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M?ter gouvernemaman

 

Yan Barcelo, 17 avril 2011

Un auteur am?ricain ?crivait?: ??Nous avons enfin rencontr? l?ennemi. En fait, nous l?avons ?lu.?? Trait fort spirituel et amusant, mais inad?quat. Il faudrait aujourd?hui reprendre son mot comme suit?: ??Nous avons bel et bien rencontr? l?ennemi. En fait, nous l?avons embauch?.?? Et nous l?avons embauch? en lui allouant une s?curit? d?emploi mur ? mur.

Je parle ?videmment de la fonction publique, tant ? Ottawa qu?? Qu?bec. On se plaint beaucoup des politiciens, de leur duplicit?, de leur superficialit?, du fait qu?ils sont ??vendus?? ? au grand capital surtout. Tout cela est justifi? dans une grande mesure. Mais il y a bien pire pour notre pays que ses politiciens. Il y a sa fonction publique, et surtout, ses hauts fonctionnaires et mandarins.

Quand nous nous plaignons du saccage qui a ?t? fait ? l?endroit de nos grandes institutions, combien l??ducation a ?t? d?natur?e, la justice, travestie, la sant?, d?sorient?e, c?est davantage aux pieds des minist?res et de leurs hordes de fonctionnaires qu?il faut d?poser le bl?me qu?aux pieds des politiciens.

L??quation gouvernementale tient ? une r?alit? tr?s simple que nous, ?lecteurs, n?gligeons de tenir en m?moire. Les politiciens sont ?lus en poste pour une p?riode de 4 ans; s?ils sont chanceux, 8. Durant ces 4 ou 8 ans, sauf dans le cas du premier ministre, les ministres jouent ? la chaise musicale. Pour faire une moyenne brute et tr?s approximative, je dirais ? vue d??il qu?un ministre reste g?n?ralement en poste au plus deux ans.

Les fonctionnaires, eux, sont en poste 25 ans, parfois 30 et plus encore. O? est-il, le pouvoir, pensez-vous? O? r?side l?information? O? r?side la possibilit? de glisser aux m?dias des dossiers compromettants capables de d?faire un ministre, de discr?diter n?importe quelle politique qu?il pourrait mettre de l?avant, m?me de faire crouler un gouvernement.

Quand un ministre entre en poste, il est imm?diatement pris en charge par son cabinet de hauts fonctionnaires qui, entre autres objectifs, ont la ferme intention de le domestiquer. Pour que ce dernier r?ussisse ? prendre le dessus sur son personnel, ? voir clair dans les d?tours byzantins de leurs politiques et pratiques officieuses, ? ne pas tr?bucher dans toutes leurs priorit?s secr?tes, il lui faut au moins deux ans. Puis, ces deux ann?es pass?es, il doit d?j? se remettre en branle pour les prochaines ?lections, ce qui le remet ? la merci de ses fonctionnaires. Ce n?est que s?il gagne un deuxi?me mandat qu?un gouvernement ?lu peut esp?rer mettre la main sur la b?te f?roce et l?thargique qui est suppos?e accomplir ses volont?s politiques.

Et encore! Les lib?raux, au Canada, ont eu de longues p?riodes de r?gne pour s?immiscer dans les recoins de la fonction publique et y incruster ses hommes et ses fa?ons de voir. Les conservateurs, eux, n?ont jamais vraiment eu le temps d?y parvenir.

On se demande pourquoi nos institutions sont si perverties et imperm?ables au changement. Par exemple, pourquoi l??ducation au Qu?bec continue-t-elle inexorablement de se d?t?riorer et de produire un programme farfelu apr?s l?autre malgr? la volont? affich?e de quantit? de ministres qui semblent d?termin?s ? changer les choses pour le mieux? La r?ponse tient ? l?immense force inertielle qui r?side dans la masse des fonctionnaires, tous dot?s d?une assurance d?emploi intouchable, et qui portent pour la plupart une arrogance formidable?: la certitude, h?rit?e de leur formation universitaire, d??tre capables de transformer la soci?t? ? leur guise par des man?uvres r?p?t?es d?ing?nierie sociale. Le ph?nom?ne a un nom?: la ??technocratie??.

