Accueil / T Y P E S / Articles / MH370 (10) : séquence rétro, une célèbre Chambre de Commerce

MH370 (10) : séquence rétro, une célèbre Chambre de Commerce

Le texte que vous allez lire à été rédigé il y a plusieurs années déjà, ailleurs qu’ici. Vous trouverez vous-même pourquoi ce texte a été retiré à sa sortie de l’endroit où il était resté en ligne plusieurs semaines avant être mis aux oubliettes, sans me demander mon avis bien sûr.  A une époque où on évoquait à demi-mot les frasques de l’épouse de Ilham Aliyev, « la Kim Kardashian du Caucase », ou sa vie parisienne (1), il ne devait pas être de bon ton de révéler au grand jour les mics-macs dans lesquels baignait son mari (2).

En fait, sans le savoir, dès l’épisode 6 de ma saga sur Viktor Bout, j’avais mis le doigt sur ce qui faisait mal.  A savoir qu’un organisme, appelé pompeusement Chambre de Commerce d’Azebaïdjan, n’était  qu’un vaste paravent, celui des envois d’armes discrets à des islamistes par ailleurs combattus par l’armée américaine.

Cela paraissait incroyable et sidérant.  Retour en arrière pour voir comment on faisait voler les armes autour des années 2000… en passant obligatoirement par l’Azerbaïdjan, pays clé depuis… plus de 15 ans maintenant !

Nota : à ceux qui pourraient penser récupérateur l’association de la catastrophe du vol MH-370 dans le titre de cette longue série, je rappelle qu’à l’origine il y a la forte suspicion émise par l’un des parents de victimes françaises sur la possibilité que le Boeing 777 incriminé ait pu avoir eu affaire à un trafic de ce genre, ou à une bavure militaire liée à ce trafic. La série a débuté ici

 

S’il fallait retenir un lieu, dans l’étrange parcours d’un Viktor Bout (3), on ne retiendrait non pas son fief de Sharjah, qui a remplacé celui d’Ostende, un Sharjah où aucune loi et aucune taxe ne semble être en vigueur, ce qui permet toutes les manigances, non, ce serait plutôt celui-ci. C’est la Chambre de Commerce de l’Azebaïdjan… située aux Etats-Unis, sur les fonts baptismaux de laquelle on trouve penché tout un gratin neo-con américain.  C’est grâce à elle qu’est apparue notamment l’une des plus intrigantes firmes d’aviation, elle aussi sise à Sharjah, et dont les avions (ghanéens !) sont directement liés aux activités de la CIA.  Des avions régulièrement vus en train de fournir Charles Taylor en armes, sans que leur nom pourtant n’apparaissent à son procès. Des avions remplis d’armes en provenance de Bulgarie :  bref, c’est bien cette fort étrange Chambre de Commerce qui est le nœud principal du problème… (ici à droite l’ Ill-76TTL-ACU de British Golf, autre nom de société créé par Viktot Bout et photographié ici à Sharjah, le 15 mars 2005).  Il est à moins de 25 km de celui abandonné !

Les DC-8 de la Chambre 

Cette fameuse « Chambre de Commerce de l’Azerbaïdjan » américaine (il en existe aussi une française et elle est ici) est assez particulière : créée en 1995, elle a aussitôt créé une société appelée Johnsons Air, une société d’aviation.. ghanéenne !  Sa base étant Kotoka International Airport à Accra (capitale du Ghana).  Plutôt étonnant !  Dans la liste des membres honoraires de son conseil d’administration, il y avait du beau monde… tout le gratin de ceux derrière les « Contras » !  Figure bien sûr Farhad Azima, l’expatrié iranien (partisan du Shah, personnage important comme on va le voir ici-même), aux côtés de Zbigniew Brzezinski, ou de James Baker III et même d’Henry Kissinger !  Dans les anciens, il y avait aussi Richard Perle, Richard Armitage et Dick Cheney !  Joli panier de crabes !  Ils y sont tous, tous ceux mouillés de près ou de loin aux opérations des Contras !  Johnsons Air et ses trois Douglas DC-8-63CF (en 2007 encore, dont un photographié cette année-là à… Ostende) sont à la tête en réalité des transports lourds de la CIA.  Les avions de Johnsons font quoi, exactement, se demande en décembre 2006 Wayne Madsen ? Eh bien toujours la même chose onze années après :  du transport d’armes, un travail à risques : « Johnsons Air dispose d’un certain nombre d’ avions à Sharjah International Airport, l’endroit même où Viktor Bout a basé ses différentes compagnies aériennes pour leurs opérations. Le 22 novembre 2005, le DC-8 (9G-PEL) (ici à Port Arcourt et là Ostende) de Johnsons Air, à Sharjah, a été repéré avec ses fenêtres du poste de pilotage soufflées et couverts de collecte des fuites d’huile moteur. Les deux sont des signes que l’avion a essuyé des tirs dans une zone de guerre..  » Une supposition pense-t-on ? pas vraiment… (retenons la déco du) DC-8 pour l’instant, celle avec les bandes bleues…

