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MH370 (39) : la Somalie, terrain de jeu privilégié de la CIA

Nota : à ceux qui pourraient penser récupérateur l’association de la catastrophe du vol MH-370 dans le titre de cette longue série, je rappelle qu’à l’origine il y a la forte suspicion émise par l’un des parents de victimes françaises sur la possibilité que le Boeing 777 incriminé ait pu avoir eu affaire à un trafic de ce genre, ou à une bavure militaire liée à ce trafic.  La série a débuté ici.

 

C’est une vidéo, pour commencer.  Il est rare que des crashs d’avions soient filmés ainsi, en direct. Mais là, il y avait facilité à le faire :  l’avion, un petit biréacteur à aile haute, avait annoncé avant, à la tour de contrôle d’aéroport où il devait se poser, qu’il allait quand même le faire cet atterrissage, mais sur le ventre car son train récalcitrant avait refusé de sortir quelques dizaines de minutes auparavant. La scène, datée du 3 juin 2017, ne se passait pas aux Etats-Unis, mais sur une des pistes (la numéro 5) de l’aéroport de Mogadiscio, l’avion venant alors d’Entebbe, en Ouganda, un trajet régulier pour lui  L’appareil, alors immatriculé N330BG, adroitement piloté, se posera en dérapant sur le ventre et s’immobilisera plus d’un kilomètre plus loin. Son bout d’aile droite finira par toucher le sol au bout de sa course, pour se redresser une fois l’avion arrêté.  Les pompiers arrivés sur place l’arroseront copieusement de neige carbonique. Fort heureusement, tous les membres d’équipage pourront en sortir indemnes, sans aucune blessure.  Bref, un vrai miracle, mais largement ignoré par les médias (je n’ai découvert cet épisode qu’en préparant cette série, c’est dire).  L’appareil, d’allure et de décorations civiles, un Dornier Do-328JET, la version à réacteurs du modèle précédent bien connu à turbopropulseurs, porte une immatriculation américaine: N804CE.  L’avion n’est pas tout neuf, il a été mis en service en 2001, au nom de l’indécrottable acheteur boulimique d’avions qu’est le Wells Fargo Bank Northwest NA Trustee. Une rapide recherche nous donne comme propriétaire Cummins Inc, mais l’avion porte plutôt sous cette étiquette celui du cigarettier Philip Morris (qui le louait donc, c’était son avion VIP, aussi inscrit chez Altria...  Morris étant une filiale, désormais,  d’Altria), à partir de son immatriculation précédente en N328PM; celle de ses origines (ici à gauche, il présente en effet les coloris arborés par les paquets de Marlboro).  Cet avion, d’apparence anodine, va pourtant nous mener bien loin, dans les arcanes d’une guerre secrète entretenue… à dessein.

De la CIA aux moteurs de camions

Cummins est un fabricant de moteurs pour engins de chantiers, de bateaux (dont des yachts) ou de camions, mondialement connu, mais la firme possède aussi une particularité qui va vite nous intéresser. Ou plutôt un de ses dirigeants. A la démission de John Wosley, en 1995, de la direction de la CIA, le président Clinton avait choisi sans trop cogiter un gars du sérail, proche du secrétaire de la défense, William J. Perry, et de son prédécesseur, Les Aspin (un démocrate qui avait acquiescé à l’aide aux Contras et qui s’engluera en Somalie (1)).  Un homme à poigne qui avait fait partie des fameux « whiz kids » ces jeunes loups passionnés de chiffres qu’avait amenés avec lui Robert McNamara, un bruxellois d’origine (dont le père était né à Smolensk !), appelé John Mark Deutch (ici à gauche).  Deux ans avant, il était devenu le « acquisition czar at the Pentagon » comme le dit ici le New-York Times, c’est-à-dire celui qui achetait le matériel pour le Pentagone. Autrement, dit, il connaissait tout de l’armée américaine, à ce poste-clé.  L’homme a eu, disons, un rôle controversé au sein de la CIA : le 15 novembre 1996, lord d’un débat organisé à la Locke High School de Los Angeles sur le thème du trafic de drogue, il s’emmêlera sérieusement les pinceaux devant Michael Ruppert (ici à droite), un officier de police du LAPD qui l’avait accusé d’avoir été le témoin de la complicité de la CIA dans le trafic de drogue.  Ruppert accusait alors Edwin P.Wilson d’être l’organisateur du trafic de drogue (voir ici l’épisode 17 sur la piste canadienne).  Il quittera l’agence dès le 15 décembre suivant, mais sera rattrapé par l’affaire, une enquête ayant démontée qu’il avait emmené chez lui des ordinateurs portables contenant des documents classifiés.  Deux ans plus tard, voici l’affaire présentée devant le ministère de la Justice, mais la procureure générale d’alors (l’US Attorney General) , Janet Reno, refusera de le poursuivre.  Bref, le sujet était bien trop… sulfureux.  Pour ne pas améliorer le malaise, Clinton graciera Deutch lors de son dernier jour au pouvoir, laissant planer de vieilles histoires dont celles de la Mena et du rôle de Barry Seal, bien sûr… la vie de Ruppert conduisant elle à un désastre (et idem pour celui qui avait réussi à lui tirer les vers du nez : Gary Webb, cité ici en même temps que Deutch). Ici en photo les « kids » devenus vieux, tous anciens de Global Technology Partners avec Deutch debout au milieu (William James Perry, secrétaire à la Défense de Clinton, entre 1994 et 1997, est assis devant lui)… L’engagement à droite du directeur de la CIA ne faisait pas de doute. Deutch, avec Ashton B. Carter, et Philip D. Zelikow, avait en effet fait paraître, dans le numéro de 1998 de Foreign Affairs, un article « Catastrophic Terrorism » qui selon certains préfigurait le texte de 2000 intitulé « Rebuilding America’s Defenses » du Project for the New American Century, avec la célèbre recommandation d’un « New Pearl Harbor », pour certains la formulation de la préparation en « inside job » du 11 Septembre . En 1999, resté toujours aux affaires, malgré ses épaisses casseroles, il avait continué sur la même lignée, et cette fois comme responsable de la « Commission to Assess the Organization of the Federal Government to Combat the Proliferation of Weapons of Mass Destruction ».  Il avait évoqué la possibilité d’une « action militaire » contre les « détenteurs d’armes de destruction massives » (p 160)…  On sait comment ses conseils avisés de faucon notoire ont été écoutés… en Irak.  Sa carrière post-CIA l’avait amené à différents conseils d’administration, pour amasser les jetons de présence, dont ceux forts rémunérateurs de Citigroup Inc., CMS Energy CorporationSchlumberger Lt et de…  Cummins Engine Company, Inc, nous y voilà.  Aussi n’est-ce qu’une demi-surprise d’apprendre que son biréacteur s’offre une nouvelle (et dernière) vie en passant chez une minuscule firme appelée Heidi Aviation, pour se faire immatriculer N330BG :  l’avion tombé à Mogadicio, justement.  Car la société choisie nous renvoie directement à une « covert action », tout simplement.  Sur une idée de Deutch, très probablement, à voir sur quoi elle s’est appuyée…

