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MH370 (17) : la piste canadienne

Ce que vous allez lire maintenant durant trois épisodes est une découverte historique. En me plongeant dans cet effrayant dossier sur la circulation des armes, cet immense iceberg, j’ai plongé en effet plus profond que prévu, pour aboutir au final dans les années soixante, en commençant par des textes écrits une vingtaine d’années plus tard, et portant sur une petite entreprise canadienne fort particulière comme vous allez le voir. On trouvait chez elle déjà, tous les ingrédients actuels du trafic dénoncé (celui de l’affaire des Contras à l’époque) : des armes de l’ex-empire soviétique, un financier arabe (d’Arabie Saoudite) dont le nom a évoqué autre chose fort récemment, des sociétés écrans panaméennes, et une entreprise américaine dont l’étude va se révéler fort surprenante, car elle sévit toujours, cinquante ans plus tard, comme vous allez le voir…

Nota : à ceux qui pourraient penser récupérateur l’association de la catastrophe du vol MH-370 dans le titre de cette longue série, je rappelle qu’à l’origine il y a la forte suspicion émise par l’un des parents de victimes françaises sur la possibilité que le Boeing 777 incriminé ait pu avoir eu affaire à un trafic de ce genre, ou à une bavure militaire liée à ce trafic. La série a débuté ici

 

C’est encore un article saisissant qui nous fait le détail des opérations jusqu’ici restées obscures. Il s’intitule « The Canadian Connection » et il a été écrit par Dan Burke en août 1987.  On le trouve dans le fond d’archives (proposé en ligne gratuitement) de la revue hebdomadaire MacLean’s, qui a été fondée en 1905.  C’est un peu la pierre de Rosette des transferts massifs d’armes via le Canada, et surtout l’exposition en détail du rôle d’Emmanuel Weigensberg et de sa société… familiale, incluant Sucher, son propre beau-frère.  Dès les premiers lignes, on est en effet vite baigné dans l’affaire et la forte implication de la famille Sucher : « le sénateur Daniel Inouye, le démocrate hawaïen qui préside le Comité mixte du Congrès sur l’affaire Iran-Countras, a manifestement eu une attitude nostalgique. Il a déclaré aux journalistes la semaine dernière que les audiences télévisées pourraient bien finir par laisser de nombreuses questions sans réponse. Inouye a déclaré: « Le puzzle ne sera pas complet. » Mais de nouveaux documents – publiés par le panel et obtenus par Maclean’s – ont ajouté des pièces manquantes à deux parties du puzzle mettant en cause les principales connexions canadiennes du scandale. Un document révèle qu’un marchand d’armes fantôme montréalais nommé Emmanuel (« Manny ») Weigensberg – dont Trans World Arms Inc. a négocié les premières livraisons secrètes d’armes aux contre-rebelles nicaraguayens à la fin de 1984 et au début de 1985 – était plus engagé que prévu dans les transferts d’armes clandestins.  Les autres documents jettent un nouvel éclairage sur la manière dont les investisseurs mécontents des États-Unis menacent les investisseurs secrets américains. Les livraisons d’armes à l’Iran ont contribué au démantèlement de l’opération internationale secrète de l’automne dernier. »

Une petite entreprise bien familiale
Et en effet, pour être plus « engagé », le dénommé Weigensberg l’était. Le fameux « Manny » n’était, on l’a vu, que le beau-frère de William Sucher de Century International Arms !!!  TWA c’est en effet TransWorld Arms, qui est à l’origine du tout premier envoi d’armes, fin 1984, organisé par le général Secord, les armes ayant été négociées par l’entreprise d’armement portugaise connue sous le nom de Defex, qui avait alors récupéré des armes provenant de… la République populaire de Chine !!!  Ici à gauche Masha Lloyd, devenue une grande fan d’Internet, nous montrant une photo du stand de Defex à un salon de l’armement de 1982 alors qu’elle n’avait que 25 ans.  Derrière elle les obus et les mitrailleuses produits par la firme.

