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MH370 (18) : Century Arms, plusieurs rendez-vous avec l’histoire, ici le premier

Le hasard des recherches fait parfois tomber sur de très beaux textes.  Ou des textes-clés, ceux qui « relient les points » (« connecting the dots » ) comme disent si bien les américains.  Celui signé  et intitulé « Gun under glass », paru le 13 mars 2018 dans le magazine Oxford American (pour son numéro 100), est un de ceux-là, c’est pourquoi j’ai choisi de vous en montrer le maximum, car ce qu’il décrit est une affaire historique, qui n’a été résolue que trente ans plus tard.  Mais c’est aussi un texte qui va vous révéler un étonnant détail, qui prend aujourd’hui une toute autre dimension.  Celui du nom d’un entreprise très spéciale, qui a eu plusieurs rendez-vous importants avec l’histoire comme on va le voir…  Le titre du texte peut paraître obscur au premier chef.  Ce « fusil sous verre », c’est en effet l’arme d’un crime, désormais exposée dans un musée de la lutte pour l’émancipation des noirs.

Nota :  à ceux qui pourraient penser récupérateur l’association de la catastrophe du vol MH-370 dans le titre de cette longue série, je rappelle qu’à l’origine il y a la forte suspicion émise par l’un des parents de victimes françaises sur la possibilité que le Boeing 777 incriminé ait pu avoir eu affaire à un trafic de ce genre, ou à une bavure militaire liée à ce trafic.  La série a débuté ici

