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MH370 (32) : Albanie Croatie Tchéquie, les fournisseurs d’armes

Les Balkans recèlent toujours des millions d’armes, malgré l’argent investi pour se débarrasser des stocks (50 millions de dollars répartis sur 10 ans !). « Des centaines de détruites, des milliers restantes » avait titré à ce propos une revue de l’Otan, que l’on imaginait sarcastique.  Les explosions de sites avaient régulièrement continué, même après Guedec, pour nous montrer qu’il en restait encore un grand nombre, toujours aussi dangereuses, des dizaines d’années après leur production.  Or le fait est de constater qu’une première fois durant le conflit afghan, ces mêmes dépôts monstrueux avaient approvisionné le conflit.  La leçon, visiblement, n’a pas été retenue, ces dépôts ayant servi aux USA et à leurs alliés Quataris ou Saoudiens à alimenter en masse les opposants à Bachar el Assad.  Retour sur la noria de gros porteurs partis d’Europe Centrale pour fournir à la pelle Kalachnikov, obus et roquettes, avec le même manque de rigueur que celui qu’avait montré l’ineffable David Petraeus, qui avait fini sa carrière comme responsable de la CIA, rappelons-le.  Ce manque de mémoire flagrant laissant entendre qu’on alimenterait plutôt les conflits, au lieu de tenter de les juguler, d’un côté comme de l’autre, les russes jouant la même carte côté Assad.

Nota : à ceux qui pourraient penser récupérateur l’association de la catastrophe du vol MH-370 dans le titre de cette longue série, je rappelle qu’à l’origine il y a la forte suspicion émise par l’un des parents de victimes françaises sur la possibilité que le Boeing 777 incriminé ait pu avoir eu affaire à un trafic de ce genre, ou à une bavure militaire liée à ce trafic.  La série a débuté ici

Retour aux stocks albanais 

C’est bien la même histoire qui recommençait : car c’était à nouveau les vieux dépôts albanais qui étaient servis selon Balkans Arms Trade ! « Tirana a des antécédents troubles en ce qui concerne les exportations d’armes provenant de ses importants stocks de munitions chinoises, fournies dans les années 1960 et 1970, alors que Pékin était le principal soutien militaire de l’Albanie sous le régime communiste. En 2007, AEY, un courtier en armes basé en Floride (c’était lui, Diveroli !), a vendu au Pentagone des millions de cartouches vieillissantes fabriquées en Chine pour être utilisées en Afghanistan. Les balles ont été reconditionnées dans des cartons pour donner l’impression qu’elles avaient été produites en Albanie afin de contourner l’interdiction des munitions en provenance de Chine. Le propriétaire de l’entreprise, Efraim Diveroli, a été condamné à une peine de quatre ans d’emprisonnement pour cette fraude en 2011. Et en 2011, 800 000 cartouches de munitions chinoises qui devaient être livrées d’Albanie aux Émirats arabes unis ont été illégalement détournées vers les rebelles libyens. Le Ministère albanais de la défense a déclaré qu’Alguns avait fourni les documents appropriés pour exporter les armes vers la Bulgarie et avait vérifié que l’entreprise n’était « pas impliquée dans des activités criminelles ». Il a ajouté que toute ré-exportation des munitions nécessitait leur consentement, bien qu’il soit largement documenté que cette clause n’est souvent pas remplie ».  En Albanie, des armes traînent encore partout !! Ici à gauche en photo une saisie par la police d’armes albanaises à Lazarat, à 230 km de Tirana, le 20 juin 2014.  Au départ les policiers étaient venus pour saisir une plantation de marijuana… les albanais ont aussi des avions pleins de drogue qui se plantent tel ce Piper (ici à droite) tombé sur la plage de Divjake, à 80 km au sud-ouest de Tirana, le 10 mai 2014.  A bord,  460 kilos de marijuana !  Drogue et armes faisant bon ménage, on le sait… on pouvait s’attendre à ce qu’une mafia locale omniprésente s’empare du trafic.  Comme on va le constater, ça n’a pas raté.

Les preuves photographiques évidentes

L’OCCRP, dans un article de février 2017 a abondamment illustré le trafic, en reliant des clichés d’armes prises en Croatie et celles découvertes en Syrie.  Celle par exemple d’un affût fort reconnaissable de roquettes RAK-12 filmé en utilisation par le groupe anti-Assad du Nour al-Din al-Zenki Movement, une partie de la Free Syrian Army, en avril 2016.  Les images sont indéniables, lésons autopropulsés étant fort reconnaissables, avec leurs marques de fabrication visibles.

D’autres clichés nous font retomber sur une entreprise croate bien connue : l’examen d’un film signé RT diffusé le 2 décembre  2016 montre des obus de mortier de 120 mm capturés par l’armée Syrienne de Bachar el Assad, abandonnés sur place par les rebelles.  On peut clairement distinguer sur leur boîte de transport le nom de la firme qui les avait emballés :  “Elmech” l’usine d’armement de Krapinske Toplice, en Croatie ! Dans une autre vidéo encore, filmée en avril 2016, ce sont cette fois des obus de mortier bien reconnaissables encore qui sont déballés par les militants avant d’être envoyés, alors que l’on entend au loin les tirs d’armes automatiques. Ceux-là ont plus de 20 ans d’âge, ils ont été fabriqués en 1990 dans l’usine “Marko Oreskovic” située à Licki Osik, en Croatie toujours !  Croatie, mais aussi Serbie ont approvisionné en masse le conflit : une autre vidéo de YouTube du 12 février 2016, éditée par le groupe du  Jabhat Ansar al-Din, montre des obus de 120 mm lancés à Quneïtra.  Ce sont des 120 mm M62P3  à haut pouvoir explosif (HE) fabriqués à Soko Vit en Bosnie-Herzégovine), toujours fabriqués aujourd’hui par Pretis d.d.