Un contrat à 2,3 millions de dollars pour le Pentagone (cela ferait aujourd’hui 7 038 055 dollars), sur les 8,5 de dépenses affiliées à l’affaire des Contras, dégageant un profit de 720 400 dollars, dont Weigensberg recevra environ le 1/3 (240 133 dollars ce qui ferait aujourd’hui 734 405 dollars), le personnage arrosé au passage étant l’avocat Thomas Green, qui avait introduit Secord auprès de TWA, Secord touchant lui-même avec Hakim 120 066 dollars (367 202 dollars de 2018). Pour les voyages suivants, Secord ne s’embarrassera pas de Weigensberg et traitera directement avec Defex, espérer ainsi des profits personnels plus élevés : leur priorité était avant tout de s’enrichir personnellement au passage, l’éthique politique ou un quelconque esprit de patriotisme étant le cadet de leur soucis.  En janvier 85 une deuxième phase de transferts débute avec Defex, mais cette fois ce sera par avion.  Secord contacte Richard Gadd, ancien comme lui de l’Air Force qui recommande alors SAT (Southern Air Transport).  Les autres compagnies qui seront appelées seront Eagle Aviation Service and Technology de Richard Gadd, à la tête aussi de EAST et AirMach), et aussi Arrow Air et F. A. Conner Air.  On retrouvera chez Conner, alias « Gus », un certain Gary Hemming, tireur d’élite souvent cité dans l’affaire  Kennedy à Dallas.  Toute son histoire est lisible ici.  A gauche, son DC-6 immatriculé N28CA, photographié en juillet 1987 à Willow Run, à Detroit, là où est installé aujourd’hui Kalitta, qui est son digne successeur en fait… (on peut le voir ici se poser puis ensuite se parquer sur 2 moteurs; il était alors chez Wood Air Fuel Inc, et faisait un bruit… infernal.  On peut constater que l’un de ses moteurs pisse de l’huile sur le tarmac).  A droite, un peu plus haut, l’enregistrement du vol 1466SJ de la SAT.  Et sans oublier St. Lucia Airways où l’on va trouver Dietrich Reinhardt, et David Tokoph, autre marchand d’armes étroitement lié à la CIA (nous reviendrons aussi sur le personnage, très bientôt, et en détail à l’occasion d’un procès qui va se tenir… en France).  Des avions qui arroseront aussi l’Afrique :  le 28 janvier, 21 mars, 5 avril et 18 avril 1986, deux avions bourrés d’armes ont décollé de Saint Lucia, partis de Kelly AFB vers le Cap Vert, après un point d’essence pour rejoindre le Congo DR, vers la base de Kamina : un B-707 et un L-100.  Les deux sont visibles ici :

 

 Des bénéfices à partager… ou non


« En raison des retards dans la livraison du chargement d’armes de la phase I et afin d’éliminer Weigensberg et Green des bénéfices partagés, Secord a recruté deux anciens collègues, Clines et Rafael Quintero, pour organiser un second achat d’armes. La connaissance de Clines avec le propriétaire de Defex (Portugal) a permis à Secord de travailler directement avec cette société. Tous les profits de cette vente et des ventes d’armes ultérieures ont été alloués à Secord, Hakim et Clines. Quintero a reçu un salaire mensuel ainsi que des primes pour la réussite de ses livraisons d’armes.
« Les livres de CSF montrent que les contras ont payé 1,235 million de dollars pour les armes contenues dans ces deux envois. Les bénéfices totaux étaient de 310 840 dollars. Secord et Hakim ont chacun reçu 40% des bénéfices (soit 124 336 dollars chacun) et Clines 20% (62 168 dollars). » Les armes avaient été livrées par Trans World Arms à Energy Resources International, une société Panaménne créée de toutes pièces par Secord pour alimenter les contras. A droite l’avion transporteur, le Boeing 707-369C N523SJ de Southern Air Transport photographié à Miami le 6 juin 1985. Quintero (ici à gauche) est lui aussi, quel hasard, lié à l’assassinat de Dallas en tant que membre des cubains d’Artime, cité par Fabian Escalante (CIA Covert Operations: 1959-62), un des participants à l’Operation 40, des cubains anti-castro bien aidés par Frank Sturgis et là Central Intelligence Agency.  On le retrouvera avec  Carl E. Jenkins, David Sanchez Morales, Rafael Villaverde, Felix I. Rodriguez et Edwin Wilson dans des opérations douteuses de la CIA au Laos.  Selon Spartacus, « dans une interview avec William Law et Mark Sobel en 2005, Gene Wheaton a affirmé que Rafael Quintero et Carl Jenkins étaient tous deux impliqués dans l’assassinat de John F. Kennedy« .