C’est d’abord une belle statue élevée sur l’Evers Boulevard Library de Jackson.  Celle dédiée à la mémoire d’un noir américain, défenseur des droits de l’homme et membre de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), mort assassiné à 37 ans le le 12 juin 1963.  Il militait activement pour les droits des noirs, au grand dam d’un KKK tout puissant à cette époque à Jackson, dans l’État du Mississippi de sinistre mémoire, où il était bien entendu devenu la cible des suprémacistes blancs.  C’était aussi un ancien soldat, qui a participé à la bataille de Normandie en juin 1944 (Medgar Evers était dans le 325th Port Company, un escadron de l’Army mais dotée de planeurs que l’on verra en action lors de l’Operation Market Garden et lors de la terrible Battle of the Bulge).  Son passé militaire lui a valu d’être enterré au cimetière national d’Arlington.  Il a été froidement assassiné, tué dans le dos, par Byron De La Beckwith, qui est membre des Citizens’ Councils, un groupe raciste formé en 1954 pour s’opposer à l’intégration raciale dans l’éducation (à droite une manifestation de noirs associant un soldat).  A Jackson, le racisme était chose commune et une bonne partie des policiers blancs, était ouvertement pro KKK.  Mais ce n’est que trente ans après, en 1994, que De La Beckwith a été reconnu coupable, et ce grâce à un élément clé de « nouvelles preuves » apparues tardivement.  Cet élément fondamental, c’est justement le fusil avec lequel De La Beckwith, un vendeur d’engrais, avait tiré sur Evers.  Ce dernier avait été atteint (dans le dos !) par une balle tirée d’un bosquet par un vieux fusil Enfield datant de 1917.  L’auteur des coups de feu qui était le propriétaire de l’arme, visiblement pas trop doué, avait même été blessé par le recul de cette dernière lors du tir. Il l’avait équipé récemment d’une lunette de visée sur laquelle on retrouvera même ses empreintes !!!  Le fusil, abandonné sur place sera une pièce fondamentale du procès de 1994, alors qu’on l’avait ignoré pendant des années.  Ou plutôt que l’on avait tout fait pour l’oublier.  Au départ, il avait été acheté par correspondance en 1959 par un dénommé Thorn McIntyre III, qui s’en était fort peu servi et l’avait revendu assez vite à De La Beckwith.  C’est ce premier acheteur qui sert d’appui à la précieuse enquête d’Alan Huffman.  L’engin, d’origine anglaise comme on le sait, avait été produit en masse dans l’arsenal d’Eddystone, dans la banlieue de Philadelphie, et amené en Europe par les soldats américains, lors de l’offensive sur l’Argonne notamment.  Une fois démobilisés, ces armes avaient été achetées en masse par des brokers, et notamment par une firme canadienne, dirigée par un dénommé William Sucher, qui en aurait acheté selon lui des « milliers », avec d’autres lots après guerre, dont des carabines italiennes ou grecques, telle ce Mannlicher-Schnönauer retrouvé  ici dans son catalogue de 1961 paru dans  la revue « Guns » de juillet 1961 (en couverture ici à gauche). La firme de Sucher, installée au Canada, portait alors comme nom « Empire Wholesale Sporting Goods LTD« , sise à Montréal mais elle se faisait aussi appeler « Century International Firearms », le nom figurant sur la facture de McIntyre, pour les achats faits aux USA, avec une adresse dans le Vermont, à St Albans, au 52 Lake Street (c’est tout près du Canada).  La société avait été créée au Canada en 1961, avec le beau-frère de Sucher appelé Manny Weigensberg. La femme de Sucher, née Phyllis était canadienne. Mais un document trouvé ici évoque une création plus ancienne, celle d’un magasin International Firearms qui aurait « ouvert ses portes à Bleury en 1952 ».  Selon ce témoignage, le magasin était régulièrement dévalisé  » y compris par des membres du FLQ » (les indépendantistes extrémistes), et était suivi alors de « délits criminels peu de temps après ».  Selon l’intervenant, Sucher avait aussi refusé de montrer ses papiers à des fonctionnaires canadiens lors d’une vérification.  Tous deux avaient débuté petitement, par la vente de matériel de bureau d’occasion.  Au début des années 1960, un client ne pouvant le régler lui avait proposé d’échanger de vieilles carabines contre ses machines de bureau.  Vu les profits inattendus réalisés lors de la revente de ses armes, il avait décidé de ne plus faire que cela et de se lancer dans le commerce des armes.  Les entrepôts d’Europe et d’Asie regorgeant d’armes excédentaires issues d’anciens conflits, dont la seconde guerre mondiale, qui avait inondé la planète d’armes en tout genre, il avait vite démarré un commerce fort lucratif en rentrant de la guerre du Pacifique où il avait été lieutenant.  En 1964, il déclarera aux autorités gouvernementales avoir acheté «des centaines de milliers de fusils» au gouvernement italien, par exemple.  Vous pensez peut-être comme moi, déjà, à un autre fusil… nous étudierons cela un peu plus tard, rassurez-vous.  Mais Sucher meurt en 1976, comme on l’a déjà précisé, et c’est son beau-frère qui déménagera donc l’affaire Century Arms à Boca Raton en Floride dans un premier temps.  « L’un des employés du magasin s’appelait Alfred Pinisch », nous rappelle le même texte.  A l’époque, le concurrent de Sucher s’appelle Sam Cummings, avec sa société Interarmco. installé à Alexandrie, en Virginie.