Un trafic organisé et décelé dès 2013 !

Le premier article américain sur les transferts est signé C. J. Chivers and Eric Schmitt, aidés par les reportages de Robert F. Worth de Washington, Istanboul; Dan Bilefsky de Paris; et Sebnem Arsu de d’Istanbul et Ankara, dans le New-York Times.  Il paraît dès le 24 mars 2013 et dit fort clairement les choses : « avec l’aide de la CIA, les gouvernements arabes et la Turquie ont considérablement accru leur aide militaire aux combattants de l’opposition syrienne au cours des derniers mois, renforçant ainsi le transport aérien secret d’armes et d’équipements destinés au soulèvement contre le président Bashar al-Assad, selon des données de la circulation aérienne et des entretiens avec officiels de plusieurs pays et les comptes des commandants rebelles. Le transport aérien, qui a débuté à petite échelle au début de 2012 et s’est poursuivi de façon intermittente jusqu’à l’automne dernier, s’est développé à un débit constant et beaucoup plus important à la fin de l’année dernière, selon les données. Plus de 160 vols cargos militaires d’avions cargos jordaniens, saoudiens et qataris ont atterri à l’aéroport d’Esenboga, près d’Ankara, et, dans une moindre mesure, dans d’autres aéroports turcs et jordaniens ».  L’article estime dans une « estimation prudente »  le transfert de pas moins de 3 500 tonnes d’équipement militaire « , selon Hugh Griffiths, cité par le Stockholm International Peace Research Institute.  Dans ce trafic s’est inséré comme on l’a vu la Jordanie, « Ces multiples flux de logistique tout au long de l’hiver ont formé ce qu’un ancien responsable américain informé du programme appelé » un déluge d’armes « .  Les avions requis avaient été en un premier temps, le 3 janvier 2012, notamment, une paire d’avions de transport Qatar Emiri Air Force C-130 qui avaient atterri à Istanbul, remplacés les 26 et le 4 mai, par un C-17, « un énorme avion cargo de fabrication américaine », qui a effectué six atterrissages en Turquie, à l’aéroport d’Esenboga. L’appareil, tout neuf, servait jusqu’ici à transporter des chevaux de course vers les derbys anglais ou européens, via Ostende, comme on peut le voir ici 10 avril 2013, venu se poser en plein brouillard.  Le 15 juin 2015, le Qatar commandera 4 avions Globemaster III de plus à Boeing, une commande à 1,6 milliard de dollars venue s’ajouter aux 4 autres précédemment livrées entre 2009 et 2012.  Le tout premier avait été  peint de façon militaire, le second en 2009 (A7-MAB) avait pris cette étonnante  robe civile (cf ici à gauche).  Ce premier avion (A7-MAN) repassera le 28 février 2016 par Orly et sera réaperçu à Esenboga le 21 septembre 2017 encore.  On le voit ici de passage à Zurich le 25 décembre 2017.  On le voit ici à droite atterrir à Esenboga le 26 juin 2013 (discrètement, de nuit…).  En mars 2014 il était filmé au décollage (toujours impressionnant) à Findel au Luxembourg.  En mai 2017 il décollait de Hale-Leipzig, un autre aéroport plaque tournante du trafic (ici un autre cliché), un aéroport très fréquenté par Silk Way.  Ici c’est le C-17 A7-MAC qui s’apprêtait à partir de Masstricht le 15 juin 2013.  Le 8 août, les C-17 Qataris avaient effectué 14 vols cargos supplémentaires.  Sachant qu’un seul peut emporter 77 tonnes, cela fait 1155 tonnes de déplacées.  Tous provenaient de la base aérienne Al Udeid au Qatar, plaque tournante de la logistique militaire américaine au Moyen-Orient.  Ils effectuent dernièrement encore des rotations en Europe : on a surpris le 29 janvier dernier à l’atterrissage à Munich le modèle F-279 (A7-MAP, lui aussi resté en livrée militaire).  En novembre 2017, on le retrouvait pour célébrer une petite cérémonie entre américains et quataris (avec remise de diplôme !) dans un journal Qatari avec « le transfert de plus de 1 million de livres sterling de soutien opérationnel (qu’entendait par là exactement ?) au 7 novembre en soutien à l’opération Inherent Resolve menée par la coalition internationale en Irak et en Syrie contre le groupe ISIS. Les avions de transport aérien C-17 et C-130J de l’armée de l’air qatarie ont été fortement impliqués dans les tâches des forces de la coalition dirigées par les États-Unis depuis juin en transportant des cargaisons de matériel extrêmement important et des fournitures nécessaires dans toute la région ».  Les C-17 du Quatar revenant de loin :  Boeing avait en effet continué à construire ces derniers C-17 sur ses fonds propres, les commandes de l’US Air Force s’étant taries.  Derrière ces tribulations il y avait l’action d’un homme bien connu dans l’organisation du trafic d’armes :  « l’ancien responsable américain a déclaré au quotidien que David H. Petraeus, de la C.I.A. Directeur jusqu’en novembre, avait contribué à faire bouger ce réseau de transport aérien et avait incité divers pays à collaborer.
Monsieur Petraeus n’a pas renvoyé plusieurs courriels demandant des commentaires ». « Les responsables américains ont confirmé que les hauts responsables de la Maison-Blanche étaient régulièrement informés des expéditions 
».  A noter qu’un des C-17 (le MAN) ayant gardé une allure militaire est apparu en 2017 à Miami, « en soutien à la visite du roi du Maroc Mohamed VI… » 

Des armes par milliers… sans contrôle, encore une fois !