Des gens toujours en place, des lampistes en prison

« Weigensberg semble avoir eu un lien de longue date avec l’un des homes les plus controversés du scandale, retiré par les États-Unis. Le major général de l’armée de l’air Richard Secord, ancien conseiller du Conseil de sécurité nationale, Oliver North, a été recruté pour mettre en place ce complexe, une opération secrète d’armes au printemps 1984. Secord, de son côté, entretient des liens étroits avec Energy Resources, qui présente une adresse à Vienne, en Virginie. et la banlieue de Washington que le général a également fréquemment utilisée. Selon les enquêteurs du Congrès, Weigensberg et Secord se sont rencontrés par l’intermédiaire de leur avocat commun, Thomas Green, 46 ans (ici à gauche en 2017), et ont pris note de l’avocat pénal de Washington. En fait, les enquêteurs affirment que Energy Resources a versé à Green et à des «frais de recherche» de 45 000 dollars (également répertoriés dans le registre de Hakim) pour avoir mis Secord en contact avec Weigensberg. Les dossiers des douanes montrent que Green a été représenté Weigensberg dans des litiges douaniers avec les autorités américaines au cours de la dernière décennie. En 1976, les agents des douanes ont enquêté sur Weigensberg pour ne pas avoir obtenu de licences d’exportation pour des munitions, mais aucune accusation n’a été imposée. D’autres affaires concernaient le grand entrepôt et exportateur d’armes de Weigensberg, Century Arms Ltd., à Saint-Pétersbourg. Albans,Vt., Juste de l’autre côté de la frontière québécoise. Green était également l’avocat de Secord depuis 1982. Cette année-là, le général faisait l’objet d’une enquête pour liens avec l’ancien agent de la CIA, Edwin Wilson (ici à droite), qui purgeait actuellement une peine de 32 ans de prison aux États-Unis pour avoir exporté illégalement des armes en Libye ».

Le trésorier de l’opération : l’Arabie Saoudite (déja)  !

Mieux encore, quand on apprend qui a payé ces transferts : ce qui rappelle étrangement à la situation actuelle, à vrai dire, puisqu’il s’agit de l’Arabie Saoudite !  « Secord a témoigné qu’en juillet 1984, alors que le Congrès s’apprêtait à supprimer l’aide financière aux contras et que l’Arabie saoudite avait effectué le premier d’une série de dépôts mensuels d’un million de dollars sur le compte bancaire des îles Caïmans – North il lui a fourni une liste d’achats d’armes pour les rebelles. Secord a pris la liste directement à Weigensberg ».  On apprend aussi pourquoi le choix d’un canadien : « Secord a témoigné qu’il avait choisi une société non-US. société au cas où l’opération deviendrait publique. Mais les enquêteurs disent que Secord et Weigensberg avaient déjà discuté de la possibilité de faire affaire ensemble. Et les responsables canadiens soulignent que Weigensberg – qui a au moins six sociétés enregistrées au Québec ou au Vermont – est l’un des plus importants des 50 courtiers en armes du pays. »Ils achètent et vendent dans le monde entier. Ils ont toujours été en marge des choses. «  Le duo Weigensber-Sucher était effectivement au cœur des transactions ses Contras !!! « Depuis ses bureaux bien sécurisés situés au deuxième étage du 5340, rue Ferrier dans l’ouest de Montréal, Weigensberg fournit des antiquaires, des armes de sport et des armes militaires aux marchands d’armes depuis 1971, à l’origine sous le nom de Century Arms Ltd. Ses associés de longue date sont des membres de la famille Sucher de Montréal. Michael Sucher a succédé à Weigensberg à la présidence de Century Arms, qui partage une adresse avec Trans World, une société créée en 1980, mais Weigensberg en reste le président ».  Et mieux, ou pire encore, quand on apprend depuis combien de temps le manège durait : « au cours de ses 36 années de commerce d’armes, les enquêteurs du Dr Weigensberg ont affirmé qu’il avait également acquis une réputation dans ce qu’ils appellent communément « le marché gris », consistant à vendre des armes à des points chauds dans le monde. Un enquêteur du comité a déclaré: « Nous savons qu’il a beaucoup voyagé dans les pays du rideau de fer où les transactions en devises fortes de ce type sont très importantes ». Oui, on a bien lu 36 ans, en 1987 : ils avaient débuté en… 1951 dans le « gray market »  !!!

Transportées par Arrow !

