition, au lien d’endiguer le phénomène, l’a en fait renforcé :   » Les attaques de la coalition contre des entrepôts situés dans des zones contrôlées par les forces houthistes et pro-Saleh ont contribué au démontage et à la dispersion de toutes sortes de matériel militaire, d’armes et de munitions, ce qui a entrainé leur prolifération, certaines munitions étant utilisées par les terroristes pour fabriquer des engins explosifs improvisés. La coalition a également joué un rôle direct dans la prolifération des armes au Yémen en fournissant des armes à des groupes armés sans leur demander de comptes et sans s’assurer que ces armes étaient stockées en lieu sûr. Le Groupe d’experts a recueilli auprès de de médias et de militants locaux des vidéos montrant le largage sur Aden d’armes dont certaines se sont retrouvées entre les mains des houthistes (voir annexe 15). Il a également vu des images prises à Taëz sur lesquelles des combattants de la résistance, qui seraient affiliés à un groupe salafiste venu de Damaj se faisant appeler l’« Émirat des défenseurs de la foi », dirigé par Adil Abdou Farih ou Abou al-Abbas, utilisent des véhicules blindés semblables à ceux de la coalition (voir annexe 16) »« Bien que le Groupe d’experts n’ait pas été chargé de contrôler les armes que la coalition fournit aux combattants de la résistance, il tient à signaler que le fait que la coalition et le Gouvernement légitime du Yémen n’aient pas mis en place de verrous solides a probablement contribué au détournement d’armes par des groupes extrémistes et à leur vente sur le marché noir. Le Groupe d’experts a établi que des combattants de la résistance mettaient en vente des armes légères et de petit calibre en utilisant les médias sociaux (voir annexe 17) ». Des armes parfois provenant aussi de parachutages ratés, comme ici en deux photos montant des caisses de Heckler et Kock G3 et des munitions de calibre 7,62 portant des marque saoudiennes, tombées là où elles n’auraient pas dû le faire et aussitôt revendues sur le net, l’AK-74 dernier modèle avec trépied et illuminateur laser proposé à 1 million de Rials (5000 dollars)… comme ici à droite. Le G3 A4 saoudien proposé à 3000 dollars en comparaison. Le 28 avril, les saoudiens bombardaient à nouveau l’aéroport de Saana, détruisant de nombreux avions, dont un Ill-76 7O-ADG (le N° 1033415497 ici à droite) des forces aériennes yéménites, âgé de 22 ans (son incendie est visible ici) :

Selon le rapport, cet aéroport avait servi de conduit principal pour l’aide humanitaire au Nord du Yemen surtout depuis l’incapacité du port d’Hodeida de pouvoir fonctionner après son bombardement le 17 aout 2015. Sur place, les générateurs d’électricité donnés par l’ONU ne pouvant plus fonctionner, faute d’essence apportée (des réservoirs d’essence ayant aussi été bombardés à Jizan). La mise en place d’un désastre humanitaire prévisible, en réalité.

On peut parler de double erreur avec Obama (voire triple, je vous en parlerai bientôt de celle qui concerne sa décision de trancher entre l’Iran et l’arrêt de son programme nucléaire et de laisser faire le Hezbollah, notamment en Afrique) : celle d’avoir tardé à prendre une décision et d’avoir laissé les mêmes militaires qui avaient sévi en Irak superviser la distribution aventureuse des armes aux rebelles pas très sûrs, mais aussi d’avoir participé à l’armement massif des saoudiens qui ont déversé par tombereaux complets leurs chères munitions, comme a pu si bien le dénoncer ici CNN avec la couverture choc d’un article fort révélateur.  Depuis, Trump a choisi encore pire, en ne songeant qu’à renforcer l’arsenal saoudien, comme on le sait. On notera l’usage de bombes clusters, interdites par les conventions internationales.

(1) ici la plainte déposée par Tamara Fields, compagne d’un des deux « contractors » tué, contre… Twitter, et les nombreux comptes ventant Daech que l’entreprise de com’ a laissé passé pendant des mois sans les bannir. Très instructif en effet, le laxisme y ayant régné préfigurant celui que l’on allait trouver un peu plus tard chez Facebook !  Sa plainte débute par « sans Twitter, la croissance explosive du groupe État islamique au cours des dernières années est devenue le groupe terroriste le plus craint au monde. Selon la Brookings Institution, ISIS « exploite les médias sociaux, notamment Twitter, pour envoyer sa propagande et ses messages au monde entier et attirer les personnes vulnérables à la radicalisation. » Grâce à Twitter, « ISIS a pu exercer un impact démesuré. sur la façon dont le monde le perçoit, en diffusant des images de la violence graphique (y compris la décapitation des journalistes et des travailleurs humanitaires occidentaux). . . utiliser les médias sociaux pour attirer de nouveaux acteurs et susciter des attaques d’acteurs isolés. « Selon le directeur du FBI, James Comey, ISIS a perfectionné son utilisation de Twitter pour inspirer des attaques individuelles à petite échelle, » pour externaliser le terrorisme « et » pour vendre le meurtre « .

 

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