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MH-370 (29) : un petit détour en voilier au Vanuatu ?

C’est une photo qui cette fois va nous amener de l’Ukraine au Vanuatu.  Ça paraît étrange, mais vous allez voir c’est aussi un sommet du genre dans lequel nous allons croiser à nouveau ceux que nous venons de voir.  Au milieu, il y a cette fois un autre personnage, lui-même lié à l’affaire du Phocéa dont j’ai résumé l’histoire, ce qui a permis à un journaliste de Libération de reprendre quelques détails à la volée avant que le texte ne disparaisse (1).  L’ensemble des épisodes s’est fait ici hacker sérieusement, car il semble bien qu’un des personnages centraux de l’affaire, ou ses anciens commanditaires, dont un réfugié depuis en Israël ne souhaite pas trop que l’on ébruite de nouveau l’affaire en France, faute de déclaration du bateau mythique comme bien imposable… à l’époque visiblement non déclaré (2) !  Il y a peu de choses souvent entre la vente d’armes et le grand banditisme, a dit un jour un rapport de l’OCCRP.  A examiner ce dossier, en marge des ventes d’armes, c’est une évidence !

Nota :  à ceux qui pourraient penser récupérateur l’association de la catastrophe du vol MH-370 dans le titre de cette longue série, je rappelle qu’à l’origine il y a la forte suspicion émise par l’un des parents de victimes françaises sur la possibilité que le Boeing 777 incriminé ait pu avoir eu affaire à un trafic de ce genre, ou à une bavure militaire liée à ce trafic.  La série a débuté ici

C’est une simple remise de diplôme à l‘ambassade du Vanuatu à Bruxelles qui retient d’abord notre attention.  Les gens sans diplômes et imbus d’eux-mêmes cherchent constamment à se voir décerner des titres honorifiques (j’en ai connu un croustillant dans le genre :  un chef d’établissement scolaire dont le bureau était tapissé de diplômes de confréries de chevalier du tastevin ou de buveur de bières, il affichait même dans son bureau un diplôme en espagnol décerné par la douane car l’homme avait été patient à la frontière du col du Perthus !).  On commence donc par cette remise de diplôme, (ici à droite) celui du « Rubin Word Traveler« , un prix dont on sait peu de choses, car ce qui nous intéresse plutôt ce sont ses deux signataires.  D’un côté l’ambassadeur du Vanuatu à Bruxelles, Roy Mickey Joy (3), qui reçoit ou rencontre décidément plein de gens (ceux du Kosovo, de Malte, ou du Togo, etc) et de l’autre, Pascal Van Saken, nouveau propriétaire du Phocea, rebaptisé depuis Enigma, et un grand blond de prime abord inconnu.  Pas tout à fait : il s’agit de Reiko Opitz, présenté comme étant le rédacteur en chef du journal ayant remis le prix cité, à savoir le « Berliner Tageszeitung« .  Renseignement pris, le journal n’en est pas vraiment un, de papier (sous le nom de Berliner Tageblatt, il s’était en fait arrêté en 1939 !), et le fameux Opitz a surtout un beau palmarès derrière lui (on suppose que l’ambassadeur l’ignorait, du moins on l’espère !).  Si c’est à ses amis qu’on se reconnaît, voici notre Pascal Van Saken, le prétendu dernier propriétaire du Phocea (c’est grâce en effet à un faux papier) plutôt mal barré… A noter que le même Opitz a aussi remis au même Saken un autre « trophée » tout aussi ahurissant :  celui de « Le Auberge Award » (dans le texte !), remis en 2014 au Paradisus Varadero Resort.  Un diplôme qui récompense les endroits où Optiz s’est senti bien, tout simplement (il est le seul à décider à qui le remettre) !!!  Si, si, ça existe ce genre de fumisterie intégrale !!!  La liste des récipiendaires est à mourir de rire d’ailleurs : le Badrutt’s Palace, Hotel à St-Moritz (en 2007), l’Inter Continental Hotel de Kiev – Ukraine (en 2008), le Palace Kempinski Hybernska Prag – en Tchéquie (en 2009), Grand Hyatt Muscat – Oman (en 2010), l’Emirates Palace Dubai – (en 2011), l’Hotel Grozny City en Russie (en 2012), le Shanghai Billionaire Club and Hotel – en « République populaire de Chine » (en 2013)… qui, signalons-le, n’est pas un hôtel, pourtant…  Un sommet, que ce trophée !!!

Son ami multi-carte

Ce Reiko, c’est en effet tout un poème.  Né en 1968 à Oranienbourg (localité du Brandebourg de sinistre mémoire), l’homme a d’abord eu une carrière de vendeur de téléphones et de voitures, puis avait rapidement… fui au Pérou, après la faillite d’une première affaire commerciale située à Berlin, où « il avait des partenaires », qu’il avait subitement « abandonnés » avait-on appris (voir ci-dessous dans quel « commerce« ).  Revenu (riche) s’installer en Ukraine, il avait alors déclaré sur le net être « éditeur d’un grand journal allemand » : « en vérité, le journal de Berlin n’a jamais été imprimé.  Son site web est un ramassis de fausses nouvelles, avec un portail de bannière publicitaire datant de l’âge de pierre numérique, et l’adresse de l’édition N°100 conduit à Highland Park Village, étage 200, à Dallas, une adresse de boîte aux lettres au Texas » écrit à son propos le mordant Der Spiegel (depuis l’adresse a changé et s’est localisée à Chengdu, en Chine !).  Lui aussi, un grand collectionneur de faux documents comme on peut le voir ici à droite…

L’ex-dirigeant du plus grand bordel de Berlin !

