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M?DICAMENTS DANGEREUX : ? QUI LA FAUTE?

Image Flickr par flxmx

Chronique : La m?decine du professeur Biron

Entrevue avec Marc Girard

Q ? Marc Girard, vous ?tes parisien, m?decin, expert en pharmacovigilance et auteur d?un autre livre choc qui para?t en mai 2011 aux Editions Dangles, Escalquens. Qui sont donc ces fautifs sur qui vous tirez ? boulets rouges?

R ? Ils appartiennent ? quatre cat?gories : les m?decins, les experts, les journalistes, les fabricants

Q ? Pourquoi encore un livre d?capant sur les scandales m?dico-pharmaceutiques?

R – Le climat dans lequel j?entends placer ce nouvel ouvrage sera celui de l?exasp?ration : les gens n?en peuvent plus de constater non seulement que rien ne change malgr? l?accumulation des scandales ? Vioxx?, Vaccins A/H1N1 et h?patite B, Mediator? – mais encore que tout semble s?aggraver dans une ambiance r?voltante d?impunit?.

Q ? Quelles sont les principales failles actuelles – pour ne pas dire faillites – du monde du m?dicament?

R – La recherche d?une rentabilit? maximale sans aucun souci de l?avenir, le remplacement d?une ?thique professionnelle par une r?glementation qui nourrit sa profusion tentaculaire de ses constants ?checs, la privatisation de l??tat (via une mainmise de fait sur l?assurance-maladie et l?administration sanitaire), ? la colonisation des esprits ? par l?exploitation int?ress?e des d?rives morales contemporaines.

Q- Sur quels probl?mes voulez-vous orienter ce nouvel ouvrage?

R – Quoique ma pr?c?dente contribution ? focalis?e sur la colonisation des esprits (les fausses alertes de sant? publique), la corruption du monde expertal et les perversions du principe de pr?caution ? reste utilisable pour comprendre les scandales actuels, le point de vue adopt? dans le pr?sent ouvrage est un peu diff?rent, et moins abstrait : on partira le plus souvent d?exp?riences concr?tes dont l?interpr?tation saute d?j? aux yeux du plus profane, pour en tirer mati?re ? une r?flexion plus globale, tout en essayant de caract?riser le r?le des diff?rents acteurs ? l??uvre.

Q ?Qu?entendez-vous par la d?rive des m?decins vers le pr?ventif?

R ? Si le prescripteur d?antan n?avait besoin de personne, c?est tout simplement parce qu?il ?tait dans une pratique curative : ? partir du moment o? l?on soigne des gens effectivement malades, il est relativement facile de constater si l?on a gu?ri ou ? tout le moins am?lior? les signes ou les sympt?mes dont ils se plaignaient.

En d?autres termes, la pratique d?une m?decine curative a un potentiel de retour d?exp?rience : c?est pourquoi, nagu?re encore, des m?decins – qui n?avaient aucune pr?tention scientifique et qui n?avaient certainement pas ?t? les meilleurs de la classe au lyc?e – pouvaient, moyennant un minimum d?observation et de compassion (les deux sont li?s), devenir d?excellents praticiens. Il en va bien diff?remment avec la m?decine pr?ventive, qui occupe aujourd?hui l?essentiel de mes confr?res.

Q ? Y-a-t-il un retour d?exp?rience avec les ordonnances pr?ventives?

R – Aucun. Pour appr?cier la valeur de leurs prescriptions, les praticiens d?aujourd?hui d?pendent donc exclusivement d?une ? information ? qui leur est, pour l?essentiel, d?livr?e par ceux-l? m?mes qui ont le plus int?r?t ? encourager la prescription de produits ? usage pr?ventif : les fabricants, bien entendu. Ce d?port du curatif vers le pr?ventif emp?che tout retour d?exp?rience pour se solder, chez les praticiens, par l?effondrement du bon sens et, le cas ?ch?ant, de la prudence hippocratique.