J?en viens ? la question des ?lections prochaines? Comme tout un chacun, je n?ai pas vot? pour les fonctionnaires qui m?nent ce pays. Remarquez, je crois qu?une fonction publique de haut calibre est n?cessaire ? un pays, et il est bon qu?elle ne soit pas constamment r?orient?e au gr? de n?importe politicien opportuniste qui atterrit dans le si?ge d?un ministre. Cela ?tant dit, je crois que la fonction publique doit ?tre rendue beaucoup plus souple et mall?able ? la volont? politique. Mais ? la taille qu?affiche actuellement la fonction publique et en tenant compte de l?immunit? que lui conf?re sa s?curit? d?emploi, c?est un ordre de choses que nous ne sommes pas pr?s de voir advenir.

Or, je ne voterai certainement pas pour les lib?raux, les principaux artisans de cette fonction publique d?mesur?e sous laquelle le pays ploie. Je ne voterai pas non plus pour le NPD; ce parti, par son id?ologie interventionniste, ce qui est aussi le cas des lib?raux, ne peut ?tre qu?un g?n?rateur incontinent de jobs de fonctionnaires, de bureaux, de comit?s et de programmes de toutes sortes. Quant au Bloc, par sa g?n?tique m?me, l?acc?s au pouvoir lui est interdit et je ne vois tout simplement pas l?int?r?t de souscrire ? sa r?sistance passive.

Ne restent plus que les conservateurs. Stephen Harper en a contre la fonction publique et sa taille d?mesur?e. Il en a contre l?ob?sit? du gouvernement et, tr?s lentement, il est en train de tailler dans le gras pour ramener l?appareil ?tatique ? des mesures plus? humaines. Pourrait-il en faire plus et plus rapidement? Tr?s certainement, mais il faut tenir compte de la nature de la b?te et de son infinie capacit? de r?sistance et d?agressivit? passive. Ce travail d??rosion ne peut pas ?tre d?clar? de fa?on affich?e de peur que la b?te ne se cabre. C?est une guerre qui doit ?tre men?e secr?tement, mine de rien, en visant ultimement ? ch?trer la cr?ature.

Je crois, mais je n?en suis pas certain, que Harper et son ?quipe m?nent cette guerre n?cessaire. Et c?est la principale raison pour laquelle je pr?vois voter pour ce parti.

Le parti conservateur est-il une option id?ale? Certainement pas. Il y a nombre de reproches que j?entretiens ? son endroit. Le principal, c?est qu?il est ? la solde de l?id?ologie du libre march? et de la ??globalinanit? ?. Comme tant d?autres acteurs politiques, les conservateurs ont sacrifi? ? ce lavage de cerveau plan?taire. Mais ils ne sont pas les seuls. Les lib?raux sont dans la m?me gal?re. Quant au NPD, il n?est qu?une version plus souriante de l?id?ologie de ??gouvernemaman??.

Par ailleurs, je sais gr? ? Harper de ne pas souscrire au faramineux bobard de l?origine humaine du r?chauffement climatique, alors que tant d?autres gouvernements dans le monde s?y abonnent. Est-ce ? dire qu?il ne faut pas se pr?occuper d?environnement? Ne soyons pas stupides. Par contre, il serait difficile de trouver fa?on plus absurde de d?penser les deniers publics qu?en cherchant d?sesp?r?ment ? contrer un ph?nom?ne climatique qui ?chappe presque enti?rement ? tout contr?le humain. Il s?av?rera beaucoup plus intelligent et immens?ment moins dispendieux d??uvrer ? nous adapter aux changements in?vitables qui s?annoncent. Et qui ne dureront qu?un temps. N?oublions pas que nous sommes d?j? ? l?an 12?500 d?une p?riode interglaciaire qui, en moyenne, ne s??tale que sur 10?000 ? 12?000 ans. Nous nous acheminons avec plus de certitude vers un nouvel ?ge glaciaire. Dans 50, 100 ou 500 ans, nous nous pr?occuperons beaucoup plus d?sesp?r?ment de r?chauffer la plan?te que de la refroidir.

Mais ma principale raison de souscrire au parti de Stephen Harper tient ? la volont? de celui-ci de contenir l?appareil gouvernemental et ? la guerre silencieuse qu?il a d?clar?e ? l?hypertrophie de la fonction publique. Son style plus secret, sa fa?on de toucher aux choses sans en avoir l?air sont tr?s bien assortis pour ce type d?op?ration. Son parti n?a eu que trois ans pour se frotter ? la b?te et en prendre la mesure. Je crois qu?un nouveau mandat de quatre ans ne sera pas superflu.

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  1. avatar

    Très intéressant votre raisonnement M. Barcelo.

    Certainement beaucoup plus que ce que l’on entend des spécialistes à la télé.

    C’était d’ailleurs la notion que j’avais adopté pour combattre la structure sociale actuelle qui n’est plus acceptable. Vous avez parfairement raison.