Le fusil de Thorn
Thorn McIntyre III avait contacté la police dès l’annonce du meurtre, après avoir vu la petite annonce répandue par la police pour retrouver le propriétaire du fusil, en pensant que c’était effectivement le sien qui avait servi:  « la fois où McIntyre a entendu parler du fusil, c’était en juin 1963 dans le Jackson Daily News. La police de Jackson faisait circuler une photo du fusil retrouvé sur les lieux du meurtre d’Evers dans l’espoir que quelqu’un fournirait des informations sur son propriétaire.  McIntyre a remarqué qu’il portait l’empreinte indiquant sa fabrication à Eddystone et qu’il croyait qu’il s’agissait de son ancien fusil.  Il a donc appelé la police et l’a confié au détective Ralph Hargrove.  McIntyre et Hargrove se sont opposés à la tolérance blanche stéréotypée à l’égard des crimes liés aux droits civils perpétrés au Mississippi. McIntyre a pris un risque évident en signalant ce qu’il soupçonnait au sujet de l’arme, et Hargrove a poursuivi le dossier de manière agressive à une époque où les agences gouvernementales locales et gouvernementales étaient connues pour leur manque de détermination dans de telles enquêtes et dans certains cas pour être directement impliquées dans les crimes.  McIntyre se souvient avoir eu pour la première fois une conversation avec Hargrove: «Je lui ai dit que je possédais un fusil similaire à celui qui était dans le journal et je lui ai demandé de vérifier certains numéros, le lieu de fabrication et la date, qui était septembre 1917 ou 1918.  Je pensais que c’était très probablement le même fusil.  La question suivante était de savoir ce qu’on avait fait avec et c’est ce que j’ai dit. »  Dans une photo en noir et blanc prise par Hargrove, datée du 13 juin 1963, le lendemain du meurtre, un inspecteur de police utilisait un bâton pour pêcher l’Enfield d’une ronce de vignes de chèvrefeuille en face de la maison d’Evers. Beckwith, dont l’identité n’était pas encore connue, s’était caché dans les broussailles et avait tiré dans le dos d’Evers à son retour d’une réunion de défense des droits civils tard dans la nuit; il a ensuite laissé le fusil derrière lui quand il s’est enfui ». L’annonce de la police était fort précise, insistant sur les particularismes de l’arme, qui ne pouvait être confondue avec aucune autre, le nouvel acheteur ayant effectué sur elle des modifications fort particulières. L’annonce de la police débutait par une invitation : « Reconnaissez-vous ce fusil? » indiquait-elle, avec une description précise : « La police de Jackson demande aujourd’hui de l’aide. Le propriétaire de la carabine trouvée dans le domicile de Medgar Ever, leader de l’intégration tué, il y a une semaine. numéro porte le N° 1063682. Une lunette de tir japonaise a été montée récemment  sur l’arme. Selon les officiers de police, plusieurs modifications» ont été apportées au fusil. Y compris raccourcissement du bois sous le canon, l’enlèvement de la pièce de bois du dessus du canon et l’enlèvement de deux bandes de métal qui maintenaient le mors en bois au canon. Le chef des inspecteurs, M. Pierce, a demandé à toute personne qui aurait vu l’arme d’entrer en contact avec la police. »

Les circonstances du drame

Ce lâche meurtre avait provoqué une onde de choc jusqu’à Washington, et il préfigurait des lendemains houleux à Jackson même.  Il annonçait aussi, hélas, celui de Martin Luther King (qui sera abattu le 4 avril 1968 à Memphis). « La femme d’Evers, Myrlie et leurs enfants avaient entendu le coup de feu alors qu’ils regardaient la télévision, appuyés sur des oreillers sur le lit du couple. Ils avaient déjà regardé l’allocution présidentielle de Kennedy au sujet de la montée des tensions raciales dans le sud du pays, et les enfants avaient été autorisés à rester éveillés tard pour accueillir leur père à son retour.  La balle avait traversé le torse d’Evers, une fenêtre et un mur intérieur de la maison, puis avait abouti dans la cuisine où elle a ricoché du réfrigérateur et s’est immobilisée sur la table de cuisine.  Il est décédé alors qu’il était transporté dans un hôpital par des voisins, sur un matelas à l’arrière d’un break.  La nouvelle de l’assassinat – le premier d’un leader des droits civiques aux États-Unis – a retenti à travers le pays et a provoqué une marche dans le centre-ville de Jackson qui a impliqué environ cinq mille personnes en deuil et manifestants, y compris le docteur Martin Luther King Jr. La police de Jackson, avec les chiens et les matraques ont tenté de disperser la foule, qui a alors lancé des briques, des bouteilles et des pierres  » « (cf photo ici à droite).  Une violence plus grave a été évitée seulement après qu’un avocat du ministère américain de la Justice, John Doar, ait convaincu les manifestants de reculer.  De nombreux historiens ont indiqué que le meurtre d’Evers a servi d’inspiration au président Kennedy pour demander au Congrès un projet de loi sur les droits civils, qui serait adopté par le président Lyndon Johnson l’année suivante, après l’assassinat de Kennedy lui-même. Evers, un ancien combattant qui avait servi en France pendant la Seconde Guerre mondiale, a été enterré au cimetière national d’Arlington.  Onze jours après le meurtre, armée de la facture de McIntyre et d’une boîte d’empreintes digitales tirée du dossier militaire de Beckwith, la police a arrêté Beckwith, qui s’était alors coupé à un œil lors du coup de fusil, une blessure épousant la forme exacte de sa lunette de visée.  Il portera la cicatrice pour le restant de ses jours et en sera fier, alors qu’il regrettait surtout d’avoir laissé le fusil derrière lui.  Il prétendra plus tard que le fusil lui avait été volé ».  Avec de telles preuves contre lui, on pense l’affaire réglée.  Mais on est dans le Mississippi, et c’est oublier que les blancs font alors la loi comme bon leur semble. Celle de leur seule couleur de peau.  A gauche, la petite maison de Medgar et Myrlie Evers devenue musée du Tougalou College.

