Accueil / A C T U A L I T É / M’sieurs, dames, z’avez bien le bonsoir des nanars…

M’sieurs, dames, z’avez bien le bonsoir des nanars…

Albert Libertad?

L?anarchie, 27 d?cembre 1906.

***

Ah?! Ah?! C?est le jour de l?an?!

La voix claire de l?enfant et la voix cass? du vieillard entonnent la m?me ballade?: la ballade des v?ux et souhaits.
L?ouvrier ? son patron, le d?biteur ? son cr?ancier, le locataire ? son propri?taire disent la ritournelle de la bonne et heureuse ann?e. Le pauvre et la pauvresse s?en vont par les rues chanter la complainte de la longue vie.

Ah?! Ah?! C?est le jour de l?an?!

Il faut que l?on rie?! Il faut que l?on se r?jouisse. Que toutes les figures prennent un air de f?te. Que toutes les l?vres laissent ?chapper les meilleurs souhaits. Que sur toutes les faces se dessine le rictus de la joie.

C?est le jour du mensonge officiel, de l?hypocrisie sociale, de la charit? pharisienne. C?est le jour du vernis et du convenu.

Les faces s?illuminent et les maisons s??clairent?! Et l?estomac est noir et la maison est vide. Tout est apparent, tout est fa?ade, tout est leurre, tout est tromperie?! La main qui vous accueille est un rictus ou une grimace. Le souhait qui vous re?oit est un blasph?me ou une moquerie.

Dans la cur?e ?pre des app?tits, c?est l?armistice, c?est la tr?ve. Dans l??pre cur?e des batailles, c?est le jour de l?an.

On entend l??cho qui r?p?te la voix du canon et qui redit le sifflet de l?usine. La mitrailleuse fume encore et encore?; la chaudi?re laisse ?chapper la vapeur. L?ambulance regorge de bless?s et l?h?pital refuse des malades. L?obus a ouvert ce ventre et la machine ? couper ce bras. Les crimes des m?res, les pleurs des enfants font retentir ? nos oreilles l?affreuse m?lodie de la douleur, toujours la m?me.

Le drapeau blanc flotte?: c?est l?armistice, c?est la tr?ve, pour une heure et pour un jour, les mains se tendent, les faces se sourient, les l?vres b?gaient des mot d?amiti??: ricanements d?hypocrisie et de mensonges.

Bonne vie ? toi, propri?taire?? qui me jettera sur le pav? de la ville sans t?occuper du froid ou de l?averse?

Bonne vie ? toi patron?? qui me diminua ces jours derniers, parce que faiblissait mon corps apr?s la dure maladie que je contractai ? ton service?

Bonne vie, bonne vie ? tous?! boulangers, ?piciers, d?bitants qui enserriez ma mis?re de vos p?ages honteux et qui teniez commerce de chacun de mes besoins, de chacun de mes d?sirs.

Et bonne vie et bonne sant? ? tous, m?les et femelles, l?ch?s ? travers la civilisation?: bonne ann?e ? toi, l?ouvrier honn?te?? ? toi, maquereau r?gulier?? ? toi, catalogu? du mariage?? ? toi, inscrit aux livres de police?? ? vous tous dont chacun des gestes, chacun des pas est un geste et un pas contre ma libert?, contre mon individualit???

Ah?! Ah?! bonne vie et bonne sant???

Vous voulez des v?ux, en voil??: que cr?ve le propri?taire qui d?tient la place o? j??tend mes membres et qui me vend l?air que je respire?! Que cr?ve le patron qui, de longues heures, fait passer la charrue de ses exigences sur le champ de mon corps.

Que cr?vent ces loups ?pres ? la cur?e qui pr?l?vent la d?me sur mon coucher, mon repos, mes besoins, trompant mon esprit et empoisonnant mon corps?!

Que cr?vent les catalogu?s de tous sexes avec qui les d?sirs humains ne se satisfont que contre promesses, fid?lit?s, argent ou platitudes?!