    C’était ce que j’avais choisi, jusqu’à ce que je me rende compte qu’en réalité, c’était tout le système qui était à revoir.

    Non seulement la façon qu’on administrait nos impôts mais même la façon d’en recevoir les retombées.

    Le système actuel est anti social et loin d’être démocratique. Je respecte énormément votre opinion, mais je vais, certainement, faire plutôt valoir mon rejet total de cette « farce démocratique » qui nous dirige.

    Merci pour cet article

    Amicalement

    André Lefebvre

  2. avatar

    Il aurait été de bon ton de remarquer que ce ne sont pas les fonctionnaires qui ont décidé l’envoi de troupes canadiennes sur des terrains de guerre, ni eux qui ont accepté que des lobbys évangélistes aient leurs entrées dans le gouvernement..venant de quelqu’un qui affirme haut et fort ses convictions religieuses, votre oubli semble surtout idéologique… et vouloir voter pour un confrére semble logique..bon vent dans votre démocratie de cul bénis !

  3. avatar

    La ligne du pouvoir va directement du VRAI POUVOIR corporatif et financier:

    1) au Premier Ministre qui est la courroie de transmission entre ce pouvoir et le cirque politique Le PM est le seul élu ayant un certain pouvoir. Sa mission est de garder la population tranquille. Ministres et députés ne sont pas là pour représenter le population, mais pour lui vendre la politique du Pouvoir selon les instructions du PM qui exécute ses directives reçues.

    2) au Greffier du conseil privé qui coordonne les sous-ministres… contremaitres des hordes de fonctionnaires qui exécutent les directives du pouvoir en respectant les balises placées par le politique.

    3) au Gouverneur de la Banque du Cnaada qui agit hors de tout controle politique pour les affaires aire sérieuses: l’argent et le crédit.

    PJCA

  4. avatar

    La ligne du pouvoir va directement du VRAI POUVOIR, corporatif et financier:

    1) au Premier Ministre qui est la courroie de transmission entre ce pouvoir et le cirque politique Le PM est le seul élu ayant un certain pouvoir. Sa mission est de garder la population tranquille. Ministres et députés ne sont pas là pour représenter le population, mais pour lui vendre la politique du Pouvoir selon les instructions du PM qui exécute ses directives reçues.

    2) au Greffier du conseil privé qui coordonne les sous-ministres… contremaitres des hordes de fonctionnaires qui exécutent les directives du pouvoir et gèrent le pays en respectant les balises placées par le politique.

    3) au Gouverneur de la Banque du Canada pour les affaires aire sérieuses – l’argent et le crédit – qui agit hors de tout controle politique et à l’abri de toute improbable velléité d’influence démocratique.

    PJCA

    • avatar

      @PJCA
      Merci pour cette précision qui donne un matériel « pyramidal » plus concret à mon article. Votre commentaire ne donne pas d’indice si vous êtes d’accord ou non avec ma lecture, et jusqu’à quel point.
      Pour les choses « importantes » relatives aux mondes financier et économique surtout, il est certain que la ligne de pouvoir est très directe comme vous la décrivez. Par ailleurs, pour une foule d’autres applications sociales (éducation, justice, santé, famille, etc.), l’organisation sociale est davantage aux mains des fonctionnaires que des politiciens. Ce sont les apprentis-sorciers des ministères qui ont bousillé institution après institution au Canada et au Québec.

  5. avatar

    Grands dieux, monsieur Barcelo, j’imagine que si vous avez écrit cet article, c’est qu’il s’agit vraiment de votre opinion. Mais je suis renversé de votre réductionnisme. Vous croyez vraiment que les fonctionnaires sont responsables de nos malheurs?

    Je ne doute pas un instant de la force d’inertie de la bureaucratie et des luttes de pouvoir qui peuvent s’y jouer aux plus hauts échelons. Mais j’aimerais suggérer que les grands groupes d’intérêt qui constituent de formidables lobbys (corporations professionnelles, syndicats, chambres de commerce et grandes corporations) sont des éléments bien plus importants de la paralysie sociale et politique que les pauvres fonctionnaires pris dans leur ensemble. Ce n’est pas pour rien que les sous-ministres sont souvent bousculés quand le gouvernement change.

    Vous ne semblez pas avoir la moindre idée du pouvoir de l’argent et des lobbys en tous genres ni du pouvoir de nuisance des corporations professionnelles. SVP, raffinez votre analyse un peu!