Un commerce qui incluait déjà la Chine comme source d’approvisionnement :  « Adolfo Calero a affirmé dans son témoignage que son « principal intérêt » au milieu de 1984 était d’acquérir des roquettes SA-7 de construction soviétique et des lance-missiles portables disponibles en Chine et dans les pays du bloc de l’est pour contrer les Hind des Sandinistas de fabrication soviétique. – des hélicoptères ».  Ici, un excellent document sur l’armement des Sandinistes intrant les lance-roquettes Grad et les hélicoptères Mi-8,Mi-17 et Mi-25 Wind. « Un responsable chinois à Ottawa a déclaré que Weigensberg avait commencé à téléphoner à l’ambassade il y a environ cinq ans, cherchant des contacts avec des armes. Deux ans et demi plus tard, l’ambassade l’avait mis en contact avec la société d’État North China Industries Corp. (Norinco) et un consortium de défense qui ont contribué à faire de la Chine le cinquième exportateur d’armes au monde l’an dernier. Peu de temps après avoir reçu la liste des armes de Secord, Weigensberg s’est rendu en Chine.  Mais, selon un document  partiellement déclassifié, le  4 septembre 1984, un mémo de North  à son ancien président, Robert McFarlane, l’ancien conseiller à la sécurité nationale, le gouvernement chinois hésitait à envoyer le navire ».  Calero a témoigné que l’expédition de Trans World avait été tellement retardée que les contras l’appelaient « le bateau lent en provenance de Chine ».  Ses plaintes ont incité Secord à demander à Trans World un transport aérien d’urgence par avion.  Toujours avec des certificats de destination indiquant comme étant le Guatemala, Trans World a négocié une charge d’avion de 90 000 lb (40 tonnes) d’obus de mortier et de munitions de 7,62 x 39 mm, adaptées aux fusils d’assaut AK-47 de fabrication soviétique ».  Et sans surprise, on tombe sur une ligne aérienne bien connue : « le vol Arrow Air au départ de Lisbonne a été organisé par Southern Air Transport Inc., une ancienne compagnie aérienne de la CIA basée à Miami – également utilisée dans d’autres pays (…) Secord a témoigné que le prix des armes comprenait une marge bénéficiaire de 20 à 30%. Lui et Hakim ont reçu un tiers des bénéfices, tandis que Trans World a reçu les deux tiers. Secord affirme que le retard dans l’expédition de Trans World l’a amené à mettre de côté ses projets d’utilisation de cette société exclusivement. Au lieu de cela, il a écarté Weigensberg en faveur de l’ancien agent de la CIA, Thomas Clines, un ami de longue date, dont les arrangements pour les livraisons d’armes restantes donnaient à Secord une plus grande part des bénéfices. »  On remarquera que les chinois n’auront aucun scrupule à vendre des armes qui finiront dans les mains des adversaires de leurs amis et soutiens d’Amérique Centrale.  Car on peut difficilement imaginer que les chinois ne connaissaient pas les « end users » (les destinataires finaux) de ce qu’ils vendaient….

Pas que des armes, du C4 également !

« Mais cela n’a pas pris fin avec la relation de Secord avec Weigensberg. Les enquêteurs ont découvert que l’été dernier encore – lorsque Secord et Hakim ont soudainement pris la main et un mystérieux chargement de 2,8 millions de dollars d’armes soviétiques de fabrication soviétique, le général a de nouveau discuté d’un accord visant à les fournir à la CIA via Weigensberg. Mais cette fois-ci, après une réunion à Montréal, le marchand d’armes canadien perdit son offre au profit d’un autre courtier. Les enquêteurs doivent encore savoir si les envois de Clines ou de Trans World contenaient des cas d’explosif mortel et hautement contrôlé, la Composition C-4, ce que North avait inclus dans une liste d’armes à McFarlane du 9 avril. Le produit chimique, favorisé par les terroristes, n’est fabriqué que dans deux endroits: une usine de munitions au Tennessee et une usine commerciale appartenant à Produits Chimiques Inc. à Valleyfield, au Québec.  Selon Peter Maas, l’auteur de Manhunt, l’histoire de la manière dont Edwin Wilson a introduit clandestinement le c-4 en Libye, la substance est « l’explosif le plus puissant au monde – pas loin d’une réaction nucléaire ».  En fait, Maas en rappelant le cas de Wilson  » pour ce qui est de savoir pourquoi Secord et la société ont choisi de travailler au Canada, il avait déclaré: « je suppose que cela semblait être plus facile. » L’usine citée est celle de Produits Chimiques Expro, Inc, située rue Masson ST Timothée, à l’extrémité de l’île de Salaberry, qui fabrique des poudres propulsives pour fusées, et de la nitroglycérine.  Les poudres propulsives sont fabriquées à partir d’un mélange de nitrocellulose, de nitroglycérine, de nitroguanidine et d’additifs.  En 1991, la compagnie a cessé définitivement de produire de la nitrocellulose (le 27 juillet) et elle avait suspendu un temps la production de cyclonite (ou RDX).  En 2001 elle a été rachetée par SNC Technologies puis devenir aujourd’hui « General Dynamics Produits de défense et Systèmes tactiques-Canada« .  L’usine qui produit toujours des munitions diverses a été secouée par de longs conflits sociaux et des accidents dans les années 80.  L’ouvrage fondamental de Joseph J. Trento décrit les usages du C4 au sein de la CIA.  On retombe avec lui sur le cas de John Arthur Paisley et sa mystérieuse disparition,, décrite ici.  Un autre homme-clé de la brillante carrière de Lee Harvey Oswald !