Que cr?ve l?officier qui commande le meurtre et le soldat qui lui ob?it?; que cr?ve le d?put? qui fait la loi et l??lecteur qui fait le d?put??!

Que cr?ve le riche qui s?accapare une si large part du butin social?! mais que cr?ve surtout l?imb?cile qui pr?pare sa p?t?e.

Ah?! Ah?! C?est le jour de l?an?!

Regardez autour de vous. Vous sentez plus vivant que jamais le mensonge social. Le plus simple d?entre vous devine partout l?hypocrisie gluante des rapports sociaux. Le faux appara?t ? tout pas. Ce jour-l?, c?est la r?p?tition d tous les autres jours de l?an. La vie actuelle n?est faite que de mensonge et de leurre. Les hommes sont en perp?tuelle bataille. Les pauvres se baladent du sourire de la concierge au rictus du bistrot et les riches de l?obs?quiosit? du laquais aux flatteries de la courtisane. Face glabres et masques de joie.

La caresse de la putain a comme ?quivalent le sourire de la femme mari?e. Et la d?fense du maquereau est pareille ? la protection de l??poux. Truquages et int?r?ts.

Pour que nous puissions chanter la vie, un jour, en toute v?rit?, il faut, disons-le bien hautement, laisser le convenu et faire un ?pre souhait?: que cr?ve le vieux monde avec son hypocrisie, sa morale, ses pr?jug?s qui empoisonnent l?air et emp?chent de respirer. Que les hommes d?cident tout ? coup de dire ce qu?ils pensent.

Faisons un jour de l?an o? l?on ne se fera pas de v?ux et de souhaits mensongers, mais o?, au contraire, on videra sa pens?e ? la face de tous.

Ce jour-l?, les hommes comprendront qu?il n?est v?ritablement pas possible de vivre dans une pareille atmosph?re de lute et d?antagonismes.

Ils chercheront ? vivre d?autre fa?on. Ils voudront conna?tre les id?es, les choses et les hommes qui les emp?chent de venir ? plus de bonheur.

La propri?t?, la patrie, les dieux, l??honneur courront risque d??tre jet?s ? l??gout avec ceux qui vivent de ces puanteurs. Et sera universel ce souhait qui semble si m?chant et qui est pourtant rempli de douceur?: que cr?ve le vieux monde?!

Les faces s?illuminent et les maisons s??clairent?! Et l?estomac est noir et la maison est vide. Tout est apparent, tout est fa?ade, tout est leurre, tout est tromperie?! La main qui vous accueille est un rictus ou une grimace. Le souhait qui vous re?oit est un blasph?me ou une moquerie

Dans la cur?e ?pre des app?tits, c?est l?armistice, c?est la tr?ve. Dans l??pre cur?e des batailles, c?est le jour de l?an.

On entend l??cho qui r?p?te la voix du canon et qui redit le sifflet de l?usine. La mitrailleuse fume encore et encore?; la chaudi?re laisse ?chapper la vapeur. L?ambulance regorge de bless?s et l?h?pital refuse des malades. L?obus a ouvert ce ventre et la machine ? couper ce bras. Les crimes des m?res, les pleurs des enfants font retentir ? nos oreilles l?affreuse m?lodie de la douleur, toujours la m?me.

Le drapeau blanc flotte?: c?est l?armistice, c?est la tr?ve, pour une heure et pour un jour, les mains se tendent, les faces se sourient, les l?vres b?gaient des mot d?amiti??: ricanements d?hypocrisie et de mensonges.

Bonne vie ? toi, propri?taire?? qui me jettera sur le pav? de la ville sans t?occuper du froid ou de l?averse?

Bonne vie ? toi patron?? qui me diminua ces jours derniers, parce que faiblissait mon corps apr?s la dure maladie que je contractai ? ton service?