M?me chose a fortiori lorsqu?ils prescrivent ? un sujet de 40 ans un m?dicament contre la tension ou un anti-cholest?rol au motif que son risque cardiaque va d?gringoler ? sachant de toute fa?on qu?on n?a jamais vu un prescripteur se faire hara-kiri lorsque l?un de ses patients sous statine fait un infarctus?Lorsqu?ils vaccinent contre l?h?patite B un nourrisson de quelques jours, quel retour d?exp?rience auront-ils sur l?efficacit? de leur prescription?

Q ? Que pensez-vous des recommandations officielles et des contrats d?am?lioration des pratiques?

R ? Pas toujours intelligents. On voit l?assurance-maladie donner des primes aux praticiens qui entra?nent les femmes dans la mystification atterrante de la mammographie, qui dilapident les fonds publics en prescrivant des statines ou qui administrent larga manu les vaccins les moins bien ?tudi?s, on se dit que, de fait, il y a quelque chose de pourri au Royaume d?Hippocrate.

Q ? Des exemples de m?dicalisation des facteurs de risque?

R – L?hypertension ou l?exc?s de cholest?rol pr?sent?s comme ? maladies ? alors qu?il ne s?agit que de ? facteurs de risque ?. On retrouve ce type de m?prise dans les nombreux textes consacr?s par l?administration sanitaire aux gens vaccin?s contre l?h?patite B ? qui sont presque syst?matiquement qualifi?s de ? patients ? alors que toute la logique pr?sum?e de cette vaccination consiste ? immuniser des gens en bonne sant? pour les maintenir? en bonne sant? !

Le ? facteur de risque ?, c?est une notion purement statistique fond?e sur l?observation que, en moyenne, les sujets qui ont ledit facteur feront plus facilement telle ou telle pathologie. Par exemple, il est largement admis, sur la base d?investigations ?pid?miologiques, que l?ob?sit? est un facteur de risque pour les pathologies cardio-vasculaires (infarctus?). Mais c?est une notion fond?e sur des moyennes, qui ne signifie en rien que l?ob?sit? soit une maladie : on a tous connus des ob?ses qui nous enterrerons tous.

Q ? Les cons?quences soci?tales de ces m?dicalisations ? outrance?

R – Les inconv?nients d?une telle collusion professionnelle autour d?une m?dicalisation indue vont bien au-del? de simples risques iatrog?nes ? et m?ritent aussi d??tre d?chiffr?s au niveau ? politique ? o? entend se placer ma r?flexion en derni?re analyse. Car par leur prescription inconsid?r?e de m?dicaments surpay?s, financ?s par les citoyens soit directement, soit indirectement (via l?assurance-maladie et les mutuelles, mais aussi par tous les m?canismes de r?duction d?imp?t sous pr?texte de ? recherche ?, etc.), les m?decins sont aujourd?hui des agents essentiels de la perversion moderne qui consiste, aux antipodes du seul choix qui puisse fonder une d?mocratie, ? ran?onner les plus pauvres au b?n?fice des plus riches.

Q ? Que pensez-vous des leaders d?opinion choy?s par les industries?

R – Comme les int?ress?s tirent justement leur prestige de ? la ? science dont ils se pr?sentent comme les pieux servants, force est de conclure qu?ils sont tout bonnement des imposteurs. Ainsi plomb?s dans leurs conflits d?int?r?ts, s?v?rement d?mentis par l?exp?rience quoique obstin?s dans leurs erreurs, ces ? experts ? ne satisfont aucune caract?risation de l?activit? dite ? scientifique ? : ils sont simplement les hommes de paille des lobbies. Et c?est pr?cis?ment pourquoi ils sont inamovibles?

Q ? En quoi les journalistes sont-ils trop press?s?

R – Sur arri?re-fond non sp?cifique de confusion intellectuelle et d?inculture, les ?tudiants-journalistes sont dress?s ? r?agir dans une urgence continuelle qui n?est certainement pas propice ? l?approfondissement ou ? l?autocritique. Au total, les journalistes ? la majorit?, disons ? apparaissent comme des gens excessivement press?s.

Q ? Pourquoi ?crivez-vous que les journalistes sont ? doublement ? corrompus?

