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MH370 (37) : les armes et la politique

Et, comme ça, par hasard, en cherchant toujours parmi le lot d’armes qui circule aux USA, dont pas mal de Kalachnikovs, je suis tombé sur ce cas pendable mais fort représentatif d’homme politique US.  Sa caractéristique n’est pas seulement d’être un élu républicain venu de l’Oklahoma, situé au centre des USA, et c’est pour cela qu’il m’a plutôt interloqué.  Mais avant de parler de lui, je vais revenir sur le cas des Kalachnikovs qui traînent partout aux Etats-Unis et qui se déversent côté Mexicain chez les cartels, comme on le sait.  Des armes, qui en définitive, minent la démocratie américaine, à l’évidence.  Il n’y a plus de semaine sans tuerie dans ce pays.

Nota :  à ceux qui pourraient penser récupérateur l’association de la catastrophe du vol MH-370 dans le titre de cette longue série, je rappelle qu’à l’origine il y a la forte suspicion émise par l’un des parents de victimes françaises sur la possibilité que le Boeing 777 incriminé ait pu avoir eu affaire à un trafic de ce genre, ou à une bavure militaire liée à ce trafic.  La série a débuté ici

Car des clones de Kalachnikov, plusieurs sociétés en fabriquent ou en importent, comme j’ai pu m’en apercevoir en préparant ce dossier :  il y a Century, bien sûr, déjà longuement abordée ici, avec sa C39 (à balle courtes comme son nom l’indique), Palmetto State Armory avec son PSAK-47, une société créée par Jamin McCallum, un vétéran de l’United States Army National Guard, plutôt spécialiste de l’AR-15, mais aussi DDI autrement dit Atlantic et ses modèles 47 ou 74, ou encore I.O. (le nom simplifié d’InterOrdnance) d’Ulrich « Uli » Wiegand, et son AKM 247-C, sur lequel nous allons nous arrêter quelques instants.  Celle-ci, d’après lui, est fabriquée au USA mais « selon des plans polonais« , fournis par Michael Michalczuk, le directeur de Pioneer Arms entreprise située à Radom, en Pologne.  Elle fournit aussi le Mini Beryl une Kalachnikov ultra compacte en 5.56x45mm de l’Otan (devenue M214 Nano chez O.I.).  Chez InterOrdnance, on insiste sur un fait : « presque tous les employés de l’équipe de fabrication de l’Inter Ordnance sont des vétérans ou des membres de la Garde nationale des États-Unis… » Ah tiens…