    Quant à votre choix électoral, vous ne semblez avoir aucun doute sur les bienfaits de l’appareil de contrôle et de noyautage des institutions de l’État que M. Harper met tranquillement en place en catimini. Pour en avoir personnellement fait l’expérience (j’avais demandé à une haute fonctionnaire du ministère de la Santé de synthétiser en quelques mots l’analyse des déterminants de la santé à la base de la politique de santé publique depuis au moins 10 ans), je peux vous assurer que le bureau du PM a des comportements similaires à ceux des états policiers.

    Vous devriez entretenir une petite gêne sur la sagesse de votre choix.

    • avatar

      Monsieur Lamontagne,
      Merci pour votre commentaire, dont j’apprécie le ton mesuré. Vous me jugez naïf. Soit. Dans la chose politique, je ne prétends à aucune compétence étendue. Chose certaine, je n’ignore pas la puissance des lobbys que vous mentionnez. Elle est déterminante pour infléchir les politiques et règlements des ministères et de tout l’appareil gouvernemental. Or, l’appareil gouvernemental, c’est la fonction publique, bien plus que le parti au pouvoir.
      Comme l’a indiqué Pierre JC Allard, les choses descendent dans la chaîne de commandement à partir des lobbys financiers et industriels surtout, via le PM et le greffier du conseil vers les sous-ministres et leurs subalternes. C’est dans la fonction publique que les politiques et les priorités se figent; dans la fonction publique que les grands « valets » de l’État, gagnés à un lobby ou un autre, oeuvrent dans l’ombre pour infléchir la conduite des ministres ou carrément la leur dicter. Je suis très curieux de constater la marge de manoeuvre dont disposerait un Layton qui, par un incroyable coup du hasard, gagnerait les élections. Combien de ses politiques auraient finalement prise sur les priorités et agendas de la fonction publique?
      Vous dites de Harper qu’il est à mettre en catimini un noyautage des institutions de l’État. C’est exactement ce que ce sont assuré de faire les libéraux avec beaucoup plus de succès pour la simple raison qu’ils ont eu beaucoup plus de temps pour le faire. Et vous dites que le cabinet de Harper a des comportements similaires à ceux d’un état policier. Vous faites là un procès d’intention passablement grave et qui aurait grandement besoin d’être étoffé. Que Harper retienne de l’information et montre une plus grande propension au secret, j’en conviens tout à fait. Mais s’agit-il d’un état policier qui se met en place?
      Plusieurs pensent que Harper va détruire le Canada. Je suis probablement très naïf, mais je vois que le travail de destruction a été entrepris bien avant lui. Après tout, quelle part de son économie le Canada contrôle-t-il? 15 ou 20%. Nous vendons nos actifs à qui mieux-mieux depuis belle lurette. La performance des étudiants dans le reste du Canada sont inférieures même à celles qu’on constate au Québec. Vancouver et sa région appartiennent à l’Asie. On dénonce la prolongation que Harper a donné à la mission canadienne en Afghanistan, mais n’est-ce pas les libéraux qui l’ont initiée?
      Je n’ai pas d’admiration particulière pour Harper et son parti. Ils obéissent autant que les libéraux à des intérêts formulés dans l’ombre de bureaux obscurs. Ils ne changeront pas la nature de la bête étatique, il y a seulement des chances qu’ils en atténuent l’obésité. Et ils vont éviter que le Canada se lance dans les ruineuses politiques de contrôle du changement climatique. Enfin, il affiche un parti pris pour la famille, l’institution la plus fondamentale de la société. Ce sont les trois points d’avantage que je lui reconnais. À mes yeux, il représente simplement un moindre mal.
      Quant à la question de savoir si Harper est un danger pour la démocratie, la peur est surfaite, parce que l’idée démocratique est elle-même surfaite. Une fois aux quatre ans et à l’aide de sondages multiples, les politiciens prennent le pouls de l’opinion publique. La population constitue en quelque sorte un autre puissant lobby à qui on demande de se prononcer de temps en temps. Est-ce ridicule? Pas du tout. C’est un gain immense. Dans les pays à régime despotique, on ne s’occupe du sentiment populaire que lorsque ce dernier est au bord de la révolte – et encore. Il est certain que la démocratie est un véhicule politique à parfaire, mais on a au moins un régime minimal au Canada. Entre temps, les lobbys et les corporatismes vont continuer de tenter derrière portes closes d’infléchir les orientations du gouvernement, de préférence en achetant politiciens et hauts fonctionnaires. Libéral ou conservateur ou socialiste, cela n’y changera pas grand’chose.
      Soyons honnête. Le Canada et le Québec demeurent une des régions dans le monde où la vie est la plus douce et civile. Nos institutions ne sont pas parfaites, loin s’en faut, mais nous ne sommes pas dans le fond du baril non plus. Aussi maladroit et imparfait que soit notre bric-à-brac politique, il demeure un des plus accomplis au monde. Voici qu’un parti conservateur fait entendre sa voix dans le concert canadien. S’agit-il d’une engeance perverse qui va entraîner le Canada à sa ruine dans quatre ans? Je ne le crois pas. C’est une voix plus conservatrice qui contribue simplement à rééquilibrer le débat politique. Quand les conservateurs se seront suffisamment pervertis et engraissés à Ottawa, il sera temps de voter libéral à nouveau. À ce moment-ci, ce serait prématuré.