C’est Georges Berghezan, chercheur au GRIP qui nous fait le bilan – désastreux – de ces envois d’armes en masse : «  Dans une nouvelle série de révélations dans le cadre du projet Balkan Arms Trade, le BIRN et l’OCCRP ont découvert, en septembre 2017, que la plus grosse partie des fonds du programme syrien du Pentagone n’était pas attribuée au SOCOM, mais à une base militaire du New Jersey, Picatinny Arsenal, connue surtout pour ses activités de recherche et de production d’armes et de munitions. De 2015 à 2016, ce sont près de 480 millions USD des 718 millions dépensés en équipement militaire destiné à la Syrie par le Pentagone qui auraient transité par Picatinny.  L’armement aurait été acquis dans au moins onze pays : dans les Balkans (Bulgarie, Roumanie, Serbie, Bosnie-Herzégovine et Croatie), en Europe centrale (République tchèque et Pologne), en ex-URSS (Ukraine, Kazakhstan et Géorgie) et en Afghanistan. Outre sa collaboration avec le Pentagone, Picatinny – qui se vante d’avoir approvisionné les gouvernements irakien et afghan en armes – aurait une longue histoire de sous-traitant de la CIA et été étroitement liée à l’opération « anti-Assad » Timber Sycamore ». (A droite les munitions du dépôt de Pljevlja, municipalité du nord-est du Monténégro, dont une partie à l’air libre !). « Outre les 718 millions déjà dépensés, le Pentagone aurait obtenu et partiellement utilisé, pour les « années fiscales » 2017 et 2018 (débutant en octobre de l’année précédente), un budget de plus de 584 millions USD, qui devrait servir à l’achat de dizaines de milliers d’AK-47, de mitrailleuses et de lance-roquettes et de centaines de millions de munitions. En outre, Picatinny aurait engagé des dépenses pour plus de 920 millions jusqu’en 2022, portant le total dépensé, budgété ou engagé par le Pentagone pour cette opération à plus de 2,2 milliards USD depuis 2015. Il faut noter que, dans ce schéma, le Pentagone ne facilite ni ne finance des achats par des tierces parties – comme l’Arabie saoudite ou la Turquie –, mais achète directement des armes et munitions en Europe, ex-URSS ou Afghanistan, bien que celles-ci ne transitent généralement pas par le territoire américain. En outre, la demande en armes « non standardisées » serait si forte que des pays tels que le Vietnam et le Pakistan auraient été sollicités. Des importations d’armes supposent l’émission de certificats d’utilisateur final. Or, des certificats émis par le SOCOM – parvenus au BIRN et à l’OCCRP – ont été qualifiés de « très trompeurs » par un chercheur d’Amnesty International auquel ils avaient été présentés. Par exemple, un d’entre eux mentionne un « usage direct par ou pour le gouvernement des États-Unis et ses alliés de l’OTAN et partenaires, en soutien aux opérations d’entraînement, d’assistance à la sécurité et de stabilité des États-Unis », mais ne dit rien sur l’utilisateur précis auquel étaient destinés ces 48 lance-roquettes bulgares devant être livrés à la base états-unienne Ali Al Salem au Koweït.  De même, après des questions posées au Pentagone par des enquêteurs du BIRN et de l’OCCRP, la référence à la Syrie contenue dans sept contrats pour des armes et munitions bulgares, roumaines, serbes, ukrainiennes et géorgiennes conclus en septembre 2016 et valant un total de 71 millions USD, a été effacée. »  Les C-17 des Emirats n’étant pas en reste avec ici l’exemplaire 1227 (F-246) quittant par mauvaise temps l’aéroport de Belgrade le 16 avril 2018.  Pas venu pour faire du tourisme non plus, il semble bien…  Les C-17 américains en 2013 avaient finalement utilisé les bases allemandes (notamment Rammstein), indiquées comme « end user » (le « final importing state ») sur leurs manifestes d’embarquement découvrira-t-on en 2015 (document ici à droite).
Un faux documents manifeste !!!  Ici l’atterrissage d’un C-17 à Mostar en Bosnie-Herzégovine en décembre 2014 (on admire la puissance de la verse, qui souffle aussi devant les réacteurs pour éviter les ingestions d’objets ou de pierres).

Un autre document retrouvé enjoignant fermement le fournisseur d’armes contractant réquisitionné de ne pas indiquer d’autres destinations que l’Allemagne…. un document signé Bryan Seidel, responsable des acquisitions à l’USSOCOM, ancien de L-3 Communications… A opération spéciales, faux documents à la clé, c’est bien connu !  Tout cela avec un USSOCOM présenté avec des présentations hideuses réalisées sous PowerPoint, une des grandes spécialités de l’armée américaine pour tenter de masquer qu’elle brasse du vent. Bien entendu, sur la présentation des dépenses de l’USSOCOM, aucune allusion aux matériels provenant des anciens satellites soviétiques….

Il y a eu d’autres firmes qui ont participé à ces transferts dissimulés, notamment une anglaise bien connue :  Chemring, déjà citée ici. »Dans un article séparé, le BIRN et l’OCCRP ont publié une liste de seize firmes qui exécuteraient les contrats « syriens » du SOCOM et de Picatinny Arsenal depuis octobre 2015. Si la majorité d’entre elles sont basées aux États-Unis, on y trouve également la britannique Chemring Military Products qui se prétend « leader mondial en défense » et qui, avec 167 millions USD, serait le deuxième bénéficiaire des fonds du Pentagone, derrière Alliant Techsystems devenue, après fusion en 2015, Orbital ATK (basée en Virginie, 217 millions USD de contrats). ».  Mais aussi d’autres,  dont une bien plus connue encore : « deux autres firmes étrangères figurent dans la liste, la société publique ukrainienne d’import-export d’armes, Ukrspecexport, basée à Kiev et impliquée depuis des années dans de multiples trafics d’armes et autres affaires litigieuses, et l’Agencija Alan, firme croate privée active également dans l’import-export de produits de défense, mais basée à Zagreb ».  Comme je l’ai déjà écrit dans l’épisode 12, les Ill-76 de Ruby Star avaient aussi été mis à contribution avec celui décrit par Balkan Trade, pris en photo à Belgade en train de se faire charger en caisses d’armes (c’était l’EW-448TH, un Ilyushin Il 76T). Ici le EW-412TH filmé à Minsk en 2015 (et ici en septembre 2018).  Le même ici au décollage à Châteauroux en septembre 2017.  On serait fort tenté de savoir ce qu’il transportait ce jour-là en traversant le ciel de France !!!