Le fusil devenu fantôme

Le jugement et même son appel en effet seront confondants, pour nous ici en Europe, mais pas là-bas dans le Mississippi.  Mais il va se passer autre chose de tout aussi grave :  on va s’arranger pour que le fameux fusil, toujours porteur des empreintes de l’assassin, disparaisse de la vue de tous.  Une manœuvre ostensible pour qu’il ne puisse pas y avoir de nouvelle enquête, au cas où.  « Le procureur de district, Bill Waller (élu gouverneur du Mississippi en 1971) a diligemment poursuivi l’affaire en 1964, avec McIntyre à la barre.  Deux jurys composés exclusivement de Blancs n’ont pas abouti à un verdict en raison de la difficulté, dans le Mississippi, de condamner un Blanc pour le meurtre d’un Noir. Après les procès en référé, le juge qui présidait a emmené l’Enfield à la maison comme souvenir et l’a ensuite remis à un autre juge, Russel Moore, qui l’a présenté dans son bureau et à la maison comme un trophée.  À ce stade, il a disparu de la vue du public » (à droite le fusil examiné par Ralph Hargrove).  « Dans le troisième numéro de ce magazine, publié à l’hiver 1993, j’ai rédigé un essai sur Beckwith, Myrlie Evers et sur ma propre expérience à Jackson, dans les années soixante et soixante-dix. Parmi les détails nouveaux de l’affaire à l’époque, il y avait la manière dont, comme je l’écrivais alors, «le fusil Enfield manquant, qui était essentiel pour l’accusation, avait été retrouvé dans une salle de stockage appartenant au beau-père de l’adjoint du comté de Hinds. Le procureur Bobby DeLaughter. »  Bien que Beckwith ait démenti le meurtre d’Evers, les éléments de preuve montraient d’une manière prépondérante qu’il était coupable. Outre des témoignages  accablants de ses précédents procès, il avait écrit une lettre à la National Rifle Association cinq mois avant le meurtre, dans laquelle il avait prédit: «dans les 15 prochaines années, nous allons devoir faire beaucoup de tirs pour protéger nos épouses et nos enfants des mauvais nègres. »  Des témoins de la nuit des coups de feu ont déclaré l’avoir vu ainsi que sa voiture, un Plymouth Valiant, près de la maison d’Evers, et un informateur du Ku Klux Klan a affirmé que Beckwith (ici à gauche) s’était vanté du meurtre. En 1973, Beckwith avait été accusé d’avoir une bombe à retardement dans sa voiture à la Nouvelle-Orléans, qu’il aurait eu l’intention d’utiliser pour faire exploser la maison d’un homme juif (il a par la suite été acquitté de ce crime).  Au moment de la publication de l’essai j’attendais le troisième procès de Beckwith pour le meurtre d’Evers, incertain quant à savoir si cela rendrait justice au Mississippi où s’il ne susciterait plus d’ambiguïté et de gêne. J’avais écrit:  «Depuis plus de trois décennies, l’histoire épouvantable du meurtre d’Evers et la question de la culpabilité ou de l’innocence de Beckwith ont été répétées à maintes reprises, des voix contradictoires et des contextes variés, sans conclusion.  Les faits ont été réorganisés, supprimés, ajoutés, interprétés différemment. Pourtant, un fait demeure indiscutable: l’homme responsable de l’un des meurtres les plus notoires de l’ère des droits civiques reste libre ».  A droite ici des manifestants placides dénonçant la totale hypocrisie de la politique américaine, qui engageait à la pelles des noirs pour aller se battre au Viet-Nam ou se rendre sur les bases US en Europe sans leur donner sur place les mêmes droits que les blancs.