Un avion de la CIA, en fait

Je vous ai retrouvé ici l’offre de vente de l’appareil qui s’est posé train rentré, parue chez « Safe Journeys » (l’appareil y était proposé à 2 295 000 dollars), pour une avion affichant 8 889 heures de vol et 8 378 atterrissages (à savoir un habitué des petits parcours pour Philip Morris !), avec 9 sièges de « cuir taupe », 3 sièges supplémentaires possibles et une avion rafraîchi en 2011, peint en 2005 avec « une inspection du train d’atterrissage effectuée en juin 2011 ».  Sage précaution comme on l’a vu (l’indication signifiait-il qu’il avait déjà connu le problème ?).  Drôle d’immatriculation en fait, car la fiche de son propriétaire affirmait alors qu’il appartenait désormais à un dénommé Michael Stock, le manager de Jasmine Aviation, LLC, dont l’adresse est 2507 Massachusetts Avenue à Washington, DC. C’est son seul appareil, à ce moment-là.  L’homme habite dans une villa plutôt cossue (530 m2, 5 chambres et 6 salles de bain !) à 5 millions de dollars (achetée 4,1 millions en 2008).  Voilà qui devient fort intéressant: des profits importants ont été réalisés ou alors il a hérité dès le départ d’une somme importante.  Jasmine possédait auparavant un vieux Rockwell Sabreliner 65, le N888UP ex N65AH en 1981, qui a aussi été belge sous l’immatriculation OO-IBC. Drôle d’adresse aussi donc, car l’adresse c’est aussi la même qu’une autre entreprise encore plus intéressante puisqu’il s’agît de… Bancroft.  Et là, effectivement, ça devient très, très intéressant !!!

Apporter la paix, une belle mission… en principe

Le Michael Stock en question (ici à gauche) est en effet le créateur de Bancroft, qui dissimulait donc son avion (chez Heidi, qui possédait aussi un autre appareil : un Pilatus 12, immatriculé N95NW, ex « DIRT MAN LLC », lui aussi un appareil fort prisé par Sierra Nevada ou la CIA). Un appareil à plus de 2,2 millions de dollars, réduit à l’état de ruine à Mogadiscio (et laissé tel quel sur place, cf ici à droite : d’autres avions ayant eu les mêmes déboires ont revolé pourtant, mais là très vite son aile et ses réacteurs ont été démontés et l’avion vidé de tout son contenu).  « Michael Stock a fondé Bancroft en 1999, peu de temps après sa sortie de Princeton, utilisant une partie de la fortune de la banque d’investissement de sa famille pour financer la société ».  Encore un gars qui a démarré comme… Trump !!!  A noter qu’à ce moment-là, sa société était habilement inscrite sur le registre des affaires sous le N°26, US Code 501(c)3 comme étant une « organisation charitable »  !  « Mais la firme ne semble avoir pris son essor qu’après la création par l’ONU de la Mission de l’Union africaine en Somalie en 2007, ou AMISOM, une force multinationale déployée pour tenter de rétablir la paix dans ce pays de la Corne de l’Afrique.  Le site Web de Bancroft répertorie 26 pays dans lesquels il a exercé ses activités, mais la société est surtout connue pour son travail en Somalie, où elle réalise actuellement environ 75% de ses activités et où Bancroft Global Development, sa branche à but non lucratif, a réalisé environ 35 millions de dollars par rapport aux années précédentes sur deux ans.  Parallèlement, Bancroft Global Investments « a investi environ 40 millions de dollars en Somalie et a généré des rendements qui compensent de manière adéquate le facteur de risque », a déclaré Marc Frey, directeur exécutif de Bancroft Global Development. Les responsables de la société Bancroft se sont rendus pour la première fois à Mogadiscio en novembre 2007, environ six mois après l’arrivée des premières troupes de l’AMISOM.  À la fin du printemps 2008, le cabinet conseillait les forces de l’AMISOM, en s’acquittant de ses frais, sans contrat ni autre mécanisme de financement, selon Stock » (l’énorme maison décrite ayant été achetée à ce moment-là… un an après le début des activités de Bancroft !).  « C’était un travail dangereux. « Les parties de Mogadiscio qui étaient en réalité sous le contrôle de l’AMISOM et du gouvernement somalien à cette époque ne l’étaient pratiquement pas », a déclaré Stock. «Nous parlons de l’entrée principale de l’aéroport, à quelques centaines de mètres, et même pas jusqu’au premier grand carrefour important.»  A gauche, sur la base de Bancroft, l’indispensable et caricaturale piscine US…, à droite la base elle-même). « Le contingent de l’AMISOM s’est fréquemment retrouvé sous le feu alors qu’il installait son camp.  Selon Stock, leur avion a également été touché par une balle.  Mais l’approche de la société en matière de formation et de tutorat des forces de l’AMISOM s’est révélée attrayante pour les Nations Unies, qui fournissent désormais un peu plus de la moitié du financement de Bancroft Global Development en Somalie via son département des opérations de maintien de la paix. »  Une société en somme payée et sponsorisée par les Nations Unies, car censée apporter la paix !!!  Bien belle initiative, mais dont les contours flous dissimulent tout autre chose… comme on va le voir.  Ici à droite, le Cessna 421 de Ndege Juu Ya Africa Limited, le 5X-ASU, (passant ici au-dessus du terrain de Kajjansi, en Ouganda) emprunté là-bas par Michael Stoks, vu dans le reportage sur sa société fait par le Wall Street Journal et proposé le 26 avril 2013.  Stock, il faut aussi le signaler, aurait comme supporter principal Howard Buffett, le propre fils de Warren Buffett (qui écrit souvent dans le Wall Street Journal).  Le voici présenté d’une autre façon… avec cette présentation for « people » (et bien ridicule), qui raconte que « Michael apporte avec lui une connaissance approfondie des opérations humanitaires en Afrique de l’Est, basée sur les contributions de sa société aux dernières décennies.  En 2012, il était directement responsable du sauvetage de deux lionceaux de passeurs en Somalie et avait contribué à leur réhabilitation.  Michael a fondé Bancroft Global Development en 1999 et a supervisé son évolution d’un groupe humanitaire à une organisation globale de développement et d’investissement. »  Ce qui paraît à la fois… ridicule et douteux !!! Le « sauveur de lionceaux » apprenait en fait à des recrues à tirer au fusil !!!  Et il cachait bien son jeu, puisque même Wikilleaks aura encore du mal à cerner ses activités en 2011.

