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MH370 (35) : effets collatéraux, Mick Ranger et les tueries de masse

Nota : à ceux qui pourraient penser récupérateur l’association de la catastrophe du vol MH-370 dans le titre de cette longue série, je rappelle qu’à l’origine il y a la forte suspicion émise par l’un des parents de victimes françaises sur la possibilité que le Boeing 777 incriminé ait pu avoir eu affaire à un trafic de ce genre, ou à une bavure militaire liée à ce trafic.  La série a débuté ici

En 2009, un site américain, TFB (thefirearm.blog), découvre une copie de M4G qui lui semble être un véritable clone, fait à l’étranger, du fusil d’assaut emblématique US.  Emoi assuré, car l’arme est en effet quasiment mythique aux USA !  C’est celle de l’intervention en Afghanistan, celle des Navy Seals.  Pas un cliché de soldat où elle n’est pas apparue ces dernières années…

Pour expliquer pourquoi une telle présence dans les esprits, il faut retourner un peu en arrière.  A l’origine, il y avait eu l’AR-15 dont la carrière avait commencé au Viet-Nam, présenté alors de façon dithyrambique par le magazine Popular Mechanics.  Il avait été précédé de l’AR-10, une première en armement individuel, car fait d’aluminium et de résine (polycarbonate) ce qui la rendait très légère (l’arme pesait moins de 2,7 kilos):  un engin inventé par le trio Eugene Stoner, Robert Fremont, et L. James Sullivan de la société Fairchild ArmaLite, tirant une cartouche plus petite de calibre 5,56 que celle de son prédécesseur  le M-14.

Un « Fusil d’assaut léger » (d’ailleurs, il flottait !)

L’idée de base était de fabriquer une arme moins encombrante, plus facile à entretenir ou à démonter, avec quelques petits plus, comme un pontet ouvrant permettant de tirer avec des gants ou une mire incorporée à une poignée d’emport, ce que reprendra le Famas français (en plus grand).  Au départ ce devait être l’arme des aviateurs qui se seraient fait abattre, pour qu’ils se défendent, car Fairchild faisait avant tout des avions, comme on le sait. L’arme a d’abord été appelée logiquement Armalite AR-10, et ArmaLite AR-15 au départ de son introduction l’armée US.  Ils avaient eu avant ça des ancêtres, appelés AR-5  et AR-7 (une .22 Long Rifle) :  c’est cette AR-7 avec une crosse adaptable et un noyau central minimaliste portant la gâchette qui est l’ancêtre véritable de toute la lignée.  C’est cette arme fort compacte en kit dont aurait dû disposer le pilote abattu (en 1993, Olympic Arms essaiera même d’en faire un pistolet !) !

L’engin inventé par les trois ingénieurs est en tout cas très surprenant :  dans les toutes premières publicités de l’AR-7, on parle d’un « Air Force Floating Surival Rifle in .22 Caliber », dans lequel la crosse contient à la fois le canon et l’âme centrale avec la gâchette…. le tout flottant en effet au-dessus de l’eau, même une fois remonté, puisque la crosse est alors creuse.  Celle-ci n’est pas en bois, les premiers modèles d’AR-15 ayant leur parties plastiques peintes en… marron (son chargeur en vert).

Accueilli plutôt fraîchement par l’armée

Selon  « MP », il avait «  battu en compétition » le vénérable M-14 jusqu’ici employé : on vantait alors son plastique, insensible aux miasmes du climat vietnamien ou sa légèreté, voire son tir en rafale de calibre inférieur… en omettant de préciser sa faculté à s’enrayer qui provoquera un beau nombre de morts chez les soldats US.  Il y aura d’autres articles critiques à son égard, même dans MP, ce magazine pro-armée, tant ces ennuis seront nombreux cf ici à droite). L’armée US, en l’adoptant, lui changea de nouveau son nom en M-16 (exactement « Rifle, Caliber 5.56 mm, M16« ), entretenant la confusion, en les faisant produire désormais par Colt qui venait de racheter Armalite. L’arme évoluera ensuite, bien entendu.  Le M4 dont on parle aujourd’hui n’étant en effet qu’une version encore plus raccourcie du premier à usage plus « versatile » comme disent les américains.  Le même MP avait déjà montré en 1964 son ancêtre alors appelé AR-18, raccourci de 38 à 30 pouces, avec une crosse rabattable, faisant encore plus appel au polycarbonate.  Toutes ces variantes créent un peu la confusion : pour s’y retrouver dans les modèles, c’est ici (compliqué car il y a eu aussi une AR-16, à munition de calibre 7,62 mm).  Pour les américains l’AR-15 est devenu un mythe avec bien entendu sa cohorte d’admirateurs… et des articles de presse comme celui-ci que l’on ne peut imaginer ici en France.