Vu à Mogadiscio

Le 17 novembre 2006« un site Web a indiqué la présence d’un aéronef lié au réseau international de contrebande d’armes de Viktor Bout à l’aéroport de Mogadiscio.  Il y est indiqué que le « Boeing-707, enregistré au Ghana, avec le numéro de registre 9Q-CTA (ancien « African International« ), marqué « Sacha » sur le fuselage, a atterri à Mogadiscio à 07h00 GMT le 13 Novembre 2006.  L’avion aurait fait des escales précédentes avec des armes et des munitions à Mogadiscio » (à gauche la soute du DC-8 de Johnsons aux « bandes blanches »). L’avion était bien de chez Johnsons, mais ce n’était pas un Boeing mais un DC-8  (ici en train de charger en Afrique du Sud, terre de livraison des armes) :  ces deux quadriréacteurs sont régulièrement confondus par des journalistes non spécialisés, à vrai dire.  Trois ans avant, déjà, donc, le fameux Azima avait déjà fait la même chose… au Liberia, note un autre site, flamand celui-là, qui surveille toujours les allées et venues à Ostende, où atterrissaient de vieux DC-8 blancs à la queue et aux réacteurs jaunes, et même parfois un vieux Boeing 707 bien connu.

Le livreur en chef de Charles Taylor  

« Le 7 août, 2003 a vu une nouvelle fois Azima tenter sa chance de contourner une interdiction avec une livraison illégale d’armes. Atterrissait ce jour-là pour la troisième fois le B707, 9G-LAD Johnsons Air, à l’aéroport de Robertsfield, au Libéria, sous le régime du dictateur Charles Taylor, en pleine guerre civile. L’avion était chargé de lance-roquettes, d’armes automatiques et de munitions. WILOO avait déjà été signalé ces vols illégaux d’armes. L’incident avait une histoire pénible pour une autre société ghanéenne dont le siège est à l’aéroport, Race Cargo Airlines. En vertu du soupçon de complicité, son permis de séjour a été suspendu pour un temps par l’autorité civile du Ghana, et sa succursale de fret d’Ostende (dont le nom était d’une coïncidence étonnante avec le nom de Race Cargo Airlines d’Azima), a été récemment remplacée par une nouvelle société, Rainbow Air Cargo. (…) Le 9G-LAD (ancien Varig PP-VLP ), néanmoins, se souvient de son propre passé à Ostende. A partir de 1993, il a visité régulièrement l’unité Ostende avec l’inscription 5N-MXX.  Son propriétaire était alors le commerçant nigérien Rainbow Air CargoLorsque Express Aviation a été dissous en 1998, son avion a été vendu à Johnsons Air » … Le 5N-MMX, vu aussi sous le nom de Merchant Express.  Bref, des avions repeints, mais qui racontent toujours la même histoire.  La liste des entreprises défuntes depuis 1982, au Ghana, est un vrai catalogue des avions de Viktor Bout :  Southern Aviation, Sobel Air, Race Cargo Airlines, Phoenix Aviation, Muk Air Ghana, Imperial Cargo Airlines, Golden Airways, Ghana International Airlines, Ghana Airways, General Mediterranean Airlines, Continental Cargo Airlines, Cargoplus Aviation, Analinda Airlines, Al Waha Aviation, Air Link 2000 et Air Ghana, pas une n’y échappe.  Restent aujourd’hui dans le pays :  Meridian Airways, Johnsons Air ,CTK – CiTylinKAntrak Air, Airlift International of Ghana, Air Charter Express, Aerogem Aviation.. toutes autant liées aux même individu !  Air Charter Express ou ACE… Antrak et CTK se chargeant des livraisons de brousse avec leurs petits LET.

Nouveaux logos, nouveaux noms

« Cargo Airlines Race a sa société mère basée au Ghana, mais a également eu des affaires en Angleterre.  Les administrateurs anglais qui ont démarré en 1992 ont également été les fondateurs de la Belgium BVBA. Cette année-là, ils ont volé à Ostende pour Cargo Race avec un B707 ancien, loué à Phoenix Aviation, la société du pilote gangster Barret-Jolley.  En août 2003, Race Cargo tombe dans le discrédit, quand le gouvernement ghanéen a suspendu sa licence, car avec un avion de Johnsons Air, la société s’était engagée dans des vols illégaux d’armes au Libéria.  Johnsons Air a ensuite maintenu un bureau loué à l’aéroport au nom d’ Heavy Lift, une filiale de la britannique Air Foyle ».