Des livraisons massives, un manque de contrôle évident

« Le plus inquiétant, c’est que la noria de livraison d’armes aux rebelles syriens avait été « prévue au moins jusqu’en 2022, à en juger par les commandes pour près d’un milliard de dollars engagées par Picatinny. Reste maintenant à savoir contre quel ennemi Washington compte prolonger l’interminable conflit syrien… » avait-on noté, car il restait visiblement du stock à écouler.. les fuites vers l’Etat Islamique ayant pourtant été vues et prouvées :  « Dans une interview donnée au Huffington Post britannique, James Bevan, directeur du Conflict Armament Research (CAR) (Recherche sur les Conflits et les Armements a déclaré qu’actuellement le CAR interpelle entre autres les gouvernements bulgare et serbe au sujet de ventes d’armes à l’Arabie saoudite. Bevan estime qu’en dépit de l’existence d’un accord par lequel l’Arabie saoudite s’engage à être l’unique utilisateur final de ces armes, à l’exclusion de quelque autre pays que ce soit, il semble bien que le royaume ait purement et simplement envoyé ces dernières en Turquie, d’où elles parviennent “très, très rapidement” aux mains de l’État islamique à travers des filières illégales. “Nous avons affaire à une filière d’approvisionnement qui part d’un fabricant d’Europe de l’Est, transite via un second pays d’Europe de l’Est en direction de l’Arabie saoudite puis de la Turquie, puis à des groupes d’opposants syriens et enfin à l’État islamique à Falloujah, en Irak, et ce en moins de deux mois,” explique-t-il. “C’est presque direct. Par voie maritime, cela prendrait un mois.” Bevan affirme que ses preuves, tirées de l’analyse des armes après le siège de Fallujah achevé en mai, démontrent que tout fournisseur d’armes à l’un des nombreux groupes d’opposition syriens n’a “absolument aucun contrôle” sur leur destination finale. Des factions syriennes qui à première vue s’opposent à l’État islamique se fondent dans ce dernier ou coopèrent avec ce dernier, faisant que les armes se retrouvent rapidement aux mains de l’État islamique, dit-il ». Un célèbre reportage de journalistes turcs du journal Cumhuriyet, emprisonnés depuis ou ayant fui le pays par crainte des représailles d’Erdogan, montrait des camions passant la frontière, le 29 mai 2015, bourrés d’armes destinées aux milices fondamentalistes en Syrie. Envoyé Spécial a repris en France la diffusion du document (à droite et à gauche le contenu de deux camions : des roquettes de type Grad et des obus récemment usinés, ainsi que des grenades propulsées). Le 3 mai 2017 nouvelle saisie d’armes chez les djihadistes, près du barrage hydro-électrique de Tabqa. Des missiles anti-tanks M72 LAW notamment, bazooka apparu durant la guerre du Viet-Nam. L’engin a été conçu par Talley Defense Systems et produit par Nammo Raufoss AS en Norvège !!!

De Tchéquie également

La Coatie, l’Albanie, mais aussi la Tchéquie, annonce en septembre 2017 le Czech Investigative Journalism Centre (CCIZ), en rapport direct avec le Centre for Research into Corruption and Organised Crime (OCCRP).  La Tchéquie a une vieille tradition de fabrication et de livraison d’armes dans le monde, lors des conflits Arabes-Israéliens en particulier. Mais cette fois c’est un autre cas qui est révélé.  Ce ne sont pas les rebelles musulmans anti-Assad qui ont reçu des armes.  Selon le site Ahval, de Yavuz Baydar, en effet, ce sont les kurdes qui ont bénéficié des livraisons : « la République tchèque est le principal fournisseur d’armes au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et de ses ramifications en Syrie, a déclaré le journal turc Yeni Şafak, citant un ancien commandant de l’armée turque. La majorité des armes que les Etats-Unis fournissent aux terroristes kurdes proviennent de la République tchèque, qui a remis en liberté le co-dirigeant du Parti de l’Union démocratique (PYD) Saleh Muslim mardi, malgré la demande d’extradition de la Turquie, a déclaré Yeni Şafak. «  L’Italie, l’Allemagne les a aussi armés. L’Italie leur avait fourni 200 fusils, 2,000 roquettes et un million de balles, à l’origine une saisie en 1994 d’un bateau ayant tenté de vaincre le blocus de la Serbie durant le conflit en ex-Yougoslavie, le Jardran Express. Depuis les armes avaient été gardées dans un dépôt de l’île de Santo Stefano. Il y avait à bord 133 containers pleins à craquer de 30 000 Kalashnikov AK-47,  32 millions de balles, 400 roquettes guidées  AT-4 Spigot et 50 lauceurs, 5 000 roquettes Katyusha, 400 RPG-7 et 11,000 grandes anti-tank/anti-personnel.. (graphique signé GN Graphic News). L’Allemagne a fourni 8 millions de balles, 16,000  fusils d’assaut G3 et G36 8,000 pistolets P1 40 mitrailleuses MG3 10 000 grenades, plus 30 lance-missiles Milan anti-tanks, approvisionnés avec 500 missiles, 200 bazookas Panzerfaust avec 2,500 roquettes et 40 canons sans recul Carl-Gustaf 84mm avec 1 000 roquettes.  La France avait débuté les livraison avant tout le monde en fait en faveur des Pershmergas, ce qui avait plutôt déplu aux américains qui craignaient alors une partition de l’Irak (en partie kurde). En Turquie, où on ne veut pas entendre parler des kurdes, le gouvernement autoritaire d’Erdogan a fait emprisonner en 2017 deux citoyens tchèques venus se battre avec les membres du Kurdish People’s Protection Units (YPG), aussi détesté par Ankara que le PKK.