Les deux frères arrêtés en 2004

« Uli » Wiegand (ici à droite), aujourd’hui cité dans le scandale des sociétés ayant fourni des armes en Syrie (voir notre épisode N°12 ici), via Purple Shovel, société regroupant des vétérans handicapés (SDVOSB, ah tiens aussi…), a un long passé déjà derrière lui de vendeur d’armes de l’ancien bloc soviétique (il a aussi de bons supporters tels que.. Sputnik, le média pro-Poutine, qui ici fait la pub pour son projet en Floride de façon assez sidérante). Il a en effet créé Wiegand Ordnance GmbH avec son frère Oliver au milieu des années 80 et démarré en effet par l’importation de M59/66 SKS Yougoslaves. C’est pourquoi il est fort étonnant de l’avoir retrouvé à nouveau impliqué dans un commerce aussi sensible, à croire que le Pentagone ou le DOD n’ont en effet aucune mémoire !  Car en février 2004, voici ce qui leur été arrivé aux deux frangins : « le procureur des États-Unis Robert J. Conrad, Jr., agent spécial chargé des FAT, division de Charlotte Field, Lester D. Martz, et agent spécial chargé du bureau de Charlotte de la division des enquêtes criminelles de l’IRS, Michael J Thomas, a annoncé qu’Ulrich H. Wiegand, 34 ans, et M. Oliver Wiegand, 37 ans, d’Interordnance of America, LP, et sociétés apparentées, ont été mis en accusation par un grand jury fédéral siégeant à Charlotte sous 83 chefs d’accusation allégation de complot, importation illégale d’armes légères, possession et transfert illicites d’armes à feu, structuration et blanchiment d’argent. Les accusations concernent Interordnance of America, LP, entreprise spécialisée dans les armes à feu sous licence fédérale des frères Wiegand, située à Monroe, en Caroline du Nord, ainsi que des sociétés étrangères situées à Witten, en Allemagne, et Ferlach, en Autriche, qui étaient autrefois la propriété de et contrôlées par les frères Wiegand (le père des deux étant un officier dans la Luttwaffe) « , peut-on lire, ce qui leur avait valu une arrestation en bonne et due forme, avec port de menottes et du vêtement orange des prisonniers (ici à droite).  Les armes revendues n’avaient pas été  pleinement démilitarisées, et c’est ça qui leur avait été reproché :  « selon l’acte d’accusation, Ulrich et Oliver Wiegand sont des ressortissants allemands qui ont créé Interordnance of America en juin 1995 en tant qu’entreprise d’importation d’armes à feu et l’ont utilisée pour importer illégalement des armes automatiques aux États-Unis en tant que pièces détachées.  Selon l’acte d’accusation, Ulrich et Oliver Wiegand possédaient et contrôlaient également deux sociétés étrangères, Wiegand Ordnance GmbH, située à Witten, en Allemagne, et Interordnance Waffenhandel GmbH, située à Ferlach, en Autriche, utilisées par Ulrich et Oliver Wiegand pour importer illégalement des produits fabriqués en Russie.  Composants de mitrailleuses PPSH 41 (cf ici  à gauche) aux États-Unis,  pour une vente ultérieure par Interordnance of America. En outre, l’acte d’accusation allègue quUlrich et Oliver Wiegand ont également importé illégalement des mitrailleuses FN FAL IMBEL et STEYR MP69 (ici à droite). L’acte d’accusation allègue qu’Ulrich et Oliver Wiegand ont importé les composants de mitrailleuses en sachant que celles-ci n’avaient pas été détruites conformément aux spécifications de l’ATF. En outre, l’acte d’accusation allègue qu’Ulrich et Oliver Wiegand ont vendu ces mitrailleuses à leurs clients partout aux États-Unis, sachant que les composants pourraient être assemblés en tant que mitrailleuses fonctionnelles. Selon l’acte d’accusation, Ulrich et Oliver Wiegand, par l’intermédiaire d’Interordnance of America, ont vendu à plus de 2 000 PPSH 41, plus de 1 000 FN Fal Imbel (ici à gauche) et plus de 500 mitrailleuses SteyrMP69 à des clients situés aux États-Unis, sans vérification des antécédents ni enregistrement des informations d’enregistrement de propriété. avec le Registre national d’enregistrement et de transfert des armes à feu ».  Mais il y avait eu aussi autre chose :  du blanchiment caractérisé, de leur part  : « L’acte d’accusation allègue également qu’Ulrich et Oliver Wiegand et Interordnance of America ont déposé des dépôts en espèces structurés par tranches de moins de 10 000 dollars afin d’éviter le dépôt de rapports de transaction de change requis par les institutions financières (dans deux banques SouthTrust Banket  American Community Bank). En outre, l’acte d’accusation allègue qu’Ulrich et Oliver Wiegand et Interordnance of America ont utilisé des fonds provenant de la vente de mitrailleuses importées illégalement dans le cadre d’opérations financières pour payer des frais d’importation, des impôts et des comptes, en violation des lois sur le blanchiment d’argent ». Le juge avait prononcé à leur encontre 84 charges pour avoir importé illégalement ces armes (à droite Ulrich tient un Beretta BM59, un M1 américain en 7.62x51mm fait sous licence). Pire encore, selon un journal autrichien « InterOrdnance avait déjà fait les gros titres en Autriche. En 1999, la compagnie a pris en charge 2 000 mitrailleuses lourdes détournées par le ministère de la Défense. Les MG étaient originaires des stocks de la Wehrmacht allemande et étaient toujours pourvues de croix gammées. » En décembre 2013, on la trouvait toujours au catalogue, mais sans les croix gammées, annoncée ici dans Small Arms à 3,595 dollars en non automatique et à 13 000 en « automatique complète »… disponible à l’adresse de Monroe de I.O. !!! (à gauche un lot de MG 42 retrouvé dans leur  caisse d’origine, en 2016, et portant encore les svastikas.