Air Charter Service a démarré en 1997. « La même année, Air Charter Service (ACS) a mis en place une nouvelle compagnie à l’aéroport d’Ostende.  Son bureau principal de l’AEC est établi à Moscou et son directeur général est Sergey Vekhov.  En Angleterre, son organisation a un rôle important comme centre névralgique de l’Europe occidentale,sous la direction d’un Britannique, Christopher Leach Denis.  Cet homme a commencé sa nouvelle société, Air Charter Service Belgique, en collaboration avec son compagnon néerlandais, Cornelis Schonk, qui était jusqu’en 1996 l’un des membres du conseil d’administration de Westland Aviation. La gestion de la compagnie d’Ostende a été placée dans les mains de Nicolas Leach. L’un des avions exploités par Air Charter Service d’Ostende en Belgique Aéroport, était un Boeing 707 vieillissant, immatriculé au Libéria sous le numéro EL-ACP, qui, conformément à la réglementation européenne, a été autorisé à décoller jusque mars 2000 ».  L’avion est alors…. intégralement blanc. Il deviendra Air Cargo Plus après… avec sur la queue le logo ACS, ce qui ne manque pas de sel !

Passé par l’Europe

Le EL-ACP ; comme les autres, transporte des armes : « un jour, dans une interview, le pilote britannique Brian Martin a laissé entendre qu’il avait ces dernières années régulièrement transporté des fusils d’assaut AK-47 de l’Afrique centrale ainsi que les soins médicaux et des fournitures pour l’UNICEF.  Brian Martin est connu comme le co-propriétaire des compagnies aériennes Occidental.  Alerté par cette interview, un groupe de pression britannique a lancé une enquête et identifié le Boeing EL-ACP, (ici à Ostende) utilisé par la compagnie d’Ostende Air Charter Service pour le transport illicite d’armes sur les commandes d’un groupe de courtiers néerlandais ».  Le Boeing sera filmé en février 1999 à Maastricht, en plein chargement, direction le Koweit, sous le registre 9K-ACN (un ancien numéro de Koweit Airways  !). « Un vol du Kosovo » note le bloggeur…

La filière bulgare

L’avion utilise la filière Bulgare et vole aussi au Zimbawe, mais il n’est pas le seul, car sur place, d’autres le relaient :  son chargement y est transféré. « Les documents de vol montrent que le 3 novembre 1999, l’avion a quitté Ostende, à vide, pour Bourgas (Burgas) en Bulgarie (… c’est au bord de la Mer Noire).  Il est arrivé le lendemain dans la capitale zimbabwéenne Harare.  Le matériel militaire, probablement un système de missiles surface-air bulgare a été transféré vers un cargo Ilyushin qui a atterrit à Kinshasa.  Pour son vol à partir d’Ostende en mars 2000, l’appareil EL-ACP a de nouveau été planifié pour une livraison d’armes à Harare, destinées au soutien des troupes de Laurent Kabila contre les forces rebelles soutenues par le Rwanda et l’Ouganda. Le 15 mars, à 13.52, l’avion a décollé sous le numéro de vol ACH007 de Bratislava en Slovaquie, où il avait atterri et chargé pour sa livraison au Zimbabwe ». Retenons les villes de départ : Bratilslava et Bourgas,car on va en reparler, je pense, bientôt…

Il n’est pas le seul en effet : « un vieux Boeing 707 (9G-CFB) ghanéen a fait environ dix vols avec des armes à bord, de Plovdiv en Bulgarie au Yémen du Sud, au moment où le pays était soumis à un embargo international sur les armes. L’avion était exploité par la compagnie basée au GhanaImperial Cargo Airlines, et a été vu avec cette inscription à l’aéroport d’Ostende. En 1997, le même avion, immatriculé 9G-SGF, (c’est l’ancien 9G-EBK,) a fait 40 vols à partir de l’aéroport d’Ostende et a ensuite été exploité par la firme nigérienne Sky Power Express et loué à Al-Waha Aviation du Ghana, propriétaire de ce seul exemplaire.  Avec le numéro d’immatriculation Thaïlandaise, HS-TFS déjà vu sur un autre avion pourtant, l’avion est reparu à l’aéroport d’Ostende en septembre 1999 avec d’autres titres de société d’exploitation (ici à SouthEnd en Angleterre), Flying Services, une société thaïlandaise. Il a décollé d’Ostende pour Sharjah, qui serait devenu son nouveau port d’attache. Ensuite, l’appareil a présenté un nouvel enregistrement (9G-JET, ici à droite) et a été vendu à Johnsons Air qui utilisait Accra et Sharjah comme bases d’exploitation et était étroitement associé à une société belge, First International Airlines ». On le voit, le masquage ne prend pas de gants : entre les versions, on masque la moitié de la déco ou on repeint tout en blanc… on repeint, mais, franchement, à la louche, plutôt !