« Les armes, qui comprennent des fusils BKS, Dochka, Dragunov et Kalachnikov, ainsi que des armes antiaériennes de 23 millimètres ZU-23, IGLA (SA-18), des obus de mortier, des roquettes Katyusha et des armes Grad ont été remises à des bases américaines en Bulgarie et Roumanie. De là, ils ont été transportés dans les arsenaux d’un groupe terroriste à al-Hasakah en Syrie, a annoncé le journal. Le colonel Haydar Ateş, ancien commandant du Groupe de travail turc sur l’Afghanistan, a déclaré que l’Allemagne de l’Est était au centre des achats illicites d’armes jusqu’en 1990, mais qu’après la réunification de l’Allemagne, les achats ont été passés par la Tchécoslovaquie. Le commerce des armes de l’ancien pacte de Varsovie basé à Prague a atteint 70 à 80 milliards de dollars par an et le plus gros acheteur d’armes au cours des cinq dernières années a été les États-Unis, a-t-il déclaré. « Le Pentagone et la CIA savent très bien à qui ils donnent leurs armes et craignent de donner des armes dans leur propre inventaire au PKK au cas où ils seraient tenus de rendre des comptes à l’avenir », a déclaré Ateş ». En juillet 2016, le Guardian en un seul et excellent graphique (ici à gauche) résume les transferts d’armes d’Europe Centrale vers la Syrie. Il comptabilise 42 vols en provenance de Serbie, 17 de Slovaquie et 7 de Bulgarie (mais aucun de Tchéquie).  Edifiant !  Le journal précise que « selon BIRN et l’OPCRP, depuis 2012, des exportations d’armes et de munitions d’une valeur de 806 millions d’euros ont été approuvées par les pays d’Europe orientale vers l’Arabie saoudite, citant des rapports nationaux et européens sur les exportations d’armes et des sources gouvernementales. La Jordanie a obtenu 155 millions d’euros de licences d’exportation au cours de cette période, ont indiqué les enquêteurs, tandis que les Émirats arabes unis ont acquis 135 millions d’euros et la Turquie 87 millions d’euros, portant le total pour ces quatre années à un peu moins de 1,2 milliard d’euros. »

De vieilles armes ressurgies de nulle part (ou presque)

Des armes étonnantes ont été aussi trouvées aux mains des insurgés.  Celles-ci n’ont pas été importées, mais découvertes par les rebelles dans les nombreux dépôts abandonnés par les troupes syriennes, au  moment où celles-ci reculaient partout. Une page internet fort bien documentée nous en fait le bilan, que je vous résume ici. Le plus aperçu est le vieux Mosin-Nagantl’arme régulière des troupes russes en 39-45, copiée sur le Mauser allemand (l’autre variante étant le célèbre Carcano d’Oswald !!!).  En 1967, l’Allemagne de l’Est en avait fourni 360 de la version M44 et en en 1965, 2 000 modèles 48B, plus 1000 supplémentaires en 1967 avec une dotation de 90 000 munitions de 7.92 mm. C’est l’arme préférée des survivalistes ici en Europe !  L’autre surprenante est française et date la même époque, c’est le MAS 36, chambré en 7,5 mm, découvert par pick-up entiers (ici à droite), revenu d’armureries du régime dans lequel il avait servi entre 1945 et 1960. Bref, rien à voir avec un livraison française récente ! La plus étonnante découverte étant celle du retour de la StG-44 (« Sturmgewehr », fusil d’assaut en allemand), considéré comme l’ancêtre de tous les engins d’assaut actuels, iront des balles courtes en 7.92 x 33 mm (ici à gauche). Plus de 100 000 avaient été capturés par les russes, qui ne l’appréciaient pas trop et les avaient refilé à leurs satellites, dont la Tchécoslovaquie.  On pense qu’entre 7500 et 8000 ont atterri en Syrie. Bien sûr ces armes disparues posent la question de leur alimentation en munitions récentes.  Et là, on retombe pour la SG-44 sur la seule usine de production actuelle qui est… Serbe, c’est Prvi Partizan. Les rebelles syriens ont fini par épuiser les derniers stocks, et la SG-44 a alors vite disparu des combats, faute de munitions.  La mitraillette MP-40 des parachutistes nazis avait aussi été fournie par l’Allemagne de l’Est à la Syrie à 3 500 exemplaires, mais elle n’avait pas très été utilisée.  Une photo montre un militant la portant sur ses genoux dans une voiture.  La dernière « spéciale » étant la PPSh-41tirant des Tokraev de 7.62 x 25 mm Tokarev à partir de son magasin circulaire fort reconnaissable. Elle avait atterri vers 1968 en Syrie, avec un lot de 9000 répartis entre l’Egypte et la Syrie. Des mitrailleuses MG-34 de la Wehrmacht tirant du Mauser 7.92 x57 mm Mauser ont aussi été observées.  Selon l’auteur de l’article, c’est l’engin qui avait été volé en premier dans les dépôts d’armes de Bachar el Assad.  Des redoutables MG-42 (MG3) ont aussi eu le droit à un dernier tour d’honneur avec les balles de 7.92 x 57 mm.  La MG3, une MG-42 convertie pour tirer des munitions de l’Otan, a été fournie par la France et la Tchécoslovaquie dans les années 50, mais c’est l’Arabie Saoudite qui a fourni les plus récentes, car encore présentes dans ses effectifs de l’armée (ici aux mains d’un insurgé d’Alep en 2016).