Le contenu du journal consistait à s’attaquer avant tout à l’opposante Ioulia Volodymyrivna Tymochenko, célèbre depuis la révolution Orange, alors emprisonnée (elle a été libérée en février 2014 à la suite de l’insurrection et réhabilitée le 24 juin 2014).  Avec « la propagation de faux messages et de fausses informations », notamment, rappelle Der Spiegel.  Ou pire encore : dans un article signé de sa main le 30 avril ici à 2015, il avait ainsi pris sans hésiter la défense du sinistre gang russe du Solntsevskaya Bratva (2) caractérisé par sa violence, car il était aussi le partenaire d’affaires de Sergei Mikhailov et Semion Mogilevich, « les deux responsables », selon Wikipedia « du plus grand et le plus puissant syndicat du crime de la mafia russe«  . »L’organisation est également impliquée dans le commerce international de la cocaïne, par ses liens avec les cartels de la drogue colombiens négociés par le clan Cuntrera-Caruana« .  Voilà qui le situe déjà, il me semble !  A la question embarrassante sur la grande villa à 1,5 million de dollars, dans laquelle il avait habité dès son retour en Ukraine, dans le district riche et touristique de Kiev Pechersk, Reiko avait répondu qu’il avait « sauvé il y a des années un membre de la famille royale d’Oman « … et rien pour le prouver bien sûr.  En revanche, sa présence régulière dans les années 2000 pour attirer les journalistes à l’Artemis Club, le plus grand bordel de Berlin, avait laissé chez ces derniers une idée de ses revenus probables… en plus de ceux du gang avec lequel il est « en affaires ».  Lors de la coupe du monde de football en 2006, c’est en effet bien lui qui avait été interviewé dans cette article d’UOL.com: « principalement dans la capitale Berlin, il sera difficile de dissocier la Coupe de la prostitution. Très proche de de la scène de la finale de la Coupe du Monde à seulement trois arrêts de train du stade olympique, se trouve le bordel le plus luxueux d’Europe. Ouvert à la fin de l’année dernière, le bâtiment Artemis, de trois étages qui a coûté 6,5 millions d’euros, contient 50 box où les prostituées peuvent recevoir en une seule nuit jusqu’à 150 clients. « Mais ces chiffres vont croître beaucoup pour la Coupe du Monde. Nous avons au moins 100 filles au travail et attendons avec impatience 300 clients par jour», dit Reiko Opitz, le gestionnaire d’Artemis, décrivant la maison comme une « option de classe pour la prostitution de rue ». Dans la maison, il travaille près d’une sorte de «Nations Unies» des prostituées, avec des filles qui viennent de partout dans le monde. Nous avons une brésilienne et une Péruvienne. Enfin, des femmes de nombreux pays, dont l’Afghanistan. On ne manquera pas de choix pour les fans de la Coupe du monde», dit le directeur du bordel de Berlin ».  Comme le résume bien Der Spiegel,  « Opitz mène une vie sur le modèle de Felix Krull, le célèbre personnage de fiction de Thomas Mann: uniquement dans les plus hautes sphères de la société – mais au plus bas des faits pour attirer l’attention des juges ».  Ce qui ne l’a pas empêché de devenir proche de l’ambitieux député ukrainien Nikolay Katerinchuk, du partie Batkivshchyna (« Patrie »).

Des méthodes de vente sordides

Mais il avait fait pire encore, le Reiko. En 2015, les allemands ont en  effet découvert effarés qu’on leur a menti sur toute la ligne avec ce qu’on a appelé l’affaire PC Fritz.  Une escroquerie financière à consonance sordide : au départ, des logiciels système Windows 7 contrefaits (on en avait saisi 170 000 dans un hangar en 2013, vendus 19,90 euros pièce seulement) chez un entrepreneur appelé Maik Mahlow, qui avait fait sa publicité en se prétendant jeune industriel se battant contre le cancer (avec une calvitie bien mise en évidence, et l’annonce d’un « traitement lourd ayant lieu en Ukraine« ), le créateur en fait de la société de vente PC Fritz sur Internet (sur e-Bay notamment).  Devenu la coqueluche des tabloïds, entouré des vedettes des médias, ou de filles dénudées, ses PC ou ses pièces informatiques s’étaient vendus comme des petits pains.  Présentés comme neufs, ses matériels n’étaient en fait que de la récup’ remise à neuf !  Le dénommé Mahlow venant au départ du commerce de détail alimentaire !  Un deuxième site, « softwarebilliger.de » de la société TYR Holding GmbH lui appartenant aussi avait fait exactement la même chose.


Les plaintes de consommateurs s’accumulant, les deux entreprises saisies, en mai 2014, Mahlow avouait toutes ses malversations, y compris que son (faux) cancer avait été inventé seulement « pour des raisons commerciales » !!!  Il écopait de 6 ans de prison ferme au passage !  L’escroquerie avait été de taille : pour Microsoft, le préjudice aura été de 9 millions d’euros ! (la vidéo de la saisie et du dossier du Spiegel est visible ici).  On y voit les méthodes de vente, avec filles en bikini ou déguisées comme dans Avatar.  Dans une soirée, il s’était même fait amener sur scène dans un cercueil en plexiglas et en était sorti une bouteille de champagne à la main : sordide !).  Ils avaient tout osé et continueront à le faire : un de ses complices, Firac Cagac, sera retrouvé en prison avec une lettre demandant qu’on l’en sorte avec un hélicoptère !!! « Avec de l’argent, tout est possible » avait-il espéré après en avoir pris lui aussi pour 6 ans (4) !

Reiko, le transporteur

Or la police avait découvert également que derrière le dénommé Mahlow se dissimulait un autre homme, et c’était… Reiko Opitz, justement !!!  Il avait été en effet pris en photo en train de lui décerner aussi un prix, toujours au nom de son journal (voir photo ci-dessus).  Un prix portant le même logo que celui remis à Saken à Bruxelles ! Son propre Mercedes Vito conduit par une dénommé Onur Y. faisait le trajet régulièrement d’Ukraine pour alimenter les hangars de Mahlow !  Son Vito et sa Mercedes (et une Bentley, volée en Allemagne) avaient d’ailleurs été saisis à Vinnytsia, avec plein de copies contrefaites.  Un Mercedes Vito équipé comme on peut le voir (ici ) gauche) d’un imposant dispositif d’émetteurs et de brouillages téléphoniques (et d GPS !) dignes d’un…. diplomate, ou d’un espion (5) !!!  Pris sur le fait, Optiz avait fait passer un communiqué fort maladroit (dans son propre journal !) sur l’usage de ces brouilleurs : « le fait que M. Opitz utilise des véhicules équipés de dispositifs spéciaux visant à se prémunir des surveillances exercées par les services des renseignements est lié à la participation de M. Opitz dans une entreprise chinoise qui produit ce genre de dispositifs.  Ce n’est en aucun cas la preuve d’une « activité de renseignement » exercée par M. Opitz sur le territoire national ukrainien. Toutefois, dans le contexte des constatations actuelles, nous ne pouvons que mentionner à quel point il était et reste important pour M. Opitz de se protéger du SBU » (les services secrets ukrainiens).  Pas d’explications en revanche, sur sa carte de presse ukrainienne au nom d’Onimy Pauko (voir plus haut la photo)…