First, pas le dernier à faire dans la contrebande d’armes

« Johnsons Air travaille en connivence avec la société belge, First International Airlines. La société, d’abord basée près de la ville de Tournai, est ensuite basée à Bruxelles. Elle utilise le bureau, la boîte postale de l’aéroport d’Ostende et le certificat  transport aérien de Johnsons Air au Ghana.  L’homme chargé de la First International est un iranien, Javad Niknafs. C’était un pilote qui, plus tôt dans sa carrière, avait volé pour Seagreen de David Tokoph. Il n’est pas clairement établi si son entreprise fonctionne encore comme sous-traitant pour Tokoph. Les rumeurs selon lesquelles des  First International Airlines fait voler des armes entre l’Azerbaïdjan et la Chine n’ont pas été confirmées. Un autre Boeing 707 de Johnsons Air (P4-000), exploité par First International et qui avait été vu à l’aéroport d’Ostende, s’est écrasé le 16 janvier 1997 sur l’aéroport de Kananga dans l’ex-Zaïre ». Le train principal gauche s’est affaissé à l’atterrissage, l’avion est sorti sur le côté de la piste et a pris feu… » le crash avait même été filmé…

Boeing ou sous-marin ?

On ne sait si c’est dû à l’origine de la carrière de Viktor Bout, mais ses sociétés sont de véritables poupées russes, toutes imbriquées les unes dans les autres. « First International est également liée à une obscure compagnie aérienne, Cargo Plus Aviation, enregistrée en Guinée équatoriale avec des bases à Dubaï et Sharjah. Le bureau de First International à l’aéroport porte la plaque signalétique avec le logo correspondant de Cargo Plus, et les deux compagnies partagent leurs produits.  En attendant, ils ont quitté leur bureau à l’aéroport pour un autre bureau dans la ville d’Ostende ».  De First Internional on passe à Cargo Plus Aviation, via Johnsons qui chapeaute le tout, visiblement. Le 19 mars 2005, un vieux Boeing 707-3K1C de Cargo Plus (passablement abîmé !) immatriculé 9G-IRL faisant la liaison Addis Abada entre et Lome (Togo), tente de se poser à Entebbe (pour y faire le plein) : gêné par la météo, il se pose trop court… dans le lac Victoria !  L’avion est en miettes, et l’équipage de 5 personnes s’en sort par miracle !  L’avion avait été affrété par Ethiopian Airlines.  Le 23 décembre 2003, on le photographiait encore à Recife Guararapes, au Brésil sous le nom de Johnsons Air... les poupées russes, je vous dit !

Le cas Azima

Tous ces vols et ses masquages d’appareils ne peuvent s’expliquer sans des soutiens en haut lieu. « Selon Valentin Vasilescu, Farhad Azima aurait fait don de un million de dollars pour la campagne présidentielle de Bill Clinton (en 2000). »  Celle de Gore, très certainement, Clinton ne pouvant se représenter une troisième fois.  On comprend beaucoup mieux les de choses là, soudainement.  A noter que les avions sont déjà comme des bateaux sous pavillons de complaisance : le Boeing de Santa Lucia est enregistré non pas aux Barbades, mais au Libéria ! A noter aussi que Farhad Azima est toujours à la tête d’une flotte de cargos volants, les Heavy Lift.… « certifiée » en 2005 aux Emirats.  Il possède toujours aujourd’hui 4 appareils  : deux 737 et deux DC-8 (ces derniers construits en 1969 et 1970) basés à… Sharjah !  Le 8 avril 2009, un bloggeur note : « Le DC8-63 A6-HLA était souvent au Koweit récemment, pour des vols vers l’Afghanistan pour les militaires US. »  Le 20 novembre 2002, le président Heydar Aliyev – le père de l’actuel président Ilham Aliyev, – signait un accord de coopération avec les USA pour utiliser ces quatre bases aériennes (Gjandza, Kurdamir, Kala et Khadji-Kabul) comme relais : il entérinait un état de fait avec la circulation des avions de Victor Bout !  Restait aux USA à négocier le survol de l’Arménie et de la Turquie pour ravitailler l’Irak, et le tour (du Pentagone) était joué !