    • avatar

      Quand les conservateurs se seront suffisamment pervertis et engraissés à Ottawa, il sera temps de voter libéral à nouveau. À ce moment-ci, ce serait prématuré.

      Curieuse conclusion.
      Une déclaration de consentement à la corruption par dépit et du choix du plus offrant par intérêt.

      «Révélée, la corruption financière peut être combattue et sanctionnée. La corruption des idées est plus insidieuse, plus subtile et, à ce titre, d’une dangerosité plus essentielle.»
      Edwy Plenel

      DG

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      Monsieur Gélinas,
      Il faut être malveillant pour lire dans ce que j’écris un consentement à la corruption. Si vous êtes incapable de vivre dans un monde où la corruption existe, je vous invite à ne manger ni fruit ni légume et, surtout, aucune viande. Dès qu’ils entrent dans votre système digestif, ils se corrompent. Et si vous êtes radicalement réfractaire à la corruption, je vous invite à déménager sur la lune. L’absence d’oxygène assure que rien ne s’y corrompt. Que voulez-vous, la politique est la zone par excellence non seulement de la compromission mais aussi de la corruption. Tout tient à l’art de retarder cette corruption ou de la contenir. Quel malheur, aucun système n’y est encore parvenu à la perfection. Et aucun système n’y parviendra jamais, car la régulation de la corruption réside dans l’âme et la conscience de chacun.

    • avatar

      Monsieur Barcelo,

      vous me faites l’invitation à comparer la corruption au sytème digestif en omettant les fonctions essentielles des reins du foie et des poumons; organes de détoxication assurant, par filtration et excrétion, régulation et santé.

      En terme clair c’est le Jugement; une pensée qui décide de la valeur d’une proposition, fondement de la conscience.
      Encore faut-il avoir des valeurs fondamentales à partager en société.

      Le vice de la corruption est la vertu des cupides.

      DG

    • avatar

      Monsieur Barcelo,

      Le mot ‘consentement‘, (la concession ou l’acceptation), auquel j’ai ajouté ‘par dépit‘ était une façon ironique de réfuter votre conclusion.
      Vous avez discerné cette façon rhétorique d’aborder votre argument.

      Vous déclarez que je vous ai mal lu et vous développez mon refus de concéder ou d’accepter la corruption en me signifiant qu’il vaux mieux la conjuguer au lieu de la combattre, confirmant ainsi l’interprétration que j’ai fait à votre ‘consentement par dépit’.

      Vous avez compris que je constate comme vous que nous vivons dans une démocratie de corrution avec laquelle je refuse de composer, et qu’une de mes valeurs, la Justice, m’oblige à combattre.

      J’apprécie aussi le ton de la discussion, malgré le fait que je soit plus direct et moins révérencieux dans l’argument.

      DG

  6. avatar

    M. Barcelo, je ne peux qu’être en total désaccord avec votre manière de voir. J’approuve à 100% les propos de Messieurs Lamontagne et Gélinas.

    Quant à votre comparaison entre la corruption et la digestion, elle est carrément boîteuse. Quand je mange, je digère. C’est normal et c’est sain! La nourriture se dégrade, mais ne se corrompt pas. La corruption, c’est une perversion. La corruption, c’est de vouloir manger la carotte par le mauvais orifice, ce qui est un détournement de la fonction du dit orifice. C’est un vice, même pour une agnostique comme moi!

  7. avatar

    M. Barcelo,
    Permettez-moi de continuer la discussion.

    Vous écrivez: «C’est dans la fonction publique que les politiques et les priorités se figent; dans la fonction publique que les grands « valets » de l’État, gagnés à un lobby ou un autre, oeuvrent dans l’ombre pour infléchir la conduite des ministres ou carrément la leur dicter.»