Une preuve dissimulée à dessein

L’arme avait en effet disparu des radars de la justice pendant trois décennies !!!  C’est cela le plus étonnant de cette affaire, à se demander exactement pourquoi : voulait-on ainsi protéger l’assassin… ou celui qui avait vendu l’arme ?  Car cela avait été fait exprès bien sûr.  « Il y avait à la fois un soutien et une opposition à la réouverture du dossier, et le procureur de district Ed Peters s’est opposé à toute action, invoquant notamment l’arme de meurtre présumée manquante.  Il est difficile de savoir quand DeLaughter, le procureur adjoint du comté – dont l’épouse était la belle-fille du juge Russel Moore – a appris où se trouvait Enfield et combien de temps il avait pu garder le secret.  Son récit de comment et quand il a trouvé l’arme diffère de celui de Michael Rejebian, un journaliste du journal le Clarion-Ledger qui enquêtait sur l’affaire avec son collègue Jerry Mitchell. (En 2012, j’ai coécrit un livre avec Rejebian sur un sujet sans rapport). Rejebian a déclaré que Matthew Moore, le fils du défunt juge Moore, lui avait raconté que, lorsqu’il était garçon, il avait posé la question suivante:  «Est-ce l’arme qui a tué Medgar Evers ?  Rejebian avait déclaré que Matthew Moore lui avait également dit que DeLaughter savait où se trouvait l’arme. Lorsque mon essai sur Beckwith a été publié, la réponse officielle a été que DeLaughter avait découvert le fusil dans la réserve de la maison de sa belle-mère, où il avait été conservé depuis la mort de son mari, le juge Moore.  Mais, selon le récit de Rejebian, DeLaughter a transféré l’arme à feu de son domicile à la salle des preuves du tribunal du comté.  DeLaughter a donné une version différente des événements dans son mémoire de 2001, « Never Too Late ».  Il a cité la réponse d’Ed Peters à Myrlie Evers lorsqu’elle avait demandé la réouverture du dossier: «Mme Evers, il n’existe pas de raison à le faire.  Nous n’avons aucune preuve matérielle des procès de 1964: pas d’arme à feu, pas de balle, pas de photo. Les seigneur seul sait où les témoins se sont dispersés, ou s’ils sont toujours en vie. »  DeLaughter a écrit qu’il avait cherché des transcriptions des premiers procès ainsi que des témoins survivants, et que ceux-ci ont commencé à faire surface et que l’arme du meurtre manquante a absorbé ses pensées. « N’avais-je pas vu des armes semblables à celles des photos? » Je savais au fond de moi que je l’avais vue, mais où ? Beaucoup de membres de la famille et d’amis avaient des armes à feu, mais je ne pouvais penser à personne de façon désinvolte qui n’ait rien de si vieux.  Personne d’autre que Russel. »  Puis il avait écrit:« Un souvenir oublié depuis longtemps s’est lentement infiltré de mon subconscient [sic].  J’avais déjà vu un fusil dans la salle de bain de Russel. Il s’en était servi comme d’un accessoire pour maintenir la porte fermée sur le placard à serviettes.  DeLaughter a écrit qu’il se rappelait avoir une fois interrogé le juge Moore à propos du fusil. «Qu’est-ce qu’il avait dit ? C’était dans une vieille affaire de droits civils. C’est tout ce qu’il avait dit. Dans la version de DeLaughter, il a appelé son beau-frère, Matthew Moore, qui lui dit ne rien savoir du fusil. Il s’est alors rendu chez sa belle-mère, le numéro de série de l’arme du crime à la main, et a constaté que le fusil dans son magasin était l’Enfield perdu. Il a pris le fusil chez lui ce soir-là, mais au lieu de l’apporter au département de police de Jackson le lendemain, il l’a gardé. Il a écrit qu’il se rendait compte que Beckwith «claquait» s’il savait que le bureau du procureur avait l’arme, et il a décidé:  «Cela resterait caché dans ma maison et si nous n’avions plus de preuves ni de témoins, personne d’autre n’apprendrait sur le fusil et les circonstances de sa découverte. Je rendrais l’arme à Carolyn [sa belle-mère] pour qu’elle agisse à sa guise, sans que personne ne soit embarrassé. »  Peters a écrit qu’il approuvait ce plan et ils ont convenu de ne pas informer Myrlie Evers, parce qu’ils s’attendaient qu’elle le dirait à Jerry Mitchell, avec qui elle était en communication étroite. Une fois que le bureau du procureur disposait des éléments de preuve disponibles, y compris de la facture originale de McIntyre émanant d’International Firearms et de la transcription du procès précédent ainsi que de la localisation des témoins survivants, il a été annoncé avec une grand fracas que l’affaire serait à nouveau examinée. »

