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Mary Brave Bird, femme lakota

 

J’ai d?cid? de vous pr?senter ce texte malgr? quelques inexactitudes, le livre pr?sent? ici comme une nouveaut? date d’il y a quelques 20 ans, et la litt?rature indig?ne du nord compte de nombreux repr?sentants, meilleurs les uns que les autres, de Welch ? Owen en passant par Power, Momaday… , …, …, et l’incontournable Sherman Alexie dont un des livres « Indian Blues » reprend un th?me ?voqu? ici… la r?cup?ration d?natur?e de la culture indig?ne pour des motifs de lucre. Un ph?nom?ne r?current, et il faut dire que la litt?rature indig?ne fourmille d’anecdotes croustillantes qui se moque de cet engouement caricatural.

M?me la traduction du titre « Ohitika Woman »? en « femme sioux », t?moigne de la m?connaissance de l’?diteur francophone, sioux ?tant un nom p?joratif donn? par leurs ennemis?Ojibwe?aux lakotas et qui signifie Serpent ou ennemi.

Ceci ne change rien ? la qualit? du t?moignage de Mary Brave Bird, quelques pages d’une histoire trop peu connue et j’ai appr?ci? ses ouvrages et sa personnalit?, sa sinc?rit?, son humour…

 

 

Notre religion n’est pas ? vendre !

 