    J’estime qu’une telle affirmation doit s’appuyer sur au moins un des éléments suivants: soit des exemples précis où une volonté ministérielle a été infléchie par des fonctionnaires et que cette inflexion était mauvaise, soit un témoignage d’une personne pouvant confirmer que c’est effectivement ainsi que ça se passe, soit une expérience personnelle. Pour le moment, votre argument n’est supporté par aucun fait précis et n’est qu’une opinion. Donc, à vous d’apporter les exemples.

    Vous écrivez également: «Quant à la question de savoir si Harper est un danger pour la démocratie, la peur est surfaite, parce que l’idée démocratique est elle-même surfaite.» Je ne commenterai pas la dernière partie de votre phrase, c’est un autre débat.

    Je n’ai pas dit que M. Harper mettait en place un état policier mais qu’il avait des comportements similaires à ceux d’un état policier par son obsession du contrôle. La nuance vous a peut-être échappé. Et vous avez mentionné, de manière très pertinente, sa propension au secret. Je vous ai déjà donné un exemple très précis, dont j’ai été témoin de première main, de l’interventionnisme du bureau du PM. Dans ce cas-là, je peux vous assurer que ce n’est pas la fonctionnaire qui contrôlait l’agenda. L’incident dont j’ai été témoin avait trait à quelque chose de complètement anodin, ce qui le rendait encore plus renversant. Je n’ose pas imaginer l’ampleur du contrôle quand il s’agit de sujets plus délicats. Mais les exemples de contrôle et de tentative de noyautage sont innombrables. La presse en rapporte régulièrement. Cependant, je vous invite à vous rappeler le cas de l’organisme «Droits et démocratie» pour avoir une idée des mesures prises quand les sujets sont plus chauds. Ce dossier n’est pas encore clos, mais les témoignages des gens qui y ont travaillé sont formels: alors que l’organisme appliquait son mandat de manière rigoureuse, la prise de contrôle du conseil d’administration par des gens nommés par le bureau du premier ministre s’est traduit par le départ forcé de la moitié du personnel, écoeuré par l’ingérence et le contrôle politique. Les pratiques du gouvernement Harper, si elles ne sont pas celles d’un régime totalitaire, ne sont certainement pas un bienfait pour la vérité, la transparence et la démocratie. Elles constituent plutôt une menace.

    Vous écrivez également : «Ils [les Conservateurs] ne changeront pas la nature de la bête étatique, il y a seulement des chances qu’ils en atténuent l’obésité. Et ils vont éviter que le Canada se lance dans les ruineuses politiques de contrôle du changement climatique.» Peut-être le contrôle des changements climatiques sera-t-il, effectivement, coûteux. Mais pour le moment nous n’en savons rien parce que le gouvernement Harper a refusé systématiquement de considérer que c’était même un problème.

    Par contre, en parlant d’obésité et de coûts, le bar ouvert pour les chasseurs F-35, est-ce que ça vous dit quelque chose? Le coûteux programme d’agrandissement des prisons alors que la criminalité est en baisse et que la plupart des mesures répressives mises en place n’auront aucun effet sur la délinquance, vous croyez que c’est de l’argent bien dépensé? Ah! j’oubliais le party du G-20 et du G-8. Combien de milliards déjà? Je ne parlerai pas de l’engagement militaire en Afghanistan dont on peut questionner la sagesse et la pertinence, mais ça aussi c’est une jolie facture, sans compter les morts et les estropiés.

    Bref, à mes yeux, le gouvernement Harper représente la pire politique possible. Je vous accorde qu’ils n’ont pas tout faux (l’utilité préventive du registre des armes à feu est toute relative). Mais, entre deux maux, on choisit le moindre n’est-ce pas? La coalition pourrait être une belle première mais je doute que le ROC soit prêt à cette expérience inédite. L’esprit d’aventure des premiers Canadiens est bien loin…

    Mais soyez assuré que mon meilleur scénario est encore un gouvernement minoritaire. La politique du pire n’est jamais sage.