La CIA derrière Santa Lucia Airways… et David Tokoph

Santa Lucia Airways, officiellement appartenant à Dietrich Reinhardt et Peter Turkelson, et officieusement à deux membres de la CIA, les mêmes individus.  Leur société bidon est en effet un paravent complet aux opérations douteuses ayant comme façade présentable une agence de charter sur petits avions Islander, dans les Barbades.  La société travaille étroitement avec Victor Bout, resté lui à Ostende, qui se charge de faire transiter les avions par Ostende, Zaventem ou même…. Lille. Oui, la capitale nordiste a eu l’insigne honneur de voir passer des avions de Viktor Bout : « En mai 1987 (déjà ?), une commission d’enquête parlementaire belge a confirmé, que Santa Lucia Airways était en effet en activité en Belgique en tant que sous-traitant de la compagnie aérienne belge Sabena nationale, connectée à des vols illégaux d’armes vers l’Iran et pour l’UNITA en Angola, via la base militaire de Kamina au Congo. Santa Lucia avait jusqu’au mois de mai 1987 un bureau à l’aéroport d’Ostende, où son avion était également périodiquement disposé à des fins d’entretien.  Des détails, connus de l’activité du Boeing 707 de Santa Lucia, enregistré J6-SLF montrent qu’il était lié à un transfert illicite d’armes à Israël à destination de l’Iran.  Cet avion, immatriculé comme EL-JNS, a plus tard été exploité par Sky Air et a volé en 1996 avec à bord un certain nombre de boîtes de kalachnikovs de la Bulgarie au Rwanda ».

« En mai 1996, le conseil d’administration d’Aéro Zambie a décidé d’ouvrir une succursale à l’aéroport d’Ostende, mais a déménagé son siège en août 2003 à partir de l’aéroport à l’Ostende Jet Center, où les armes russes du concessionnaire Victor Bout a commencé en 1995, son sombre trafic. »  Les deux ont toujours travaillé ensemble, mais ce n’est qu’en 1995 que Bout s’est affranchi de la première.

Le champion de la CIA : Frank Moss

Comme le monde des trafiquants est petit, on retrouvera Reinhardt en Floride associé à Frank Moss.  Moss, qui est un ancien pilote de la période des Contras à la Mena, accusé de trafic de drogue, ayant reçu en cadeau un DC-4 pour bons et loyaux services à la CIA (?). « Pour un trafiquant de drogue, Moss (ici aux commandes d’un DC-3 refait à neuf à Opa-Locka) avait des connexions étranges.  Avec Oliver North, par exemple.  Il s’avère que le Flying Ark de l’aéroport du comté de Charlotte, n’est pas le premier avion de M. Moss donné par le gouvernement des États-Unis. Cet honneur revient à un DC-4 repéré au large de la côte ouest de Floride par des agents des douanes des États-Unis, après quoi l’avion a commencé son immersion dans le golfe, les autorités répressives faisant ironiquement remarquer, que c’était « dû à une charge trop importante de drogue.  » Il y a peut-être juste quelque chose dans l’air à l’aéroport du comté de Charlotte. Frank Moss n’est pas le seul devenu célèbre dans le scandale de la cocaïne. Un autre pirate et flibustier habitant une maison près de Charlotte County Airport est Dietrich Reinhardt, lié à Barry Seal de la Mena, et les vols de cocaïne dans l’Arkansas découverts lors des audiences des Contras ».  Reinhardt, Seal, et la Mena de Clinton et du père Bush : on y revient à nouveau !  Ici à droite le DC-7B N836D de Frank Moss refait à Opa-Locka en janvier 2008.  Pour l’intérieur il y a avait encore un peu d’huile de coude de demandé… question cockpit ça pouvait lui suffire.  A gauche c’est son DC-4-54D-10-DC Skymaster ancien 42-72723 USAAF n°10828 et immatriculé N90201.  Un des avions attribués à la CIA.