Une deuxième société d’import, moins médiatisée

Des armes importés sur des palettes venues de… Malaisie (selon une lettre adressé au président Bush par Ulrich en personne) !  Mais le jugement final sera plus clément, InterOrdnance écopant d’une amende de 10 000 dollars, tout en étant autorisé à conserver son permis fédéral d’armes à feu.  Selon Ulrich (qui détient aussi Royal Tiger Imports, Inc.), on lui avait cherché des noises car l’arrivée des premiers containers d’importation avait eu lieu en octobre 2001, juste après le 11 septembre… en 2005, il pouvait donc recommencer à vendre, sous le nouveau label InterOrdnance of America L.P., Monroe, North Carolina (ici à gauche une de ces Kalachnikovs en vente en Autriche et fabriquée par Roarm, en Roumanie, dans l’usine bien connue de Cugir, comme le montrent les inscriptions.  Elle est proposée à 699 euros). En choisissant l’import de la STG 2000-C, chambrée en 7.62 x 39mm, et combinant les qualités de l’AR-15 or M16 et de la Kalachnikov, en mélangeant pièces étrangères et montage américain. Déménagé depuis en Floride, il est complètement de nouveau intégré au marché.  On peut voir ici sur cette vidéo en effet Ulrich se montrant en évidence en train d’offrir 5 fusils KM15 AR-15 aux policiers du Palm Bay SWAT Team le 30 juin, 2016.  La police de Floride a la mémoire courte, elle aussi, il semble bien…  Ici, il est « interviewé par un autre irresponsable de la NRA, appelé Jeff Quinn, de GunBlast, « shootist, baptiste et conservateur » éleveur de Longhorns, très actif sur le net pour faire partout la publicité pour les armes (de tous types).  Le thème du jour étant celui de l’AR-15 version O.I., à savoir allégé, le modèle a1 d’origine).  En octobre dernier, il a lancé une nouvelle ligne d’AR-15, fort coloré… en se vantant de travailler pour la NASA (?) et le DOD.  Sur le net, en réalité, sa réputation et celle de ses armes est exécrable.  Les vieux fusils qu’ils importent ne marchent pas tous.  Ses AR-15 sont jugés « entry level » (bas de gamme).  A gauche, le déballage sur internet du « kit » d’une AK-74 Bulgare, importée par… Royal Tiger Imports, Inc. Elle n’est pas la seule société à le faire.  Loin de là.  Sur les forums US, une telle arme est vendue quand elle est d’occasion à peine 279 dollars.  Chez Sarge, c’est 749 dollars pour une « authentic condition » (c’est-à-dire pas plus neuve que l’autre !).  Chez Sportsman’s Guide, un site pour chasseurs, elle est « sold out » !!!  Ici, pour ajouter au cas embarrassant d’Ulrich, je vous ai trouvé un gamin totalement inconscient qui se fait appeler MaksimRPM et explique à l’écran comment transformer sa Kalachnikov en fusil automatique !!!  Pour beaucoup de connaisseurs, sa démonstration ne tient pas debout (heureusement) car elle est surtout dangereuse ! Un participant note en effet que  « si cela fonctionnait, la vidéo aurait été retirée et le gouvernement fédéral vous aurait rendu visite à ces deux amateurs, car enseigner à quelqu’un comment fabriquer une arme automatique vous amènera à l’hôtel Crossbar (les barreaux d’une prison) pendant environ 10 ans ».  A signaler qu’en 2004, c’est en important des armes en pièces détachées non démilitarisées qu’il avait été arrêté… mais rien n’explique pourquoi le Pentagone a fait appel à lui via Purple Shovel pour fournir les rebelles syriens.  Remarquez, avant lui, c’était un gamin de 19 ans à qui il avait fait appel…

Le cas à part de RWC Group, les russes à Miami !