?
par?Mary Brave Bird-Crow Dog, femme sioux
Partout aux ?tats-Unis, et quelle que soit leur tribu, les Indiens sont en col?re parce que les Blancs vendent nos c?r?monies comme un passe-temps ? la mode qui, peut-?tre, leur permettra de trouver un sens ? leurs vaines existences. Notre religion est donc colport?e et commercialis?e par de faux hommes-m?decine qui s’attribuent des noms indiens fantaisistes tels que Bison-qui-broute-sur-le-flanc-de-la-montagne, Aigle-d’or-s’?levant-dans-le-ciel ou encore ?me-libre-envelopp?e-de-brume-matinale. Un gamin de dix ans vivant sur la r?serve de Rosebud ne s’y laisserait pas prendre, mais il y a de quoi impressionner les cr?dules wasichus (blancs). ? cause du New Age, le nombre de ces pr?tendus hommes (ou femmes)-m?decine est en constante augmentation ; c’est un cr?neau qui peut rapporter gros, d’autant que les Indiens sont ? la mode. Apr?s la macrobiotique et le Zen, c’est au tour du ? pauvre Indien en voie de disparition?? d’alimenter les conversations de salon.
Ainsi, une Blanche pr?tend poss?der des pouvoirs surnaturels que lui aurait transmis une femme-m?decine et organise d’importantes conf?rences o?, pour plus de trois cents dollars par personne, elle enseigne la sagesse et la spiritualit? indiennes. Imaginez l’argent que se fait cette femme ! Des individus comme elle peuvent encaisser jusqu’? un million de dollars par an en vendant notre religion.
Cette exploitation ne date pas d’hier. Dans les ann?es 1880 et 1890, de grosses compagnies patent?es lan?aient sur le march? de fausses potions indiennes cens?es gu?rir tous les maux. Je pense, entre autres, ? la Great Oregon Indian Medicine Company, dont ? les clients se comptaient par millions et les t?moignages de reconnaissance par milliers ?.
La Kickapoo Indian Medicine Company ?tait la plus importante d’entre elles et pr?nait l’usage de l’? huile de serpent kickapoo ?, potion miraculeuse contre le ver solitaire, et de la fameuse?sagwa, rem?de ? toutes les maladies humaines connues ? ce jour : ? Existe-t-il quoi que ce soit qui puisse retarder, peut-?tre de plusieurs ann?es, ce dernier moment avant qu’une main d?charn?e n’?crive votre nom sur le registre froid de la mort ? Eh bien, oui, Mesdames et Messieurs ! Prenez de la SAGWA DES INDIENS KICKAPOOS. C’est un rem?de infaillible. ?
Cette compagnie avait install? des villages indiens publicitaires compos?s de douzaines de wigwams (tentes) o? le public pouvait assister ? la pr?paration du breuvage magique. Ses repr?sentants de commerce ?taient tous d’anciens ?claireurs renomm?s pour avoir combattu les Indiens et qui, ? par leur courage en temps de guerre avaient acquis un tel ascendant sur l’Homme Rouge, qu’il leur avait bien volontiers c?d? toute autorit? ?. La plupart des ? acteurs indiens ? participant au spectacle n’?taient pas kickapoos, certains ?taient m?me d’origine p?ruvienne. La r?serve des Kickapoos, en fait d?sert?e et d’une extr?me pauvret?, y ?tait repr?sent?e comme un ? v?ritable jardin d??den habit? par une race primitive, bienveillante et noble, capable de sonder les secrets de la nature ?. Pendant des ann?es, la sagwa et l’huile de serpent kickapoo ont fait gagner des millions de dollars ? cette compagnie. Aujourd’hui, la situation n’est pas tr?s diff?rente de ce qu’elle ?tait alors.
La religion indienne est au centre de ma vie, elle repr?sente le c?t? spirituel de mon ?tre et fait partie int?grante de mon h?ritage. Elle m’a aid? ? survivre. D’o? ma col?re lorsque je la vois profan?e, exploit?e, interpr?t?e de fa?on erron?e, vendue et achet?e. Ces imposteurs trahissent nos croyances, falsifient nos traditions et donnent une repr?sentation caricaturale et grotesque de nos rituels. Pour pr?server notre foi de la souillure, on devrait interdire aux Blancs d’organiser des c?r?monies indiennes. Afin de les mettre ? l’abri des regards h?b?t?s ou moqueurs, nous devrions ?galement r?cup?rer les sacs-m?decine et autres objets sacr?s qui nous ont ?t? d?rob?s il y a des ann?es et qui sont expos?s aujourd’hui dans des mus?es ou dans des collections priv?es.
Avant les ann?es trente, nous avions l’interdiction de prier dans notre langue et nos rites ?taient proscrits. D’apr?s la l?gislation en vigueur, nous pouvions ?tre emprisonn?s pour avoir particip? ? l’inipi ; malgr? cela, nos croyances survivaient dans la clandestinit? et, dans des endroits cach?s, loin du regard des missionnaires, notre peuple continuait ? ? danser face au soleil ?.