Savent-ils que l’arme en fait est née chez les nazis, née pendant la seconde guerre mondiale sous le nom de Mauser Sturmgewehr 45 (StG45 (M)) ou «Sturm-Gewehr» (ici à droite) ou «fusil d’assaut» de calibre 7,92, plus lourde (4 kg) apparue tardivement en 1944, sur le front russe, des russes qui venaient de sortir le leur : la célèbre « Avtomat Kalashnikova », ou AK-47, en plus robuste.  Le Sturm-Gewehr on le rappelle, alignait lui 30 cartouches par chargeur ! Après la guerre, il deviendra par « copie » le CETME, le SIG 510, le H&K G3 et aboutira surtout au Heckler&Koch MP5.

Le clone avec l’accent anglais

Le MG dont on parle, ce tout premier clone, est l’héritier direct de cette lignée de modèles (à gauche Eugene Stoner et Charles Dorchester en train de tester leur AR-10, tirant du 7,62 mm). Cette copie est la première jamais faite, et elle intrigue donc, car si elle est alors produite au Viet-Nam (quelle terrible ironie) ses marquages indiquent « Imperial Defence Services » et comme adresse… l’Angleterre « England », (poinçonné sur l’arme).  La société qui les produit est en effet installée dans l’Essex, dans le petit village de Takeley.  La firme annoncera aussi vendre le clone du « Close Quarters Battle Receiver », le remplaçant de la « M4A1 Carbine », choisi  par l’US Navy , dont le canon ne fait plus que 262 mm de long désormais.  C’est devenu l’arme par défaut des Navy Seals.  L’homme qui est derrière cette entreprise de photocopies exactes d’armes est anglais.  Il s’appelle Mick Ranger.  A signaler qu’une firme anglaise, Sterling Armaments a Dagenham, avait acheté la licence du M-16. Pour l’AR-15, Ranger avait sauté en fait sur l’occasion:  à partir de 1980, les droits des  brevets (« patents ») d’origine de Stoner, Fremont, et Sullivan, étaient en effet devenus caducs.  Tout le monde pouvait désormais copier l’AR-15 (M-16).   A condition de savoir le faire, bien sûr et surtout d’arriver à le faire moins cher pour la vendre davantage…   La ruée avait alors pu commencer.  Le grand public US, gavé d’images de l’occupation de l’Afghanistan ou du souvenir de la guerre du Viet-Nam (ou du garde du corps Hickey de J.F. Kennedy filant à l’hôpital en ayant sorti son M-16 du coffre spécial de la voiture de protection) s’en est aussitôt emparé… jus
qu’en 1994 ou Bill Clinton a introduit une loi pour bannir les fusils automatiques et leurs dégâts importants dans les actes criminels de tueries de masse produites par cette arme automatique ou ses voisines (les publicités  comme celle-ici à gauche la proposaient déjà comme remplaçante du fusil de chasse, en l’appelant désormais AR_15 « Sporter » !) .  Ce qui n’a en en fait en rien refréné la production sinon l’inverse :  en 2004, on en fabriquait 107 000, en 2015, on est passé à 1.2 million d’exemplaires, selon la National Shooting Sports Foundation (NSSF) !!!  Sidérant !!!  Un fusil acheté sur cinq aux USA est aujourd’hui un AR-15 ou similaire !  Une production dont ont largement bénéficié les clones, moins chers que les originaux, et dont la réputation a commencé à s’améliorer malgré des débuts difficiles, la finition étant loin des standards US.