Il existe aussi et c’est tout aussi étonnant, une entreprise appelée Kalachnikov aux USA, qui s’appelle RWC Group LLC (l’originale en Russie portant le  nom de Kalashnikov Concern). Elle aussi, curieux hasard, est aussi installée en Floride, à Pompano Beach, où elle a annoncé vouloir vendre ses Kalachnikovs « genuine » 999 dollars (puis 750 seulement). Au départ, Kalashnikov Concern visait le marché US avec l’idée de d’ouvrir un centre de production aux États-Unis pour répondre à la demande du plus grand marché d’armes civiles au monde (on comprend mieux depuis les efforts des brokers américains pour reprendre la main sur ce marché !). Mais les sanctions imposées en 2014 par les États-Unis ont mis fin à ses projets. En 2014, voici donc l’entreprise à devenir en partie privée, avec 49% laissée à Alexey Krivoruchko, et à Andrei Bokarev, qui détient aussi en partie Transmashholding (une entreprise ferroviaire), un changement effectué à la fin de 2013, un lot d’actions étant aussi proposé à des investisseurs.  A cette date, l’entreprise produisait 31 000 fusils dans l’année.  Une restructuration venue d’en haut :  au même moment, Rostec – la holding publique de contrôle – venait de fusionner avec une usine voisine, Ijmekh, au moment même où l’inventeur de la Kalachnikov décédait.  L’entreprise avait été dirigée au départ par Michael Tiraturian, parfois surnommé Tiraturyan, un vieil ami d’Alexsey Krivoruchko, qui a lui-même construit sa carrière sous le regard bienveillant de Sergey Chemezov, ami et proche de Vladimir Poutine (à gauche sur un stand Kalachnikov, à droite avec Alexsey Krivoruchko, à Moscou), celui qui est aussi à la tête de Rostec State Corp.  Krivoruchko ayant lui-même été intronisé par Dmitry Rogozin, le responsable de la défense désormais à la tête de Roscosmos.

Pour lui, tout roulait donc, à Miami : à peine arrivé, Krivoruchko (ici à droite) a acheté sur le Fisher Island une villa à 1.3 million de dollars, un yacht de 50 pieds, appelé l’Atlantis, et une Mercedes-Benz SLS AMG  à 200 000 dollars. Tiratutian dirigeait aussi Solomon Asset Management LLC, qui détenait en fait 65 % de RWC Group. A la tête de RWC, on trouvait aussi Eldad Oz, dont le frère Moshe est un ancien commando israélien devenu vendeur d’armes, voilà qui nous ramène à une filière bien connue, déjà expliquée ici. Moshe est un spécialiste en armements, qui détient une demi-douzaine de brevets sur divers accessoires d’armes à feu. L’un d’entre eux a été déposé au nom de Hartman Optics Ltd en Israël.  Ses inventeurs sont répertoriés comme Moshe Oz et Michael « Mickey » Hartman. Hartman étant lui-même un colonel à la retraite des forces israéliennes !  Le second dirigeant de RWC s’appelait alors Peter Viskovatykh, et il est lui aussi associé à deux oligarques russes, Andrei Bokarev et Iskander Makhmudov, deux proches encore de Poutine !  Bref, que des gens un peu trop… voyants !

Ces noms semblent avoir eu mauvaise presse ou effrayé. L’élection de Trump et ses liens avec Poutine n’ont rien arrangé. D’où, depuis, des changements de fond dans la direction de l’entreprise, et la nette coupure montrée entre l’entreprise mère et sa filiale, désormais ‘indépendante » . « Le nombre d’armes que Kalachnikov USA fabrique dans son usine de Floride est un mystère.  La société ne le dira pas.  En mai dernier, elle a commencé à vendre son premier et unique modèle, le fusil de chasse semi-automatique KS-12 qui imite le design de l’AK-47, avec son magazine incurvé emblématique. Kalashnikov Concern nie tout lien avec l’entité américaine. Aujourd’hui, Kalashnikov Concern n’a aucune activité et ne coopère ni avec Kalachnikov USA, ni avec aucune autre société américaine ou israélienne », a déclaré la société en réponse à des questions envoyées par courrier électronique. « Depuis l’introduction des sanctions, aucun des actionnaires et dirigeants de la société n’est affilié aux sociétés étrangères susmentionnées. » Krivoruchko n’a pas répondu aux demandes de commentaires ».  L’implantation russe semble en tout cas avoir pas mal flotté, ou avoir été l’objet de luttes internes ou de dissensions sur les objectifs commerciaux : Brian Skinner nommé un temps PDG de Kalachnikov USA, a déjà été remplacé par Jonathan Mossberg, ex iGun Technology Corp, iguntech.com,(un procédé original pour empêcher l’emploi de fusils par des tiers).  Son choix n’a rien du hasard : mal implémentée sur place, la firme cherche visiblement des soutiens dans le milieu :  Mossberg fait aussi et surtout partie de la National Shooting Sports Foundation (NSSF), de la Sporting Arms and Ammunition Manufacturers Institute (SAAMI) et même du Wildlife Management Institute.  Comme on peut le voir, le modèle Kalachnikov vendu a pris des apparences toutes américaines, avec force plastiques de couleur et crosse type Colt M4… une kalach’ customisée !  Une « nouvelle vie » ? (ils auraient pu penser à cet autre business honteux (1)…)