La même chose qu’en Afghanistan… sous David Petraeus

Bref on était revenu à l’ère Diveroli, résume ici Brevan :  “Cela prouve que tout fournisseur des groupes d’opposition syriens n’a absolument aucun contrôle sur la destination finale de ces armes. C’est quasiment l’exacte situation survenant dans les années 1980 en Afghanistan, au sens où les USA, l’Arabie saoudite et les autres alliés fournissaient des armes à l’ISI, les services secrets pakistanais. Ils avaient ensuite le choix de les distribuer. Ils ont choisi les vainqueurs, qui représentaient la ligne dure des forces islamistes, à l’origine d’al-Qaïda et des Taliban.” Il est possible que des gouvernements de l’Europe de l’Est sachent que les armes vendues ne font que transiter par l’Arabie saoudite, affirme Bevan, car les armes de “gros calibre soviétiques” qu’ils vendent ne seraient jamais utilisées par l’armée de l’Arabie saoudite, qui préfère des armes légères, plus chères, d’origine américaine. “Ce que nous allons faire est de retourner voir ces gouvernements (d’Europe de l’Est), et leur dire : vous avez un sérieux problème, car vous avez exporté 7000 roquettes en Arabie saoudite qui ont un calibre russe, et vous savez pertinemment que l’Arabie saoudite n’utilise pas ce type d’armement. Alors pourquoi les exportez-vous en sachant que, de toute évidence, ils les donneront à quelqu’un d’autre ? “Ils le savent depuis longtemps et ils s’en moquent,” a-t-il admis, mais il pense que confronter des pays à de telles évidences finira bien par entraîner des résultats ».

… mais cette fois avec la mafia Bulgare comme intermédiaire !

Selon Balkan Arms Trade, « Le courtier en armes albanais appartenant à l’État albanais a vendu 17,5 millions de balles de fabrication chinoise, 350 obus de mortier et 40 000 obus de mortier à Alguns Ltd, une entreprise bulgare qui a participé au programme de Washington de formation et d’équipement des rebelles syriens. La société a été liée à une explosion mortelle survenue dans un stand de tir en Bulgarie en 2015, qui a coûté la vie à un entrepreneur du Pentagone travaillant sur le projet syrien. Alguns Ltd appartient à Alexander Dimitrov, ancien partenaire commercial de Boyan Petrakiev Borisov, figure du crime organisé bulgare, surnommé «le baron». Les détails des ventes, d’un montant supérieur à 1 million d’euros, sont révélés dans des documents confidentiels d’exportation d’armes obtenus par le Balkan Investigative Reporting Network, BIRN. Les documents du registre du commerce bulgare montrent que Dimitrov a fondé Alguns Ltd en 2008 à Sofia. L’activité principale de la société est le commerce des armes. En 2004, Dimitrov et Petrakiev étaient copropriétaires d’une entreprise de ferraille dénommée SIB Metal. Dimitrov affirme que l’enregistrement de la société a été annulé lors du processus de candidature et qu’il n’a pas revu Petrakov (ici à droite) depuis. Dans un rapport du Centre de recherches policières du ministère de l’Intérieur, Petrakiev est cité en exemple pour illustrer «une figure bien établie du monde criminel». Le document, publié en 2010, indique ensuite que Petrakiev avait été condamné à dix reprises pour des infractions non identifiées et qu’il devait faire face à huit autres affaires pour un large éventail d’infractions. Parmi ceux-ci, il y avait le vol de voitures, le hooliganisme, le viol, la possession illégale d’armes et de drogues et la participation à un groupe criminel organisé. En 2009, Petrakiev a été reconnu coupable d’avoir dirigé un groupe criminel impliqué dans le vol de cartes dans huit pays, indique le rapport. En 2012, il a été arrêté et emprisonné pour avoir dirigé un casino illégal. Celles-ci montrent comment les armes et les munitions fabriquées par les Chinois et les Albanais ont été exportées vers la Bulgarie dans le cadre de quatre licences d’exportation signées entre la société d’État militaire d’import-export d’Albanie, MEICO et Alguns en 2015. Dans le même temps, Alguns était employé en tant que sous-traitant pour le commandement des opérations spéciales du Pentagone aux États-Unis, le SOCOM, dans le cadre de ses tentatives visant à approvisionner et à former des rebelles syriens combattant un État islamique ».  Le 11 septembre 2016, Louise Ridely, du Huffington Post, avait elle aussi tiré la sonnette d’alarme en décrivant les armes saisies à l’EI, reprenant le rapport de Brevan. L’image d’un pickup débordant de bandes de mitrailleuses posées sur le drapeau de l’Etat Islamique avait été fort parlante.

Alguns liée à une explosion meurtrière révélatrice

Le rôle d’Alguns avait été révélé par un accident inopiné . « Le rôle d’Alguns dans le programme pour la Syrie s’est manifesté pour la première fois en juin 2015, lorsque Francis Norwillo, un vétéran de la US Navy âgé de 41 ans, est mort suite à l’explosion d’une grenade propulsée par roquette dans un champ de tir dans le village d’Anevo, dans le centre de la Bulgarie. Le lieu est la propriété du producteur d’armes national VMZ Sopot. Les courriels et les contrats obtenus par BIRN suite à un procès aux États-Unis et auprès de sources en Bulgarie révèlent de nouveaux détails sur l’incident. La participation d’Alguns à l’explosion reste vivement contestée, mais il n’est pas contesté que la société a joué un rôle central dans l’organisation de sessions sur le champ de tir les jours précédents. Norwillo et son collègue blessé Michael Dougherty » (à savoir des formateurs de Purple Shovel, dans un champ de tir en Bulgarie le 6 juin 2015, ici à droite), « avaient été embauchés dans le cadre d’un contrat de 28 millions de dollars signé par le Pentagone pour former des rebelles syriens à l’utilisation de diverses armes de style soviétique. Ils se sont rendus en Biélorussie puis en Bulgarie pour tester le matériel avant un camp d’entraînement en Jordanie, selon un procès intenté en Floride par la veuve de Norwillo et Dougherty. Des documents judiciaires contre les trois entreprises américaines présumées impliquées dans l’incident – Purple Shovel, Skybridge Tactical et Regulus Global – expliquent en quoi les plaignants estiment que la roquette défectueuse avait plus de 30 ans, était d’origine bulgare et avait été rejetée par le Pentagone comme étant non sécuritaire, alors qu’il cherchait à se procurer des munitions pour les rebelles syriens ».

