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M?gantic h?catombe

PIERRE JC ALLARDl

Il y a des jours, plus souvent qu?autrement, o? l?on doit chercher la nouvelle au bout du monde. ? Aujourd?hui, elle est? venue ?? nous.? C?est ici, cette fois, que s?est arr?t?e la petite bille mal?fique de la mort en masse qui tourne toujours sur la roulette d?un monde cruel. C?est nous que le drame a choisi.? Un pleur sinc?re d?abord, donc, pour les victimes de M?gantic et une minute de recueillement avec leurs proches. Pour toujours, ensuite, le rappel qui en sera devenu plus vivace de notre condition humaine ? et? le d?sir obstin? de la rendre ne serait-ce qu?un peu plus douce?.

Aurait-on pu faire que cette trag?die n?arriv?t pas ?? Y-a-t-il eu erreur humaine, que notre obstination aurait pu vaincre, ou tout n?a-t-il ?t? qu?un cas fortuit, un de ces ??acte de Dieu ?? ? s?ismes, inondations, etc. ? auxquels on ne peut r?agir que par la r?signation de Pangloss ? Le coeur voudrait que personne ne soit ? bl?mer, mais la t?te est la pour nous rappeler que, si notre obstination ne trouve rien ? corriger, la malheur reviendra frapper encore et encore, sans qu?on puisse en rien r?duire sa malice.? ? Cherchons donc bien?.

Erreur humaine grossi?re, de freins pas appliqu?s ou mal appliqu?s ? Erreur m?diate de freins us?s ou d?fectueux, renvoyant ? un d?faut de fabrication ou d?entretien et pour lequel il serait encore bien injuste d?accuser Dieu ? ? On verra.? La? justice prendra tout son temps pour aller au fond des choses, les compliquant ? plaisir si elles sont simples, pour que la sueur qu?il nous en co?tera pour tirer des conclusions de cette affaire n?apparaisse pas trop d?risoire si on la com pare aux larmes qu?elle nous aura fait verser. ? On fera cette recherche, n?en doutons pas? Une compagnie ferroviaire devra r?pondre ? bien des questions?

Est-ce que, l?ayant faite, on pourra pr?tendre avoir manifest? ainsi toute la diligence, toute l?obstination n?cessaire pour que l?humain ait avanc? d?un tout petit pas pour se mettre mieux ? couvert des al?as de son destin?? Peut-?tre, mais ce n?est pas s?r.? On pourra penser que, de fa?on bien triviale, on serrera d?sormais mieux les freins et qu?on les entretiendra mieux, ? M?gantic et partout o? seront diffus?es de nouvelles normes qui tenteront de mettre ? profit ce que cette catastrophe nous aura enseign??. mais pour un grand bond en avant, il faudrait peut-?tre faire mieux.

Faire quoi ?? Susciter ? en fait, ressusciter -? le sens d?une responsabilisation collective. ? Je ne suis certes pas le seul ? avoir remarqu? ? (dans mon cas, l??ge aidant, depuis des d?cennies ! )- que l?industrialisation, l?urbanisation, la sp?cialisation, ph?nom?nes qui nous ont non seulement rapproch?s physiquement, mais rendus plus d?pendants les uns des autres, n?ont pas simultan?ment cr??, h?las, une pulsion fusionelle concomitante qui aurait augment? le d?sir d??tre ensemble, mais souvent, au contraire aviv? le go?t chez chacun de garder ses distances.

Une volont? centrifuge poussant ? un d?sengagement, dont l?une des manifestations est pr?cis?ment de NE PAS s?investir dans la soci?t?, dans autrui, dans les autres?. Un effort conscient pour NE PAS ?tre ??le gardien de son fr?re??, avec pour cons?quence un repli ce chacun vers SA t?che, SA (*)

Mais comprend-t-on bien les implications de cette dissociation qui porte les passants des grandes m?tropoles ? enjamber celui qui tr?buche plut?t que de lui porter secours ?? Quelqu?un aujourd?hui qui voit une train d?valer un pente. a-t-il la curiosit? r?fl?xe de se demander si c?est bien normal? ou n?a-t-il plut?t la r?action de passer son chemin, en se disant que ce n?est pas son affaire et que c?est donc ??probablement?? l?affaire d?un autre?

Attention, je ne dis pas que rien de semblable se soit produit a M?gantic ! Je sugg?re seulement, et de fa?on g?n?rale, que la s?curit? ne peut ?tre optimale dans une soci?t? que si chacun garde un oeil ouvert pour l?inusit?, comme le faisait chacun au Moyen-?ge, sans penser qu?il appartient exclusivement ? quelques alguazils fonctionnaris?s de le faire pour tous.

Aller au fond des causes de la terrible trag?die de M?gantic, donc, mais en profiter aussi pour r?fl?chir et voir si, dans notre Village Global, le moment n?est pas venu pour chacun de se percevoir ? nouveau comme le gardien de ses ??fr?res qui sont tous les hommes.??

Pierre JC Allard

n.b ?(*) ?Trois mots ont saut? que je ne puis retrouver au bouillon; ?je ne m?en souviens plus. Je pourrais leur substituer autre chose, ?mais j?ai pr?f?r? y voir un signal et vous laissez y mettre ce que VOUS voulez y voir? ) pjca

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    Bonjour Pierre,

    Nous n’avons pas à chercher très loin pour observé le phénomène que vous décrivez. Une expérience m’est arriver lorsque j’était chef d’équipe, quand un de mes équipier ma rapporté une erreur survenu qui aurait pu coûté la vie à un travailleur. J’ai entrepris les démarches requise afin que cette situation ne se présente plus jamais, et l’entreprise à coopérer d’une manière exemplaire. Mais l’individu qui à commis la faute ma engueulé comme du poisson pourris, croyant que je faisait lui faire du trouble, mettant en danger sa job. Première fois que je rencontrais cette individu, et de plus j’ignorais complètement qui avait fait cette erreur.

    La peur de perdre son emploi, pousse souvent les gens à ne pas réfléchir plus loin que leur petite personne. Conséquence d’un marché du travail déficient et du capitalisme en général, conséquence qui sont rarement décrite dans les médias même alternatif.:-)

  2. avatar

    J’ai plus particulièrement savouré l’un des commentaire d’un sinistré.

    M. Lafontaine, entrepreneur du lac Mégantic, qui a perdu un fils et deux de ses brues dans la catastrophe, a discuté avec le représentant francophone de la cie de chemin de fer impliquée. À la fin de l’entretient, il lui a dit bien gentiment:

    « Vous savez, avec mes « cranes » et mes équipements, je pourrais renverser tous vos trains et locomotives et les flanquer dans le lac. Mais ça n’arrivera certainement pas, rassurez-vous. Car je vois dans vos yeux que vous comprenez très bien tout ce dont nous avons discuté ».

    Le tout s’est terminé avec une poignée de main. M. Lafontaine continue à chaque jour de s’impliquer efficacement dans sa localité.

    Lors d’entrevue, il ne se laisse pas contrôler par le journaliste. Il dit simplement ce qu’il tient à dire.

    Un « Canayen » formidable. Il semble bien qu’il en reste encore beaucoup plus que je ne le croyais.

    André Lefebvre