Armes et politique

Les armes influencent directement la politique américaine et on a pu s’en apercevoir en Floride avec Kalashnikov qui avait reçu une aide inattendue, celle du gouverneur Ross... un grand ami de Donald Trump :  L’administration du gouverneur Rick Scott a offert des allègements fiscaux d’un montant de 162 000 dollars US au fabricant du fusil d’assaut Kalachnikov AK-47, alors que les États-Unis avaient imposé des sanctions aux armes d’assaut de fabrication russe. Le Département des opportunités économiques a signé l’accord de remboursement d’impôt avec le propriétaire de Kalachnikov USA – RWC Group LLC – en octobre 2015. L’argent des contribuables a été offert dans le cadre du programme sectoriel qualifié du département, qui cherche à créer des emplois en échange d’avantages accordés par l’État. Dans ce cas, l’industrie cible que le gouverneur tentait d’attirer est répertoriée dans la catégorie «fabrication d’armes de petit calibre». Le président Barack Obama a imposé des sanctions à la société russe Concern Kalachnikov en juillet 2014, après que la Russie n’ait pas mis fin au conflit en Ukraine. Depuis lors, son homologue américain a travaillé «pour transformer notre société et son personnel d’un importateur et… spécialiste de la conversion conforme, en un fabricant à part entière», selon le site Web de Kalashnikov USA.  Depuis la première année de Scott, le gouverneur a cherché à faire venir des fabricants d’armes à feu en Floride. En 2011, par exemple, il avait promis à Colt Manufacturing Co., une incitation de 1,6 million de dollars, afin d’ouvrir une usine et de créer 63 nouveaux emplois dans le comté d’Osceola pour la fabrication de fusils AR-15, comme l’a déclaré la police lors de l’assassinat de Marjory Stoneman Douglas au Lycée de Parkland ».  On ajoutera à ça l’aide à ma venue du profiteur de guerre Draken.… étudié  ici. Pressé par les familles, Scott devra signer en mars 2018 un nouveau décret de Floride (bill (SB 7026) restreignant l’achat d’armes après 21 ans avec un délai de trois jours désormais obligatoire pour les obtenir, ainsi que l’interdiction de la vente des fameux « bumpstocks ».  Ce jour-là, Scott souriait nettement moins… il ne sourit pas plus lorsque l’on recompte les points après son élection sur le fil :  la Floride a toujours tripatouillé ses votes, que ce soit au temps des cartes perforées ou avec le système actuel.  Le déplacement à la dernière minute des bureaux de vote dans les quartiers noirs défavorables aux républicains étant une constante.

Les Kalachs des deux rivières

A l’évidence, le dénommé Ulrich, condamné jadis, fait le bonheur du Pentagone, donc. Revenons à notre cas de départ : car lui aussi, et c’est une surprise, c’est un vendeur de Kalachnikovs bien particulier : je l’ai trouvé par hasard sur un site s’appelant Two Rivers Arms, selon lui nommé ainsi en l’honneur… de l’Irak de Saddam Hussein et de ses « Tabuks », à savoir ses Kalachnikovs modèles Yougoslaves M70B1 and M70AB2 importées de la Zastava Arms Factory de Kragujevac, près de Belgrade (en Serbie, donc) ou plutôt fabriquées pour lui à l’usine de Bi’r Musammad, à Babil, en Irak. Outre de voir ainsi présentés les deux fleuves, l’Euphrate et le Tigre,
la surprise est d’apprendre le nom du gars en blouson de cuir d’aviateur de l’armée américaine venant présenter ses  fameux « Tabuks » :  c’est le Lieutenant Colonel Steve Russel, aujourd’hui à la retraite, paraît-il (il n’a que 55 ans, pourtant).  Son constat pour se lancer dans la fabrication de ces engins étant contenu dans son argument de vente :  « Construire ce que les soldats n’ont pas pu ramener chez eux. » Une loi interdisant en effet de rapporter des trophées des théâtres de combat après de nombreux abus. Sidérant ! Encore un autre phénomène, celui-là !!!  Voici donc la cinquième entreprise à en fabriquer, des Kalachnikovs, aux USA (ici un exemplaire de PM md.63 testé par « The Kommando Blog » :  la date de fabrication yougoslave est indiquée : 1964) !  Two Rivers proposant aussi la l‘AMD63 hongroise, et la MPiKM d’Allemagne de l’Est. La Tabuk étant annoncée à ….1200 dollars pièce !  Ce qui produit un phénomène dramatique :  élu, Russel peut influencer le vote de lois non restrictives au Congrès, alors qu’il vend lui-même des armes.  On nage effectivement en plein conflit d’intérêt. Une évidence qui ne le gêne en rien, mais qui va finir par lui coûter cher… comme a pu lui coûter cette fort intrigante photo (Saddam avait été pris avec une caissette de billets, auprès de lui, mais pas ce que montre ici Russel) :