En lien avec Ramsan Kadyrov

Les journaux rapportaient qu’Optiz avait aussi menacé de tirer sur Onur Y. lors d’ une réunion à Kiev, parait-il, car ce dernier menaçait de tout révéler.  Le même Onur ayant décrit comme réceptrice des colis « Tetjana Optiz »… On peut voir ici le même Optiz en compagnie de Veronika Vochuk, sa nouvelle fiancée (la« reine des poseuses« , élue « reine du monde » (?) à Dresde), auprès du dictateur Ramsan Kadyrov à Grozny, pour son anniversaire, au concert de la violoniste thaïlandaise « à grand spectacle » Vanessa Mae (Vanessa Vanakorn) qui est aussi… skieuse, mais également tricheuse selon ce que d‘aucuns disent aussi en musique, ou l’appellent la « André Rieu féminine » !!!  Ou l’assassinent carrément en affirmant qu’elle n’est pas vraiment violoniste…  Dans la salle, ce jour-là, un autre invité de « marque » : Jean-Claude Van Damme  (et la « boxeuse » de Clint Eastwood) !!!  Les deux auraient touché ce soir-là 500 000 dollars pour assister à la soirée de Kadyrov, le grand copain de Poutine.  Pascal Saken a vraiment de drôles d’amis, en effet !!!

Reiko Optiz et les inquiétants amis de Poutine

Optiz a lui aussi des amis, en réalité.  Et pas des moindres.  Parmi eux, un cas à part : un homme aux gros bras, surnommé « le chirurgien » (en fait il est masseur de formation !), grand fan de Harley Davidson, qui a formé les Night Wolfs, les Loups de nuit, le premier club de moto de ce type en Russie en 1989. « Le club entretient des liens étroits avec l’Eglise orthodoxe russe, et promeut les idéaux nationalistes. S’éloignant des thèmes tels que la drogue et le crime organisé associé à des clubs de moto américains comme les Hells Angels, Zaldostanov a commencé à utiliser le club pour l’activisme politique dans les années 2000. À la fin des années 2000, le club a commencé à organiser des rassemblements dans les anciens pays de l’Est soviétique, faisant la promotion de la culture slave. Vladimir Poutine a participé à un rallye, voyageant avec le groupe à Sébastopol en 2012 (nota : c’est la photo en haut du chapitre).  Zaldostanov a offert les Loups de nuit au gouvernement russe, comme milice informelle.  Zaldostanov et d’autres membres du club ont visité la Crimée juste avant l’annexion russe en 2014 et publiquement appuyé le changement de pouvoir dans la péninsule. Lui et les Loups de nuit ont offert un soutien aux milices pro-russes de défense en Ukraine orientale ». Opitz a en fait financé le cabinet d’avocats qui a représenté les membres de la Cour Les Loups au tribunal administratif de Berlin, leur permettant d’entrer sur le territoire allemand, pour aller célébrer la victoire du 9 mai 1945.  « Zaldostanov a été sanctionné par plusieurs gouvernements, y compris les États-Unis et au Canada, pour l’implication des Loups de nuit dans les troubles en Ukraine au milieu des années 2010. En avril 2015, lui et les Loups de nuit ont été refusés d’entrer en Union européenne, à la frontière polonaise ».  Dans le sidérant reportage du Gardian, on visite leur base de Luhansk, en Ukraine de l’est, « qui ressemble à une scène de Mad Max » écrit le journal.  Sidérant ! Et très effrayant !

Pascal Saken en vendeur de marinas… en Lettonie !

On retrouve aussi l’ineffable Pascal Saken en… Lettonie (?).  Sur un ponton, cette fois, en train de négocier un projet:  celui d’un complexe portuaire destiné à recevoir la jet-set, sur la Lielupe, dans le golfe de Rīga, près de Jurmala.  Un journaliste du journal local, plus qu’obséquieux, le présente comme le sauveur potentiel de la région : « je me suis tourné vers l’investisseur de sujets envisageables, et  je peux vous assurer que très récemment à Jurmala, après mon appel, j’ai reçu la visite du représentant commercial régional pour la région, Aņkuans Sakēns Pascal (Pascal Anh Quan Saken). Il présidera au conseil et de la direction du port. Il est à noter que l’investisseur potentiel est déjà engagé dans le domaine du yachting via la restauration et la mise à niveau, dans un yacht club d’un pays de l’océan Indien « (« le Billionaire Yacht Club « ) et comme fondateur et créateur d’un projet pilote.  Si dans l’hémisphère sud, cette entreprise a déjà plus ou moins son monopole, en Europe, elle ne l’a pas encore ». « A cette occasion », précise le texte « Vu Anh Quan Sake, fondateur du Yacht Club Billionaire a donné plus de détails pour le Bund sur l’infrastructure du milliardaire du club de Shanghai, en cours de développement à Shanghai, en bordure de la rivière Huangpu ».  Saken Vu Anh Quan en a dit plus sur ce projet ambitieux. Cet endroit unique comprendra une plage artificielle, une immense piscine, une marina exclusivement réservée aux membres VIP qui pourront amarrer les bateaux ou ceux de la flotte du Singapour Yacht Mangusta, et il sera disponible aux membres du Billionaire Club à Shanghai.  Saken Vu Anh Quan s’est montré intéressé à accueillir ce grand endroit pour de nombreux événements importants, des cocktails VIP, la promotion de soirées, des soirées dans une boîte avec les meilleurs DJs du monde de la mode et du design de mode » a dit Saken Vu Anh Quan ». Il avait aussi déclaré ce jour là que sa société prévoyait d’investir 25 millions d’euros dans le projet.  A bien regarder, c’est davantage au héros du film « A l’origine » que fait alors penser Saken.

Et encore un politicien véreux en lice

Là encore, le même individu s’était associé à des gens fort peu recommandables.  Pour présenter le fameux projet, notre futur investisseur d’un véritable nouveau monde à Jurmala s’était fait présenter par un homme politique local, qui l’avait donc chaudement recommandé. « Maris Dzenītis, membre du conseil d’administration du Port de Jurmala, a déclaré que « les investisseurs sont venus à Jurmala l’automne dernier.  Nous avons eu des entretiens approfondis et on a montré le port, a-t-il dit au sujet de nos capacités.  Et nous avons eu un document officiel indiquant que le projet a été approuvé et mis en œuvre ».  Aucune trace n’en subsiste bien sûr.  Pour présenter son poulain, Dzenitis avait ainsi décrit l’industriel à la mallette d’aluminium:  « Il a construit une technologie unique, y compris celle de la peinture», avait expliqué Maris Dzenītis (qui semble aussi aimer les trophées comme ici à droite).  Ce qui pouvait sembler un bien faible argument pour convaincre, mais résumait assez l’activité des chantiers de Saken, réduits à leur plus simple expression en Thaïlande.  Un Dzenītis qui était déjà en fait dans le collimateur de la justice Lettone :  dès le 16 août 2010 la police financière avait lancé en effet une procédure pénale contre, Mario Dzenītis, alors vice-président du Conseil municipal de Jurmala. Un journal précisant « qu’ il est intéressant que les procédures pénales ont été engagées non par un article particulier de la loi pénale, mais pour des « crimes économiques ».