Vendeur avant tout de Kalachninovs

Mais il n’y a pas eu que le M16 dans la vie de Ranger (ici à gauche un chargeur d’AK-47 estampillé Imperial Défense Services).  C’est dans les années 80 également que Ranger, déjà devenu un des plus importants dealers d’armes de guerre, agissant en qualité de grossiste approvisionnant les boutiques de rue, était déjà devenu l’importateur quasi officiel des Kalashnikovs chinoises, avant de se lancer dans la copie d’AR-15.  Avant la copie, il avait promu la concurrente directe !  Il a raconté à Vice pourquoi c’était si facile à l’époque où aucune législation contraignante n’existait : « Nous faisions constamment le tour du monde pour acheter des excédents et les vendre principalement aux États-Unis, certains en Allemagne, juste où je pouvais les trouver », dit-il. « Je suis allé dans 150 pays et en ai traité environ 200. » Le travail est venu du monde entier. En 2007, sur le site Web de la société, Imperial Defense Services affirmait avoir des agents et des bureaux en « Bulgarie, à Chypre, au Nigéria, en Australie, e Afrique du Sud et au Vietnam », et l’effondrement des systèmes politiques de l’Europe de l’Est, libéré après des décennies de régime communiste allait être une excellente source de surplus à vendre. »Vous devez vous souvenir qu’avec l’idéal communiste, ils n’arrêtent pas de produire, il y a donc toujours du travail pour les hommes », explique-t-il. « Les usines étaient toujours en train de rénover des armes, donc, il y avait toujours quelque chose à faire là-bas. Puis vient le jour de la fin du communisme: » Eh bien, vous êtes seuls, désormais, les gars. « Ces pays étaient désireux de vendre et Mick avait le talent pour trouver des acheteurs. Pendant des années, Imperial Defense Services a gagné une fortune en échangeant des excédents de pièces du bloc de l’Est, et les compétences de Mick dans l’acquisition d’immenses quantités d’armes à feu ont également conduit à travailler pour les longs métrages. Parmi eux, Goldeneye (cf ici à gauche), où l’équipage avait besoin d’un grand nombre d’AK-47 à court terme. « J’ai envoyé un télex à Kintex en Bulgarie le lundi. Ils sont revenus le mardi et ont dit: ‘Oui, c’est bon, nous les avons en stock », explique Mick. « J’ai envoyé l’argent le mercredi et ils étaient dans un avion le vendredi … essayez de le faire maintenant. »

Des ventes (interdites) en Irak après 2001

Ses contacts le conduiront aussi… en Irak.  Selon le Guardian il aurait tenté en 2003 de vendre des armes à un journaliste jouant le rôle d’un acheteur irakien.  L’ONU avait alors banni le pays des expéditions d’armes, mais ça n’avait pas l’air d’avoir fait sourciller le broker qui avait simplement précisé qu’il « n’accepterait aucun accord dans lequel l’Irak serait mentionné dans les documents officiels » (le fameux papier End User Certificate, qui détermine tout) et que ce certificat d’utilisateur final exigerait « un libellé concluant. … que les armes fournies resteront en Syrie et ne seront utilisées que par les personnes ainsi autorisées par le gouvernement syrien. »  Ça laisse songeur, comparé à la triste actualité de ces derniers mois…  La transaction avait été rappelée par Amnesty International et citée dans son rapport  « Undermining Global Security:  the European Union’s arms exports, Arms brokering and transport services » lisible ici » Le cas de Mick Ranger, un marchand d’armes basé à Essex et qui gère un courtier en armements lucratif avec des opérations en Bulgarie, à Chypre, au Nigéria, en Australie, en Afrique du Sud et au Vietnam, témoigne de la nécessité d’étendre ses pouvoirs aux destinations non soumises à un embargo. Il aurait été prêt à organiser le transfert de 200 fusils de Bulgarie en Syrie, alors même qu’il était « clair que les armes pourraient être utilisées en Irak ». Cependant, Ranger « n’accepterait aucun accord dans lequel l’Iraq serait mentionné dans les documents officiels ».  Si n’importe lequel de ses bureaux à l’étranger avait passé un accord potentiel, il ne serait pas soumis à la législation britannique.  En vertu de la nouvelle loi proposée, les courtiers en armes britanniques agissant à l’étranger ne seront plus tenus de demander une licence pour transférer des armes dans un pays voisin d’une destination sous embargo.  Comme l’a souligné Saferworld, « pour que la législation proposée soit efficace à cet égard, le gouvernement devrait prouver que le courtier savait que l’utilisateur final était une entité sous embargo, ce qui risque fort d’être très difficile. Une telle échappatoire pourrait saper l’un des principaux motifs des propositions actuelles, à savoir que les Britanniques ne devraient pas être en mesure de négocier des armes vers des destinations sous embargo. En l’absence d’une telle preuve d’intention, rien n’empêchera un courtier en armements vivant en Irlande du Nord de franchir la frontière (ouverte) avec la République irlandaise, de négocier un accord dans ce pays et de revenir ensuite dans le nord du pays pour son thé. Ni la loi irlandaise (qui ne contrôle pas du tout le courtage) ni la nouvelle loi britannique (qui n’aurait pas la portée extraterritoriale) ne pourraient l’arrêter. » Bref, la loi était une bonne idée, mais qui présentait d’emblée une faille trop aisément contournable !