Des mercenaires déguisés ?

C’est à Baledogle, dans une ancienne base russe de chasseurs Mig, à 100 km de Mogadiscio, qu’est installé le camp de base de l’AMISOM, avec Bancroft à l’intérieur (les deux hélicoptère blancs visibles ici à gauche sont des MI-8 de l’ONU).  Sur la carte, pas de nom de Baledogle, mais celui du Wanlawayn Air Strip, comme si l’on ne voulait pas en faire une installation officielle.  A cet endroit, des soldats américains, des Marines aidés par des contractants privés sont là pour préparer l’armée somalienne pour qu’elle combatte les milices des Shebab, coupables d’exactions notoires.  Le groupe somalien en cours de formation s’appelle les Danabs, (cf « éclair » en somalien).  Or parmi les employés de Bancroft, l’un d’entre eux, ou plutôt son décès, va poser problème.  Un ancien des Delta Force (il y est resté de 1980 à 1990, et il était du 1st Special Forces Operational Detachment-Delta qui est un peu la même chose que les fameux Navy’s SEAL Team 6).  Les Delta Forces ironie de l’histoire, sont ceux qui se sont fait massacrer en 1993 à Mogadiscio dans l’attaque de l’hélicoptère Blackhawk restée célèbre (et célébrée par Hollywood dans Black Hawk Down). L’homme s’appelle Brett Fredricks, alors âgé de 55 ans et grand amateur de chevaux en Caroline du Nord, un vrai cow-boy (il est ici à droite avec des soldats ougandais, qu’il formait alors). Hélas pour lui, des Shebabs avaient réussi à s’infiltrer dans le camp de Nairobi où Fredricks formait des ougandais et lors d’un échange rapide de tirs, alors qu’il ripostait et couvrait ses recrues, l’ancien Delta avait pris une balle entre les deux yeux.  Il est salué ici par la vieille connaissance de Feral Jundi, ce mercenaire revendiqué fort lettré. « Fredricks a pris sa retraite au milieu des années 1990 et, en 2007, il était membre du conseil d’administration de Bancroft – un poste non rémunéré -, effectuant des travaux traditionnels de sécurité privée en Irak. Mais, selon Stock, il était devenu « désenchanté » par ce travail. En l’espace d’un an, il travaillait à plein temps pour Bancroft, pour qui il passait 80% de son temps en Somalie et une grande partie du reste en Ouganda, entraînant ses forces et d être leur mentor lors de leur déploiement en Somalie. À l’exception d’un bref stage de formation de Burundais, Bancroft a formé principalement des Ougandais, le plus important contingent national de la force de maintien de la paix. Stock a déclaré que Fredricks et lui étaient convaincus que l’AMISOM, au nom d’un gouvernement souverain, menait une «mission de guerre non conventionnelle», car ses combattants étaient en fait le parti le plus faible. Certains observateurs attribuent à Fredricks un rôle majeur dans le succès remporté par l’AMISOM en 2011 en obligeant al-Shabab à quitter Mogadiscio. Bien que de fortes rumeurs persistent selon lesquelles Fredricks aurait utilisé ses propres compétences de tireur d’élite pendant ce combat, tuant des centaines de combattants al-Shabab » . Ah, voilà qui change les choses.  Car en Libye aussi, des avions fort voisins avec d’autres mercenaires on été aperçus, comme je vous l’avais expliqué ici. Les « formateurs » de Bancroft, payés par l’ONU pour le maintien de la paix, ne seraient-il que des mercenaires participant eux-mêmes aux combats ?  On en a une idée en fait avec ce qui s’est passé à la mort du contractant :  le corps de Fredrick Fredricks a été emporté de Mogadiscio par un vol de l’AMISOM qui transportait également le soldat ougandais blessé à Nairobi.  Sur son cercueil, un drapeau américain a été placé, comme pour tout combattant US.  C’était reconnaître-là son statut de combattant de l’armée, donc.  Mais c’est tout ce dont il a pu avoir droit:  arrivés aux Etats-Unis, Bancroft et l’AMISOM ont joué les invisibles, selon Stock pour ne pas que le groupe d’al-Shabab transforme la disparition du contractant en victoire de propagande, selon lui.  Ou plutôt, pour ne pas avoir à révéler que Bancroft n’agit pas seulement pour rétablir la paix… Ou que l’on découvre ses liens étroits avec la CIA et l’usage de ses avions militaires déguisés en civil !  L’appareil, lui, n’a pas été réparé ou l’on a même pas cherché à le faire :  il a été poussé sur le côté de la piste, et vite dépecé.  Par qui, on aimerait bien le savoir.