Car Dzenītis avait auparavant poussé un projet précédent, appelé « Golden Dunes« , avec un golf, un hôtel de prestige via une société écran appelée Nemo Holding dont on avait découvert après coup qu’il était détenteur lui-même de 50% des actions !!!  Le 26 mai 2010, Dzenītis adjoint du maire Raimonds Munkevica et l’ancien maire de Jurmala s’étaient alors tous retrouvés en garde à vue.  Les policiers avaient découvert diverses transactions étranges chez lui. Notamment une, avec l’homme d’affaires russe Boris Teterev, le « philanthrope de Riga », (ici à gauche avec sa femme, ils aiment bien aussi les diplômes à encadrer) qui aurait ainsi allongé 50 millions d’euros pour assurer à Dzenītis les revenus de la saison de pistes de ski du projet Golden Dunes (Teterev étant entre-temps devenu producteur de films à Hollywood – d’où sa maison de Beverly Hills- et avait établi sa réputation en retapant le palais baroque de Rundāle !).  Et d’autres malversations encore :  « En examinant les délibérations de la mairie, les policiers avaient découvert que les vendeurs d’une propriété au complexe Dunes  étaient Ira et Yuri Harlamova autrement dit la propre mère et le frère de Dzenītis. Au total, il avait engrangé près de 1,5 million. « Près d’un million provient des fonds de l’UE, plus la part du budget de la municipalité et une partie nationale. Le conseil avait consacré à l’acquisition des biens maternels (avec piscine), près d’environ 2,3 millions » de lats ».  Bien entendu le complexe du Billionaire Yacht Club de Lielupe n’a jamais vu le jour… vous vous en seriez douté !

Une autre histoire d’avion

Les deux premiers amis sont donc des gens fort peu recommandables, des politiciens véreux pensant d’abord à détourner les subventions nationales à leur seul profit. Un troisième se présente, qui va nous donner une des clés de l’énigme Phocea, sans même s’en apercevoir.  On part cette fois en Centrafrique, haut-lieu de tous les trafics, dont celui des diamants, de la drogue et des armes.  Un pays rêvé pour un homme comme Viktor Bout est-on tenté de dire. « Il dirigeait San Air mais aussi Air Cess Incorporated, située à Miami en Floride, autre compagnie de la myriade de noms créés par Victor Bout. Air Cess avait été créée au départ en Belgique par Victor Bout et le pilote belge Ronald de Smet, mis en cause lui directement dans les livraisons d’armes à l’Unita : «le 19 Avril 2000, un avion Antonov AN-8, immatriculé TL-ACM en République centrafricaine (voir ici à droite), s’est  écrasé à l’aéroport de la République démocratique du Congo, peu de temps après le décollage. I l y avait eu des survivants. L’avion était sur un vol de retour avec des officiers de l’armée rwandaise et des soldats à bord.  L’avion semblait appartenir à Centrafrican Airlines, basée à Bangui et co-détenu par Ronald Desmet, le partenaire belge de Victor Bout ».

En Centrafrique, les travaux particuliers de l’Hercules

Cinq années plus tard, à Bangui, un autre avion de transport (de remplacement ?) est attendu par le régime de Bozizé installé depuis le coup d’État du 15 mars 2003 (et le renversement de Bokassa) « il n’ y a pas longtemps Centrafrique-Presse informait ses lecteurs de ce que Bozizé était en train, pour les nécessités de ses trafics mafieux et ses besoins militaires, d’acquérir aux États-Unis d’Amérique un vieil avion de type Hercules C-130 pour 5 765 049 millions USD, soit près de trois milliards de Fcfa. L’ambassadeur de Centrafrique à Washington, Emmanuel Touaboy, n’arrête pas d’effectuer coûteusement et régulièrement plusieurs voyages, non seulement à l’intérieur des USA mais aussi plusieurs aller-retours Washington – Paris – Bangui. […] Un colonel de l’armée tchadienne se trouve présentement aux USA pour prendre les commandes de l’appareil et le ramener à Bangui. […] ». L’achat va se révéler être un fiasco total : le pays n’a pas de pilote certifié sur C-130 et ce sont des tchadiens qui sont requis pour faire voler celui qu’on appelle de façon moqueuse « Air Bézembé ».  A peine arrivés, le chef-pilote décède dans de mystérieuses circonstances.  Des pilotes portugais sont appelés en renfort. L’avion lui-même n’est pas en bon état.  De méchantes langues disent qu’il tient ensemble grâce à son épaisse couche de peinture bleue et blanche. Lors d’un de ses premiers vols, il voit un de ses moteurs caler au redécollage.  Le président Bozizé, monté à bord, doit rentrer humilié à Bangui en voiture !  Extérieurement, il a effectivement été repeint à la louche en bleu et blanc et porte l’immatriculation TL-KNK, et c’était bien le N°3052 de fabrication, l’ancien OB-1394 et N-226LS de Mercy Plan, de l’association humanitaire LESEA (Lester Sumrall Evangelistic Association ) pour son opération « Feed the Hungry »  (ici à gauche) ayant beaucoup volé dans les années 90.  Une rapide recherche montre qu’il a été construit en… 1956 et qu’il a aussi servi des années dans les forces navales péruviennes, que son dernier propriétaire civil, le David Wurst Trustee, avait fait faillite et qu’il avait subi une restauration chez Chandler en 2003 où il était devenu brièvement le N130GH, déjà recouvert de sa livrée bleue et blanche.  L’appareil avait été vendu bien trop cher : o n trouve aujourd’hui facilement un C-130 de 1957 (N°3212) en vente à moitié prix en Louisiane.  Cher, car commissions comprises !