R – Par exemple par le m?pris quasi syst?matique ? l??gard de l?article L. 4113-13 du Code fran?ais de la sant? publique (qui fait obligation ? tout professionnel de sant? intervenant dans un m?dia de faire pr?alablement ?tat de ses liens d?int?r?ts) qui rel?ve, en derni?re analyse, d?une consternante d?sinvolture ? l?endroit d?une exigence pourtant ?l?mentaire de v?rification des sources : lorsque vous interviewez un ? expert ? sur un m?dicament, il n?est quand m?me pas tout ? fait indiff?rent de savoir si, d?une fa?on ou d?une autre, cet expert a un int?r?t personnel ? la vente (ou, au contraire, au retrait) de ce produit.

Il faut bien comprendre ?galement qu?en se comportant ainsi en destinataires consentants ? et m?me complaisants ? des ? informations ? savamment concoct?es par les services sp?cialis?s des firmes, les journalistes mettent le doigt dans un bien dangereux engrenage. Ils se laissent dicter ? sous un format g?n?ralement tr?s s?duisant et autrement plus facile ? lire que les photocopies arides des sources primaires ? et la nature, et la hi?rarchisation, et l?interpr?tation des faits qui comptent dans le domaine de la sant? : g?n?ralement, la d?couverte d?un m?dicament-miracle, ou l??tude providentielle qui r?fute cat?goriquement toute suspicion de toxicit? portant sur tel ou tel produit.

Ils sont doublement corrompus ? par leurs conflits d?int?r?ts le plus souvent dissimul?s comme par le contraste entre leur assertivit? encyclop?dique et la r?alit? de leur formation indigente ou de leur pauvre culture en plus d??tre trop press?s ? ils s?en remettent ? des indicateurs de cr?dibilit? extr?mement probl?matiques qui privil?gient le pouvoir de s?duction de leurs informateurs, la superficialit? (donc l?intelligibilit? facile) des versions, le tout ou rien ? au d?triment du s?rieux, de la profondeur et de la nuance

Q ? Comment l?industrie maintient-elle une rentabilit? extraordinaire sans innovations th?rapeutiques r?elles ?

R – Malgr? une incapacit? d?innover de plus en plus radicale, l?industrie pharmaceutique a pu conserver une rentabilit? insolente parce que, pour grossi?rement mensong?re qu?elle soit, sa promotion commerciale s?inscrit dans l?horizon d?attente d?une m?dicalisation de plus en plus d?mente, aliment?e bien s?r par le consum?risme de l??poque

Q ? Quels en sont les secteurs les plus rentables?

R ? Par exemple, la canc?rologie. ? cause des prix exorbitants sous le pr?texte constamment ?voqu? d?une pseudo ? innovation ? : on se rend compte qu?il existe des doutes majeurs sur l?int?r?t des nouveaux produits relativement aux anciens pourtant bien moins on?reux.

Un autre secteur tr?s rentable est d?sormais celui des vaccins : les plus fid?les de mes lecteurs doivent commencer ? comprendre pourquoi? Cette tendance illustre parfaitement la d?rive vers le pr?ventif : il faut bien comprendre que la plupart des ? traitements ? qui entretiennent la fortune de l?industrie et qui motivent la majorit? des prescriptions sont eux aussi ? vis?e pr?ventive, c.-?-d. destin?s ? des gens en parfaite sant? au motif probl?matique de leur ?pargner des d?sordres dont la probabilit? est tr?s faible moyennant des effets ind?sirables dont la probabilit? l?est parfois nettement moins : m?dicaments contre la tension, le cholest?rol ou l?ost?oporose, hormonoth?rapie de la m?nopause, coupe-faim, etc.

Q ? Les associations de patient(e)s et le public sont-ils manipul?s par les promoteurs?

R – On ne peut d?crire le business actuel de l?industrie pharmaceutique sans ?voquer, m?me bri?vement, les associations de patients et, par del?, la pr?occupante propension des fabricants ? adresser leur message promotionnel directement au public ? par exemple sous le pieux pr?texte d??ducation ? la sant?. Par la promotion directe vers le consommateur (DTCA pour Direct to Consumer Advertising) telle qu?actuellement autoris?e aux USA et en Nouvelle-Z?lande (et sous des formes insidieuses dans les pays o? le laxisme des autorit?s le permet), l?industrie a parfaitement compris que le meilleur visiteur m?dical aupr?s des prescripteurs, c?est encore le consommateur moyen ad?quatement manipul?.