Les « canadiens » avaient eu bon dos

Dans un encart du même article, le même magazine explique pourquoi le Canada était devenu si important pour les américains :  tout simplement parce c’est de là que pouvait venir la menace de révéler l’intégralité de l’affaire iranienne bien avant l’heure, ou plutôt que les américains désiraient garder secrète (il faudra attendre octobre 1986 et  la chute du C-123 de John K. Singlaub piloté par Eugene Hasenfus au Nicaragua, ici à gauche, pour que la presse s’en empare  véritablement et découvre au passage un dénommé Barry Seal).  Tout provenait des fiches d’un comptable installé à Monaco appelé Donald Fraser.  Le comptable avait lui-même été  alerté par un canadien de Toronto faisant dans l’immobilier, Walter Ernest (Ernie) Miller, embarqué lui aussi dans l’affaire comme on va le voir.  Etaient cités comme organisateurs des transferts d’armes, Manucher Ghorbanifar, agissant comme intermédiaire iranien, au nom du milliardaire saoudien Adam Khashoggi (l’oncle de celui qui vient d’être découpé en morceaux !).  Selon le texte, Khashoggi (ici à droite en train de faire la fête à Marbella) aurait tanné des « investisseurs canadiens », pour 13 millions de dollars pour permettre l’envoi rapide de pièces de missiles Hawks à l’Iran, le contrat portant sur 19,5 millions au total. On avait eu besoin d’argent dans un temps très bref, ce qui explique le taux faramineux avec lequel il avait été collecté : c’était en effet un prêt à intérêt de 20%, à rembourser en 30 jours qui avait été utilisé  !!! Khashoggi (2) avait immédiatement répondu oui, avec un tel rendement…royal !  Les soupçons porteront aussi un temps sur John Gamble, ancien membre (d’extrême-droite, anti-communiste notoire) du Parlement canadien et avocat à Toronto.  On s’apercevra après coup que Gamble était inscrit à la « World Anti-Communist League », une organisation créée à Taiwan, représentée au Canada par la « Canadian Freedom Foundation », et dirigée jusque septembre 1986 par… John K. Singlaub !!!  Gamble figure en bonne place dans l’ouvrage « Old Nazis, the New Right, and the Republican Party: Domestic fascist networks and their effect on U.S. cold war politics »  de Russ Bellant, qui explique beaucoup de choses sur la montée au pouvoir, 30 ans plus tard, d’un individu comme Donald Trump !  Un ouvrage pourtant paru en 1991 et qui éclaire beaucoup la politique récente américaine !