Un avion civil… européen, devenu avion militaire aux USA

Revenons à l’appareil abîmé, pour le déterminer. L’avion utilisé par Bancroft est bien en effet un modèle militaire, déguisé en civil, et appelé par le Pentagone C-146A14 Wolfhound (ici le 15-3086 Dornier 328 vu à Glasgow en février 2017 et là le 95-3058 vu à Guatemala City en 2014). Voici qui change encore plus de choses… car c’est bien sans ambiguïté pour le Pentagone : « le C-146A est la version militaire de l’avion de ligne à turbopropulseur Dornier 328 modifié pour permettre le fret et les missions. L’avion est déployé de manière continue depuis octobre 2011. Il soutient actuellement des opérations de contingence outre-mer menées par quatre commandements de combattants géographiques » (2). Quant à la version réacteurs, c’était le rachat de Dornier par l’américain Fairchild en 1996 qui a permis le développement d’une version 328JET (dotée de deux turboréacteurs PW308B). Intelligemment, Dornier avait pensé dès le début à cette version, si bien qu’il y a fort peu de pièces différentes entre les versions à hélices et celles à réacteurs. L’aile tout entière, en prime, se fixe d’un seul bloc au dessus du fuselage, après un long raccord Karman. L’engin est avant tout très européen : OGMA au Portugal fabrique le fuselage, le cockpit est signé Aermacchi en Italie, Westland Aerostructures sur l’île de Wight, produit les nacelles de moteurs et les portes, et les premiers moteurs des PW 119B/C étaient fournis par  Pratt & Whitney Canada.  L’aile, l’empennage et le cône de queue étant produits par EADS à Munich et Augsburg.  Les seules pièces US à l’origine étant les hélices Hartzell à 6 pales et les écrans du tableau de bord, des Primus 2000 de chez Honeywell fabriqués à Glendale, en Arizona (avec le moteur auxiliaire Honeywell 36-150, vu ici dans un Cessna Model 750 Citation X) !!! (à droite les éléments de l’appareil : TI-Sandwich signifie nid d’abeilles en titane, CFRP Carbon Fiber Reinforced Polymer : polymère renforcé de fibres de carbone). Dornier ne produit plus de modèles 328, c’est donc Sierra Nevada, dont on connaît bien les liens forts avec l’armée et la CIA, qui se charge de les entretenir, désormais.  L’appareil en revanche, plutôt robuste, facile à entretenir, vendu 11 millions de dollars pièce au départ et environ 1/5 eme aujourd’hui, capable de capacités ADAC, connaît un marché de seconde main florissant(ici le VH-PPF, ex garde-côtes australien qui est à vendre). Un avion, donc, mais aussi des hommes, donc, et des façons de faire qui vont nous rappeler d’autres événements…

25 août 2017, l’incident révélateur de Barire qui révèle tout
Le contingent américain sur place à Mogadiscio, fait de militaires et de contractants, a été l’objet de vives critiques. Un événement particulier a focalisé ses tensions. Le 19 août 2018, l’armée somalienne (ici à gauche) venait  alors de reprendre la petite bourgade de Barire.  Six jours plus tard, des Shebabs sont signalés à proximité d’une ferme pas loin et la SNA (l’armée régulière) aidée par des soldats américains (ou de contractors, tant son sait que la différence est tenue désormais, cf la photo ici à gauche) décide d’organiser un raid pour les faire déguerpir à nouveau.  Cela va devenir un fiasco mémorable, car en fait de Shebabs, dix habitants du lieu vont se retrouver au sol, raides morts. Une bavure qui fait rappeler à certains que ce n’est pas la première du genre.  Dans un premier temps, l’armée américaine va nier toute implication. Mais des habitants ont ramassé des douilles après les tirs, et dans le lot, il y a certes tout un lot de munitions de Kalachnikovs, mais aussi deux sortes de balles de provenance américaines, ce à quoi va conclure une enquête multitpartite du Conseil de Securité de l’ONU montée après le scandale qui commençait à monter, rapport signé notamment de Richard Zabot, lieutenant-colonel avec 26 ans de services, nommé en qualité d’expert en armement. Les deux balles montrées sont respectivement d’origine de la célèbre Lake City Army Ammunition Plant, dans le  Missouri, et de Federal Cartridge Corp. (depuis Federal Premium Ammunition), dans le Minnesota (ici à gauche). Typiquement américaines : des soldats des Etats-Unis avaient bien participé à l’assaut.

Ce rapport est terrible car il n’évoque pas que l’incident, en appuyant sur la provenance des armes des Shebabs.  Selon le même procédé aperçu un peu partout durant cette enquête, une partie provient du coulage évident de celles fournies par les américains ou les saoudiens au gouvernement local, incapable de surveiller leurs dépôts !!!  Le même schéma, encore et encore !  Le rapport abonde d’exemples en effet. « Tout au long du mandat, le Groupe de contrôle a réuni des preuves permettant d’établir que du matériel militaire avait été détourné, notamment des armes provenant pour une large part d’une livraison reçue par le Gouvernement fédéral à la mi-2017, dont il a été déterminé qu’elles étaient en la possession de négociants d’armes à Mogadiscio et à Baidoa. Nombre de ces armes ont probablement été détournées de manière épisodique par des membres des forces de sécurité somaliennes dont les traitements n’avaient pas été versés.
Toutefois, le Groupe a obtenu des informations concordantes faisant état de la participation de responsables des forces de sécurité de haut rang au détournement d’armes à grande échelle ».  
Autre exemple encore ici, où l’on note l’absence totale de contrôle des arrivées d’armes, surtout (selon le même schéma irresponsable qu’un Petraeus en Irak ou en Afghanistan) :  « Le Groupe de contrôle a également reçu des informations précieuses de la Mission d’observation militaire de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) et de l’administration de l’État du Sud-Ouest concernant des armes et munitions saisies à Harakat el-Chabab el-Moujahidin (Chabab), ce qui lui a permis de suivre la trace de certaines d’entre elles et de mieux comprendre la façon dont le groupe se procurait du matériel militaire. Toutefois, il importe que les saisies effectuées par l’AMISOM, les États membres de la fédération et, en particulier, le Gouvernement fédéral somalien, soient notifiées de façon plus systématique.

a) Juillet 2017 : des armes et des munitions données par la Chine sont arrivées sans notification préalable de livraison. Une confirmation après livraison a été remise au Secrétariat le 2 février 2018 ;

b) Août 2017 : des armes et des munitions données par les États-Unis, qui avaient fait l’objet d’une notification préalable de livraison le 8 septembre 2015, sont arrivées. Une confirmation après livraison non conforme a été envoyée le 31 août 2018 ;

c) Décembre 2017 : des armes et des munitions données par la Turquie sont arrivées sans notification préalable de livraison. Une confirmation après livraison a été envoyée le 10 janvier 2018 ;

d) Janvier 2018 : des projectiles ont été donnés par l’Arabie saoudite sans notification préalable de livraison. Une confirmation après livraison a été envoyée le 17 janvier 2018 ;

e) Mai 2018 : don de munitions par l’Arabie saoudite. Une notification préalable de livraison, qui ne donnait aucune information sur la quantité ou le type de munitions ni sur leur lieu d’entreposage, a été présentée le 2 mai 2018. Au moment de l’établissement du présent rapport, aucune confirmation après livraison n’a été reçue ;

f) Juin 2018 : des armes et des munitions données par Djibouti sont arrivées sans notification préalable de livraison. Une confirmation après livraison a été envoyée le 18 juillet 2018 ;

g) Août 2018 : don d’armes des États-Unis. Une notification préalable de livraison a été envoyée le 9 janvier 2018. Aucune confirmation après livraison n’a pour l’instant été reçue »Avec l’aide de l’unité de police antiterroriste kényane, le Groupe de contrôle a consigné les fusils d’assaut de Type 56-2 saisis et établi qu’au moins deux (voire quatre) d’entre eux avaient été importés par le Gouvernement fédéral somalien en 2013 à la suite de la levée partielle de l’embargo sur les armes prévue dans la résolution 2093 (2013) du Conseil de sécurité (voir annexe 2.3). Il s’agit du premier cas connu où des armes importées par le Gouvernement fédéral somalien ont été utilisées pour commettre un attentat hors de la Somalie. »  On notera que les enquêteurs ont réussi à sur-graver les armes, ce que les fournisseurs américains ou saoudiens ont été incapables de faire. C’est pourtant le seul moyen d’assurer le suivi de ce qu’ils distribuent !!!