Viktor et le conflit Iran-Irak

Pour l’Iran, en pleine guerre contre l’Irak, Bout va en effet proposer intensivement sa toute jeune flotte de très gros porteurs Il-76 aux côtés de ses Antonov-12.  Les vieux 707 sont vite dépassés par la capacité d’emport phénoménale des Ill-76 !  La guerre démentielle que se livrent les deux pays réclame des moyens considérables d’approvisionnement en munitions : on a justement comparé ce conflit à celui de 1914-1918.  On se canarde mutuellement et on s’enterre dans des tranchées, et chaque offensive de chaque côté se solde par une boucherie effroyable dont l’occident se foutra dans les grandes largeurs.  « L’accord commercial entre la Roumanie et l’Iran assurait la fourniture de l’équipement pour 2 régiments de missiles sol-air, à un coût estimé entre 8-9 millions de dollars.  Chaque régiment composé de trois batteries de lancement (LB) et d’un batterie techniques (T.B.).  Chaque L.B. était composé de 4 rampes de lancement mobiles (LR) sur des camions et d’un système de repérage radar mobile (EMCD) et d’antennes de fréquence inclus. I l y a eu au moins 80-90 missiles, 24 LR, 6 EMCD, deux TB complètes avec des composants mobiles … Pour le déploiement par voie aérienne des 2 régiments des missiles, était planifié au moins 20 vols de gros-porteurs aéronefs (IL-76 ou de type B-707) de Viktor Bout et 6 vols avec des avions de transport moyen (AN-12).  En 1996, il y a eu seulement 11 vols. « 

En 1996, l’aide à L’Iran ne va pas se limiter à ça, et les avions de Topokh-Azima-Bout avaient encore beaucoup à faire… mais cela nous le verrons une autre fois si vous le voulez bien. On reviendra bientôt sur le cas de David Tokoph en effet… une fois celui-ci décédé, des pistes se sont ouvertes, des langues se sont déliées, sur ses réelles activités de ce vendeur d’armes. Tout était déjà en place en tout cas :  des entreprises bulgares ou tchèques qui produisent des armes comme elles en produisaient à profusion à l’ère soviétique, de gros avions porteurs pour les acheminer, via le hub de l’Azerbaïdjan, notamment, et le Pentagone pour gérer tout ça le plus discrètement possible, aidé par la CIA, jamais avare d’inventer des micros sociétés dans le Delaware…

Un arsenal à fournir ? Viktor est là

Viktor Bout avait la réputation de pouvoir répondre en quelques minutes à la demande de transport la plus extravagante, quelqu’en soit la taille, le poids ou la distance à franchir.  C’était sa réputation qui était en jeu !  Durant la guerre Iran-Irak, il avait fait merveille comme on l’a vu.  On trouvera également ses avions à faire la noria de ce qui était extrait discrètement du dépôt de Gerdec alors que celui-ci devait être démantelé, sous la surveillance… des USA.  Des centaines de tonnes d’armes légères seront ainsi « déménagées », emmenées vers les conflits africains qui ne manquaient pas à l’appel. En réalité, Bout et son coéquipier indien avait été approchés il y a plusieurs années déjà auparavant, recrutés pour une mission que lui seul pouvait réaliser, ou les gros avions transports de l’armée US; mais ceux-ci ne pouvaient apparaître, et on va vite comprendre pourquoi.  Transporter par air un vrai amoncellement de matériels de guerre, ou une armada complète, on l’a en effet déjà fait historiquement.  Ou tenté de le faire.  Ce sont Stephen Braun, Douglas Farah, qui dans leur livre « Merchant of Death: Money, Guns, Planes, and the Man Who Makes War Possible », relatant avec brio la vie de Viktor Bout, qui le racontent en détail. La demande secrète émise auprès de Sanjivah Ruprah, l’adjoint de Bout, concernait le possible armement des troupes de Massoud, le leader tajik renommé que les américains laisseront tomber au dernier moment en choisissant ses adversaires politiques, tel le chef de guerre pachtoune Gulbuddin Hekmatyar, soutenu par un dénommé Ben Laden, qui haïssait Massoud, on le sait.  Là-dessus était venu interférer le sanguinaire général Abdul Rashid Dostum, ancien communiste et soutenu lui par l’Uzbekistan.  Lui faisait déjà voler des avions avec sur les sièges passagers des caisses de Kalachnikovs (il avait recruté un pilote qui soignait l’équilibrage de son vieux biréacteur anglais BAC 111, ici à gauche en alignant soigneusement les caisses d’armes à l’emplacement des passagers !). Dès 1998, l’analyste de la Défense Intelligence Agency, Julie Sirrs avait tiré la sonnette d’alarme à propos de Massoud, annonçant que, sans un soutien efficient de l’étranger, il ne résisterait pas à la coalition de chefs de guerre talibans contre lui.  Bref Massoud avait besoin d’armes, de beaucoup d’armes. Tout ce dont il avait besoin avait été listé, ne restait plus qu’à lui faire parvenir : « Selon M. Ruprah, une entreprise nécessiterait un nombre important d’armes et d’autres besoins logistiques. Ruprah ne perdit pas de temps à présenter une liste de courses ambitieuse de plusieurs millions de dollars que lui-même et Bout seraient impatients de fournir – et Ruprah indiqua qu’il avait déjà été élaboré en consultation avec les dirigeants de l’Alliance du Nord. La liste comprenait:
– 80-100 camions type 6X6,
– 6 000 AK47 + 5 millions de munitions
– 1 000 PKM + 2 millions de munitions
– 3 000 RPG7 + 1 000 PG7 / OG7;
– 100 lanceurs de roquettes 122 mm + 8 000 roquettes;
– 50 lanceurs antichars Konkurs  (9M113) :  ici à droite un exemplaire en action contre les troupes de Bachar à Alep, atterri chez le Front Islamique en mars 2014)
– 40 lanceurs antiaériens Igla + 160 missiles;
–  4-6 Mi-24 V (hélicoptères de combat) entièrement équipés et avec équipage;
– 8-10 Mi-17 [hélicoptères de combat] équipés et équipés;
– 3 An-24/26 cargo / avion personnel avec équipage;
– 120 ensembles de communications
-40 Porta-Clinics (des hôpitaux de campagne)