Alerté le 7 octobre par Fraser, un autre homme d’affaires, le fort discret new-yorkais Roy Furmark (ici à gauche)…  s’était empressé de prévenir le gouvernement américain, craignant que les investisseurs qui ne voyaient pas revenir leur argent aussi vite que promis menacent de tout divulguer aux sénateurs démocrates, citant parmi eux Alan Cranston de Californie, Patrick Leahy du Vermont, l’influent Edward Kennedy du Massachusetts ou encore Daniel Patrick Moynihan, de l’État de New York.  Cela aurait été désastreux pour Reagan, qui contournait alors le Sénat qui lui était hostile !  Selon Furmark, la divulgation possible de l’affaire avait mis William Casey, le directeur de la CIA du moment, en furie.  Preuve que c’était bien la CIA qui était à la manœuvre (bel aveu en effet) !!!  Une panique qui avait envahi tour le service, le texte citant un autre  fonctionnaire de la CIA, Charles Allen, qui avait alors écrit  noir sur blanc à Casey que «nous pourrions bientôt avoir un désordre incroyable sur le dos. «  Casey n’était pas le seul à s’inquiéter. Les documents décrivent une administration qui se démenait pour dissimuler la vente d’armes à la mi-octobre encore. « Une entrée dans les carnets de notes de North le 13 octobre montre qu’il s’inquiétait de l’exposition. Une semaine plus tard, il a rapporté qu’Allen était allé à New York pour rencontrer Furmark. Les mémos d’Allen indiquent que Furmark, au lieu d’être un intermédiaire, a été un acteur clé de l’initiative iranienne depuis sa création en janvier 1985″.  Pour ce qui est des « investisseurs canadiens » ça restait flou (trop flou dira-t-on plutôt !) : « Furmark a déclaré à Allen que Ghorbanifar et Khashoggi avaient remboursé 6,5 millions de dollars à un investisseur arabe, mais que les Canadiens n’avaient eu que de 1,4 million de dollars. »  Sur la personnalité même des « canadiens » prêteurs , on n’en a jamais su davantage :  selon Allen, Furmark avait décrit ces fameux canadiens comme des «entrepreneurs investissant dans le pétrole, l’or, les mines et l’immobilier».  En fait, explique le texte, «  Fraser et Miller – avec Khashoggi – avaient acheté d’importants blocs d’actions plus tôt cette année-là dans deux sociétés de ressources minières obscures de Vancouver, incitant leurs stocks à monter en flèche.  Allen a déclaré que Furmark avait qualifié les Canadiens de «personnes agressives et résolues», et que, à moins que quelque chose soit fait, il était «absolument certain» de «parler».  Selon Allen, Furmark a averti: «Nous ne devrions pas sous-estimer la détermination des Canadiens. «  Le trio de roublards avait-il lui-même avancé l’argent c’est fort probable, donc, en utilisant des prête-noms… canadiens !  Tout était histoire de bluff, l’exigence d’argent rapide de la CIA ayant déroulé le tapis à des margoulins appâtés par ces remboursements promis à un taux  faramineux !  Le Canada ayant beau dos dans l’affaire !!!  Et la CIA avait été roulée dans la farine par … l’inénarrable Adnan Khashoggi  (lire ici son portrait… à charge) !  Pour le Who’sWho des Contras, c’est ici.

Un autre distributeur bien « classique »

Dans la description des acteurs de l’affaire Iran-Contras, un autre nom que Weigensberg et Sucher est apparu : c’est celui du porte-parole de Century Arms, qui s’appelait Theo Prokos.  Or en étudiant des kalachnikovs russes de plus près, un spécialiste des armes a fait une autre belle découverte.  Celle d’une autre entreprise encore, appelée Classic Distributors, Inc, dont l’adresse est à Swanton, dans le Vermont.  La société a été constituée le 26 décembre 1989 et ne s’est dissoute qu’après le dépôt de l’exercice 2002.  L’auteur fait remarquer que c’est « un bon timing pour l’importation de SKS 45 russes de 1992 à 1996 » (c’est le fusil soviétique semi-automatique de calibre 7,62 mm M43, conçu en 1945 par Sergueï Simonov et mis en concurrence avec la Kalachnikov).  A droite la photo d’un soldat US en Irak en train de viser avec un SKS -de son nom complet Samozaryadnyi Karabin sistemi Simonova- prise aux insurgés talibans et munie d’une lunette de visée).  Un auteur qui fit aussi remarque que Swanton « est situé dans le comté de Franklin, dans le Vermont, à seulement 9 miles au nord de St. Albans. Nous savons tous qui a opéré à St. Albans dans les années 80 et 90.  Ces importateurs russes sont aussi incestueux que ceux de Chine ! » conclut-il.  L’auteur du post a décortiqué toute une série de SKS importées par « CAI » c’est à dire la Century International Arms, que l’on retrouve donc sur des imports récents.  L’auteur a trouvé un lot datant en effet de 2013, qui semble bien avoir été ré-estampillé par Century : «  Importés avec un lot de SKS chinois au premier trimestre 2013, ces pistolets portent la mention « Chine », alors que ce sont clairement des SKS45 russes.  Ces armes auront généralement une forme assez médiocre, une bonne partie d’entre elles se trouvant dans un stock incorrect ou ayant un couvercle de récepteur mal assorti » dit-il.  Aujourd’hui, la SKS, comme la Kalachnikov, se retrouve aux mains des cartels de la drogue au Mexique…  En France, une armurerie d’Auxerre la propose à 435 euros… (et bien plus cher ici).  L’entreprise américaine avait comme président, directeur et trésorier… Theo Prokos, et comme secrétaire un dénommé Jesse D.Bugbee.  Or celui-ci est un avocat, travaillant aujourd’hui chez Kissane Associates.  Prokos dirige aujourd’hui ProFam Holdings Inc et Gestion ProFam Inc, ex Les Uniformes Bel Air Inc.