Le deal avec la Corée du Nord, vers l’Azerbaïdjan 

Une notoriété qui l’a aussi conduit a un bien étrange deal:  Un de ses amis de Singapour l’a, un jour de 2004, introduit auprès d’un autre type de vendeur jusqu’ici non démarché, les nord-coréens, disposant eux-aussi de piles immenses d’armes individuelles, stockées un peu partout dans le pays (comme l’Albanie en Europe).  La nouvelle manne du XXIe siècle, un terrain neuf, pas encore exploré, que ce pays complètement fermé jusqu’ici !!!  Les officiels qu’ils rencontre alors grâce à son ami sont ceux de la Hesong Trading Corporation – une subdivision de la très officielle Korea Mining Development Trading Corporation (KOMID), l’organisation d’Etat qui produit (ou achète) les armes pour tout le pays.  Les Coréens lui proposent de les aider à vendre leurs MRLS, des lance-roquettes de 240 mm (l’engin, hérité du Grad BM-21 soviétique de 122 mm est devenu le Farj3 en Iran, il a été fort utilisé par le Hezbollah durant la guerre du Liban de 2006).  L’opération s’avérera une vente fort lucrative, à 5 millions de dollars:  un coup d’essai donnant envie des deux côtés.  Puis en 2006, une fois leurs engins effectivement vendus, ils proposent à Ranger tout un lot de Kalachnikovs, dont ils regorgent.  Encore faut-il les fourguer, ou trouver un marché.  C’est un américain, décrit comme un « tycoon » du pétrole en Alabama »  qui va lui ouvrir les portes du marché attendant les livraisons, celles de l’Azerbaïdjan. Un pays en train de s’équiper, et qui lui demande alors par exemple des Stingers, alors fort prisés par… les talibans (auxquels on a les a distribués gratuitement, pour les racheter ensuite comme j’ai pu l’expliquer !). Des intermédiaires turcs vont aider aux négociations.  Les Coréens envisagent aussi de vendre au Yemen et au Kazakhstan, et c’est pourquoi Ranger les intéresse comme relais pour qu’ils n’apparaissent pas comme vendeurs.  La Corée du Nord ne produit aucun bien à vendre à l’étranger, elle ne vend que du charbon aux chinois, et la vente d’armes est sa seule façon de s’enrichir avec la vente de combustible nucléaire.  Aux Azerbaïdjanais, Ranger va donc tenter de fourguer des copies d’Igla russes, faites (maladroitement) par les nord-coréens, à la place des Stinger. Mais les négociations vont traîner, les acheteurs mettant en cause la qualité des matériels nord-coréens, ou leurs délais de fabrication (ici à droite un HT-16PGJ ou SA-16 Igla nord-coréen capturé à Hakkari/Ikiyaka en 2017).  Chaque Igla devait être facturé selon le dossier retrouvé chez Ranger 28 500 dollars, une misère (les russes le vendaient 80 000 pièce en 1997).  Les nord-coréens s’avèrent aussi des clients plutôt embarrassants et difficiles à manier, noyés dans les tergiversations internes des factions orbitant autour du maître du pays qui veut tout savoir des transactions.  En somme, Ranger était arrivé à acheter aux nord-coréens, mais en perdant beaucoup trop de temps en palabres et en pots-de-vin répercutés de général en général…. heureusement que leurs armes étaient proposées à un prix dérisoire ! 