« C’était un arsenal impressionnant pour la première grande bataille dans la guerre contre le terrorisme » ajoute avec ironie Farah (à gauche un des Antonov 12 d’Ariana récupéré par Ben Laden). « Les préparatifs étaient allés bon train, une négociation ayant été entamée avec un représentant du FBI, Brad Waters : « la communication avec le FBI n’était pas une voie à sens unique.  Brad avait laissé entendre qu’un accord était en préparation.  Le 14 novembre 2001, l’agent du FBI a répondu de manière cryptée à une missive de Ruprah: «J’ai reçu un message. Pris en considération. Rendez-vous vendredi pour discuter. Business devrait-il être bon pour vous dans les circonstances actuelles. Ne vous attendez pas à recevoir une réponse avant la semaine prochaine concernant votre proposition. »  L’agent américain a également déclaré:« Nous sommes toujours intéressés par des associés spécifiques que vous pourriez avoir dans ce pays… si vous êtes familier avec les pratiques commerciales avec « le sans-fil » (sic).  Dans un tel cas, nous pourrions être intéressés à travailler avec VOUS indépendamment des autres associés. Intéressé? Cordialement, Waters ».  La suite on la connait :  les faucons arrivés au pouvoir aux USA laisseront tomber Massoud et fourniront ce qui avait été prévu à ses adversaires, principalement à Gulbuddin Hekmatyar, qui plus tard renégociera la remise des Stinger contre des centaines de milliers de dollars…
(1) sa description officielle est assez sidérante, et moquée ici : « Fille d’un couple d’érudits (?), Mehriban Aliyeva, femme à la plastique avantageuse (à gauche à ses débuts comme modèle), passe beaucoup de son temps à Paris où elle est de tous les vernissages d’expositions et autres défilés de mode. Quand elle ne reçoit pas la légion d’honneur des mains de Nicolas Sarkozy, alors président, ou n’est pas reçue par les députés et sénateurs membres des Amis de l’Azerbaïdjan. La première dame est également ambassadrice de bonne volonté de l’Unesco, une agence onusienne basée à Paris. »  À l’instar de sa mère, Leyla Aliyeva a le droit au tapis rouge dans toutes les boutiques de luxe et autres palaces de la capitale française. Officiellement journaliste-rédactrice en chef d’un magazine consacré à l’art, Baku (du nom de la capitale de son pays, Bakou), elle est aussi femme d’affaires à la tête de plusieurs entreprises familiales et vice-présidente de la Fondation Heydar Aliyev, qui investit généreusement dans des projets caritatifs… Pour peu qu’on soit ami avec l’Azerbaïdjan.  En couple avec Emin Agalarov, un artiste connu en Azerbaïdjan et en Russie – selon sa page Wikipédia -, Leyla Aliyeva sillonne les rendez-vous people du monde entier. (…) Pour finir, notons également que dans des messages confidentiels américains, dévoilés par Wikileaks en 2010, des diplomates se moquaient de l’utilisation excessive de Botox et de chirurgie esthétique dans la famille Aliyev.  Les photos visibles sur les réseaux sociaux parlent d’elles-mêmes ».  Et effectivement

(2) lire ici la variante récente du problème :