Bonne vie, bonne vie ? tous?! boulangers, ?piciers, d?bitants qui enserriez ma mis?re de vos p?ages honteux et qui teniez commerce de chacun de mes besoins, de chacun de mes d?sirs.

Et bonne vie et bonne sant? ? tous, m?les et femelles, l?ch?s ? travers la civilisation?: bonne ann?e ? toi, l?ouvrier honn?te?? ? toi, maquereau r?gulier?? ? toi, catalogu? du mariage?? ? toi, inscrit aux livres de police?? ? vous tous dont chacun des gestes, chacun des pas est un geste et un pas contre ma libert?, contre mon individualit???

Ah?! Ah?! bonne vie et bonne sant???

Vous voulez des v?ux, en voil??: que cr?ve le propri?taire qui d?tient la place o? j??tend mes membres et qui me vend l?air que je respire?!

Que cr?ve le patron qui, de longues heures, fait passer la charrue de ses exigences sur le champ de mon corps.

Que cr?vent ces loups ?pres ? la cur?e qui pr?l?vent la d?me sur mon coucher, mon repos, mes besoins, trompant mon esprit et empoisonnant mon corps?!

Que cr?vent les catalogu?s de tous sexes avec qui les d?sirs humains ne se satisfont que contre promesses, fid?lit?s, argent ou platitudes?!

Que cr?ve l?officier qui commande le meurtre et le soldat qui lui ob?it?; que cr?ve le d?put? qui fait la loi et l??lecteur qui fait le d?put??!

Que cr?ve le riche qui s?accapare une si large part du butin social?! mais que cr?ve surtout l?imb?cile qui pr?pare sa p?t?e.

Ah?! Ah?! C?est le jour de l?an?!

Regardez autour de vous. Vous sentez plus vivant que jamais le mensonge social. Le plus simple d?entre vous devine partout l?hypocrisie gluante des rapports sociaux. Le faux appara?t ? tout pas. Ce jour-l?, c?est la r?p?tition d tous les autres jours de l?an. La vie actuelle n?est faite que de mensonge et de leurre. Les hommes sont en perp?tuelle bataille. Les pauvres se baladent du sourire de la concierge au rictus du bistrot et les riches de l?obs?quiosit? du laquais aux flatteries de la courtisane. Face glabres et masques de joie.

La caresse de la putain a comme ?quivalent le sourire de la femme mari?e. Et la d?fense du maquereau est pareille ? la protection de l??poux. Truquages et int?r?ts.

Pour que nous puissions chanter la vie, un jour, en toute v?rit?, il faut, disons-le bien hautement, laisser le convenu et faire un ?pre souhait?: que cr?ve le vieux monde avec son hypocrisie, sa morale, ses pr?jug?s qui empoisonnent l?air et emp?chent de respirer. Que les hommes d?cident tout ? coup de dire ce qu?ils pensent.

Faisons un jour de l?an o? l?on ne se fera pas de v?ux et de souhaits mensongers, mais o?, au contraire, on videra sa pens?e ? la face de tous.

Ce jour-l?, les hommes comprendront qu?il n?est v?ritablement pas possible de vivre dans une pareille atmosph?re de lutte et d?antagonismes.

Ils chercheront ? vivre d?autre fa?on. Ils voudront conna?tre les id?es, les choses et les hommes qui les emp?chent de venir ? plus de bonheur.

La propri?t?, la patrie, les dieux, l?honneur courront risque d??tre jet?s ? l??gout avec ceux qui vivent de ces puanteurs. Et sera universel ce souhait qui semble si m?chant et qui est pourtant rempli de douceur?: que cr?ve le vieux monde?!

 

Dazibaoueb?

 

Commentaires

commentaires

A propos de

avatar

Check Also

Commissariat du 17e : combien de « brebis galeuses » ?

La révoltante agression dont a été victime Michel Zecler a donné lieu dimanche à un ...