Des armes retrouvées en abondance en Syrie

Des lance-missiles Igla, on les retrouvera plus tard, en 2016, en Syrie, justement.  Des nord-coréns, repérés ici par le Blog Oryx, l’ancêtre de Belling Cat : « bien que les MANPADS semblent en général être appelés Hwaseong-Chong (Arquebuse) en Corée du Nord, on pense que le type spécifique exporté vers la Syrie appartient à leur troisième ou quatrième génération développée de manière indigène. Les premiers types copiés à partir des MANPADS soviétiques 9K32 Strela-2 (SA-7) (qui auraient pu porter la désignation PGLM ou CSA-3A) ont probablement été développés dans les années 1980, et ce qui semblent avoir été une variante autochtone du 9K34 Strela- 3 (SA-14) qui a été repéré dès 1992.  Le développement a finalement abouti à un système qui n’a été identifié que ces dernières années et qui semble avoir été dérivé del’ Igla russe 9K38 (SA-18). Cependant, les MANPADS actuellement vus en Syrie présentent le plus de ressemblance avec l’ancien système 9K310 Igla-1 (SA-16), mais le nez tricone caractéristique monté sur le missile a été remplacé par la pointe aérodynamique plus moderne, également visible sur le 9K38 Igla ( SA-18) et 9K338 Igla-S (SA-24), il est probable que ses performances aient été améliorées ».  Ici à droite un coffre contenant des HT-16PGJ capturés à Alep en février 2013.  A Idlib, en Syrie, on retrouvera de tout:  exemple de ces sources infinies d’armement et des bricolages locaux qui suivent ces fournitures venues d’horizon différents, on a par exemple trouvé en 2017 ici à gauche un fusil américain M4A1 sur lequel avait été monté un lance-grenade russe GP-30 UGL (le pendant exact du lance-grenade américain M203).  L’arme était en vente sur place, proposée à 3950 dollars…

La gourmandise est un vilain défaut, on le sait

Mais l’appétit venant, Michael Ranger semble avoir voulu aller plus loin encore dans la coopération commerciale avec les nord-coréens.  Il se retrouve en effet tenté de vendre des missiles balistiques bien plus gros, de portée intermédiaire, appelé Musudan, (ou Rodong B) aperçus lors d’une parade militaire en octobre, 2010.  C’est de trop, pour les américains et leurs alliés anglais.  Et c’est aussi un peu le même procédé qu’avec Viktor Bout :  toléré, puis… arrêté quand ce qu’il propose dépasse ce qui peut être admis… ou non.   Avec ce deal, Ranger était allé trop loin ou devenu trop gourmand, pour sûr : « le prix unitaire dépassait 100 millions de dollars américains pour ces missiles balistiques à moyenne portée et serait vendu au moins trois fois à la fois, sous la forme d’un missile à longue portée et de deux missiles à moyenne portée ou d’un missile à moyenne portée et deux missiles à longue portée « , selon le propre témoignage de Ranger ».  Michael Ranger n’avait pas cité le nom du missile, mais donné seulement sa portée :  “3.500 km est la gamme parfois mentionnée pour le Musudan. Ils n’ont pas d’autre missile dans cette catégorie « à moyenne portée » », a déclaré Fitzpatrick à NK News par courrier électronique ».  Mark Fitzpatrick, étant le « Director of the Non-Proliferation and Disarmament Programme at the International Institute for Strategic Studies ».

Arrêté en 2011

A force de traîner les pieds, de discuter, mais aussi d’avoir du mal à produire en masses les copies d’Igla, côté coréen, le contrat final ne s’était pas fait, de toute façon… mais cela avait pas été pour une toute autre raison:  le 14 mars 2011, Ranger a été en effet soudainement arrêté sur l’aéroport de Stansted, le plus éloigné de Londres, puisqu’il est situé à une cinquantaine de kilomètres du centre-ville, vers le nord.  C’est aussi le  plus discret.  C’est à Stansted aussi, curieux hasard, qu’est basé le Boeing 767-33AER de Roman Abramovitch (ici à droite devant un hangar de Stansted), qui enregistré à… Aruba (P4-EMS), et surnommé « The Bandit », vole sous la bannière de Harrods Aviation.  L’avion entièrement rééquipé intérieurement vaut environ 300 millions de dollars. Abramovitch, étrangement encore n’a plus été vu au Royaume-Uni depuis plusieurs mois.  Stansted, par sa position excentrée de Londres a servi aux vols dits de rendition ou pour la déportation d’opposants tel que Isa Muaza, un nigérian, expédié dans l’Embraer Legacy G-WIRG, qui avait été tracé par des spotters (direction Malte, ici à droite).