Mais la situation actuelle est bien pire que toutes ces tentatives de destruction syst?matique. Les Blancs avaient essay? en vain de tuer notre foi en proclamant d’un ton triomphant la ? Mort du Grand Esprit ?. Mais, aujourd’hui, ils atteindront peut-?tre leur objectif en vendant notre religion, la pipe, la loge ? sudation et en donnant au monde ext?rieur une fausse image de nos coutumes. Bient?t, ils vont s’imaginer pouvoir nous enseigner nos traditions et nous apprendre ? utiliser le peyotl ; peut-?tre iront-ils jusqu’? affirmer qu’il est trop bon pour nous, stupides primitifs, et qu’ils se l’accapareront pour faire du profit en nous le revendant.
L’argent, encore l’argent, toujours l’argent ! Il n’y a pas si longtemps, on pouvait aller dans un parc national et se voir offrir gracieusement un cr?ne de bison pour nos c?r?monies. Aujourd’hui, il faut payer car, avec le New Age, c’est devenu un objet de d?coration recherch?. Certains hommes-m?decine bidons, dont des Indiens, vont jusqu’? demander sept cent cinquante dollars par personne pour un bain de vapeur, mille pour une qu?te de vision et deux mille cinq cents pour, en un week-end, transformer un Blanc cr?dule en homme-m?decine lakota. D’autres vous d?poseront en haut d’une colline, pourvu d’une pipe tape-?-l’?il et d’une plume d’aigle dans les cheveux et vous prendront jusqu’au dernier centime, alors qu’un v?ritable homme-m?decine ne vous fera jamais rien payer. Nos c?r?monies ne sont pas ? vendre et, malheureusement, tous ces gens qui aiment l’argent facile portent atteinte ? l’honneur de nos tribus.
Une fois, j’avais accept? de diriger une c?r?monie de sudation ? Santa Fe, mais j’ai aussit?t fait marche arri?re lorsque l’on m’a demand? combien je prenais. Cette ignorance souille nos traditions : un bain de vapeur est bien plus qu’une simple exp?rience ; c’est un rite sacr? qui nous relie au Cr?ateur. Nombreuses sont les situations aberrantes auxquelles nous sommes confront?s si, ? Los Angeles, vous pouvez prendre des cours collectifs de ? sexualit? indienne sacr?e?? en ?change de plusieurs centaines de dollars, certains vont m?me jusqu’? utiliser notre m?decine pour retenir un amant ou en guise d’aphrodisiaque. Ils veulent vivre de ? v?ritables orgies indiennes ?. Notre religion est alors r?duite ? peu de chose et devient simple objet d’?change.
Je me souviens ?galement d’un film europ?en pr?sentant la Danse du Soleil ? travers le regard malade et enfi?vr? d’un Blanc : un seul danseur ?tait suspendu ? deux crochets de boucher avec, en guise de cache-sexe, une simple feuille de vigne. Je m’insurge contre ces profanations qui renvoient une image fausse et d?form?e de notre c?r?monie la plus sacr?e. Il n’y a l? qu’exploitation par le biais du sexe et du sensationnel. Il est urgent d’y mettre un terme !
De telles situations abondent ? travers le pays et chez nos voisins mexicains.
Ainsi, au Texas, une Blanche d’un certain ?ge est l’exemple m?me de la fa?on dont les wasichus s’immiscent dans notre m?decine. Elle n’est que gentillesse et sinc?rit? mais le fait d’avoir assist? ? certaines de nos c?r?monies lui est mont? ? la t?te : elle s’imagine que Crow Dog est son grand-p?re et qu’??il lui a transmis un don ? ; elle se croit donc habilit?e ? diriger des bains de vapeur, ? emmener des gens en haut de la colline pour une qu?te de vision et ? enseigner les coutumes lakotas. Avec cette ?ternelle rengaine : ? R?servez d?s maintenant. Pour cent cinquante dollars, vous pourrez, etc. Parking inclus. ? Cette femme croit v?ritablement ? ce qu’elle fait ; elle a bon c?ur et fait preuve de g?n?rosit? ? notre ?gard. Mais il ne suffit pas d’avoir assist? ? nos rituels pour devenir femme-m?decine ou m?me Indienne. Des gens bien intentionn?s peuvent nous faire autant de mal que nos adversaires les plus acharn?s. Ce n’est pas le fait de passer quelques jours sur une r?serve ou d’?tudier nos traditions pendant quelques heures qui autorise qui que ce soit ? organiser des simili-rites sioux.