Un peu plus loin on tombe sur cette autre description : « parmi les armes se trouvaient une mitrailleuse, qui semblait correspondre à un W-85 fabriqué en Chine, et 11 fusils d’assaut de type 56-2, vraisemblablement fabriqués en Chine. Les 7 mars et 14 mai 2018, le groupe de surveillance a envoyé une correspondance demandant des informations sur les W-85 et les types 56-2, respectivement, indiquant notamment comment ils pourraient être tombés dans la sphère illicite. Le 13 août 2018, la Chine a répondu qu’aucune société chinoise n’avait violé l’embargo sur les armes imposé à la Somalie, mais qu’elle était incapable de fournir des informations supplémentaires sur l’exportation de ces armes (ici à droite le signe de reconnaissance d’un Kazakh chinoise, voir notre lien en bas de l’article).  Deux mitraillettes M-84 découvertes lors de la saisie au Puntland avaient été fabriquées par Zastava Arms en Serbie » On retombe sur un fournisseur bien connu.. de l’armée américaine et des Emirats !!!  « Le 12 avril 2018, les autorités serbes ont confirmé qu’en 2015, 1 000 mitrailleuses M-84 avaient été vendues à Yugo import SDPR pour être livrées ultérieurement.  Parmi les munitions saisies figuraient plusieurs cartouches de balles de 7,62 x 39 mm fabriquées en Bulgarie en 2013.  une correspondance reçue le 29 mars 2018, les autorités bulgares ont confirmé que le fabricant, Arsenal JSCo., avait vendu les munitions aux forces armées de la Émirats arabes unis et le ministère de la Défense de l’Arabie saoudite en 2015. »  Ci-contre à droite des Shebab dont un au premier plan portant une M84 sur l’épaule.  L’engin avec sa crosse échancrée fait davantage penser au modèle hongrois, décrit ici.  Ces armes remontées par VLTOR, revendues par MarColMar Firearms LLC et Wise-Lite Arms sont vendues 6075 dollars pièce. Avec ici aux Etats-Unis, un gamin de 6-7 ans pour s’en servir comme jouet…

C’est bien toujours le même schéma !!  Plus loin encore, on peut lire ceci : « en décembre 2017, le Groupe de surveillance a reçu des informations sur un consensus concernant les armes et munitions à Bosaso en mai, originaires du Yémen. Dans cet envoi, quelle mitrailleuse légère (PKM) et une quantité de munitions de 7,62 x 39 mm fabriquées en Roumanie (voir photographies à l’annexe 1.11). Selon les informations communiquées par le gouvernement roumain, un certificat d’utilisateur final daté du 30 novembre 2009 a été délivré à la mitrailleuse américaine pour l’armée américaine .46 De plus, des munitions de 7,62 x 39 mm portant le même numéro de lot. Ni les mitrailleuses à modèle PK, ni les munitions de 7,62 x 39 mm ne sont une fourniture standard pour l’armée des États-Unis ».  Ci-dessous, les véhicules des Shebabs, ostensiblement montrés dans une vidéo de propagande : tous des 4×4 !  Qui leur fournit ces engins ?

 

Un manque total de supervision des distributions d’armes ou de munitions

Bref, on a envoyé des armes à tout va, mais sans aucunement se soucier de leur comptabilité :  encore une fois, on a disséminé à tout va. Je vais finir par croire qu’on ne sait pas utiliser Excel dans l’armée américaine !!!  En ce sens, à l’évidence, les sociétés formatrices, telle Bancroft, ont une lourde part de responsabilité.  Elles pouvaient difficilement ignorer la corruption étatique sur place, ou la disparition régulières d’armes dans les entrepôts !!! « les résultats de l’examen mené par le Groupe de contrôle révèlent un écart considérable entre le nombre d’armes officiellement reçues par le Gouvernement depuis la levée partielle de l’embargo et celui distribué à l’Armée nationale. Cet écart se creuse encore davantage si l’on tient compte du nombre d’armes dont disposaient déjà les forces de sécurité somaliennes avant la levée partielle de l’embargo. De septembre 2017 à août 2018, ces responsables ont repéré, aux mains de marchands, 48 armes, des munitions de calibre 7,62 x 39 mm et un projectile de roquette RPG-7 dont le marquage était semblable à celui du matériel importé par le Gouvernement fédéral. Un lien a pu être établi entre 37 de ces 48 armes et la livraison de fusils d’assaut de type AK intervenue à la mi-2017, 13 d’entre elles ayant été reconnues comme faisant partie d’armes distribuées aux soldats du secteur 60, à Baidoa. En juillet 2018, le Groupe de contrôle a reçu, par l’intermédiaire de ses responsables locaux de la collecte des données, les témoignages de 10 marchands d’armes basés à Mogadiscio. Tous ont déclaré qu’il était courant dans le milieu de recruter des individus chargés de stocker les armes dans des lieux de détention clandestins dans la ville et dans sa périphérie. Ils ont par ailleurs reconnu avoir acheté des armes à des membres subalternes des forces de sécurité somaliennes, mais aussi à des officiers supérieurs et à des responsables du Gouvernement fédéral. Si le Groupe de contrôle n’a pas pu vérifier ces déclarations de manière indépendante, elles concordent néanmoins avec des informations obtenues auprès d’autres sources. Il a par exemple appris que bon nombre de membres des forces de sécurité somaliennes qui n’avaient pas reçu leur solde vendaient leurs armes pour subvenir à leurs besoins. D’autres sources, notamment de hauts responsables dans les forces de sécurité, ont expressément évoqué l’implication de l’ancien chef adjoint des Forces de défense, Abdullahi Ali Anod, dans des activités à grande échelle de détournement des armes importées par le Gouvernement fédéral ».  Et cela va jusqu’aux uniformes, les adversaires se battant alors avec le même : « depuis octobre 2017, des agents des Chabab portent des uniformes leur ayant probablement été donnés par les forces de sécurité somaliennes ont participé à cinq attaques au moins, survenues les 28 octobre 2017, 14 décembre 2017, 23 février 2018, 7 juillet 2018 et 14 juillet 2018 (cf ici à droite). L’uniforme que portait l’un des assaillants tué le 23 février à Villa Somalia ressemblait aux nouvelles tenues que le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) avait distribuées à la Police somalienne lors d’une cérémonie organisée à Mogadiscio le 22 novembre 2017 » (cf ici à droite). « Le 22 août 2018, à l’occasion d’une fête de l’Aïd organisée à Jilib et Saacow (région du Moyen-Djouba), des combattants des Chabab ont été photographiés en tenue de l’Armée nationale somalienne. D’après les médias, ces uniformes avaient été distribués par le Gouvernement fédéral somalien au Bataillon du 14 octobre (voir ci-après la section intitulée « Forces de sécurité de Mogadiscio)».