Un autre politicien peu recommandable

Qui a bien pu recommander un tel vieux coucou à ce prix exorbitant ? C’est le bien renseigné Bakchich qui nous le dit : « le grand ordonnateur de la manœuvre n’est autre que l’ambassadeur centrafricain aux Etats-Unis, Emmanuel Touaboy » (et hop, on retombe sur le même !). « Dans un télégramme diplomatique adressé à son bien-aimé chef François Bozizé le 14 juin dernier, le diplomate a d’ailleurs demandé une petite rallonge de 880 000 dollars ( 680 000 euros) pour effectuer le transfert définitif de l’appareil vers Bangui.  L’arrivée de « la bête » en territoire centrafricain laisse à penser que toutes les traites ont été versées. Ce qui ne manque pas d’étonner les spécialistes. « il existe des Hercules à bien meilleur marché et pour un pays sous perfusion des aides de la communauté internationale, surveillé par le Fmi, c’est assez étonnant ».  Sans compter que des soupçons de bakchich se portent vers son excellence Touaboy (ici avec l’assistant du ministre des affaires étrangères chinois Zhai Jun), « connu pour ne pas être le plus vertueux des représentants centrafricains »…  On estime que ce jour-là Touaboy aurait en effet touché entre 15% et 17% de commission sur le montant de la transaction entre le trésor public centrafricain et le ministère américain de la défense pour l’acquisition de l’Hercules C130 d’Air Benzambé !  Le régime de Bozizé, soutenu par les français (l’uranium d’Areva vient de là) a toujours été mouillé jusqu’au coup dans une corruption échevelée : en 2004, la douane allemande avait par exemple découvert une mallette remplie de diamants dans son avion privé, alors que l’accompagnaient Charles Wénézoui et Sylvain Ndoutingaï.  Avant sa fuite, il avait fait un voyage express à Nice avec le même chargement, selon Centrafrique.com Les deux diamantaires les plus importants là-bas sont Abdoulkarim Dan-Azoumi, de la Badica, et Raffi Arslanian, de la Sodiam.  Et Badica est propriétaire de la compagnie aérienne Minair (ici à droite, vu à Lanseria, son Cessna 206B ZS-TAS).  Tous deux clients de la HSBC suisse… (6)

Le pot aux roses : la fabrication chinoise en série des vrais-faux passeports

Et on retrouve le fameux Emmanuel Touaboy (aujourd’hui ambassadeur de Centrafrique en République populaire de Chine (7) en compagnie de Pascal Saken, quel curieux hasard, dans une bien étrange imprimerie chinoise.  Ils y lèvent le verre lors de leur visite en compagnie de Zhixin Sheng, un chinois, de la société Emperor Technology Development Co, fournisseuse d’imprimantes modèles « JC-8000 »spécialisées pour imprimer et personnaliser des… passeports !!! Parmi ces invités ce jour-là, Jose Marques Vieira, de Guinée-Bissau.  Or les passeports de Guinée-Bissau ne présentent pas une bonne image, depuis quelque temps… Le 15 décembre 2013, on avait appris par exemple qu’un avion de la société portugaise TAP avait constaté un étrange phénomène le 10 décembre précédent, au décollage de Guinée-Bissau : « TAP Portugal se plaint d’une grave violation de la sécurité le matin du dix décembre dernier quand 74 passagers avec de faux documents ont embarqué à l’aéroport de Bissau sur le vol TAP TP202 pour Lisbonne. Les 74 passagers avec de faux passeports turcs étaient en réalité des réfugiés syriens (21 enfants, 15 femmes dont une enceinte et 38 hommes). Leur fausse identité a été seulement mise à jour à l’aéroport de Lisbonne où ils ont atterri mardi. Les circonstances restent encore à éclaircir sur leur fuite qui les a amenés de Syrie à Casablanca au Maroc, d’ou ils ont pris un vol vers Bissau, avant d’embarquer sur celui de la TAP 18 heures plus tard. Ils ont réclamé l’asile politique. Ils resteront au Portugal en attendant l’examen de leurs dossiers qui prendra un ou deux mois. » A noter que le reportage est signé Pavel Novak et Petr Janecky :  or ce sont aussi les deux motoristes (9) du chantier de bateaux de Saken, passés de la clé de douze à la caméra !

La Guinée-Bissau, vendeuse effrénée de vrais-faux passeports

A Bangui, en Centrafrique, le problème est le même, il existe toujours, et cela fait des années qu’il perdure… note le Point le 05 novembre 2015 à propos de Laurent Foucher (8), un homme d’affaires, très occupé : « Toutefois, cette braderie de passeports, y compris de passeports diplomatiques, serait bien antérieure à l’actuel pouvoir intérimaire à Bangui. Elle remonterait à l’ancien président François Bozizé, au pouvoir de 2003 à 2013. Une plainte a été déposée à Paris en octobre 2014 par l’avocat William Bourdon au nom de l’État centrafricain, dans un dossier portant sur des biens mal acquis. Ces documents seraient vendus à des opposants kazakhs, mais aussi à des hommes d’affaires et à des proches de l’ancien guide libyen Muammar Kadhafi. (Baba Kajali Jobe). Selon Jeune Afrique, cette fraude porterait sur 8 000 passeports ordinaires et 900 passeports diplomatiques !  » Ils se revendent encore 10 000 euros sur le marché informel à Paris », écrit la publication. En effet, il s’agit de vrais-faux, en d’autres termes de vrais passeports vierges, fabriqués à Bangui, distribués contre des sommes d’argent. Ils permettent ensuite aux heureux bénéficiaires de ne pas payer d’impôts et d’échapper éventuellement à des poursuites judiciaires ». Des « vrais-faux » ? A savoir ceux imprimés avec des machines similaires à celles employées officiellement ? Des machines chinoises ? Lors de la visite, Pascal Saken avait reçu un passeport diplomatique de Guinée-Bissau, ce dont il s’était vanté ouvertement d’ailleurs !

Un autre cas pendable

C’est fou ce qu’on peut faire avec ce genre de passeport provenant de Guinée-Bissau. Le 23 juillet dernier, un homme de nationalité française (et polonaise) est ainsi arrêté à Ibiza sans trop de ménagements (ici à gauche) lors de l’Operation Cardon  L’homme est millionnaire, il s’appelle Pierre Dadak (10), et il vit grand train sur l’île, explique le JDD dans un article court, mais bien dense.  C’est aussi un ancien lieutenant-colonel des forces armées en Pologne.  Très bien en vue, il se déplaçait parfois dans l’avion de l’ex président de la Gambie, Yahya Jammeh, battu récemment aux élections (à la surprise générale).  Un Bombardier Global Express XRS offert au dictateur par le milliardaire gambien Basiru Jawara. Pour remplacer son vieil Ilyushin IL-62M quadriréacteur, dont Viktor Bout avait utilisé les services.  Détenteur d’un passeport de ce genre, fabriqué en Guinée-Bissau et acheté 60 000 dollars, il possédait une société en Pologne qui aurait joué les intermédiaires dans la vente de plus de 200 000 fusils AK-47, de lance-missiles et de chars au Soudan du Sud, annonce la presse.