Evincé du fructueux marché

Michael Ranger s’était retrouvé officiellement accusé d’avoir voulu vendre ces fameux missiles balistiques d’un pays sous embargo à un autre sous embargo (c’est la double peine !) et d’avoir monté toute une série de sociétés fictives pour ne pas apparaître dans les tortueuses transactions, dont l’une au nom d’une de ses amies, pas trop au courant de ce à quoi cela pourrait servir !  Les armes étaient en effet envoyés chez Hong Kong Commercial (HKC) au lieu d’Imperial Defence Services (IDS).  Le voilà donc envoyé 3 ans et demi en prison.  Il n’empêche, la relative mansuétude des anglais dans l’emprisonnent de Ranger laisse aussi planer le doute sur sa possible participation à un plan d’appâtage des coréens.  Ranger était-il aussi un « aviseur », c’est en tout cas probable en effet.  Le marché des missiles balistiques a-t-il été un réalité, ou bien l’a-t-on créé de toutes pièces pour évincer le broker, comme on a évincé Viktor Bout ???  C’est tout ce qu’il y a d’envisageable tant le modèle industriel US repose sur le marché des armes, et désormais aussi sur le marché intérieur des armes individuelle.  Une affaire de gros sous, tout simplement !!!  Et ce marché des armes légères, justement, en tout cas, de lui échapper pendant ce temps… un marché aussi vite attribué aux seules sociétés américaines, qui, comme lui, achètent partout et revendent de même… ou font dans la copie… certifiée.  Telle Century Arms !!!  Comme exemple, on peut prendre en effet ce « Century C308 Battle Rifle » (copie de HK G3, CETME  Forces armées espagnoles., un clone PTR, un « roller-lock weapon » clone de H&K MP5)  promu ici par ce mariole qui se fait appeler « The Late Boy Scout » !!!   Ranger éliminé de la concurrence, ce large marché « civil » ouvrait donc les bras à Century Arms.  Le 12 s

Le transport par mer, ou par air ?

Reste à savoir comment Ranger les a fait venir, ces armes. La voie maritime est la première qui vient à l’esprit.  Un rapport de l’UN Security Council de 2017 a relevé que huit cargos nord-coréens ont dissimulé ce qu’ils étaient ou leur chargement dans les derniers mois, ou ont changé de nom en pleine mer, après avoir reçu leur chargement.  Tous inscrits chez Ocean Maritime Management, l’affréteur du Chong Chon Gang, arrêté au  en 2013 avec des armes à bord.  Un chargement surprise : derrière 200 000 sacs de sucre (?), dans la cale, bien cachés, il y avait  neuf missiles anti-aériens, deux MiG-21 complets (un ici à gauche) et 15 réacteurs pour ce type d’avion, six véhicules militaires, des obus et des roquettes pour RPG.  Récemment encore, en août 2017,  un autre cargo, arborant le drapeau du Cambodge, le Jie Shun a été intercepté au niveau du Canal de Suez, avec à bord 24 000 roquettes pour RPG, cette fois cachées sous du minerai de fer… (photo ici à droite pour le chargement, le type de roquette extrait est à droite). Pour le  Chong Chon GangCuba était venu en aide pour expliquer que c’étaient 240 tonnes  ‘d’armes de défense obsolètes” qui revenaient de Corée après avoir été « réparées ». Certains coffres contenaient aussi selon Jane’s des  SNR-75 “Fan Song”, l’unité radar des missiles anti-aériens SA-2 Guideline (alias S-75 Dvina).  Le célèbre « SAM » de la guerre du Viet-Nam !  Celui qui avait abattu le U2 de Francis Gary Powers en 1960 !!!  Le 4 octobre 2017, la réunion du Comité 1718 de l’ONU, par sa Résolution 2371, bannissait tout un lot de cargos nord-coréens (22 au total), dont le Jie Shun, le Hao Fan 6, le Tong San 2, le Petrel 8. Certains auraient néanmoins accosté dans des ports russes.  Pour souvenir, rappelons que l’Artic Sea, à un moment de sa fuite vers le Cap-Vert, s’était rebaptisé coréen... devenant le Chongdin-2 !!!  Tout aussi intriguant pour ce cas toujours pas résolu, un des « pirates » ayant détourné le navire s’appelait Andrei Lunev, qui avait été annoncé comme disparu dans un accident de navire de pêche dans le Kamchatka trois ans auparavant !!!  Le cargo avait alors été présenté comme venant de la Havane et se dirigeant vers le Sierra Leone !!!