  8. avatar

    Monsieur Lamontagne,
    Tout d’abord, je ne vous fais pas dire que vous accusez le gouvernement Harper de mettre en place un état policier. J’ai très bien saisi la nuance de votre propos. Cependant, vous ne pouvez pas nier que votre texte sème le soupçon à l’effet que les comportements de Harper, rappelant ceux d’un état policier, impliquent une prochaine étape : la mise en place effective d’un état policier. Toutefois, vous n’allez pas jusque-là explicitement, j’en conviens.
    Beaucoup de choses auxquelles vous vous objectez chez les conservateurs ne leur sont absolument pas spécifiques. Les libéraux faisaient et en ont fait autant, sinon plus et pire. Tout d’abord, c’est le gouvernement de Paul Martin qui a engagé le Canada en Afghanistan, pas celui de Harper. Au programme d’achat des F-35 on peut opposer celui, notoire, des frégates dans les années 90. Au noyautage des ministères et organismes par le gouvernement Harper il suffit d’opposer le fait que ceux-ci sont déjà solidement noyautés par les libéraux, et de longue date, une situation que Harper tente simplement de changer à son avantage, comme tous les gouvernements avant lui.
    Des jeux d’influence? Il suffit de se rappeler le scandale des commandites. Une personne près de moi, à l’emploi du ministère de la main d’œuvre, a travaillé pendant deux ans à faire congédier un employé fainéant sous sa responsabilité, accumulant un dossier de griefs et de plaintes gros comme une bible. Ce dossier s’est rendu jusqu’au bureau du ministre en titre, d’où la décision est revenue en douce : l’employé fainéant a simplement été transféré à un autre bureau.
    À l’ACDI, on disposait d’une flotte de bateaux de pêche vieillis que l’organisme avait racheté de l’entreprise Irving, du Nouveau-Brunswick (pourquoi avoir racheté ces vieux tonneaux, je vous le demande?). Puis, l’ACDI s’est retournée vers Haïti à qui elle a vendu les bateaux. Mais ces bateaux, totalement inadéquats pour les besoins des petits pêcheurs, n’ont fait que rouiller sur les quais et sur les plages. Par contre, le programme de l’ACDI avait accompagné sa vente d’un programme de réforme des pratiques de pêche qui a jeté quantité de pêcheurs dans la misère et le chômage, les faisant refluer vers les villes. Pas de problème, l’ACDI a mis au point un programme de « formation », qu’elle a vendu à Haïti, pour remettre ces gens au travail, engageant pour cela nombre de spécialistes canadiens, dont un ami. Je n’ai aucune preuve me permettant d’accuser un valet de l’État, mais je me demande : pourquoi, au départ, cette faveur à la famille Irving d’avoir racheté ces bateaux surannés?
    Dans un autre cas, quelqu’un que je connais a dénoncé les liens du directeur de je ne sais plus quelle prison avec les Hell’s Angels. Ce directeur était propriétaire d’un club à Trois-Rivières dont les Hell’s avaient fait le quartier général de leur chapitre (vous avez probablement entendu parler de cette affaire). Tout au long de la chaîne de commandement du Solliciteur général on s’est porté à la défense du directeur en question et trois ou quatre sénateurs et députés se sont levé en chambre pour le couvrir. Ce directeur n’a finalement jamais été inquiété.
    Enfin, un exemple notoire, quand la Caisse de dépôt du Québec a voulu accroître sa participation dans le Canadien Pacifique il y a une vingtaine d’années, les Communes ont voté une loi spécifique interdisant une propriété de plus de 10% par un même détenteur dans la vénérable institution. Je ne peux pas donner de preuves de la corruption ou du trafic d’influence qui a prévalu à cette loi d’exception conçue spécifiquement pour bloquer le geste de la Caisse (pas plus que vous ne pouvez donner de preuve d’une intervention spécifique du cabinet de Harper dans votre exemple relatif au ministère de la santé). Cependant, pouvez-vous imaginer tout le magouillage et le grenouillage qui ont dû présider à la passation, en toute urgence, d’une telle législation de blocage?
    Vous me percevez peut-être comme un ardent défenseur de Harper, ce que je ne suis pas. Mais je ne vais certainement pas le diaboliser. Il faut se rappeler, comme me le faisait remarquer quelqu’un il y a quelques jours, qu’avant la crise financière, le programme des conservateurs envisageait de déréglementer davantage l’industrie financière au Canada. Quelle stupidité abyssale! Il faut croire que la crise leur a donné une petite gêne. Et il faut donner crédit à Paul Martin d’avoir bloqué, il y a quelques années, la demande du secteur bancaire d’autoriser les fusions entre banques canadiennes.
    Par contre, cette stupidité abyssale que je dénonce chez les conservateurs, elle n’est pas leur monopole. Cette idéologie de la « globalinanité » qui les anime est partagée par tous les autres partis, sauf peut-être celui de Layton (mais je ne suis pas certain…) Le Canada est à vendre, Monsieur Lamontagne, comme le Québec d’ailleurs, et la pancarte À Vendre a été posée à la porte du pays dans les années 90 par le gouvernement Mulroney; les libéraux n’y ont strictement rien changé.
    Pour conclure, j’adhère à la proposition que vous faites à la fin de votre texte, et que je juge optimale : un gouvernement conservateur minoritaire. (Il aurait été bien de faire l’économie de la présente campagne…) Il y a des éléments du programme conservateur qui m’inquiètent suffisamment pour ne pas leur souhaiter de remporter les élections. Mais il y en a tout autant chez les libéraux. Sauf que ces derniers nous ont déjà fait la preuve de leur corruption et je n’aimerais pas les voir revenir en place avant quelques années. Entre temps, la solution la moins mauvaise me semble être celle de Harper. (Je ne fais pas confiance au NPD et à sa propension de nourrir l’obésité de gouvernemaman.)
    Plus le temps avance, plus je me pose la question à savoir si l’option d’annuler son vote que proposent certains dans ce site n’est pas la plus appropriée. Mais je dois avouer qu’un tel geste m’indispose car il me semble passivement stérile. Je préfère encore poser un geste positif (voter pour un parti, dans ce cas-ci, les conservateurs), même si ce choix est loin d’être idéal et se situe dans un contexte lui-même loin d’être idéal.
    Dernier mot : j’apprécie le ton civil et mesuré que vous adoptez dans vos propos et c’est pourquoi je me donne la peine d’y répondre longuement.