On y revient, au commerce des armes.  Des armes provenant de la société polonaise Bumar, dont il s’était vanté être le représentant. La presse l’a vite comparé à Richard Roper, le personnage joué par Hugh Laurie dans la série « The Night Manager ». A Ibiza il avait fréquenté le néerlandais Salomon Lampie (surnommé « Sanny ») souvent présenté comme chef d’un gang de blanchiment d’argent.  Mais également le vice-président du parti pour la communauté néerlandaise !  Fait notable encore: c’est sa petite amie mannequin, d’origine ukrainienne, Katerina Dirgina, qui gérait (très habilement) ses différents comptes ou noms de sociétés…  « A Ibiza, il se faisait passer pour conseiller économique du Premier ministre de Guinée-Bissau, petit pays d’Afrique de l’ouest, dont il possédait un faux passeport diplomatique, et avait installé à l’entrée de son domicile une plaque faisant passer pour un territoire consulaire sa luxueuse villa avec vue sur la baie. » L’homme avait bien des similitudes :  « à l’arrivée dans le pays (en Guinée Bissau), le premier ministre l’attendait sur les marches de l’avion, disent les sources. Dadak avait promis de faire des investissements importants là, il avait avancé 60 000 euros à son consul honoraire en Espagne, un résident de Malaga.  On présume qu’il s’agissait d’un conseiller économique du président ». « C’était un habitué des nuits d’Ibiza ou les boîtes de nuit visitées sur l’île, vêtu d’un style plutôt chic, incompatible avec le fait de vouloir passer inaperçu aux yeux des autorités.  Il possédait des voitures haut de gamme de grandes marques, qu’il changeait au même rythme que ses gardes du corps. Tous payés au noir et avec  des retraits au guichet automatique variant entre 3 000 et 6 000 euros par jour.  Il aimait aller manger au restaurant haut de gamme Blue Marlin. Des soirées ont été tenues à sa maison en présence de prostituées, et il utilisait régulièrement des vols privés au terminal de l’aéroport d’Ibiza où il avait son propre avion.  Cette année, à l’occasion de son 40e anniversaire, les membres du clan Barresi lui ont organisé une soirée en France qui a réuni la crème de la mafia internationale. » Décidément, les « vrais-faux » passeports mènent à tout en effet !!!  Visiblement aussi, l’homme se croyait au dessus des lois !

Jusqu’où serait-on allé au Vanuatu ?

« L’exemple » certes lointain de Pierre Dadak n’est pas là non plus pour rassurer.  Un événement passé presqu’inaperçu ici en France semble pourtant faire peser les mêmes craintes.  En décembre 2012, le Phocéa est toujours bloqué par l’administration locale, et par surtout la décision du directeur des Ports et Marine Morris Kaloran, qui a jugé qu’un acte de libération signé par le ministre de l’Infrastructure Harry Iauko (ancien dirigeant d’ Air Vanuatu, ici à droite), n’était pas correctement rédigé, car n’ayant pas consulté les Ports et Marine, il ne respectait pas les conditions requises par la loi (cf le Vanuatu Daily Post du 8 décembre 2012).  Les regards s’étaient alors portés sur celui qui bloquait la décision de faire repartir ou non le Phocéa.  Si Kaloran avait jusqu’ici focalisé l’attention, c’est sur Iauko que désormais les partisans de la libération du voilier avaient le regard tourné.  Or toujours selon le VDP « trois jours plus tard (le 11 décembre donc), le ministre avait été retrouvé mort dans une chambre d’hôtel de la deuxième ville de Luganville-Vanuatu, située sur l’île nord de Santo. Le médecin qui a effectué les constations d’usage a déclaré que la cause du décès n’était pas claire, mais aucune autopsie n’avait été pratiquée. Iauko avait volé à Luganville la veille (le 10 décembre) suite à la défaite du du vote de censure contre le gouvernement Kilman. Les rumeurs de méfaits circulaient partout, avec la suggestion que sa mort était en quelque sorte liée au Phocéa et qu’une femme mystérieuse d’Asie du Sud-Est ou d’Amérique du Sud avait été vue à l’hôtel et qu’elle aurait embarqué le matin suivant sur Air Vanuatu dans un vol vers Brisbane. Il ne semble pas y avoir eu d’enquête policière, et rien de plus au sujet de la mort n’a été signalé dans les médias, sauf pour le gouvernement d’exprimer sa sympathie à la famille et de déplorer la perte d’un «homme d’action» (VDP, 12-13 déc 2012 ) ».  La mort d’un tel ministre était-elle liée ? On restera dans la plus complète expectative, dans cet incroyable scénario… la rumeur montrant surtout l’incroyable pression montée avec l’affaire du Phocea, devenue critique pour le pouvoir politique au Vanuatu !

(1) j’apprécie toujours d’avoir des lecteurs : . »comme l’a raconté le site Centpapiers » avait eu la gentillesse d’écrire  le journal (repris ici par , En relisant le texte, vous trouverez certainement, je pense, qui a fait effacer tout le dossier du Phocea…

(2) Tout est dans les « Malta Files » en fait : « Xavier Niel copropriétaire d’un yacht à l’histoire trouble. Les « Malta Files » confirment que Xavier Niel, actionnaire à titre individuel du Monde, est le copropriétaire du Phocea, un yacht de 74 mètres qui appartenait autrefois à Bernard Tapie, puis à la femme d’affaires libanaise Mouna Ayoub. Le fondateur de Free en a fait l’acquisition en 2010, aux côtés des frères Steve et Jean-Emile Rosenblum, les fondateurs du site Pixmania. Leurs holdings respectives, NJJ Capital et Dotcorp Finance, sont en effet actionnaires à 50 % chacune de la société maltaise Phocea Limited, propriétaire du bateau, lui-même immatriculé au Luxembourg. Si le montant de l’achat est inconnu, Mediapart indique que la mise à prix a été fixée à 10 millions d’euros. Loué à des clients fortunés et confié à Pascal Saken, un administrateur à la réputation sulfureuse, le Phocea a connu depuis ce rachat des déboires à répétition : bloqué pendant plusieurs mois en 2012 au Vanuatu à la suite d’une affaire mêlant corruption et faux documents, le yacht a ensuite été gravement endommagé par une tempête en Thaïlande. Selon Mediapart, le superyacht est aujourd’hui aux mains de Pascal Saken en Malaisie, mais appartient toujours à Xavier Niel et aux frères Rosenblum. Sollicité par Le Monde, M. Niel n’a pas souhaité faire de commentaire sur le sujet. » On ajoutera qu’au Vanuatu, il y avait eu de saisi à bord des faux-passeports, mais aussi des armes et de l’opium…

(3) il a été (enfin)  démis de ses fonctions le 28 mars 2018.  On lui reprochait notamment « The Coconut Project », qui aurait compromis la réputation de Vanuatu auprès du Fonds européen de développement et de Pascal Saken en qualité d’ambassadeur adjoint sans consultation préalable avec le ministère ».  C’était bien au départ une escroquerie sur la vente de terres comme je l’avais indiqué !