Des ventes aidées par le cinéma et soutenues par d’étranges supporters

Tranworld n’a a pas eu que Theo Prokos pour la porter sur les fonts baptismaux. En 1989, une petite entreprise était apparue, appelée K.B.I. Inc., qui importait des pistolets israéliens Jericho ou des Armscor Philippins de 1911 ou ceux produits à Twin Pines’ Rock Island, et des armes légères russes ou hongroises, elles aussi. Parmi ses imports, des pistolets comme ceux signés ici à gauche, des FÉG modèle GKK-92C provenant de la FegArmy Kft, de Budapest.  Ses importations étaient re-signées « GKK »selon les initiales de la propre fille de l’importateur.  D’autres portes carrément un marquage « importé par Kassnar, Harisburg, PA », comme ici à droite.  Les israéliens était ceux produits par Israel Weapon Industries (IWI) dont KBI était le représentant aux USA.  Associé plus tard à Charles Daly et son fameux « Auto Ordnance 1911 », qu’il a racheté en fait, la société avait en effet pour responsable Michael Kassnar, qui faisait aussi dans la Kalashnikov avec par exemple ici à gauche un détail de ses SA 85 M, d’origine hongroise celle-là.  C’est en réalité la AK-63 (AMM en Hongrie) une variante « directe » de l’AKM (Kalashnikov AK-47, que Kassnar a été le premier à importer aux USA en 1985).  En 1989, la AK-63 a été interdite d’import, alors qu’il en avait déjà vend près de 7000 exemplaires.  Kassnar annonçait fièrement en 2016 sur You Tube  la mise en vente de ses fusils Galil ACE  Rifle chambrés en munition de 7.62 de l’Otan, mais c’est avec un autre engin qu’il a acquis une notoriété :  le Tavor, (qui doit son nom au référence au mont Thabor) un « bulbup » importé pour la première fois en 2012 aux USA. C’est un « long-stroke piston system » classique, tirant la 5.56×45 mm Otan, mais dont le chargeur est reporté à l’arrière, près de la crosse qui est courte. Pour mieux le fourguer au grand public, Kassnar a eu recours à l’aide d’acteurs de séries B, voire Z, tel Joe Mantegna, qui joue l’agent Special David Rossi dans la série TV “Criminal Minds” ou qui a interprété Joey Zasa in “The Godfather Part III”.  Mantegna a aussi prêté sa voix au personnage de  Gros Tony dans la série Les Simpson (et il a aussi été un temps bassiste dans le groupe Chicago !).  Lorsqu’il a présenté le Tavor, Mantegna était décrit comme « Friends of the IDF », mouvement promis par un groupe de supporters juifs appelés « Bullets & Bagels », d’Orange County, en Californie.  Le soutien avait diversement été accueilli…  Kassnar, sans surprise, fait également partie du groupe de la NRA qui a soutenu la candidature de Donald Trump… ce dernier et son fils ont une drôle de façon de voir les choses et le danger des armes.  Quand on a fait remarquer un jour à Trump Jr que les silencieux que la NRA voulait promouvoir étaient hyper-dangereux, il avait répondu que « c’est à propos de la sécurité et de la protection de l’audition »..

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(1) ici on a relevé quatre compagnies d’aviation ayant transporté des armes pour la CIA :