Pendant trente ans personne ne s’était inquiété de ne plus voir le fusil

« Le fait que le procureur possédait personnellement l’arme du meurtre apparemment manquante était manifestement inhabituel, mais peu de personnes l’ont mis en doute.  Cela a été remplacé par la plus grande histoire, celle de l’affaire de meurtre du partisan des droits civiques depuis longtemps dormante, qui serait réouverte.  Les médias ont applaudi les efforts de DeLaughter, et l’Enfield est passé d’une décoration potentiel à un autre type de trophée.  En 1994, DeLaughter a poursuivi Beckwith de manière agressive.  Au cours du procès, le fusil a été utilisé comme preuve devant le tribunal pour la troisième fois.  McIntyre a de nouveau témoigné, de même que plusieurs autres témoins des procès initiaux.  La salle d’audience était bondée chaque jour, avec un important contingent de médias locaux, nationaux et internationaux.  Certains des anciens témoins étaient décédés et la plupart de ceux qui ont témoigné, y compris le détective Ralph Hargrove, étaient âgés. Comme lors des procès précédents, l’Enfield a de nouveau été distribué au jury, ce qui a suscité des réactions mitigées de la part des jurés, la plupart du temps des regards perplexes.  Beckwith arborait une épingle à drapeau confédérée et restait provocant.  Le dernier jour, tout le monde se pressait dans les salles du palais de justice, attendant avec impatience le verdict.  Il semblait probable que si le jury ne condamnait pas cette fois-ci, l’affaire ne serait plus jamais poursuivie. Ensuite, le jury est rentré dans la salle d’audience et a rendu son verdict:  coupable.  Beckwith a été condamné à la prison à vie, où il est décédé en 2001.  L’Enfield est devenu un symbole de la justice accomplie et fait partie depuis du département des archives et de l’histoire de l’état comme un artefact historique.  Malgré ses tournants surprenants, l’affaire, souvent décrite comme le plus long procès pour meurtre de l’histoire des États-Unis, a finalement eu une note positive.  Le jury a transformé un meurtre odieux en une leçon tardive d’honneur et de justice, et l’affaire est devenue une aubaine pour le Mississippi, grâce à la réapparition de l’Enfield ».  Un fusil qui trône désormais dans une vitrine de verre, d’où l’explication du titre un peu étrange du texte.  (C’est également devenu la base du film « Ghosts of Mississippi » de 1996, de Rob Reiner, dans lequel Alec Baldwin joue un DeLaughter présenté un peu trop comme un héros.  A noter que dans le fil joue aussi Brock Peters, qui a joué le rôle de Tom Robinson, qui relie à un autre film clé du mouvement de défense des droits des noirs : « To Kill a Mockingbird, » (« Du silence et des ombres « ) de Robert Mulligan, tourné en 1960).  Le regretté chanteur engagé Phil Ochs chantera en 1964 une ode au martyr d’Evers, intitulée «  The Ballad of Medgar Evers (Too Many Martyrs).  Dylan aussi avait évoqué le meutre d’Evers dans « Only a Pawn in Their Game » parue en 1964 dans son troisième album, The Times They Are a-Changin’.  On peut l’entendre ici, encore très jeune (il n’a que 22 ans), la chanter lors de la grande marche de Washington, le 28 août 1963…