(4) « Le Solntsevo District  était stratégiquement situé près de l’autoroute M-KAT menant à l’Ukraine, ainsi qu’à l’aéroport international de Domodedovo. Le contrôle des centres de transport a permis au groupe Solntsevo de grossir dans le commerce d’importation de voitures.  Mais au début des années 1990, la domination du Solntsevo a été contestée par la mafia Chétchène. Le gang de l’Orekhovskaya et d’autres gangs slaves le Solntsevo ont a fait alors alliance ensemble pour chasser les Tchétchènes. La guerre des gangs a provoqué de nombreuses victimes, et dans une bataille d’armes à feu dans un cinéma au Kazakhstan, six Tchétchènes et quatre Russes ont été tués »

(5) Il n’hésite devant rien pour faire sa propre promotion. Y compris les choses sordides. Une jeune fille, Alexandra Popova, est une jour brutalement et sauvagement attaquée par un gang à Nikolaev au sud de l’Ukraine, et son sort et celui d’une seconde, Oksana Makar, encore plus sordide violée et aspergée d’acide (et qui décédera rapidement, hélas : les trois attaquants étant des amis de sa mère, la jeune fille était forcée par elle à se prostituer). Les deux ayant fortement ému tout le pays.  On avait pu voir à ce sujet à la télévision notre fameux Reiko apporter à l’hôpital où avait été soigné la jeune fille du matériel médical.  Il avait posé devant un appareil destiné à Oleksandra Popov, selon la presse, un appareil d’Eléctroencéphalogrammes, de la société Nihon Kohden livré à la clinique de Miklaiev là, où la jeune fille avait été hospitalisée. Un appareil d’un prix élevé, se disait-on, qui rehaussait d’un coup l’image de marque ternie par l’affaire glauque des PCs et du faux cancéreux. I l était même passé à la télévision (ici à gauche) montré en train de déballer ce matériel.  Or un journaliste avait retrouvé la facture de l’engin une fois Reiko à peine reparti :  c’était en fait un don de l’entreprise Nihon Kohden à l’hôpital !  Sordide, une fois de plus !  Il n’y était en fait pour rien !

 

(6) « Le Bureau d’achat de diamant en Centrafrique (BADICA), placé sur la liste récapitulative des sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies pour son rôle dans le trafic de diamants en République centrafricaine est accusée d’avoir alimenté le conflit en République centrafricaine par la vente de « diamants de la guerre ». La société Badica est en effet soupçonnée d’avoir contribué en partie au financement de l’ex Séléka, le groupe rebelle qui avait renversé l’ex président François Bozizé en mars 2013.  Or, le Département des opérations de maintien de la paix des Nations Unies a confirmé à l’IRIN l’existence d’un contrat de crédit-bail avec cette société pour des locaux situés dans la capitale, Bangui. »

(7) normal, car il a aussi été très intéressé par le pétrole de Centrafrique. « Au début de son mandat aux États-Unis, Touaboy a été un partisan de premier plan de la firme pétrolière américaine Grynberg Petroleum. En Mars 2008, Touaboy s’est joint au conseil consultatif du Groupe de gestion Jarch, qui espère mettre au point les réserves de pétrole dans le sud du Soudan ». La société américaine Grynberg Petroleum a ensuite fait un procès à la Centrafrique pour avoir été évincée de la recherche et l’exploitation du pétrole dans le pays (à Boromata, à la frontière avec le Tchad) empêchée en partie par… Touaboy, devenu supporter des pétroliers chinois. Au prétexte que c’est le régime précédent d’Ange-Félix Patassé qui avait accordé le contrat à la firme US.

(8) lire ici le lien entre les kazakhs (dont Iliyas Khrapunov, promoteur immobilier genevois opposé au régime) et la Centrafrique.  Moukhtar Ablyazov, emprisonné en France puis extradé vers Moscou en novembre 2015, possédait lui aussi un passeport centrafricain falsifié.  Il est proche de Laurent Foucher, qui est également ambassadeur de la République centrafricaine à Genève et qui gère Niel Finances et Services, Niel Petroleum, Niel Telecom, Niel Consulting, lui-même proche de… Claude Guéant Ablyazov était accusé d’avoir détourné six milliards de dollars de la BTA Bank.  Son dossier avait été suivi de près par… Bernard Squarcini.

(9) www.sakenyacht.com

(10) Le texte ici de l’ OCCRP sur Dadak est la meilleure analyse que l’on puisse trouver.  « Le groupe avait été réuni par Dadak pour se rendre en Gambie afin de négocier un contrat d’armement d’une valeur de 350 millions de dollars US avec le dictateur du pays, Yahya Jammeh.  Mais avant même que le voyage ne commence vraiment, le voyage a commencé à devenir étrange, ont indiqué deux passagers du vol au Projet de signalement de la criminalité organisée et de la corruption (OCCRP) et ses partenaires.  À la surprise des autres, Dadak, âgé de 35 ans, a ordonné à l’avion de prendre un autre passager à Marseille:  Franck Barresi, un pilier réputé de la mafia de la ville française. Barresi reste seul dans l’avion, ne parlant qu’à Dadak. Au moment où le groupe a atteint l’Afrique de l’Ouest, même le chef de la foule semblait confus quant à ce qui se passait. «Je me souviens que Franck Barresi n’était pas à l’aise», a déclaré Thierry Carbou, l’homme d’affaires canadien. « Il disait: » Je ne sais pas ce que je fais ici. « Cette confusion allait bientôt s’approfondir ». Il faut savoir aussi que Frank Barresi est un des piliers de l’escroquerie à la taxe carbone.  Selon  Bakchich et un texte de 2013, qui décrit les trois frères : « en 1992, il (Frank) est condamné à 10 ans de prison pour braquage. À un procès d’assises pour une attaque de fourgon à Colmar, Bernard préfère, lui, la cavale et la clandestinité. Il ne sera arrêté qu’en 2010, sur un yacht, du côté de Golfe Juan (Alpes Maritimes). Acquitté en 2012 pour le braquage, l’homme attend son procès en appel, tout en jouant les épouvantails dans le dossier Guernica-Guérini avec une autre fratrie à la sulfureuse réputation, les Campanella. » A droite ici, c’est la villa d’Ibiza de Dadak…  Bernard Barresi, durant sa fuite, se faisait appeler Jean Bon…. il a été arrêté sur « l’Atlas « , le yacht de 27 mètres d’Alexandre Rodriguez. L’armateur de la Côte d’Azur qui avait réussi à en fourguer un à Johnny Hallyday, qui ne s’en est presque jamais servi.  Rodriguez a fini en prison… La compagne de Barresi, selon le Point, « Carole Serrano était la gérante d’Alba Sécurité, une société de 143 employés qui affichait 4 millions de chiffre d’affaires en 2008.  En contrat avec le conseil général des Bouches-du-Rhône, comme l’a révélé le site Bakchich.info, Alba Sécurité fournissait notamment des centaines de stadiers pour les matchs de l’OM au Stade Vélodrome ».