1) Eagle Aviation Service et Technologie (EAST). Cette société était dirigée par Gadd, qui possédait une grande expérience des contrats gouvernementaux impliquant une activité secrète. EAST a reçu 550 007 USD de la part de l’Entreprise pour ses dépenses annexes, notamment les travaux de construction d’une piste d’atterrissage secrète au Costa Rica, les paiements destinés aux spécialistes des communications, les démolitions d’experts, certains pilotes et les équipages. East, il faut le savoir, était aussi un sous-traitant de DynCorp Aerospace Technology.  Son directeur était un ancien de l’Air Force le colonel Thomas Fabyanic.
2. Amalgamated Commercial Enterprises. (ACE). La société panaméenne a été créée par Southern Air Transport à la demande de Gadd pour servir de couche financière ou de couche de dissimulation supplémentaire aux vrais propriétaires de l’opération de contre-réapprovisionnement à des fins de facturation. Après sa création à la fin de 1985, ACE a reçu et déboursé 1 540 956 dollars en fonds d’entreprise pour le fonctionnement. Cela comprend les paiements pour deux avions C-7 et un avion C-123, pour des services fournis par Corporate Air Services; et pour Southern Air Transport, les coûts ne sont pas directement remboursés par les comptes de Swiss Enterprise.
3. Southern Air Transport (SAT). Cette entreprise d’affrètement d’aéronefs à Miami a été utilisée par Enterprise à la fois pour les opérations en Iran et pour le compte de l’opérateur. En 1985 et 1986, il a reçu 1 935 596 dollars pour des services liés au contre-projet, notamment l’achat d’un avion cargo C-123, la réparation et la maintenance d’appareils, la vente de pièces de rechange et la fourniture d’avances en espèces aux opérations de réapprovisionnement en Amérique centrale. En outre, l’Enterprise a payé 200 000 SAT un avion Jetstar utilisé par Secord et d’autres entités pour des voyages pour les Contras. A son sujet, on peut noter que David Tokoph, marchand d’armes également, en possédait un, le N16AZ (le Lochkeed 1329-23E N°5156), acheté le 2 mars 1987, mais racheté à Sindicato Petrolero Mexicano S. A (et ex XB-DBT, ex Kuwait Airways.
4. Corporate Air Services  (CAS). Gadd a employé cette société de Pennsylvanie appartenant à Edward T. de Garay en tant que responsable sur site de l’opération de réapprovisionnement. CAS a reçu des comptes Enterprise Swiss et d’ACE 457 769 dollars pour les salaires et autres dépenses. 
(2) il faut savoir que c’est Rudolf Giuliani, alors procureur général de New-York, qui avait inculpé, le 21 octobre 1988, le milliardaire saoudien Adnan Khashoggi pour avoir servi d’intermédiaire à l’ancien dictateur philippin Ferdinand Marcos et à son épouse Imelda dans l’achat de plusieurs propriétés à Manhattan… Le Monde Diplomatique écrivait alors que « M. Adnan Khashoggi est l’incarnation de « ces inégalités qui sapent la démocratie » ; il possède indiscutablement la fortune la plus ostentatoire : Boeing privé transformé en palais volant ; un véritable paquebot de 82 mètres – le , Nabila – en guise de yacht personnel ; et des propriétés de rêve à travers le monde… son domaine de Marbella (en Espagne), par exemple, s’étend sur 1 900 hectares, avec cinq lacs artificiels, une réserve de chasse peuplée de mille deux cents cerfs et soixante-dix mille faisans, un héliport, des dizaines de chevaux, soixante-dix jardiniers.. Sa colossale fortune, il l’a bâtie sur une activité discrète ; le trafic d’armes. Dès le début des années 70, il contrôlait environ 80 % de tous les achats d’armes et d’aéronautique de son pays, l’Arabie saoudite. Représentant les firmes Northrop, Boeing. Lockheed, etc., il intervient dans la négociation des grands contrats, prélevant au passage de substantielles commissions. Sa devise (« L’argent est roi » ), constitue aussi son unique morale et l’époustouflant décor dont il s’entoure sert surtout à impressionner ses partenaires en affaires, avec l’aide – au besoin – de fort séduisantes hôtesses recrutées à prix d’or… Arguments convaincants mais parfois compromettants : son secrétaire, Abdo Khawagi, a été condamné à Nice pour complicité de proxénétisme aggravé… Lui-même sera impliqué dans le scandale Lockheed et dans celui de Northrop accusé d’avoir versé des pots-de-vin. En 1981, on l’accusera également d’avoir fourni les armes aux mercenaires qui tentent un coup d’Etat aux Seychelles. Plus récemment, dans l’affaire de l’Irangate, il aurait servi d’intermédiaire dans la vente illégale d’armes américaines à l’Iran ».

Le rapport du Committee

https://archive.org/stream/reportofcongress87unit#page/n0

Document Newsweek 9 mars 1987 :

https://www.cia.gov/library/readingroom/docs/CIA-RDP90-00965R000504760002-1.pdf

 

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