Des armes saoudiennes ou américaines

Mais il y a d’autres choses encore dans de rapport, ça on retombe sur ce dont on parle ici depuis plusieurs épisodes : « le Groupe de contrôle a toutefois reçu des photographies de la part de l’administration de l’État du Sud-Ouest, dont les forces de sécurité avaient confisqué des munitions aux Chabab le 18 janvier 2018, dans le village de Dambal Calaan, situé près de Baidoa. Sur ces photographies, le Groupe de contrôle a repéré plusieurs projectiles dont le marquage était identique à celui des munitions du Gouvernement fédéral qu’il avait constaté dans l’armurerie centrale de Halane.  Parmi le matériel confisqué aux Chabab par les Forces de défense populaires de l’Ouganda à Bulo Mareer figurait une grenade à main fabriquée en Belgique en 2001. Le 3 juillet 2018, le Groupe de contrôle a reçu confirmation par le fabricant ayant effectué le marquage, Mecar, que la grenade faisait partie d’un lot de 432 armes vendues le 14 octobre 2001 au Ministère saoudien de la défense et de l’aviation. Il lui a également été confirmé que deux projectiles pour RPG-7 fabriqués en Bulgarie avaient été vendus au Ministère yéménite de la défense en 2005. Le Groupe de contrôle a établi que Mareer était la localité située le plus au sud de la Somalie où une saisie d’armes provenant du Yémen avait été effectuée ». D’autres armes encore ont été observées disséminées, dont un bazooka Gustav, fort reconnaissable : « Les Chabab s’étaient probablement emparés d’autres types de matériel recensés lors de la saisie à la suite des précédentes attaques perpétrées contre les forces de l’AMISOM . Par exemple, le Groupe de contrôle a reçu confirmation qu’un projectile perforant Förenade Fabriksverken (FFV) 651 de calibre 84 mm pour canon sans recul Carl Gustav, fabriqué en Inde, avait été exporté au Kenya en juin 2008. Toutefois, les demandes de traçage adressées aux États Membres qui avaient fabriqué d’autres types de matériel saisis n’ont pas permis d’obtenir des informations probantes ». Et idem pour les Ougandais, formés on l’a vu par Bancroft, qui ne semble pas avoir beaucoup insisté sur le fait de surveiller leurs propres armes : « parmi les armes confisquées par les Forces de défense populaires de l’Ouganda, on dénombrait trois fusils d’assaut de type AK et un projectile pour RPG-7, dont le marquage concordait avec celui du matériel livré au Gouvernement fédéral somalien en 2017. Le 18 mai 2018, le Groupe de contrôle a adressé une lettre au Gouvernement pour lui demander de l’aider à localiser le matériel. Au moment de l’établissement du présent rapport, le Groupe de contrôle n’avait reçu aucune réponse. Voir annexe 1.8 pour de plus amples informations sur la saisie effectuée par les Forces de défense populaires de l’Ouganda ».

Les arrivées extérieures par boutres

Bien entendu, il y a aussi, en dehors du coulage (organisé ou pas) des arrivées extérieures, découvertes lors de raids de la Marine comme ceux effectués par le Darwin : « le Puntland reste le principal point d’entrée des armes illicites qui entrent en Somalie, majoritairement en provenance du Yémen. Durant le mandat en cours, le Groupe de contrôle a continué d’enquêter sur plusieurs importateurs d’armes connus basés à Boosaaso, qu’il avait évoqués en détail dans ses précédents rapports, comme Mahad Isse Aden, dit Laboballe, Abdi Mohamed Omar, dit Dhofaye, et Abshir Mohamed Barre. D’après les documents comptables obtenus par le Groupe de contrôle, Laboballe, Dhofaye et Barre ont transféré de septembre 2017 à mars 2018 plus de 160 000 dollars à des négociants d’armes installés au Yémen. En janvier 2018, 130 000 dollars du montant précité ont été envoyés à une personne, à l’identité jusque-là inconnue, qui effectuait des virements pour le compte d’un intermédiaire d’Al-Qaida, Sayf Abdulrab Salem Al-Hayashi, également connu sous le nom de Sayf Al-Baydani, dont le nom figurait sur les listes établies par les États-Unis. De plus, les documents comptables obtenus par le Groupe de contrôle au cours de son précédent mandat montrent que d’octobre 2016 à octobre 2017, Dhofaye a directement transféré à Hayashi près de 280 000 dollars. Le 25 octobre 2017, le Département du trésor des États-Unis a inscrit Hayashi sur la liste des organisations terroristes mondiales spécialement désignées comme telles en raison des relations qu’il entretenait avec Al-Qaida dans la péninsule arabique (AQPA). Par la suite, Dhofaye a commencé à recourir à l’agent financier susmentionné pour transférer les fonds de la vente d’armes. Les résultats préliminaires montrent que Hayashi est l’associé d’un important négociant d’armes et Ministre d’État dans l’administration houthiste au Yémen, Fares Mohammed Mana’a. Ce dernier a été ajouté le 12 avril 2010 sur la liste relative aux sanctions imposées par la résolution 1844 (SOi.008) pour avoir contrevenu au paragraphe 8 de la résolution 1844 (2008) du Conseil, dont certains critères concernent les atteintes à l’embargo sur les armes ». Des armes mais aussi des explosifs, à base de nitrate de potassium, selon un procédé classique :  « selon les spécialistes en neutralisation des munitions consultés par le Groupe de contrôle, il semble que la forme, le modèle et les composantes de l’engin explosif portent la marque distincte d’au moins trois autres engins utilisés dans des tentatives d’attentats à la voiture piégée commis en Somalie (voir annexe 2.3.3, strictement confidentielle). Le complot a été orchestré depuis la Somalie par un agent d’Amniyat connu seulement sous le nom de « Dere ». Ce dernier a coordonné des virements destinés à Abdimajit Adan par l’intermédiaire du réseau parabancaire hawala pour un montant total d’environ 30 000 dollars, principalement en provenance de Kismayo. Les relevés téléphoniques obtenus par le Groupe de contrôle ont également révélé que Mohammed Nanne avait effectué plusieurs appels en Somalie en utilisant des cartes SIM vendues par l’opérateur Hormuud Telecom.  Le complot déjoué illustre bien la connexion entre la corruption et l’insécurité. Les déclarations faites à la police par les agents des Chabab arrêtés révèlent qu’ils parvenaient sans trop de mal à franchir dans les deux sens la frontière poreuse entre le Kenya et la Somalie, notamment en versant des pots-de-vin à divers agents des forces de sécurité se trouvant de part et d’autre ».