L’habile récupérateur…
Mais notre fabricant de Kalachs irakiennes a un autre palmarès derrière lui.  C’est d’abord un double miraculé, à la naissance tout d’abord, avec un sang au rhésus différent de celui de sa mère puis pour avoir échappé à une tornade à l’âge de 7 ans.
Inscrit à l’école chez des évangéliques bien particuliers du mouvement Gideon, il s’engage en 1985  (à 22 ans) dans l’armée.  Il est formé à Fort Benning et servira au Kosovo (ici à droite), au Koweit, en Afghanistan et en Irak.  Sur place, sous les ordres du Colonel James Hickey, il devient le commandant du 1st Battalion, 22nd Infantry, de 2003 à 2004.  C’est là, après avoir glané pas mal de médailles au passage, qu’il fait connaissance avec les médias et qu’il comprend vite comment évoluer devant les caméras ou se mettre en évidence.  Il apprend vite à tirer la couverture à lui. L’occasion lui est donnée quand son groupe (mais sans sa présence) capture Saddam Hussein.
On verra très vite sur place Hickey (ici à gauche, en moquant les conditions de reclus du dictateur à la chaise percée) et le groupe, poser lui aussi (ici à droite), mais c’est Russel qui va en tirer toute la gloire en écrivant un livre sur cet événement particulier « We Got Him!: A Memoir of the Hunt and Capture of Saddam Hussein », un ouvrage salué un peu partout il est vrai. L’armée à peine quittée en 2006, il fonde dans la foulée « Vets for Victory », car il a compris combien il faut surfer sur cette image de vétérans pour se lancer en politique… ses plateaux télés en qualité d’expert lui ont donné une notoriété qui va beaucoup l’aider, en effet.  Comme exemple, on peut citer la présentation de son propre uniforme dans une vitrine du musée de l’Oklahoma History Center, aux côtés de celui de Saddam Hussein quand il dirigeait l’Irak (ici à droite).  Une tournée aussi avec d’autres écrivains assurera son succès dans le grand public.  Il devient ainsi facilement Sénateur en 2008, et se lance en 2014 dans l’élection en tant que député de la Chambre du Congrès des Représentants.  Cette fois, il est élu brillamment en battant un démocrate avec plus de 60% des voix et récidive en 2016 et gagne à nouveau largement la nomination républicaine en juin 2018… (alors qu’il s’est rapproché du Tea Party) bref, il est devenu incontournable et, pour beaucoup, donné désormais comme imbattable en Oklahoma, Etat à tradition conservatrice comme on le sait.