? titre d?exemple les campagnes de d?pistage par mammographie. Ces campagnes, qui n?ont jamais pu justifier le moindre b?n?fice en termes d?esp?rance de vie et dont l?inconv?nient le mieux document? est leur propension ? reconna?tre comme canc?reuses des femmes en parfaite sant? (faux positifs) pour les traiter ensuite comme telles ? ? vie bien entendu : on voit mieux pourquoi ces campagnes sont financ?es par certains fabricants d?anticanc?reux.

Q ? Les autorit?s sont-elles ? l??coute des citoyens ou est-ce une fa?ade?

R ? Il existe cette collusion perverse des autorit?s sanitaires et l?exasp?rante jobardise des politiques qui pr?sentent comme une grande victoire de la ? d?mocratie sanitaire ? chaque insertion de ? consommateurs ? dans le processus d??valuation (par exemple : la pharmacovigilance), de contr?le ou de d?cision, quand il est patent et facilement documentable que les risques de manipulation sont infiniment plus probables que les b?n?fices d?un authentique contr?le citoyen.

Q ? Quels sont les impacts de la panne d?innovation actuelle sur les industries?

R – L?industrie pharmaceutique a perdu l?essentiel de son savoir-faire et de son professionnalisme. Gr?ce ? la connivence des administrations de tutelle et ? la niaiserie des politiques, elle compense son incapacit? d?innover par une f?brilit? promotionnelle en faveur de produits ? usage cens?ment pr?ventif dont le b?n?fice tend de plus en plus vers z?ro ; en parall?le, les dangers de ces produits r?sultent du risque iatrog?ne incompressible propre ? tout m?dicament, auquel s?ajoutent des d?fectuosit?s de plus en plus patentes imputables, en derni?re analyse, ? l?amateurisme du management

Pour la premi?re fois dans l?histoire de l?humanit?, les m?thodes modernes de la recherche clinique et de l??pid?miologie ouvrent la voie d?une pratique m?dicale relativement scientifique : ? l?aune de ces m?thodes, les produits actuels de l?industrie pharmaceutique apparaissent de plus en plus intol?rablement d?fectueux ? au sens l?gal du terme (ils n?ont pas ? le niveau de s?curit? auquel on peut l?gitimement s?attendre). ?

Q ? Pourriez-vous cibler une cinqui?me cat?gorie de responsables de la crise actuelle?

R ? Bien s?r. Les instances de contr?le et de sanction, ? savoir l?administration sanitaire, les ordres professionnels ainsi que la justice : toutes institutions dont les dysfonctionnements sont au c?ur du sentiment ?voqu? d?s l?Introduction ? l?exasp?ration des citoyens devant la r?p?tition des scandales et l?impunit? des responsables.

Q ? Quelle est l?adresse de votre site web?

R ? http://www.rolandsimion.org/

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2 Commentaire

  1. avatar

    « La colonisation de l’esprit ».

    Terme parfait pour décrive ce qui se passe à tous les niveau de notre société. Et ce, à partir de l’enseignement primaire.

    Merci pour cet article édifiant.

    Amicalement

    Elie l’Artiste

  2. avatar

    Depuis que j’ai vu Agoravox censurer systématiquement les articles -écrits souvent par des médecins mêmes ! – critiques des scandales et des échecs du système médical, j’ai compris que, nonobstant la probité et le talents de certains médecins eux-mêmes et les spectaculaires progrès des connaissances, ce système était essentiellement une partie du dispositif d’exploitation des masses par cette « élite » financière, politique et culturelle devenue une oligarchie et que j’ai comparé à une mince moisissure à la surface de la société, ne laissant le reste s’en transformer qu’au rythme qui en permet la digstion confortable par ces élites

    Nous avons au Canada comme en France et surtout aux USA, le gouvernement de la médecine par les médecins et pour les médecins. Appliquons nous aujourd’hui la médecine que l’État de la science permettrait, ou seulement ce qui en est devenu accessible depuis des décennies et dont on optimise l’amortissement ?

    Pierre JC Allard