Retour sur terre à Balegdole… et à la CIA

L’endroit choisi par Bancroft (et donc abandonné par lui), le Wanlawayn Air Strip, a fait reparler de lui récemment, avec l’image de deux hangars entoilés sur trois (ici à gauche) en fort mauvais état, visités par des officiels américains (ici à droite). Depuis, la base servait pourtant de lieu d’accueil aux drones de L’AMISOM, des engins de type Aerostar fabriqués par la société israélienne Aeronautics Defence Systems, des héritiers directs des deux premiers modèles jamais créé par Abraham E.Karem; le Scout et le Tadiran Mastiff.  Des engins de surveillance (non armés) souhaités par l’ambassadeur Francisco Madeira, le « Special Representative of the African Union Commission Chairperson for Somali ».  Une visite suivie d’effets, avec l’attribution à un groupe privé, l’URS Group Inc, de la remise en état de tout le site, pour 12 millions de dollars : « URS Group Inc., Morrisville, Caroline du Nord, reçoit 12 278 673 $ pour la commande de travail N6247018F9004 à prix fixe, dans le cadre d’un contrat de construction d’urgence global à attribution multiple (N62470-13-D-6022) pour la réparation de pistes d’urgence à Camp Baledogle, en Somalie . Le travail à effectuer prévoit la réparation de la piste, qui consiste en un colmatage en profondeur et un recouvrement afin de permettre les opérations nécessaires sur l’aérodrome. Les travaux seront exécutés à Baledogle, en Somalie, et devraient être terminés d’ici à septembre 2019. Un montant de 12 278 673 $ en contrats contractuels de fonctionnement et de maintenance (Marine) pour l’exercice 2018 est engagé et expirera à la fin de l’exercice en cours. Une proposition a été reçue pour cette commande. La passation de marchés est le Commandement technique des installations navales, Atlantique, Norfolk (Virginie) » . URS fait partie de Aecom depuis juillet 2014:  l’entreprise avait été rachetée… 4 milliards de dollars ! En 2015, on avait eu droit à un mouvement inédit (et rarissime) aux USA : des  employés d’Aecom qui manifestaient… devant les locaux de la CIA à Langley«  pour réclamer d’être augmentés, car, selon eux, l’argent gagné par la firme ne partait que dans la poche des investisseurs et ils n’en voyaient pas la couleur… il n’avaient eu en effet qu’une seule augmentation en cinq ans !!!  A noter que c’est aussi Aecom qui se charge des fameux vols de « Janet », ces Boeing 737 qui amènent les travailleurs sur la non moins fameuse Zone 51.  Les réservoirs d’essence visés par le tireur fou de LasVegas sont ceux de McCarran International Airport qui servent aux vols de Janet. Nous revoici donc par la force des choses à la CIA !  Mieux encore :  le 25 avril 2018, URS obtenait un juteux contrat de 19 millions de dollars pour étendre le complexe de Guantanamo, après avoir construit en 1973 via sa filiale de l’époque Aecom Tishman… le World Trade Center et également avoir participé aux opérations de déblaiement après l’effondrement des deux tours !!!  Qui a dit que tout était argent, aux USA ?

(1) «  La Somalie s’est avérée être le plus gros mal de tête d’Aspin. Une guerre civile impliquant divers clans avait submergé le pays depuis 1991. Direct U.S. L’aide, commencée en août 1992, a fourni de la nourriture par le biais d’un pont aérien militaire et par d’autres moyens à la population somalienne. En décembre 1992, peu de temps avant que Aspin devienne secrétaire à la Défense, les États-Unis rejoignirent un nouveau groupe de travail unifié (UNITAF) chargé d’assurer la sécurité ainsi que des secours alimentaires. Les États-Unis ont envoyé 26 000 soldats en Somalie pour en rejoindre 13 000 autres, originaires de plus de 20 pays. L’UNITAF, opérationnelle jusqu’en mai 1993, a rétabli l’ordre en Somalie et distribué de la nourriture à grande échelle. En mai 1993, l’opération Somalie-2 (ONUSOM-2) a été lancée dans le but de créer les conditions permettant aux Somaliens de reconstruire le pays. Les États-Unis ont réduit leurs troupes en Somalie à environ 4 000 hommes, puis en ont ajouté 400, en août 1993. À l’époque, confrontés aux critiques selon lesquelles les États-Unis s’impliquaient davantage dans les violences entre factions en Somalie sans justification, Aspin a expliqué que les troupes US resteront jusqu’à ce que l’ordre soit rétabli à Mogadiscio, la capitale somalienne, des progrès ont été accomplis dans le désarmement des clans rivaux et des forces de police efficaces opèrent dans les principales villes du pays. Dans le même temps, les États-Unis ont intensifié leurs efforts militaires contre un chef de guerre somalien, Mohamed Farrah Aidid ».