Mais des événements vont se produire, des tueries successives, dont celle de Floride, notamment, dans le lycée de Parkland, faisant 17 morts et quinze blessés, qui vont semble-t-il malgré tout avoir une influence sur le comportement des électeurs.  Le jeune assassin de 19 ans avait utilisé un AR-15 calibre .223 (5,56 mm) qu’il avait pu acheter librement.  On découvrira qu’il avait pu en fait en acheter 10, et tous des fusils !!!  Lors des débats pour l’élection, le trop sûr de lui Russel va se heurter à une adversaire inattendue, une démocrate appelée Kendra Horn, une avocate ancienne secrétaire de presse du démocrate Brad Carson, qui avait été élu à deux reprises.  C’est elle, qui vient tout juste de gagner d’un cheveu (et en Oklahoma on ne recompte pas en cas de mince écart !), avec une campagne axée sur la santé et l’éducation, en renvoyant Russell à son ego démesuré et à sa fabrication de machines de mort.  Comme quoi tout peut encore arriver, aux USA :  l’Oklahoma était resté républicain depuis John Jarman (arrivé démocrate il avait versé républicain ensuite), et était resté en place jusqu’en 1977.  Mais avant l’élection, Russell avait bien tenté de faire peur en reprenant les dires de Trump sur la présence de « bombes dans la caravane de migrants » ou en évoquant la « possibilité de tueries ».  En février dernier, on avait justement rappelé ici que  « le représentant Steve Russell d’Oklahoma City est propriétaire d’une petite entreprise de fabrication de fusils.  Dans un bulletin destiné aux électeurs un jour après l’attaque du lycée en Floride, il a écrit:  «s’il est important de discuter des outils et des appareils utilisés pour mener à bien ces actes odieux, nous ne pouvons pas trouver une solution simplement en visant les outils».  L’homme a su être odieux ce jour-là en prêchant pour sa seule paroisse, preuve que les armes aux USA font ou défont la politique.  Toujours son propre conflit d’intérêt : il ne peut mettre en cause ce dont il fait la promotion ou qu’il vend en son nom !  Notre fabricant de Kalashnikovs aux propos guerriers, partisan des « éliminations » (cf son tweet ici à gauche) s’est trouvé déjà un autre dada :  s’en prendre au programme appellé MAVNI (Military Accessions Vital to the National Interest) qui octroie la nationalité américaine à des émigrés qui s’engagent dans l’armée.  Ils la reçoivent à la fin de leur Basic Combat Training (BCT). Un programme qui a été arrêté en 2016, malgré d’indéniables succès, notamment dans les langues, la pierre d’achoppement de l’armée US. Pour se justifier, il citait … Bret Baier de Fox News.  Pas vraiment une référence non plus…

 

Au total, les chiffres sont là, ahurissants. Les conflits armés induisent la production d’armes qui se retrouvent remises en circuit dans le civil, aux Etats-Unis, provoquant régulièrement des tueries de masse, avec ces engins automatiques ou rendus facilement automatiques offerts à tous.  C’est un marché immense, et c’est pour cela que les Etats-Unis n’arriveront jamais à l’éradiquer. « La fabrication d’armes à feu et de munitions aux États-Unis est une industrie d’environ 11 milliards de dollars. Selon le Bureau de l’alcool, du tabac et des armes à feu, 1,4 million de fusils sont fabriqués en moyenne chaque année aux États-Unis sur la période des huit dernières années. Les fabricants ont produit en moyenne plus de 1,2 million de pistolets au cours de la même période… «  C’est une société malade de ses armes, tout simplement.

 

(1)  « Le concept Fonderie 47 se résume assez simplement : pour chacune des 20 pièces achetées, la marque Fonderie 47 s’engage à détruire 1000 Kalachnikov en Afrique. L’idée est belle. Mais suscite autant de questions que de réponses. Déjà, sur le business model de l’entreprise. Fonderie 47 est la petite sœur d’une autre entreprise, Liberty United. Les deux émanent d’un seul homme, Peter Thum. Ancien cadre McKinsey puis Starbucks, collaborateur du magazine de gestion de fortune Worth, marié à l’actrice Cara Buono (NCIS, Mad Men, The Sopranos), Peter Thum est avant tout un business man, habitué des grands groupes et des logiques de profit à l’américaine : efficacité, rentabilité, avec une touche d’humanitaire. Pourquoi une simple touche ? Parce que Fonderie 47 s’engage à détruire 1000 Kalachnikov pour chacune des 20 pièces produites. A 195 000 dollars la montre, l’ensemble des ventes représenterait un pactole de près de 4 millions de dollars, précisément 3 900 000 USD. Et 0,02% d’AK-47 à détruire sur les plus de 100 millions de ces armes en circulation dans le monde ». 

 La bonne idée, au mauvais endroit

 « Toute attention visant à réduire le nombre de ces armes en circulation est bonne à prendre. Pour autant, investir aussi lourdement afin de récolter plusieurs millions de dollars et, au final, n’en faire que 20 montres pour millionnaires et réduire un arsenal de 0,02%, est-ce viable ? L’avisé Peter Thum, également membre de cercles de réflexions (« The Weekend to be named later », qui se réunit tous les ans au resort de luxe Terranea hôtel, non loin de Palm Beach), n’avait-il d’autres alternatives ? »

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

 

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