« Après plusieurs jours de négociations, le régime de Jammeh a signé l’accord.  Mais, une fois que tout le monde est rentré chez lui, l’entreprise promise ne s’est jamais concrétisée.  Dadak, qui avait extrait plus de 100 000 dollars de ses partenaires en acomptes et en jet privé, changeait sans cesse de récit et semblait gagner du temps.  Les partenaires de Dadak ont ​​déclaré aux journalistes qu’ils avaient finalement compris que c’était un fumiste. « Je veux dire, tout ce qu’il a dit était des mensonges », a déclaré Richard Jreissati, l’un des hommes d’affaires libanais.  Mais même après cette conclusion, les choses n’ont toujours pas de sens. Pourquoi Dadak est-il parti avec seulement des milliers de dollars, alors que des millions étaient sur la table?  Pourquoi inviter un gangster français réputé dans l’avion, alors qu’il ne semblait même pas vouloir y être ? » (était-ce l’espoir de la livraison de Kalachnikovs, si répandues à Marseille pourrait-on aussi imaginer ?)

« Les reporters de l’OPCRP et des partenaires ont passé plus d’un an à examiner des dossiers d’enquêtes d’Espagne et de France, ont déposé de nombreuses demandes d’accès à l’information et mené des dizaines d’interviews afin de mieux comprendre ce que Dadak faisait réellement. L’image résumée découverte par les journalistes est inquiétante. L’affaire Dadak révèle un monde de commerce international des armes dans lequel un manque de contrôle et de responsabilité peut permettre aux plus fainéants de prospérer. Il révèle également des lacunes criantes dans l’application de la loi européenne.  Malgré une feuille de route qui incluait fraude et falsification, Dadak a pu se hisser au rang de haut responsable en tant qu’agent de Bumar – l’une des plus grandes entreprises d’armement d’État d’Europe centrale – tout en maintenant un partenariat secret avec un ancien député polonais au Ministère de la Défense ».

« Dadak a utilisé son titre pour négocier des armes d’une valeur de plusieurs centaines de millions de dollars en Asie, en Afrique, en Amérique latine et au Moyen-Orient. Mais selon ses partenaires commerciaux, nombre de ces transactions n’ont jamais eu lieu. Au lieu de cela, ils ont dit, Dadak a extrait des millions de dollars en acomptes et en dépenses de luxe avant de s’enfuir avec l’argent. Ceux qui l’ont croisé ont été menacés d’une violence macabre. Dadak avait également des liens financiers présumés avec des gangsters marseillais, comme le montrent des dossiers, et est accusé d’escroquerie financière à travers l’Europe. À travers tout cela, il a semblé bénéficier d’une mesure de protection en Pologne, où la policene semble avoir fait que peu d’efforts pour le poursuivre, même après de nombreuses allégations sérieuses. Même si la police espagnole a finalement fermé ses portes au début de 2016, Dadak semble avoir été prévenu par une fuite des services de sécurité polonais Cette violation a presque étouffé les tentatives de mener une enquête internationale sur ses supposés stratagèmes de trafic d’armes. «L’histoire de Dadak témoigne de la nature complètement amorale du commerce des armes», a déclaré à OCCRP Andrew Feinstein, militant anti-corruption et auteur du livreThe Shadow World: Inside the Global Arms Trade » . «La distinction entre trafiquants d’armes et arnaqueurs est extrêmement floue. Beaucoup de ces gens sont presque caricaturaux, ils ont des personnalités énormes, ils sont délirants.  » Pierre Konrad Dadak, Reiko Opitz, Pascal Vu Anh Quan Saken, c’est un peu tous la même chose.  Ils apparaissent soudain au détour d’un long rapport sur la circulation de drogues ou d’armes, comme ici Dadak dans le « Final report of the Panel of Experts on South Sudan » du 13 avril 2017. Une très longue liste d’armes légères lui est attribuée : celle figurant dans ses échanges de courrier interceptés.  C’est bien davantage que ce qu’on en avait dit :

(a) 40,000 AK-47 rifles;
(b) 200,000 boxes of AK-47 ammunition;
(c) 30,000 PKM machine guns;
(d) 180,000 boxes of PKM ammunition;(e) 3,000 anti-tank rounds;
(f) 300 anti-aircraft surface-to-air missiles (SAM-7);
(g) 2,000 boxes of 14.5-mm ammunition;
(h) 8,000 rocket-propelled grenade rockets;
(i) 10,000 BM-12 rockets;
(j) 8,000 60-mm rounds;
(k) 10,000 rocket-propelled grenade launchers;
(l) 300 anti-tank guns;
(m) 300 anti-aircraft guns;
(n) 3,000 pistols;
(o) 3,000 hand grenades.

Un superbe film primé au Sundance Festival 2012 est à tout prix à regarder pour comprendre comment des politiciens véreux entretiennent cette corruption.  Il s’appelle « The Ambassador ».

http://www.mediatheque-numerique.com/films/the-ambassador

Synopsis:« Adepte du gonzo journalisme Mads Brügger, muni d’un faux-passeport diplomatique, s’envole pour la République Centrafricaine et se fait passer pour un riche homme d’affaires pour mieux infiltrer les réseaux du trafic de diamants. Un documentaire où l’absurde et la peur dévoilent surtout les rouages d’un système politique corrompu. Selectionné au Festival Sundance 2012 ». L’avion visible dans le film (ici à gauche) est en fait bien celui de Minair !!!  Celui de la Badica d’Abdoulkarim Dan-Azoumi ! Le réalisateur a utilisé un avion réel, ayant effectivement servi à transporter aussi des diamants !

Une bonne source ici :

https://scholarspace.manoa.hawaii.edu/bitstream/10125/36729/1/v26n2-524-552-politicalrev.pdf

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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