Côté transport par avions, on songe bien sûr aux Ill-76, pour atteindra la Syrie ou l’Irak. Aujourd’hui, à Transted, on peut parfois admirer, comme ici le 26 août 2017, un drôle d’oiseau aux décorations bien connues… un IL-76 venu ce jour-là de Malte non pas pour livrer des armes mais deux moteurs destinés à un A330 Eurowings pour Lufthansa Technik. Mais le 6 juillet 2011, son collègue de la même compagnie l’Ilyushin Il-76TD, immatriculé 4K-AZ55 (ici en haut à gauche) s’était lui écrasé à Bagram, 4 mois à peine après l’arrestation de Ranger. Il venait directement de l’Heydar Aliyev International Airport de Baku, transportant officiellement 18 tonnes d’essence pour l’ International Security Assistance Force, basée à Bagram. Révélant par la même le flux d’armement circulant par Bakou, car peu avaient cru à un transport de carburant.  A preuve, les photos de son crash qui sont rares, ou diffusées… par l’Azerbaïdjan !  Quatre membres d’équipage étaient azerbaïdjanais (le pilote Sergey Kuzmin et son copilote Oleg Marshin), les autres des citoyens de l’Ouzbékistan.

On n’avait pas pu approcher l’épave, qui avait brûlé longtemps, et dès sa chute la possibilité d’un tir de Manpad taliban l’ayant abattu avait circulé… une hypothèse formulée en personne par Dashgin Shikarova, l’ambassadeur Azerbaijanais en Afghanistan et au Pakistan !!! Abattu en ce cas par ce qu’il avait pris l’habitude de livrer !!! 

Ci-dessous une photo rare de son déchargement en 2007 Afghanistan (et à gauche son agrandissement):  il ne semble pas que l’on puisse parler d’essence ce jour là…