(2) L’appareil semble très prisé.  Décrit ainsi en octobre 2013 dans ainonline.com « La semaine dernière, le groupe 328 basé au Royaume-Uni et en Allemagne a annoncé qu’il avait livré 17 transports Dornier 328 bi-turbopropulseurs à Sierra Nevada en vue de leur fourniture aux États-Unis, au Commandement des opérations spéciales (USSOCOM). La Force aérienne des États-Unis exploite ces appareils sous le nom de C-146A Wolfhound. La cérémonie de passation du dernier avion a eu lieu le 9 juillet, mais l’annonce a été retardée, probablement en raison de la nature sensible de ces avions. Après la passation des pouvoirs dans les installations du groupe 328 à Oberpfaffenhofen en Allemagne, l’avion a décollé pour les installations de Sierra Nevada à Centennial, dans le Colorado. Les 17 avions étaient des avions de ligne d’occasion, deux directement auprès de Sierra Nevada et les autres par le groupe 328. La Sierra Nevada a attribué à 328 Group un contrat de quatre ans d’une valeur de plus de 200 millions de dollars pour effectuer des travaux de révision et de mise à niveau de l’avion, ainsi que pour réaliser des économies (à gauche, le N975EF modèle 3031, encore ici sous sa livré allemande. alias « Magma 14, surpris au départ du Liban, fort récemment, le 12 novembre 2018).  Le groupe 328 détient le certificat de type du Dornier 328 dans ses versions à réaction et à turbopropulseur, et fournit un support de flotte mondial. En vertu du contrat, le Groupe 328 a mis les 17 avions aux normes, un processus nécessitant quelque 220 000 heures de travail. Chaque avion a subi un processus de révision de six mois qui comprenait des vérifications des moteurs et des hélices. Les postes de pilotage ont été normalisés sur la flotte de 17 aéronefs, y compris certaines mises à niveau de l’avionique. Les modifications spécifiques à la mission comprenaient l’ajout d’un kit de piste en gravier et des communications à haute fréquence. Sept aéronefs ont été équipés de spoilers, tandis que cinq d’entre eux ont reçu des groupes auxiliaires de puissance. Le commandement des opérations spéciales de la Force aérienne (AFSOC) a été livré en trois lots, le premier en 2009. Aujourd’hui, le 524e Escadron des Opérations Spéciales, qui fait partie de la 27e Opération de l’escadre spéciale de la base aérienne de Cannon, au Nouveau-Mexique, exploite des C-146. Selon le site Web de la base aérienne de la base aérienne Cannon, l’unité utilise ces aéronefs « pour accomplir des missions globales d’opérations spéciales en tant que membre de la Force aérienne de l’USSOCOM. Les équipages planifient, préparent et exécutent des missions non standard de l’aviation (NSAv) à l’appui des forces d’opérations spéciales interarmées tout en soutenant les commandants d’opérations spéciales de théâtre en effectuant des opérations d’infiltration, d’exfiltration, de réapprovisionnement et d’autres tâches de combat de nuit sur des pistes non améliorées ». Un peu timide, l’appareil porte un schéma bleu-blanc quasi-civil et ne porte qu’un numéro de série à cinq chiffres sur la queue. Ils ont été repérés dans de nombreuses régions du globe, mais principalement en Amérique latine, en Extrême-Orient et en Afrique ».  En Libye, le 146 N307EF portait l’indicatif radio « Magma 30 ». Suivi ici à droite par un spotter, le 14 décembre 2015. Ci-dessous le N339PH (ici en 2006) aperçu à Kaboul en janvier 2018 : il appartiendrait désormais à l’armée afghane, section « missions spéciales ». En gardant son immatriculation américaine (et un indicatif spécial aussi « gold Digger 01″)  !!! Difficile de savoir quel trafic il y a autour de ces engins particuliers :  le même appareil, ici, en 2010 avait été décrit comme en cours de démantèlement (scrap), déjà dépourvu de ses moteurs  !!!

A noter que le SOCOM utilise aussi depuis 2014 un Dornier 328–100  à turbo-propulseurs surnommé le “Cougar”, qui sert de plate-forme de test à plein de matériels divers.  C’est un avion appartenant au 645th Aerospace Systems Group , l’un des groupes aériens les plus secrets (il est surnommé « Big Safari »), rattaché au 492nd Special Operations Wing. Son fuselage, vide d’une rangée de sièges, emporte un tas d’instruments de mesures. Il provient aussi de Sierra Nevada, chez qui il était le N645HM, quel hasard !  On distingue sur le côté un de ses pontons, porteur ici d’une camera FLIR. Les équipements changent souvent, comme on peut le voit ici avec une antenne satellite (au-dessus) et deux autres (triangulaires, sur les flancs) à usage indéterminé.  Celle du dessus semble être similaire à celle aperçue sur la version militaire. Mais comme nous allons le voir un peu plus loin ces avions ont fait des petits, un peu partout en Afrique… hélas !  On a vu qu’ils s’intéressaient aux côtes syriennes, mais on a en croisé au Sahel, un peu partout, mais aussi récemment en Libye où ils n’ont eu cesse de voler au-dessus de Tripoli… avant que l’on ne vienne interrompre leur vols avec l’arrivée d’un nouvelle menace…. appelée Khalifa Haftar, dont les avions (certains français) sont pilotés par de bien étranges mercenaires, et qui a tout le soutien des Emirats : « Malgré le Conseil de sécurité de l’ONU, malgré des pressions – feintes ou réelles – venant de plusieurs endroits du globe, Haftar mène croisade. Contre les « islamistes » et leurs milices disséminées de Misrata à Zenten. Contre les Frères musulmans, contre l’État islamique, contre Al-Qaïda, contre tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à des barbus. À l’écouter, la « conquête de Tripoli » n’est pas pour asseoir son pouvoir mais un nettoyage par le sang. C’est oublié qu’Haftar est soutenu par les salafistes madkhalistes, une branche venue d’Arabie saoudite. Ils sont pour la charia et l’ordre (policier et militaire). Ce courant, implanté en Libye, soutient le « djihad » mené par Haftar. Une cocasserie de l’histoire immédiate. Celui qui entend bouter hors de l’Ouest libyen tous les « barbus » – une réalité – est lui-même applaudi par des salafistes prônant la charia. Et soutenu par l’Arabie saoudite et son compère émirati »…

 

Sources

Le rapport de l’ONU sur la Somalie en date du 9 novembre dernier, à la base de l’article :

https://www.securitycouncilreport.org/atf/cf/%7B65BFCF9B-6D27-4E9C-8CD3-CF6E4FF96FF9%7D/s_2018_1002.pdf

https://www.thebureauinvestigates.com/drone-war/data/somalia-reported-us-covert-actions-2001-2017

  • sur le marquage et la traçabilité des armes

http://www.smallarmssurvey.org/regulations-and-controls/control-measures/marking-record-keeping-tracing.html

 

l’ouvrage de référence sur le marquage des armes

http://www.poa-iss.org/KIT/BICC%20Marking%20and%20Tracing%20SALW%20Trainee.pdf

 

pour s’y retrouver dans les Kalachnikovs :

Field Guide to Reading Kalashnikov Markings

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