Le pot aux roses

La question fondamentale, c’est RFI qui la pose en avril 2018 en évaluant le montant monumental des ventes d’armes de la Serbie… :  » De 70 millions d’euros en 2015, elles sont passés à 87,4 millions en 2016 et à 99,2 millions en 2017. Soit une progression de plus de 15% par an. » Et surtout en se posant la double question de ses acheteurs et de leur destination réelle :  « la plupart de ces commandes porte sur des munitions pour des armements de conception soviétique, héritage de la période yougoslave : obus d’artillerie, roquettes et munitions pour armes légères (…). Ce qui interpelle dans ce commerce, ce sont les clients de Sarajevo. A l’exception de l’Afghanistan, tous les autres pays cités n’utilisent pas ces armes, leurs armées étant largement équipées de matériel plus moderne, principalement acheté en Occident. Tous les observateurs en sont ainsi rapidement arrivés à se poser une question évidente : pourquoi se fournir en Bosnie en munitions que l’on n’utilisera pas soi-même ? »  Et voilà en effet le problème, perçu chez les avions transporteurs et leurs documents de transport :  qui est donc le « end user » final, s’il est différent du commanditaire ou de celui qui paie pour la commande, à savoir l’Arabie Saoudite ou les Etats-Unis ? « … Et tous les soupçons portent sur l’approvisionnement de milices soutenues par les pays importateurs, notamment en Syrie » poursuit RFI. « Il est pertinent de se poser la question, qu’il s’agisse du royaume d’Arabie saoudite ou des Emirats arabes unis, confirme Patrick Wilcken, de l’ONG Amnesty International. Leurs armées utilisent majoritairement des systèmes d’armement aux normes Otan, importés des Etats-Unis et d’Europe de l’Ouest. Pourquoi importeraient-ils ainsi d’importantes quantités d’équipement aux standards de l’ancien pacte de Varsovie ? Ces faits devraient agiter le drapeau rouge à propos de possibles violations sur les utilisateurs potentiels. » Plusieurs enquêtes ont également alerté ces derniers mois sur le rôle des Etats-Unis. Le commandement de leurs forces spéciales achète ainsi des quantités conséquentes d’armes dans plusieurs pays d’Europe de l’Est et des Balkans, afin d’équiper et de former les groupes soutenus par Washington en Syrie. La Bosnie-Herzégovine est ainsi en train de rattraper la Roumanie et la Bulgarie car ses usines tournent à plein régime »… Acheter pour d’autres, donc… de vieilles armes dépassées, certaines toujours produites, pour les reverser ensuite à d’autres…

Les Balkans comme réservoir d’armes du terrorisme en Europe

Un article de Capital revient sur les stocks des Balkans non encore transmis en Syrie. Certaines auront fait un aller-retour puisqu’on les a croisées sur les lieux des attentas survenus en Europe. Leur dissémination sans contrôle est à l’origine des attentats en effet : « besoin d’une Kalachnikov en Belgique ? Pas de problème, dit « Nemac » le Serbe; quelques centaines d’euros suffiront à acheter l’arme et une place pour l’acheminer, planquée dans une voiture ou un camion en provenance des Balkans. Rencontré dans un restaurant de routiers lugubre des alentours de Belgrade, la capitale serbe, Nemac précise qu’il ne fait pas lui-même de trafic d’armes. Mais, cet ancien des guerres de Yougoslavie explique qu’il connaît des gens qui le font. Ils peuvent livrer des fusils d’assaut du genre de ceux qui ont été utilisés dans les attentats du 13 novembre à Paris. Il évoque les armes qui circulent dans les Balkans, héritage de l’armée yougoslave. Autrefois, la principale menace djihadiste pour l’Europe, c’était la bombe. Puis, depuis un an environ, avec les attaques menées par les djihadistes français et belges revenus de Syrie l’attention s’est portée sur les armes et leur acheminement vers le coeur de l’Europe. C’est le domaine des gangsters des Balkans qui fournissent le grand banditisme en Europe occidentale. La provenance de la totalité des armes utilisées dans les attentats de Paris n’est pas connue avec certitude, mais on a appris samedi qu’une partie, notamment des M70, provenait d’un lot fabriqué à Belgrade à la fin des années 80 ». Le danger est en effet là : l’ouverture de la boite de Pandore des dépôts monstrueux d’armes des ex-pays soviétiques alimente depuis longtemps maintenant l’instabilité de toute l’Europe : « son associé Milan présente la liste des prix pour les armes volées dans les arsenaux d’Albanie et des pays de l’ex-Yougoslavie : 700 euros pour un fusil AK-47 (Kalachnikov) de fabrication yougoslave; un peu moins pour les modèles albanais et les versions chinoises. « Les pistolets ne sont pas encore trop chers, environ 150 euros pièce », ajoute Milan. La semaine dernière, le directeur d’Europol, le Britannique Rob Wainwright, a expliqué au Parlement européen qu’il pourrait y avoir d’autres attentats utilisant des armes vendues par les réseaux criminels des Balkans. En mai 2014, le Français Mehdi Nemmouche, 29 ans, de retour de Syrie, avait utilisé un AK-47 pour abattre quatre personnes au Musée juif de Bruxelles » (ici à gauche et là à droite l’arme utlisée). « Des Kalachnikov ont également été utilisées dans l’attaque de Charlie Hebdo et contre un hypermarché cacher en janvier dernier. Certaines ont été acquises en Belgique comme celle du tireur du Thalys en août » (l’attaquant étant équipé de 9 chargeurs pleins !!!). 