Le lien avec les tueries de masse de ces dernières années

On prendra aussi comme excuse pour arrêter Ranger une tuerie survenue en Angleterre, 24 ans auparavant, ayant utilisé ses armes.  En 1987, en effet, le 19 août, un employé au chômage de 27 ans, Michael Robert Ryan  avait tué 16 personnes, dont sa mère, et en a blessé 15 autres avant de se suicider dans une macabre expédition, un coup de folie meurtrière, l’une des pires connues par le pays.  Au procès de Ranger, on amènera les armes qu’il avait importées, revendues par des magasins locaux. Parmi elles, il y avait en effet une des fameuses Kalachnikov chinoises, achetée à bas prix.  Le pays se sentira obligé de réagir, un peu trop tard hélas, en promulguant l’année suivante une loi sur les armes à feu excluant les carabines et fusils de chasse semi-automatiques et à pompe, à l’exception des fusils contenant des munitions de calibre .22. Une loi incomplète car les armes à feu prohibées pouvaient être encore achetées désactivées, leur réactivation étant trop simple à faire, elles ne relevaient donc plus du champ d’application de la loi de 1988.  Pour lutter contre cela, des normes de désactivation plus rigoureuses ont été introduites au milieu des années 90, à mesure que les méthodes de réactivation sont devenues plus sophistiquées :  c’est un circuit sans véritable fin.  L’article fondamental qui relaie le M-16 aux tueries de masse est paru leAll-American Killer: How the AR-15 Became Mass Shooters’ Weapon of Choice ».  Il y décrit la longue litanie des massacres de ces derniers mois, souvent effectués à l’arme automatique.  Selon Dickinson, c’est paradoxalement l’interdiction de 1994 de Clinton des fusils d’assaut qui a propulsé les ventes d’AR-15 dans le civil.  La loi dite Federal Assault Weapons Ban (AWB), officiellement Public Safety and Recreational Firearms Use Protection Act, proposée par la sénatrice.  In November 1993, the proposed legislation passed the U.S. Senate.  The bill’s author, Dianne Feinstein, en fait, visant les armes d’assaut, n’avait bloqué que la vente de mises à niveau militarisées – comme les chargeurs de 30 cartouches ou les suppresseurs de flash de canon et les lance-grenades à adapter.  Il y avait trop d’exceptions dedans ou elle butait sur la définition de « semi-automatique ».  « La fin de l’interdiction des armes d’assaut », a déclaré Josh Sugarmann, directeur exécutif du Violence Policy Center, « a permis la personnalisation et la modification de ces armes pour les rendre encore plus militaristes, encore plus imposantes aux yeux de leurs propriétaires » note finement Dicksinson. Car l’Ar-15 a continué sa belle carrière d’assassinat aveugles, devenu le le Bushmaster XM-15 de Remington Arms, utilisé en décembre 2012 lors du massacre à la Sandy Hook Elementary School pour y faire 26 victimes, des enfants pour la plupart.  L’horreur complète.  L’Etat de New York, choqué, l’a banni par la suite, en janvier  2013, comme dans le Connecticut en avril 2013.  Le perturbé Adam Lanza avait apporté dans l’école de Sandy Hook un Bushmaster AR-15, qu’il avait emprunté à sa mère, car il ne possédait pas lui-même de port d’arme ! James Holmes, le tireur fou d’Aurora, portait un AR-15 Smith & Wesson style “Military & Police” (M&P) équipé de chargeurs de 100 balles pour tuer 12 personnes, et en blesser 58.  A San Bernardino, en Californie, le les tireurs (Syed Rizwan Farook et Tashfeen Malik) ont utilisé des AR-15, laissant 14 morts derrière eux. A Orlando, le 12 juin 2016, Omar Mateen, un bipolaire violent, a tiré avec un Sig Sauer MCX « un AR-15 de nouvelle-generation” et tué 49 personnes dans le nightclub Pulse.  A Las Vegas le 1er Octobre 2017 Stephen Paddock avait amené sur place 14 fusils AR-15  (dont la moitié en « bump stocks » et 100 chargeurs, et 8 AR-10. Le » bump stock, » si décrié, c’est un accessoire qui devrait être interdit depuis longtemps, car il permet de faire d’une arme à feu semi-automatique une arme totalement automatique (pour tirer en rafale, qui fait toujours plus de dégâts en tir rapproché). 

Des semi-automatiques rendus automatiques en 2 secondes 

Les fusils modifiés de Paddock, ses tirs appuyés sur des tripodes comme à la parade, ont fait le pire massacre jamais vu.  Le fameux « bump stock », est en fait une crosse amovible reliée à la gâchette, très facile d’installation, contenant le ressort qui utilise le recul de l’arme lors du premier tir pour repousser dans l’autre sens la détente et ainsi permettre le tir en rafale.  Ici , un autre fan fait la démo exhaustive du bazar, fier de sa « découverte » en fait.  Avec un « bump stock » on obtient à peu de frais une… mitrailleuse, tout simplement !!!  Sur place, à Las Vegas, le meurtrier a tiré plus de 1 100 cartouches du 32eme étage de l’Hôtel de Mandalay Bay hôtel, tuant au total 59 personnes et en blessant 851. Il avait amené le tout, armes démontées et munitions empaquetées, dans plusieurs valises et plusieurs voyages, sans avoir été détecté au sein même de l’hôtel.  Une baignoire au milieu de la salle de bain sera retrouvée pleine de fusils. Chez lui il y avait plus de 40 armes automatiques dont une Kalachnikov… Comment donc un particulier peut-il acheter plus de 40 fusils semi-automatiques, dont on sait qu’il est si facile d’en faire des automatiques aux USA, sans attirer l’attention est inquiétant mais symptomatique d’un pays malade de ses armes. On arrêtera plus tard un autre responsable de la tuerie de Las Vegas :  son fournisseur en balles capables de percer des blindages ou incendiaires – la vente de balles de ce type est hélas légale elle aussi en Arizona !  (Paddock avait aussi tiré sur 2 réservoirs d’essence situés à 600 m de l’hôtel, on a constaté les traces après le massacre – ici à gauche. Leur explosion aurait été une deuxième catastrophe, bien pire encore). L’homme arrêté est un vendeur sur le net appelé Douglas Haig, qui ne possédait même pas de licence de vente.

The Michael Ranger Files: Part 1

The Michael Ranger Files: Part 2

The Michael Ranger Files: Part 3

 

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