    @Térez L.
    Tout d’abord, j’apprécie également chez vous le ton civil de votre intervention et je vous en remercie. Dans les choix politiques, il y a beaucoup de place à l’erreur, et je ne prétends certainement pas que l’option que j’adopte est optimale. Cependant, je ne crois pas qu’on puisse douter de ma bonne foi et de ma bonne volonté, tout comme je ne doute pas de la bonne foi et de la bonne volonté de vous-même et de messieurs Lamontagne et Gélinas. C’est pourquoi un ton civil me semble tout à fait de mise.
    Quant à ma comparaison, elle n’est pas parfaite, sans doute, mais pour la poursuivre, je vous invite à considérer ceci. Du point de vue d’un être humain, un fruit qui pourrit est en voie de corruption. Cependant, du point de vue de la terre, ce même fruit est seulement engagé dans un processus de digestion, ses éléments en voie d’être décomposés pour être retournés à la terre. Ce qui relève de la corruption d’un point de vue est simplement une digestion d’un autre. Or, le fruit que mange un humain est à la fois en processus de corruption et de digestion. Pour vous en convaincre, je vous invite à régurgiter dans une assiette des fruits que vous aurez mangés, et à les remanger. Dites-moi après cela que la « digestion » en cours, digestion que les fruits manifestent, ne vous apparaît pas comme une corruption.

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      Sans vous donner parfaitement raison mon cher M. Barcelo, j’aime énormément votre façon d’argumenter. Très positif.

      Merci de cette démonstration.

      Bravo également au autres intervenants. La discussion est devenu extrêmement agréable sur ce site.

      Amicalement

      Elie l’Artiste

      P.S.
      « Plus le temps avance, plus je me pose la question à savoir si l’option d’annuler son vote que proposent certains dans ce site n’est pas la plus appropriée.  »

      Laissez-vous aller mon cher ami; laissez votre intuition se manifester. (D)

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      Élie L’Artiste,
      Merci pour ce bon mot. C’est un compliment que je peux très bien vous rendre.

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      J’y reviens parce que le précision des mots est importante pour moi. J’ai un côté un peu obsessionnelle. Lorsque vous affirmez qu’un fruit qui pourrit est en voie de corruption, je ne suis pas d’accord. Je dirais plutôt qu’il est en voie de décomposition ou de putréfaction.

      Quand j’entends le mot corruption, j’y décèle une intentionnalité, une volonté, une action consciente et délibérée. De toute manière, ici, le terme corruption doit être entendu dans son sens juridique et c’est pourquoi je considère votre analogie non valable. Nous ne sommes pas dans le domaine de la nature, mais dans celui de la culture.

      Oui, la corruption fera toujours plus ou moins partie des moeurs sociales et politiques. Ce n’est pas une raison pour abdiquer. Comme Denis G., je crois qu’il faut combattre la corruption de toutes nos forces. Pas question pour moi non plus de composer avec la corruption, mais si on trouve une manière de la composter, ça, je pourrais être d’accord! 😀

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      🙂

      Terez je ne peux qu’être en accord avec vous et votre définition de la corruption.
      Compostons.