Reda Kriket, arrêté à Paris (à Boulogne-Billancourt), possédait des Kalashnikov AK-47 et un pistolet provenant de Croatie.  Les attaquantes des terrasses parisiennes avaient des AK-47 fabriqués par Zastava, fabricant serbe. Les frères Kouachi qui ont attaqué Charlie Hebdo avaient des munitions pour Kalashnikov provenant de Bosnie. Robert Fisk de The Independent avait retrouvé en juin 2018 Ifet Krnjic, le fondateur d’une entreprise d’armement réputée, BNT-TMiH, située à Novi Travnik. Celle qui a fourni les américains et les saoudiens en mortiers notamment, dont les éclats avaient été retrouvés à Alep et à Ansari dans le fief du mouvement du Jaish al-Mujaheddin, anti-Bachar. Il se rappelait la liste des saoudiens venus inspecter ses ateliers en 2016. Les 500 mortiers commandés étaient partis le 15 janvier 2016 selon lui. Pire encore car les saoudiens n’étaient pas venus seuls mais accompagnés, selon lui :  « le récit par Ifet Krnjic de l’expédition de mortier de BNT-TMiH en Bosnie est à la fois précis et détaillé. «Lorsque les Saoudiens sont venus inspecter notre usine au début de 2016, il y avait un« ministre »saoudien… et des officiers saoudiens qui sont également venus inspecter les armes avant de les recevoir. Les officiers portaient des vêtements civils. Le ministre était en robe. Toute notre production après la guerre [bosniaque] est sous le contrôle des Américains et de l’OTAN qui viennent toujours ici… et ils connaissent chaque pièce de nos armes qui sort de notre usine. ” Krnjic décrit comment il a reconnu des officiers de l’OTAN en visite dans l’usine, l’un d’eux étant «un officier canadien, un Noir nommé Stephen». Ikanovic, le patron de la BNT-TMiH, confirme que toutes les expéditions d’armes, y compris celles à destination de l’Arabie saoudite, ont été contrôlées par la Force de l’Union européenne Althea (EUFOR), successeur de la SFOR de l’OTAN, et mise en place dans le cadre des accords de Dayton de 1995 qui ont mis fin à l’accord de Bosnie-Herzégovine. guerre. Selon Ikanovic, un général autrichien s’est rendu dans son usine pour des inspections. Il a été identifié par d’autres employés comme étant le général autrichien Martin Dorfer, commandant de l’EUFOR (ici deux clichés de lui).  Krnjic dit que les armes de l’usine ont été exportées par l’aéroport de Tuzla ou par Sarajevo ».  Dans le même article de Capital déjà cité, on tombait sur cette énième révélation de taille : « l‘UE a décidé de mettre en place un système de marquage et d’enregistrement pour les armes ainsi que des normes pour leur désactivation. Un AK-47 ayant servi dans l’attaque contre Charlie Hebdo avait été acheté légalement comme une arme de collection désactivée en Slovaquie, pays membre de l’UE ».  Et là on retombe sur celui qui les « remilitarisait », ces armes « expanz » achetées sur le net… en Slovaquie, justement : Claude Hermant, condamné à 7 ans de prison en 2017 à Douai.  Il aurait fait venir entre 460 et 470 (c’est énorme, on avait parlé de « plus de 250 » jusqu’ici !) entre 2013 et 2015.  Six d’entre elles, dont 5 pistolets Tokarev et un fusil d’assaut ayant été fournies à Amedy Coulibaly, le tueur de l’Hyper Cacher et l’assassin de la policière Clarissa Jean-Philippe... le 7 février dernier, en appel, Hermant, l’ultra-indentitaire l’ami de Serge Ayoub, qui lui ne se souvient plus de James Dindoyal, (et dont le compte Twitter n’est pas fermé), s’en est pris une de plus (à droite Hermant filmé dans « Enquête d’Action » montrant une de ses armes.  Il avait aussi été filmé dans « Pièces à conviction » où il s’était donné le bon rôle… : il avait réussi il semble bien à totalement empapaouter les journalistes à l’époque avec la séquence des codes et de l’hôtel où dissimuler une arme !!! ).  A son premier procès, il s’était présenté comme un « infiltré » informant la police ou les gendarmes, il semble bien qu’on le l’a pas vraiment cru en ajoutant une année de plus à sa condamnation initiale (soit 2 ans de moins que le maximum).  Certes, mais dans quelles mains sont donc tombées ses 470 armes dangereuses, toutes évaporées depuis dans la nature ??? La raison d’être de l’extrême droite est de créer l’instabilité dans un pays afin d’y prendre le pouvoir par la force, faute d’intelligence politique.  On vient d’en avoir un exemple tout aussi retentissant avec l’infiltration des gilets jaunes par ces groupuscules…. les premiers à crier ensuite au « complot , bien entendu !!!  Pour les Etats, la circulation non surveillée des armes légères est bien une œuvre de déstabilisation !  Le procédé Gladio n’est jamais très loin !!!

 

 

Le document qui résume :

http://www.siawi.org/article15521.html

http://www.rasrinitiative.org/pdfs/workshop-4/RASR-Workshop4-SAS-RASR-research-output-May11.pdf

le rapport du  South Eastern and Eastern Europe Clearinghouse for the Control of Small Arms and Light Weapons

http://www.seesac.org/f/docs/SALW-Stockpile-Management-2/Ammunition-Technical-Assesment-of-Montenegro-EN.pdf

 

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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