J’ai m?me un ami qui, ayant assist? plusieurs fois ? la Danse du Soleil, a soudain d?couvert son attachement ? nos valeurs spirituelles et, du jour au lendemain, s’est mis ? porter un nom indien. ? croire que c’est une maladie contagieuse. Sans parler de ce danseur de ballet originaire de Gr?ce et du Proche-Orient qui se disait Indien et s’?tait dot? d’un nom ? l’avenant : pendant un temps, les Blancs l’ont consid?r? comme le grand porte-parole des tribus indiennes et il ?tait devenu le ch?ri des m?dias. Lorsqu’il a fini par ?tre d?nonc?, il a simplement r?pondu aux journalistes qui l’interrogeaient : ?Je suis indien parce que je vous le dis ! ?
Tous ces gens appartiennent ? la tribu des ? Qui-Veulent-?tre Indiens ? et, souvent, ils font un mauvais usage de nos objets sacr?s alors que ceux-ci doivent intervenir de fa?on tr?s pr?cise au cours de nos c?r?monies.
L’hiver dernier, alors que je rendais visite ? des amis californiens, j’ai fait la connaissance d’une femme blanche qui avait achet? une pipe lors d’un powwow (f?te traditionnelle) et voulait s’en servir. Elle avait d?j? accompli certains de nos rites mais souhaitait aller plus loin. J’ai eu l’impression qu’elle n’avait plus toute sa t?te et j’ai tent? de lui expliquer combien il ?tait important de conna?tre nos traditions ? la perfection avant de faire usage de la pipe. Je ne voulais pas ?tre agressive avec elle mais elle m’a fait une sc?ne et je me suis aper?ue qu’elle ignorait tout de la signification de cet objet sacr?, le comparant ? une esp?ce de cristal qui lui servirait d’interm?diaire pour communiquer avec les esprits. Je lui ai alors racont? l’origine de la pipe, ce qu’elle repr?sentait ? nos yeux et lui ai conseill? d’assister aux c?r?monies en simple observatrice ; ainsi, en ?coutant nos Anciens, elle apprendrait bien mieux. Je lui ai propos? de confier sa pipe ? l’un d’entre eux, ? qui elle pourrait parler lors de ses ?ventuelles visites et, finalement, elle a accept?.
Depuis des g?n?rations, nous versons sang, sueur et larmes pour d?fendre notre religion. Les Blancs veulent la d?couvrir ? leur fa?on, sans ?couter ce que nous pourrions avoir ? leur dire.
Certains ont perdu leurs propres dieux et leurs ?mes se sont ?gar?es ; ils ont du mal ? affronter la r?alit? et la mort et sont inquiets face ? la d?gradation de leurs villes remplis de sans-abri et ? l’effondrement de leurs propres valeurs. Alors, devant toutes ces questions, ils attendent de nous une r?ponse que nous ne pouvons leur donner et d?sirent que nous remplissions le vide qui les habite.
J’aimerais dire ? ces Blancs combien il est dangereux de jouer avec nos c?r?monies : leur ignorance risque de leur faire du tort car les rites sacr?s ont une force extraordinaire. L’attitude de ces wasichus pr?dit la fin prochaine de leur civilisation et je prie simplement pour que celle-ci ne nous entra?ne pas avec elle.
Mary Brave Bird-Crow Dog, ??Femme sioux envers et contre tout??.
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Un proverbe cheyenne l’affirme : ? Une nation n’est pas conquise tant que le c?ur de ses femmes n’est pas ? terre ?. Mary Brave Bird-Crow Dog nous en apporte une nouvelle fois la preuve. Apr?s la parution de?Lakota Woman?qui fut salu?e comme un ?v?nement d’importance aux Etats-Unis, en France et dans le monde entier,?Femme sioux envers et contre tout?nous donne, en effet, un bel exemple de r?sistance. R?sistance spirituelle, mais aussi r?sistance active d’une Indienne et de son peuple face aux dangers qui menacent les r?serves dans l’Am?rique d’aujourd’hui.
Reprenant le r?cit de sa vie au moment des ?v?nements de Wounded Knee, Mary Brave Bird-Crovv Dog raconte son militantisme au sein de l’American Indian Movement, son action en faveur de la tradition et son combat en tant que femme, m?re et indienne. Elle retrace ?galement la p?riode de sa vie partag?e avec Leonard Crow Dog, homme-m?decine et traditionaliste lakota. Avec franchise, elle conte les jours heureux et les p?riodes difficiles d’une existence mouvement?e. Mais avant tout, c’est le destin d’un peuple ? la conqu?te de ses droits qu’elle nous d?peint ? et plus encore, les constantes difficult?s des femmes indiennes ? se faire reconna?tre. Par l’hommage qu’elle rend au courage et ? la volont? de celles-ci, par sa dignit? et sa force de conviction in?branlable, Mary Brave Bird-Crow Dog confirme qu’elle est porteuse d’une voix unique et majeure dans la litt?rature indienne.

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