« Pour asseoir son pouvoir dans le pays, le président Aliev s’appuie sur deux figures essentielles.  Atout n°1 : son épouse, Mehriban Alieva, qu’il qualifie de « plus belle femme d’Azerbaïdjan ».  Plus populaire que son mari, elle est pressentie pour lui succéder.  Foreign Policy (en anglais) la décrit plutôt comme « la Kim Kardashian du Caucase ».  Dans un message diplomatique dévoilé par Wikileaks en 2010, l’ambassade américaine raconte cette anecdote gênante pour Lynne Cheney, femme de Dick, alors vice-président des Etats-Unis.  Moment de panique dans la délégation américaine quand trois femmes s’avancent sur le perron pour accueillir la Second Lady : « Laquelle est la mère ? s’interroge un agent du secret service.  Botoxée au point de « ne plus pouvoir avoir d’expression faciale » (le commentaire est de l’ambassade américaine !), Mehriban Alieva, la cinquantaine, peut facilement passer pour une de ses filles. L’incident diplomatique est évité de justesse quand Lynne Cheney parie que la mère, qu’il faut saluer en premier, est probablement celle du milieu. » (…) Il faut bien cela pour un pays qui ne compte que deux amis : Vladimir Poutine... et Rachida Dati.  L’actuelle maire du 7e arrondissement de Paris a vanté sur le site News.az les vertus du régime Aliev, laïque dans un pays à 94% chiite :  « L’Azerbaïdjan est un exemple pour l’ensemble du monde musulman ».  Une pensée signée Rachida Dati, qui a aussi participé aux luxueuses soirées organisées par Mehriban Aliev dans la capitale française, autour des activités de sa fondation de mécénat (…) Les manières des dignitaires du régime pour attirer de nouveaux fans ne sont pas toujours aussi raffinées. Le fils du ministre des Transports, Anar Mammadov, aurait ainsi proposé quatre millions de dollars à Rihanna pour qu’elle accepte de sortir avec lui. La chanteuse américaine, en pleine répétition, a crié « non ! » dans le micro. L’autre fait d’armes d’Anar Mammadov ? Après une partie de chasse, il a exigé d’un restaurateur qu’il lui serve un barbecue d’ours, raconte le quotidien indépendant Azidliq (qui a écopé d’un procès pour cet article).  Et pour cela, il a signé un chèque d’un million d’euros. Ni plus, ni moins ». Pour mémoire, c’est ce même Mammadov, à la tête de Garant Holding, qui voulait racheter le RC Lens en 2014… Dati n’est pas la seule : le député de l’Yonne André Villiers, Jean-Marie Bockel, Thierry Mariani font aussi partie de l’Association des Amis de l’Azerbaïdjan. « Le but de cette association est de compenser le lobbying arménien en France, connue pour être une terre d’accueil pour sa diaspora » selon Atlantico.

 

(3) résumons-le en un avion, celui abandonné ici (25°34’48″N 55°39’10″E) à Umm Al Quwain  devant le Palma Beach Hotel (c’est à une vingtaine de km à peine à l’ouest de Sharjah, l’aéroport préféré du marchand d’armes : « apparemment, selon les câbles confidentiels journal The Guardian Approuvée dans le rapport , l’avion soviétique Ilyushin Il-76 TD (série numéro 053403072), enregistré pour la première fois en tant que CCCP-86715et changé en RA-86715, jusqu’en 1990, quand il a été vendu à Air Cess basé à Sharjah et ré-enregistré EL-RDT. Air Cess, à son tour, a vendu l’avion à AirPass au Swaziland et l’avion a été réinscrit RT-A3D et 3D-RTT (encore visibles sur les fiches de moteur) jusqu’à ce qu’à leur tour, ils vendent l’avion à des compagnies aériennes africaines en République centrafricaine qui a réenregistré l’avion pour la dernière fois;  avec TL-ACN. Et c’est là que ça devient intéressant. Air Cess a déjà appartenu à Viktor Anatolyevich Bout. Un homme d’affaires né en Russie avec un amour indéfectible pour l’aviation et une volonté éternelle de réussir. Viktor Bout, ancien traducteur militaire soviétique, entrepreneur russe à succès, parlant couramment cinq langues. Parmi le russe, l’anglais, le portugais et l’espéranto, il peut lire quinze ou seize langues, aller au marché avec neuf ou dix. Mais M. Bout est peut-être mieux connu sous le marchand de mort -Le titre du film avec Nicolas Cage, inspiré par le livre de Douglas Farah basé prétendument sur la carrière de Victor Bout.  Il a été accusé par les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Afrique du Sud de fournir des armes à l’Unita, le mouvement rebelle angolais, malgré un embargo de l’ONU.  Unita a acheté des armes avec le produit de la vente illicite de diamants. C’était une  grande entreprise du fournisseur d’armes dont les canons, les avions et l’argent ont alimenté les combats intérieurs en Afrique et aidé les fanatiques islamistes en Afghanistan et l’armée américaine en Irak. »

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

Article précédent:

 

MH 370 (9): le dossier compromettant

 

Commentaires

commentaires

A propos de ghostofmomo

avatar

Check Also

Destruction des radars et « prix du sang »

  Chantal Perrichon, présidente de la Ligue contre la violence routière, est très en colère. ...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.