Ceci, c’était en fait la première apparition dans l’histoire d’une firme vendeuse d’armes appelée Century International Firearms, comme vous avez pu vous en apercevoir.  Devenue déjà Century Arms après avoie déménagé.  Son second rendez-vous sera tout aussi étonnant, sinon bien plus inquiétant.  Le pion dans un terrible jeu, pour paraphraser Dylan, comme nous allons le voir.  Dylan avait eu une intuition géniale en évoquant des forces obscures dissimulées derrière l’événement. Celles d’un enjeu énorme, en effet…

 

« Oxford American est un magazine littéraire trimestriel à but non lucratif qui se consacre à présenter le meilleur de l’écriture sudiste tout en documentant la complexité et la vitalité du sud des États-Unis.  Le magazine a été fondé en 1992 à Oxford, dans le Mississippi, par Marc Smirnoff et est connu pour ses œuvres originales de personnalités littéraires telles que ZZ Packer, Charles Portis, Kiese Laymon, Rebecca Wells, Nikky Finney, Allan Gurganus, Ernest Gaines, Ernest Gaines, CE Morgan John Jeremiah Sullivan, Jesmyn Ward et beaucoup d’autres, tout en publiant régulièrement des écrivains émergents.  L’OA est également connue pour avoir publié dans chaque numéro une vaste gamme d’œuvres d’art et de photographies, notamment des œuvres de Thornton Dial Sr., Jungjin Lee, Eudora Welty, Sally Mann, Gordon Parks, Carroll Cloar, Roger May, Christopher Rodriguez et Eleanor Davis. et William Eggleston. Depuis 1997, Oxford American publie son numéro annuel de musique sudiste, pour lequel nous avons reçu de nombreux éloges, du Seattle Weekly au Salon en passant par Tom Petty.  Nous croyons que la musique du Sud influence profondément la culture américaine.  Chaque numéro de musique comprend non seulement ce que le Houston Chronicle appelle «le meilleur magazine sur la musique de toute l’année», mais aussi notre CD recherché, présenté par les rédacteurs en chef. l’héritage musical extrêmement varié de la région. »  Le magazine offre un CD compilation avec certains numéros qui sont tous de véritables réussites musicales.  L’exemplaire du Texas sorti en 2014 propose par exemple Billy Joe Shaver ou le trop rare James McMurtry mais aussi Bob Wills & His Texas Playboys, le Duke Eklington de la Country, et l’outlaw Waylon Jennings, sans oublier Buddy Holly…

 

« Aujourd’hui, Medgar Evers est mort de la balle qui l’a frappé.
Ils l’ont fait descendre comme un roi.
Mais quand l’ombre tombera sur celui
Qui tira le coup de feu
Il verra près de sa tombe
Sur la pierre qui restera
Gravé à côté de son nom
Cette simple épitaphe :
Rien qu’un pion dans leur jeu. »

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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